FIFAM 2022 : La guerre des Lulus, Children of the mist : enfances sacrifiées

L’attente fut longue, salle comble (et il y avait encore du monde dehors) ce jour pour le très attendu La guerre des Lulus, en présence de l’équipe du film. L’occasion pour l’un des auteurs de la BD d’origine, natif de la Somme, de revenir « à la maison ». Autre salle, autre ambiance, avec la présentation, en compétition, du documentaire Children of the mist. Dans ces deux propositions, il s’agit de parler d’enfances sacrifiées, mais les regards divergent. Retour sur cette 2e journée du FIFAM 2022.

La guerre des Lulus ou les désastreuses aventures des orphelins picards
Synopsis : À l’aube de la Première Guerre mondiale, dans un village de Picardie, quatre amis inséparables, Lucas, Luigi, Lucien et Ludwig, forment la bande des Lulus. Ces orphelins sont toujours prêts à unir leurs forces pour affronter la bande rivale d’Octave ou pour échapper à la surveillance de l’Abbé Turpin… Lorsque l’orphelinat de l’Abbaye de Valencourt est évacué en urgence, les Lulus manquent à l’appel. Oubliés derrière la ligne de front ennemie, les voilà livrés à eux-mêmes en plein conflit. Bientôt rejoints par Luce, une jeune fille séparée de ses parents, ils décident coûte que coûte de rejoindre la Suisse, le « pays jamais en guerre »… les voilà projetés avec toute l’innocence et la naïveté de leur âge dans une aventure à laquelle rien ni personne ne les a préparés !
Date de sortie : 18 janvier 2023

« C’est l’histoire d’enfants qui se construisent dans un pays qui se déconstruit », voilà les mots d’un des auteurs de la BD La guerres des Lulus à la fin de la projection du film qui l’adapte. Le film suit en effet, en accéléré, les étapes de la construction d’enfants, presque adolescents pour certains, des premiers amours en passant par l’amitié qui les lie très fort. Projetés dans la guerre, les gamins deviennent des débrouillards malgré eux. La guerre est représentée en arrière plan, mais souvent filmée de manière brutale et violente (on pense ici à la scène dans les tranchées, ou encore à l’incendie de l’orphelinat), telle qu’elle a été vécue par des centaines de milliers d’enfants devenus orphelins.

Il faut dire que Lucien, Luigi, Luce, Lucas et Ludwig (les « Lulus ») croisent sur leur chemin des adultes bourrus parfois, mais surtout bienveillants, prêts à les aider, qui finissent par disparaître, pour relancer les aventures. Un brin trop gentillet et propret, La Guerre des Lulus se suit pourtant comme un grand film d’aventures et d’amitié, donne un point de vue un peu différent sur la guerre, nous ne sommes pas ici dans les tranchées, mais parmi ceux qui n’ont aucune arme pour se défendre. Non dénué d’humour, La Guerre des Lulus joue beaucoup sur la naïveté de ses petits protagonistes tout autant que sur la grande maturité de certains d’entre eux. Tout est alors question de communication pour ces cinq gamins seuls au monde, mais surtout de se choisir une famille.

Graphiquement très travaillé, le film doit beaucoup à la bande dessinée qu’il adapte, dialogues ciselés, rebondissements, personnages très typés et donc souvent drôles (à leur insu!), tout va vite, tout contribue à l’émotion jusque dans la petite ritournelle qui accompagne le film.

Children of the mist de Ha Le Diem
Synopsis : Di est une fille de douze ans originaire des montagnes embrumées du nord du Vietnam. Elle appartient à la minorité ethnique des Hmong dans laquelle les filles se marient à un très jeune âge, évènement souvent précédé par le controversé «kidnapping de la mariée» qui se voit enlevée par son futur époux à l’occasion des festivités du Nouvel An lunaire.

Diem regarde Di, elle n’intervient que rarement, mais on sent qu’entre ces deux filles, le courant est passé au-delà d’un simple sujet documentaire. A l’image des étudiants de We, student ! (lui aussi présenté au festival), un lien amical se noue entre les deux filles, Diem a filmé Di pendant trois années, sachant l’inéluctable et au moment où elle raconte l’ayant déjà perdue dit-elle. Dans ce village vietnamien embrumé (très belle première séquence du film), Di vit assez insouciante sa vie de jeune fille. Elle a douze ans quand le film commence et plane pourtant au-dessus d’elle la menace, qu’elle prend comme un défi, d’un mariage prochain, pour lequel elle peut être « kidnappée » par son futur mari.

Une tradition que Di ne rejette pas, mais qui lui semble bien loin quand elle en parle, tout en étant très concret puisque sa sœur a été « kidnappée » et attend, à 17 ans, son 2e enfant. Cela ne l’empêche pas de flirter avec des garçons ou encore de parler de sexe.

Ha Le Diem suit le quotidien de la famille, s’adresse parfois à Di, l’exhorte à prendre sa destinée en main, à refuser ce qui est prévu. Children of the mist est le premier film de la jeune réalisatrice (31 ans), dans le cadre des ateliers Varan, qui porte un regard sur des coutumes qu’elle ne pratique pas, mais sans les juger frontalement. Elle tente de faire réfléchir Di et de réfléchir avec elle. Pourtant, Children of the mist est filmé comme un piège qui se referme sur Di, sans qu’elle s’en rende vraiment compte. Il ne sera plus question dans la dernière partie du film que de s’en extirper. Que peut alors la caméra, parfois malmenée, dans ce qui se joue devant elle ? Sans jamais la désarmer, Diem ne lâche pas son sujet, s’y engouffre et tente d’insuffler un peu de lumière dans ce quotidien où les ados ne rêvent que de « redevenir des petites filles ».

FIFAM 2022 : Rencontre avec les auteurs de La Guerre des Lulus

Bande annonce : La guerre des Lulus

Bande annonce : Children of the mist

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.
Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.