FIFF Namur : Trois nuits par semaine, Sœurs de combat … des familles et du feu

Le FIFF Namur se poursuit avec ses projections quotidiennes, ses rencontres… et sa version en ligne ! Nous avons pu découvrir cinq nouveaux films de fiction et documentaires : Ashkal de Youssef Chebbi (compétition 1ères œuvres), Le Film de mon père de Jules Guarneri (compétition 1ères œuvres), Trois nuits par semaine de Florent Gouëlou (compétition 1ères œuvres), Sœurs de combat de Henri de Gerlache (place au doc belge) et Nous, étudiants ! de Rafiki Fariala (compétition 1ères œuvres). Retour sur ces projections.

Ashkal de Youssef Chebbi
Avec : Fatma Oussaifi, Mohamed Houcine Grayaa, Hichem Riahi, Nabil Trabelsi, Bahri Rahali, Rami Harrabi
Production  : Blast Film, Poetik Film, Supernova Films
Synopsis : Dans un des bâtiments des Jardins de Carthage, quartier de Tunis créé par l’ancien régime mais dont la construction a été brutalement stoppée au début de la révolution, deux flics, Fatma et Batal, découvrent un corps calciné. Alors que les chantiers reprennent peu à peu, ils commencent à se pencher sur ce cas mystérieux. Quand un incident similaire se produit, l’enquête prend un tour déconcertant.

Ashkal est un film fascinant et déroutant.  Un film de feu, de mort, de corruption. Un film d’enquête aussi, une enquête impossible, telle celle de La Nuit du 12, mais où tout flambe, tout suinte, tout est caché. C’est un film baigné par des décors durs, vides, graphiques, sur une révolution impossible. Les personnages tentent de résister, s’opposent, cherchent, mais se heurtent à des murs et à cette incroyable histoire de corps qui brûlent mais ne ploient pas, de mains qui transmettent le feu et d’une société qui tombe à n’en plus finir. Un grand film de désespoir collectif porté par une mise en scène d’une grande qualité (métallique, sombre, intense).

Le Film de mon père de Jules Guarneri
Scénario: Jules Guarneri, Arnaud Robert
Production : Intermezzo Films
Synopsis : Le Film de mon père est mon premier film. Celui que mon père a toujours rêvé que je fasse. Et c’est peut-être ça le problème. Un jour, il s’est acheté une caméra et a commencé à se filmer quotidiennement. Son but : me donner ce matériel autobiographique pour que je réalise mon premier film. Le journal intime d’un veuf solitaire, vivant entouré de mon frère et ma sœur adoptés sur la propriété familiale « La Belle Poule ». Avant de mourir, il aimerait encore accomplir trois choses : rendre mon grand frère Oskar autonome ; se réconcilier avec ma sœur Iwa ; construire un chalet dans le jardin pour que je revienne vivre à leurs côtés. Je filme mon père, son désir de transmission, ma sœur qui lui échappe, mon frère qui tente de se construire. Et moi, au milieu, qui réalise un film comme une étape indispensable pour quitter ma jeunesse.

Le Film de mon père est un documentaire foisonnant qui explore mille pistes : les liens familiaux, l’émancipation, le rapport au père, à la mère, au corps. De cette famille étonnante, comme recluse dans sa propriété, Jules Guarneri tente de s’extirper. D’ailleurs, il est parti, mais revient sans cesse, filme, s’interroge, regarde et finalement est attaché à ce nœud familial qu’il tente de dénouer en filmant. A peine tire-t-il un fil que mille questions viennent. Au moins, il aura terminé ça, ce film, ce témoignage d’une grande richesse sur un regard qui veut s’éloigner et qui se ne cesse de demeurer auprès des siens.

Trois nuits par semaine de Florent Gouëlou
Avec : Romain Eck – Cookie Kunty, Pablo Pauly, Hafsia Herzi
Production: Yukunkun Productions
Synopsis : Baptiste, 29 ans, est en couple avec Samia, quand il fait la rencontre de Cookie Kunty, une jeune drag queen de la nuit parisienne. Poussé par l’idée d’un projet photo avec elle, il s’immerge dans un univers dont il ignore tout, et découvre Quentin, le jeune homme derrière la drag queen.

Trois nuits par semaine est souvent flamboyant. Les interprètes sont au top et l’univers des drag queen bien décrit à travers les yeux d’un novice. De plus, le travail de Baptiste consiste à regarder et à transmettre ce regard à travers ses photos. Cette question du regard, traité ici par tous les moments où Baptiste photographie ses amies « hors scène », est passionnant, les images sont magnifiques. On regretta cependant que le film réponde à un scénario très classique : tomber amoureux, vivre l’histoire, rencontrer des obstacles, se séparer, grande déclaration puis réconciliation. Bref, que tout ne soit traité qu’à travers le prisme de cette histoire d’amour alors que Trois nuits par semaine est surtout le récit de formidables amitiés, d’une quête de liberté absolue et … d’une grande joie, celle d’être ensemble.

Sœurs de combat de Henri de Gerlache
Raconté par : Cécile de France
Production : Alizé Production, Belgica Films, Le Cinquième rêve
Synopsis :Il y a plus de vingt ans, Julia Butterfly Hill s’est engagée corps et âme pour sauver une forêt de la destruction au Nord de la Californie. Comme un écho retentissant, des jeunes femmes, partout dans le monde aujourd’hui, se sont levées et rêvent, chacune à leur manière, de protéger le vivant et la planète de la destruction en marche. L’expérience extraordinaire de Julia éclaire l’engagement actuel d’Anuna, Adelaïde, Luisa, Leah, Lena et Mitzi et leurs parcours s’entremêlent, comme les racines des arbres, comme des sœurs qui se connaissent sans le savoir.

Sœurs de combat revient sur le parcours de Julia Butterfly Hill pour raconter en parallèle le combat de jeunes femmes d’aujourd’hui pour l’écologie. Se voulant inspirant le film mêle images d’archives et portraits, avec les mots de Julia adressés à ses sœurs qui portent aujourd’hui encore le flambeau. Souvent, le documentaire reste cependant en surface des combats menés par les jeunes femmes. On les voit, les entend, mais peine à cerner ce qui les anime vraiment. Cependant, le souffle est là et le film est une lettre adressée à toutes celles et ceux qui veulent se lever et défendre la vie, la planète.

Nous, étudiants ! de Rafiki Fariala
Montage : Xavier Sirven, Gilles Volta, Christian Moïse Nzengue, Daniele Incalcaterra, Boris Lojkine
Production : Kiripi Films, Makongo Films, Unité
Synopsis : Nestor, Aaron, Benjamin et Rakifi sont étudiants en licence d’économie à l’Université de Bangui. Naviguant entre les salles de classe surpeuplées, les petits jobs qui permettent aux étudiants de survivre, la corruption rôde partout. Rafiki nous montre ce qu’est la vie des étudiants en République centrafricaine, une société brisée où les jeunes continuent de rêver à un avenir meilleur.

Être étudiant à Bangui, c’est rêver beaucoup et avoir pas mal de déconvenues. Cependant Nestor, Aaron, Benjamin et Raifki veulent y croire alors ils étudient, ils triment, ils se donnent du courage. Le film aborde aussi l’état des relations entre les filles et les garçons du pays, avec la menace répressive et les enfants qui naissent presque malgré tous. Ce n’est pas un film optimiste, mais il va de l’avant, pour donner à ces étudiants le courage d’aller au bout des combines administratives (des notes qui disparaissent, des filles obligées de répondre aux avances des professeurs…). Un esprit de collectif se dégage du film qui mêle moments de vie, témoignages et moments chantés, dansés comme pour mieux raconter une jeunesse qui veut tout reconstruire, mais qui doit déjà arriver au bout de ses études. Quand cela arrive, c’est déjà un miracle ! Un vrai film de fraternité positive qui ne se voile pas la face, un film où le réalisateur rêve « juste » de faire des films, voyager beaucoup et … aider l’Afrique, tout en gardant intactes des amitiés précieuses et fondatrices.

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.
Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.