Bellem-critique-bd

« Bellem », le retour de Jean-Claude Servais

La collection « Aire libre » des éditions Dupuis s’enrichit d’un nouveau roman graphique, intitulé Bellem et dû à l’auteur et dessinateur belge Jean-Claude Servais.

Jean-Claude Servais est coutumier des contes et légendes, notamment médiévaux, et faisant la part belle aux croyances et aux superstitions. Après avoir mis en exergue les loups il y a quelques années, il décide cette fois de mettre en vignettes Bellem, Mélusine et le marquis de Mauban, dans une succession de péripéties où la magie, l’amitié, l’amour et la tragédie ont cours. Prenant pour cadre le château de Reinhardstein, Bellem adopte le point de vue d’un jeune garçon placé sous la tutelle d’un notable. Bellem rechigne à marcher dans les sentiers battus, s’attire les foudres des autorités ecclésiastiques et se caractérise par d’étourdissants contrastes identitaires.

Dans son récit, Jean-Claude Servais procède par boucle. Ce que Mélusine a vécu avec le chevalier qu’elle aimait – la parenthèse confidentielle du samedi, durant laquelle elle disparaissait sans que personne ne sache pourquoi – est reproduit à l’identique avec Marie-Charlotte, jeune comtesse et sœur adoptive de Bellem. Les deux protagonistes, dont les liens, forts, irriguent l’album de bout en bout, continuent en effet à se fréquenter en secret, en dépit des réserves unanimement exprimées. Car l’enfant abandonné par Mélusine manquait de toute évidence de révérence religieuse, de bienséance, de sagesse. « Puissent ces bons moines de Malmedy ramener enfin cette mauvaise graine dans le droit chemin ! », pense-t-on, tandis qu’il échoue dans un monastère, duquel il ne tardera pas à s’enfuir.

Dans cette Belgique du milieu du XVIIIe siècle, Jean-Claude Servais va insuffler de la magie, des personnages démoniaques, de l’animisme. Et à la rigueur des évêques et des nobles, il oppose la spontanéité d’un Bellem ivre de liberté, seulement lié à deux femmes, autour desquelles il va graviter avant que les événements ne viennent contrarier l’osmose qui les unissait. Bien dessiné, plein d’à-propos, Bellem est un court one-shot faisant cohabiter les univers (fantastique, médiéval), les antagonismes (dogmatisme, émancipation), dans un récit dont le principal protagoniste ne fait finalement que déjouer le sort.

Bellem, Jean-Claude Servais
Dupuis, octobre 2022, 88 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées et des actualités DVD/bluray