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FIFAM 2022 : Delphine Seyrig, créature de la nuit dans « Les Lèvres rouges » de Harry Kümel

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Un couple de jeunes mariés va passer sa lune de miel dans un palace désert sur la plage hivernale d’Ostende. Là, il rencontre la comtesse aux lèvres rouges, une femme vampire magnifiquement incarnée par la beauté glaçante et énigmatique de Delphine Seyrig. Le voyage de noces tourne bientôt au cauchemar. Film culte du cinéaste belge Harry Kümel sorti en 1971, Les Lèvres rouges est projeté au FIFAM dans le cadre de la programmation « robe à paillettes ».

Étonnante relecture du mythe de la comtesse hongroise Bathory, qui, afin de conserver jeunesse et beauté éternelles, vampirisait ses jeunes victimes, Les Lèvres rouges de Harry Kümel distille une atmosphère envoûtante, hypnotique, lorgnant souvent vers le cinéma d’horreur esthétisant d’Argento. Derrière le film de vampire classique dont le cinéaste belge triture les codes avec délice, se cache surtout une déclaration d’amour à la divine Delphine Seyrig, à son aura magnétique, sa bouche écarlate, son murmure sensuel. Créature des ténèbres glamour, vamp hollywoodienne mi-Harlow mi-Dietrich, l’actrice troque ici la vaporeuse robe de la Fée des lilas de Demy contre le manteau funeste d’une chauve-souris manipulatrice assoiffée de sang. Traité comme un personnage à part entière, son timbre de voix spectral se fond dans la partition pop et expérimentale composée par François de Roubaix (Le Vieux Fusil) et fabrique une mélodie effrayante, perverse, qui va peu à peu empoisonner le récit. 

Dangereuses prédatrices de la nuit, la comtesse blonde et sa servante brune Ilona (Andrea Rau) descendent dans un hôtel abandonné au bord de la mer. Elles jettent leur dévolu sur deux jeunes tourtereaux, Stefan (John Karlen) et Valérie (Danielle Ouimet), les seules proies disponibles séjournant par malheur dans la suite nuptiale voisine. Rodé comme du papier à musique, le tendre piège ne tarde pas à se refermer ; film d’ambiance à l’esthétique voluptueuse, Les Lèvres rouges bascule alors dans un érotisme triangulaire trouble et lesbien caractéristique du cinéma bis des seventies.

Doué d’un sens aigu du cadrage, Harry Kümel promène sa caméra dans les halls déserts du palace, traverse d’inquiétantes arcades à la De Chirico, fait de la ville d’Ostende un labyrinthe métaphysique, hostile, glacial, nimbé d’une brume rouge sang et filme avec élégance ces corps engouffrés dans la pénombre, soumis à des pulsions scopiques. La lecture chromatique des nombreux décors et costumes se fait d’ailleurs le reflet de leurs fantasmes les plus obscurs, les plus enfouis. Fasciné par la représentation picturale de la mort — fuyant la lumière du jour, la comtesse terminera sa course dans les flammes, empalée sur une branche —, le metteur en scène se réapproprie également la cultissime séquence de la douche de Psychose dont il propose une variation tout aussi découpée mais plus sanglante. Un classique du cinéma fantastique belge, transcendé par la grâce fantomatique de Delphine Seyrig. 

Sévan Lesaffre

Les Lèvres rouges – Extrait

Synopsis : Valérie et Stefan, immobilisés à Ostende, séjournent dans un vaste hôtel désert en cette morte-saison. Le couple fait alors la connaissance de l’inquiétante comtesse Bathory et de sa protégée Ilona, ténébreuses créatures de la nuit. Elles envoûtent d’abord le jeune homme, fasciné par des meurtres mystérieux perpétrés dans la région, puis Valérie, intriguée par l’étrange relation qui unit les deux femmes…

Les Lèvres rouges – Fiche technique

Réalisation : Harry Kümel
Scénario : Pierre Drouot, Jean Ferry, Manfred R. Köhler, Jo Amiel
Avec : Delphine Seyrig, John Karlen, Danielle Ouimet, Andrea Rau…
Photographie : Eduard van der Enden
Costumes : Bernard Perris
Production : Paul Collet, Henry Lange et Luggi Waldleitner
Musique : François de Roubaix
Distribution : Malavida Films
Durée : 1h36
Genre : Fantastique
Date de sortie initiale : 26 novembre 1971

« Pandémies » : une réflexion transversale et dans le temps long

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L’ouvrage collectif Pandémies, placé sous la direction de Claudia Senik, prend place dans la collection « Recherches » des éditions La Découverte. Les auteurs y problématisent certains des grands enjeux, tant sanitaires que politiques ou médiatiques, révélés par la crise de la Covid-19, tout en établissant, à certaines occasions, des ponts avec les expériences passées.

La pandémie de la Covid-19 marquera durablement les mémoires : incurie politique, dysfonctionnements d’hôpitaux mis sous tension extrême, arrêt de l’économie, révision des protocoles funéraires, agit-prop médiatique, réserves exprimées envers la vaccination, bulles filtrantes des réseaux sociaux, redéfinition du périmètre de l’expert… Dans une très large mesure, ces faits demeurent à la fois évidents et impensés. La recherche y apporte pourtant un éclairage bienvenu, que l’ouvrage Pandémies, qui réunit les travaux de la promotion 2021 de la Fondation pour les sciences sociales, se propose de restituer.

Rien de nouveau ?

Faut-il rappeler que la quarantaine date (au moins) du XIVe siècle, quand elle fut mise en place dans le port de Dubrovnik et s’est imposée aux voyageurs en provenance des régions où sévissait une épidémie de peste noire ? Qu’elle s’est ensuite répandue dans toute l’Europe, et notamment en Italie, où des villes telles que Venise, Milan, Florence ou Pise isolaient les arrivants dans des lazarets ou des établissements aménagés pour leur accueil ? Les cités commerçantes italiennes ont ouvert la voie à un dispositif de précaution qui a de tout temps été interrogé, remis en cause, et dont la durée semble, au-delà de son chiffre symbolique, répondre aux connaissances médicales de l’époque, selon lesquelles une maladie aiguë cessait d’être contagieuse au bout de 40 jours. Elle permettait aussi aux individus sains de vivre librement et de vaquer à leurs activités, surtout économiques. Ce petit rappel nous plonge aux racines d’une pratique qui a soulevé les passions durant la pandémie de la Covid-19.

Ce n’est toutefois pas la seule question permettant une mise en miroir des expériences passées et récentes, puisqu’en revenant sur les enjeux diplomatiques du sida – Haïti, désigné par les États-Unis comme un berceau de la maladie, craignait la stigmatisation et la discrimination, au point de porter l’affaire devant l’OMS après plusieurs visites ministérielles courroucées –, les auteurs font écho à la manière dont la Chine a pu être considérée à l’aune d’une pandémie dont les premiers effets touchaient son territoire. Pour s’en convaincre, il suffit de se remémorer les déclarations à l’emporte-pièce du président Trump accusant Pékin d’avoir sciemment propagé le virus. L’affaire du sida permet cependant un certain optimisme, puisqu’une réponse internationale coordonnée fit suite à ces événements à la fin des années 1980, avec notamment la création d’un Programme mondial au sein de l’OMS. Ce qui n’a pas empêché, entretemps, l’URSS de désigner la maladie comme un symbole de la perversion occidentale, voire d’accuser les Américains de l’avoir mise au point dans des laboratoires secrets en tant qu’arme bactériologique. Cette dernière accusation paraîtra sans doute familière aux observateurs les plus attentifs de la crise sanitaire actuelle…

Et pourtant…

Peste noire de 1347, grippe espagnole de 1918, Ébola, dengue… Les épidémies ont un caractère universel, intemporel, qui permet d’opérer des comparaisons et d’identifier des spécificités. Pandémies rappelle ainsi que la crise de la Covid-19 n’est pas sans précédent, bien qu’elle ait conduit à des phénomènes nouveaux, puisque la saturation des hôpitaux a, par exemple, conditionné les durcissements et relâchements successifs. Quitte à renoncer temporairement à la liberté de circulation dans l’Espace Schengen ou aux dispositions réglementaires du droit d’asile. Les réseaux sociaux font précisément partie des variables inédites. Si la complosphère et les bulles cognitives ont largement été commentées, les auteurs reviennent ici sur les publics ciblés par les publications sanitaires. Il en ressort que les femmes âgées de plus de 45 ans et les habitants des régions les plus touchées par la Covid-19 ont été davantage soumis à ces contenus.

Les réseaux sociaux ont aussi été le théâtre de partages d’expériences, d’un encouragement mutuel et envers les soignants ou de la dénonciation de ceux qui n’observaient pas les règles en vigueur. La nécessité y a parfois été transformée en vertu. Par le biais des théories du sociologue James Coleman, Pandémies revient sur le lien existant entre la structure sociale, l’effectivité des normes et le volume de capital social d’une communauté, les trois variables interagissant entre elles selon des voies dépendantes et complexes.

Concernant les « chroniqueurs de l’épidémie », c’est-à-dire les médecins, experts, infectiologues qui ont couru les plateaux télévisés et les rédactions de presse, les auteurs constatent une distribution des rôles, notamment entre le témoignage, le travail d’éducation et le pamphlet, tout en précisant que ceux qui ont écrit des ouvrages spécifiquement dédiés à la Covid-19, souvent sur un ton critique ou militaire, étaient majoritairement des hommes, professeurs, éloignés de la pratique clinique directe, et en fin de carrière. La sociologie de ces auteurs nous apprend beaucoup, même si la pratique est ancienne – Giovanni Villani dans la Florence du XIVe siècle y allait déjà de ses commentaires épidémiologiques.

La crise de la Covid-19 a souvent été scrutée avec des lunettes dystopiques. Techno-cocon, capitalisme de surveillance, récit apocalyptique ou d’anticipation, repli sur soi : les grandes lignes directrices de la contre-utopie lui ont servi d’étalon. Certaines œuvres de fiction, telles que Contagion de Steven Soderberg, La Peste d’Albert Camus ou Le Fléau de Stephen King, ont vu leur intérêt croître soudainement aux yeux du public, probablement parce qu’elles semblaient apporter des réponses – certes romanesques et fictives – dans des périodes d’incertitude. Des auteurs tels que Jean-Pierre Andrevon ou Alain Damasio ont vu une nouvelle tribune s’offrir à eux, dans une étrange mise en abîme par laquelle leurs écrits faisaient écho à la réorganisation sociale et sanitaire opérée pour des raisons épidémiologiques.

Du vaccin au deuil

Le sociologue Jeremy Ward démontre que l’attitude vis-à-vis des vaccins est indexée à la confiance exprimée envers les institutions et les acteurs politiques, notamment parce qu’ils sont certifiés par des agences officielles. Déjà mise à mal par la grippe H1N1, l’adhésion à la vaccination a été l’un des grands sujets de la Covid-19, sur lequel Pandémies apporte un éclairage inédit. On mentionnera par exemple une opinion fluctuante en fonction du temps et différenciée selon les vaccins, ou le fait que même les adversaires les plus acharnés et radicaux de la vaccination contre le coronavirus – mais pas que – tendent à se présenter en tant que défenseurs de la science pure et objective. Sans surprise, les réseaux sociaux figurent parmi les principales sources d’information des personnes opposées à la vaccination.

Deux chapitres de Pandémies sont consacrés à notre rapport aux morts, notamment à travers le traitement des cadavres en période de pandémie. Les mesures juridiques additionnelles peuvent en effet affecter le traitement des dépouilles pendant un « état d’urgence sanitaire », par grade de contamination, ou au moment des cérémonies funéraires, lesquelles ont été restreintes au plus fort de la crise, dans différents pays européens. Les auteurs rappellent par ailleurs la nécessité de trouver un juste équilibre entre la dignité humaine liée au corps et le besoin collectif de sécurité sanitaire. Pour ne pas sombrer dans un état de deuil pathologique.

Pandémies, ouvrage collectif sous la direction de Claudia Senik
La Découverte, novembre 2022, 230 pages

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Le « Livre d’or » de Titeuf à l’occasion des 30 ans du personnage

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Pour célébrer les 30 ans de Titeuf, les éditions Glénat publient un magnifique livre d’or avec jaspage sur tranche, retraçant les grandes lignes d’une aventure éditoriale passionnante et à certains égards inespérée. Au menu : aquarelles, sérigraphies, croquis, affiches, couvertures, campagnes de sensibilisation…

Titeuf, le Livre d’or permet de mesurer le chemin accompli par Zep et son jeune personnage facétieux. Au début des années 1990, inspiré par les scènes de la vie ordinaire qui se déroulent sous ses fenêtres – il travaille dans un atelier dont la vue donne sur une cour d’école de Genève –, le dessinateur suisse prend le parti de narrer les aventures d’un écolier espiègle au langage particulièrement fleuri. Il essuie plusieurs refus de la part des éditeurs mais finit, en janvier 1993, par publier un premier tome tiré à 7000 exemplaires. En 1995, le quatrième album voit le jour à raison, déjà, de 25 000 exemplaires. Trois ans plus tard, ce sont pas moins de 160 000 tirages qui seront prévus pour les aventures de Titeuf. Entretemps, le lancement du magazine Tchô! permet à Zep de réaliser un vieux rêve.

Ces premiers temps prometteurs ne laissent pas encore présager le succès à venir. Car comme le rappelle très bien ce livre d’or, Titeuf fera passer des expressions dans le langage courant, écoulera quelque 20 millions d’albums partout dans le monde, sera associé, en tant qu’ambassadeur, à Handicap International, intégrera des campagnes de sensibilisation dans le cadre de la Covid-19 ou du dérèglement climatique. L’ouvrage est aussi l’occasion d’examiner l’évolution graphique du personnage, d’en apprendre davantage sur le projet Tchô! – le magazine, désormais arrêté, a permis à des dizaines d’auteurs d’exprimer leurs talents – ou de se pencher sur une galerie de protagonistes aussi riche qu’improbable (Puduk et son hygiène corporelle désastreuse).

Durant ses pérégrinations, Titeuf a vu son univers croiser celui de Goldorak, Pokémon, Dragon Ball ou Lucky Luke (parmi tant d’autres), il s’est penché sur des questions sensibles (le sida, la mort, le chômage…), il a accompagné les grands bouleversements du monde récent (téléphone portable, jeux vidéo, guerres…). On l’a même vu se mettre dans la peau des migrants syriens, loin de l’insouciance qui préside habituellement à ses aventures. Il a aussi fait œuvre de pédagogie avec Le Guide du zizi sexuel et émaillé quelques grandes villes européennes (les fresques le représentant à Bruxelles, Genève ou Nancy). Il a croisé la route de Jean-Jacques Goldman ou Johnny Hallyday et fut décliné au cinéma (deux années de travail, 780 000 feuilles, 6800 crayons, 1067 décor…).

Dans ce livre d’or, Zep raconte avec tendresse ce qu’il doit à son personnage. Le dessinateur suisse ne sort jamais sans un carnet de notes lui permettant de coucher à tout instant ses idées de dialogues ou de mise en planches. Le succès (une statue au musée Grévin, des festivals durant lesquels Zep est assailli) a toutefois son revers : une polémique télévisuelle, à l’occasion d’un numéro d’Envoyé spécial, questionnera la caractérisation d’un personnage un peu trop espiègle pour les plus conservateurs. Qu’importe, le public est quant à lui au rendez-vous et la mèche blonde la plus célèbre de la bande dessinée (concurrençant à cet égard celle de Tintin) a encore de beaux jours devant elle.

Titeuf, le Livre d’or, Zep
Glénat, novembre 2022, 160 pages

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3.5

« Et Franquin créa la gaffe » réédité aux éditions Glénat

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Les éditions Glénat procèdent à une réédition des plus attendues, puisque l’ouvrage d’entretiens Et Franquin créa la gaffe, réunissant Numa Sadoul et André Franquin, constitue un classique du genre, depuis longtemps introuvable. Dans un style comparable aux célèbres conversations menées par François Truffaut et Alfred Hitchcock (toutes proportions gardées), cette série d’échanges ayant eu lieu en 1985 permet de revenir sur quarante années d’une carrière prolifique, de personnages passés à la postérité, de procédés techniques et narratifs en pagaille, ainsi que de passionnantes réflexions et anecdotes personnelles. André Franquin, d’abord réticent à l’exercice (qu’il qualifie d’ailleurs de « cauchemar »), finit par s’y livrer entièrement, sans faux-semblant.

Plus de 400 pages illustrées à travers lesquelles Numa Sadoul expose en clerc ce qui constitue l’étoffe d’André Franquin. Tandis que l’époque n’est guère à la réjouissance – en 1985, l’auteur et dessinateur belge vient de perdre des amis proches et assiste, impuissant, au démantèlement des éditions Dupuis, chères à son cœur –, l’écrivain et metteur en scène, par ailleurs spécialiste de la bande dessinée, parvient enfin à convaincre (ou plutôt à piéger) Franquin pour qu’il accède à une requête déjà vieille de dix ans (et réitérée à plusieurs reprises) : consentir à s’épancher, le long d’un témoignage précieux, sur son travail et sa vie personnelle. Numa Sadoul n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il a déjà réalisé pareil exercice avec Hergé. Cette fois-ci, il dispose de pas moins de 34 heures de dialogue réparties sur 26 cassettes audio. De quoi dresser le portrait exhaustif d’un auteur pétri de contradictions, dont la moindre n’était certainement pas ce jumelage désordonné entre une dépression chronique et un humour tapageur, le vague à l’âme et l’âme d’enfant.

À travers André Franquin, le lecteur croise des personnalités aussi diverses que Joseph Gillain, René Goscinny, Marcel Gotlib, Steven Spielberg, Paul Verlaine ou encore Yvan Delporte. Certaines ont fait partie intégrante de sa vie, d’autres relèvent plutôt de l’étalon à l’aune duquel se mesurent ses créations ou ses idées. Parmi les propos les plus saillants rapportés par Numa Sadoul, on citera ceux relatifs à la religion, la liberté éditoriale ou la pornographie dessinée.

Franquin explique ainsi que certains sujets échapperont toujours à l’entendement humain (tels que la taille réelle de l’univers) et que, s’il ne croit pas en un Dieu quelconque, il trouve en revanche intéressante la fabrique scientifique. Évoquant le TROMBONE illustré, qui a vécu l’espace de trente numéros à l’intérieur du journal de Spirou, il rappelle que son objectif consistait avant tout à traiter certains sujets soigneusement évités dans le magazine. Raison pour laquelle, très certainement, le TROMBONE fut battu en brèche par son rédacteur en chef de l’époque. Franquin va plus loin dans la réflexion et décrit Charlie Hebdo comme une sorte d’idéal, sans attache publicitaire, pouvant se permettre de se soustraire à tous les diktats.

Ce qui s’ensuit en ressort d’autant plus évident : alors que Jijé a terminé sa vie en croisade contre la pornographie en bande dessinée (fait plusieurs fois évoqué dans l’ouvrage), Franquin se montre beaucoup plus ouvert. Il y voit la possibilité d’accomplir des choses intéressantes, et même de créer des gags dans le cas des caricatures. Il confesse qu’il lui est arrivé, comme à beaucoup d’autres dessinateurs, de s’adonner secrètement aux dessins érotiques, pour le seul plaisir du graphisme. Il n’a cependant jamais été plus loin, essentiellement par peur du ridicule.

Running gags, élaboration de la voiture Turbot 2, décors façonnés par Jidéhem, dons culinaires de Gaston Lagaffe, histoire facétieusement adaptée de La Fontaine, Fluide glacial et sa réunion incroyable de talents, milieu circassien, mésaventures avec les douaniers, expositions lui étant consacrées, opposition aux parcmètres, jalousie entre auteurs lors des séances de dédicaces : le nombre de sujets, importants ou accessoires, passés en revue dans Et Franquin créa la gaffe a quelque chose de vertigineux.

Sur la personnalité et le style de Franquin, on en apprend évidemment énormément. Celui qui n’avait pas l’habitude d’accorder d’entretiens et préférait de loin la discrétion aux grands déballages impudiques se reproche ici son manque de fantaisie, revient sur certaines règles de l’efficacité graphique, verbalise ses difficultés professionnelles (les creux, les ratés, son incapacité à dessiner le feu ou à se sentir à sa place en certaines circonstances…). Il explicite certains aspects techniques, l’usage des couleurs, la science du cadre (il désapprouvait qu’un dessin s’en émancipe).

Passionnant, sincère, d’une densité remarquable, Et Franquin créa la gaffe permet de prendre la pleine mesure d’une personnalité séminale de la bande dessinée et de se familiariser avec un parcours plus accidenté qu’il n’y paraît.

Et Franquin créa la gaffe, Numa Sadoul et André Franquin
Glénat, novembre 2022, 432 pages

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5

« Atlas stratégique » : la marche du monde

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Les éditions Autrement publient un Atlas stratégique portant sur l’Occident, de son ascension à son déclin. Les relations internationales, les enjeux démographiques et les bouleversements économiques y occupent une place de choix. L’ouvrage est enrichi des nombreuses cartes, édifiantes, de Roc Chaliand.

L’Histoire mondiale est constituée de basculements. Ces derniers interviennent parfois au bout de quelques mois, d’autres fois après des décennies ou des siècles de relative fixation. Entre 1878 et 1914, une demi-douzaine d’États occidentaux se partage le monde. La France, la Grande-Bretagne, l’Italie ou la Belgique entendent honorer les missions civilisatrices qui, d’après eux, leur reviennent de fait – presque de droit. Au cours du XXe siècle d’ailleurs, seul le Japon apparaît épargné par les rapports de domination faisant des uns des colonisés – l’Administration britannique des Indes constitue à cet égard un exemple édifiant – et des autres, des zones soumises à influence politique – durant la guerre froide – ou considérées comme des territoires tampons. Peu clairvoyant, Francis Fukuyama sonne la fin de l’histoire après la victoire du camp occidental, et surtout américain, face à une URSS qui périclite en autant d’États indépendants. Un basculement a pourtant déjà eu lieu : la guerre de Corée, le Vietnam, les chocs pétroliers, l’Iran étaient les signes avant-coureurs d’une domination en trompe-l’œil, que le terrorisme islamique, les puissances pétro-monarchiques ou l’incapacité des Européens à se fédérer face aux épreuves vont éclairer d’une lumière aveuglante.

L’Atlas stratégique de Gérard Chaliand, Roc Chaliand et Nicolas Rageau donne à voir une perspective historique s’étendant sur les trois siècles derniers. Il permet de prendre le pouls de l’ascension puis du déclin de l’Occident dans un monde en perpétuelle mutation. Les nombreuses cartographies qui en émaillent la lecture font état, mieux que n’importe quel discours, de ces mouvements incessants, de flux et de reflux, ordonnant la marche géopolitique du monde : les données économiques, démographiques, militaires ne cessent de redistribuer des cartes que le croupier occidental pensait à tort faire siennes. Ainsi, les deux guerres mondiales apprennent aux Européens que les frontières demeurent fragiles, y compris sur le vieux continent, le Vietnam et la guerre du Golfe renferment des leçons communes sur l’incurie des Occidentaux et leur méconnaissance des cultures locales, les opinions publiques sont plus souvent qu’à leur tour chauffées à blanc (Vietnam, seconde guerre du Golfe), l’envahissement de l’Ukraine par les forces russes rappelle à tous que la paix reste un état des plus précaires.

La Chine et l’Inde font évidemment l’objet d’une attention particulière. Cette dernière est justifiée par leur poids démographique, par les enjeux environnementaux sous-jacents, par leur croissance économique, parfois insolente, mais aussi, et surtout, par la propension de Pékin à se projeter partout dans le monde, pour faire des affaires et user d’influence diplomatique. Ainsi, les auteurs ne manquent pas de pointer la Chine comme un rival historique, pesant de plus en plus sur le commerce mondial et tissant peu à peu un réseau qui concurrence, voire surpasse, celui des Etats-Unis, y compris dans son propre jardin (l’Amérique latine). Un peu plus loin dans l’ouvrage sont évoqués les cas de la Turquie, grand vendeur d’armes et dual quant à ses rapports envers l’OTAN d’une part et Daech ou la Russie de l’autre, ou du continent africain, pris dans son ensemble et caractérisé par une croissance démographique non maîtrisée ainsi que des interventions étrangères d’une grande pluralité, tant dans le chef des acteurs que des objectifs. La Russie, son rôle énergétique majeur, ses ingérences dans les pays se situant à sa périphérie (Géorgie, Ukraine), son action sous la présidence de Vladimir Poutine font sans surprise l’objet d’un chapitre spécifique, tout comme les États-Unis ou le terrorisme.

Si l’on ne fait que survoler l’état d’un monde changeant, cet Atlas stratégique a néanmoins le mérite de pencher sur le temps long et de recontextualiser certains événements marquants, sans oublier, lorsque cela est possible, d’en préciser les conséquences immédiates et plus lointaines. Didactique, ingénieusement conçu, laissant une grande place aux cartes, l’ouvrage est un précieux outil d’éducation pour qui veut s’initier à la géopolitique.

Atlas stratégique, Gérard Chaliand, Roc Chaliand et Nicolas Rageau
Autrement, novembre 2022, 160 pages

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4

« Choujin X » : quête initiatique et identitaire

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Créateur de la série Tokyo Ghoul, Sui Ishida publie aux éditions Glénat le premier numéro de Choujin X, dont le récit met en scène des adolescents faisant face à des entités surhumaines, quand ils ne s’en approprient pas eux-mêmes les facultés…

Tokio et Azuma ne peuvent être appréhendés l’un sans l’autre. Le premier, assimilé à un vautour, semble vivre par procuration à travers le second, quant à lui renvoyé au lion. C’est en effet son ami qui remédie à ses faiblesses, lui offre un cadre de vie rassurant, le conseille et le guide au quotidien. Le mangaka Sui Ishida va pourtant plonger Tokio, peu sûr de lui, ô combien vulnérable, dans une profonde quête initiatique et identitaire. Non seulement il va apprendre à s’affranchir de son ami, mais il lui faudra en plus composer avec une seconde nature aux mystères encore épais.

Ces deux adolescents ne sont pas les seuls héros de Choujin X. Ely, jeune cultivatrice de tomeïto, se rend seule à une foire agricole. Durant son voyage, elle survivra à un accident aérien causé par un chouijin maléfique. C’est à cette terrible occasion que se révèlent ses pouvoirs cachés. Ces trois jeunes protagonistes, auxquels le lecteur est appelé à s’identifier, vont se mouvoir dans un monde divisé en provinces autonomes et soumis aux agissements d’entités machiavéliques, dont les représentations rappellent forcément le folklore nippon – les yōkai par exemple.

La région de Yamato, dans laquelle se déroule le récit, se nappe d’un pessimisme certain. Tokio et Azuma s’y distinguent en se dressant contre les voyous. Dans le détail, le premier déclenche l’alerte et le second est prié d’agir en conséquence. Le binôme procède de cette façon : liés l’un à l’autre, Tokio et Azuma constituent des contraires qui se complètent et s’attirent. Un incident va toutefois redéfinir la stature de Tokio, puisqu’il va se muer, malgré lui, en chouijin. Et de ce fait croiser la route d’Ely, dont le caractère protecteur est réaffirmé à cette occasion.

Remarquablement dessiné, mené tambour battant, ce premier numéro de Choujin X expose des personnages à fort relief – surtout Tokio, invariablement diminué – tout en instituant un univers suffisamment envoûtant pour tenir en haleine le lecteur. Sui Ishida, qui s’inspire beaucoup des comics américains et des jeux vidéo, avoue cependant lui-même ne pas encore connaître tous les tenants et aboutissants de son histoire. Gageons qu’il saura quoi faire de ces prémisses pour le moins prometteuses.

Choujin X, Sui Ishida
Glénat, octobre 2022, 262 pages

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3.5

Le Juif errant, d’Eugène Sue : critique-feuilleton, ultime épisode

Pour rendre compte du Juif errant, d’Eugène Sue, roman long (1600 pages dans l’édition que nous lisons actuellement) et foisonnant, nous décidons donc d’en faire une critique-feuilleton, découpée en plusieurs épisodes qui paraîtront à intervalles plus ou moins réguliers, au fil de la lecture. Dans cet ultime épisode, nous parlons de pandémie et d’une conclusion impressionnante.

Cinquième et dernier épisode

Cet ultime épisode couvre la monumentale dernière partie du roman : plus de 500 pages à elle seule, regroupées en plus de 60 chapitres. Une fin énorme, à l’image de ce roman foisonnant.
Une fin apocalyptique qui se déroule sur fond de l’épidémie de choléra qui toucha Paris au printemps 1832. Une épidémie qui, dans le roman, accompagne le Juif errant comme une malédiction. Le premier chapitre de cette partie, montrant ce personnage mystérieux qui entre dans la ville avec ce fantôme verdâtre accroché à ses pas, sonne le coup d’envoi d’une conclusion à la fois terrible et, parfois, un peu maladroite.
Quelles que soient ses qualités, sur lesquelles nous reviendront bientôt, cette partie a un défaut majeur : elle est trop longue. L’enchaînement des séquences liées au complot, tour à tour ourdi puis déjoué, puis ré-ourdi, etc., est vite répétitif. Nous touchons là à un des défauts habituels des romans-feuilletons : les auteurs étant payés à la page, ils « tiraient à la ligne », selon l’expression consacrée, c’est-à-dire qu’ils remplissaient le plus de pages possible pour augmenter leur rémunération. Et si ce défaut n’était pas flagrant jusque là, il se manifeste clairement dans cette dernière partie qui aurait mérité d’être plus courte.
D’autant plus que, malgré ce défaut, cette partie est ponctuée de moments impressionnants. La description de Paris ravagée par le choléra est très puissante (l’image des hôpitaux dépassés par l’afflux de malades, et les théories délirantes d’une partie de la population qui rejette l’idée d’une épidémie naturelle et reste convaincue qu’il s’agit d’un empoisonnement, donnent une étonnante modernité au roman).
Et surtout il y a ces cent dernières pages, pleines de rebondissements. Si le roman a pu paraître, parfois, assez prévisible, ce final a déjoué tous nos pronostics. C’est inattendu, dramatique et passionnant.

En guise de conclusion…
Et donc, si l’on revenait sur le roman dans son ensemble, maintenant qu’il est achevé…
Incontestablement, Le Juif errant est un grand roman. Grand par le nombre de pages, bien entendu, mais aussi par les qualités. D’abord parce que, à part lors de quelques scènes, il parvient à maintenir une tension dramatique forte. Une fois commencé, il est impossible de lâcher ce roman.
Un roman qui joue beaucoup avec les émotions. Les passages d’aventures alternent avec les scènes dramatiques, voire pathétiques. Le suspense et l’amour sont très présents. Certaines scènes grandioses ponctuent le roman à intervalles réguliers : un naufrage, la première lecture du testament, le choléra… Toute cette organisation, très structurée, très travaillée, capte l’attention des lecteurs.
Eugène Sue sait aussi parfaitement gérer la multiplicité des personnages. Des personnages créés dans un objectif de diversité, puisque nous avons aussi bien une richissime aristocrate qu’une misérable ouvrière, un jeune prince indien ou un un pauvre ancien grognard. Cette palette très riche permet d’alterner variées et de multiplier les intrigues secondaires, sans jamais perdre le lecteur. Ces protagonistes sont, certes, sinon caricaturaux, en tout cas monolithiques, mais cela n’empêche pas qu’ils soient attachants et que l’on s’intéresse vraiment à leur sort.
Et quid du juif errant lui-même ? N’hésitons pas à le dire : si vous voulez lire un roman sur ce personnage mythique, allez plutôt vers celui écrit par Jean d’Ormesson. Car dans le roman d’Eugène Sue, le juif errant apparaît trois fois en tout et pour tout, pour un total d’environ une trentaine de pages sur les 1600 que compte l’ouvrage. Ce personnage grandiose, marquant et follement romanesque, ne fait que quelques apparitions dont la rareté déçoit un peu, mais conserve cependant une dimension mythologique impressionnante.
En bref, Le Juif errant est un très bon roman, malgré quelques défauts. Roman d’aventures, drame social, tragédie sentimentale, il cumule les genres sans se départir de son unité. Cela donne envie d’approfondir l’oeuvre d’Eugène Sue.

Arras Film Festival 2022: Le cinéma vit

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Arras Film Festival 2022, clap de fin. Sans vouloir contredire Oscar Wilde, l’art imite la vie bien plus la vie n’imite l’art.  (Pro)créer c’est donner vie à, et pour ça il faut au moins être deux. Un émetteur sème les graines, un récepteur ovule, le polichinelle est dans le tiroir, et si ça se passe bien Mazel Tov, tout le monde a bien travaillé. Ce n’est pas un tweet de J.K Rowling, simplement un fait biologique et anthropologique. Une réalité de l’espèce.

A cet égard, un festival est un kamehameha de création, de rencontres de gens entre eux, de gens et de films, de films l’un sur l’autre. En 10 jours, une arborescence d’embryons se déploie et c’est un cycle de vie qui (re)commence. Dans culture essentielle, il y a essence et ce n’est pas à ranger en dessous de la pile de PQ ou du paquet de pâtes. C’est vital, tout simplement.

Joyeuses Funérailles

La 23ème édition de l’Arras Film Festival fut une nouvelle occasion de ressentir les forces du cosmos à l’œuvre. Nadia Paschetto et Éric Miot, respectivement présidente et délégué général de la manifestation, l’ont dit et répété : on ne décide pas à l’avance des lignes de forces qui traversent une édition. Programmer, c’est un acte de création en soit, il faut laisser la vie trouver son chemin entre les films et les spectateurs. Mettre en place les conditions de la rencontre, et non pas conditionner les termes de cette rencontre. Accompagner et non pas diriger la forme du puzzle, pièce après pièces, projections après projections. Bref, un acte d’amour.

Force est de constater que cette année fut largement occupée par une couleur qui domina toutes les autres : le deuil. Celui qu’on ne peut pas faire : le deuil d’un enfant (En plein feux), d’une épouse (Les Survivants), d’un mari jamais revenu du front (C’est mon homme). Celui qu’on doit faire seul (Plus que jamais), accompagné (L’astronaute, Amore Mio, Houria), collectivement (Pour La France, Nos Frangins, Un hiver en été). Celui qu’on doit faire, pour le bien commun et le salut de l’humanité (Maestro(s), on aura l’occasion d’en reparler). Il y a autant de façon de faire son deuil que de le filmer et le raconter : les étapes fatidiques de la vie surviennent toujours sans mode d’emploi, devant et derrière la caméra.

La vie et rien d’autre

Le deuil pèse, mais le deuil apaise et, bien souvent le deuil libère. On appelle ça communément la catharsis, et le pouvoir du cinéma en salles réside aussi dans sa capacité à ritualiser le processus. Le public retiendra à cet égard quelques très très grands moments de grand-écran de cette édition 2022. L’état de transe de Lyna Khoudri-Houria dansant ses plaies et celles de l’Histoire, les frères d’écran Karim Leklou et Shaïn Boumedine cautérisant celles du spectateur et de la nation Pour La France et au son de la Mafia K’1 Frye, L’Astronaute Nicolas Giraud qui (re)trouve sa place dans le monde en habitant quelques instants l’horizon retrouvé de l’espace…

C’est bien connu, les enterrements à l’irlandaise sont les plus plébiscités. Oraison pas funèbre, le rite funéraire élaboré par l’Arras Film Festival avec le public au gré de 10 jours de cinéma fut avant tout une célébration passionnée de la vie. Ensemble, en salles et en dehors, lorsque le village du festival donnait le coup d’envoi de ses incontournables afters musicaux. À la manière d’une coutume traditionnelle qui honorerait la mémoire des défunts en fêtant le mouvement des vivants.

Le cinéma le poing levé

C’est le goût retrouvé de la lutte dans C(h)œurs de Rockers et Brillantes, la ferveur des passions déraisonnables dans Mon Héroïne et L’astronaute, l’amour sans peurs et sans barrières de l’adolescence dans 16 ans, la danse à s’en faire mal dans Houria, la vengeance justicière de Léa Drucker dans Couleurs de l’incendie… C’est celui des victoires jamais acquises mais assez célébrées : la France change, et c’est tant mieux. Lyna Khoudri, Karim Leklou, Mounia Mouddour, Rachid Hami etc. n’ont pas besoin de le dire pour le montrer.

Pendant 10 jours, le ballet des corps et des images – celui des corps dans les images- délivra ainsi une bataille à sens unique contre la pesanteur de l’existence. « You have to Let it go », comme le disait Iceman à Maverick plus tôt dans l’année. Pourquoi le cinéma en salles ? Pour ça. Pour synchroniser au même moment et dans un même endroit les chakras de l’inconscient collectif et les libérer ensemble de leurs enclaves. Bref, c’est important. Et l’Arras Film Festival nous a une nouvelle fois rappelé pourquoi.

 

FIFAM 2022 : « Freak Orlando » ou la monstrueuse parade de Ulrike Ottinger

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Objet de cinéma expérimental évoquant à la fois Virginia Woolf, Tod Browning et Fritz Lang, doublé d’un manifeste queer sur le genre, la difformité du corps, l’interchangeabilité des sexes et leurs représentations dans l’art, Freak Orlando est une monstrueuse parade, une orgie kitsch surréaliste et grotesque menée par deux créatures hors du temps interprétées par Magdalena Montezuma et Delphine Seyrig. Une œuvre excentrique, transgressive, inclassable, dont l’extravagance visuelle déroute le spectateur autant qu’elle ne l’enchante.

Figure de la nouvelle vague allemande, Ulrike Ottinger nous plonge ici dans un Berlin industriel et déluré figuré par « Freak City », étrange centre commercial (qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler le Mall abandonné du Zombie de Romero sorti trois ans plus tôt) aux allures de dépotoir apocalyptique, investi par une secte d’extraterrestres hermaphrodites dont les gourous ne sont autres que la vedette du cinéma d’avant-garde Magdalena Montezuma et une Delphine Seyrig lunaire, coiffée comme la fiancée de Frankenstein. Freak Orlando 

L’imagination tordue et le futurisme anachronique d’Ottinger n’ont aucune limite. Réceptacle de toutes les représentations les plus abstraites, cette « ville monstre » renferme une galerie de créatures survoltées célébrant un carnaval de la laideur : nains dalmatiens, poulets à têtes de poupées, femmes à barbes, martyrs, sœurs siamoises ou encore Christ transgenre.. Autant de monstres difformes qui peuplent cette galaxie du grotesque faisant fi de tous les codes établis, de toutes les conventions narratives classiques. Succession illogique de saynètes cauchemardesques, tableaux mythologiques et autres visions azimutées qui renvoient à la fois au théâtre de l’absurde et de la cruauté, Freak Orlando est une mise en scène décapante de la marginalité dans tous ses excès, en continuel dialogue avec le chef-d’œuvre de Tod Browning. Ici, les banquets de l’immobilisme organisés dans des bassins vides ne sont plus vecteurs de sociabilité, les puissants crucifient leurs proies à tout-va et les plus faibles embarquent pour l’asile à bord d’un lit à roulettes tiré par un souffre-douleur. De même, le film déploie jusqu’à l’épuisement la mécanique lancinante et cyclique d’un cirque de la nudité et de l’horreur, comme l’illustre l’interminable transe des flagellants ensanglantés, tous vêtus de cuir, déterminés à aduler ou à persécuter la figure androgyne et immortelle d’Orlando.

Exercice de style expérimental et hybride visuellement somptueux, Freak Orlando met en exergue les thèmes de métamorphose et de la transgression, deux motifs caractéristiques du cinéma underground des années 80. L’iconographie baroque et jouissive d’Ulrike Ottinger joue avec les mythes, les allégories et les symboles dans cette gigantesque mascarade, satire acerbe d’une société de consommation moderne, aveugle et décadente.

Sévan Lesaffre

Extrait

https://www.youtube.com/watch?v=7lWR2Bm2YzQ

Synopsis : Un personnage excentrique, ne subissant ni la loi du temps ni celle de l’éphémère, réalise le vieux rêve de l’androgyne en parcourant le monde, de sa création à aujourd’hui, changeant de sexe et d’époque. Au gré de son odyssée, il réalise que la peur, la cruauté et la folie humaine sont intemporelles et universelles.

Freak Orlando – Fiche technique

Réalisation : Ulrike Ottinger
Scénario : Ulrike Ottinger
Avec : Delphine Seyrig, Eddie Constantine, Magdalena Montezuma, Albert Heins, Claude Pantoja, Hiro Uschiyama…
Production : Renée Gundelach, Sibylle Hubatschek-Rahn
Photographie : Ulrike Ottinger
Montage : Dörte Völz-Mammarella
Musique : Wilhelm D. Siebert
Durée : 126 minutes
Genre : Comédie / Fantastique
Sortie initiale : 6 novembre 1981

FIFAM 2022 : Saint Omer d’Alice Diop

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4.5

Nouveau jour de gloire au FIFAM 2022 : salle comble pour la présentation de Saint Omer en présence d’Alice Diop, sa réalisatrice. Avec une précision documentaire, elle construit un récit bouleversant en inventant notamment le personnage de Rama, une esquisse dont le passé se dessine par petites touches. Empruntant aussi bien à Marguerite Duras qu’à Robert Bresson, Saint Omer est une plongée dans les affres du lien mère-fille, décrit comme une relation à la fois bénie et monstrueuse. C’est le regard des femmes sur une femme qui compte surtout ici. Une œuvre rare et engagée.

Quand la mer(e) monte 

Saint Omer commence par un souffle et se termine par un souffle (les deux rappellent le mouvement de la mer), c’est d’ailleurs cette question qui a inspiré Alice Diop dans son écriture, jusque sur le plateau : « sur le plateau, j’étais effondrée, aspirée par le souffle de Guslagie, par sa performance, et je traversais les scènes comme elle, en même temps qu’elle ». Ce souffle embarque le spectateur dans des scènes de procès où Laurence Coly, mère infanticide, est interrogée, et qui peuvent durer jusqu’à 22 minutes. Pour peu qu’on soit pris dans sa parole, son regard, alors le film se déroule dans une tension particulière et nous ne faisons que regarder, sans pouvoir détacher les yeux de l’écran, sans presque pouvoir respirer, reprendre notre souffle. Avec une précision documentaire, mais aussi une fascination et un goût du travail, Alice Diop a suivi le procès de l’affaire Kabou, toutes les paroles que prononcent Laurence Coly, la juge, l’avocate, sont au mot près (à part pour une histoire de chimères que nous ne révèlerons pas) ce qui a été dit au procès. Cependant, si la matière documentaire impressionne, la fiction aussi. Avec le personnage de Rama, esquisse, qui regarde Laurence, et tente d’en percer le mystère pour se rendre compte qu’elle se regarde aussi en miroir, Saint Omer devient un récit passionnant du lien, de la maternité, de l’universel.

Alice Diop ne s’empare pas simplement d’un fait divers pour faire « histoire vraie », elle fait fiction avec ce qui vient de la vie, du réel, pour mieux nous questionner, et surtout s’interroger sur ses propres sentiments, sensations. Pourquoi a-t-elle été prise d’un sentiment de familiarité en découvrant la photographie de Fabienne Kabou dans la presse (avant qu’elle ne soit retrouvée) ? Pourquoi le spectateur se sent-il si proche de Rama, de son regard, de son intensité de personnage pourtant subjectif ? Aucune réponse n’est donnée sinon celle de l’universel qui parle à l’intime, de l’intime qui devient soudain universel.

Alice Diop ne construit pas un récit de vérités, ce qu’un procès tente toujours de faire, mais elle fait s’épaissir le mystère. Les portraits qu’elle esquisse ne sont pas définitifs. Son regard de cinéaste lorgne plus du côté d’un Robert Bresson avec Procès de Jeanne d’Arc ou d’un Bruno Dumont, toujours avec Jeanne. Saint Omer est construit à travers des regards. Le regard de Rama sur Laurence. Le regard d’autres femmes présentent dans la salle, qu’Alice Diop filme avec une belle intensité. Le regard de Marie Ndiaye qui a d’abord écrit La vengeance m’appartient sur cette même affaire Kabou avant de co-scénariser Saint Omer. Enfin, le regard d’Alice Diop qui retranscrit des heures de procès et qui, jusqu’au montage, décide quelles coupes elle opère dans la fiction (de plus en plus raccourcie), dans le documentaire (elle a aussi co-écrit le film avec sa monteuse, Amrita David).  C’est cette « ronde de regards » qui coexistent et qui fondent l’intérêt de Saint Omer. Comme Bonello avait fait sien Saint Laurent (il suffit de comparer son biopic à celui de Jalil Lespert pour le comprendre), c’est ici qu’Alice Diop fait sienne Laurence Coly.

 » Je ne sais pas et j’espère que ce procès pourra me l’apprendre »

A ce titre, la réalisatrice a très bien compris la force des images et de leur écho en nous. A travers des images d’archives de l’enfance de Rama (très bouleversantes dans leur simplicité qui raconte tellement), à travers un mythe qu’elle regarde par le prise du cinéma en s’intéressant aux visages que Pasolini a filmés dans Médée. Surtout, elle convoque la force de la sublimation du réel (au sens de l’élever, le raconter autrement que par ce qu’il dit déjà dans l’image), avec Marguerite Duras. L’autrice aurait ainsi pu écrire, en substance, « Sublime, forcément sublime Laurence C. », référence à son texte sur la mère de Grégory alors accusée un temps du meurtre de son fils. C’est pourtant un extrait d‘Hiroshima mon amour qui est diffusé dans Saint Omer. Quoi de plus bouleversant que de convoquer ce texte sur Hiroshima, preuve s’il en est de ce que l’art peut faire au réel et inversement. Face à l’horreur de l’événement, Duras oppose un texte décousu, intense, un texte de présent, de réminiscences, de folie et de douleurs et invente cette « mémoire de l’oubli ».

Au final, Saint Omer devient un récit intime et universel, intensément rivé aux visages de ses actrices, ses silences disent beaucoup, autant que le foisonnement du texte, des interprétations qu’il induit sur un personnage qui ne cesse de nous échapper. Le film, des mots de la réalisatrice, devient une réponse à des images manquantes. Point ici d’héroïnes, mais des femmes qui traversent autant le réel que le fictionnel et qui se regardent autant qu’elles nous regardent. Ces femmes qui sont mères, ont été filles, qui sont habitées par ce lien aussi puissant qu’il peut être destructeur, mais qui est à l’origine de tout. Alice Diop partage donc avec Céline Sciamma une directrice de la photographie commune, la géniale Claire Mathon, mais aussi et surtout ce désir de créer des récits qui partent d’un désir fort, d’un regard et qui ne font que déployer cette intensité première, ce sont toutes deux les inventrices d’un nouveau Nous et des créatrices d’images manquantes. Et c’est sublime, forcément sublime, et bien que âpre, il faut s’y abandonner, s’y accrocher et laisser les larmes couler (comme les visages du film) quand la voix de Nina Simone s’élève et que Rama rejoint sa mère.

Saint Omer : Bande annonce

Saint Omer : Fiche technique

Synopsis : Rama, jeune romancière, assiste au procès de Laurence Coly à la cour d’assises de Saint-Omer. Cette dernière est accusée d’avoir tué sa fille de quinze mois en l’abandonnant à la marée montante sur une plage du nord de la France. Mais au cours du procès, la parole de l’accusée, l’écoute des témoignages font vaciller les certitudes de Rama et interrogent notre jugement.

Réalisation : Alice Diop
Scénario : Alice Diop, Amrita David, Marie Ndiaye
Interprètes : Kayije Kagame, Guslagie Malanda, Valérie Dréville, Aurelia Petit
Photographie : Claire Mathon
Montage : Amrita David
Distribution : Les Films du Losange
Date de sortie : 23 novembre 2022
Durée : 2h02
Genre : Drame

France – 2022

FIFAM 2022 : Rencontre avec Alice Diop, réalisatrice de Saint Omer

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Rencontre avec Alice Diop à l’occasion de l’avant-première de Saint Omer, sa première fiction multiprimée inspirée de l’affaire Kabou. La réalisatrice met en scène le procès de Laurence Coly, une mère accusée d’infanticide. 

Quel a été le déclic pour réaliser Saint Omer ?

Alice Diop : Tout a débuté par une image qui accompagnait l’avis de recherche publié en 2015 dans le journal Le Monde. Lorsque j’ai vu cette photo prise par une caméra de surveillance, sur laquelle une femme noire pousse un bébé métisse emmitouflé dans une combinaison, j’ai immédiatement su qu’elle était sénégalaise. J’ai eu l’impression d’avoir une grande familiarité avec elle, étant moi-même mère d’un enfant métisse. C’est là le point de départ de mon obsession pour cette femme. Elle me fascinait davantage que l’ampleur médiatique et le caractère sordide, horrible, du crime en lui-même. Quelques jours plus tard, je suis tombée sur cette formule de la journaliste Pascale Robert-Diard : « Elle a déposé son enfant à la mer », ce qui renvoyait à l’idée très particulière qu’elle souhaitait le lui offrir. Cela ouvre un champ poétique, suppose un sacrifice mais aussi un acte très doux, très psychanalytique et durassien. En effet, l’ombre de Marguerite Duras plane constamment dans Saint-Omer. J’aime son écriture très clinique, très âpre. Duras a irrigué l’histoire dans sa dimension organique.

Vous avez assisté au procès de Fabienne Kabou qui a eu lieu en juin 2016. Quel a été le processus d’écriture ? 

Je m’y suis rendue avec la certitude qu’en tant que femme noire, j’allais forcément comprendre cette mère mieux que les autres. Or, c’est exactement l’inverse qui s’est produit. Fabienne Kabou m’a fait entrevoir mes propres abîmes et m’a permis de réfléchir sur mon rapport à la maternité. J’ai également été fascinée par le rituel documentaire de la cour d’assises et de la justice en général. Pendant le procès, j’ai rédigé une centaine de pages de notes dans lesquelles il a fallu se replonger pour réaliser un premier travail de narration et, avant tout, dessiner un personnage.

Était-il important de parvenir à vous détacher du fait divers pour faire de Saint Omer un récit universel ?

En effet, tout l’enjeu de Saint Omer était de ne pas tenter de répliquer le procès mais plutôt de regarder, à ma place de femme noire, cette mère qui a commis l’impardonnable. Je voulais mener une enquête d’ordre existentiel. J’ai rapidement compris que cette manière de réfléchir sur moi allait parler de nous toutes en tant que femmes. Le fait divers était bien évidemment largement commenté dans la presse, pourtant la question de la littéralité a été complètement évacuée. Le film est un point de vue sur cet infanticide. Je ne raconte pas tout mais me concentre sur une traversée personnelle et très intime à partir d’émotions, de souvenirs de l’audience. Même s’il est très suggestif, le personnage fictif de Rama, la jeune romancière qui assiste au procès, est nourri par des éléments appartenant à mon vécu, à des émotions enfouies. En précisant les enjeux du scénario, sa trajectoire très silencieuse me donnait l’opportunité de me détacher de la vérité des faits et du reportage afin de mener à bien un geste politique fort : celui de permettre au corps noir de porter l’universel, tout en renouvelant sa représentation au cinéma. Au delà des réflexions tout aussi politiques sur la langage, la restitution de la parole, la figure de la mère, la dimension mythologique du monstre et du crime (cf la citation de Médée avec Maria Callas), il s’agit évidemment de raconter mon histoire, de dire quelque chose des miens, de répondre à une invisibilisation de la part de la société.

Quelles ont été vos références ? 

Jeanne d’Arc de Robert Bresson et La vérité de Georges Clouzot sont des références évidentes. Étrangement, je n’ai pas pensé à La Noire de.. de Ousmane Sembène. Sur le plan esthétique, il y a quelque chose de l’ordre de l’épure, de l’abstraction, de la peinture aussi. En ce qui concerne la lumière, la cheffe-opératrice Claire Mathon et moi-même nous sommes notamment inspirées de toiles emblématiques de Renaissance italienne comme La Belle Ferronnière de Léonard..

 

 

 

La beauté ordinaire et la vérité des visages renvoient notamment à Pasolini. Comment avez-vous réfléchi le casting ? 

J’ai rencontré Kayije Kagame et Guslagie Malanda au tout début du processus d’écriture. C’est la base de mon travail de cinéaste : dans mes documentaires précédents, je ne suis jamais partie de sujets mais des gens et de la richesse qui découle des rencontres. Il y a eu une vraie alchimie avec les actrices. En ce qui concerne Guslagie, par exemple, j’ai senti qu’il y avait dans son histoire intime, sa manière d’être, sa profondeur inaccessible et son regard insondable, quelque chose qui faisait écho au corps de Fabienne Kabou et ce que je voulais que soit le personnage de Laurence Coly. J’ai écrit le film en pensant à sa présence, laquelle a littéralement contaminé le scénario. Je comprenais intuitivement avec quelle matière intime elle allait jouer ce rôle. Idem pour Kayije qui a pourtant moins de texte. Le spectateur s’identifie au personnage de Rama, qui, au travers de l’expérience qu’elle vit lors du procès, fait la jonction entre l’universel et l’intime.

Sur plusieurs aspects, le film est à la frontière entre la fiction et le documentaire..

Oui, j’ai tenté de performer un rapport d’intensité à la vérité documentaire, à la fois à travers la restitution précise du texte du procès mais aussi grâce à la mise en scène. Je souhaitais faire dialoguer la matière fictionnelle avec le matériau du documentaire, essayer de faire dire au réel une vérité que lui-même n’aurait pas pu exprimer, et ce sans « gonfler » artificiellement tout ce qui relevait de la fiction. Il a donc fallu mettre en scène Saint Omer à partir de mon expérience de réalisatrice documentaire. Nous étions dans une recherche pure de la vérité de l’émotion au présent et il me semble que ce dispositif de tournage raconte ma direction d’acteurs. J’ai donné peu d’indications et tourné très peu de prises sachant que l’on ne peut pas tricher avec des plans-séquences de vingt-cinq minutes. J’aime l’installation et surtout la traversée de l’émotion dans le plan-séquence. Sur le plateau, j’étais effondrée, aspirée par le souffle de Guslagie, par sa performance, et je traversais les scènes comme elle, en même temps qu’elle. 

Diriez-vous que Saint Omer épaissit le mystère du meurtre plus qu’il ne cherche à le résoudre ? Cela était-il un choix ?

Si l’accusée justifie son geste en évoquant le maraboutage, le film lui ne résout pas la question de la sorcellerie. De mon point de vue, il s’agit plutôt d’une explication irrationnelle qui raconte un tas de choses complexes : la projection, les fantasmes, les à priori, l’exotisme.. Dans la fiction, Laurence Coly ignore pourquoi elle a tué sa fille et attend du procès qu’il puisse lui apporter des explications sur son geste. De même, mon propos n’a pas la prétention de résoudre l’énigme en apportant des réponses binaires. La violence est hors-champ également. Je me suis refusée à montrer le corps de l’enfant pour que le spectateur ne se focalise pas uniquement sur la reconstitution des faits.

Devenez juré au Festival international du premier film d’Annonay

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Chaque année, la ville ardéchoise d’Annonay accueille le Festival International du Premier Film, une occasion de réunir artistes et cinéphiles autour d’oeuvres de créateurs prometteurs.

Parmi les films présentés, dix premiers films inédits font l’objet d’une compétition, et le lauréat est choisi par un jury constitué de cinéphiles et encadré par un professionnel du cinéma.

Pour sa 40ème édition, qui se tiendra du 27 janvier au 6 février, le festival cherche des amoureux du cinéma pour constituer ce jury. Le premier critère, pour candidater, est avant tout d’aimer le cinéma, d’avoir envie de découvrir des films inédits et de vouloir promouvoir de jeunes artistes afin de faciliter la sortie de leurs films en salles.

Pour poser sa candidature, il s’agit d’envoyer votre autoportrait de cinéphile, de spectateur ou spectatrice, soit sous forme écrite (trois pages maximum), soit sous forme audio ou vidéo (trois minutes maximum) avant le 21 décembre.

Pour plus de renseignements, voir la page du festival :

https://www.annonaypremierfilm.org/festival-pratique/comment-devenir-jury/?utm_source=mailpoet&utm_medium=email&utm_campaign=info+le+navire+juin+2022

Voir aussi notre entretien avec le directeur artistique du Festival, en 2020 :

https://www.lemagducine.fr/interviews/festival-international-du-premier-film-dannonay-37eme-edition-10024240/