Arras Film Festival 2022: Le cinéma vit

Arras Film Festival 2022, clap de fin. Sans vouloir contredire Oscar Wilde, l’art imite la vie bien plus la vie n’imite l’art.  (Pro)créer c’est donner vie à, et pour ça il faut au moins être deux. Un émetteur sème les graines, un récepteur ovule, le polichinelle est dans le tiroir, et si ça se passe bien Mazel Tov, tout le monde a bien travaillé. Ce n’est pas un tweet de J.K Rowling, simplement un fait biologique et anthropologique. Une réalité de l’espèce.

A cet égard, un festival est un kamehameha de création, de rencontres de gens entre eux, de gens et de films, de films l’un sur l’autre. En 10 jours, une arborescence d’embryons se déploie et c’est un cycle de vie qui (re)commence. Dans culture essentielle, il y a essence et ce n’est pas à ranger en dessous de la pile de PQ ou du paquet de pâtes. C’est vital, tout simplement.

Joyeuses Funérailles

La 23ème édition de l’Arras Film Festival fut une nouvelle occasion de ressentir les forces du cosmos à l’œuvre. Nadia Paschetto et Éric Miot, respectivement présidente et délégué général de la manifestation, l’ont dit et répété : on ne décide pas à l’avance des lignes de forces qui traversent une édition. Programmer, c’est un acte de création en soit, il faut laisser la vie trouver son chemin entre les films et les spectateurs. Mettre en place les conditions de la rencontre, et non pas conditionner les termes de cette rencontre. Accompagner et non pas diriger la forme du puzzle, pièce après pièces, projections après projections. Bref, un acte d’amour.

Force est de constater que cette année fut largement occupée par une couleur qui domina toutes les autres : le deuil. Celui qu’on ne peut pas faire : le deuil d’un enfant (En plein feux), d’une épouse (Les Survivants), d’un mari jamais revenu du front (C’est mon homme). Celui qu’on doit faire seul (Plus que jamais), accompagné (L’astronaute, Amore Mio, Houria), collectivement (Pour La France, Nos Frangins, Un hiver en été). Celui qu’on doit faire, pour le bien commun et le salut de l’humanité (Maestro(s), on aura l’occasion d’en reparler). Il y a autant de façon de faire son deuil que de le filmer et le raconter : les étapes fatidiques de la vie surviennent toujours sans mode d’emploi, devant et derrière la caméra.

La vie et rien d’autre

Le deuil pèse, mais le deuil apaise et, bien souvent le deuil libère. On appelle ça communément la catharsis, et le pouvoir du cinéma en salles réside aussi dans sa capacité à ritualiser le processus. Le public retiendra à cet égard quelques très très grands moments de grand-écran de cette édition 2022. L’état de transe de Lyna Khoudri-Houria dansant ses plaies et celles de l’Histoire, les frères d’écran Karim Leklou et Shaïn Boumedine cautérisant celles du spectateur et de la nation Pour La France et au son de la Mafia K’1 Frye, L’Astronaute Nicolas Giraud qui (re)trouve sa place dans le monde en habitant quelques instants l’horizon retrouvé de l’espace…

C’est bien connu, les enterrements à l’irlandaise sont les plus plébiscités. Oraison pas funèbre, le rite funéraire élaboré par l’Arras Film Festival avec le public au gré de 10 jours de cinéma fut avant tout une célébration passionnée de la vie. Ensemble, en salles et en dehors, lorsque le village du festival donnait le coup d’envoi de ses incontournables afters musicaux. À la manière d’une coutume traditionnelle qui honorerait la mémoire des défunts en fêtant le mouvement des vivants.

Le cinéma le poing levé

C’est le goût retrouvé de la lutte dans C(h)œurs de Rockers et Brillantes, la ferveur des passions déraisonnables dans Mon Héroïne et L’astronaute, l’amour sans peurs et sans barrières de l’adolescence dans 16 ans, la danse à s’en faire mal dans Houria, la vengeance justicière de Léa Drucker dans Couleurs de l’incendie… C’est celui des victoires jamais acquises mais assez célébrées : la France change, et c’est tant mieux. Lyna Khoudri, Karim Leklou, Mounia Mouddour, Rachid Hami etc. n’ont pas besoin de le dire pour le montrer.

Pendant 10 jours, le ballet des corps et des images – celui des corps dans les images- délivra ainsi une bataille à sens unique contre la pesanteur de l’existence. « You have to Let it go », comme le disait Iceman à Maverick plus tôt dans l’année. Pourquoi le cinéma en salles ? Pour ça. Pour synchroniser au même moment et dans un même endroit les chakras de l’inconscient collectif et les libérer ensemble de leurs enclaves. Bref, c’est important. Et l’Arras Film Festival nous a une nouvelle fois rappelé pourquoi.

 

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Guillaume Meral
Guillaume Meralhttps://www.lemagducine.fr/
"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

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