L’Astronaute : Fly us to the moon

L’exploration spatiale ne fait plus rêver. Certes, Thomas Pesquet répond très bien aux questions qu’on lui pose. Mais le nerf de la guerre l’emporte largement sur la popularité des fantassins qui nourrissent les premières pages. Hier, chacun de leur côté du mur, Youri Gagarine et Neil Armstrong transportaient l’imaginaire collectif dans leur épopée hors-sol. Depuis, Elon Musk, Jeff Bezos et leurs copains sont arrivés, et ont exproprié l’espace de l’espèce à grand coups de voyages pour ultra-VIP. Dans un tel contexte, même le plus déterminé des outsiders ne saurait trouver son chemin sur l’autoroute privée des milliardaires. Enfin, ça c’était avant L’Astronaute.

C’est le cas et c’est peu de le dire, L’Astronaute est un film qui tombe du ciel. Le sujet déjà : un postulant recalé au LESA (la NASA française) construit dans son coin la fusée qui est censée l’emmener dans l’espace. On dirait un film des frères Coen, le second rôle d’un Farrelly Bros, où n’importe quelle comédie sur des lunatiques bercés trop près du mur qui s’accrochent à l’impossible au nez et à la barbe des quolibets de leur entourage et du spectateur. L’important c’est pas de le faire, c’est d’y croire. Nicolas Giraud balaie l’argument d’un revers de la main : j’y crois pour le faire.

Et on lui donne bien plus que le bénéfice du doute dès les premières images. L’atmosphère solennelle, presque de recueillement qui se dégage de la mise en place nous met sur la voie. On n’est pas là pour rigoler, car lui n’est pas là pour ça non plus. Jim a passé l’étape du regard des autres et de ses proches depuis longtemps. Tous les passionnés le savent : suivre ses rêves envers et contre tout, c’est déclarer forfait au concours de popularité sociale et passer quelques soirées en tête à tête avec ses hypothèses. Flamme qui brule ne s’éteint pas au premier coup de vent, et le blindage de Jim est proportionnel à l’énormité de son objectif : aller dans l’espace en indépendant. Même Rocky Balboa n’a jamais eu à enjamber une marche aussi haute.

Le récit d’outsider le plus incroyable jamais conté ne pouvait décemment pas avoir les pieds sur terre. Le spectateur non plus, emporté dans cette route jalonnée d’obstacles vers les étoiles. Tout ce que L’Astronaute propose de contre-intuitif vis-à-vis du genre abordé sur le papier se révèle d’une évidence absolue de la première à la dernière image. Notamment ce climax qui craque le cryptage du Mac Guffin pour faire la mise au point sur tout ce que le spectateur avait déjà embrassé auparavant. Une leçon de cinéma du scénario à la mise en scène, dont la délicatesse teintée de pudeur ne force jamais la réserve qu’entretient ce personnage qui a besoin de quitter la Terre habitable pour se connecter enfin à l’humanité.

Les plus grands films n’ont besoin que d’une image sur ce que le spectateur savait sans pouvoir y mettre de mots jusqu’à présent. Or, ce d’ores et déjà très grand film sur le deuil nous le murmure à haute voix, les grandes épopées sont universelles parce qu’elles sont racontées pour résonner dans l’intime du spectateur et le conduire à la catharsis. On ne saurait dire autre chose que merci, et célébrer le premier chef-d’œuvre de l’Arras Film Festival 2022.

L’Astronaute de Nicolas Giraud : Fiche Technique

Scénario : Nicolas Giraud et Stéphane Cabel
Avec Nicolas Giraud, Mathieu Kassovitz, Hélène Vincent, Bruno Lochet, Ayumi Roux, Hippolyte Girardot, Jérémie Renier, Carole Trévoux, Jean-Henri Compère, Féodor Atkine Nicolas Giraud, Mathieu Kassovitz, Hélène Vincent, Hippolyte Girardot, Bruno Lochet, Ayumi Roux, Carole Trévoux..
Images : Renaud Chassaing
Musique : Superpoze
Montage : Loïc Lallemand
Production : Christophe Rossignon, Philip Boëffard
Producteurs : Christophe Rossignon et Philip Boëffard
Distribution France : Diaphana Distribution
sortie le 15 février 2023

Festival

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Guillaume Meral
Guillaume Meralhttps://www.lemagducine.fr/
"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

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