Houria, de Mounia Meddour : La fièvre aux corps

On attendait beaucoup de Mounia Meddour avec le triomphe critique et public de Papicha, qui rappelait par A+B la capacité du cinéma populaire à réconcilier le grand-public avec les douleurs pas encore cautérisées de l’histoire récente. Pari gagné : avec Houria, projeté à l’Arras Film Festival 2022, la réalisatrice réussit un film à la fois similaire et différent de son précédent, et se révèle encore plus prompt à fédérer le spectateur sur des parti-pris artistiques audacieux.

La danse, Houria a ça dans le sang. Ce n’est pas une échappatoire à son quotidien en Algérie, mais une question survie : si elle ne bouge pas, elle s’éteint. On la découvre sur les toits de son immeuble, à danser jusqu’à l’épuisement. La grâce et l’effort physique s’enlacent dans un ballet à fleur de peau : en quelques plans, la culture redevient plus essentielle que jamais. La physicalité de la caméra de Meddour ajoute à la beauté de l’effort : massive et légère, ancrée et aérienne, Houria chope le spectateur aux tripes comme la troupe de Pina Bausch dans le film de Wim Wenders.

Puis survient l’agression. Brutale, immédiate, un destin se fait couper les ailes en plein vol. Comme tant d’autres dans un pays encore marqué par les plaies de conflits irrésolus. Blessée dans sa chair et dans son âme, Houria ne parle plus, ne bouge plus. Au contact d’autres femmes figées dans le traumatisme, elle va se réinventer pour se reconstruire, individuellement et collectivement. On pense au cinéma de Peter Weir , notamment dans la propension à fabriquer un cinéma à la fois minéral et éthéré. La thérapie par l’art, ce n’est pas une lubie d’intermittent, mais une réalité filmique où s’élabore sous nos yeux un nouveau langage pour cautériser les maux les plus difficiles à exprimer. La cinéaste fait en sorte que le public s’approprie ces moments de grâce qui tapent systématiquement à l’estomac.

On peut relever quelques couacs dans Houria, des dysfonctionnements d’un scénario trop chargé, ou des chutes de rythmes qui mettent des bâtons dans les jambes de son récit. Mais certainement rien de nature à entraver le souffle fantastique du film, ni l’avancée de la tornade Lyna Khoudri. L’actrice roule à 300% en permanence sans s’épuiser elle ou le spectateur, joue et danse comme si sa vie en dépendait. Houria s’impose comme une double-confirmation : Mounia Meddour est tout sauf un feu de paille, et Lyna Khoudri l’une des meilleurs choses qui soit arrivé au cinéma français et francophone depuis longtemps.

Houria : Teaser

Houria : Fiche Technique

Houria de Mounia Meddour
Avec : Lyna Khoudri (Houria), Rachida Brakni (Sabrina), Nadia Kaci (Halima), Hilda Amira Douaouda (Sonia), Meriem Medjkane (Amel), Zahra Manel Doumandji (Sana), Sarah Guendouz (Nacera)
Scénario : Mounia Meddour
Images : Léo Lefèvre
Montage : Damien Keyeux
Musique : Yasmine Meddour et Maxence Dussere
Son : Olivier Ronval
Mixage : Damien Lazzerini
Décors : Chloé Cambournac
Costumes : Emmanuelle Youchnovski
Distributeur (France) : Le Pacte
Ventes internationales : Wild Bunch International

Sortie salles (France) : 15 mars 2023

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Guillaume Meral
Guillaume Meralhttps://www.lemagducine.fr/
"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

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