Le « Livre d’or » de Titeuf à l’occasion des 30 ans du personnage

Pour célébrer les 30 ans de Titeuf, les éditions Glénat publient un magnifique livre d’or avec jaspage sur tranche, retraçant les grandes lignes d’une aventure éditoriale passionnante et à certains égards inespérée. Au menu : aquarelles, sérigraphies, croquis, affiches, couvertures, campagnes de sensibilisation…

Titeuf, le Livre d’or permet de mesurer le chemin accompli par Zep et son jeune personnage facétieux. Au début des années 1990, inspiré par les scènes de la vie ordinaire qui se déroulent sous ses fenêtres – il travaille dans un atelier dont la vue donne sur une cour d’école de Genève –, le dessinateur suisse prend le parti de narrer les aventures d’un écolier espiègle au langage particulièrement fleuri. Il essuie plusieurs refus de la part des éditeurs mais finit, en janvier 1993, par publier un premier tome tiré à 7000 exemplaires. En 1995, le quatrième album voit le jour à raison, déjà, de 25 000 exemplaires. Trois ans plus tard, ce sont pas moins de 160 000 tirages qui seront prévus pour les aventures de Titeuf. Entretemps, le lancement du magazine Tchô! permet à Zep de réaliser un vieux rêve.

Ces premiers temps prometteurs ne laissent pas encore présager le succès à venir. Car comme le rappelle très bien ce livre d’or, Titeuf fera passer des expressions dans le langage courant, écoulera quelque 20 millions d’albums partout dans le monde, sera associé, en tant qu’ambassadeur, à Handicap International, intégrera des campagnes de sensibilisation dans le cadre de la Covid-19 ou du dérèglement climatique. L’ouvrage est aussi l’occasion d’examiner l’évolution graphique du personnage, d’en apprendre davantage sur le projet Tchô! – le magazine, désormais arrêté, a permis à des dizaines d’auteurs d’exprimer leurs talents – ou de se pencher sur une galerie de protagonistes aussi riche qu’improbable (Puduk et son hygiène corporelle désastreuse).

Durant ses pérégrinations, Titeuf a vu son univers croiser celui de Goldorak, Pokémon, Dragon Ball ou Lucky Luke (parmi tant d’autres), il s’est penché sur des questions sensibles (le sida, la mort, le chômage…), il a accompagné les grands bouleversements du monde récent (téléphone portable, jeux vidéo, guerres…). On l’a même vu se mettre dans la peau des migrants syriens, loin de l’insouciance qui préside habituellement à ses aventures. Il a aussi fait œuvre de pédagogie avec Le Guide du zizi sexuel et émaillé quelques grandes villes européennes (les fresques le représentant à Bruxelles, Genève ou Nancy). Il a croisé la route de Jean-Jacques Goldman ou Johnny Hallyday et fut décliné au cinéma (deux années de travail, 780 000 feuilles, 6800 crayons, 1067 décor…).

Dans ce livre d’or, Zep raconte avec tendresse ce qu’il doit à son personnage. Le dessinateur suisse ne sort jamais sans un carnet de notes lui permettant de coucher à tout instant ses idées de dialogues ou de mise en planches. Le succès (une statue au musée Grévin, des festivals durant lesquels Zep est assailli) a toutefois son revers : une polémique télévisuelle, à l’occasion d’un numéro d’Envoyé spécial, questionnera la caractérisation d’un personnage un peu trop espiègle pour les plus conservateurs. Qu’importe, le public est quant à lui au rendez-vous et la mèche blonde la plus célèbre de la bande dessinée (concurrençant à cet égard celle de Tintin) a encore de beaux jours devant elle.

Titeuf, le Livre d’or, Zep
Glénat, novembre 2022, 160 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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