Jeanne de Bruno Dumont : le cinema droit dans les yeux

Avec Jeanne Bruno Dumont poursuit son exploration des mots de Charles Peguy entamée deux ans plus tôt avec Jeannette, l’enfance de Jeanne D’arc.

La vie de Jeanne

Elle a le regard fier, fiévreux, sublime mais surtout fort. On sent bien qu’elle ne va rien lâcher. Elle ne va rien laisser transparaître de son être profond. De sa foi aussi. Pour l’incarner, Bruno Dumont a choisi une enfant. Son corps encore si petit apparaît pourtant plus solide que les hommes qui l’entourent. Dans un magnifique plan qu’il étire longuement il la regarde d’en-haut, surplombant son armure et son armée (chorégraphiée plus loin) sans oublier aussi de s’attarder sur le ciel magnifique au-dessus d’elle. Car c’est vers lui qu’elle est tout entière tournée. Autre chose s’élève dans ce plan central : la voix de Christophe qui a ponctué le film de chansons. Elles sont à elles seules l’image du film : une voix forte, mais aussi fragile, aiguë, trébuchante. Elle dit le doute, la peur et la sentence aussi dans une autre scène étrange, bancale où Christophe passe de voix à corps. Jeanne est condamnée mais demeure pour Dumont triomphante.

Une voix s’élève

Les hommes à ses côtés ressemblent à des pantins tantôt vulgaires tantôt grotesques. Bruno Dumont a fait de nouveau appel pour les incarner (et là le mot prend tout son sens) à des acteurs non professionnels, des « gueules », des dictions, des petits théâtres à eux seuls. Les personnages, ou plutôt les hommes ici, sont tout juste bons à exécuter des métiers qu’ils ont à peine choisis. Et quand la foi les guide ils la desservent en la tordant à leur image imparfaite. Dumont mêle ici la solennité et la rigueur de ses premiers films, on pense notamment à Camille Claudel, à la forme de grotesque hybride qu’il a adopté depuis P’tit Quinquin. Cela fait de Jeanne une œuvre à la fois âpre et lumineuse toujours sur le point de s’effondrer sur l’autel du foireux. Cependant, elle garde, comme son interprète principale Lise Leplat-Prudhomme, une ligne de conduite impénétrable. Une œuvre et un un être devant lesquelles il faut croire car s’échiner à vouloir les faire plier l’une et l’autre (à la fois l’œuvre et le personnage dont elle s’empare) paraît bien vain. Il y a donc une radicalité et une rigidité qui font de Jeanne une œuvre singulière que Dumont nous invite sans cesse à regarder droit dans les yeux.

Jeanne : Bande annonce

Jeanne : Fiche technique

Réalisateur : Bruno Dumont
Scénario : Bruno Dumont d’après l’oeuvre de Charles Péguy
Interprètes : Lise Leplat-Prudhomme, Benoit Robail, Alains Desjacques …
Photographie : David Chambille
Montage : Basile Belhiri, Bruno Dumont
Compositeur : Christophe
Société de production :  3D Productions, Les films du Losange
Distributeur : Les films du Losange
Genre : Drame historique
Durée : 138 minutes
Date de sortie : 11 septembre 2019

France – 2018

3.5

Festival

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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