Marty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes
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Marty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes
Accueil Cinéma Critiques films PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Chloé Margueritte Reporter LeMagduCiné Avec Jeanne Bruno Dumont poursuit son exploration des mots de Charles Peguy entamée deux ans plus tôt avec Jeannette, l’enfance de Jeanne D’arc. La vie de Jeanne Elle a le regard fier, fiévreux, sublime mais surtout fort. On sent bien qu’elle ne va rien lâcher. Elle ne va rien laisser transparaître de son être profond. De sa foi aussi. Pour l’incarner, Bruno Dumont a choisi une enfant. Son corps encore si petit apparaît pourtant plus solide que les hommes qui l’entourent. Dans un magnifique plan qu’il étire longuement il la regarde d’en-haut, surplombant son armure et son armée (chorégraphiée plus loin) sans oublier aussi de s’attarder sur le ciel magnifique au-dessus d’elle. Car c’est vers lui qu’elle est tout entière tournée. Autre chose s’élève dans ce plan central : la voix de Christophe qui a ponctué le film de chansons. Elles sont à elles seules l’image du film : une voix forte, mais aussi fragile, aiguë, trébuchante. Elle dit le doute, la peur et la sentence aussi dans une autre scène étrange, bancale où Christophe passe de voix à corps. Jeanne est condamnée mais demeure pour Dumont triomphante. Une voix s’élève Les hommes à ses côtés ressemblent à des pantins tantôt vulgaires tantôt grotesques. Bruno Dumont a fait de nouveau appel pour les incarner (et là le mot prend tout son sens) à des acteurs non professionnels, des « gueules », des dictions, des petits théâtres à eux seuls. Les personnages, ou plutôt les hommes ici, sont tout juste bons à exécuter des métiers qu’ils ont à peine choisis. Et quand la foi les guide ils la desservent en la tordant à leur image imparfaite. Dumont mêle ici la solennité et la rigueur de ses premiers films, on pense notamment à Camille Claudel, à la forme de grotesque hybride qu’il a adopté depuis P’tit Quinquin. Cela fait de Jeanne une œuvre à la fois âpre et lumineuse toujours sur le point de s’effondrer sur l’autel du foireux. Cependant, elle garde, comme son interprète principale Lise Leplat-Prudhomme, une ligne de conduite impénétrable. Une œuvre et un un être devant lesquelles il faut croire car s’échiner à vouloir les faire plier l’une et l’autre (à la fois l’œuvre et le personnage dont elle s’empare) paraît bien vain. Il y a donc une radicalité et une rigidité qui font de Jeanne une œuvre singulière que Dumont nous invite sans cesse à regarder droit dans les yeux. Jeanne : Bande annonce Jeanne : Fiche technique Réalisateur : Bruno Dumont Scénario : Bruno Dumont d’après l’oeuvre de Charles Péguy Interprètes : Lise Leplat-Prudhomme, Benoit Robail, Alains Desjacques … Photographie : David Chambille Montage : Basile Belhiri, Bruno Dumont Compositeur : Christophe Société de production : 3D Productions, Les films du Losange Distributeur : Les films du Losange Genre : Drame historique Durée : 138 minutes Date de sortie : 11 septembre 2019 France – 2018 3.5
La rédaction LeMagduCiné·MusiqueMarty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes