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Les sorties ciné du mois d’août : Never grow old, Good Boys, Ricordi…

Alors que le mois d’août a vu sortir le géant du box office Once Upon A Time in Hollywood, la rédaction revient sur des sorties plus discrètes, qui ont fait moins de bruit mais valaient quand même le coup d’œil. De Good Boys à Never Grow Old, en passant par Trainé sur le bitume en VOD ou encore Late Night, voici quelques avis de nos rédacteurs.

Ricordi, de Valerio Mieli : la valse des souvenirs

Les souvenirs arrivent par bribes sans prévenir et repartent parfois aussitôt, comme les flashs viennent dynamiter le montage de ce long métrage et l’histoire d’amour de Lui et Elle. La forme peut vite ennuyer mais restera la poésie de cet amour éternel et des souvenirs brûlants qui envahissent l’écran et l’esprit. Une nostalgie comme une caresse, des regards comme bouts d’éternité, Ricordi est une ballade amoureuse dans laquelle on s’engouffre le cœur gonflé de souvenirs. Le passé demeure, et le présent nous effleure.

Gwennaëlle Masle

Never grow old, de Ivan Kavanagh : un western crépusculaire classique mais efficace

Depuis 1992 et le chef-d’œuvre de Clint Eastwood, Impitoyable, le western moderne a pris une tournure crépusculaire évidente. Cette année, c’est Never Grow Old qui tire son épingle du jeu en proposant une histoire sombre et violente, qui parle certes des premiers pionniers de l’ouest américain, mais qui annonce déjà l’échec et la fin sanglante d’un monde fondé sur la violence. Le film d’Ivan Kavanagh ne brille pas par son originalité, avec cette histoire de ville malmenée par un trio de vils bandits. Le manichéisme est assez prononcé, mais cela permet d’enfoncer les personnages dans des stéréotypes maîtrisés, bien qu’éculés. Visuellement, Never Grow Old fait fort : gros plans, travellings, plans iconiques, photographie poussiéreuse. Tout y est pour insérer l’univers du film dans la mythologie du western. La tension est constante, l’émotion surgit sans qu’on l’attende vraiment, et malgré une écriture assez simpliste et une trame téléphonée, la machine est parfaitement huilée et la viscéralité de certaines scènes suffisent à emporter pour une heure et demie de spectacle.

Jules Chambry

Good Boys, de Gene Stupnitsky : la comédie familiale du dimanche

Good Boys est la comédie charmante qui fait passer un bon moment en famille entre légèreté et rires choc. Comment faire dire à des pré-ado tout ce qui est tabou et choquant de la bouche d’un enfant de 13 ans ? Gene Stupnitsky n’a aucune limite et c’est ainsi que le film fonctionne. Les visages d’ange de ces 3 jeunes garçons viennent contraster chacun de leurs mots ou actions pour le plus grand plaisir du public qui enchaîne les rires dans la salle, si bien qu’à certains moment, on s’en retrouve gênés. Doit-on rire ? C’est un peu trop là non ? Peut-être mais c’est justement sur ce jeu là que le film repose en prenant comme base du récit, l’âge ingrat de la pré-adolescence, lorsque l’on croit tout savoir, lorsque l’on croit pouvoir parler comme un adulte mais que notre visage aux traits enfantins nous trahit encore. Aussi penché sur l’amitié que sur la dimension comique, Jacob Tremblay sait définitivement autant nous faire pleurer que rire.

Gwennaëlle Masle

Trainé sur le bitume, de S. Craig Zahler : une Amérique au bord du gouffre

La distribution française en salles des films de S. Graig Zahler est inexistante. Malheureusement. Directement sorti en VOD et Blu-Ray, Trainé sur le bitume, est l’un des grands films américains de cette année 2019. Proche de l’atmosphère des œuvres nébuleuses d’Andrew Dominik et de l’ironie macabre des frères Coen, le long métrage est une longue et monolithique plongée dans un pays en plein chambardement, qui se gangrène de l’intérieur entre son envie souveraine de sécurité et ses spasmes communautaires.

Pour ce faire, on suit le parcours de deux flics qui vont vouloir se faire de la maille sur un prochain braquage. Être les braqueurs des braqués, des ripoux qui en ont marre d’un système qui les exploite eux aussi. Avec un duo au charisme indomptable (vieillissant Mel Gibson qui est une sorte de futur désabusé de son rôle dans l’Arme fatale), une mise en scène au couperet, une vision sociale percutante et une lenteur qui fait monter la tension à son paroxysme, Trainé sur le bitume est une oeuvre âpre et taciturne qui se finit dans un bain de sang coup de poing. Entre le polar et l’introspection étatique, le long métrage de S. Graig Zahler marque la rétine et l’esprit. En espérant que les distributeurs français commencent à retenir ce futur grand nom.

Sébastien Guilhermet

Late Night, de Nisha Ganatra : Emma Thompson, la nouvelle Ellen Degeneres

Après My Lady, Emma Thompson s’offre un nouveau rôle taillé pour elle où l’on sent autant de sincérité que de talent. Si le film réinvente peu de choses, elle, invente tout et porte l’œuvre avec humour et fraîcheur. On rit de tout (presque) sans honte, parce que c’est Emma Thompson qui dit souvent les plus grosses blagues, la comédie ose, et tout le monde y passe. Fresque féministe chère à l’actrice, le duo qu’elle forme avec Mindy Kaling est rayonnant de grandeur. Moqueur mais pas moins vrai dans ce qu’il dit de l’Amérique, Late Night est comme Good Boys, le genre de comédie US qui fait fatalement du bien dans son humour qui ne se cache pas et divertit à la perfection.

https://www.youtube.com/watch?v=jh5l2VQ9Rf4

Gwennaëlle Masle

Le Gangster, le Flic & l’Assassin de Lee Won-Tae, un polar nerveux alliant action et touches d’humour

Lee Won Tae, dont c’est le deuxième long métrage, privilégie rythme et action au détriment de sa caractérisation. Son film déroule donc de belles et parfois violentes scènes de meurtre, ainsi que des empoignades musclés et parfaitement chorégraphiés. Point d’orgue du métrage, une poursuite en voiture se muant en poursuite à pied assez impressionnante. Mais passé l’action, le film manque d’originalité et surtout d’épaisseur.

Si son casting est au poil, les personnages, eux, ne sont pas assez développés et leurs échanges trop lambdas pour sortir des classiques figures du polar moderne. On est donc loin des musts du cinéma Coréen de ces dernières années et surtout du génial Memories of murder (Bong Joon-Wo), où le portrait de deux flics aux méthodes radicalement différentes passionnait le long d’un film de près de deux heures trente et encore plus loin du chef d’œuvre noir et glauque de Kim Jee Woon J’ai rencontré le diable, où, là encore, la caractérisation était l’axe principal du film.

Dommage car dans le rôle du gangster, l’excellent Ma Dong-Seok (seul point fort du Dernier train pour Busan) en impose tant par sa silhouette de catcheur que par sa présence rappelant par moment Choi-Min Sik. Idem pour Kim Sung-Kyo, inquiètant en tueur froid. Mais à aucun moment, le film ne nous prend aux tripes, la faute non pas à leurs interprètes, mais aux personnages ne sortant jamais vraiment des sentiers mille fois rabattus avant. Reste un film sans temps mort, à la mise en scène efficace. Une chose est sûre, on espère que les distributeurs français continueront de sortir davantage de film Coréen, le film de genre étant un de leur point fort.

Olivier Pastorino

Mindhunter, saison 2 : pour vivre heureux, vivons cachés

Deux ans après une première saison couronnée triomphalement par les sérievores du Monde entier, le bébé profileur de David Fincher revient pour transformer l’essai. Au delà des difficultés de l’exercice, Mindhunter approfondit son univers en jouant des zones d’ombre traversant tous les esprits, des tueurs aux chasseurs. Première victime, le spectaculaire à outrance, pétard si inapproprié dans une esthétique clinique patinée de sang-froid. Dans ces cadres, pas de poursuites, pas de flingues : juste un retour salvateur à des personnages et des atmosphères.

La tronche en 9 épisodes

Mindhunter, série obsessionnelle, obsédante et épurée ; fille aînée de Zodiac, un des très grands films de David Fincher. Dés la saison 1, les fondations sont posées. La seconde garde le tempo, le casting d’origine, les premiers à regarder l’abîme droit dans les yeux pour 9 nouveaux épisodes. Un nombre impair, un pied dans le vide ? Le nombre peut interpeller, quand la saison 1 en comptait un de plus. Non, plutôt de quoi se rassurer sur la cohérence du projet, qui joue de durées aléatoires d’épisodes en épisodes (de 50mn à 1h15) et échappe déjà aux structures répétitives et préconçues des séries pop corn des années 90-2000. 9 épisodes au menu, c’est la garantie que le spectacle gravitera autour de la substantifique moelle. Pas d’épisodes de remplissage, c’est un bonheur, mais cela n’offre pas un ticket aux fameuses séquences d’entretiens avec les tueurs, qui ont déjà obtenu leur statut de scène culte. Le temps de deux épisodes, la saison 2 prend le temps de poser les intrigues personnelles qui assureront la profondeur du récit. Bill Tench connaît des difficultés familiales, Holden est de plus en plus obsessionnel et le Dr Carr connaît une romance la saupoudrant d’humanité. A peine le temps d’être impatients, juste attisés : les jalons posés, le récit ronronne entre ces très belles intrigues secondaires et une enquête fascinante au cœur d’Atlanta, la ville de naissance du Dr King, pour une enquête au cœur d’une abominable série de 28 infanticides.

Ce que l’on montre

Les grandes séries sont comme les grands films construits dans les zones de gris et c’est ici qu’un thème principal apparaît. Dans la rue, au travail, en public, tout un chacun use des artifices sociaux pour construire une représentation de soi, souvent idéalisée. Dans cette idée que cette construction mentale est transversale et passe par tous les esprits, Mindhunter réussit à mettre en scène une réflexion d’une profondeur inouïe. Bill Tench est donc confronté à une crise familiale terrible mettant en jeu l’avenir de son couple. Costaud, le pilier aux chemises à manches courtes intériorise l’affect, le laisse s’échapper petit à petit, comme des bouffées de clopes. Wendy Carr découvre une autre histoire de drague, une autre vision du couple lesbien dans une Amérique des années 70 beaucoup plus violente que les souvenirs stylisés des années flower power le laissent imaginer. Holden, lui, reste dans cette logique la soupape par laquelle quelques sentiments et souvenirs retenus parviennent à s’échapper. Sans aucun filtre, doué mais terriblement naïf, cornaqué par ses pairs, le jeune profileur obsessionnel personnaliserait bien Fincher dans sa propre série. Pour ceux qui chercheraient à plonger de haut dans une mise en abîme, il y aurait ici de quoi voir dans ce personnage toutes les rancœurs d’un jeune cinéaste à l’égard des studios contre ses projets inachevés (le premier en tête, Alien 3). Mais Holden semble connaître cette évolution psychologique pour caractériser cette notion de nos propres mises en scène. Que retenons-nous? Que souhaitons-nous mettre en avant de nos propres essences ? A ce titre, les scènes avec les tueurs de la saison 2 restent emblématiques, et évidemment l’extraordinaire confrontation avec Charles Manson y prend tout son sel. Au delà de la renversante interprétation du gourou de la famille par Damon Herriman, cette idée reste persistante et traverse tous les épisodes comme un fil rouge.

Le refus du spectaculaire

Dans les esprits, rien de spectaculaire ? Mindhunter est une poupée russe. Dans l’esprit du créateur, et déjà dans Zodiac, un style épuré qui fait date et donne du sens dans le contexte actuel. La chasse au climax, aux rebondissements et à toutes ces sales bêtes est achevée. Dès les premiers épisodes, le nouveau directeur du FBI ouvre les vannes pour donner des fonds quasi illimités à nos enquêteurs : un antagoniste de moins, si cliché, celui du patron irascible est évacué. Car si la série narre des événements des années 80, où le cinéma reaganien a progressivement nanardisé les figures de mâles alphas à grands renforts d’explosions et de dramaturgie décérébrées, elle est aussi celle de son propre contexte de production, où le spectaculaire doit filer le poisson pour l’attirer en moins de dix minutes d’épisode pilote sur une scène clé. Nombre de séries cultes, comme The wire dès les années 2000 ont loupé leur public lors de leur diffusion, faute de ces ressorts. Mindhunter fuit habilement cette facilité narrative et se démarque avec joie de toute scène superfétatoire. Et c’est là tout son spectacle. L’esprit envahissant la série conduit à laisser ressentir au spectateur qu’il ne voit que le strict nécessaire à sa juste implication tout au long de ces 9 épisodes. On y parle de morts, d’horreurs dans une coquille clinique et libérée des passions. Pas de colères, pas d’amitiés, très peu de sympathie, même entre les personnages principaux. C’est déroutant, souvent, de se dire que ceux-là ne vivent pas les sentiments les plus bassement humains comme nous, mais cette interpellation rappelle également que croiser Charles Manson avant un rendez-vous de psy n’a rien de tout à fait normal.

On joue à l’Indianapolis

Mindhunter réussit le tour de force scénaristique d’accorder le premier rôle aux paroles et aux monologues, en adoptant l’identité visuelle qui en devient le plus bel écrin. De longs travellings avant, sur une bande son s’immisçant très progressivement vers l’acmé. La signature rappelle la célèbre scène de l’Indianapolis dans les dents de la mer. Quint, joué par Robert Shaw, y raconte les journées infernales des marins échoués, perdus au milieu de l’océan et dévorés par les requins les uns après les autres. La scène est très longue, perdue au milieu de scènes d’actions, enrobées de longues litanies et faisant la part belle à un acteur et un personnage devenus trop grands pour un plan serré. Mindhunter rappelle cet exercice, presque un accident dans le film culte de Spielberg (la scène avait été réécrite sur le tournage par Robert Shaw) Par de longues répliques et la construction d’atmosphères, le propre maniérisme incarnant Mindhunter rappelle que chaque pièce du dispositif n’est pas superflue. Qu’isolées, certes, certaines paraîtraient désuètes, mais servent au final une cause plus grande, en l’occurrence ici une grande série salvatrice pour Netflix, pour le sens que l’on donne au cinéma et l’usage que l’on souhaite en faire.

Mindhunter Saison 2 : Bande-annonce

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Critique des séries : The Righteous Gemstones, Wu Assassins, Why Women Kill…

Au cours de ce mois d’août 2019, les fous des pilotes de séries ont binge-watché, les 3ème saison de 13 Reasons Why, le teen-drama phénomène, diffusé sur Netflix. Dear White People, la création de Justin Simien aborde les thèmes du racisme et du post #Metoo. Avec The Righteous Gemstones, armes, religion et argent sont au menu de cette comédie déjantée. Le créateur de Desperate Housewives, Marc Cherry revient avec Why Women Kill : le show suit 3 femmes confrontées à la tromperie, à trois périodes différentes : les années 60, les années 80 et aujourd’hui. Et si vous aimez les bastons bien sanglantes, vous pouvez toujours vous rabattre sur le programme pop-corn, Wu Assassins, porté par Iko Uwais et Mark Dacascos.  

Why Women Kill : Un mélange de Murder et Desperate Housewives 2.0

Avec Why Women Kill, ne vous attendez pas à une série docu du genre de Snapped : les femmes tueuses. Lancé sur CBS All Access, cette dernière nouveauté de Marc Cherry s’impose comme digne héritière de Desperate Housewives. On y retrouve avec plaisir le même ton, l’humour caustique, les situations rocambolesques, les personnages clichés et le suspens maîtrisé.

Cette fois le décors est planté à Pasadena où vivent trois femmes mariées, à des époques différentes. Dans les années 50, Beth Ann (Ginnifer Goodwin) joue la femme au foyer respectable à la Bree Van De Kamp. Simone (Lucy Liu) incarne une riche drama queen des années 70 qui rappelle notre Eva Longoria en Gaby Solano. Puis, pour représenter notre époque, on s’éloigne des clichés avec Eli (Reid Scott) et Taylor (Kirby Howell-Baptiste) formant un couple au mariage libre qui se transforme en ménage à trois avec Jade (Alexandra Daddario). Une vision plus progressiste et féministe des couples qui promet de faire des étincelles pour la suite de la série.

Des couples et des femmes aux tempérament bien opposés mais qui gardent en commun le même toit et avoir un mari infidèle. Comme le laisse présager le titre de la série, se développe l’envie pour ses femmes trompées de se venger par le meurtre. Le mystère reste à savoir de qui et comment ? Il semblerait trop évident dans cette série à suspens qu’elles ne s’en prennent qu’à leurs maris respectifs.

Dès le pilote, la série parvient donc à maintenir le spectateur en haleine autour de l’intrigue, mais aussi en restant désireux d’en apprendre plus sur ces personnages féminins insolites.

4

Céline Lacroix

Wu Assassins : mille moines et un cuisinier

Des bastons menées par Iko Uwais, l’acteur du diptyque culte venu d’Indonésie The Raid. C’est à peu près tout ce que nous promettait la série Wu Assassins, sur Netflix. Et il faut ne garder que cela à l’esprit lorsque l’on regarde le pilote. Les scènes de combats sont plutôt bien menées, entre autre celle qui débute l’épisode (et qui est répétée un peu plus loin).

On sent vite que tout le reste ne sert qu’à ça : offrir des occasions de bastons. Le scénario nous présente donc un modeste cuisinier qui galère avec son food-truck en plein Chinatown de San Francisco et qui, un jour, se retrouve « L’Elu » (sic), héros d’une prophétie chinoise millénaire. Un quelconque signe avant-coureur, un indice qui nous aurait mis la puce à l’oreille ? Non : ça nous est annoncé d’un coup, de but en blanc, sans prévenir, par une femme qu’on n’avait pas vue jusque là et qui débarque sous les roues du camion.

Et comment se manifeste cette prophétie ? Elle arrive sous la forme d’un « fragment suprême » qui va déverser en Kai Jin « le pouvoir de mille moines ». La scène ne se contente pas de frôler le ridicule, elle nage en plein dedans, aussi bien esthétiquement que scénaristiquement. Le procédé cependant se dévoile vite pour ce qu’il est : une simple excuse qui nous permettra d’enfiler comme des perles les scènes d’action. Du moins on l’espère.

Dans cet objectif, on prépare aussi les méchants (personnages essentiels, sans lesquels tout film d’action s’effondre sur lui-même). Là aussi, les scénaristes nous en promettent des gros, des lourds, des vrais, mais plus tard. Des « maîtres du Wu » qui voudraient asservir la planète (rien que ça! Pas de demi-mesure). En attendant, on doit se contenter du stéréotype du mafieux cynique, immoral et violent, comme on en a déjà vu des centaines.

A ce sujet, le pilote prépare aussi un arc narratif secondaire, qui parle d’une policière qui infiltre une organisation criminelle dans le but de démanteler tout cela et d’éviter une guerre des gangs dans les rues de San Francisco. Idée intéressante mais pas encore assez exploitée dans ce pilote : espérons que la suite développe cette partie comme elle le mérite.

En bref, un pilote ni vraiment bon, ni mauvais, et qui peine à convaincre. L’épisode a des qualités, surtout sur le plan de l’action, mais aussi de gros défauts. Attendons de voir la suite…

2.5

Hervé Aubert

The Righteous Gemstones, Holy Fucking God

Nouveauté HBO de la rentrée, The Righteous Gemstones signe le retour fracassant de Danny McBride à la comédie potache après les délicieux Kenny Powers et Vice Principals.

Explorer les profondeurs de l’Amérique à travers une galerie de personnages aussi détestables qu’attachants, c’est ce qui semble animer depuis ses débuts le trublion Danny McBride, créateur, réalisateur et coscénariste de la nouvelle série HBO. Une chaîne qui semble faire confiance au travail de l’Américain et de ses compères de toujours Jody Hill et David Gordon Green – souvent co-créateurs, réalisateurs et/ou scénaristes. Il donne corps à ces loosers magnifiques, ces beaufs arrogants avec une singularité pas si commune dans le paysage audiovisuel américain. Il scrute leur faille et leur humanité avec un certain brio comique.

Après le monde du baseball dans Kenny Powers et celui des lycées américains dans Vice Principals, Danny McBride porte son intérêt sur une famille de télévangélistes superstars, avides de pouvoir et de gros billets. L’occasion, une nouvelle fois, de sonder les démons de l’Amérique, et d’y apporter un mélange de dérision acide et d’excentricité débordante. L’occasion aussi de diversifier ses partenaires de jeu, à savoir John Goodman et Adam DeVine. Un pilote engageant et soigné, avec de multiples pistes prometteuses, qui prend le temps d’explorer l’exubérance de l’univers. Au programme : sex-tape, chantage à l’argent, vengeances, rivalités et engueulades. La promesse d’un délire doucement régressif comme Danny McBride sait si bien les faire.

4

Jonathan Rodriguez

Les retours séries du mois d’août : 13 Reasons Why et Dear White People – saison 3

Dear White People, la série adaptée de son film éponyme sorti en 2014 suit les étudiants afro-américains de Winchester.

La saison 3 a commencé dans la veine des saisons précédentes : un ton léger pour un sujet sérieux avec sa dose de second degré, d’amour et de scènes parfois un peu décalées pour servir le propos. Les retrouvailles avec le groupe d’étudiants de Winchester était agréable mais pas vraiment fracassantes au point d’attendre sans pouvoir patienter la suite et d’enchaîner les épisodes en une journée. Comme Netflix aime s’auto-citer, “on dirait une saison 3 d’une série Netflix”, pas de doute oui, c’est toujours une saison charnière car après les deux premières qui se répondent, que vient ajouter la troisième ? Pour l’instant, ici, peu de choses, peu d’envie, peu d’innovation, la série semble se reposer sur ses acquis en essayant d’ajouter quelques nouvelles pistes d’intrigue mais qui ont du mal à capter l’attention dès le départ. On aura probablement bien du mal à finir cette saison 3 mais on le fera, par curiosité, par attache à tous ces personnages qui durant deux saisons, nous ont attendris et fait rire, mais que réserve la suite ? La réussite n’est en tout cas pas certaine.

https://www.youtube.com/watch?v=d8RQVUCOAGc

Dans ce 3ème opus,  la série adaptée d’un roman young adult à succès, 13 Reasons Why part à la recherche de la personne qui a tué Bryce Walker.

Il est de ces premiers épisodes de saison auxquels on ne comprend pas grand chose et qui annoncent une saison de trop. Le temps de se remettre dans le bain certes, de remettre les idées dans l’ordre et de se rappeler de tout ce qu’il s’est passé. Évidemment, on est ravis de retrouver cette bande d’amis aux secrets plus lourds et graves les uns que les autres auxquels on s’est finalement attachés, ravis de les voir à nouveau évoluer ensemble et d’assister également à leur construction indépendamment du groupe. En revanche, l’arrivée d’un nouveau personnage voit notre curiosité piquée certes, mais peu ravie de ce choix. Pourquoi et dans quel intérêt ? Évidemment le pilote ne nous aidera que trop peu à comprendre alors on enchaînera pour en savoir plus car après tout, depuis le début, la série nous a habitués à donner de nombreuses clés de compréhension au cours de la saison si ce n’est à la fin. On acceptera alors d’être perdus pour mieux s’y retrouver mais encore faudra-t-il rester concerné durant toute la durée de cette saison 3 qui promet de traiter tous ces sujets avec l’intensité qu’on lui connait, reste à savoir si la fiction sera à la hauteur et les rebondissements intéressants.

https://www.youtube.com/watch?v=w_qzO9hMxUY

Gwennaelle Masle

 

Vacances et Cinéma : Monika, d’Ingmar Bergman, une tragédie d’été en trois actes

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Point culminant, tant stylistique que thématique, de la première partie de carrière d’Ingmar Bergman, Monika est un incontournable des romances estivales au cinéma. Aussi idyllique que tragique.

Monika se structure comme une tragédie en trois actes : la rencontre, avec l’amour et les rêves naissants ; l’idylle, le bonheur absolu sous forme de parenthèse enchantée ; le retour à la réalité, le désenchantement et la mort d’une relation vouée à l’échec. Le film s’ouvre sur une rencontre fortuite entre une jeune femme, Monika, et un jeune homme, Harry, assis l’un derrière l’autre à une table de café. Lui tient une cigarette, elle tient une allumette. Le feu prend. « Ça sent le printemps aujourd’hui. On n’a pas envie de travailler. Si on partait en voyage, pour visiter le monde entier ? », lance Monika, comme si les deux inconnus étaient amis ou amants depuis toujours.

D’emblée, Bergman dépeint une société aliénante et carcérale pour ces jeunes gens, qui sont comme prisonniers de leur quotidien. Harry travaille, malmené par ses supérieurs ; Monika subit les tumultes du cocon familial, malmenée par ses parents. Lui a toujours été seul, il n’aime pas la compagnie des autres. Elle a toujours été noyée dans le bruit incessant du foyer, dont elle ne peut plus supporter la compagnie. D’horizons différents, voire opposés, c’est cette même misanthropie qui va rapprocher Harry et Monika, en un éclair.

Tous deux rêvent de voyage, de cinéma, d’aventure, d’amour, d’exil – bref, de tout ce qui pourrait les faire s’échapper du monde. Les regards perdus dans le vide se multiplient, la tête posée dans le creux des mains, des sourires enfantins au bord des lèvres. Jusqu’au jour où ils décident de tout quitter, pour de bon cette fois, partant vivre sur une île qu’ils gagnent en bateau au beau milieu de la nuit.

C’est alors que débute l’idylle, censée pouvoir durer éternellement. Mais l’été n’est pas éternel, les sentiments non plus. Cette partie centrale donne lieu à de superbes prises de vue : les paysages sont vastes et très bien filmés, la photographie est somptueuse. Seuls, les amants n’ont plus besoin de parler : seuls comptent ces longs moments de silence, uniquement parasités par le bruit de l’eau, le chant des oiseaux, le frémissement de l’herbe ou le ronronnement d’un bateau.

Leur misanthropie grandit. Même l’idée de danser lors d’un bal devient impossible, aussi préfèrent-ils faire la même chose à deux, un peu plus loin, sur un ponton. Jusqu’ici, on pourrait croire à une romance bluette et idéaliste, mais ce serait mal connaître Ingmar Bergman. Très vite, ils s’en prennent à quiconque viendrait perturber leur bulle de bonheur avec une violence étonnante. Toute tentative de sociabilité est un échec. En ceci, le film peut faire penser à La Balade sauvage de Terrence Malick, qui, vingt ans plus tard, mettra en scène un couple assez similaire et des thématiques convergentes.

L’été n’est pas éternel. Petit à petit, la peur d’être rattrapé par la réalité ronge Harry, alors que Monika, elle, semble encore sur un nuage. Il faut bien trouver du travail pour pouvoir manger, voyager, vivre ! L’utopie s’effondre, la romance se heurte au mur froid du réel, au mur des responsabilités, des besoins primaires, de la loi. Parenthèse enchantée, l’escapade amoureuse aura duré le temps d’un été, le temps d’une découverte de l’autre par négation des autres.

Vient alors le retour à la vie quotidienne, la « vraie » vie de couple, et tous les problèmes qui en découlent auxquels les jeunes gens ne prêtent pas attention dans un premier temps, pensant leurs sentiments suffisamment forts pour résister au monde. Les ombres réapparaissent, la photographie s’assombrit, les visages se durcissent. Les regards perdus dans le vague des rêves adolescents laissent place à des regards tout aussi perdus, mais vides, totalement désenchantés. Harry travaille d’arrache-pied, Monika se sent délaissée. L’amour est mort, irrémédiablement.

Ce qui fait de Monika un film aussi beau et puissant, bien que parfois terriblement nihiliste, c’est le regard affectueux et bienveillant que pose Bergman sur ses propres personnages, qu’il ne semble jamais juger d’un point de vue moral. Qu’ils abandonnent leurs responsabilités, qu’ils volent, qu’ils agressent, qu’il la frappe, qu’elle le trompe, qu’ils se fassent des idées ou qu’ils se consument dans la plus froide réalité, le cinéaste suédois filme ses personnages avec pudeur et empathie. En cela, Monika se situe entre le néo-réalisme italien et la Nouvelle Vague française : une peinture neutre et désenchantée d’une génération en plein questionnement existentiel, portée par une héroïne que ne renierait sans doute pas Jean-Luc Godard (Monika est une sorte d’Anna Karina dans Vivre sa vie, quelques années plus tôt). Sorti en 1953, Monika est l’un des films les plus modernes de Bergman sur le plan thématique, l’un des plus « purs » et « simples » aussi, peut-être – ce qui n’en fait pas moins une œuvre passionnante et immanquable. À voir en été ; à méditer le reste de l’année.

https://www.youtube.com/watch?v=_PChiNNUalI

L’Héritage des 500 000 : l’unique film de Toshiro Mifune en Blu-ray chez Carlotta

Ce mercredi 28 août est dévoilé en Blu-ray (et en édition DVD) L’Héritage des 500 000, l’unique film réalisé par Toshiro Mifune, l’acteur fétiche d’Akira Kurosawa, ici perdu dans une tâche qui l’a dépassé.

Synopsis : Durant la Seconde Guerre mondiale, le commandant Matsuo a participé à l’ensevelissement de plusieurs milliers de pièces d’or dans la jungle philippine. Alors qu’il pensait ce trésor enfoui à tout jamais, voilà qu’un riche homme d’affaires, Mitsura Gunji, lui propose de partir à la recherche du butin. Contraint d’accepter, Matsuo retourne aux Philippines accompagné de quatre hommes recrutés par Gunji…

Quand l’élève n’a plus de maître

L’Héritage des 500 000 aurait probablement pu avoir au générique le nom d’Akira Kurosawa. Oui, on imagine bien le projet entre les mains du maître cinéaste tant il partage de points communs avec plusieurs de ses longs métrages.  On pense à La Forteresse Cachée (1957) et son duo de zigotos plus amusants que dangereux, à Entre le ciel et l’enfer (1963) pour sa bourgeoisie japonaise touchée par la cupidité haineuse. Ou encore au Sept Samouraïs et de nombreux autres pour leur récit aux genres croisés touché par l’Histoire, notamment celle – moderne – des années 30 à 50, faisant ainsi du récit historique ou contemporain une fable morale, miroir des préoccupations de l’époque et de ses individus.

Oui, Mifune, en choisissant de mettre en scène ce scénario, expose bien à quel point il a été marqué par celui qu’il considère comme le seul réalisateur ayant repoussé ses limites d’acteur. L’interprétation peut laisser place à une justification plus concrète, on retrouve en effet à l’écriture du film Ryuzo Kikushima, coscénariste de plusieurs métrages du maître Kurosawa, d’un Chien enragé (1949) à Barberousse (1965) en n’oubliant pas – entre autres – Yojimbo (1961), Sanjuro (1962), Le Château de l’Araignée (1957) et ceux cités plus haut.

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Un personnage marqué par son passé guerrier ou Toshiro Mifune mis à l’épreuve par son présent.
Copyright : Toho Co. Ltd

Toutefois, l’acteur se retrouve ici dans une position loin d’être la plus aisée pour son premier long film. En effet, au début des années 60, la Toho, célèbre compagnie japonaise de production cinématographique à qui l’on doit la mise en chantier de Godzilla et ses nombreuses suites, ainsi que quelques-uns des grands films de Kurosawa, déclare à Mifune qu’il devrait ouvrir sa propre société de production. Ainsi naît Mifune Productions, premier pas de la chute de la star. L’acteur l’apprend rapidement, déjà empli de doutes à la création de la société : il n’est pas taillé pour diriger un tel système. Sorti en 1963, L’Héritage des 500 000 fut sa première grande leçon : la star se sent dépassée par sa triple tâche. Mifune est ici acteur, réalisateur et producteur sur le film aussi soutenu financièrement par la Toho. Il demanda de l’aide à son maître, Akira Kurosawa, qui intervint au montage, sans véritable passion pour le projet de son partenaire.

L’Héritage des 500 000 constitue finalement celui de son aventure cinématographique avec Kurosawa ainsi que de la partie moins fructueuse de la suite de son parcours, soit une fin de carrière notamment touchée par le scandale d’un divorce jamais prononcé et la gestion difficile de sa société de production. On ressort alors de l’expérience du film partagé. D’un côté, l’introduction efficace et l’aventure aux Philippines où trésors de guerre cachés et espionnage se croisent a de quoi ravir. La présence d’un duo d’andouilles participe aussi à cela. De l’autre, le miroir de la société japonaise n’existe pas vraiment ici, la faute aux déclarations du personnage de Mifune sur les manquements moraux de la société moderne japonaise, corrompue par l’argent et son pouvoir. On regrettera aussi la tenue hasardeuse du récit sur son dernier acte (de l’arrivée à la clairière jusqu’au final brutal). Certains personnages voient leurs objectifs ou leur humeur changer brutalement, le récit manquant de rigueur sur le développement tantôt rapide, tantôt trop lourd de ses personnages et de leur aventure.

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Toshiro Mifune piégé par l’avidité japonaise. Copyright : Toho Co. Ltd

En tous les cas, L’Héritage des 500 000, longtemps resté invisible sur les grands comme sur les petits écrans, se doit d’être découvert par les curieux et fans de l’acteur japonais. On aurait aimé que ce legs des 500 000 soit pour Mifune ce que La Vengeance aux deux visages constitue pour Marlon Brando. Mais loin de l’aboutissement d’une carrière, loin de l’expérience de l’acteur dans toute son essence, L’Héritage des 500 000 témoigne du meilleur connu comme du pire à venir de Toshiro Mifune. Qu’en était-il au moment de sa sortie ? Le film était-il perçu comme une pythie cinématographique annonçant la fin de l’apogée Mifunienne et la chute de la star ?

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L’Héritage des 500 000, un film d’aventure qui croise les mémoires de la guerre, l’espionnage et la recherche d’un trésor perdu.
Copyright : Toho Co. Ltd

Un lourd héritage soigneusement porté par l’édition Blu-ray

L’Héritage des 500 000 débarque dans une édition Blu-ray soignée. Le film fait une sortie video remarquable avec une image et un son soignés. On note seulement quelques griffes et poussières, détails qui ne viennent pas entacher l’expérience filmique. Du côté des bonus, on pourrait regretter la maigre présence de deux compléments mais Carlotta a ici fait fort, d’abord l’intéressante préface de Pascal-Alex Vincent, spécialiste du cinéma japonais, ensuite – et surtout, en éditant le formidable film documentaire Mifune, le dernier des samouraïs.

Le documentaire signé par Steven Okazaki (connu pour White Light/Black Rain : the destruction of Hiroshima and Nagasaki) revient sur la vie de l’acteur fétiche de Kurosawa, abordant sa carrière militaire et son caractère rebelle antipatriotique pendant la Seconde Guerre mondiale, ses débuts devant la caméra, sa fin de carrière difficile. Positifs comme négatifs, de nombreux aspects sont discutés et réfléchis grâce à une multitude de points de vue et témoignages inédits. En effet, la parole est donnée à des cinéastes fans du bonhomme (Steven Spielberg, Martin Scorsese), à des spécialistes (un biographe de Mifune) et à des individus ayant travaillé avec Toshiro (assistante réalisateur, responsable de cascades, acteurs, entre autres). L’ensemble constitue une formidable source d’informations et de documents grâce à un montage efficace assez aérien pour éviter de nous noyer dans toutes ces données. On regrette hélas que le cinéaste n’ait pas fait plus qu’évoquer les films policiers et métrages noirs dans lesquels Mifune a donné de son corps. En effet le sous-titre du documentaire donne la direction du film. Ce dernier retrace ainsi la carrière de Toshiro Mifune via le prisme du chanbara, genre cinématographique présenté dans l’introduction du métrage. Les deux compléments sont accompagnés par l’éternelle présence d’une bande-annonce, ici récente. Et tous sont présentés en haute définition.

L’Héritage des 500 000– Bande-annonce

L’Héritage des 500 000, un film de et avec Toshiro Mifune

En édition Blu-ray et DVD chez Carlotta Films – 1963 – Toho Co., LTD Tous droits réservés

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Carlotta Films – Toho Co. Ltd

BD 50 – MASTER HAUTE DÉFINITION – 1080/23.98p – ENCODAGE AVC – Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-Titres Français – Format 2.35 respecté – Noir & Blanc et Couleurs – Durée du Film : 98 mn

DVD 9 – NOUVEAU MASTER RESTAURÉ – PAL – ENCODAGE MPEG-2 – Version Originale Dolby Digital 1.0 – Sous-titres Français – Format 2.35 respecté – 16/9 compatible 4/3 – Noir & Blanc et Couleurs – Durée du Film : 94 mn

SUPPLÉMENTS EN HD

– Préface de Pascal-Alex Vincent

Cinéaste et enseignant, Pascal-Alex Vincent est aussi spécialiste du cinéma japonais et co-auteur du Dictionnaire des acteurs et actrices japonais.

Mifune, le dernier des samouraïs (un film de Steven Okazaki – 2016 – Noir & Blanc et Couleurs)

Retour sur Toshiro Mifune, la star internationale du cinéma japonais. Un documentaire narré par Keanu Reeves, avec notamment les témoignages inédits de Steven Spielberg, Martin Scorsese, Kyoko Kagawa et Koji Yakusho.

– Bande-annonce 2019

Prix de vente public conseillé : 20.96 €

Note des lecteurs0 Note
4.5

Glow Saison 3 : Viva Las Vegas !

Glow saison 3, c’est le retour sous les projecteurs de nos reines du ring, mais cette fois, ceux de Las Vegas. Nouveau décor, nouveau public mais aussi nouvelles péripéties dans le monde fou des casinos et cabarets. Entre humour et glamour, cette nouvelle saison s’avère à la hauteur !

En fin de saison 2, l’annonce de l’annulation de leur émission avait marqué nos Goergeos Ladies of Wrestling. Mais c’était pour mieux rebondir sur l’opportunité de faire un Live Show à Las Vegas ! Du coté de Ruth et Debbie, leur rivalité avait pris fin grâce à un véritable combat sur le ring qui a mené Ruth à l’hôpital. Puis Debbie, qui s’est positionnée en productrice doit tout de même réclamer et s’imposer pour se faire respecter en tant que femme.

Des femmes de combats, à tous les niveaux

Une saison 3 dont le décor de Las Vegas, rend tout plus impérieux. On a affaire à des nouvelles problématiques relationnelles mises en pause la saison précédente, comme la relation ambiguë entre Sam et Ruth qui subira des hauts et des bas. Mais surtout le nouveau rôle de productrice de Debbie qui s’avère un combat plus coriace que ceux qu’elle mène sur le ring. Son rôle de femme est mis à mal entre sa culpabilisation de laisser son enfant seul à L.A. et ses ambitions professionnelles. Montrant comme Virginia dans Masters of Sex, qu’il est toujours difficile pour une femme d’allier vie familiale et vie professionnelle, car le sacrifice de l’un ou de l’autre devient immuable.

Enfin, les personnages secondaires, trop laissés de côté dans les saisons précédentes, sont mis en avant. Par exemple, Sheila, jusqu’ici relayée au rôle secondaire de She Wolf, s’est enfin révélée pour laisser tomber son costume animal. Dans une performance improvisée, elle se découvre un véritable talent d’actrice dont même Ruth sera jalouse. On note aussi la présence de Geena Davis, en showbuisness woman qui se respecte.

Un mélange de comique et sérieux à la fois

On retrouve aussi le ton comique et décalé propre à cette série. Il faut apprécier en GLOW  la forte influence des émissions des années 80, entre hommage et parodie de série Z. Des situations catastrophiques qui finissent en scène comique, comme le mal de dos de Walfare Queen qui amène les catcheuses à échanger leur rôle. Se moquant -à l’image d’Orange is the New Black– des stéréotypes raciaux en les exacerbant. D’ailleurs, pour la première fois, c’est l’occasion pour chacune d’elle de remettre en question l’aspect raciste de son personnage.

Le ton comique de GLOW permet aussi de détonner et renforcer les discours progressistes sous-jacents, surtout du côté du féminisme. Se déroulant dans les années 80, le sexisme propre aux mœurs de l’époque est tourné fortement en dérision grâce à des personnages féminins forts comme Ruth et Debby, qui pensent et agissent en femme modernes. Par exemple, quand Debby s’énerve auprès de l’hôtesse de l’air qui se permet de lui demander pourquoi une jeune mère s’éloigne pour travailler aussi loin de son enfant en bas âge. Alors que son voisin masculin n’a pas le droit au discours culpabilisant sur son rôle de père.

Un angle féministe audacieux assumé

Malgré l’angle féministe assumé de la série, il n’y a pas de caricature des personnages masculins. Quand Sam, Bash ou d’autres hommes agissent de manière arrogante ou misogyne, ils se rendent compte par eux même de leurs faiblesses. Ce sont des personnages masculins qui assument d’exprimer leurs sentiments, positifs ou négatifs, sans honte. Et c’est ce qui les rend d’autant plus passionnants à suivre autour de ces personnages de femmes fortes.

Une nouvelle saison à la hauteur des précédentes, un rythme effréné et dont les épisodes se regardent – à notre grand malheur – trop rapidement. En fin de saison, la popularité de GLOW et ses catcheuses monte encore en puissance et laisse prédire un nouveau chapitre, loin de Vegas, pour de nouveaux combats toujours aussi captivants.

Bande annonce Glow saison 3 

https://youtu.be/xQaCxIJX0J0

 

Plus de profondeur au personnage de Debbie
Des épisodes qui s’enchaînent facilement
Un humour toujours aussi rutilant
Moins de scènes de catch que les saisons précédentes
3.5

L’Étrange Festival 2019 : Le festival fête sa 25e édition en grande pompe

Pour son quart de siècle, l’Étrange Festival décide de mettre les petits plats dans les grands en proposant du 4 au 15 septembre une vaste sélection de films qui seront projetés au Forum des images dans les Halles de Paris. Soit 10 jours de pur plaisir cinéphile qui célèbre le cinéma de genre international.

Cette année, l’Étrange Festival ne décide pas seulement de fêter ses 25 ans car il a aussi l’intention de célébrer la carrière d’un grand cinéaste en fêtant les 90 ans d’Alejandro Jodorowsky. Une occasion en or pour le réalisateur de présenter une version remontée de son film Le voleur d’arc-en-ciel, longtemps désavoué et invisible, et qui pourra connaitre une seconde naissance lors d’une séance exceptionnelle.

Mais Jodorowsky ne sera pas le seul à faire honneur de sa présence et à venir montrer son soutien au festival car cette année nombre d’invités prestigieux s’ajouteront à la fête avec des noms tels que Monica Bellucci qui sera présente à la séance d’ouverture, mais qui présentera aussi une nouvelle version du culte Irréversible avec la participation de son réalisateur Gaspar Noé. Fabrice du Welz viendra y présenter son dernier film, Adoration, et on notera aussi la présence de Bertrand Mandico, Matthieu Kasowitz, Warren Ellis et encore pleins d’autres figures majeures et montantes du cinéma de genre. Ils viendront alimenter ou présenter une vaste sélections de films qui s’étend à une compétition internationale, des inédits de l’Étrange qui comprendront autant de nouveaux talents que des vétérans qui proposeront des avants-premières alléchantes mais aussi des séances spéciales qui proposeront des documentaires, des rétrospectives ou d’anciens films qui n’ont jamais eu la chance d’avoir l’éclairage qu’ils auraient mérités.

On pourra aussi compter sur la présence de 7 courts-métrages qui seront présentés lors d’une compétition qui devra décerner le Grand Prix Canal +, qui continue à être partenaire du festival pour la dixième année consécutive, ainsi que le Prix du Public. Tandis que c’est pas moins de 25 films qui seront en lice pour le Grand Prix Nouveau Genre et aussi un Prix du Public. Un palmarès qui sera révélé lors d’une séance de clôture excitante qui proposera la projection du film-clip Extasus de Betrand Mandico mais aussi l’avant première européenne de The True History of the Kelly Gang, le dernier film de Justin Kurzel, réalisateur de Macbeth, Assassin’s Creed et Les Crimes de Snowtown. De quoi offrir un 25e anniversaire royal pour l’Étrange Festival.

Compétition internationale :

– 1BR de David Marmor
– A Winter’s Tale de Jan Bonny
– Bliss de Joe Begos
– Come to Daddy de Ant Timpson
– Cut Off de Christian Alvart
– Dreamland de Bruce McDonald
– First Love de Takashi Miike
– Furie de Olivier Abbou
– Idol de Su-jin Lee
– Knives and Skin de Jennifer Reeder
– Koko-di Koko-da de Johannes Nyholm
– Gwen de William McGegor
– Le Serpent blanc de Amp Wong
– Lillian de Andreas Horvath
– Monos de Alejandro Landes
– Nekrotonic de Kiah Roache-Turner
– Shadow de Zhang Yimou
– Swallow de Carlo Mirabella-Davis
– The Antenna de Orçum Behram
– The Art of Self Defense de Riley Stearns
– The Boat de Winston Azzopardi
– The Mute de Bartosz Konopka
– The Odd Family: Zombie on Sale de Lee Min-jae
– The Wretched de Brett Pierce et Drew T. Pierce
– Vivarium de Lorcan Finnegan

Mindhunter saison 1 : les hommes qui n’aimaient pas les femmes

David Fincher et l’image du « Serial Killer », c’est une drôle d’histoire d’amour. Après son polar pluvieux qu’était Seven, sa dissection méthodique que fut Zodiac et sa plongée dans la Suède muette et viscérale de Millenium, voilà de nouveau le cinéaste se frotter à l’idée même du tueur en série. Mais comme on pouvait s’y attendre, Mindhunter se range plus du côté de Zodiac que de Seven dans sa manière d’appréhender le mal. Car à l’image de Zodiac, ce qui importe dans la série, ce n’est pas tant la représentation du mal et la violence des faits, mais plutôt la compréhension de la volonté d’un acte, le recoupement d’indices et la puissance des mots. 

C’est l’histoire d’une obsession, presque maladive, dégénérative, qui empoisonne le quotidien et tout un entourage, celle qui amène à comprendre et surtout, à contrôler son interlocuteur. A l’image du dialogue inaugural dans The Social Network, entre le futur créateur de Facebook et sa future ancienne petite amie, tout est une question de point de vue, de rapidité, de connexion au monde, à l’idée de hiérarchie et de domination verbale. Entre personnages, c’est un débat assez récurrent et durant les entretiens avec certains des meurtriers, le questionnement se matérialisera une nouvelle fois : le comment n’est pas d’une grande utilité, tout est dans le dossier ; le sang, le nombre de coups de couteaux, la mort, la présence de marques de viol ou non sont une conséquence d’un mal profond. La conséquence d’une cause. Et cette cause est le fil rouge de la série : c’est le pourquoi qui prédomine, c’est cette recherche de ce qui est inconnu, l’aboutissement d’une pensée mortifère et meurtrière qui pourrait servir de bases pour empêcher – et non prévenir, c’est aussi en débat – ce genre de crimes à l’avenir. 

Dans une époque qui a vu sa période libertaire des 60’s s’effacer pour voir naître une période des 70’s plus moribonde et crépusculaire dans ses agitations sociales et morales, comme le montraient des films comme Inherent Vice ou même le dernier Quentin Tarantino Once Upon A Time in Hollywood, l’Amérique prend les allures d’un terrain de jeu où les petites villes de périphéries deviennent des espaces pour tuer et où la police, notamment locale, se fait incompétente pour gérer dans les faits ce genre d’épreuves. C’est alors que deux agents du FBI vont sillonner l’Amérique pour donner des cours à la police locale tout en commençant, avec l’aide du docteur Wendy Carr, des entretiens carcéraux avec des tueurs en série pour comprendre leurs agissements. Au delà de son duo composé du jeune loup plein d’ambition (Holden Ford) et du vieux briscard fatigué et las du goût du sang (Bill Tench) comme ce fut déjà le cas dans Seven, de son ambiance névrotique alimentée une nouvelle par la bande son hypnotique de Jason Hill rappelant celle de Trent Reznor et Atticus Ross, de sa pluie de détail sanguinolent, de la luminosité pleine de pénombre du cadre habituelle chez Fincher (il a réalisé 4 épisodes sur 10), le verbe est au centre de tout. 

Premièrement la série n’interrompt quasiment jamais le dialogue, l’échange ou même le monologue narcissique. Chaque détail est mis sur un piédestal : c’est foisonnant de fluidité et exigeant dans l’architecture des rapports humains (impressionnant et glaçant personnage de Ed Kemper ou même de Jerry Brudos). Mais ces séquences continues de mots ont un but : redéfinir le genre. A l’heure où à notre époque nous voyons fleurir un nombre incalculable de séries policières où certains agents de leurs sections connaissent sur le bout des doigts l’éventail de tous les comportements diagnostiqués à des tueurs en série (Esprits criminels et ce genre programme), Mindhunter revient au fondamentaux, va creuser et débattre sur la création de ces diagnostics là. Il existe dans les œuvres du cinéaste, une formule usée mais qui se renouvelle à chaque fois : celle de de la dualité de méthode entre la jeunesse/l’ancien, le nouveau monde/l’ancien monde, l’ambition/la raison. Seven avec son duo où la fougue de Mills s’évertuait à faire renaître la flamme de Somerset et inversement, ou la modernité de recherche de Lisbeth faisait face à la méthode faite de paperasse de Blomkvist dans Millenium. 

Mindhunter est une zone en friche qui, avec obsession et une méticulosité vacillante, va s’évertuer à vouloir comprendre, archiver et mettre en place une méthode pyramidale. Et c’est passionnant et les interrogatoires trépidants. Pourtant l’oeuvre pourrait devenir extrêmement monolithique et surtout particulièrement programmatique dans sa construction : entretien/compréhension, enquête/découverte, succès/chute. Sauf que la série se donne le droit d’avoir un deuxième jeu de lecture dans son escarcelle et lui donne ses lettres de noblesse : un versant plus malsain et sociétal. Au lieu d’être une simple étude du mal, au lieu d’afficher l’horreur domestique dans toute sa perversité, Mindhunter est avant tout une série très humaine et qui pose une question : que veulent les femmes ? 

L’autre fil conducteur de la série se penche sur les femmes et surtout sur l’homme qui ne comprend pas les femmes. La série, notamment dans les discussions entre Holden et Debbie, aime à opposer les points de vue pour parfois  différencier le comportement féminin et celui qui est masculin. Du petit ami qui ne cesse de poser la question s’il a fait jouir sa compagne et qui devient peu à peu jaloux, de l’homme qui devient fou par le désamour et le mépris de sa mère, de ces hommes qui ne peuvent s’empêcher de juger les intentions d’une femme belle et libre, de cette femme qui cache aux yeux du monde son homosexualité, Mindhunter est une grande série sur la difficulté qu’a l’homme à se remettre en question et à dévoiler sa piètre capacité à utiliser son pouvoir d’auto persuasion pour vilipender la femme et lui jeter la faute sur les épaules. Le point culminant est l’un des derniers dialogues entre Holden et Debbie sur le porche de l’appartement de cette dernière : Holden parle seul, trouve une réponse aux faits et comprend pour la première fois sa petite amie. Ce qui le poussera à prendre une décision. Mindhunter affiche une grande première saison, qui d’une main de maître horrifie et questionne autant qu’elle passionne par son déroulement, certes  rapidement déchiffrable mais dont l’objectif premier est de nous perdre dans les méandres de pensées  qui amènent à la mort. 

Bande Annonce – Mindhunter

 

Synopsis : Comment anticiper la folie quand on ignore comment fonctionnent les fous ? Deux agents du FBI imaginent une enquête aux méthodes révolutionnaires et se lancent dans une véritable odyssée pour obtenir des réponses.

Fiche Technique – Mindhunter

Création : Joe Penhall
Réalisateurs : David Fincher, Andrew Douglas, Asif Kapadia, Tobias Lindholm
Interprétation : Jonathan Groff, Holt McCallany, Anna Torv, Hannah Gross, Cotter Smith
Distribution : Netflix
Genres : Polar/Drame
10x50min
Etats-Unis – 2017

Note des lecteurs14 Notes
4.5

Vacances au cinéma : Vicky Cristina Barcelona

Vicky Cristina Barcelona est un fantasme d’été, un regard enjôleur croisé dans les rues de Barcelone, un clin d’oeil qui déstabilise, une voix qui enivre. Woody Allen raconte la séduction, l’amour, et la liberté des personnages avec une sensualité débordante dont chacun des acteurs et actrices a su s’emparer parfaitement.

Avant de s’arrêter à Rome et Paris, Woody Allen installait son cinéma à Barcelone et dans les rues brûlantes de la ville espagnole, le casting l’était tout autant. Ce marivaudage catalan est plus que captivant grâce à l’incandescence de chacun de ses acteurs.  Comme dans son dernier film Café Society dans lequel la chaleur des couleurs jaunes prenait toute la place, Woody Allen réchauffe les corps et les cœurs avec ce trio ultra sensuel divinement bien interprété par Javier Bardem, Scarlett Johansson et Rebecca Hall. Au sein même de ce trio s’en trouve un second tout aussi fascinant et renversant au coeur duquel les thématiques bien que similaires offrent une nouvelle vision de la manière dont on peut vivre l’amour : à trois. C’est Penelope Cruz, toujours incroyable, qui ajoute cette nouvelle perspective et tentation pour le couple et qui viendra faire se questionner autant les personnages que les spectateurs.

I’ll show you around the city, and we’ll eat well. We’ll drink good wine. We’ll make love.

Dans des éclats presque rohmeriens, le film, léger au premier abord, tend vers un ton plus philosophique, comme très souvent chez le cinéaste américain. La philosophie de ces amours de vacances, qui révèlent bien plus que ce que l’on sait de nous mêmse et ici, de sentiments pourtant universels, s’en retrouve débordée mais passionnante. L’insatisfait résultat du couple, l’inconstance du sentiment amoureux et la question du choix sont au cœur du récit, des dialogues mais surtout des regards échangés desquels s’échappe un soupir, une pensée que le spectateur saisit au vol. Vicky Cristina Barcelona est une comédie de mœurs comme Allen sait bien les faire avec une voix off complice de chaque instant, comme si le spectateur lui-même commentait ces différents états amoureux. C’est bien cela qui ressort du film, la capacité à emmener le spectateur dans l’histoire et lui faire vivre ces vacances en lui offrant quelques frissons d’un érotisme des corps mais surtout des paroles. Chacun fera alors avec ce film sa propre expérience, si bien que la première fois, je ne l’avais pas autant apprécié que lors ce second visionnage parce qu’il faut en capter tous les enjeux et oser s’immiscer pleinement dans cette parenthèse vacancière.

Lorsque l’on pense au vacances alors forcément, ce sont tous les sens qui se mettent en éveil : la vision des corps dénudés sur la plage, la sensation de l’air frais des soirées estivales quand le souffle marin prend la place de la chaleur diurne, l’odeur des soirs d’été. Chacun de nos sens peut alors frissonner de repenser à tous ces étés et devenir nostalgique de ces souvenirs ancrés qui, pour la plupart, auront contribué à faire de nous une nouvelle personne : dans l’effusion des rencontres, dans les introspections intimes et personnelles de chacun. Mais Woody Allen oublie ce rapport au corps et offre une histoire bien plus cérébrale que charnelle, bien que tous nos sens y soient sensibles, la sensualité est ailleurs, palpable et l’on frissonne autant d’entendre Javier Bardem séduire que de voir Scarlett Johansson ressentir.

https://www.youtube.com/watch?v=Q2q1J-zm4Ug

Vacances au cinéma : A Scene At The Sea, la douceur d’un ressac infini

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Il est toujours tâche bien ardue de choisir un film en particulier, dans un cycle donné. On nous donne le thème fédérateur « les vacances ». Notre esprit se dirige instinctivement vers ce A Scene At The Sea, de Takeshi Kitano. Est-ce le personnage mère de l’Océan qui oriente notre choix ? Ou plutôt cette impression de moment suspendu, coupé de tout, ressenti devant le film ? Sûrement un peu des deux. Ce qui est sûr, c’est qu’il est passionnant de voir à quel point, tout au long de ce cycle, l’esprit de chacun des rédacteurs s’est joué des codes que pourrait définir un tel thème pour associer son mot clé à quelque chose de bien plus sensoriel…

A Scene At The Sea commence d’emblée comme une invitation aux vacances pour son personnage principal. Car, littéralement, on parle là d’un jeune homme qui quitte les jours sans fin d’un boulot peu plaisant pour se consacrer à une activité qui lui était jusqu’alors inconnue, le surf. Métaphoriquement, c’est l’homme chargé de ramasser les déchets qui trouve en l’un deux sa planche salvatrice… C’est le jeune homme attiré par l’Océan qui quitte la route du travail pour plonger dans le premier sans retenue. Cependant, paradoxalement, c’est peut-être le fait d’évoluer au milieu des vagues infinies qui lui demandera le plus de travail, ou, en tout cas, le plus de persévérance. Mais, si l’on part du principe que A Scene At The Sea est aussi l’histoire d’une vocation, il devient alors évident que, ce jeune homme que l’on pense novice, revient en réalité à sa condition première, à son milieu d’origine en domptant sa planche tout d’abord rafistolée…

En vacances, on demande tant à se mêler au bruit rutilant des soirées sans fin qu’à se laisser porter par le silence d’un été que l’on voudrait enfin apaisé. A Scene At The Sea, c’est aussi cela. Le silence face au bruit, le calme et la sagesse face à l’inconséquence et à l’immaturité. Quelle plus belle allégorie, alors, que de choisir des protagonistes sourds et muets ? Deux personnages qui tournent le dos aux ricanements des uns et aux critiques des autres, protégés qu’ils sont, dans leur bulle coupée de toute l’agitation que soulève, malgré elle, la vie dans son quotidien bien (trop) rôdé. Reste la musique enveloppante et mémorable de Joe Hisaishi pour cristalliser le tout.

Cette bulle en question, c’est celle de deux jeunes adultes qui s’aiment et se suivent sans un mot. L’amour revêt alors la beauté de la pureté qui est sienne et dont Kitano a le secret. Un amour fait de regards et de tendresse en bord de mer, ce n’est pas aussi cela, parfois, les vacances ? L’innocence d’un enfant dans l’écrin de sagesse d’un adulte accompli ? L’amour que l’on étend physiquement sur quelques semaines, mais dont le souvenir restera éternel ?

Si les vacances sont le repos qui vient apaiser le vacarme incessant du quotidien, A Scene At The Sea en est alors bel et bien l’illustration parfaite. Bercés par ses couleurs solaires, élevés par sa pureté et son infini douceur, il vient se loger au sein de notre mémoire au même titre qu’un souvenir de vacances. Avec la même nostalgie aussi. Car ici, ce n’est pas le bruit des vagues qui compte, mais le silence qui sépare deux d’entre elles…

Exclu du MCU: raisons et futur de Marvel et Spider-Man

Adieu du MCU à Spider-Man et futur de Marvel  

Avez-vous entendu la nouvelle ? Après des années de réclamation de la part des fans, une arrivée triomphante dans l’univers cinématographique de Marvel (MCU) et une réussite incroyable des films de l’homme-araignée, le verdict est tombé, l’araignée est de nouveau exclue du MCU.

Spider-Man : 1960 à aujourd’hui

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Auteur: digitallla

Déjà populaire dans les années 60-70 grâce à sa série de comics The Amazing Spider-Man, le personnage est réellement devenu mainstream grâce à l’excellente trilogie de Sam Raimi où Spider-Man est incarné par Toby Macguire (2002 à 2007). Une popularité que l’on peut observer en voyant la quantité de pseudo-Spider-Man à tous les comics-con – dont le San Diego Comics-Con 2019. En 2012, Sony souhaite rebooter la série et sort deux – très mauvaises – adaptations de l’homme-araignée avant de laisser tomber la version.

En 2016, Disney (propriétaire de Marvel) et Sony Pictures (propriétaire des droits d’image de Spider-Man au cinéma) annoncent une nouvelle qui ravit les fans : Spider-Man va enfin rejoindre le MCU et devenir un Avengers à temps partiel (il est toujours à l’école !).

Incarné par Tom Holland, le nouveau Spider-Man combine tout ce qu’il faut d’humour, de nerditude, de sentiments et de badasserie. Le protégé d’Iron Man a eu un succès fou, apparaissant dans trois films Avengers et deux films solos en trois ans. Le dernier film, Spider-Man : Far From Home a même dépassé le milliard de recettes en quatre semaines d’exploitations, ce qui en fait la plus grande réussite de Sony au box-office.

Alors la question qu’on se pose est pourquoi Disney et Sony ont-ils décidé de sortir Spider-Man du MCU ?

La fin d’un deal réussi

Lorsque Marvel et Sony ont décidé d’inclure Spider-Man dans le MCU, ils ont fait un deal qui profitait beaucoup plus à Sony. En effet, si Marvel a contenté les fans en ajoutant l’homme araignée à leur répertoire de super-héros, c’est majoritairement l’araignée qui a bénéficié de la renommée des Avengers. 

Elle a aussi pu profiter d’un élément clé dans le succès du MCU : Kevin Feige. Le président des studios Marvel et producteur a été instrumental dans la réussite des films Marvel, y compris au succès des deux derniers opus de Spider-Man.

Mais Disney a donné de nombreuses nouvelles responsabilités à Feige – incluant sur leurs nouvelles propriétés – et aurait proposé à Sony de le retirer du rôle de producteur pour en faire un consultant. Sony n’aurait pas apprécié.

Mais si ce n’était que ça, le mariage aurait peut-être survécu. Mais comme dans beaucoup de deals, ce qui a fait pencher la balance a été d’ordre financier. Il y a 4 ans, lorsque le deal a été fait, Disney a accepté de recevoir 5% des revenus de box-office du premier jour de sortie (first-dollar gross) et les bénéfices liés à la vente de marchandise. Le reste allait à Sony.

Avec la fin du contrat, Disney voulait le renouveler et obtenir 50% des parts, ce qui n’était pas au goût de Sony. Le 20 août 2019, Deadline annonçait la sortie de Marvel du MCU. 

Des fans énervés

Bien sûr, cette annonce n’a pas plu au fans qui se sont relayés sur internet pour sauver leur super-héros préféré à grand coup de #SaveSpiderman, #Boycott Sony et bien d’autres.

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Auteur : peter.parker.excelsior

Le futur de Marvel

La question qu’on se pose maintenant est : « que va faire Marvel ? ». Dans les derniers films, Spider-Man était le protégé d’Iron Man et à travers les films, on l’a vu s’améliorer jusqu’à devenir ce que plusieurs pensaient être le remplaçant d’Iron Man. Alors que va faire Marvel après Endgame et le départ de Spider-Man ?

Quelques jours après l’annonce, il est difficile de dire comment ils vont palier à cette perte. Ce qu’on sait par contre, c’est que de nombreux autres films sont prévus et que l’univers Marvel est très loin d’arriver à sa fin. Aujourd’hui, on serait arrivé à ce que Marvel appelle sa phase III, alors qu’il y aurait un minimum de cinq phases de prévues. 

Des nouveaux films pour Marvel ? 

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Auteur : avictoriareal

On pourrait croire qu’après 23 films de super-héros de l’univers Marvel – et on ne parle même pas des très nombreuses séries comme S.H.I.E.L.D – le public commencerait à être tanné. Et pourtant comme le prouve Avengers : Endgame (box office planétaire : $2,795,338,415) et Spider-Man : Far From Home, le monde entier continue à vouloir plus de film Marvel. Alors, quelles sont les prochaines sorties ?

2020

  • Black Widow (1er mai)
  • Eternals (6 novembre)

2021

  • Shang-Shi et la légende des dix anneaux (12 février)
  • Doctor Strange and the Multiverse of Madness (7 mai)
  • Thor: Love and Thunder (5 novembre)

2022

  • Black Panther 2 (6 mai)
  • Blade
  • Guardiens de la Galaxie 3

Indéfini

  • Captain Marvel 2
  • The Fantastic Four
  • Spider-Man 3

 

 

FFA Angoulême 2019 : Tu mérites un amour, la tendre mélancolie du sentiment amoureux

Valois de la mise en scène au FFA 2019, Tu mérites un amour est la jolie surprise du festival. Frais, sensible, drôle et touchant, le film d’Hafsia Herzi est captivant de modernité et de naturel pour servir un joli couplet sur l’amour et la manière dont nous vivons les ruptures.

Si le début du film laisse quelques doutes quant à la direction d’acteurs, on est, comme dans un film de Kechiche, rapidement séduits par le naturel et l’improvisation de tout le casting qui fait des scènes de vrais moments de plaisir et de sincérité dans lesquelles on sent quasiment l’observation sociologique qu’Hafsia Herzi a réalisée pour en venir à ce film. Une analyse de l’amour, de la manière dont chacun le perçoit, et le vit, et surtout une analyse des états dans lesquels chacun peut se retrouver à la suite d’une rupture. Drôle, franc et sensible, Tu mérites un amour est l’alliage parfait pour présenter les différents visages de ce sentiment universel. 

Au delà de son propos traité de manière vraiment fascinante, aussi dansante que touchante, c’est une réalisatrice qui naît avec ce film et sa manière de capter les émotions en gros plans avec une sensualité toujours très juste tout en gardant une certaine pudeur. Pudeur pourtant bien différente de celui avec qui elle a découvert le cinéma ou de l’humour sans limite du meilleur ami de Lila joué par Djanis Bouzyani dans le film. La drôlerie et les mots décomplexés sont d’ailleurs l’un des éléments forts du long métrage, si Hafsia Herzi donne à voir à travers son personnage, des thèmes très proches de Kechiche, elle s’en empare avec un angle différent où les discussions entre amis ont un humour naturel qui ajoute encore plus de vie au film. Que ce soit dans la drague, la séduction, ou les fameuses scènes de danse, on sent évidemment l’empreinte du cinéaste franco-tunisien, mais la jeune réalisatrice finit par le faire oublier en ajoutant sa dimension encore plus honnête et sincère rendant le film très touchant.

Dans L’amour des hommes de Mehdi Ben Attia, l’actrice jouait le rôle d’une photographe qui faisait des photos d’hommes nus dans le plus grand secret, activité alors bien trop tabou en Tunisie. Dans Mektoub my love, le personnage d’Amin était également photographe, bien que le personnage de la Tata n’en soit pas le sujet on retrouvait encore une fois cette idée de relation artistique entre la muse et l’artiste, qu’elle va à son tour placer dans son film avec les personnages d’Anthony Garon et Lila, qu’elle interprête. La photographie semble alors être une belle fenêtre pour filmer le désir et la sensualité cachée et subtile de deux personnes qui se frôlent et se rencontrent, c’est encore une fois l’une des choses très bien réalisées par Hafsia Herzi qui a su rendre compte de cet érotisme discret mais fort. D’autant plus fort que c’est ce même personnage photographe qui prononcera le poème incroyable de fin où les mots prennent sens et l’émotion l’emporte dans un moment de grâce verbal.

Tu mérites un amour décoiffant, qui te pousse à te lever rapidement le matin, et qui éloigne tous ces démons qui ne te laissent pas dormir. (…) Tu mérites un amour qui balayerait les mensonges et t’apporterait le rêve, le café et la poésie.

Frida Kahlo

Pas seulement intelligent cinématographiquement parlant, Tu mérites un amour, est un objet passionnant de discussion et de démonstration conceptuelle. Sur les formes d’amour déjà en mettant en scène un couple libertin, puis cette femme libre au centre de l’attention qu’elle joue elle-même, et enfin dans les discussions avec ses amis sur ce qu’est vraiment l’amour, comment on le ressent, égoïstement, souvent de manière malsaine et possessive et parfois simplement, tendrement, il reste l’amour pur, à ressentir seulement et à vivre. Tu mérites un amour montre aussi une sexualité féminine sans plaisir, comme on a l’habitude de la voir au cinéma, mais avec une nuance particulière dans cette œuvre. Lila est libre, enchaîne les rendez-vous, et fait l’amour avec plusieurs amants différents sans jamais être jugée mais sans jamais non plus éprouver aucun plaisir, parce que ces scènes de sexe sont seulement le résultat du consentement sans désir, faire l’amour sans rien ressentir comme une pression à laquelle elle doit céder, comme une action par laquelle elle doit passer pour accepter sa rupture et avancer. N’en ressort qu’une femme aseptisée dont le corps est éteint en même temps que l’âme au moment où son ex a prononcé les quelques mots de rupture. Là où Kechiche avait manqué de finesse (et c’est peu de le dire) dans le second volet de Mektoub my love, Hafsia Herzi fait preuve d’une grande tendresse à l’égard des hommes comme des femmes pour capter la sensualité comme elle est, égalitaire et présente chez chacun. Tu mérites un amour est une caresse tendre au sein de laquelle l’énergie affective se développe autant que les rires.

Bande Annonce

Tu mérites un amour, un film de Hafsia Herzi

Avec Hafsia Herzi, Djanis Bouzyani, Jérémie Laheurte, Anthony Bajon
Durée : 1h39
Distribution : Rezo Films
Sortie : 11 septembre 2019