Le Château de l’Araignée, d’Akira Kurosawa, en coffret Blu-ray + DVD + Livre

Ce mercredi 1er mars débarquent chez vos fournisseurs de drogue cinématographique deux incroyables films d’Akira Kurosawa, La Forteresse Cachée (sortie couverte ici), et Le Château de l’Araignée, sur lequel nous nous pencherons ici.

En 1957 est livré sur les écrans japonais un nouveau film du maître Kurosawa : Le Château de l’Araignée. Macbeth au pays du soleil levant, voilà comment l’on pourrait présenter ce film. En effet, Le Château de l’Araignée est une adaptation nippone de l’œuvre de William Shakespeare. Un film digne de l’œuvre du génie dramaturge anglais.

Si la récente adaptation de Macbeth de Justin Kurzel a su s’imposer comme une nouvelle lecture expérientielle et plus ou moins audacieuse de l’œuvre éponyme, il ne faut toutefois pas oublier celle d’Orson Welles (connu comme étant un grand shakespearien) à laquelle le Château de l’Araignée de Kurosawa n’a d’ailleurs rien à envier. Car le cinéaste japonais, en transposant l’action dans le contexte de la guerre des clans dans le Japon du XVIème siècle, n’en perd pas moins les puissances narratives et les obscures énergies propres au récit shakespearien, bien au contraire. Et même si Kurosawa prend quelques libertés vis-à-vis du texte, il capte et transcende l’essence du texte. En effet, si la bataille n’est pas exposée, vécue par Washizu (grandiose Toshiro Mifune incarnant l’équivalent japonais de Macbeth) et Miki (très juste Minoru Chiaki interprétant le rôle égal à celui de Banquo dans la pièce), ces derniers découvrent l’horreur du combat via les mots de crânes casqués et d’os des soldats tombés au combat. La scène est dominée par la brume et est d’une noirceur absolue. Des ténèbres qui sont précédées par la rencontre avec un esprit annonciateur (équivalent des sorcières) dans une scène imprégnée par le fantastique mais aussi une forme minimaliste toute droite venue du théâtre.

Le théâtre Nô en particulier, dont certains codes ont en effet été repris par le maître : du travail des corps dans l’espace au maquillage et à la performance toute en retenue, avec un visage digne d’un masque traditionnel de cette forme théâtrale, de la Lady Macbeth japonaise, Asaji, ainsi qu’aux yeux hyper-expressifs de Toshiro Mifune évoquant aussi un masque du théâtre Nô.

Ci-dessus à droite un masque du théâtre Nô ; ci-dessous à gauche, Asaji dans Le Château de l’Araignée.

Mais Kurosawa n’en oublie pas le cinéma, précisément son cinéma et alors tous les éléments qui lui tiennent à cœur, des mouvements amples de caméra suivant les personnages au réalisme des actions aux décors et costumes filmés dans des conditions météorologiques loin d’être idéales pour la majorité des cinéastes, mais intelligemment utilisées par le maître pour travailler la représentation du japon féodal. À noter que le château sur le mont Fuji a été construit spécialement pour le film à la demande de Kurosawa. On retrouvera aussi un travail pictural des images ainsi qu’un noir et blanc expressionniste dans les séquences d’intérieur.

Le Château de l’Araignée dépasse son statut d’adaptation. Œuvre à part entière du maître, grandiose et ténébreuse, le film de Kurosawa est présenté ici dans une formidable copie remasterisée. On regrettera toutefois le son, très bon dans l’ensemble, mais nasillard/saturé sur certaines parties musicales.

On appréciera les compléments de l’édition tout en regrettant à nouveau qu’il n’y en ait pas plus pour accompagner une œuvre aussi incroyable que Le Château de l’Araignée. Mais heureusement, comme pour l’édition de La Forteresse Cachée, nous pouvez compter sur le livre, ici écrit par Linda Tahir (professeure de cinéma et spécialiste du film de genre ainsi que la couleur chez Hitchcock), pour relativement combler ce manque. Wild Side nous livre ainsi une excellente édition pour une œuvre majeure du cinéma, et même majeure au-delà de son médium. À l’image de La Forteresse Cachée édité par les mêmes éditions ce mercredi 1er mars, Le Château de l’Araignée est une (re)découverte incontournable.

[irp posts= »60640″ name= »Vivre dans la peur, un film d’Akira Kurosawa : critique DVD »]

Le Château de l’Araignée – Bande-Annonce

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Master restauré HD – Noir & Blanc – Format image : 1.33, 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Japonais DTS

& Dolby Digital Mono – Sous-titres : Français – Durée : 1h45

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Master restauré HD – Noir & Blanc – Format image : 1.33 – Résolution film : 1080 24p Format son : Japonais

DTS Master Audio Mono – Sous-titres : Français – Durée : 1h49

Prix public indicatif : 24,99 Euros le Blu-ray+DVD+livret

COMPLÉMENTS

– Le théâtre Nô et le cinéma (26’)

– Dans la toile du maître : entretien avec Koichi Hamamura (accessoiriste) et Teruyo Nogami (scripte) (21’)

+ un livret de 60 pages, écrit par Linda Tahir

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Natura : Se perdre pour renaître

S'il est de coutume de penser que la beauté est intérieure, "Natura" nous invite à une tout autre mise en perspective : celle d'un environnement naturel à la fois hostile et sublime, qui finit par agir comme un miroir. Une traversée du massif vosgien qui tient à la fois du conte et de la survie, où une femme cherche, dans l'épaisseur de la forêt, quelque chose qui ressemble à une seconde naissance. Mickael Perret réussit à explorer ce décor dans ce qu'il a de plus brut et de plus étrange. Un premier film audacieux et ambitieux, porteur de grandes promesses.

Sirāt : l’odyssée des damnés

Prix du jury au Festival de Cannes 2025, Oliver Laxe prolonge son cinéma de l’épreuve et de la foi dans un road-trip halluciné au cœur du désert. Entre communauté de teufeurs, deuil intime et bascule métaphysique, "Sirāt" interroge l’errance contemporaine dans un monde vidé de repères. Une expérience sensorielle radicale, portée par les corps, la musique et un monde au bord de l’effondrement.

Once upon a time in Gaza : l’Espoir, le Vice et la Trahison

"Once Upon a Time in Gaza" des frères Nasser est une tragi-comédie saisissante mêlant fraternité contrariée, satire sociale et résistance artistique. Entre fable noire et cinéma engagé, le film dresse un portrait poignant et absurde de la vie à Gaza, où chaque geste devient un acte de survie sous un ciel d’oppression.