Critique des séries : The Righteous Gemstones, Wu Assassins, Why Women Kill…

Au cours de ce mois d’août 2019, les fous des pilotes de séries ont binge-watché, les 3ème saison de 13 Reasons Why, le teen-drama phénomène, diffusé sur Netflix. Dear White People, la création de Justin Simien aborde les thèmes du racisme et du post #Metoo. Avec The Righteous Gemstones, armes, religion et argent sont au menu de cette comédie déjantée. Le créateur de Desperate Housewives, Marc Cherry revient avec Why Women Kill : le show suit 3 femmes confrontées à la tromperie, à trois périodes différentes : les années 60, les années 80 et aujourd’hui. Et si vous aimez les bastons bien sanglantes, vous pouvez toujours vous rabattre sur le programme pop-corn, Wu Assassins, porté par Iko Uwais et Mark Dacascos.  

Why Women Kill : Un mélange de Murder et Desperate Housewives 2.0

Avec Why Women Kill, ne vous attendez pas à une série docu du genre de Snapped : les femmes tueuses. Lancé sur CBS All Access, cette dernière nouveauté de Marc Cherry s’impose comme digne héritière de Desperate Housewives. On y retrouve avec plaisir le même ton, l’humour caustique, les situations rocambolesques, les personnages clichés et le suspens maîtrisé.

Cette fois le décors est planté à Pasadena où vivent trois femmes mariées, à des époques différentes. Dans les années 50, Beth Ann (Ginnifer Goodwin) joue la femme au foyer respectable à la Bree Van De Kamp. Simone (Lucy Liu) incarne une riche drama queen des années 70 qui rappelle notre Eva Longoria en Gaby Solano. Puis, pour représenter notre époque, on s’éloigne des clichés avec Eli (Reid Scott) et Taylor (Kirby Howell-Baptiste) formant un couple au mariage libre qui se transforme en ménage à trois avec Jade (Alexandra Daddario). Une vision plus progressiste et féministe des couples qui promet de faire des étincelles pour la suite de la série.

Des couples et des femmes aux tempérament bien opposés mais qui gardent en commun le même toit et avoir un mari infidèle. Comme le laisse présager le titre de la série, se développe l’envie pour ses femmes trompées de se venger par le meurtre. Le mystère reste à savoir de qui et comment ? Il semblerait trop évident dans cette série à suspens qu’elles ne s’en prennent qu’à leurs maris respectifs.

Dès le pilote, la série parvient donc à maintenir le spectateur en haleine autour de l’intrigue, mais aussi en restant désireux d’en apprendre plus sur ces personnages féminins insolites.

4

Céline Lacroix

Wu Assassins : mille moines et un cuisinier

Des bastons menées par Iko Uwais, l’acteur du diptyque culte venu d’Indonésie The Raid. C’est à peu près tout ce que nous promettait la série Wu Assassins, sur Netflix. Et il faut ne garder que cela à l’esprit lorsque l’on regarde le pilote. Les scènes de combats sont plutôt bien menées, entre autre celle qui débute l’épisode (et qui est répétée un peu plus loin).

On sent vite que tout le reste ne sert qu’à ça : offrir des occasions de bastons. Le scénario nous présente donc un modeste cuisinier qui galère avec son food-truck en plein Chinatown de San Francisco et qui, un jour, se retrouve « L’Elu » (sic), héros d’une prophétie chinoise millénaire. Un quelconque signe avant-coureur, un indice qui nous aurait mis la puce à l’oreille ? Non : ça nous est annoncé d’un coup, de but en blanc, sans prévenir, par une femme qu’on n’avait pas vue jusque là et qui débarque sous les roues du camion.

Et comment se manifeste cette prophétie ? Elle arrive sous la forme d’un « fragment suprême » qui va déverser en Kai Jin « le pouvoir de mille moines ». La scène ne se contente pas de frôler le ridicule, elle nage en plein dedans, aussi bien esthétiquement que scénaristiquement. Le procédé cependant se dévoile vite pour ce qu’il est : une simple excuse qui nous permettra d’enfiler comme des perles les scènes d’action. Du moins on l’espère.

Dans cet objectif, on prépare aussi les méchants (personnages essentiels, sans lesquels tout film d’action s’effondre sur lui-même). Là aussi, les scénaristes nous en promettent des gros, des lourds, des vrais, mais plus tard. Des « maîtres du Wu » qui voudraient asservir la planète (rien que ça! Pas de demi-mesure). En attendant, on doit se contenter du stéréotype du mafieux cynique, immoral et violent, comme on en a déjà vu des centaines.

A ce sujet, le pilote prépare aussi un arc narratif secondaire, qui parle d’une policière qui infiltre une organisation criminelle dans le but de démanteler tout cela et d’éviter une guerre des gangs dans les rues de San Francisco. Idée intéressante mais pas encore assez exploitée dans ce pilote : espérons que la suite développe cette partie comme elle le mérite.

En bref, un pilote ni vraiment bon, ni mauvais, et qui peine à convaincre. L’épisode a des qualités, surtout sur le plan de l’action, mais aussi de gros défauts. Attendons de voir la suite…

2.5

Hervé Aubert

The Righteous Gemstones, Holy Fucking God

Nouveauté HBO de la rentrée, The Righteous Gemstones signe le retour fracassant de Danny McBride à la comédie potache après les délicieux Kenny Powers et Vice Principals.

Explorer les profondeurs de l’Amérique à travers une galerie de personnages aussi détestables qu’attachants, c’est ce qui semble animer depuis ses débuts le trublion Danny McBride, créateur, réalisateur et coscénariste de la nouvelle série HBO. Une chaîne qui semble faire confiance au travail de l’Américain et de ses compères de toujours Jody Hill et David Gordon Green – souvent co-créateurs, réalisateurs et/ou scénaristes. Il donne corps à ces loosers magnifiques, ces beaufs arrogants avec une singularité pas si commune dans le paysage audiovisuel américain. Il scrute leur faille et leur humanité avec un certain brio comique.

Après le monde du baseball dans Kenny Powers et celui des lycées américains dans Vice Principals, Danny McBride porte son intérêt sur une famille de télévangélistes superstars, avides de pouvoir et de gros billets. L’occasion, une nouvelle fois, de sonder les démons de l’Amérique, et d’y apporter un mélange de dérision acide et d’excentricité débordante. L’occasion aussi de diversifier ses partenaires de jeu, à savoir John Goodman et Adam DeVine. Un pilote engageant et soigné, avec de multiples pistes prometteuses, qui prend le temps d’explorer l’exubérance de l’univers. Au programme : sex-tape, chantage à l’argent, vengeances, rivalités et engueulades. La promesse d’un délire doucement régressif comme Danny McBride sait si bien les faire.

4

Jonathan Rodriguez

Les retours séries du mois d’août : 13 Reasons Why et Dear White People – saison 3

Dear White People, la série adaptée de son film éponyme sorti en 2014 suit les étudiants afro-américains de Winchester.

La saison 3 a commencé dans la veine des saisons précédentes : un ton léger pour un sujet sérieux avec sa dose de second degré, d’amour et de scènes parfois un peu décalées pour servir le propos. Les retrouvailles avec le groupe d’étudiants de Winchester était agréable mais pas vraiment fracassantes au point d’attendre sans pouvoir patienter la suite et d’enchaîner les épisodes en une journée. Comme Netflix aime s’auto-citer, “on dirait une saison 3 d’une série Netflix”, pas de doute oui, c’est toujours une saison charnière car après les deux premières qui se répondent, que vient ajouter la troisième ? Pour l’instant, ici, peu de choses, peu d’envie, peu d’innovation, la série semble se reposer sur ses acquis en essayant d’ajouter quelques nouvelles pistes d’intrigue mais qui ont du mal à capter l’attention dès le départ. On aura probablement bien du mal à finir cette saison 3 mais on le fera, par curiosité, par attache à tous ces personnages qui durant deux saisons, nous ont attendris et fait rire, mais que réserve la suite ? La réussite n’est en tout cas pas certaine.

https://www.youtube.com/watch?v=d8RQVUCOAGc

Dans ce 3ème opus,  la série adaptée d’un roman young adult à succès, 13 Reasons Why part à la recherche de la personne qui a tué Bryce Walker.

Il est de ces premiers épisodes de saison auxquels on ne comprend pas grand chose et qui annoncent une saison de trop. Le temps de se remettre dans le bain certes, de remettre les idées dans l’ordre et de se rappeler de tout ce qu’il s’est passé. Évidemment, on est ravis de retrouver cette bande d’amis aux secrets plus lourds et graves les uns que les autres auxquels on s’est finalement attachés, ravis de les voir à nouveau évoluer ensemble et d’assister également à leur construction indépendamment du groupe. En revanche, l’arrivée d’un nouveau personnage voit notre curiosité piquée certes, mais peu ravie de ce choix. Pourquoi et dans quel intérêt ? Évidemment le pilote ne nous aidera que trop peu à comprendre alors on enchaînera pour en savoir plus car après tout, depuis le début, la série nous a habitués à donner de nombreuses clés de compréhension au cours de la saison si ce n’est à la fin. On acceptera alors d’être perdus pour mieux s’y retrouver mais encore faudra-t-il rester concerné durant toute la durée de cette saison 3 qui promet de traiter tous ces sujets avec l’intensité qu’on lui connait, reste à savoir si la fiction sera à la hauteur et les rebondissements intéressants.

https://www.youtube.com/watch?v=w_qzO9hMxUY

Gwennaelle Masle

 

Festival

FFCP 2026 : The Journey to Gyeong-Ju, une famille à recoudre

"The Journey to Gyeong-ju", c’est une vengeance en famille, maladroite et douloureuse. Une mère et ses trois filles kidnappent le meurtrier de la cadette et filent vers Gyeongju. Kim Mi-jo mêle rires, larmes et suspense, avec un beau quatuor d’actrices, mais sans toujours trancher.

FFCP 2026 : Ideal and Weird Family, l’art de se séparer ensemble

Deux mères au bord du divorce, deux adolescentes sommées de choisir, un mariage en ligne de mire. Avec "Ideal and Weird Family", Kim Ji-hyun signe un premier film queer tendre et drôle sur une famille que la Corée refuse de reconnaître. Un road movie attachant, inégal, tourné avec les moyens du bord.

Programme de la 30ème édition du Festival du film francophone « Les Œillades » d’Albi

Du 17 au 22 novembre, le Festival du film francophone « Les Œillades » d'Albi soufflera ses trente bougies, en présence de trois invités d’honneur : le réalisateur marseillais Robert Guédiguian, le cinéaste franco-grec Costa-Gavras et l'actrice belge Natacha Régnier. Au programme de cet anniversaire marquant : 30 avant-premières prestigieuses réparties dans les trois salles albigeoises Arcé, Lapérouse et Cordeliers, dont 10 longs-métrages en compétition pour le Prix du Public, 10 séances « Reprises » pour redécouvrir les films coups de cœur de l'année, mais aussi la traditionnelle compétition de courts-métrages, une soirée consacrée à Jacques Tati, génie du burlesque moderne, une "petite nuit du cinéma" reconduite et un ciné-concert de clôture. Aperçu des festivités d'une 30ème édition qui s'annonce d'ores et déjà comme le rendez-vous incontournable de l'automne cinématographique tarnais.

FFCP 2026 : 7 Days 7 People, la ballade du troubadour fauché

Sept jours, sept rencontres. Dans "7 Days 7 People", un musicien indé criblé de dettes interroge ses proches avant de choisir entre la musique et son couple. Jung Da-won signe un drame musical coréen drôle et mélancolique, sur ce que coûtent les rêves quand la stabilité frappe à la porte.

Newsletter

À ne pas manquer

Sanguine : époques sanguines

Avec son premier long métrage féroce "Sanguine", Marion Le Corroller, évadée du monde la finance, injecte une dose de body horror survitaminé dans le cinéma français. Scènes choc, plastique ensanglantée, geste carnassier, "Sanguine" saigne fort l'époque et tous ses symptômes violents, quitte à s’essouffler sous le trop-plein d’idées dans sa dernière demi-heure.

Ulya, le très beau film de Viesturs Kairišs : quand on cherche du côté de chez soi

Dans la Lettonie soviétique, une adolescente issue d’une famille russe de Vieux-Croyants découvre le basket comme une sortie possible hors de son isolement. Avec Ulya, Viesturs Kairišs imagine le chemin intérieur qui mène Ouliana Semionova vers elle-même.

Hope : Korean Rollercoaster!

Avec Hope, Na Hong-jin livre un blockbuster sud-coréen spectaculaire mêlant action, horreur et science-fiction, porté par une mise en scène virtuose malgré un scénario plus conventionnel.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.