Passenger – Frissons routiers balisés pour tenue de route correcte

On est ici dans le pur film de genre d’exploitation, loin de l’horreur pointue et plus intellectuelle. Et Passenger est un avatar plutôt correct et regardable de ce cinéma de série B à popcorn et frissons. À partir d’une légende urbaine et d’une idée avec un certain potentiel, le vieux routard André Ovredal accouche d’une bobine sympathique comme à son habitude mais qui ne marquera pas les mémoires du film d’épouvante pour autant. La scène d’introduction, malheureusement spoilée dans la bande-annonce, est magistrale et le reste a du mal à se mettre à son niveau. Heureusement, il y a d’autres petites séquences horrifiques bien senties mises en valeur par la réalisation affûtée du norvégien. Hormis cela – ce qu’on attend en priorité à la vision de ce type de productions – rien à se mettre sous la dent, entre malédiction banale et personnages sans grand intérêt. Si on est fan du genre, ça fait le travail!

Synopsis: Après avoir été témoin d’un terrible accident de la route, un jeune couple réalise qu’il n’a pas quitté les lieux du drame sans être suivi. Une présence démoniaque, le Passager, se joint à leur voyage en van et transforme leur aventure en un véritable cauchemar, déterminée à ne s’arrêter qu’une fois qu’elle les aura tous les deux emportés.

Il y a un fossé de plus en plus béant entre les films d’horreur commerciaux et ceux issus du sérail indépendant (plus communément appelés elevated horror aujourd’hui). Que ce soit en termes de qualité ou de public cible. En revanche, ce sont désormais les deux qui se taillent la part du lion au box-office, les succès n’étant plus réservés aux seuls films d’exploitation. Mais la bonne nouvelle est que le film de genre est à la mode. Il a véritablement le vent en poupe en plus d’être celui qui surprend le plus aujourd’hui, peu importe le sous-genre et la nationalité. Passenger est cependant et sans conteste issu de la première catégorie et il ne s’en cache pas. Ce qui n’empêche pas qu’il aurait pu et dû être plus original et stimulant.

Il ne faut cependant pas cracher sur ceux-ci quand bien même on est allergique au cinéma commercial puisqu’il peut parfois apporter de belles surprises tout comme celui plus pointu peut, à l’inverse, s’avérer particulièrement prétentieux ou ennuyeux. Par exemple, l’an passé on peut se remémorer l’excellent à tous points de vue Smile 2. Qui plus est une suite… Il est cependant vrai que pour un The Conjuring réussi, combien de films foireux et sans intérêt issus de son univers. Chez Blumhouse idem. On a eu l’un des plus grands films d’horreur des dernières décennies avec Sinister mais on a aussi une flopée de navets lisses et interchangeables pour adolescents en manque de frissons faciles chaque année. Passenger est loin des deux extrémités, il se positionne sur la médiane de la qualité. Un petit film d’épouvante honnête qui ne révolutionnera rien mais fait son travail. Ni plus, ni moins.

Pourtant, l’excellente séquence d’ouverture aurait pu donner le la. Ce prologue est particulièrement effrayant et il l’aurait été encore plus si la promotion ne l’avait pas spoilé jusqu’à plus soif à grand renfort de bandes-annonces tapageuses. Extrêmement agaçant mais preuve que même le distributeur avait conscience de la maestria de ladite séquence et de son potentiel de trouille. La suite est plus consensuelle malheureusement. Passenger part pourtant d’une prémisse intéressante avec son entité qui hante les routes à base de légende urbaine et de folklore de voyageurs. Il est clair qu’avec un tel matériau de base, on aurait pu faire un plus grand film fantastique ou d’horreur pure.

La suite du long-métrage nous gratifiera de deux ou trois autres scènes bien effrayantes à défaut d’être terrifiantes. Le metteur en scène norvégien André Ovredal, routard du genre depuis qu’on l’a découvert avec Troll Hunter, est doué pour les séquences de peur. Entre idées de mise en scène savoureuses (le drap du vidéoprojecteur ou encore les phares de la voiture clignotant en intermittence) et climat spectral bien négocié dans la nature nocturne et sauvage, il sait y faire. Mais comme la plupart de ses films, du Voyage de Demeter à Scary Stories, ce qui enrobe la peur est pauvre.

La malédiction tissée autour de cette intrigue plutôt bête est banale au possible. On a l’impression d’avoir vu ça cent fois. Entre la rencontre avec une dame qui permet de donner du corps et un contexte à l’entité (pauvre Melissa Leo) et la manière d’éventuellement la détruire, c’est d’une trivialité qui ferait bâiller un mort. Ensuite, le couple de protagonistes n’est jamais intéressant et la mauvaise idée est de n’avoir aucun autre personnage valide à se mettre sous la dent. En effet, s’il y en avait eu d’autres, on aurait pu avoir davantage de morts et de sang. Mauvais choix narratif que de se limiter quasiment à deux personnages. Ou alors mal exploité. Passenger est donc honnête mais bien trop calibré et déjà vu pour sortir du tout-venant du genre de la série B horrifique pour grand public.

Bande-annonce – Passenger

Fiche technique – Passenger 

Réalisation : André Øvredal
Scénario : Zachary Donohue, T.W. Burgess
Interprètes : Jacob Scipio, Lou Llobell, Melissa Leo, Joseph Lopez, Devielle Johnson…
Montage : Martin Bernfeld
Musique : Christopher Young
Production : Walter Hamada, Gary Dauberman
Producteur exécutif : (non communiqué)
Société de production : 18Hz Productions, Coin Operated
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Paramount Pictures France
Durée : 1h34
Genre : Épouvante, Fantastique
Date de sortie : 22 mai 2026

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Festival

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