La piscine au cinéma : des moments intenses

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Envie de baignade cet été ? C’est le moment de faire le grand saut, de piquer une tête dans des piscines immortalisées par le cinéma et de découvrir une palette de moments uniques…

La piscine peut être l’élément central d’un film (La piscine, The Swimmer), ou jouer d’autres rôles, plus inattendus. Festive, rassurante, inquiétante ou décalée, voici la piscine dans tous ses états. Elle nous offre une palette de moments qui peut beaucoup varier selon l’interaction avec les personnages…

La piscine au cinéma : des moments de nostalgie

Le cinéma a l’extraordinaire capacité de ne pas se soumettre à l’irréversibilité du temps. Il permet de ne pas oublier, voire de faire revivre des moments qui semblaient s’être évanouis dans le temps et l’espace.

Dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, pour nous aider à mieux comprendre l’imagination débordante d’Amélie, le réalisateur Jean-Pierre Jeunet nous propose un flash-back sur son père, Raphaël Poulain. Il illustre ce que Raphaël aime et n’aime pas. On le voit dans diverses situations, notamment dans une brève scène à la piscine des Amiraux, l’une des plus anciennes de Paris, située dans le 18e arrondissement, d’où « il n’aime pas sortir [de l’eau] et sentir coller son maillot de bain ».

Pour l’anecdote, sachez que cette piscine des Amiraux est l’oeuvre de l’architecte rouennais Henri Sauvage qui avait d’abord souhaité installer un cinéma dans la cour centrale avant que la ville de Paris, commanditaire de l’ouvrage, ne lui demande de construire une piscine au design influencé par l’Art Nouveau.

Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001) : flash-back

Retour vers le passé dans une autre piscine parisienne, grâce à un film américain cette fois. Le héros de Life of Pi s’appelle Piscine Molitor Patel (joué par Gautam Belur à 5 ans puis par Irrfan Khan adulte), ce qui lui vaut d’être le souffre-douleur de ses camarades de classe à Pondichéry pendant des années, avant qu’il ne  raccourcisse son nom pour se faire appeler Pi Patel, comme s’il s’agissait du symbole π (ou Pi). Ils ignorent que son oncle lui a donné ce nom en hommage à la superbe piscine du 16e arrondissement de Paris.

« Un jour Mamaji [l’oncle de Pi] a dit à mon père que de toutes les piscines du monde la plus belle était une piscine publique à Paris et que l’eau y était si claire qu’on pouvait y faire son café. (…) Si tu veux que ton fils ait une âme pure tu dois l’emmener un jour nager à la Piscine Molitor ».

La scène de la piscine Molitor nous permet de voir un superbe plan sous l’eau, dans lequel on voit une femme plonger tandis qu’apparaît au même moment la façade et ses vestiaires. Les plans suivants sont aériens car la caméra reste sous l’eau pour jouer avec les reflets du nom de la piscine dans l’eau. L’oncle de Pi nage quasiment dans les airs car le réalisateur nous fait oublier l’eau, pour faire évoluer l’oncle avec des nuages au-dessus de lui.

Sachez que le premier bikini a été porté en 1946 à la Piscine Molitor par Micheline Bernardini, alors danseuse au Casino de Paris. Le temple de l’Art déco dessiné par Lucien Pollet et inauguré en 1929 devait être détruit après 60 ans d’activité mais il a été sauvé et reconstruit pour devenir en 2014 un prestigieux établissement.

Life of Pi (2012) : la piscine Molitor

Nostalgie toujours… de l’âge d’or du cinéma américain cette fois, lorsque les grandes productions hollywoodiennes proposaient des comédies musicales, des chorégraphies aquatiques, des péplums et des polars noirs des années 1950. Dans Hail Cesar, DeeAnna Moran (Scralett Johansson) rend un hommage à Ester Williams, actrice et nageuse des années 1940 et 1950. Le film parodique présente une héroïne vulgaire dès lors que la camera arrête de tourner le film (dans le film). La scène de piscine est colorées, rythmée, esthétique et drôle ! Un brin de nostalgie et un zeste de satire pour un cocktail réussi.

La piscine au cinéma : des moments festifs

La pression du quotidien, l’envie de retrouver des amis ou de tisser de nouveaux liens poussent à faire la fête. Certaines peuvent même agir comme un véritable marqueur du temps et provoquer d’agréables souvenirs quand elles sont  réussies. Quand la fête a lieu autour d’une piscine, tout peut arriver. Au cinéma, cela crée des scènes mémorables…

Souvent associé à la fête, Gatsby, le personnage inventé par Francis Scott Fitzgerald, organise les fêtes les plus folles de l’Amérique des années 1920. Adapté par Jack Clayton en 1974 – sur un scénario de Francis Ford Coppola – avec un Jay Gatsby interprété par Robert Redford dans le premier opus et Leonardo di Caprio dans le deuxième (dirigé par Baz Luhrmann), The great Gatsby propose une fête mémorable qui commence dans le manoir et se poursuit à la piscine. Des moments d’ivresse dans les deux versions, aidées par la musique, des caméras enivrantes et vertigineuses qui rappellent l’ambiance de Moulin Rouge (moins jazzy dans la version de 2013). L’aristocratie y est superficielle, le champagne coule à flots, le spectateur tourbillonne.

The great Gatsby (1974) : une fête inoubliable

The great Gatsby (2013) : le remake

Dans Bathing Beauty  ce n’est pas l’intérêt du scénario qui nous donne envie de revoir le film dont le happy end est prévisible. Ce sont plutôt les grandes chorégraphies, conçues comme des tableaux, le dosage réussi de chant et de danse à l’américaine qui vous transportent dans un univers qui se veut idyllique.

La nageuse Esther Williams propose un ballet aquatique inoubliable dans une immense piscine (construite par la Metro-Goldwyn-Mayer, dite MGM, spécialement pour elle) tandis que le film distille des moments comiques pour apporter un peu de légèreté à un monde inquiet. Tourné en 1944, Bathing Beauty espérait remonter le moral des troupes des soldats américains engagés en Europe dans le conflit mondial.

La scène la plus connue est le grand final, qui commence par les plongeons des nageuses qui semblent tomber comme des dominos, pour se poursuivre par des plans très étudiés, des nages parfaitement synchronisées, une chorégraphie millimétrée et des couleurs chatoyantes. Les scènes de danse ont été conçues par John Murray Anderson, chorégraphe du Billy Rose Aquacade de San Francisco où Esther Williams s’était produite avec Johnny Weissmuller (nageur et acteur, connu pour son rôle dans Tarzan). Le nombre de nageurs étant conséquent, la MGM a d’abord essayé de faire danser des nageuses avant de se raviser et de demander à des danseuses d’apprendre à bien nager pour faire les chorégraphies. L’actrice-nageuse Esther William a eu du mérite de tourner la scène phare où elle sort d’un hippocampe : elle avait alors une pneumonie et 39° de fièvre.

Le film rend aussi hommage à Busby Berkley, l’un des plus grands chorégraphes des années 1930, innovateur avec ses plan-séquences en travelling et sa capacité à jouer avec les contrastes entre le noir et le blanc à une époque où la couleur n’était pas encore disponible. Le plan de Bathing Beauty recréant une spirale et des séquences avec des fleurs modernise la version de Footlight Parade, qui date de 1934.

Bathing Beauty (1944) : le grand final

Footlight Parade (1933) : la scène qui a inspiré Bathing beauty (1944)

Un scénario de 65 de pages a donné lieu à l’une des fêtes les plus remarquables du 7e art. Dans The party Peter Sellers joue le rôle de Hrundi V. Bakshi, un figurant de cinéma, indien, invité par erreur à la soirée du producteur du film dont il vient de gâcher le tournage. Le cadre somptueux est celui d’une villa hollywoodienne à l’architecture moderne (des années 1960). La domotique censée servir les invités finit par être la source de tous les problèmes lorsque Bakshi active une manette par mégarde et ouvre une piscine intérieure, ce qui cause la chute des invités. La diffusion d’un produit dans la piscine donne lieu à l’une des plus grandes soirées-mousse du cinéma.

Dans cet univers figé, intolérant et hypocrite Bakshi fait figure d’intrus. Avec un clin d’oeil cinématographique aux autres grands intrus du cinéma à l’instar de Chaplin ou Keaton, habitués du genre, la critique passe ici aussi par le registre comique, Bakshi roulant des yeux pour être remarqué ou se montrant mal à l’aise dans un environnement acceptant difficilement la différence. Pour preuve, Bakshi s’entend bien avec une seule invitée : une jeune actrice française (Claudine Longet) peu prise au sérieux. Ils sont complices lorsqu’ils dansent dans la mousse comme des enfants, alors même que les épouses de riches invités, tombées dans la piscine, font l’objet de l’indifférence de leurs époux qui se soucient plus de leurs biens que de leurs épouses (« sauvez les bijoux »).

Le réalisateur, Blake Edwards a eu du flair en laissant ses comédiens improviser et construire leurs gags à partir d’un simple fil conducteur. Steven Franken en serveur saoul et Peter Sellers en Candide décalés dans un univers égocentrique et suffisant ont inspiré des générations d’acteurs (Monty Python, Austin Powers...). L’assistance vidéo*, nouveau procédé inauguré sur le tournage et devenu la norme depuis, a aussi permis aux acteurs de recommencer certaines scènes ou de se permettre des libertés nouvelles pendant que le réalisateur les chronométrait.

* transmission de ce qui est filmé sur une caméra de télévision, ce qui permet de revoir la scène juste après l’avoir jouée.

The party (1968) : une soirée-mousse inoubliable

Véritable hommage au cinéma malgré un sujet qui porterait à croire le contraire, Boogie nights s’intéresse à Eddie Addams (Mark Wahlberg), devenu à 17 ans acteur de films pornographiques dans les années 1970. Jack Horner (Burt Reynolds), réalisateur en mal de reconnaissance dans le film permet – grâce à une mise en abyme – à Paul Thomas Anderson, réalisateur de Boogie nights, d’illustrer les mutations des années 1980 au cinéma et de suivre la plongée d’Eddie dans la décadence.

La scène de la piscine est captivante à plus d’un titre. Elle commence par un plan séquence dont l’intérêt des transitions ne réside pas dans les dialogues mais dans la manière dont on passe d’un groupe à un autre, jusqu’à plonger avec la caméra dans la piscine. Les cinéphiles aguerris rapprochent cette scène de Soy Cuba, de Mikhail Kalatozov (1964) dont un plan débute au sommet d’un hôtel et se termine sous l’eau dans une piscine située plusieurs étages en-dessous. Ce film de propagande commandée par les cubains pour illustrer la décadence américaine a été redécouvert et restauré par Martin Scorsese et Francis Ford Coppola en 1993.

Boogie nights (1997) : la caméra plonge dans la piscine

Soy Cuba (1964) : la scène qui a inspiré Boogie nights

A une toute autre époque mais dans la même région des Etats-Unis, l’histoire de La La Land se déroule dans un quartier de Los Angeles et rend hommage aux grandes comédies musicales de la MGM. Le film aux couleurs soignées, aux chorégraphies rythmées et réussies propose plusieurs scènes cultes. Le réalisateur ne s’en cache pas : Damien Chazelle assume l’hommage à Singing in the rain, An american in Paris, West side story, Les demoiselles de Rochefort, Everybody says I love you et Moulin Rouge.

L’une des scènes mémorables est sans conteste la scène de la fête dans la piscine pendant laquelle les invités chantent et dansent… tout en se laissant tomber. Tout comme dans Boogie nights, la caméra plonge en musique dans un tourbillon festif.

La La Land (2016) : making-of

La piscine au cinéma : des moments de rêverie

Parfois, il n’est même pas nécessaire d’y plonger ; l’action se déroule autour et près de la piscine, où chacun s’abandonne à des moments de farniente sur une chaise longue ou un matelas flottant.

Dans The graduate, Dustin Hoffman campe le personnage de Benjamin Braddock, de retour chez ses parents en Californie après la fin de ses études. Il se prélasse dans la piscine sur un matelas flottant, entre ennui et rêverie. S’il « flotte comme une épave dans la piscine » selon ses propres dires et observe le monde depuis la piscine, il trouve néanmoins du réconfort dans les bras de Mrs Robinson, l’épouse du patron de son père. Entre l’ennui du personnage qui fuit le bruit et le monde des adultes, il trouve refuge dans The sound of silence de Simon & Garfunkel. On se laisse bercer par le rythme du film, avec un personnage principal enfermé dans son aquarium, avant de goûter à la vie et au parfum de scandale.

The graduate (1967) : la piscine devient un aquarium

La nonchalance est aussi au programme de Somewhere de Sofia Coppola. Filmé au mythique Château Marmont de Los Angeles, à l’abri des regards et du soleil, le film retrace l’histoire de Johnny Marco (Stephen Dorff) star hollywoodienne et héros perdu qui va de fêtes arrosées en filles d’un soir. Il passe ses journées à dormir et un peu de temps avec sa fille Cleo (Elle Fanning) au bord de la piscine.

Habituée aux images léchées, Sofia Coppola choisit ici de ne pas magnifier le Château Marmont et de filmer en plans fixes. Jolie trouvaille : dans l’une des scènes Johnny Marco se prélasse sur un matelas gonflable dans la piscine ; doucement emporté par l’eau il quitte le cadre de l’image vue par le spectateur.

Somewhere (2010) : moments de nonchalance à la piscine

Stephen Dorff a évoqué les références qui ont inspiré Sofia Coppola pour les scènes autour de la piscine. Elle lui a demandé de se protéger du soleil avant le tournage et de garder sa peau le plus pâle possible et lui a montré le court-métrage Histoires extraordinaires – Toby Dammit de Fellini (1968), dont le héros est lui aussi un acteur dépressif au teint clair, qui se suicide du fait de sa fascination pour une petite fille diabolique.

Histoires extraordinaires – Toby Dammit (1968) : source d’inspiration

Cleo, une jeune fille mûre qui s’efforce de sortir son père de sa torpeur, passe d’agréables moments de flottement, hors du temps, au bord de la piscine, même s’ils restent tous deux seuls, sans parvenir à véritablement se lier. Les scènes de brève complicité entre le père et la fille sont touchantes, notamment celle où ils semblent prendre le thé sous l’eau.

Lorsque Cleo bouquine au bord de la piscine, son père lui demande ce qu’elle lit. Le résumé de l’histoire indique qu’il s’agit de Twilight de Stephanie Meyer, jamais cité. C’est une piste de réflexion indirecte pour le père qui lui permettra peut-être de prendre conscience qu’il doit échapper à sa tendance à l’auto-destruction.

La piscine au cinéma : des moments d’introspection

Regarder en soi pour tenter d’y percer les secrets de son âme… c’est ce qu’essaient de faire certains personnages lorsqu’ils se trouvent dans une piscine. S’entourer d’eau tel un fœtus, nager pour se vider la tête ou pour trouver de la ressource pour de futures missions, autant de possibilités pour nos personnages, qui nagent seuls dans de superbes piscines.

Dans Three colours Blue, Julie (Juliette Binoche) trouve dans l’eau un moyen de fuir le monde. Traumatisée après la perte de son enfant et de son mari dans un accident de voiture, elle cherche à reprendre sa vie en main. La scène de la piscine, dans laquelle elle nage le crawl dans une eau bleutée baignée par une lumière très réussie, est intense. Au moment où elle va sortir de l’eau, la musique et les souvenirs s’entrechoquent. Elle trouve le réconfort en se laissant retomber dans la piscine, dans une position fœtale, protégée par l’eau et le silence. Un moment cathartique pour l’aider à se reconstruire dans une nouvelle solitude.

La scène a été tournée à la piscine municipale de Pontoise, qui a également accueilli les tournages du Fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet et de Nelly et Monsieur Arnaud de Claude Sautet.

Three colours – Blue (1993) : la piscine comme liquide amniotique

Dans une autobiographie déguisée, Sofia Coppola nous propose de suivre les solitudes parallèles de Charlotte (Scarlett Johansson) et de Bob (Bill Murray), qui se rencontrent dans un hôtel de Tokyo, dans Lost in translation.

L’une des scènes au bord de la piscine a lieu de nuit, dans la superbe piscine du Park Hyatt de Tokyo située au 47e étage de l’hôtel. Charlotte enveloppée par une lumière bleutée, plonge et nage seule, comme elle le fait régulièrement pendant son séjour, pour tuer l’ennui et dans une quête introspective. Lorsque Bob nage, il semble lui aussi seul dans sa bulle : il nage seul dans son couloir et ne semble pas voir les japonais qui prennent un cours de natation.

L’hôtel devient une véritable cage dorée qui isole Charlotte et Bob d’une culture et d’une langue dont ils ignorent tout. Les deux personnages tissent une relation complice : pourtant, s’ils regardent ensemble à la télévision le bain de minuit dans la fontaine de Trevi de La dolce vita de Federico Fellini, ils ne partagent pas souvent les joies de la natation à Tokyo.

Lost in translation (2003) : deux solitudes à Tokyo

Sofia Coppola, fascinée par Tokyo, redécouvre la ville à l’occasion de la promotion de son film Virgin Suicides. Elle séjourne au Park Hyatt qu’elle affectionne, va au karaoké – où elle vit la scène qu’elle filme ensuite sur fond de Sex Pistols – et insère dans le film un clin d’œil à la publicité tournée par Francis Ford Coppola et Akira Kurosawa dans les années 1970 pour le whisky Suntory (dans le film Bob tourne une publicité pour la même marque).

La quête peut être plus personnelle, même quand le personnage est très entouré comme l’est Michele Apicella (Nanni Moretti) dans Palombella Rossa pendant un match de water-polo, un sport qu’il n’aime pas et qu’il pratique pourtant depuis 30 ans. Michele, un fonctionnaire du Parti Communiste italien qui a perdu la mémoire suite à un accident, la recouvre au fil du match, dans une piscine envahie par des panneaux publicitaires symbolisant le capitalisme et ses dérives. Sans le vouloir il s’isole du groupe et se trouve en décalage, comme le montre la mise en scène, avec un clin d’œil aux grandes scènes burlesques du cinema – un paradoxe quand on sait que le personnage a eu un accident de voiture et perdu la mémoire en faisant des grimaces.

Palombella Rossa (1989) : une piscine pour recouvrer la mémoire

Dans Skyfall James Bond (Daniel Craig) s’accorde une pause bien méritée dans une magnifique piscine sur les toits de Shanghai. En réalité il s’agit du Virgin Active Riverside Club de Canary Wharf à Londres. L’arrière-plan a été changé numériquement pour que la vue imprenable semble être celle de la ville chinoise.

La scène de la piscine est réussie car après des vues aériennes sur la ville de Shanghai, la caméra zoome sur une piscine située sur un toit. On y voit, de loin, James Bond faire des longueurs seuls. La caméra le suit de plus près alors qu’il nage de nuit dans un cadre féerique. On le sent concentré, avec un poids réel sur les épaules puisqu’il doit agir dans l’ombre après une mission qui a mal tourné et poursuivre Raoul Silva (Javier Bardem), un ancien agent devenu cyber-terroriste. Ce film marque les 50 ans de la saga James Bond.

Skyfall (2012) : la piscine pour refaire le plein d’énergie

La complicité entre deux personnages passe surtout par des regards, des gestes dont nous sommes témoins en tant que spectateur. Danser, trinquer ou parler avec l’autre peuvent donner lieu à des moments touchants ou drôles.

Dans le film le plus personnel de Franck Capra, It’s a wonderful life, la scène de danse mémorable dans laquelle deux personnages tombent dans une piscine est devenue un moment culte du cinéma. Cette comédie dramatique fantastique dont le fil conducteur est la chute (et comment les personnes se relèvent de leurs chutes) témoigne des graves dépressions et des envies de suicide du réalisateur.

La scène du bal qui a lieu dans un gymnase étonne. Pendant une concours de Charleston, George (James Stewart) et Marie (Donna Reed) dansent avec bonheur et complicité, jusqu’au moment inattendu où le parquet s’ouvre et ils finissent pas tomber dans l’eau. Les autres danseurs se jettent à leur tour dans la piscine, ce qui donne lieu à une pagaille sympathique et bon enfant. La caméra danse avec les personnages, elle les suit avec fluidité et la chute dans la piscine finit par paraître presque normale puisque George et Mary continuent à danser et sont rejoints par ceux qui les entouraient sur la piste.

It’s wonderful life (1946) : ensemble, dans la piscine

Dans Le grand bleu, que la critique a adoré détester tandis que le public l’acclamait, Luc Besson plonge dans l’océan avec poésie et marque une génération, notamment grâce à l’alliance d’une musique réussie (celle d’Eric Serra) et d’images de la mer tournées par un amoureux de l’océan.

La scène de la piscine montre la complicité entre Jacques Mayol (Jean-Marc Barr) et Enzo Maiorca (Jean Reno), amis d’enfance mais grands rivaux lors des compétitions en apnée. Ils boivent le champagne au fond de l’eau, ce qui n’est pas réaliste, mais donne lieu à une scène qui a marqué les esprits et fait écho à l’amitié, malgré tout, entre deux êtres aux destins liés.

Une autre scène montre Jacques faisant des longueurs dans une piscine. Une séquence plus introspective.

Le grand bleu (1988) : rivaux mais complices au fond de la piscine

La piscine semble être un lieu propice à la séduction. Les corps bronzés, prélassés, désirables ou désirés sont filmés par des caméras complices de liaisons dangereuses, de jeux taquins ou coquins…

Le film La piscine porte bien son nom puisque c’est un personnage à part entière dans le film qui réunit Romy Schneider (Marianne) et Alain Delon (Jean-Paul) à l’écran.

De nombreuses scènes se passent à la piscine, où les deux personnages principaux s’observent, se cherchent, se séduisent et s’ignorent dans une belle villa de Ramatuelle, au-dessus de Saint-Tropez. Leur jeu de séduction va être troublé par l’arrivée d’Harry (Maurice Ronet), ancien amant de Marianne, et de sa grande fille Pénélope (Jane Birkin). Autour de l’eau bleutée et cristalline, il s’agit de suggérer plus que de montrer. Tout passe par des regards, des mains qui s’effleurent. La caméra tourne autour des personnages comme elle tourne autour de la piscine.

Alain Delon et Romy Schneider, séparés depuis cinq ans, se revoient pour la première fois à l’occasion du tournage, qui commence par des moments torrides autour de la piscine. Le réalisateur, Jacques Deray, a accepté la proposition d’Alain Delon de confier le rôle à Romy Schneider parce qu’il sait que le passé des anciens amants sera utile au film. Il aurait dit à l’actrice : « Je veux un vrai couple, un homme et une femme qui n’ignorent rien l’un de l’autre, qui savent mutuellement de quoi ils sont capables ».

La piscine(1969) : quand les anciens amants jouent les amants l’écran

Liaisons troubles, toujours autour de la piscine, mais un peu plus dangereuses, celles de Swimming Pool, de François Ozon. Julie (Ludivine Saigner) intrigue la romancière Sarah Morton (Charlotte Rampling) et cherche la confrontation dans une belle villa du Lubéron. Clin d’œil à La piscine, en plus osé avec ses nombreuses scènes sexy autour du grand bain, le réalisateur promène sa caméra lascive sur le corps doré de Ludivine Saigner, à peine couvert par un bikini noir et blanc.

La scène dans laquelle Sarah soulève la bâche de la piscine pour regarder les feuilles mortes flotter sur l’eau est métaphorique car au cours du déroulement de l’intrigue Sarah se perd dans les reflets de l’eau, se métamorphose et se sert de la personnalité de Julie pour nourrir son roman. Comme si les personnages se dévoilaient une fois la bâche soulevée.

The swimming pool (2003) : jeux séduction dans des eaux troubles

Il faut dire que, au bord du bassin, certains sont prêts à tout pour se faire remarquer. Dans Scoop de Woody Allen, Sondra Pransky (Scarlett Johansson) va jusqu’à faire mine de se noyer pour attirer l’attention de Peter Lyman (Hugh Jackman).

Tournée dans la piscine du Royal Automobile Club de Londres, cette scène dans laquelle Scarlett Johansson porte un maillot rouge remarqué et Hugh Jackman se montre gentleman et bon nageur marque le début d’une idylle entre les deux personnages et un dilemme : Sondra devra choisir entre la poursuite de son scoop (une enquête sur le Tueur au Tarot) et son amour naissant.

Scoop (2006) : Scarllett Johansson, alias Sondra, se montre prête à tout

La même actrice fera tourner la tête de Bradley Cooper (Ben) un homme marié qui tente de résister à Anna dans He’s not that into you, ce qui ne les empêche pas de flirter dans une piscine. Il tente de rester de marbre alors que la jeune femme s’effeuille devant lui avant de piquer une tête alors qu’ils se proposent de rester « bons amis » .

He’s not that into you (2009) : Scarlett Johansson alias Anna, une drague plus directe

Dans Scarface, alors qu’il se trouve au bord d’une superbe piscine d’hôtel, Tony Montana (Al Pacino) explique à Manny (Steven Bauer) comment il s’y prend pour séduire les femmes. « Dans ce pays, il faut d’abord gagner le fric, et quand tu as le pognon tu as le pouvoir, et quand tu as le pouvoir tu as les femmes ». Un héros très sûr de lui, face à un ami maladroit avec les femmes.

Scarface (1983) : la drague lourde et maladroite à la piscine

La caméra sait aussi être « voyeur » dans L’autre monde dans lequel Louise Bourgoin nage nue ou dans Youth de Paolo Sorrentino, au cours duquel une femme entre dans la piscine d’un hôtel en Suisse dans le plus simple appareil sous le regard médusé de Michael Kane et de Harvey Keitel. Dans The arrangement d’Elia Kazan le spectateur semble être voyeur lorsqu’il assiste à une scène au cours de laquelle Eddie Anderson (Kirk Douglas) donne langoureusement des grappes de raisin à Gwen (Faye Dunaway) qui sort en ralenti de la piscine. Entre souvenirs et fantasmes, Gwen, la maîtresse d’Eddie, est systématiquement associée à des scènes aquatiques.

The arrangement (1969) : la piscine, source de fantasmes

Un an après Boogie nights (1997), le film Wild things rebaptisé Sex crimes dans l’Hexagone n’a pas spécialement marqué les cinéphiles avertis mais les scènes soignées, le rapprochement entre Kelly Lanier Van Ryan (Denise Richards) et Suzie Marie Toller (Neve Campbell), notamment la scène de baiser dans la piscine, ont fait de ce thriller sexuel un divertissement ayant fait fantasmer bien des spectateurs. Autre ambiance torride, celle de Deep end dans laquelle Mike (John Moulder-Brown) et Sue (Jane Asher) s’adonnent à leur attirance réciproque, jusqu’à ce que Mike développe une obsession pour Sue. Une relation remise au goût du jour en 2016 par Sólveig Anspach dans L’effet aquatique

Sexcrimes (1998) : un baiser torride

Deep end (1970) : une rencontre au bord du bassin

Enfin, impossible de finir sur ces moments de séduction (ici encore avec le spectateur-voyeur) sans évoquer le film inachevé de George Cukor, Something’s got to give, dans lequel Marilyn Monroe nage nue dans la piscine, au cours de ce qui a été sa dernière apparition à l’écran avant sa mort. La scène de la piscine a été filmée pendant près de 4h, de nuit, et Marilyn s’est plainte alors d’avoir froid pendant les différentes prises.

Something’s got to give (1962 – inachevé) : making-of

Autour d’une piscine on peut vivre des moments drôles provoqués malgré soi ou par maladresse. Pour le spectateur en tout cas, les rires ou les fou-rires sont garantis. Des moments devenus culte, à voir et à revoir…

Dans le film The cameraman, le métier des personnages principaux témoigne d’une époque désuète au charme certain : Buster (Buster Keaton) est un photographe de rue spécialisé dans les daguerréotypes qui décide de devenir caméraman ; il tombe amoureux de Sally (Marceline Day), secrétaire à la Compagnie d’Actualités Cinématographiques.

La scène de la piscine commence dans le vestiaire, où Buster de déshabille dans une petite cabine et enfile un maillot top grand, ce qui donne lieu à une première scène burlesque, qui empire lorsqu’il se retrouve nu dans le grand bassin bondé de rivaux prêts à tout pour conquérir Sally. Dans la piscine, Buster veut impressionner Sally et se montre maladroit dans le grand bassin, pour notre plus grand plaisir. Dans les années 1990, la série télévisée Mr Bean s’est inspirée de ce film pour l’épisode Mr Bean goes to the swimming pool.

The cameraman (1928) : situations comiques à la piscine

Autres temps, autres mœurs… et pourtant on peut toujours rire autant autour d’une piscine en pratiquant du sport. La série de films Meet the parents a été déclinée en 3 films aux gags mémorables. L’une des scènes cultes est celle d’une partie de volley dans la piscine de la belle-famille de Greg Focker (Ben Stiller). Ce dernier, toujours aussi maladroit et impressionné par son beau-père Jack Byrnes (Robert de Niro) casse le nez de sa dulcinée Debbie Byrnes (Nicole DeHuff).

Meet the parents (2000) : quand une partie de volley dégénère

Dans Little Fockers sorti 10 ans plus tard, une autre scène de piscine est un double clin d’oeil, l’un à la scène du volley de Meet the parents, l’autre une parodie de Jaws de Steven Spielberg dans laquelle Jack Byrnes tel un requin traque Greg Focker dans une piscine à boules à la place de l’océan du film de Spielberg.

Little Fockers (2010) : de la piscine familiale à la piscine à boules

Les eaux de la piscine peuvent devenir troubles. Funeste dans les films noirs, dans plusieurs œuvres il nous est proposé de plonger dans des secrets et des intrigues dans un lieu qui semblait pourtant propice à la détente et au bien-être. Quand la piscine bascule du côté sombre…

La piscine est le lieu où une maîtresse et une épouse deviennent complices, en jetant l’amant/mari dans l’eau dans Les diaboliques. Nicole Horner (Simone Signoret) et Christina Delassalle (Véra Clouzot) se liguent contre Michel Delassalle (Paul Meurice). Après l’avoir drogué elles le noient dans une baignoire puis le jettent dans la piscine. Il passe d’un bassin à une autre, comme il est passé d’une femme à une autre.

Christina demandera que la piscine soit vidée mais le corps n’y est plus, ce qui la pousse à dire dans un mouvement de panique « Tu en as fait un crime. Mais ça n’existe pas dans la vie, des robinets qu’on ouvre quand on en ferme un autre. Des baignoires qui se remplissent. Les piscines qu’on vide. C’est ça qui a été fou, et moi j’ai été folle de t’écouter ».

Le réalisateur tenait tellement à garder le suspense de l’histoire qu’il exigeait lors des projections que les portes des salles soient fermées au début de chaque séance ; il était demandé aux spectateurs de ne pas dévoiler l’histoire à leurs proches. Alfred Hitchcock, qui s’inspira des méthodes de Cluzot pour garder le suspense lors des projections de Psycho, avait essayé d’acheter les droits des Diaboliques, sans succès. Les auteurs lui ont écrit un texte qui donnera lieu au film Vertigo (Sueurs froides) en 1958.

Les diaboliques (1955) : deux femmes jettent leur homme à l’eau

Quelques années auparavant déjà, on s’était inquiétés dans Sunset boulevard en voyant la piscine d’une superbe villa de Los Angeles (sur Sunset Boulevard, d’où le nom du film) appartenant à une ancienne gloire du cinéma muet… C’était le point de départ troublant de l’histoire, puisqu’on y trouvait un cadavre. Et pas n’importe lequel : celui du narrateur, décédé, qui racontait sa propre histoire. La voix-off proposait un flash-back qui permettait de manière originale au spectateur de comprendre le déroulé des événements. Entre vérité et mensonge difficile d’y voir clair, dans ce film noir haletant.

Sunset boulevard (1951) : making-of 

Esthétique et inquiétant, Cat people reste un film novateur, pour ce qu’il a apporté en 1942 : le monstre de ce film d’épouvante n’est jamais montré. Son ombre est suggérée, ce qui accentue la peur et le trouble du spectateur. Les jeux d’ombre et de lumière, notamment dans la piscine, créent une ambiance originale où apparaissent des héros ordinaires (une dessinatrice et un architecte qui tombent amoureux), dans une histoire qui ne l’est pas.

La scène de la piscine pendant laquelle Alice (Jane Randolph) nage seule, nous plonge dans la plus grande inquiétude. Alors qu’elle nage, la lumière s’éteint, Alice se sent piégée par les rugissements de l’animal, les ombres et les reflets de l’eau sur les murs. Le félin est suggéré, Alice semble être harcelée mais elle est protégée par l’eau. Une fois l’animal parti Alice pense avoir imaginé toute la scène…avant de découvrir que son peignoir a été sauvagement déchiré. La prouesse de cette scène est de parvenir à inquiéter le spectateur sans introduire une musique suggérant la peur, sans montrer l’animal et sans effets spéciaux.

Le remake de 1982 réalisé par Paul Schrader modernise l’histoire grâce à une Nastassja Kinski en jeune femme moderne aux cheveux courts, effarée à la Nouvelle-Orléans (et non plus à New York) dans une mise en scène plus proche du clip et la musique de Bowie.

En 2014 It follows s’inspire de Cat people dans ses jeux esthétiques autour des ombres et ses lumières créant le trouble dans la piscine. Les croix dessinées au fond de la piscine ajoutent une nouvelle dimension et semblent adresser une supplication au spectateur.

Cat people (1942) : la peur s’installe dans la piscine

Cat people : le remake de 1982

It follows (2014) : la scène s’inspire de Cat people (1942)

Si certains sont tués malgré eux dans les eaux claires d’une piscine, d’autres se mettent en scène, comme le jeune Harold (Bud Cort), 19 ans, qui fait mine d’être noyé, simulant son suicide, dans Harold and Maude, flottant dans la piscine familiale pendant que sa mère (Vivian Pickles) nage tranquillement près de lui sans prêter attention à son fils. Cette scène sans dialogues, envahie par la musique de Tchaikovsky (Concerto pour piano N°1) est puissante de par l’absence de mots et du regard triste du fils pour sa mère indifférente.

Harold and Maude (1971) : un faux-suicide

La piscine joue un rôle crucial à la fin de The great Gatsby (réalisé en 1974 par Jack Clayton puis en 2013, un remake de Baz Luhrmann). Alors que Gatsby attend un appel important de Daisy, qui ne l’appelle pas, il décide de nager pour la première fois de l’été dans la piscine. Il se fait tirer dessus après avoir nagé et tombe dans l’eau. La caméra, qui dans un plan large s’approchait de la maison pendant qu’il nageait, s’éloigne cette fois de la maison, comme si elle craignait les conséquences.

The great Gatsby (2013) : meurtre à la piscine

Impossible pour terminer de ne pas citer La piscine et The swimming pool dans les films inquiétants dont des scènes se déroulent autour d’une piscine. Dans le premier, le climat pesant qui s’installe insidieusement résulte en un meurtre. Le carré amoureux (entre les 4 personnages) dégénère, dans un cadre estival et élégant, sur la musique de Michel Legrand. La piscine tourne aussi au cauchemar dans la ré-interprétation plus récente de Francois Ozon, qui reprend l’idée d’une piscine agréable le jour, inquiétante et meurtrière la nuit. Cette fois le cadavre est pourtant au bord de la piscine et non dedans.

La piscine peut aussi être un lieu où on se sent mal à l’aise, voire où l’on connait un malaise. Moments de gêne, de honte, de peine ou d’incompréhension, le cinéma nous offre toute la palette des émotions dans le bassin.

Il arrive que des enfants aient peur de l’eau. Quand le jeune est un.e adolescent.e de 13 ans, comme Charlotte (Charlotte Gainsbourg) dans l’Effrontée, les camarades de classe se montrent bien moins compréhensifs. Le professeur de gymnastique (Philippe Baronnet) a beau l’encourager en cette fin d’année scolaire, Charlotte se montre aussi maladroite avec son corps que pétrifiée à l’idée de sauter du plongeoir malgré les conseils et la bienveillance de l’enseignant.

L’effrontée (1985) : la peur de l’eau

Autre moment délicat, dans Les garçons et Guillaume à table, lorsque Guillaume vit ce qu’il ressent comme une humiliation en public, à la piscine. Guillaume (Guillaume Galienne) assiste à un championnat de natation en Angleterre. Alors qu’il est tombé amoureux de Jérémy, ce dernier à la fin du championnat fait un signe que Guillaume interprète comme un appel à s’approcher du bord du bassin. En réalité Jérémy appelait Lisa, qu’il embrasse, laissant Guillaume seul et désemparé. Il se laisse alors tomber dans la piscine, pour toucher le fond, dans tous les sens du terme, au son envahissant (et bien agréable) de Don’t leave me now de Supertramp.

Les garçons et Guillaume à table (2013) : un moment humiliant

La piscine peut aussi être le lieu d’une thérapie impossible. Dans One flew over the cuckoo’s nest, lorsque Randle Mc Murphy (Jack Nicholson) apprend qu’il devra rester dans l’hôpital psychiatrique aussi longtemps que les médecins le décideront, il est dans la piscine, tout comme les pensionnaires de l’hôpital. Interné pour échapper à la prison suite à une accusation de viol, il s’oppose aux méthodes employées par l’infirmière, Ratched (Louise Fletcher), qui maltraite les pensionnaires.

One flew over the cuckoo’s nest (1975) : un moment de confrontation avec la réalité

La menace peut aussi peser sur des personnages qui sont à la piscine. Dans Let the right one in, Oskar (Kåre Hedebrant) est obligé de rester sous l’eau trois minutes sous les ordres de Conny (Patrik Rydmark) qui veut lui crever un oeil. Oskar est sauvé de la noyade par Eli (Lina Leandersson), qui tue certains des agresseurs. On assiste impuissant cette scène brutale, spectateurs passifs, comme Oskar.

Le film suédois revisite le mythe de Dracula en l’incarnant cette fois dans un jeune de 12 ans (comme l’avait fait Entretien avec un vampire de Neil Jordan en 1994 précédemment). La douleur est souvent suggérée par des jeux de couleur, de variations de mises au point lorsqu’ Oskar est victime des uns et des autres. Un film étonnant, aux nombreuses références au cinéma muet, à Shakespeare et bien sûr au cinéma gore…

Let the right one in (2008) : la brutalité s’invite à la piscine

Vivre des émotions qui sortent de l’ordinaire… c’est assurément ce que proposent certains films dont les piscines accueillent des créatures inattendues et des situations extra-ordinaires.

Le fantastique s’invite dans un lieu de la vie quotidienne dans Gremlins, au YMCA (piscine municipale aux Etats-Unis), où le jeune Billy (Zach Galligan) poursuit le gremlin à la crête de punk jusqu’au bassin. Il fait nuit, la créature a plongé alors qu’elle ne doit surtout pas se mouiller. Le petit animal de compagnie se transforme alors dans la piscine qui passe du bleu au vert. Des effets spéciaux laissent croire que le gremlin est devenu un monstre du Loch Ness, grâce aux fumées qui apparaissent et aux rires sadiques qui résonnent.

Gremlins (1984) : le fantastique à la piscine

Parfois la piscine est propice à un véritable bain de jouvence, comme pour les extraterrestres déguisés en êtres humains qui stockent leurs cocons dans Cocoon. Filmé à St Petersbourg en Floride, région où l’on trouve de nombreuses maisons de retraites, Cocoon est touchant grâce à ses personnes âgées qui retrouvent une nouvelle jeunesse et un univers fantastique transposé à une classe d’âge habituellement peu vue au cinéma.

Cocoon (1985) : le bain de jouvence

Certains films vont encore plus loin dans l’extra-ordinaire en imaginant un monde qui est assez peu propice au rêve… mais offre des moments suspendus, comme dans Oblivion. La piscine est suspendue au-dessus du vide, dans les nuages. Jack Harper (Tom Cruise) habite une tour de verre impressionnante dont la piscine est censée être à 1 000 mètres au-dessus du sol, dans la troposphère. Les images du ciel que l’on voit autour de la piscine ont été tournées à Hawaï à 3 000 mètres d’altitude, au sommet du volcan Haleakalã, sur l’île de Maui. Les images ont ensuite été projetées sur des écrans géants autour de la tour pour un effet final réussie.

Oblivion (2013) : une piscine dans les nuages

Les piscines inspirent les cinéastes, qui imaginent les scènes les plus folles et les situations les plus inattendues dans les bassins bleus. Remplie de billets de banque, vidée ou utilisée pour faire de la tyrolienne, la piscine est détournée de son utilisation initiale pour notre plus grand bonheur…

Si Gatsby a souhaité nager pour la première (et dernière !) fois de l’été avant de faire vider sa piscine dans The great Gatsby, d’autres sont obligés de la vider à la demande de l’Etat comme dans Les Seigneurs des Dogtown. En 1975, la Californie connait un été tellement chaud que les habitants sont sommés de vider leurs piscines, au grand bonheur des Z-Boys, un groupe de skateurs qui a marqué le milieu du skate. Les piscines permettent alors de se livrer à de nouvelles pratiques, et le skate se réinvente.

La piscine vide peut aussi être le lieu qui comble le mal de vivre, comme dans Rebel without a cause quand Judy (Nathalie Wood) et Jim Stark (James Dean) et John Platon Crawford (Sal Mineo) se réfugient dans le bassin vide pour parler et s’épancher.

Dans Cría cuervos la piscine vide symbolise la fin d’un monde : celle du franquisme, celle de la vie d’une famille dont le père est mort, avec une B.O. dont l’une des chansons est devenue un immense succès, Porque te vas? Dans le jardin mal entretenu, la piscine est vide, la petite fille Ana (Ana Torrent) imagine un double qui survole la maison et cette piscine vide. Elle s’invente une vie en attendant un ailleurs.

Cría cuervos (1975) : la piscine symbolique

Une fois remplie, la piscine peut accueillir les objets les plus inattendus, comme une Mercedes dans Project X qui surgit pendant une fête endiablée ou dans The last Boy Scout, un film très 90’s avec scènes viriles, cascades et humour dans lequel une voiture tombe dans une piscine devant une mamie effrayée.

The last Boy Scout (1991) : une voiture tombe du ciel

Project X (2012) : une autre voiture tombe du ciel

Quand ce ne sont pas des voitures, ce sont parfois des billets de banque qui flottent à la surface de l’eau comme dans Mélodie en sous-sol (1963) film qui se clôture avec Francis Verlot (Alain Delon) et Monsieur Charles (Jean Gabin) regardant les billets volés au Casino Palm Beach de Cannes remonter à la surface de l’eau.

Mélodie en sous-sol (1963) : la fameuse scène des billets flottant dans la piscine

Sous l’effet de l’alcool certains peuvent aussi prendre la piscine pour une aire de jeux et la survoler avec une tyrolienne comme dans The social network. Dans la scène de la piscine le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg (Jesse Eisenberg) regarde un homme ivre sauter dans la piscine après être arrivé en tyrolienne. Entre démesure et destruction, un regard distant intéressant sur la jeune société de réseaux sociaux qui a marqué l’histoire de la Toile.

Le film le plus décalé est sûrement The swimmer, qui parvient à nous faire croire que le scénario est crédible : dans le Connecticut, un homme, Ned Merrill (Burt Lancaster) décide de rentrer chez lui à la nage, en passant par chacune des neuf piscines des propriétés qui le séparent de sa maison et de sa famille ! « I want to swim home » devient alors son défi et son leitmotiv. En maillot du début à la fin du film cet homme à la dérive remonte le temps et ses tourments tandis que la caméra regarde avec ironie l’Amérique superficielle et obsédée par le culte de la réussite.

The Swimmer (1968) : « I want to swim home » 

Les cinéastes nous font vivre des moments douloureux et inattendus dans des piscines aussi bien lorsque Stéphanie (Marion Cotillard) nage avec des orques au Marineland dans De rouille et d’os avant de perdre l’usage de ses jambes, que dans Dirty Harry quand une jeune femme nage dans la piscine sur un toit de San Francisco et meurt sous les balles d’un psychopathe (Andy Robinson) recherché par l’inspecteur Harry Callaham (Clint Eastwood). La piscine du film était située au 27e étage du Holiday Inn au moment du tournage. L’hôtel est devenu un Hilton entre temps, mais la piscine a été fermée.

De rouille et d’os (2012) : la piscine, source de douleur

Dirty Harry (1971) : sous l’oeil du viseur dans la piscine

La piscine représente aussi le rêve et l’échappatoire dans Dodesukaden, de Kurosawa. Dans le premier film en couleur du maître japonais, l’une des scènes les plus touchantes est celle au cours de laquelle le fils de Roku-chan (Yoshitaka Zushi) meurt. En sa mémoire, lui qui avait une imagination déjà très fertile, imagine cette fois une superbe piscine, réalisant de manière virtuelle le rêve de l’enfant. Grâce à un effet de transition, le dépotoir infâme se transforme en une immense piscine colorée. Dans ce Japon en plein boom économique, le film montre des personnages vivant dans un autre monde, irréel pour eux qui sont en marge de la civilisation, abîmés par la vie.

Dodeskuaden (1970) : le pouvoir de rêve de la piscine

Cet été profitez de la piscine dans tous ses états, et les jours de pluie prenez le temps de revoir des films dans lesquels la piscine est à l’honneur !

Films cités dans ce dossier

Des moments de nostalgie

Le fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (2001) Film français

Life of Pi ou L’Odysée de Pi de Ang Lee (2012) Film américain

Hail Cesar ou Ave Cesar des frères Ethan et Joel Coen (2016) Film américain

Des moments festifs

The great Gatsby de Jack Clayton (1974) Film américain et The great Gatsby

de Baz Luhrmann (2013) Film américain

Bathing Beauty ou Le bal des sirènes de George Sidney (1946) Film américain

Footlight Parade ou Prologue de Busby Berkeley, Lloyd Bacon (1934) Film américain

The party de Blake Edward (1968) Film britannique

Boogie Nights de Peter Thomas Anderson (1997) Film américain

Soy Cuba de Mikhail Kalatozov (1964) Film soviético-cubain

La La Land de Damien Chazelle (2016) Film américain

Singing in the rain ou Chantons sous la pluie de Gene Kelly et Stanley Donen (1952) Film américain

An american in Paris ou Un américain à Paris de Vincente Minelli (1952) Film américain  

West side story de Robert Wise et Jerome Robbins (1960) Film américain

Les demoiselles de Rochefort de Jacques Demy (1967) Film français

Everybody says I love you ou Tout le monde dit I love you de Woody Allen (1996) Film américain

Moulin Rouge de Baz Luhrmann (2001) Film australo-américain

Des moments de rêverie

The graduate ou Le lauréat, de Mike Nichols (1967) Film américain

Somewhere de Sofia Coppola (2010) Film américain

Histoires extraordinaires – Toby Dammit de Federico Fellini (1968) Film franco-italien

Des moments d’introspection

Three colours, Blue ou Trois couleurs, Bleu, de Krzysztof Kieślowski (1993) Film franco-polonais-suisse

Le fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (2001) Film français

Nelly et Monsieur Arnaud de Claude Sautet (1995) Film franco-italo-allemand

Lost in translation de Sofia Coppola (2003) Film américain

La dolce vita de Federico Fellini (1960) Film italien

Palombella Rossa de Nanni Moretti (1989) Film italien

Skyfall de Sam Mendes (2012) Film britannique

Des moments de complicité

It’s a wonderful life ou La vie est belle de Franck Capra (1946) Film américain

Le grand bleu de Luc Besson (1988) Franco-italo-américain

Des moments de séduction

La piscine de Jacques Deray (1969) Film franco-italien

Swimming-pool de Francois Ozon (2003) Film franco-britannique

Scoop de Woody Allen (2006) Film américano-britannique

He’s Just Not That Into You ou Liasse tomber les hommes de Ken Kwapis (2009) Film américain

Scarface de Brian de Palma (1983) Film américain

L’autre monde de Gilles Marchand (2010) Film français

Youth de Paolo Sorrentino (2015) Film italien

The arrangement ou L’arrangement d’Elia Kazan(1969) Film américain

Boogie nights de Peter Thomas Anderson (1997) Film américain

Wild things ou Sex crimes de John McNaughton(1998) Film américain

Deep end de Jerzy Skolimowski (1970) Film britannico-polonais-ouest allemand

L’Effet aquatique de Sólveig Anspach (2016) Film franco-islandais

Something’s got to give ou Les derniers jours de George Cukor – inachevé (1962) Film américain

Des moments drôles

The cameraman ou Le caméraman d’Edward Sedgwick (1928) Film américain

Meet the parents ou Mon beau-père et moi de Jay Roach (2000) Film américain

The curse of Mr. Bean ou Les déboires de M. Bean – Mr Bean goes to the swimming pool (1990) Episode TV britannique

Little Fockers ou Mon beau-père et nous de Paul Weitz (2010) Film américain

Jaws ou Les dents de la mer de Steven Spielberg (1975) Film américain

Des moments inquiétants

Sunset boulevard ou Boulevard du crépuscule de William Holden (1951) Film américain

Les diaboliques de Henri-Georges Clouzot (1955) Film français

Psycho ou Psychose d’Alfred Hitchcock(1960) Film américain

Vertigo ou Sueurs froides d’Alfred Hitchcock (1958) Film américain

Cat people ou La féline de Jacques Tourneur(1942) Film américain

Cat people (remake) de Paul Schrader (1982) Film américain

Harold and Maude d’Hal Ashby (1971) Film américain

It follows de David Robert Mitchell (2014) Film américain

The great Gatsby de Jack Clayton (1974) Film américain et The great Gatsby

de Baz Luhrmann (2013) Film américain

La piscine de Jacques Deray (1969) Film franco-italien

The swimming-pool de Francois Ozon (2003) Film franco-britannique

Des moments difficiles

L’Effrontée de Claude Miller (1985) Film français

Les garçons et Guillaume à table de Guillaume Galienne (2013) Film français

Interview with the vampire ou Entretien avec un vampire de Neil Jordan (1994) Film américain

One flew over the cuckoo’s nest ou Vol au-dessus d’un nid de coucou de Nilos Forman (1975) Film américain

Let the right one in ou Morse de Thomas Alfredson (2008). Film suédois

Interview with the vampire ou Entretien avec un vampire de Neil Jordan (1994) Film américain

Des moments extraordinaires

Gremlins de Joe Dante (1984) Film américain

Cocoon de Ron Howard (1985) Film américain

Oblivion de Joseph Kosinski (2013) Film américain

Des moments décalés

The great Gatsby de Jack Clayton (1974) Film américain

Lords of Dogtown ou Les seigneurs de Dogtown de Catherine Hardwicke (2005) Film américain

Rebel without a cause ou La fureur de vivre de Nicholas Ray (1955) Film américain

Cría cuervos de Carlos Saura (1975) Film espagnol

Project X de Nima Nourizadeh (2012) Film américain

The last Boy Scout ou Le dernier Samaritain de Tony Scott (1991) Film américain

Mélodie en sous-sol d’Henri Verneuil (1963) Film italo-français

The Social Network de David Fincher (2010) Film américain

De rouille et d’os de Jacques Audiard  (2012) Film franco-belge

Dirty Harry ou L’inspecteur Harry de Don Siegel (1979)  Film américain

The swimmer ou Le plongeon de Frank Perry et Sydney Pollack (1968) Film américain

Dodesukaden, d’Akira Kurosawa (1970) Film japonais

Auteur : Harzic Ward Valerie

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