Un beau soleil intérieur : À la recherche du naturel

Un beau soleil intérieur : première véritable excursion dans la comédie pour Claire Denis qui esquisse avec subtilité les paradoxes de la rencontre amoureuse.

Synopsis : Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Enfin un vrai amour. Un banquier, un acteur, un homme de son milieu ou non, Isabelle cherche au fil des rencontres celui qui lui redonnera les frissons d’une grande histoire d’amour.

Du cinéma de Claire Denis on connaissait les silences qui en disent longs, d’Un beau soleil intérieur on découvre les longues conversations qui en disent si peu. Dans les plus belles scènes du cinéma de Claire Denis, les acteurs usent assez peu de la parole, préférant les gestes et les non-dits. La plus prodigieuse d’entre elles est celle où l’adjudant-chef Galoup campé par Denis Lavant se met à danser à la fin de Beau Travail. Danser avec beaucoup de concentration, juste après avoir envisagé le suicide, comme si sa vie en dépendait. Le dispositif est tout autre pour Un beau soleil intérieur. Le montage est un enchaînement bloc par bloc de scènes dialoguées, souvent prises au milieu de la conversation, entre l’héroïne Isabelle et les hommes qu’elle rencontre.

La réalisatrice fait une sorte de cartographie sociale de la rencontre amoureuse : les banalités qu’on y échange, les mêmes anecdotes ressassées et ces gestes que l’on fait pour se donner un genre qui n’est pas le nôtre. Isabelle, la cinquantaine, ne connaît que trop bien ces us et coutumes de la rencontre amoureuse. Elle recherche le naturel qui semble échapper à son grand regret à chacun de ses partenaires. À la fin de sa soirée avec un acteur elle désespère de n’avoir paradoxalement rien dit malgré des heures à discuter. Elle enrage devant ces bourgeois qui se complaisent faussement sur leur propre domaine campagnard. Avec son ex-mari avec qui elle couche à nouveau, elle se moque d’un geste de sa part qui ne lui « ressemble pas ».

Il y a malgré tout un tournant au milieu du film lorsque Isabelle se met à danser seule en boîte de nuit (ce qui n’est pas sans rappeler la scène de Beau Travail). Elle se fait accoster par Sylvain (Paul Blain, envoûtant) qui la séduit sans dire un mot, juste dans le rythme d’une danse sensuelle. Mais le problème s’inverse alors, à cause des interrogations incessantes de son « ami » (Bruno Podalydes) sur sa relation. Lui affirme sans le dire qu’elle ferait mieux d’être avec quelqu’un de son milieu social, c’est-à-dire avec lui. Ainsi ce sont les non-dits de Sylvain sur leur différence de milieu qui lui font perdre son naturel aux yeux d’Isabelle.

Isabelle tourne en rond, d’homme en homme, jusqu’à cette magnifique scène finale chez un voyant interprété par Gérard Depardieu. Elle se demande si un des hommes qu’elle côtoie deviendra son grand amour. Cette longue conversation faite de champ-contrechamp (qui dure près d’un quart d’heure) n’aurait pas le même impact sans la scène précédente où l’on aperçoit le voyant se faire quitter par sa compagne. Lors de son entretien avec Isabelle, le voyant lui annonce que ces hommes ne seront malheureusement pas les bons mais l’incite à rester « open » à toutes les opportunités qui vont bientôt s’ouvrir à elle. On comprend en sous-texte qu’une histoire est peut-être en train de naître entre ces deux personnes. Le voyant exprime entre les lignes son désir d’attirer Isabelle à lui. C’est dans ce geste final que l’on retrouve tout le sel du cinéma de Claire Denis. Pour la première fois ce qui s’exprime entre les lignes résonne plus fort que tout ce qui se disait sur les lignes lors des précédentes rencontres d’Isabelle. Le beau soleil intérieur du titre est celui qui brille entre les lignes d’une séduction pudiquement camouflée.

Un beau soleil intérieur : Bande-Annonce

Un beau soleil intérieur : Fiche Technique

Réalisation : Claire Denis
Scénario : Claire Denis, Christine Angot
Interprétation : Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Nicolas Duvauchelle, Bruno Podalydès, Paul Blain, Alex Descas, Gérard Depardieu
Image : Agnès Godard
Montage : Guy Lecorne
Musique : Stuart A. Staples
Producteur : Olivier Delbosc
Distributeur : Ad Vitam
Durée : 94 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 27 septembre 2017

France – 2017

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Jim Martinhttps://www.lemagducine.fr/
Diplômé en Lettres, puis en Cinéma, je n'avais qu'une gageure. Celle de braver tous les pans de l'histoire du cinéma, du chef-d’œuvre intimiste au navet international, pour écrire et partager mes points de vue sur ce septième art qui, comme nul autre, nous ouvre au monde et à des expériences sensorielles inédites. Je vous engage dès lors à ne pas être d'accord avec moi. Réagissez, débattez et donnez ainsi sens à ce cinéma que l'on chérit tant !

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