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Il y a 42 ans … « Les Dents de la Mer » de Steven Spielberg

Sorti le 20 juin 1975 aux Etats-Unis, « Les Dents de la Mer » fête aujourd’hui ses 42 ans. Pour l’occasion, retour sur le développement du long-métrage, du roman au tournage mais aussi de la réception du film, du succès populaire à son héritage.

L’auteur et le roman :

Avant d’avoir été un long métrage, Les dents de la mer a d’abord été un roman. Familier avec le milieu des lettres de père en fils, c’est Peter Benchley qui va s’atteler à l’écriture du roman en 1972. Journaliste pour le Washington Post puis rédacteur des discours du président Lyndon B.Johnson, c’est en voyant le documentaire Bleue est la mer, blanche est la mort en 1971 que l’idée lui vient d’écrire un roman sur un requin attaquant une plage de la côte Est des Etats-Unis. Idée qui prendra forme avec la lecture d’un article de presse du Daily News mentionnant la capture d’un requin de plus de deux tonnes.  Après un an de travail, en janvier 1973, Peter Benchley remet la version finale du roman à son éditeur. Néanmoins un dernier problème apparaît, le choix d’un titre. De « Eaux tranquilles » à « L’été du requin », Peter Benchley n’avait envisagé pas moins de cent vingt-cinq titres différents. Finalement ce sera « Jaws » qui sera retenu pour sa brièveté. Le roman est donc publié  au  début de l’année 1974 et devient rapidement un best-seller vendu à des centaines de milliers d’exemplaires. Faisant de son auteur une star qui va se spécialiser dans les romans marins par la suite, avec des oeuvres comme L’île sanglante ou Les monstres des grands fonds.

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L’apparition de Peter Benchley dans « Les Dents de la Mer » dans le rôle d’un journaliste.

Rapidement, deux producteurs sont intéressés pour faire une adaptation cinématographique du roman, il s’agit de Richard D.Zanuck et David Brown. Ils ont chacun à leur tour dévoré le roman et rachètent les droits pour le cinéma. De son côté Peter Benchley n’est pas très confiant pour une adaptation cinématographique pensant que : « Je ne nourrissais pas d’avantage d’illusions au sujet d’une adaptation au cinéma. En admettant qu’on le capture, je savais qu’il était impossible de dresser un grand requin blanc et que, à Hollywood, aucun ingénieur ne serait capable de le fabriquer. »

Le réalisateur, l’équipe du film et le tournage :

Pour réaliser le film, les deux producteurs pensent à un jeune réalisateur qui vient de finir le tournage de son premier long-métrage : Steven Spielberg. Agé alors seulement de 25 ans, il accepte le projet et s’entoure de l’équipe avec laquelle il a travaillé pour Sugarland Express, son précédent long-métrage. Pour le scénario, c’est Peter Benchley qui en écrit une première mouture, puis Steven Spielberg, afin de se familiariser avec l’histoire et les personnages.

Un rapprochement peut d’ailleurs être fait entre Duel, un téléfilm devenu par la suite un long métrage de Steven Spielberg et les Dents de la mer. En effet, tous deux, à l’encontre des normes de l’époque, ont été tournés en décors réels. Ils possèdent chacun un scénario épuré et resserré autour de l’action et du suspense. Les protagonistes de ces deux films doivent affronter une menace invisible qui n’apparait que très rarement à l’écran et qui n’est poussée que par ses instincts les plus primaires. Et enfin, Steven Spielberg réutilisera le bruitage de la chute du camion dans le canyon à la fin du film Duel pour le plan sous marin de la mort du requin dans Les dents de la mer.

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Quant aux acteurs, pour le rôle de Martin Brody, le chef de la police locale, Peter Benchley imaginait Paul Newman dans le rôle et Steven Spielberg imaginait lui plutôt Charlton Heston. Finalement aucun des deux n’accepte le rôle et c’est Roy Scheider, alors connu pour French Connection de William Friedkin qui aura le rôle. Ensuite pour le rôle de Matt Hooper, le scientifique océanographe, Steven Spielberg a approché Jon Voight, Jeff Bridges et Richard Dreyfuss. Ils refusent tous les trois dans un premier temps. Puis, Richard Dreyfuss, en se découvrant à la tête d’affiche d’un film se trouve ridicule et pense que sa carrière est fichue, et revient alors vers Steven Spielberg pour avoir le rôle. Enfin, pour le rôle de Bart Quint, le chasseur de requin, Robert Duvall se propose pour le rôle mais Steven Spielberg rejette sa candidature, le trouvant trop jeune et préférant Robert Shaw.

De son côté l’équipe des effets spéciaux commence la fabrication des requins avec l’aide de Robert Mattey, le créateur de la pieuvre qui attaque le Nautilus dans 20 000 lieues sous les mers de Richard Fleisher que Steven Spielberg sort de sa retraite. Une seconde équipe part quant à elle en Australie pour tourner des images de vrais requins blancs avec des spécialistes ; Ron et Valerie Taylor qui avait travaillé avec Peter Gimbel sur Bleue est la Mer, blanche est la mort. Enfin, une troisième équipe part faire des repérages pour le choix de la ville qui accueillera le tournage avec de nombreuses restrictions. En effet, pour le tournage en pleine mer, il fallait une zone accessible facilement et rapidement, d’où l’on ne voyait plus la côte et avec une mer peu profonde (moins de dix mètres) pour pouvoir utiliser le requin.

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Enfin, Steven Spielberg voulant tourner en décors réels et donc en pleine mer, au plus près de l’eau, Bill Butler, le directeur de la photographie du film développe un nouveau caisson hermétique pour ne pas abîmer la caméra. Le caisson  permet également de changer la focale rapidement, sans en sortir la caméra, pour pouvoir s’adapter rapidement aux fluctuations de l’eau. Bill Butler décide aussi de ne pas prendre de trépied et de directement tenir la caméra entre ses genoux, à nouveau, pour pouvoir tourner le plus rapidement possible et pour pouvoir s’adapter aux caprices de la mer.

Mais les producteurs veulent absolument que le film soit tourné avant l’été car la menace d’une grève des acteurs en juin et l’arrêt du tournage les effraient. Ainsi, alors que le scénario n’est pas terminé, que les effets spéciaux ne sont pas prêts, l’équipe de tournage se met en route vers Martha’s Vineyard où les deux mois de tournage originellement prévus deviendront six mois.

Après six mois de prises de vues en pleine mer avec une moyenne de seulement quelques secondes de films tournées par jour, un budget multiplié par trois et de nombreuses difficultés quotidiennes le tournage prend finalement fin. Steven Spielberg n’assistera d’ailleurs pas au dernier jour de tournage de peur que l’équipe du film ne lui joue une mauvaise blague après ce tournage très difficile.

Le succès :

Dès sa sortie le 20 juin 1975, le film connait un immense succès aux Etats-Unis puis à travers le monde. Aux Etats-Unis, le film est diffusé à travers tout le pays dès sa sortie, une pratique qui n’est pas encore une norme à l’époque mais que Les Dents de la mer va favoriser. Le film devient un phénomène que les producteurs veulent faire durer tout l’été. Pour cela, ils refusent la diffusion du film dans certaines salles de cinéma. Ce qui provoque le déplacement des spectateurs à un point tel que les cinémas sont obligés de refuser certains spectateurs pour cause de salle pleine. Rapidement, le film détrône les plus grands succès du cinéma au box office. La campagne marketing du film en jouera d’ailleurs en créant des affiches spécifiques où le requin dévore les recettes de ces succès.

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Par la suite, le tournage compliqué du film fera aussi parler de lui, ce que les studios n’aimaient pas à l’époque, refusant généralement de faire des making-of. Mais un livre sera publié : « The jaws log » qui originellement devait être écrit par Steven Spielberg lui-même mais qui sera finalement écrit par Carl Gottlieb et qui raconte jour après jour les mésaventures qui ont eu lieu durant le tournage.

Fort de son succès critique et populaire, le film va connaitre quatre suites ; une première, en 1978, Les Dents de la mer : 2ème partie réalisée par Jeannot Szwarc puis une seconde en 1983, Les dents de la mer 3 réalisée par Joe Alves et enfin une troisième en 1987, Les dents de la mer 4 : La revanche réalisée par Joseph Sargent.

L’héritage :

Les autres producteurs vont aussi vouloir surfer sur la vague de l’animal mangeur d’Hommes avec des films comme Piranhas de Joe Dante en 1978 ou encore Grizzly, le monstre de la forêt réalisé par William Girdler en 1976.

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Le film créera aussi un sous-genre, celui des films de requins qui connaitra un grand succès jusqu’à aujourd’hui avec des films comme Sharknado, Instinct de survie ou encore Piranha 3D qui lui rend ouvertement hommage avec Richard Dreyfuss reprenant son rôle.

Les références :

Il y aura aussi de nombreuses références au film dans la culture populaire. Notamment avec l’introduction du film Y a-t-il un pilote dans l’avion de Kareem Abdul-Jabbar, Lloyd Bridges et Peter Graves mais aussi avec une scène de Retour vers le futur 2 de Robert Zemeckis.

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Ou encore en 1995 avec la création de la société de production « Bad Hat Harry » par Bryan Singer (réalisateur de « Usual Suspect », « X-men ») dont le nom est une réplique culte du film : « That’s some bad hat Harry »et dont le logo est une version animée de la scène où elle apparaît.

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Le film collera aussi une image négative aux requins que l’auteur du roman, Peter Benchley regrettera, devenant un fervent défenseur de la lutte contre la chasse des requins. L’animal étant désormais en voie d’extinction. L’affiche du film sera aussi reprise par une pétition contre la chasse aux requins.

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Aujourd’hui :

Le film est devenu une œuvre culte qui inspire de nombreux réalisateurs et qui connait encore et  toujours le même succès, que ce soit en salle, en dvd/bluray, à la télévision ou encore lors de projections sur l’eau…

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