La Forteresse Cachée, d’Akira Kurosawa, en coffret Blu Ray + DVD + Livre

Ce mercredi 8 mars est sorti chez les éditions Wild Side le formidable film d’Akira Kurosawa, La Forteresse Cachée, une aventure épique, drôle et palpitante.

Réalisé en 1958 par le maître Akira Kurosawa, La Forteresse Cachée est une œuvre phare du cinéma international. De Star Wars au Bon, La Brute et le Truand de Leone, l’œuvre de Kurosawa n’a jamais cessé d’inspirer.

Alors qu’il voulait « faire quelque chose d’amusant, un grand spectacle » pour remercier la société de production Toho pour sa fidélité malgré les échecs commerciaux relatifs de ses drames ténébreux que sont Chronique d’un être vivant (1955), Le Château de l’Araignée (1957) et Les Bas-fonds (1957), Kurosawa nous livre évidemment bien plus qu’un divertissement de haute volée.

La Forteresse Cachée, dont le titre original peut être traduit Trois salauds dans une forteresse cachée, est un véritable périple dans une période sombre du Japon. Au XVIème siècle, le pays est déchiré par la guerre de clans. Deux paysans désertent l’armée d’un seigneur qu’ils avaient rejointe pour la gloire, comprenez la fortune. Les deux compères décident de rentrer chez eux quand ils tombent sur de l’or en branches, littéralement. Mais le butin caché dans ces boiseries est géré par Rokuruta (interprété par le brillant Toshiro Mifune), un fameux général au service de la maison endeuillée des Akizuki dirigée alors par la princesse Yuki, très énergique, et aussi capricieuse. Le général et la princesse veulent se rendre dans la même contrée que les deux paysans, qui ont tendance à se comporter de manières idiote et cupide, mais qui sont aussi sympathiques, fraternels, malins et avec un bon fond. Toutefois, le général va se servir de la cupidité des deux individus pour l’aider dans sa tâche ardue de ramener la princesse et les sept cents et quelques kilos d’or en territoire allié, pour ainsi refonder le clan Akizuki. Mais un long voyage en territoire ennemi les attend, avec aussi des dangers et découvertes inattendus, ainsi que quelques moments surprenants portés par la joie, l’humour et l’espoir.

Le film est présenté dans un coffret Blu-ray + DVD + Livre dans la collection Kurosawa – Les années Toho, composée par 17 films réalisés de 1943 à 1970, et démarrée en Octobre 2015 par Wild Side.

Du côté de l’image, elle est, comme d’habitude ou presque chez Wild Side, plutôt remarquable. Si le contraste retravaillé lors de la remasterisation contribue à redonner vie aux grandes images du maître, on le regrettera pendant certains plans où des visages sont tellement blancs que les détails du faciès ont disparu. À noter toutefois que l’on ne perd aucun détail lors des scènes obscures. On peut donc alors supposer que l’image trop blanchâtre peut être due à une copie un peu abîmée ; à un remaster pas toujours soigneux ; ou encore à des erreurs techniques du maître pendant la production voire même post-production du film, mais le rédacteur de ces lignes préférerait se faire Harakiri plutôt que de croire à une chose pareille quand bien même il a émis – pour on ne sait quelle raison sauf celle de vous amuser un peu – cette improbable et blasphématoire hypothèse.

Du côté du son, le rendu général est plutôt bon. Au contraire des compléments ou bonus qu’on aurait aimés plus fournis pour l’édition d’une œuvre d’une telle ampleur. On notera toutefois que les les trois éléments présents sont plutôt riches et intéressants. Heureusement, le livre de l’édition écrit par Christophe Champclaux (historien du cinéma, spécialiste de films de genre) comblera ce petit manque, tout en vous donnant à voir les éternelles photographies « rares » de tournage et autre… Une excellente édition signée Wild Side pour cette grande aventure humaine, riche d’action, d’intrigues, d’humour, d’émotions, de majesté et de réalisme qu’est la Forteresse Cachée, œuvre cinématographique intemporelle.

[irp posts= »92050″ name= »Le Château de l’Araignée, d’Akira Kurosawa, en coffret Blu-ray + DVD + Livre »]

La Forteresse Cachée – Bande-Annonce du film

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Master restauré HD – Noir & Blanc – Format image : 2.35, 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Japonais DTS

& Dolby Digital Mono – Sous-titres : Français – Durée : 2h13

 

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Master restauré HD – Noir & Blanc – Format image : 2.35 – Résolution film : 1080 24p Format son : Japonais

DTS Master Audio Mono – Sous-titres : Français – Durée : 2h18

COMPLÉMENTS

– Kurosawa et l’utilisation du Cinémascope (44’)

– Gidai-geki Style 1950-1958 (26’)

– Gidai Geki, l’héritage de Kurosawa (26’)

+ un livret de 60 pages, écrit par Christophe Champclaux

Prix public indicatif : 24,99 Euros le Blu-ray + DVD + Livret

[irp posts= »55494″ name= »L’Ange Ivre, un film d’Akira Kurosawa : critique du DVD »]

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Le Cuirassé Potemkine (1925), de Sergueï Eisenstein : de la propagande au firmament du septième art

Le talent d’Eisenstein fut initialement mis au service de la machine propagandiste soviétique. Un siècle plus tard, le temps a débarrassé ce film de toute la dimension polémique attachée au régime criminel. Ne reste aujourd’hui plus que la substantifique moelle du génie de son metteur en scène.

Le Grand Duel (1972), de Giancarlo Santi : pour quelques plans de Leone

Non dépourvu de plans géniaux – notamment son duel final – et illuminé par le magnétisme de Lee Van Cleef, le film est néanmoins écrasé par le modèle leonien, dont tous les codes sont scrupuleusement respectés. Les suppléments sont généreux et sympathiques… mais eux aussi très imparfaits.

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.