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« Main basse sur nos forêts » : la malforestation et ses alternatives

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Elle couvre 31% du territoire français. Associée à la nature et à l’air pur, elle est considérée comme un refuge contre la concentration urbaine. Pourtant, la forêt va mal, et les hommes qui y travaillent aussi. Gaspard d’Allens, journaliste chez Reporterre, fait l’état des lieux et le tour des alternatives dans Main basse sur nos forêts.

Désireux de fuir la ville, son bruit, ses odeurs, ses îlots de chaleur, je retourne parfois à la campagne prendre un bon bol d’air pur. Enfilant une solide paire de chaussures, je pars dans les bois avec l’air béat du citadin en manque de verdure. Il y a quelques années, j’avais certes remarqué, au cours de mes pérégrinations, des changements de paysages aussi soudains que radicaux. Avançant paisiblement au milieu d’un bois de feuillus, je me retrouvais sans comprendre comment dans un bois de résineux tellement obscur que je devais en retirer mes lunettes de soleil. Je trouvais bien cela étrange mais c’est ainsi que la nature fonctionne… pensais-je. Et puis, l’air y était toujours plus pur qu’en plein centre-ville.

J’en serais resté là si, plus récemment, je n’étais tombé sur une parcelle de forêt ayant subi une coupe rase, loin des habitations, loin des routes, loin du regard. Un paysage de désolation qui me semblait beaucoup moins « naturel ». Pas seulement d’origine « humaine », mais carrément industriel. Perplexe, je me demandai ce qu’il se passait de si louche là où je pensais qu’il ne se passait pas grand-chose.

L’industrialisation des forêts

L’enquête de Gaspard d’Allens, journaliste au média écolo Reporterre, nous fournit nombre de réponses. Comme l’auteur le souligne dans sa conclusion, l’industrialisation « ne prospère que là où règnent le désert et l’ignorance ». Ce livre, qui a pour vocation d’ouvrir notre regard sur les transformations de la forêt tout en repoussant les visions fantasmées des citadins, fait office de session de rattrapage. Il nous confirme malheureusement que les plantations de pins douglas en rangs d’oignons ne sont que l’arbre cachant la forêt.

L’ouvrage se concentre sur la forêt française, point par chauvinisme, mais en remède à notre émotion « à géographie variable ». Cette remarque sonne amèrement à l’heure où ces lignes sont écrites et où l’Amazonie brûle comme un fétu de paille ; on s’offusque à juste titre des conséquences de la déforestation au Brésil, mais on ignore souvent ce qui se passe dans nos propres bois. A des échelles différentes, il s’agit pourtant d’une même politique considérant la forêt comme une ressource à exploiter et une source de profit.

Ainsi, on découvre que le pin douglas atteint les 40 centimètres de diamètre en 35 ans (le chêne met 120 ans pour en faire de même), que « la forêt représente le troisième portefeuille des investisseurs », qu’il n’existe ni réglementation, ni norme, ni études sanitaires sur l’utilisation du glyphosate dans les forêts (et les chiffres, concernant la forêt privée, sont difficiles à obtenir). On apprend que nos forêts sont majoritairement composées de feuillus, mais qu’on découpe essentiellement du résineux et qu’environ un quart des feuillus découpés partent pour la Chine, d’où il nous reviennent sous formes de meubles low-cost. La forêt n’est bien sûr pas la seule maltraitée dans l’histoire : les bûcherons héritent des tâches ingrates que leur laissent les machines, sont épuisés à 52 ans, meurent à 62, et se suicident par dizaines à l’ONF, où (comme ailleurs) on embauche des contractuels en CDD plutôt que des fonctionnaires. Tout ça pour une affaire qui n’est même pas rentable puisque la France importe quatre fois plus de meubles qu’elle n’en exporte.

Bien sûr, tout ça n’est pas le fruit du hasard, mais de nombreuses décisions politiques qui remontent pour certaines au XIXème siècle comme le Code forestier de 1827 ou la décision de Napoléon III en 1857 de planter une forêt de pins dans les Landes. Pour le reste, il s’agit de la même logique industrielle qui est à l’œuvre pour l’agro-alimentaire : produire vite des arbres standardisés, pour produire du bois de qualité médiocre qu’on vendra peu cher, mais en grande quantité.

Les choses n’allaient peut-être pourtant pas de soi. Gaspard d’Allens ne le cite pas dans son ouvrage, mais il n’est pas inutile de revenir vers le forestier Aldo Leopold (1887-1948), considéré comme un des pionniers de l’écologie moderne (lire « L’Éthique de la Terre », réédité chez Payot et Rivages en 2019). Leopold distinguait deux groupes abstraits : A, qui « considère la terre comme un sol, et sa fonction comme une capacité de production » et B, pour qui « la terre est un biote, et sa fonction a quelque chose de plus large », B jugeant « la foresterie foncièrement différente de l’agronomie parce qu’elle emploie des espèces naturelles, et gère un environnement naturel au lieu de créer un milieu artificiel ». A méditer.

Paroles, paroles…

Un moment d’inattention dans notre quête d’informations (c’est si vite arrivé) pourrait nous faire croire aux beaux discours des politiques et des entreprises. D’Allens en décortique quelques exemples pour en démontrer le caractère illusoire. Grâce à la start-up Reforest Action, de vertueuses entreprises telles que Enedis, Quick, Axa, Boulanger ou Carrefour compensent leurs émissions de GES en choisissant de « planter des résineux à la queue leu leu comme des Shadoks ». D’Allens souligne par ailleurs que « les plantations financées par les entreprises s’inscrivent souvent dans des cycles courts ». Or, il s’avère que les deux tiers du carbone stocké en forêt le sont dans le sol, lequel n’est pas au meilleur de sa forme dans des plantations gérées industriellement. La loi LAAF de 2014 a peut-être le mérite de révéler plus ouvertement l’hypocrisie des pollueurs, puisqu’ils ont désormais la possibilité de « compenser la destruction des forêts en contrepartie d’une somme financière ».

Dans le même ordre d’idées, il existe un label PEFC chargé de certifier la gestion durable des ressources forestières. Reste à savoir ce qu’on entend faire « durer » : monocultures et coupes rases en pente sont autorisées, tandis que les engrais chimiques sont déconseillés mais pas interdits. Le taux de contrôle de 0,78% et l’auto-organisation desdits contrôles ont de quoi laisser sceptiques.

Quant à l’électricité produite par la biomasse, la France veut en doubler sa production d’ici à 2030 tandis qu’elle devrait représenter les deux tiers des 32% d’énergies renouvelables visées par l’UE la même année. D’Allens rappelle que l’usine de Drax, en Angleterre, consomme l’équivalent d’un bois de Vincennes par jour pour tourner et que celle de Gardanne (Bouches-du-Rhône) dépendra à 55% de bois canadien. Cerise sur le gâteau : la combustion de la biomasse, contrairement à l’idée reçue, produit plus de gaz à effet de serre que le charbon. Renouvelable, peut-être bien ; écolo, pas vraiment.

Se réapproprier les bois

Après avoir fait le tour des nombreux projets inutiles qui massacrent les forêts françaises, Gaspard d’Allens se charge de rappeler à son lecteur que, si dramatiques soient-ils, ces chamboulements sont récents et non inéluctables. Ainsi, d’anciens zadistes créant une épicerie bio / bar associatif après avoir empêché la réalisation d’un projet de « wood valley » dans le Morvan, aux résistants qui optent pour la sylviculture douce, les futaies irrégulières, le débardage à cheval ou la charpente traditionnelle, en passant par l’existence de réseaux alternatifs (telles les Amap Bois Bûches), les graines d’une forêt non soumise aux impératifs de l’industrie sont semées un peu partout en France. En guise d’arrosage, il faudra repolitiser ces territoires : le collectif SOS Forêt, regroupant syndicalistes de l’ONF et associations environnementales, s’y attelle.

Mais pour commencer, il faudrait tout d’abord remettre le nez dehors. Nous autres européens, rappelle d’Allens, passons 90% de notre temps entre quatre murs. Il s’agirait de ne pas devenir comme les Terriens du Cycle des Robots d’Isaac Asimov, vivant dans des « cavernes d’acier » souterraines et laissant les robots se charger de tout, à l’air libre, là où les humains ne sortent plus que contraints et forcés, terrifiés à l’idée d’être en contact direct avec les éléments…

Main basse sur nos forêts, Gaspard d’Allens
Seuil/Reporterre, avril 2019, 176 pages

N.B. : Quelques heures après la publication de cet article, Reforest’Action, par la voie de son responsable de la communication, M. Nicolas Blain, nous interpellait quant aux assertions que nous y rapportions (et qui, rappelons-le, n’appartiennent qu’à Gaspard d’Allens). Nous relayons à nos lecteurs, en guise de droit de réponse, un extrait de leur courriel : « Nous faisons de la diversité des essences d’arbres la pierre angulaire de nos projets de reforestation qui servent la multifonctionnalité de la forêt. Nous plaidons d’ailleurs pour la diversité forestière dans notre rapport Notre Avenir S’appelle Forêt paru en 2018. En outre, comme vous pourrez le lire dans notre rapport d’activité 2018-2019, nous plantons en moyenne en France 5 essences d’arbres différentes par projet. »

Full stop : pour ne pas oublier le génocide des Tutsi

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En 1994 (du 7 avril au 17 juillet), environ 800 000 Tutsi (estimation ONU) ont été massacrés au Rwanda. Un véritable génocide, car son objectif était l’élimination pure et simple des Tutsi pour laisser le champ libre aux Hutu dans ce pays.

On ne sait toujours pas exactement comment les événements se sont enchaînés, même si l’antagonisme Hutu/Tutsi était latent depuis de nombreuses années. La disparition du président Juvénal Habyarimana dans son avion pris pour cible par des missiles le 6 avril a mis le feu aux poudres. D’où venaient ces missiles ? 25 ans plus tard, le mystère demeure. Quels sont les responsables du génocide et à quel degré ?

Cette BD s’attache à montrer quelques personnes à la recherche de la vérité, dans un esprit de justice et non de vengeance. Les auteurs (Frédéric Debomy, scénariste et Emmanuel Prost, dessinateur) mettent en scène leur parcours pour reprendre une enquête ayant mené à des condamnations. Ils savent que la France a joué un rôle-clé au Rwanda.

Le génocide, 25 ans après

Pourquoi une BD sur cet imbroglio ? Pour faire en sorte que l’oubli ne retombe pas sur des actes ignobles et que de nouveaux moyens permettent de poursuivre la recherche de la vérité, si tant est que ce soit possible. Avec ce recul de 25 ans, la mémoire des acteurs et témoins peut déformer les souvenirs, les faire émerger de façon parcellaire ou bien en occulter une partie. Il faut tenir compte également de l’effet du discours de ceux qui parlent fort. A force de martèlement, même fausses, des affirmations peuvent s’imprimer dans les consciences et produire au moins l’effet du doute. Et qui peut affirmer avec certitude détenir toutes les informations permettant d’accuser telle ou telle personne ? Dans un tel cas, les bourreaux peuvent se cacher derrière un discours de déni très difficile à démonter.

Il faut donc prendre cette BD avec autant de précautions que possible. Il s’est passé tant d’événements importants dans le monde depuis 25 ans que le génocide des Tutsi n’est plus, dans la plupart des cerveaux, qu’un événement parmi d’autres. Les parties concernées sont les mieux à même d’en parler de manière à ce qu’on puisse y comprendre quelque chose. Mais comment faire la part des choses entre les témoignages de bonne foi et le discours de ceux qui déforment des faits pour se disculper ? Ce qui ressort de l’état d’esprit des auteurs, c’est l’ambition de faire émerger la réalité.

Le 13 avril 1994 à Kabarondo

La BD commence par une partie à tendance pédagogique qui permet de situer l’histoire du pays , l’évolution de l’antagonisme Hutu/Tutsi (qui ne sont pas deux ethnies différentes, mais des classes sociales) et l’approche du drame. On suit ensuite les protagonistes dans leur recherche de témoins. Sagement, la BD est centrée sur l’exploration d’un massacre bien précis, à Kabarondo le 13 avril 1994 (3 000 morts dans l’église). Ainsi, on découvre des témoignages qui permettent de se faire une idée de l’ambiance électrique ayant régné pendant 100 jours au Rwanda. Pendant cette période, l’opportunisme a été la règle, encouragé par l’impunité de certaines actions et l’incitation à la haine propagée par certains réseaux. Il semblerait que la situation ait alors échappé à tout contrôle. Sagement aussi, les auteurs explorent un fait isolé pour lequel les protagonistes ont déjà été jugés (jugement prononcé le 6 juillet 2016 à Paris), pour montrer comment la folie humaine peut entraîner des dégâts considérables. Quand il n’existe plus aucune limite, les actions peuvent aller très loin. La bassesse humaine se révèle également lors des enquêtes et procès, quand on réalise la différence monstrueuse entre les témoignages de victimes et la défense de certains bourreaux. Pour se faire une idée de ce qui s’est passé, il existe des témoignages disponibles sur Internet. Libre à celles et ceux qui veulent en savoir plus de faire leurs propres recherches.

Le travail graphique

La BD ne se contente pas de présenter des témoignages. Intelligemment, les auteurs proposent des plages de respiration (planches sans dialogue), montrant l’ambiance dans le pays en 2017. Le calme permet de se faire une idée de l’état d’esprit actuel ainsi que de l’état du pays. Un calme qui justifie la BD, puisque tout apparaît comme s’il ne s’était rien passé il y a 25 ans. Le style graphique convient bien me semble-t-il, même s’il surprend au début. Le trait noir (qui ne recherche jamais la précision de la rectitude) dessine les formes, les visages, etc. La couleur est donnée à l’aquarelle (sauf la dernière planche, à la craie me semble-t-il), avec des nuances bienvenues. On sent essentiellement l’atmosphère de la ville (Kigali) et on devine les conditions de vie. L’ensemble est donc assez réussi et on peut saluer les éditions Cambourakis pour la publication de cette BD sur un sujet ultra-sensible qui peut créer le malaise. Sans tout expliquer, l’album fait œuvre de clarification et incite le public à explorer les pistes ouvertes pour se faire une idée plus complète d’un ensemble complexe. Et, en faisant ce travail d’enquête, la BD évoque des violences sans en montrer, ajoutant à l’effet libérateur de la parole.

Full stop. Le génocide des Tutsi du Rwanda, Frédéric Debomy & Emmanuel Prost
Cambourakis,  mars 2019, 80 pages

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Kobane Calling, de Zerocalcare : plongée dans l’humanité du Kurdistan

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En ce mois de septembre, les éditions Cambourakis sortent une version intégrale de Kobane Calling, roman graphique de l’auteur italien Zerocalcare sorti une première fois en 2016 et qui  nous plonge au sein du Kurdistan, à la rencontre de personnages inoubliables.

Kobané est une ville du Kurdistan syrien, au nord du pays, à la frontière turco-syrienne. Située dans le Rojava kurde, la ville faisait l’expérience d’un gouvernement autonome basé sur les principes d’une stricte égalité hommes-femmes et du partage des richesses (entre autres). Depuis 2014, Kobané fait l’objet d’attaques par Daech jusqu’à ce qu’en janvier 2015 les forces kurdes chassent l’organisation terroriste et libèrent une ville en ruines.
L’auteur de bandes dessinées italien Zerocalcare va effectuer deux voyages dans le Kurdistan. Le premier se déroulera en 2014, et l’auteur, avec les membres d’un groupe d’aide qui veulent distribuer des médicaments, va se retrouver en Turquie, à quelques dizaines de mètres de Kobané mais de l’autre côté de la frontière. Le second voyage aura lieu un an plus tard, et Zerocalcare passera par l’Irak, du côté d’Erbil, seul moyen possible pour rejoindre le Nord de la Syrie.
De ces voyages sortira Kobane calling, roman graphique passionnant qui revient dans les bacs dans une version intégrale, avec deux suppléments, Imbroglio et Catastrophes.
Très vite, ce qui attire l’attention, c’est la sincérité de Zerocalcare. L’auteur n’hésite pas à interroger ses véritables motivations dans ces voyages forcément dangereux. Il y a bien entendu l’aspect humanitaire : distribuer des médicaments et des sacs de provisions dans les camps de réfugiés. Il y a aussi un coté informatif : Zerocalcare n’a qu’une confiance très relative dans les médias occidentaux et leur façon de présenter le conflit au Kurdistan, aussi il va chercher des informations de première main. Le résultat est plus que probant : Zerocalcare nous présente le conflit en le situant dans l’histoire de la région, mais aussi dans une histoire plus vaste, celle du combat contre les totalitarismes (avec, entre autres, un parallèle avec la résistance italienne contre l’avancée des fascistes en 1922). Il nous parle aussi de la géopolitique de cette guerre, de façon succincte (et en réussissant à y intégrer de l’humour et de l’autodérision, qui seront présents dans tout l’album) mais claire et efficace. Le but n’est pas de faire un cours, mais que le lecteur en sache suffisamment pour comprendre les enjeux de l’album.
Et l’enjeu principal, c’est de montrer le côté humain du conflit. Kobane Calling est un livre d’une grande, d’une profonde humanité. Son sous-titre, « Visages, mots et griffonnages de Rebibbia à la frontière turco-syrienne », met en avant ces visages, ces êtres humains inoubliables que l’auteur va rencontrer chez lui, à Rebibbia (un quartier de Rome) mais surtout là-bas. De fait, Kobane Calling est peuplé de personnages secondaires magnifiques, depuis cet homme qui distribue gratuitement du tchaï (sorte de thé et objet d’un running gag qui jalonnera l’album) jusqu’à la guide Ezel qui dort avec un tee-shirt enroulé autour du visage, en passant par Necim et sa crème de lentilles. Parfois le récit s’arrête pour deux ou trois pages, le temps de s’attarder sur le portrait d’un de ces personnages, portrait qui, à chaque fois, augmente encore la dimension humaine de l’album tout en montrant d’autres facettes qui éclairent le conflit actuel.

La lucidité de Zérocalcare est flagrante. Il n’hésite pas à s’interroger lui-même pour savoir s’il n’est pas victime de ses illusions, de sa vision romantique du Rojava comme lieu de liberté et de fraternité. Mais sa vision nuancée saute aux yeux. Il montre bien les limites d’un projet confronté à la difficulté d’instaurer un « vivre-ensemble » dans une zone où les dirigeants ont toujours joué les communautés les unes contre les autres. La force des Kurdes rencontrés par l’auteur est d’essayer malgré tout, en gardant l’espoir d’un résultat futur. Et c’est cet espoir qui se dégage du livre, espoir né de la rencontre de ces personnes formidables qui peuplent l’album.
Finalement, la guerre et Daech sont très peu présents dans le livre. On les voit comme des menaces au loin et surtout on en voit les conséquences au quotidien, les gens obligés de quitter précipitamment leurs villages, les familles déchirées par le deuil, etc. La guerre est surtout présente par l’engagement des combattant(e)s kurdes rencontré(e)s. Un engagement sans retour possible, qui nécessite de tout quitter pour mener le combat. Un combat qui ne se limite pas à Daech, bien entendu. La répression en Turquie est aussi mise en avant. A titre d’exemple, Zerocalcare présente même l’histoire d’Abdullah Öcalan.

Avec un talent certain pour la narration, Zerocalcare fait alterner les émotions tout au long de son album. Dans Kobane Calling, il y a du drame bien entendu, et même des passages tragiques, mais aussi de l’humour et de la tendresse. C’est avec beaucoup d’autodérision que Zerocalcare parle de lui-même, et cela donne des scènes très drôles. Il s’amuse ainsi, assez fréquemment, à comparer ce qu’il imagine et la réalité.
La narration de Kobane Calling est marquée par l’imaginaire de son auteur. Il ramène souvent la réalité dont il est témoin ou celle qu’il imagine, à ses références culturelles. C’est ainsi que l’on retrouve les méchants de Ken le Survivant ou des personnages de Dragon Ball pour figurer ce qu’il ne peut représenter réellement. Ceux qui connaissent l’auteur le savent : il y a un « style » Zerocalcare, qui peut éventuellement dérouter par sa volonté de mélanger les genres, par ses flash-backs qui semblent casser le rythme mais qui, en réalité, permettent de donner plus de profondeur au récit, par son bestiaire. Il s’agit incontestablement d’un style personnel qui rend la lecture de Kobane Calling passionnante.
Au roman graphique publié il y a trois ans maintenant s’ajoutent donc Imbroglio et Catastrophes, deux suppléments qui ajoutent des portraits et surtout tentent de mettre à jour les informations concernant le Kurdistan et le combat des Kurdes (tout en disant ouvertement que les événements vont tellement vite qu’être à jour est totalement illusoire).
L’ensemble donne une fort belle œuvre, aussi humaine qu’intelligente. On ressort de Kobane Calling en ayant une meilleure connaissance des enjeux des conflits qui se déroulent dans ce « cœur du monde » mais aussi plus d’empathie pour ces combattants et pour toutes les victimes.

Kobane Calling, Zerocalcare
Cambourakis, septembre 2019, 320 pages

« Derniers jours d’un médecin de campagne » : un oasis d’empathie dans un désert médical

Derniers jours d’un médecin de campagne n’est pas qu’un témoignage poignant : c’est une réalité appelée à se faire jour dans la plupart des communes rurales de France (et de Belgique). Ce documentaire raconte les déserts médicaux par le truchement du docteur Patrick Laine, médecin généraliste candidat à la retraite, mais cependant incapable de trouver un successeur et d’abandonner ses patients.

Le docteur Patrick Laine, soixante-huit ans, arpente Saulnot, une petite commune de Haute-Saône, dans son SUV blanc. Il enchaîne les rendez-vous, fait une infiltration à une jeune patiente, revoit le traitement d’une dame plus âgée, répond aux questions et apaise les craintes de sa patientèle. Comme de nombreux confrères exerçant en milieu rural, il subit tous les contrecoups des déserts médicaux : un agenda surchargé, la nécessité de faire un peu de cardio ou de rhumato pour éviter des délais très longs en ville, une position inévitable d’auxiliaire du SAMU et de principal – voire unique – interlocuteur médical pour trois ou quatre générations d’une même famille. Et derrière la médecine, le lien social, l’empathie. « Le spécialiste soigne l’organe, nous on soigne l’humain. » C’est à ce titre que ce généraliste candidat à la pension reste en activité : il peine à trouver un successeur et refuse de laisser ses patients sans recours en cas de départ à la retraite. On le lui rend cependant bien, avoue-t-il. Et de fait, tout au long de ce documentaire, les patients ne cesseront de louer sa gentillesse et sa disponibilité.

Le docteur Laine pointe deux difficultés dans l’exercice quotidien de son métier : la gestion du temps et, corollaire obligé, l’impossibilité matérielle de satisfaire à toutes les demandes. Il a conscience d’être parfois la « seule visite mensuelle » de certains patients âgés. Il recueille leurs confidences, leur explique patiemment les synergies entre médicaments, les rassure et leur permet de maintenir un lien social avec l’extérieur. Lui-même, en tant que praticien, craint de perdre ce contact privilégié avec les autres. Ce n’est de toute façon pas à l’ordre du jour, puisqu’il n’y a aucun repreneur hypothétique pour le cabinet. Le docteur Laine a d’ailleurs fait le buzz en cherchant un successeur sur… Leboncoin ! Sans succès toutefois. Et quand il s’agit d’en désigner les responsables, il évoque le numerus clausus, la féminisation de la profession (avec les temps partiels), le manque d’attrait de la médecine libérale (couverture sociale réduite à sa portion congrue), la quantité limitée de maîtres de stage ou la volonté des jeunes médecins d’être salariés à l’hôpital, de mieux concilier vie privée et professionnelle ou de travailler en équipe dans des centres de santé.

À terme, un quart des généralistes de France pourraient disparaître. Le docteur Laine imagine un futur fait de « super-infirmiers », tandis que le médecin traitant serait plutôt un « trieur » envoyant les patients vers les différents spécialistes. En attendant que cette prophétie peu amène se réalise (ou pas), les infirmiers d’aujourd’hui craignent que le départ du docteur Laine ne les conduise à la mobilité forcée, puisqu’ils dépendent de ses prescriptions pour les remboursements de la sécurité sociale… Dans son documentaire, Olivier Ducray révèle l’extrême humanité d’un praticien en même temps qu’il conjugue toutes les peurs – celles du patient, du généraliste, des infirmiers, et celles induites par un modèle qui semble courir à sa perte. Le document est précieux, mais l’effort de réflexion va-t-il suivre ?

BONUS

« Un an plus tard ». Douze mois ont passé et le docteur Laine est toujours de service. Dans une longue interview, il revient sur sa médiatisation récente, ainsi que sur ses combats, annonce que la liberté de s’installer des nouveaux médecins doit être régulée, se prononce sur la notion d’empathie et envisage des futurs généralistes diplômés en cinq ans et placés sous l’autorité de médecins coordinateurs, probablement mieux formés et plus aguerris…

« La vie des gens ». Film annonce.

Fiche technique

Derniers jours d’un médecin de campagne, un documentaire d’Olivier Ducray édité par Tamasa.
Son : 5.1 & Stéréo / Sous-titres : anglais
VF – 16/9 – 1,77 respecté – 5.1 – 1h23

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3.5

« Christine » de John Carpenter : l’homme et la machine

Carlotta va prochainement sortir son treizième coffret ultra collector, et il s’agit d’une petite surprise. C’est le Christine de John Carpenter, adapté de Stephen King, qui se voit mis à l’honneur dans une nouvelle restauration 4K, et à travers une cascade de bonus.

Un moteur rugissant, le « Bad To The Bone » de George Thorogood, une intrusion en 1957 dans les ateliers de montage automobile de Detroit, une caméra qui se meut avec élégance, une Plymouth Furie rouge sang scrutée sous tous les angles et – déjà – deux accidents tout sauf… accidentels. Les premières minutes de Christine, volontairement filmées dans des couleurs brunâtres de flashback, ont ceci d’idéal qu’elles contiennent en germe tout ce qui présidera au métrage.

Tout sauf Arnie, cet adolescent réservé, en retrait de la vie étudiante, à la vie sentimentale et sexuelle anémique, introduit par John Carpenter au moyen d’une réprimande maternelle, de quelques grimaces, d’un look désuet et, enfin, d’une scène d’humiliation durant laquelle quelques gros bras le privent de son déjeuner et le menacent au couteau. C’est lui, le jeune homme complexé rendu marginal à force de banalité, qui va se poser en alter ego humain de Christine, une voiture qu’il remarque au détour d’un trajet aux côtés de son meilleur ami Dennis.

La Plymouth porte définitivement le sceau de la perdition : elle appartenait à un homme qui, obnubilé par elle, s’est donné la mort en inhalant ses gaz d’échappement. Elle est désormais sur le marché et plaît beaucoup à Arnie, qui perçoit tout le potentiel de cet ancêtre automobile de plus de vingt ans, apparaissant à l’écran sous l’apparence d’une vieille guimbarde délabrée. Le lien entre Christine et le jeune Arnold Cunningham est clairement établi : « obsédé » par cette voiture de l’aveu même de ses parents, l’adolescent a enfin trouvé une chose aussi peu avenante que lui, sur laquelle il a prise et qu’il peut s’échiner à bonifier.

À ceux qui avanceraient que John Carpenter et la psychologie, c’est un peu comme Donald Trump et la finesse, Christine apporte un cinglant démenti. À mesure que la voiture prend le contrôle d’Arnie, ce dernier gagne en assurance et en opacité. Il abandonne ses lunettes de premier de classe, entame une relation avec Leigh, la fille la plus convoitée du lycée, et prend l’ascendant dans ses rapports avec Dennis, relégué d’ami et protecteur à camarade négligé. Les parents Cunningham subissent un traitement en tout point semblable : l’enfant obéissant et effacé s’affranchit, en vient à les malmener et leur préfère désormais sa nouvelle Plymouth, unanimement décriée – Dennis et Leigh, eux aussi, expriment leurs réserves sur le bolide rouge sang. En réalité, ce qu’Arnie confesse à Dennis, c’est un lien authentique, indéfectible, de confiance réciproque entre lui et la machine. Il humanise Christine autant qu’elle le déshumanise.

Christine n’est pas à proprement parler un film d’horreur. C’est même davantage un portrait générationnel (les années 1980) et adolescent (le lycée, le sport, les filles, les triangles amoureux, les relations parents-enfants, les bagarres, la transition vers l’âge adulte…). John Carpenter, comme Stephen King avant lui, y interroge la société de consommation et surtout la déification de la voiture dans la culture américaine. Le bruit ronronnant du moteur, le lens flare des phares, les plans quasi hypnotiques sur la Plymouth, la vengeance exercée par des brutes sur le véhicule d’Arnie : tout concourt à désigner la voiture comme une mythologie comparable à celles de Roland Barthes. John Carpenter emploiera d’ailleurs vingt-quatre Plymouth pour les besoins du film, ce qui suffit probablement à l’ériger en héroïne principale.

Il y a le sens du dialogue (« J’aime pas sa moustache », « Tu n’as rien d’autre à perdre que ton pucelage », le double « T’as pas dû insister beaucoup », l’ultime « Je déteste le rock’n’roll ») et le sens de l’image (l’habitacle illuminé, la station-service réduite en cendres, la Plymouth déambulant en feu en pleine nuit, la mise à mort dans un passage étroit, les plans subjectifs, etc.). Mais Christine ne pourrait prétendre s’y réduire. Ce serait en effet faire peu de cas de son rythme entraînant, de la musique oppressante de John Carpenter et Alan Howarth, de la bande-son rock très à-propos, de l’anthropomorphisation de la Plymouth (sa prétendue sensibilité, les « dents » de la carrosserie), des jeux sur la profondeur de champ, des séquences d’auto-réparation intégrées en postproduction (en lecture inversée), du portrait en creux de la Californie suburbaine, de l’esthétique proche d’Halloween, de la dualité du personnage d’Arnie ou des performances convaincantes de Keith Gordon, John Stockwell et Alexandra Paul (notamment).

Légion sont en fait les éléments à mettre au crédit de John Carpenter. Le réalisateur américain se remettait alors à peine de l’échec commercial de The Thing et avait certainement la volonté de présenter au public un cinéma moins radical et plus conciliant. Mais non moins efficace pour autant.

RESTAURATION & BONUS

Cette édition propose une restauration 4K et 4K Ultra HD, avec un nouveau mix Dolby Atmos. Les couleurs sont vives, l’image nette et ne souffrant d’aucune imperfection, le grain discret et homogène, tandis que le son s’avère de grande qualité sur les deux versions, anglaise et française. Ce travail de restauration est d’autant plus apprécié quand on se penche sur les vingt scènes coupées (26 minutes au total) proposées dans les bonus, où les scories et la relative fadeur de l’image s’avèrent frappantes. Du matériel d’origine à cette nouvelle version en 4K Ultra HD, il y a une revalorisation visuelle probante – et a priori fidèle aux vœux de John Carpenter.

Les vingt scènes coupées, justement, permettent une relecture quasi entière du film. Elles complètent certaines intrigues, dont l’enquête policière, la jalousie d’Arnie par rapport à Dennis et Leigh (qui s’y embrassent) ou la manière dont chacun perçoit Christine. Il y est aussi question de la mutation identitaire opérée par Arnie, symbolisée dans une scène par un changement d’écriture inattendu lors de la signature du plâtre de Dennis. On y trouve également trois nouvelles visites édifiantes à l’hôpital, au « chevet » de Dennis : deux d’Arnie et une de Leigh.

Les 48 minutes de making-of passent en revue les coupures par rapport au roman originel de Stephen King, l’instigation du projet d’adaptation auprès des studios Columbia, le désistement tardif de Kevin Bacon, les moyens techniques employés lors du tournage du flashback d’ouverture, la construction des personnages, le rôle des costumes dans la transformation d’Arnie, la bande-son, des anecdotes sur l’utilisation du bulldozer (qui risquait de détruire les caméras) et le travail pluriel de Carpenter. On apprend aussi que vingt-quatre Plymouth furent récupérées pour les besoins du film, ce qui concentra une part non négligeable du budget. Toutes étaient employées à des fins spécifiques. Certaines étaient renforcées pour ne pas porter les stigmates des collisions, quand d’autres étaient au contraire altérées. Toutes furent détruites, à part deux d’entre elles. L’entretien filmé avec John Carpenter à l’occasion de la remise du Prix du Carrosse d’Or 2019 et les bandes-annonces complètent les suppléments DVD/Blu-ray.

L’ouvrage (révisé et abrégé) Plus furieuse que l’enfer, de Lee Gambin, se révèlera quant à lui précieux pour quiconque entend étudier l’écriture, la production et la réalisation de Christine. Basé en grande partie sur des entretiens – John Carpenter, Richard Kobritz (producteur), Alexandra Paul (actrice), Bill Phillips (scénariste), Malcolm Danare (acteur), Roy Arbogast (effets spéciaux), etc. –, cette monographie passionnante met à nu la confection du film, son scénario, ses personnages et l’implication des différentes parties prenantes. On en apprend davantage sur Arnie, sur (la représentation de) sa ville natale californienne, sur son obsession pour Christine, sur ses rapports avec Dennis et Leigh, etc. Christine y est également analysée de façon panoptique : le triangle amoureux avec Arnie et Leigh, sa radio emblématique, sa destruction au bulldozer (mais pas que), l’« objectophilie obsessionnelle », le « viol collectif » qu’on lui inflige…

Fiche technique

COFFRET ULTRA COLLECTOR #13
UNE ÉDITION UNIQUE 4K ULTRA HD + BLU-RAY + DOUBLE DVD + LIVRE 200 PAGES

UHD BD 66 • MASTER ULTRA HAUTE DÉFINITION • 2160/23.98p • ENCODAGE HEVC • Version Originale Dolby Atmos & DTS-HD MA 2.0  / Version Française DTS-HD MA 2.0 • Sous-Titres Français • Format 2.35 respecté • Couleurs • Durée du Film : 110 mn

BD 50 • MASTER HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98p • ENCODAGE AVC • Version Originale Dolby Atmos & DTS-HD MA 2.0  / Version Française DTS-HD MA 2.0 • Sous-Titres Français  • Format 2.35 respecté • Couleurs • Durée du Film : 110 mn

DVD 9 • NOUVEAU MASTER RESTAURÉ • PAL • ENCODAGE MPEG-2 • Version Originale Dolby Digital 5.1 & 2.0 / Version Française Dolby Digital 2.0 • Sous-Titres Français • Format 2.35 respecté • 16/9 compatible 4/3 • Couleurs • Durée du Film : 106 mn

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4.5

La vie scolaire, un film de banlieue généreux

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3.5

Moins puissant que son prédécesseur avec lequel on se sent forcé de faire la comparaison, La vie scolaire est une réussite mineure pour le duo qui retrouve son alternance de tons bien moins marquée que précédemment, mais toujours pleine d’humanité.

Une chose est sûre, pour apprécier ce film, il faut déjà être un peu familier des films de banlieue et en apprécier le genre, quoiqu’on lui trouverait bien des défauts si l’on était vraiment spécialistes, mais surtout connaître l’histoire des deux auteurs. Duo formé depuis leur film Patients, sorti en 2016, l’humanité qui les caractérise se retrouve une nouvelle fois dans ce film, comme un hommage à la Cité dans laquelle ils ont grandi, un récit nostalgique de leurs années de collégiens qui les ont façonnés et inspirés car nul doute que cette empreinte se retrouve sans cesse dans leur art. Comme dans leur première réalisation, la comédie cache les émotions mais réussit à les transmettre à leur façon. Quand on grandit en banlieue, on n’a pas le droit d’avoir mal, on se forge une carapace et c’est une nouvelle fois avec cet angle-là que les deux réalisateurs construisent la majorité de leurs personnages, très vite attachants. Si le film est appréciable, c’est parce qu’on sent tout le cœur qu’ils ont dû mettre à l’ouvrage pour y mettre de leur histoire personnelle mais aussi puiser dans les observations qu’ils y ont faites, aussi bien enfants que maintenant. Ça ne suffira malheureusement pas à en faire un grand film mais ça aura le mérite de rendre l’oeuvre touchante.

La capacité avec laquelle les deux artistes écrivent et s’intéressent aux destins de leurs personnages est en tout cas l’une des grandes qualités de leurs œuvres, déjà bouleversante dans Patients. Ici, l’écriture est moins fine mais la trajectoire du personnage toujours aussi intéressante. Sans jamais positionner leurs héros en victimes ou en faire des marginaux, Mehdi Idir et Grand Corps Malade les dressent au contraire en porte-parole de l’espoir. L’espoir, thème auquel on sait l’attache que le second y apporte dans ses chansons notamment mais dans sa vie depuis qu’elle a changé du tout au tout. Sans jamais se reposer vraiment sur ses acquis, le duo travaille ses images du mieux qu’il peut. Sans révolutionner le genre comme Les Misérables a pu le faire par exemple, mais en faisant prendre des trajectoires précises à leur caméra qui plonge le spectateur progressivement dans l’émotion des personnages ou en innovant dans les transitions scéniques, le film en ressort dynamique, jamais ennuyeux bien que décevant. On y sent alors tout l’investissement qu’ils y ont mis. C’est cette générosité-là qui transperce le film, qu’elle émane des créateurs, des acteurs (dirigés à la perfection) ou des personnages eux-mêmes. Elle saura trouver son public et finira par toucher. Que l’on ait aimé ou pas ce moment de cinéma, la sincérité et le talent qui s’en dégagent vont bien au delà de l’oeuvre.

La vie scolaire : Bande Annonce

La vie scolaire : Fiche Technique

Réalisation et scénario : Grand Corps Malade et Mehdi Idir
Interprétation : Zita Hanrot, Alban Ivanov, Liam Perron, Antoine Reinartz, Soufiane Guerrab, Moussa Mansaly
Directeur de la photographie : Antoine Monod
Musique : Angelo Foley
Costumes : Claire Lacaze
Montage : Laure Gardette
Décors : Sylvie Olivé
Producteurs : Nicolas Altmayer, Éric Altmayer et Jean-Rachid Kallouche
Sociétés de production : Mandarin Cinéma et Kallouche Cinéma, coproduit par Gaumont et France 3 Cinéma
Société de distribution : Gaumont
Durée : 111 minutes
Genre : comédie dramatique
Date de sortie : 28 août 2019

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3.5

Les sorties ciné du mois d’août : Never grow old, Good Boys, Ricordi…

Alors que le mois d’août a vu sortir le géant du box office Once Upon A Time in Hollywood, la rédaction revient sur des sorties plus discrètes, qui ont fait moins de bruit mais valaient quand même le coup d’œil. De Good Boys à Never Grow Old, en passant par Trainé sur le bitume en VOD ou encore Late Night, voici quelques avis de nos rédacteurs.

Ricordi, de Valerio Mieli : la valse des souvenirs

Les souvenirs arrivent par bribes sans prévenir et repartent parfois aussitôt, comme les flashs viennent dynamiter le montage de ce long métrage et l’histoire d’amour de Lui et Elle. La forme peut vite ennuyer mais restera la poésie de cet amour éternel et des souvenirs brûlants qui envahissent l’écran et l’esprit. Une nostalgie comme une caresse, des regards comme bouts d’éternité, Ricordi est une ballade amoureuse dans laquelle on s’engouffre le cœur gonflé de souvenirs. Le passé demeure, et le présent nous effleure.

Gwennaëlle Masle

Never grow old, de Ivan Kavanagh : un western crépusculaire classique mais efficace

Depuis 1992 et le chef-d’œuvre de Clint Eastwood, Impitoyable, le western moderne a pris une tournure crépusculaire évidente. Cette année, c’est Never Grow Old qui tire son épingle du jeu en proposant une histoire sombre et violente, qui parle certes des premiers pionniers de l’ouest américain, mais qui annonce déjà l’échec et la fin sanglante d’un monde fondé sur la violence. Le film d’Ivan Kavanagh ne brille pas par son originalité, avec cette histoire de ville malmenée par un trio de vils bandits. Le manichéisme est assez prononcé, mais cela permet d’enfoncer les personnages dans des stéréotypes maîtrisés, bien qu’éculés. Visuellement, Never Grow Old fait fort : gros plans, travellings, plans iconiques, photographie poussiéreuse. Tout y est pour insérer l’univers du film dans la mythologie du western. La tension est constante, l’émotion surgit sans qu’on l’attende vraiment, et malgré une écriture assez simpliste et une trame téléphonée, la machine est parfaitement huilée et la viscéralité de certaines scènes suffisent à emporter pour une heure et demie de spectacle.

Jules Chambry

Good Boys, de Gene Stupnitsky : la comédie familiale du dimanche

Good Boys est la comédie charmante qui fait passer un bon moment en famille entre légèreté et rires choc. Comment faire dire à des pré-ado tout ce qui est tabou et choquant de la bouche d’un enfant de 13 ans ? Gene Stupnitsky n’a aucune limite et c’est ainsi que le film fonctionne. Les visages d’ange de ces 3 jeunes garçons viennent contraster chacun de leurs mots ou actions pour le plus grand plaisir du public qui enchaîne les rires dans la salle, si bien qu’à certains moment, on s’en retrouve gênés. Doit-on rire ? C’est un peu trop là non ? Peut-être mais c’est justement sur ce jeu là que le film repose en prenant comme base du récit, l’âge ingrat de la pré-adolescence, lorsque l’on croit tout savoir, lorsque l’on croit pouvoir parler comme un adulte mais que notre visage aux traits enfantins nous trahit encore. Aussi penché sur l’amitié que sur la dimension comique, Jacob Tremblay sait définitivement autant nous faire pleurer que rire.

Gwennaëlle Masle

Trainé sur le bitume, de S. Craig Zahler : une Amérique au bord du gouffre

La distribution française en salles des films de S. Graig Zahler est inexistante. Malheureusement. Directement sorti en VOD et Blu-Ray, Trainé sur le bitume, est l’un des grands films américains de cette année 2019. Proche de l’atmosphère des œuvres nébuleuses d’Andrew Dominik et de l’ironie macabre des frères Coen, le long métrage est une longue et monolithique plongée dans un pays en plein chambardement, qui se gangrène de l’intérieur entre son envie souveraine de sécurité et ses spasmes communautaires.

Pour ce faire, on suit le parcours de deux flics qui vont vouloir se faire de la maille sur un prochain braquage. Être les braqueurs des braqués, des ripoux qui en ont marre d’un système qui les exploite eux aussi. Avec un duo au charisme indomptable (vieillissant Mel Gibson qui est une sorte de futur désabusé de son rôle dans l’Arme fatale), une mise en scène au couperet, une vision sociale percutante et une lenteur qui fait monter la tension à son paroxysme, Trainé sur le bitume est une oeuvre âpre et taciturne qui se finit dans un bain de sang coup de poing. Entre le polar et l’introspection étatique, le long métrage de S. Graig Zahler marque la rétine et l’esprit. En espérant que les distributeurs français commencent à retenir ce futur grand nom.

Sébastien Guilhermet

Late Night, de Nisha Ganatra : Emma Thompson, la nouvelle Ellen Degeneres

Après My Lady, Emma Thompson s’offre un nouveau rôle taillé pour elle où l’on sent autant de sincérité que de talent. Si le film réinvente peu de choses, elle, invente tout et porte l’œuvre avec humour et fraîcheur. On rit de tout (presque) sans honte, parce que c’est Emma Thompson qui dit souvent les plus grosses blagues, la comédie ose, et tout le monde y passe. Fresque féministe chère à l’actrice, le duo qu’elle forme avec Mindy Kaling est rayonnant de grandeur. Moqueur mais pas moins vrai dans ce qu’il dit de l’Amérique, Late Night est comme Good Boys, le genre de comédie US qui fait fatalement du bien dans son humour qui ne se cache pas et divertit à la perfection.

https://www.youtube.com/watch?v=jh5l2VQ9Rf4

Gwennaëlle Masle

Le Gangster, le Flic & l’Assassin de Lee Won-Tae, un polar nerveux alliant action et touches d’humour

Lee Won Tae, dont c’est le deuxième long métrage, privilégie rythme et action au détriment de sa caractérisation. Son film déroule donc de belles et parfois violentes scènes de meurtre, ainsi que des empoignades musclés et parfaitement chorégraphiés. Point d’orgue du métrage, une poursuite en voiture se muant en poursuite à pied assez impressionnante. Mais passé l’action, le film manque d’originalité et surtout d’épaisseur.

Si son casting est au poil, les personnages, eux, ne sont pas assez développés et leurs échanges trop lambdas pour sortir des classiques figures du polar moderne. On est donc loin des musts du cinéma Coréen de ces dernières années et surtout du génial Memories of murder (Bong Joon-Wo), où le portrait de deux flics aux méthodes radicalement différentes passionnait le long d’un film de près de deux heures trente et encore plus loin du chef d’œuvre noir et glauque de Kim Jee Woon J’ai rencontré le diable, où, là encore, la caractérisation était l’axe principal du film.

Dommage car dans le rôle du gangster, l’excellent Ma Dong-Seok (seul point fort du Dernier train pour Busan) en impose tant par sa silhouette de catcheur que par sa présence rappelant par moment Choi-Min Sik. Idem pour Kim Sung-Kyo, inquiètant en tueur froid. Mais à aucun moment, le film ne nous prend aux tripes, la faute non pas à leurs interprètes, mais aux personnages ne sortant jamais vraiment des sentiers mille fois rabattus avant. Reste un film sans temps mort, à la mise en scène efficace. Une chose est sûre, on espère que les distributeurs français continueront de sortir davantage de film Coréen, le film de genre étant un de leur point fort.

Olivier Pastorino

Mindhunter, saison 2 : pour vivre heureux, vivons cachés

Deux ans après une première saison couronnée triomphalement par les sérievores du Monde entier, le bébé profileur de David Fincher revient pour transformer l’essai. Au delà des difficultés de l’exercice, Mindhunter approfondit son univers en jouant des zones d’ombre traversant tous les esprits, des tueurs aux chasseurs. Première victime, le spectaculaire à outrance, pétard si inapproprié dans une esthétique clinique patinée de sang-froid. Dans ces cadres, pas de poursuites, pas de flingues : juste un retour salvateur à des personnages et des atmosphères.

La tronche en 9 épisodes

Mindhunter, série obsessionnelle, obsédante et épurée ; fille aînée de Zodiac, un des très grands films de David Fincher. Dés la saison 1, les fondations sont posées. La seconde garde le tempo, le casting d’origine, les premiers à regarder l’abîme droit dans les yeux pour 9 nouveaux épisodes. Un nombre impair, un pied dans le vide ? Le nombre peut interpeller, quand la saison 1 en comptait un de plus. Non, plutôt de quoi se rassurer sur la cohérence du projet, qui joue de durées aléatoires d’épisodes en épisodes (de 50mn à 1h15) et échappe déjà aux structures répétitives et préconçues des séries pop corn des années 90-2000. 9 épisodes au menu, c’est la garantie que le spectacle gravitera autour de la substantifique moelle. Pas d’épisodes de remplissage, c’est un bonheur, mais cela n’offre pas un ticket aux fameuses séquences d’entretiens avec les tueurs, qui ont déjà obtenu leur statut de scène culte. Le temps de deux épisodes, la saison 2 prend le temps de poser les intrigues personnelles qui assureront la profondeur du récit. Bill Tench connaît des difficultés familiales, Holden est de plus en plus obsessionnel et le Dr Carr connaît une romance la saupoudrant d’humanité. A peine le temps d’être impatients, juste attisés : les jalons posés, le récit ronronne entre ces très belles intrigues secondaires et une enquête fascinante au cœur d’Atlanta, la ville de naissance du Dr King, pour une enquête au cœur d’une abominable série de 28 infanticides.

Ce que l’on montre

Les grandes séries sont comme les grands films construits dans les zones de gris et c’est ici qu’un thème principal apparaît. Dans la rue, au travail, en public, tout un chacun use des artifices sociaux pour construire une représentation de soi, souvent idéalisée. Dans cette idée que cette construction mentale est transversale et passe par tous les esprits, Mindhunter réussit à mettre en scène une réflexion d’une profondeur inouïe. Bill Tench est donc confronté à une crise familiale terrible mettant en jeu l’avenir de son couple. Costaud, le pilier aux chemises à manches courtes intériorise l’affect, le laisse s’échapper petit à petit, comme des bouffées de clopes. Wendy Carr découvre une autre histoire de drague, une autre vision du couple lesbien dans une Amérique des années 70 beaucoup plus violente que les souvenirs stylisés des années flower power le laissent imaginer. Holden, lui, reste dans cette logique la soupape par laquelle quelques sentiments et souvenirs retenus parviennent à s’échapper. Sans aucun filtre, doué mais terriblement naïf, cornaqué par ses pairs, le jeune profileur obsessionnel personnaliserait bien Fincher dans sa propre série. Pour ceux qui chercheraient à plonger de haut dans une mise en abîme, il y aurait ici de quoi voir dans ce personnage toutes les rancœurs d’un jeune cinéaste à l’égard des studios contre ses projets inachevés (le premier en tête, Alien 3). Mais Holden semble connaître cette évolution psychologique pour caractériser cette notion de nos propres mises en scène. Que retenons-nous? Que souhaitons-nous mettre en avant de nos propres essences ? A ce titre, les scènes avec les tueurs de la saison 2 restent emblématiques, et évidemment l’extraordinaire confrontation avec Charles Manson y prend tout son sel. Au delà de la renversante interprétation du gourou de la famille par Damon Herriman, cette idée reste persistante et traverse tous les épisodes comme un fil rouge.

Le refus du spectaculaire

Dans les esprits, rien de spectaculaire ? Mindhunter est une poupée russe. Dans l’esprit du créateur, et déjà dans Zodiac, un style épuré qui fait date et donne du sens dans le contexte actuel. La chasse au climax, aux rebondissements et à toutes ces sales bêtes est achevée. Dès les premiers épisodes, le nouveau directeur du FBI ouvre les vannes pour donner des fonds quasi illimités à nos enquêteurs : un antagoniste de moins, si cliché, celui du patron irascible est évacué. Car si la série narre des événements des années 80, où le cinéma reaganien a progressivement nanardisé les figures de mâles alphas à grands renforts d’explosions et de dramaturgie décérébrées, elle est aussi celle de son propre contexte de production, où le spectaculaire doit filer le poisson pour l’attirer en moins de dix minutes d’épisode pilote sur une scène clé. Nombre de séries cultes, comme The wire dès les années 2000 ont loupé leur public lors de leur diffusion, faute de ces ressorts. Mindhunter fuit habilement cette facilité narrative et se démarque avec joie de toute scène superfétatoire. Et c’est là tout son spectacle. L’esprit envahissant la série conduit à laisser ressentir au spectateur qu’il ne voit que le strict nécessaire à sa juste implication tout au long de ces 9 épisodes. On y parle de morts, d’horreurs dans une coquille clinique et libérée des passions. Pas de colères, pas d’amitiés, très peu de sympathie, même entre les personnages principaux. C’est déroutant, souvent, de se dire que ceux-là ne vivent pas les sentiments les plus bassement humains comme nous, mais cette interpellation rappelle également que croiser Charles Manson avant un rendez-vous de psy n’a rien de tout à fait normal.

On joue à l’Indianapolis

Mindhunter réussit le tour de force scénaristique d’accorder le premier rôle aux paroles et aux monologues, en adoptant l’identité visuelle qui en devient le plus bel écrin. De longs travellings avant, sur une bande son s’immisçant très progressivement vers l’acmé. La signature rappelle la célèbre scène de l’Indianapolis dans les dents de la mer. Quint, joué par Robert Shaw, y raconte les journées infernales des marins échoués, perdus au milieu de l’océan et dévorés par les requins les uns après les autres. La scène est très longue, perdue au milieu de scènes d’actions, enrobées de longues litanies et faisant la part belle à un acteur et un personnage devenus trop grands pour un plan serré. Mindhunter rappelle cet exercice, presque un accident dans le film culte de Spielberg (la scène avait été réécrite sur le tournage par Robert Shaw) Par de longues répliques et la construction d’atmosphères, le propre maniérisme incarnant Mindhunter rappelle que chaque pièce du dispositif n’est pas superflue. Qu’isolées, certes, certaines paraîtraient désuètes, mais servent au final une cause plus grande, en l’occurrence ici une grande série salvatrice pour Netflix, pour le sens que l’on donne au cinéma et l’usage que l’on souhaite en faire.

Mindhunter Saison 2 : Bande-annonce

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5

Critique des séries : The Righteous Gemstones, Wu Assassins, Why Women Kill…

Au cours de ce mois d’août 2019, les fous des pilotes de séries ont binge-watché, les 3ème saison de 13 Reasons Why, le teen-drama phénomène, diffusé sur Netflix. Dear White People, la création de Justin Simien aborde les thèmes du racisme et du post #Metoo. Avec The Righteous Gemstones, armes, religion et argent sont au menu de cette comédie déjantée. Le créateur de Desperate Housewives, Marc Cherry revient avec Why Women Kill : le show suit 3 femmes confrontées à la tromperie, à trois périodes différentes : les années 60, les années 80 et aujourd’hui. Et si vous aimez les bastons bien sanglantes, vous pouvez toujours vous rabattre sur le programme pop-corn, Wu Assassins, porté par Iko Uwais et Mark Dacascos.  

Why Women Kill : Un mélange de Murder et Desperate Housewives 2.0

Avec Why Women Kill, ne vous attendez pas à une série docu du genre de Snapped : les femmes tueuses. Lancé sur CBS All Access, cette dernière nouveauté de Marc Cherry s’impose comme digne héritière de Desperate Housewives. On y retrouve avec plaisir le même ton, l’humour caustique, les situations rocambolesques, les personnages clichés et le suspens maîtrisé.

Cette fois le décors est planté à Pasadena où vivent trois femmes mariées, à des époques différentes. Dans les années 50, Beth Ann (Ginnifer Goodwin) joue la femme au foyer respectable à la Bree Van De Kamp. Simone (Lucy Liu) incarne une riche drama queen des années 70 qui rappelle notre Eva Longoria en Gaby Solano. Puis, pour représenter notre époque, on s’éloigne des clichés avec Eli (Reid Scott) et Taylor (Kirby Howell-Baptiste) formant un couple au mariage libre qui se transforme en ménage à trois avec Jade (Alexandra Daddario). Une vision plus progressiste et féministe des couples qui promet de faire des étincelles pour la suite de la série.

Des couples et des femmes aux tempérament bien opposés mais qui gardent en commun le même toit et avoir un mari infidèle. Comme le laisse présager le titre de la série, se développe l’envie pour ses femmes trompées de se venger par le meurtre. Le mystère reste à savoir de qui et comment ? Il semblerait trop évident dans cette série à suspens qu’elles ne s’en prennent qu’à leurs maris respectifs.

Dès le pilote, la série parvient donc à maintenir le spectateur en haleine autour de l’intrigue, mais aussi en restant désireux d’en apprendre plus sur ces personnages féminins insolites.

4

Céline Lacroix

Wu Assassins : mille moines et un cuisinier

Des bastons menées par Iko Uwais, l’acteur du diptyque culte venu d’Indonésie The Raid. C’est à peu près tout ce que nous promettait la série Wu Assassins, sur Netflix. Et il faut ne garder que cela à l’esprit lorsque l’on regarde le pilote. Les scènes de combats sont plutôt bien menées, entre autre celle qui débute l’épisode (et qui est répétée un peu plus loin).

On sent vite que tout le reste ne sert qu’à ça : offrir des occasions de bastons. Le scénario nous présente donc un modeste cuisinier qui galère avec son food-truck en plein Chinatown de San Francisco et qui, un jour, se retrouve « L’Elu » (sic), héros d’une prophétie chinoise millénaire. Un quelconque signe avant-coureur, un indice qui nous aurait mis la puce à l’oreille ? Non : ça nous est annoncé d’un coup, de but en blanc, sans prévenir, par une femme qu’on n’avait pas vue jusque là et qui débarque sous les roues du camion.

Et comment se manifeste cette prophétie ? Elle arrive sous la forme d’un « fragment suprême » qui va déverser en Kai Jin « le pouvoir de mille moines ». La scène ne se contente pas de frôler le ridicule, elle nage en plein dedans, aussi bien esthétiquement que scénaristiquement. Le procédé cependant se dévoile vite pour ce qu’il est : une simple excuse qui nous permettra d’enfiler comme des perles les scènes d’action. Du moins on l’espère.

Dans cet objectif, on prépare aussi les méchants (personnages essentiels, sans lesquels tout film d’action s’effondre sur lui-même). Là aussi, les scénaristes nous en promettent des gros, des lourds, des vrais, mais plus tard. Des « maîtres du Wu » qui voudraient asservir la planète (rien que ça! Pas de demi-mesure). En attendant, on doit se contenter du stéréotype du mafieux cynique, immoral et violent, comme on en a déjà vu des centaines.

A ce sujet, le pilote prépare aussi un arc narratif secondaire, qui parle d’une policière qui infiltre une organisation criminelle dans le but de démanteler tout cela et d’éviter une guerre des gangs dans les rues de San Francisco. Idée intéressante mais pas encore assez exploitée dans ce pilote : espérons que la suite développe cette partie comme elle le mérite.

En bref, un pilote ni vraiment bon, ni mauvais, et qui peine à convaincre. L’épisode a des qualités, surtout sur le plan de l’action, mais aussi de gros défauts. Attendons de voir la suite…

2.5

Hervé Aubert

The Righteous Gemstones, Holy Fucking God

Nouveauté HBO de la rentrée, The Righteous Gemstones signe le retour fracassant de Danny McBride à la comédie potache après les délicieux Kenny Powers et Vice Principals.

Explorer les profondeurs de l’Amérique à travers une galerie de personnages aussi détestables qu’attachants, c’est ce qui semble animer depuis ses débuts le trublion Danny McBride, créateur, réalisateur et coscénariste de la nouvelle série HBO. Une chaîne qui semble faire confiance au travail de l’Américain et de ses compères de toujours Jody Hill et David Gordon Green – souvent co-créateurs, réalisateurs et/ou scénaristes. Il donne corps à ces loosers magnifiques, ces beaufs arrogants avec une singularité pas si commune dans le paysage audiovisuel américain. Il scrute leur faille et leur humanité avec un certain brio comique.

Après le monde du baseball dans Kenny Powers et celui des lycées américains dans Vice Principals, Danny McBride porte son intérêt sur une famille de télévangélistes superstars, avides de pouvoir et de gros billets. L’occasion, une nouvelle fois, de sonder les démons de l’Amérique, et d’y apporter un mélange de dérision acide et d’excentricité débordante. L’occasion aussi de diversifier ses partenaires de jeu, à savoir John Goodman et Adam DeVine. Un pilote engageant et soigné, avec de multiples pistes prometteuses, qui prend le temps d’explorer l’exubérance de l’univers. Au programme : sex-tape, chantage à l’argent, vengeances, rivalités et engueulades. La promesse d’un délire doucement régressif comme Danny McBride sait si bien les faire.

4

Jonathan Rodriguez

Les retours séries du mois d’août : 13 Reasons Why et Dear White People – saison 3

Dear White People, la série adaptée de son film éponyme sorti en 2014 suit les étudiants afro-américains de Winchester.

La saison 3 a commencé dans la veine des saisons précédentes : un ton léger pour un sujet sérieux avec sa dose de second degré, d’amour et de scènes parfois un peu décalées pour servir le propos. Les retrouvailles avec le groupe d’étudiants de Winchester était agréable mais pas vraiment fracassantes au point d’attendre sans pouvoir patienter la suite et d’enchaîner les épisodes en une journée. Comme Netflix aime s’auto-citer, “on dirait une saison 3 d’une série Netflix”, pas de doute oui, c’est toujours une saison charnière car après les deux premières qui se répondent, que vient ajouter la troisième ? Pour l’instant, ici, peu de choses, peu d’envie, peu d’innovation, la série semble se reposer sur ses acquis en essayant d’ajouter quelques nouvelles pistes d’intrigue mais qui ont du mal à capter l’attention dès le départ. On aura probablement bien du mal à finir cette saison 3 mais on le fera, par curiosité, par attache à tous ces personnages qui durant deux saisons, nous ont attendris et fait rire, mais que réserve la suite ? La réussite n’est en tout cas pas certaine.

https://www.youtube.com/watch?v=d8RQVUCOAGc

Dans ce 3ème opus,  la série adaptée d’un roman young adult à succès, 13 Reasons Why part à la recherche de la personne qui a tué Bryce Walker.

Il est de ces premiers épisodes de saison auxquels on ne comprend pas grand chose et qui annoncent une saison de trop. Le temps de se remettre dans le bain certes, de remettre les idées dans l’ordre et de se rappeler de tout ce qu’il s’est passé. Évidemment, on est ravis de retrouver cette bande d’amis aux secrets plus lourds et graves les uns que les autres auxquels on s’est finalement attachés, ravis de les voir à nouveau évoluer ensemble et d’assister également à leur construction indépendamment du groupe. En revanche, l’arrivée d’un nouveau personnage voit notre curiosité piquée certes, mais peu ravie de ce choix. Pourquoi et dans quel intérêt ? Évidemment le pilote ne nous aidera que trop peu à comprendre alors on enchaînera pour en savoir plus car après tout, depuis le début, la série nous a habitués à donner de nombreuses clés de compréhension au cours de la saison si ce n’est à la fin. On acceptera alors d’être perdus pour mieux s’y retrouver mais encore faudra-t-il rester concerné durant toute la durée de cette saison 3 qui promet de traiter tous ces sujets avec l’intensité qu’on lui connait, reste à savoir si la fiction sera à la hauteur et les rebondissements intéressants.

https://www.youtube.com/watch?v=w_qzO9hMxUY

Gwennaelle Masle

 

Vacances et Cinéma : Monika, d’Ingmar Bergman, une tragédie d’été en trois actes

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Point culminant, tant stylistique que thématique, de la première partie de carrière d’Ingmar Bergman, Monika est un incontournable des romances estivales au cinéma. Aussi idyllique que tragique.

Monika se structure comme une tragédie en trois actes : la rencontre, avec l’amour et les rêves naissants ; l’idylle, le bonheur absolu sous forme de parenthèse enchantée ; le retour à la réalité, le désenchantement et la mort d’une relation vouée à l’échec. Le film s’ouvre sur une rencontre fortuite entre une jeune femme, Monika, et un jeune homme, Harry, assis l’un derrière l’autre à une table de café. Lui tient une cigarette, elle tient une allumette. Le feu prend. « Ça sent le printemps aujourd’hui. On n’a pas envie de travailler. Si on partait en voyage, pour visiter le monde entier ? », lance Monika, comme si les deux inconnus étaient amis ou amants depuis toujours.

D’emblée, Bergman dépeint une société aliénante et carcérale pour ces jeunes gens, qui sont comme prisonniers de leur quotidien. Harry travaille, malmené par ses supérieurs ; Monika subit les tumultes du cocon familial, malmenée par ses parents. Lui a toujours été seul, il n’aime pas la compagnie des autres. Elle a toujours été noyée dans le bruit incessant du foyer, dont elle ne peut plus supporter la compagnie. D’horizons différents, voire opposés, c’est cette même misanthropie qui va rapprocher Harry et Monika, en un éclair.

Tous deux rêvent de voyage, de cinéma, d’aventure, d’amour, d’exil – bref, de tout ce qui pourrait les faire s’échapper du monde. Les regards perdus dans le vide se multiplient, la tête posée dans le creux des mains, des sourires enfantins au bord des lèvres. Jusqu’au jour où ils décident de tout quitter, pour de bon cette fois, partant vivre sur une île qu’ils gagnent en bateau au beau milieu de la nuit.

C’est alors que débute l’idylle, censée pouvoir durer éternellement. Mais l’été n’est pas éternel, les sentiments non plus. Cette partie centrale donne lieu à de superbes prises de vue : les paysages sont vastes et très bien filmés, la photographie est somptueuse. Seuls, les amants n’ont plus besoin de parler : seuls comptent ces longs moments de silence, uniquement parasités par le bruit de l’eau, le chant des oiseaux, le frémissement de l’herbe ou le ronronnement d’un bateau.

Leur misanthropie grandit. Même l’idée de danser lors d’un bal devient impossible, aussi préfèrent-ils faire la même chose à deux, un peu plus loin, sur un ponton. Jusqu’ici, on pourrait croire à une romance bluette et idéaliste, mais ce serait mal connaître Ingmar Bergman. Très vite, ils s’en prennent à quiconque viendrait perturber leur bulle de bonheur avec une violence étonnante. Toute tentative de sociabilité est un échec. En ceci, le film peut faire penser à La Balade sauvage de Terrence Malick, qui, vingt ans plus tard, mettra en scène un couple assez similaire et des thématiques convergentes.

L’été n’est pas éternel. Petit à petit, la peur d’être rattrapé par la réalité ronge Harry, alors que Monika, elle, semble encore sur un nuage. Il faut bien trouver du travail pour pouvoir manger, voyager, vivre ! L’utopie s’effondre, la romance se heurte au mur froid du réel, au mur des responsabilités, des besoins primaires, de la loi. Parenthèse enchantée, l’escapade amoureuse aura duré le temps d’un été, le temps d’une découverte de l’autre par négation des autres.

Vient alors le retour à la vie quotidienne, la « vraie » vie de couple, et tous les problèmes qui en découlent auxquels les jeunes gens ne prêtent pas attention dans un premier temps, pensant leurs sentiments suffisamment forts pour résister au monde. Les ombres réapparaissent, la photographie s’assombrit, les visages se durcissent. Les regards perdus dans le vague des rêves adolescents laissent place à des regards tout aussi perdus, mais vides, totalement désenchantés. Harry travaille d’arrache-pied, Monika se sent délaissée. L’amour est mort, irrémédiablement.

Ce qui fait de Monika un film aussi beau et puissant, bien que parfois terriblement nihiliste, c’est le regard affectueux et bienveillant que pose Bergman sur ses propres personnages, qu’il ne semble jamais juger d’un point de vue moral. Qu’ils abandonnent leurs responsabilités, qu’ils volent, qu’ils agressent, qu’il la frappe, qu’elle le trompe, qu’ils se fassent des idées ou qu’ils se consument dans la plus froide réalité, le cinéaste suédois filme ses personnages avec pudeur et empathie. En cela, Monika se situe entre le néo-réalisme italien et la Nouvelle Vague française : une peinture neutre et désenchantée d’une génération en plein questionnement existentiel, portée par une héroïne que ne renierait sans doute pas Jean-Luc Godard (Monika est une sorte d’Anna Karina dans Vivre sa vie, quelques années plus tôt). Sorti en 1953, Monika est l’un des films les plus modernes de Bergman sur le plan thématique, l’un des plus « purs » et « simples » aussi, peut-être – ce qui n’en fait pas moins une œuvre passionnante et immanquable. À voir en été ; à méditer le reste de l’année.

https://www.youtube.com/watch?v=_PChiNNUalI

L’Héritage des 500 000 : l’unique film de Toshiro Mifune en Blu-ray chez Carlotta

Ce mercredi 28 août est dévoilé en Blu-ray (et en édition DVD) L’Héritage des 500 000, l’unique film réalisé par Toshiro Mifune, l’acteur fétiche d’Akira Kurosawa, ici perdu dans une tâche qui l’a dépassé.

Synopsis : Durant la Seconde Guerre mondiale, le commandant Matsuo a participé à l’ensevelissement de plusieurs milliers de pièces d’or dans la jungle philippine. Alors qu’il pensait ce trésor enfoui à tout jamais, voilà qu’un riche homme d’affaires, Mitsura Gunji, lui propose de partir à la recherche du butin. Contraint d’accepter, Matsuo retourne aux Philippines accompagné de quatre hommes recrutés par Gunji…

Quand l’élève n’a plus de maître

L’Héritage des 500 000 aurait probablement pu avoir au générique le nom d’Akira Kurosawa. Oui, on imagine bien le projet entre les mains du maître cinéaste tant il partage de points communs avec plusieurs de ses longs métrages.  On pense à La Forteresse Cachée (1957) et son duo de zigotos plus amusants que dangereux, à Entre le ciel et l’enfer (1963) pour sa bourgeoisie japonaise touchée par la cupidité haineuse. Ou encore au Sept Samouraïs et de nombreux autres pour leur récit aux genres croisés touché par l’Histoire, notamment celle – moderne – des années 30 à 50, faisant ainsi du récit historique ou contemporain une fable morale, miroir des préoccupations de l’époque et de ses individus.

Oui, Mifune, en choisissant de mettre en scène ce scénario, expose bien à quel point il a été marqué par celui qu’il considère comme le seul réalisateur ayant repoussé ses limites d’acteur. L’interprétation peut laisser place à une justification plus concrète, on retrouve en effet à l’écriture du film Ryuzo Kikushima, coscénariste de plusieurs métrages du maître Kurosawa, d’un Chien enragé (1949) à Barberousse (1965) en n’oubliant pas – entre autres – Yojimbo (1961), Sanjuro (1962), Le Château de l’Araignée (1957) et ceux cités plus haut.

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Un personnage marqué par son passé guerrier ou Toshiro Mifune mis à l’épreuve par son présent.
Copyright : Toho Co. Ltd

Toutefois, l’acteur se retrouve ici dans une position loin d’être la plus aisée pour son premier long film. En effet, au début des années 60, la Toho, célèbre compagnie japonaise de production cinématographique à qui l’on doit la mise en chantier de Godzilla et ses nombreuses suites, ainsi que quelques-uns des grands films de Kurosawa, déclare à Mifune qu’il devrait ouvrir sa propre société de production. Ainsi naît Mifune Productions, premier pas de la chute de la star. L’acteur l’apprend rapidement, déjà empli de doutes à la création de la société : il n’est pas taillé pour diriger un tel système. Sorti en 1963, L’Héritage des 500 000 fut sa première grande leçon : la star se sent dépassée par sa triple tâche. Mifune est ici acteur, réalisateur et producteur sur le film aussi soutenu financièrement par la Toho. Il demanda de l’aide à son maître, Akira Kurosawa, qui intervint au montage, sans véritable passion pour le projet de son partenaire.

L’Héritage des 500 000 constitue finalement celui de son aventure cinématographique avec Kurosawa ainsi que de la partie moins fructueuse de la suite de son parcours, soit une fin de carrière notamment touchée par le scandale d’un divorce jamais prononcé et la gestion difficile de sa société de production. On ressort alors de l’expérience du film partagé. D’un côté, l’introduction efficace et l’aventure aux Philippines où trésors de guerre cachés et espionnage se croisent a de quoi ravir. La présence d’un duo d’andouilles participe aussi à cela. De l’autre, le miroir de la société japonaise n’existe pas vraiment ici, la faute aux déclarations du personnage de Mifune sur les manquements moraux de la société moderne japonaise, corrompue par l’argent et son pouvoir. On regrettera aussi la tenue hasardeuse du récit sur son dernier acte (de l’arrivée à la clairière jusqu’au final brutal). Certains personnages voient leurs objectifs ou leur humeur changer brutalement, le récit manquant de rigueur sur le développement tantôt rapide, tantôt trop lourd de ses personnages et de leur aventure.

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Toshiro Mifune piégé par l’avidité japonaise. Copyright : Toho Co. Ltd

En tous les cas, L’Héritage des 500 000, longtemps resté invisible sur les grands comme sur les petits écrans, se doit d’être découvert par les curieux et fans de l’acteur japonais. On aurait aimé que ce legs des 500 000 soit pour Mifune ce que La Vengeance aux deux visages constitue pour Marlon Brando. Mais loin de l’aboutissement d’une carrière, loin de l’expérience de l’acteur dans toute son essence, L’Héritage des 500 000 témoigne du meilleur connu comme du pire à venir de Toshiro Mifune. Qu’en était-il au moment de sa sortie ? Le film était-il perçu comme une pythie cinématographique annonçant la fin de l’apogée Mifunienne et la chute de la star ?

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L’Héritage des 500 000, un film d’aventure qui croise les mémoires de la guerre, l’espionnage et la recherche d’un trésor perdu.
Copyright : Toho Co. Ltd

Un lourd héritage soigneusement porté par l’édition Blu-ray

L’Héritage des 500 000 débarque dans une édition Blu-ray soignée. Le film fait une sortie video remarquable avec une image et un son soignés. On note seulement quelques griffes et poussières, détails qui ne viennent pas entacher l’expérience filmique. Du côté des bonus, on pourrait regretter la maigre présence de deux compléments mais Carlotta a ici fait fort, d’abord l’intéressante préface de Pascal-Alex Vincent, spécialiste du cinéma japonais, ensuite – et surtout, en éditant le formidable film documentaire Mifune, le dernier des samouraïs.

Le documentaire signé par Steven Okazaki (connu pour White Light/Black Rain : the destruction of Hiroshima and Nagasaki) revient sur la vie de l’acteur fétiche de Kurosawa, abordant sa carrière militaire et son caractère rebelle antipatriotique pendant la Seconde Guerre mondiale, ses débuts devant la caméra, sa fin de carrière difficile. Positifs comme négatifs, de nombreux aspects sont discutés et réfléchis grâce à une multitude de points de vue et témoignages inédits. En effet, la parole est donnée à des cinéastes fans du bonhomme (Steven Spielberg, Martin Scorsese), à des spécialistes (un biographe de Mifune) et à des individus ayant travaillé avec Toshiro (assistante réalisateur, responsable de cascades, acteurs, entre autres). L’ensemble constitue une formidable source d’informations et de documents grâce à un montage efficace assez aérien pour éviter de nous noyer dans toutes ces données. On regrette hélas que le cinéaste n’ait pas fait plus qu’évoquer les films policiers et métrages noirs dans lesquels Mifune a donné de son corps. En effet le sous-titre du documentaire donne la direction du film. Ce dernier retrace ainsi la carrière de Toshiro Mifune via le prisme du chanbara, genre cinématographique présenté dans l’introduction du métrage. Les deux compléments sont accompagnés par l’éternelle présence d’une bande-annonce, ici récente. Et tous sont présentés en haute définition.

L’Héritage des 500 000– Bande-annonce

L’Héritage des 500 000, un film de et avec Toshiro Mifune

En édition Blu-ray et DVD chez Carlotta Films – 1963 – Toho Co., LTD Tous droits réservés

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Carlotta Films – Toho Co. Ltd

BD 50 – MASTER HAUTE DÉFINITION – 1080/23.98p – ENCODAGE AVC – Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-Titres Français – Format 2.35 respecté – Noir & Blanc et Couleurs – Durée du Film : 98 mn

DVD 9 – NOUVEAU MASTER RESTAURÉ – PAL – ENCODAGE MPEG-2 – Version Originale Dolby Digital 1.0 – Sous-titres Français – Format 2.35 respecté – 16/9 compatible 4/3 – Noir & Blanc et Couleurs – Durée du Film : 94 mn

SUPPLÉMENTS EN HD

– Préface de Pascal-Alex Vincent

Cinéaste et enseignant, Pascal-Alex Vincent est aussi spécialiste du cinéma japonais et co-auteur du Dictionnaire des acteurs et actrices japonais.

Mifune, le dernier des samouraïs (un film de Steven Okazaki – 2016 – Noir & Blanc et Couleurs)

Retour sur Toshiro Mifune, la star internationale du cinéma japonais. Un documentaire narré par Keanu Reeves, avec notamment les témoignages inédits de Steven Spielberg, Martin Scorsese, Kyoko Kagawa et Koji Yakusho.

– Bande-annonce 2019

Prix de vente public conseillé : 20.96 €

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4.5

Glow Saison 3 : Viva Las Vegas !

Glow saison 3, c’est le retour sous les projecteurs de nos reines du ring, mais cette fois, ceux de Las Vegas. Nouveau décor, nouveau public mais aussi nouvelles péripéties dans le monde fou des casinos et cabarets. Entre humour et glamour, cette nouvelle saison s’avère à la hauteur !

En fin de saison 2, l’annonce de l’annulation de leur émission avait marqué nos Goergeos Ladies of Wrestling. Mais c’était pour mieux rebondir sur l’opportunité de faire un Live Show à Las Vegas ! Du coté de Ruth et Debbie, leur rivalité avait pris fin grâce à un véritable combat sur le ring qui a mené Ruth à l’hôpital. Puis Debbie, qui s’est positionnée en productrice doit tout de même réclamer et s’imposer pour se faire respecter en tant que femme.

Des femmes de combats, à tous les niveaux

Une saison 3 dont le décor de Las Vegas, rend tout plus impérieux. On a affaire à des nouvelles problématiques relationnelles mises en pause la saison précédente, comme la relation ambiguë entre Sam et Ruth qui subira des hauts et des bas. Mais surtout le nouveau rôle de productrice de Debbie qui s’avère un combat plus coriace que ceux qu’elle mène sur le ring. Son rôle de femme est mis à mal entre sa culpabilisation de laisser son enfant seul à L.A. et ses ambitions professionnelles. Montrant comme Virginia dans Masters of Sex, qu’il est toujours difficile pour une femme d’allier vie familiale et vie professionnelle, car le sacrifice de l’un ou de l’autre devient immuable.

Enfin, les personnages secondaires, trop laissés de côté dans les saisons précédentes, sont mis en avant. Par exemple, Sheila, jusqu’ici relayée au rôle secondaire de She Wolf, s’est enfin révélée pour laisser tomber son costume animal. Dans une performance improvisée, elle se découvre un véritable talent d’actrice dont même Ruth sera jalouse. On note aussi la présence de Geena Davis, en showbuisness woman qui se respecte.

Un mélange de comique et sérieux à la fois

On retrouve aussi le ton comique et décalé propre à cette série. Il faut apprécier en GLOW  la forte influence des émissions des années 80, entre hommage et parodie de série Z. Des situations catastrophiques qui finissent en scène comique, comme le mal de dos de Walfare Queen qui amène les catcheuses à échanger leur rôle. Se moquant -à l’image d’Orange is the New Black– des stéréotypes raciaux en les exacerbant. D’ailleurs, pour la première fois, c’est l’occasion pour chacune d’elle de remettre en question l’aspect raciste de son personnage.

Le ton comique de GLOW permet aussi de détonner et renforcer les discours progressistes sous-jacents, surtout du côté du féminisme. Se déroulant dans les années 80, le sexisme propre aux mœurs de l’époque est tourné fortement en dérision grâce à des personnages féminins forts comme Ruth et Debby, qui pensent et agissent en femme modernes. Par exemple, quand Debby s’énerve auprès de l’hôtesse de l’air qui se permet de lui demander pourquoi une jeune mère s’éloigne pour travailler aussi loin de son enfant en bas âge. Alors que son voisin masculin n’a pas le droit au discours culpabilisant sur son rôle de père.

Un angle féministe audacieux assumé

Malgré l’angle féministe assumé de la série, il n’y a pas de caricature des personnages masculins. Quand Sam, Bash ou d’autres hommes agissent de manière arrogante ou misogyne, ils se rendent compte par eux même de leurs faiblesses. Ce sont des personnages masculins qui assument d’exprimer leurs sentiments, positifs ou négatifs, sans honte. Et c’est ce qui les rend d’autant plus passionnants à suivre autour de ces personnages de femmes fortes.

Une nouvelle saison à la hauteur des précédentes, un rythme effréné et dont les épisodes se regardent – à notre grand malheur – trop rapidement. En fin de saison, la popularité de GLOW et ses catcheuses monte encore en puissance et laisse prédire un nouveau chapitre, loin de Vegas, pour de nouveaux combats toujours aussi captivants.

Bande annonce Glow saison 3 

https://youtu.be/xQaCxIJX0J0

 

Plus de profondeur au personnage de Debbie
Des épisodes qui s’enchaînent facilement
Un humour toujours aussi rutilant
Moins de scènes de catch que les saisons précédentes
3.5