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L’Étrange Festival 2019 : Le festival fête sa 25e édition en grande pompe

Pour son quart de siècle, l’Étrange Festival décide de mettre les petits plats dans les grands en proposant du 4 au 15 septembre une vaste sélection de films qui seront projetés au Forum des images dans les Halles de Paris. Soit 10 jours de pur plaisir cinéphile qui célèbre le cinéma de genre international.

Cette année, l’Étrange Festival ne décide pas seulement de fêter ses 25 ans car il a aussi l’intention de célébrer la carrière d’un grand cinéaste en fêtant les 90 ans d’Alejandro Jodorowsky. Une occasion en or pour le réalisateur de présenter une version remontée de son film Le voleur d’arc-en-ciel, longtemps désavoué et invisible, et qui pourra connaitre une seconde naissance lors d’une séance exceptionnelle.

Mais Jodorowsky ne sera pas le seul à faire honneur de sa présence et à venir montrer son soutien au festival car cette année nombre d’invités prestigieux s’ajouteront à la fête avec des noms tels que Monica Bellucci qui sera présente à la séance d’ouverture, mais qui présentera aussi une nouvelle version du culte Irréversible avec la participation de son réalisateur Gaspar Noé. Fabrice du Welz viendra y présenter son dernier film, Adoration, et on notera aussi la présence de Bertrand Mandico, Matthieu Kasowitz, Warren Ellis et encore pleins d’autres figures majeures et montantes du cinéma de genre. Ils viendront alimenter ou présenter une vaste sélections de films qui s’étend à une compétition internationale, des inédits de l’Étrange qui comprendront autant de nouveaux talents que des vétérans qui proposeront des avants-premières alléchantes mais aussi des séances spéciales qui proposeront des documentaires, des rétrospectives ou d’anciens films qui n’ont jamais eu la chance d’avoir l’éclairage qu’ils auraient mérités.

On pourra aussi compter sur la présence de 7 courts-métrages qui seront présentés lors d’une compétition qui devra décerner le Grand Prix Canal +, qui continue à être partenaire du festival pour la dixième année consécutive, ainsi que le Prix du Public. Tandis que c’est pas moins de 25 films qui seront en lice pour le Grand Prix Nouveau Genre et aussi un Prix du Public. Un palmarès qui sera révélé lors d’une séance de clôture excitante qui proposera la projection du film-clip Extasus de Betrand Mandico mais aussi l’avant première européenne de The True History of the Kelly Gang, le dernier film de Justin Kurzel, réalisateur de Macbeth, Assassin’s Creed et Les Crimes de Snowtown. De quoi offrir un 25e anniversaire royal pour l’Étrange Festival.

Compétition internationale :

– 1BR de David Marmor
– A Winter’s Tale de Jan Bonny
– Bliss de Joe Begos
– Come to Daddy de Ant Timpson
– Cut Off de Christian Alvart
– Dreamland de Bruce McDonald
– First Love de Takashi Miike
– Furie de Olivier Abbou
– Idol de Su-jin Lee
– Knives and Skin de Jennifer Reeder
– Koko-di Koko-da de Johannes Nyholm
– Gwen de William McGegor
– Le Serpent blanc de Amp Wong
– Lillian de Andreas Horvath
– Monos de Alejandro Landes
– Nekrotonic de Kiah Roache-Turner
– Shadow de Zhang Yimou
– Swallow de Carlo Mirabella-Davis
– The Antenna de Orçum Behram
– The Art of Self Defense de Riley Stearns
– The Boat de Winston Azzopardi
– The Mute de Bartosz Konopka
– The Odd Family: Zombie on Sale de Lee Min-jae
– The Wretched de Brett Pierce et Drew T. Pierce
– Vivarium de Lorcan Finnegan

Mindhunter saison 1 : les hommes qui n’aimaient pas les femmes

David Fincher et l’image du « Serial Killer », c’est une drôle d’histoire d’amour. Après son polar pluvieux qu’était Seven, sa dissection méthodique que fut Zodiac et sa plongée dans la Suède muette et viscérale de Millenium, voilà de nouveau le cinéaste se frotter à l’idée même du tueur en série. Mais comme on pouvait s’y attendre, Mindhunter se range plus du côté de Zodiac que de Seven dans sa manière d’appréhender le mal. Car à l’image de Zodiac, ce qui importe dans la série, ce n’est pas tant la représentation du mal et la violence des faits, mais plutôt la compréhension de la volonté d’un acte, le recoupement d’indices et la puissance des mots. 

C’est l’histoire d’une obsession, presque maladive, dégénérative, qui empoisonne le quotidien et tout un entourage, celle qui amène à comprendre et surtout, à contrôler son interlocuteur. A l’image du dialogue inaugural dans The Social Network, entre le futur créateur de Facebook et sa future ancienne petite amie, tout est une question de point de vue, de rapidité, de connexion au monde, à l’idée de hiérarchie et de domination verbale. Entre personnages, c’est un débat assez récurrent et durant les entretiens avec certains des meurtriers, le questionnement se matérialisera une nouvelle fois : le comment n’est pas d’une grande utilité, tout est dans le dossier ; le sang, le nombre de coups de couteaux, la mort, la présence de marques de viol ou non sont une conséquence d’un mal profond. La conséquence d’une cause. Et cette cause est le fil rouge de la série : c’est le pourquoi qui prédomine, c’est cette recherche de ce qui est inconnu, l’aboutissement d’une pensée mortifère et meurtrière qui pourrait servir de bases pour empêcher – et non prévenir, c’est aussi en débat – ce genre de crimes à l’avenir. 

Dans une époque qui a vu sa période libertaire des 60’s s’effacer pour voir naître une période des 70’s plus moribonde et crépusculaire dans ses agitations sociales et morales, comme le montraient des films comme Inherent Vice ou même le dernier Quentin Tarantino Once Upon A Time in Hollywood, l’Amérique prend les allures d’un terrain de jeu où les petites villes de périphéries deviennent des espaces pour tuer et où la police, notamment locale, se fait incompétente pour gérer dans les faits ce genre d’épreuves. C’est alors que deux agents du FBI vont sillonner l’Amérique pour donner des cours à la police locale tout en commençant, avec l’aide du docteur Wendy Carr, des entretiens carcéraux avec des tueurs en série pour comprendre leurs agissements. Au delà de son duo composé du jeune loup plein d’ambition (Holden Ford) et du vieux briscard fatigué et las du goût du sang (Bill Tench) comme ce fut déjà le cas dans Seven, de son ambiance névrotique alimentée une nouvelle par la bande son hypnotique de Jason Hill rappelant celle de Trent Reznor et Atticus Ross, de sa pluie de détail sanguinolent, de la luminosité pleine de pénombre du cadre habituelle chez Fincher (il a réalisé 4 épisodes sur 10), le verbe est au centre de tout. 

Premièrement la série n’interrompt quasiment jamais le dialogue, l’échange ou même le monologue narcissique. Chaque détail est mis sur un piédestal : c’est foisonnant de fluidité et exigeant dans l’architecture des rapports humains (impressionnant et glaçant personnage de Ed Kemper ou même de Jerry Brudos). Mais ces séquences continues de mots ont un but : redéfinir le genre. A l’heure où à notre époque nous voyons fleurir un nombre incalculable de séries policières où certains agents de leurs sections connaissent sur le bout des doigts l’éventail de tous les comportements diagnostiqués à des tueurs en série (Esprits criminels et ce genre programme), Mindhunter revient au fondamentaux, va creuser et débattre sur la création de ces diagnostics là. Il existe dans les œuvres du cinéaste, une formule usée mais qui se renouvelle à chaque fois : celle de de la dualité de méthode entre la jeunesse/l’ancien, le nouveau monde/l’ancien monde, l’ambition/la raison. Seven avec son duo où la fougue de Mills s’évertuait à faire renaître la flamme de Somerset et inversement, ou la modernité de recherche de Lisbeth faisait face à la méthode faite de paperasse de Blomkvist dans Millenium. 

Mindhunter est une zone en friche qui, avec obsession et une méticulosité vacillante, va s’évertuer à vouloir comprendre, archiver et mettre en place une méthode pyramidale. Et c’est passionnant et les interrogatoires trépidants. Pourtant l’oeuvre pourrait devenir extrêmement monolithique et surtout particulièrement programmatique dans sa construction : entretien/compréhension, enquête/découverte, succès/chute. Sauf que la série se donne le droit d’avoir un deuxième jeu de lecture dans son escarcelle et lui donne ses lettres de noblesse : un versant plus malsain et sociétal. Au lieu d’être une simple étude du mal, au lieu d’afficher l’horreur domestique dans toute sa perversité, Mindhunter est avant tout une série très humaine et qui pose une question : que veulent les femmes ? 

L’autre fil conducteur de la série se penche sur les femmes et surtout sur l’homme qui ne comprend pas les femmes. La série, notamment dans les discussions entre Holden et Debbie, aime à opposer les points de vue pour parfois  différencier le comportement féminin et celui qui est masculin. Du petit ami qui ne cesse de poser la question s’il a fait jouir sa compagne et qui devient peu à peu jaloux, de l’homme qui devient fou par le désamour et le mépris de sa mère, de ces hommes qui ne peuvent s’empêcher de juger les intentions d’une femme belle et libre, de cette femme qui cache aux yeux du monde son homosexualité, Mindhunter est une grande série sur la difficulté qu’a l’homme à se remettre en question et à dévoiler sa piètre capacité à utiliser son pouvoir d’auto persuasion pour vilipender la femme et lui jeter la faute sur les épaules. Le point culminant est l’un des derniers dialogues entre Holden et Debbie sur le porche de l’appartement de cette dernière : Holden parle seul, trouve une réponse aux faits et comprend pour la première fois sa petite amie. Ce qui le poussera à prendre une décision. Mindhunter affiche une grande première saison, qui d’une main de maître horrifie et questionne autant qu’elle passionne par son déroulement, certes  rapidement déchiffrable mais dont l’objectif premier est de nous perdre dans les méandres de pensées  qui amènent à la mort. 

Bande Annonce – Mindhunter

 

Synopsis : Comment anticiper la folie quand on ignore comment fonctionnent les fous ? Deux agents du FBI imaginent une enquête aux méthodes révolutionnaires et se lancent dans une véritable odyssée pour obtenir des réponses.

Fiche Technique – Mindhunter

Création : Joe Penhall
Réalisateurs : David Fincher, Andrew Douglas, Asif Kapadia, Tobias Lindholm
Interprétation : Jonathan Groff, Holt McCallany, Anna Torv, Hannah Gross, Cotter Smith
Distribution : Netflix
Genres : Polar/Drame
10x50min
Etats-Unis – 2017

Note des lecteurs14 Notes
4.5

Vacances au cinéma : Vicky Cristina Barcelona

Vicky Cristina Barcelona est un fantasme d’été, un regard enjôleur croisé dans les rues de Barcelone, un clin d’oeil qui déstabilise, une voix qui enivre. Woody Allen raconte la séduction, l’amour, et la liberté des personnages avec une sensualité débordante dont chacun des acteurs et actrices a su s’emparer parfaitement.

Avant de s’arrêter à Rome et Paris, Woody Allen installait son cinéma à Barcelone et dans les rues brûlantes de la ville espagnole, le casting l’était tout autant. Ce marivaudage catalan est plus que captivant grâce à l’incandescence de chacun de ses acteurs.  Comme dans son dernier film Café Society dans lequel la chaleur des couleurs jaunes prenait toute la place, Woody Allen réchauffe les corps et les cœurs avec ce trio ultra sensuel divinement bien interprété par Javier Bardem, Scarlett Johansson et Rebecca Hall. Au sein même de ce trio s’en trouve un second tout aussi fascinant et renversant au coeur duquel les thématiques bien que similaires offrent une nouvelle vision de la manière dont on peut vivre l’amour : à trois. C’est Penelope Cruz, toujours incroyable, qui ajoute cette nouvelle perspective et tentation pour le couple et qui viendra faire se questionner autant les personnages que les spectateurs.

I’ll show you around the city, and we’ll eat well. We’ll drink good wine. We’ll make love.

Dans des éclats presque rohmeriens, le film, léger au premier abord, tend vers un ton plus philosophique, comme très souvent chez le cinéaste américain. La philosophie de ces amours de vacances, qui révèlent bien plus que ce que l’on sait de nous mêmse et ici, de sentiments pourtant universels, s’en retrouve débordée mais passionnante. L’insatisfait résultat du couple, l’inconstance du sentiment amoureux et la question du choix sont au cœur du récit, des dialogues mais surtout des regards échangés desquels s’échappe un soupir, une pensée que le spectateur saisit au vol. Vicky Cristina Barcelona est une comédie de mœurs comme Allen sait bien les faire avec une voix off complice de chaque instant, comme si le spectateur lui-même commentait ces différents états amoureux. C’est bien cela qui ressort du film, la capacité à emmener le spectateur dans l’histoire et lui faire vivre ces vacances en lui offrant quelques frissons d’un érotisme des corps mais surtout des paroles. Chacun fera alors avec ce film sa propre expérience, si bien que la première fois, je ne l’avais pas autant apprécié que lors ce second visionnage parce qu’il faut en capter tous les enjeux et oser s’immiscer pleinement dans cette parenthèse vacancière.

Lorsque l’on pense au vacances alors forcément, ce sont tous les sens qui se mettent en éveil : la vision des corps dénudés sur la plage, la sensation de l’air frais des soirées estivales quand le souffle marin prend la place de la chaleur diurne, l’odeur des soirs d’été. Chacun de nos sens peut alors frissonner de repenser à tous ces étés et devenir nostalgique de ces souvenirs ancrés qui, pour la plupart, auront contribué à faire de nous une nouvelle personne : dans l’effusion des rencontres, dans les introspections intimes et personnelles de chacun. Mais Woody Allen oublie ce rapport au corps et offre une histoire bien plus cérébrale que charnelle, bien que tous nos sens y soient sensibles, la sensualité est ailleurs, palpable et l’on frissonne autant d’entendre Javier Bardem séduire que de voir Scarlett Johansson ressentir.

https://www.youtube.com/watch?v=Q2q1J-zm4Ug

Vacances au cinéma : A Scene At The Sea, la douceur d’un ressac infini

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Il est toujours tâche bien ardue de choisir un film en particulier, dans un cycle donné. On nous donne le thème fédérateur « les vacances ». Notre esprit se dirige instinctivement vers ce A Scene At The Sea, de Takeshi Kitano. Est-ce le personnage mère de l’Océan qui oriente notre choix ? Ou plutôt cette impression de moment suspendu, coupé de tout, ressenti devant le film ? Sûrement un peu des deux. Ce qui est sûr, c’est qu’il est passionnant de voir à quel point, tout au long de ce cycle, l’esprit de chacun des rédacteurs s’est joué des codes que pourrait définir un tel thème pour associer son mot clé à quelque chose de bien plus sensoriel…

A Scene At The Sea commence d’emblée comme une invitation aux vacances pour son personnage principal. Car, littéralement, on parle là d’un jeune homme qui quitte les jours sans fin d’un boulot peu plaisant pour se consacrer à une activité qui lui était jusqu’alors inconnue, le surf. Métaphoriquement, c’est l’homme chargé de ramasser les déchets qui trouve en l’un deux sa planche salvatrice… C’est le jeune homme attiré par l’Océan qui quitte la route du travail pour plonger dans le premier sans retenue. Cependant, paradoxalement, c’est peut-être le fait d’évoluer au milieu des vagues infinies qui lui demandera le plus de travail, ou, en tout cas, le plus de persévérance. Mais, si l’on part du principe que A Scene At The Sea est aussi l’histoire d’une vocation, il devient alors évident que, ce jeune homme que l’on pense novice, revient en réalité à sa condition première, à son milieu d’origine en domptant sa planche tout d’abord rafistolée…

En vacances, on demande tant à se mêler au bruit rutilant des soirées sans fin qu’à se laisser porter par le silence d’un été que l’on voudrait enfin apaisé. A Scene At The Sea, c’est aussi cela. Le silence face au bruit, le calme et la sagesse face à l’inconséquence et à l’immaturité. Quelle plus belle allégorie, alors, que de choisir des protagonistes sourds et muets ? Deux personnages qui tournent le dos aux ricanements des uns et aux critiques des autres, protégés qu’ils sont, dans leur bulle coupée de toute l’agitation que soulève, malgré elle, la vie dans son quotidien bien (trop) rôdé. Reste la musique enveloppante et mémorable de Joe Hisaishi pour cristalliser le tout.

Cette bulle en question, c’est celle de deux jeunes adultes qui s’aiment et se suivent sans un mot. L’amour revêt alors la beauté de la pureté qui est sienne et dont Kitano a le secret. Un amour fait de regards et de tendresse en bord de mer, ce n’est pas aussi cela, parfois, les vacances ? L’innocence d’un enfant dans l’écrin de sagesse d’un adulte accompli ? L’amour que l’on étend physiquement sur quelques semaines, mais dont le souvenir restera éternel ?

Si les vacances sont le repos qui vient apaiser le vacarme incessant du quotidien, A Scene At The Sea en est alors bel et bien l’illustration parfaite. Bercés par ses couleurs solaires, élevés par sa pureté et son infini douceur, il vient se loger au sein de notre mémoire au même titre qu’un souvenir de vacances. Avec la même nostalgie aussi. Car ici, ce n’est pas le bruit des vagues qui compte, mais le silence qui sépare deux d’entre elles…

Exclu du MCU: raisons et futur de Marvel et Spider-Man

Adieu du MCU à Spider-Man et futur de Marvel  

Avez-vous entendu la nouvelle ? Après des années de réclamation de la part des fans, une arrivée triomphante dans l’univers cinématographique de Marvel (MCU) et une réussite incroyable des films de l’homme-araignée, le verdict est tombé, l’araignée est de nouveau exclue du MCU.

Spider-Man : 1960 à aujourd’hui

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Auteur: digitallla

Déjà populaire dans les années 60-70 grâce à sa série de comics The Amazing Spider-Man, le personnage est réellement devenu mainstream grâce à l’excellente trilogie de Sam Raimi où Spider-Man est incarné par Toby Macguire (2002 à 2007). Une popularité que l’on peut observer en voyant la quantité de pseudo-Spider-Man à tous les comics-con – dont le San Diego Comics-Con 2019. En 2012, Sony souhaite rebooter la série et sort deux – très mauvaises – adaptations de l’homme-araignée avant de laisser tomber la version.

En 2016, Disney (propriétaire de Marvel) et Sony Pictures (propriétaire des droits d’image de Spider-Man au cinéma) annoncent une nouvelle qui ravit les fans : Spider-Man va enfin rejoindre le MCU et devenir un Avengers à temps partiel (il est toujours à l’école !).

Incarné par Tom Holland, le nouveau Spider-Man combine tout ce qu’il faut d’humour, de nerditude, de sentiments et de badasserie. Le protégé d’Iron Man a eu un succès fou, apparaissant dans trois films Avengers et deux films solos en trois ans. Le dernier film, Spider-Man : Far From Home a même dépassé le milliard de recettes en quatre semaines d’exploitations, ce qui en fait la plus grande réussite de Sony au box-office.

Alors la question qu’on se pose est pourquoi Disney et Sony ont-ils décidé de sortir Spider-Man du MCU ?

La fin d’un deal réussi

Lorsque Marvel et Sony ont décidé d’inclure Spider-Man dans le MCU, ils ont fait un deal qui profitait beaucoup plus à Sony. En effet, si Marvel a contenté les fans en ajoutant l’homme araignée à leur répertoire de super-héros, c’est majoritairement l’araignée qui a bénéficié de la renommée des Avengers. 

Elle a aussi pu profiter d’un élément clé dans le succès du MCU : Kevin Feige. Le président des studios Marvel et producteur a été instrumental dans la réussite des films Marvel, y compris au succès des deux derniers opus de Spider-Man.

Mais Disney a donné de nombreuses nouvelles responsabilités à Feige – incluant sur leurs nouvelles propriétés – et aurait proposé à Sony de le retirer du rôle de producteur pour en faire un consultant. Sony n’aurait pas apprécié.

Mais si ce n’était que ça, le mariage aurait peut-être survécu. Mais comme dans beaucoup de deals, ce qui a fait pencher la balance a été d’ordre financier. Il y a 4 ans, lorsque le deal a été fait, Disney a accepté de recevoir 5% des revenus de box-office du premier jour de sortie (first-dollar gross) et les bénéfices liés à la vente de marchandise. Le reste allait à Sony.

Avec la fin du contrat, Disney voulait le renouveler et obtenir 50% des parts, ce qui n’était pas au goût de Sony. Le 20 août 2019, Deadline annonçait la sortie de Marvel du MCU. 

Des fans énervés

Bien sûr, cette annonce n’a pas plu au fans qui se sont relayés sur internet pour sauver leur super-héros préféré à grand coup de #SaveSpiderman, #Boycott Sony et bien d’autres.

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Auteur : peter.parker.excelsior

Le futur de Marvel

La question qu’on se pose maintenant est : « que va faire Marvel ? ». Dans les derniers films, Spider-Man était le protégé d’Iron Man et à travers les films, on l’a vu s’améliorer jusqu’à devenir ce que plusieurs pensaient être le remplaçant d’Iron Man. Alors que va faire Marvel après Endgame et le départ de Spider-Man ?

Quelques jours après l’annonce, il est difficile de dire comment ils vont palier à cette perte. Ce qu’on sait par contre, c’est que de nombreux autres films sont prévus et que l’univers Marvel est très loin d’arriver à sa fin. Aujourd’hui, on serait arrivé à ce que Marvel appelle sa phase III, alors qu’il y aurait un minimum de cinq phases de prévues. 

Des nouveaux films pour Marvel ? 

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Auteur : avictoriareal

On pourrait croire qu’après 23 films de super-héros de l’univers Marvel – et on ne parle même pas des très nombreuses séries comme S.H.I.E.L.D – le public commencerait à être tanné. Et pourtant comme le prouve Avengers : Endgame (box office planétaire : $2,795,338,415) et Spider-Man : Far From Home, le monde entier continue à vouloir plus de film Marvel. Alors, quelles sont les prochaines sorties ?

2020

  • Black Widow (1er mai)
  • Eternals (6 novembre)

2021

  • Shang-Shi et la légende des dix anneaux (12 février)
  • Doctor Strange and the Multiverse of Madness (7 mai)
  • Thor: Love and Thunder (5 novembre)

2022

  • Black Panther 2 (6 mai)
  • Blade
  • Guardiens de la Galaxie 3

Indéfini

  • Captain Marvel 2
  • The Fantastic Four
  • Spider-Man 3

 

 

FFA Angoulême 2019 : Tu mérites un amour, la tendre mélancolie du sentiment amoureux

Valois de la mise en scène au FFA 2019, Tu mérites un amour est la jolie surprise du festival. Frais, sensible, drôle et touchant, le film d’Hafsia Herzi est captivant de modernité et de naturel pour servir un joli couplet sur l’amour et la manière dont nous vivons les ruptures.

Si le début du film laisse quelques doutes quant à la direction d’acteurs, on est, comme dans un film de Kechiche, rapidement séduits par le naturel et l’improvisation de tout le casting qui fait des scènes de vrais moments de plaisir et de sincérité dans lesquelles on sent quasiment l’observation sociologique qu’Hafsia Herzi a réalisée pour en venir à ce film. Une analyse de l’amour, de la manière dont chacun le perçoit, et le vit, et surtout une analyse des états dans lesquels chacun peut se retrouver à la suite d’une rupture. Drôle, franc et sensible, Tu mérites un amour est l’alliage parfait pour présenter les différents visages de ce sentiment universel. 

Au delà de son propos traité de manière vraiment fascinante, aussi dansante que touchante, c’est une réalisatrice qui naît avec ce film et sa manière de capter les émotions en gros plans avec une sensualité toujours très juste tout en gardant une certaine pudeur. Pudeur pourtant bien différente de celui avec qui elle a découvert le cinéma ou de l’humour sans limite du meilleur ami de Lila joué par Djanis Bouzyani dans le film. La drôlerie et les mots décomplexés sont d’ailleurs l’un des éléments forts du long métrage, si Hafsia Herzi donne à voir à travers son personnage, des thèmes très proches de Kechiche, elle s’en empare avec un angle différent où les discussions entre amis ont un humour naturel qui ajoute encore plus de vie au film. Que ce soit dans la drague, la séduction, ou les fameuses scènes de danse, on sent évidemment l’empreinte du cinéaste franco-tunisien, mais la jeune réalisatrice finit par le faire oublier en ajoutant sa dimension encore plus honnête et sincère rendant le film très touchant.

Dans L’amour des hommes de Mehdi Ben Attia, l’actrice jouait le rôle d’une photographe qui faisait des photos d’hommes nus dans le plus grand secret, activité alors bien trop tabou en Tunisie. Dans Mektoub my love, le personnage d’Amin était également photographe, bien que le personnage de la Tata n’en soit pas le sujet on retrouvait encore une fois cette idée de relation artistique entre la muse et l’artiste, qu’elle va à son tour placer dans son film avec les personnages d’Anthony Garon et Lila, qu’elle interprête. La photographie semble alors être une belle fenêtre pour filmer le désir et la sensualité cachée et subtile de deux personnes qui se frôlent et se rencontrent, c’est encore une fois l’une des choses très bien réalisées par Hafsia Herzi qui a su rendre compte de cet érotisme discret mais fort. D’autant plus fort que c’est ce même personnage photographe qui prononcera le poème incroyable de fin où les mots prennent sens et l’émotion l’emporte dans un moment de grâce verbal.

Tu mérites un amour décoiffant, qui te pousse à te lever rapidement le matin, et qui éloigne tous ces démons qui ne te laissent pas dormir. (…) Tu mérites un amour qui balayerait les mensonges et t’apporterait le rêve, le café et la poésie.

Frida Kahlo

Pas seulement intelligent cinématographiquement parlant, Tu mérites un amour, est un objet passionnant de discussion et de démonstration conceptuelle. Sur les formes d’amour déjà en mettant en scène un couple libertin, puis cette femme libre au centre de l’attention qu’elle joue elle-même, et enfin dans les discussions avec ses amis sur ce qu’est vraiment l’amour, comment on le ressent, égoïstement, souvent de manière malsaine et possessive et parfois simplement, tendrement, il reste l’amour pur, à ressentir seulement et à vivre. Tu mérites un amour montre aussi une sexualité féminine sans plaisir, comme on a l’habitude de la voir au cinéma, mais avec une nuance particulière dans cette œuvre. Lila est libre, enchaîne les rendez-vous, et fait l’amour avec plusieurs amants différents sans jamais être jugée mais sans jamais non plus éprouver aucun plaisir, parce que ces scènes de sexe sont seulement le résultat du consentement sans désir, faire l’amour sans rien ressentir comme une pression à laquelle elle doit céder, comme une action par laquelle elle doit passer pour accepter sa rupture et avancer. N’en ressort qu’une femme aseptisée dont le corps est éteint en même temps que l’âme au moment où son ex a prononcé les quelques mots de rupture. Là où Kechiche avait manqué de finesse (et c’est peu de le dire) dans le second volet de Mektoub my love, Hafsia Herzi fait preuve d’une grande tendresse à l’égard des hommes comme des femmes pour capter la sensualité comme elle est, égalitaire et présente chez chacun. Tu mérites un amour est une caresse tendre au sein de laquelle l’énergie affective se développe autant que les rires.

Bande Annonce

Tu mérites un amour, un film de Hafsia Herzi

Avec Hafsia Herzi, Djanis Bouzyani, Jérémie Laheurte, Anthony Bajon
Durée : 1h39
Distribution : Rezo Films
Sortie : 11 septembre 2019

 

Tony Scott : l’intelligence au travail

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Au cinéma comme ailleurs, les évidences imposées sont souvent celles auxquelles personne ne prend le temps de penser. Par exemple, celles qui professent qu’il y a des films qui « font réfléchir » et ceux pour lesquels « on dépose son cerveau à l’entrée de la salle ». Comme si la distinction allait de soit et ne souffrait aucune contestation possible. Du coup, on ne pouvait pas conclure le Tony Scott challenge sans mettre les pieds dans le plat : et si le film qui vous faisait réfléchir était justement celui qui ne faisait pas son boulot ?

Je pense donc je ne suis pas

Voilà le topo pour ceux qui n’auraient jamais ouvert une revue de cinéma, ou fréquenté le forum d’Allociné. D’après la croyance commune, les grands films (comprendre ceux dont on parle avec le petit doigt levé) se remarqueraient par leur capacité à faire réfléchir ceux qui les regardent. Ce qui implique donc que le cinéma fait réfléchir le spectateur comme celui-ci est appelé à réfléchir sur le sujet du bac philo. Ce qui suppose donc que le cerveau humain ne s’active face à la grande toile que sous le coup d’une stimulation dite « intellectuelle », exogène au langage des images.

Ce qui est on ne peut plus faux.

D’abord parce que le cerveau au cinéma sert avant tout à organiser ces images qui défilent sur la surface plane de l’écran. En effet, la particularité du 7èmeart est de mobiliser les mêmes mécanismes perceptifs et cognitifs que nous utilisons dans la vie de tous les jours pour nous diriger dans notre environnement. Autrement dit, le ciboulot agit à votre insu pour vous dire que les images que vous voyez défiler à l’écran forment une réalité à laquelle vous croyez, parce que vous la reconnaissez comme telle.

De l’importance de la transmission

« Débrancher son cerveau » dans ces circonstances, ce n’est pas prendre le risque de vous abêtir, mais de se retrouver comme un daltonien devant un tableau de Pierre Bonnard. Ce qui expliquerait la cécité d’une bonne partie de la critique de cinéma soit dit en passant.

Ensuite, parce que le cinéma est avant toute chose, un médium. C’est-à-dire qu’il s’agit d’un support par lequel un émetteur transmet un message (comprendre une information, pas un propos) à un récepteur (le spectateur donc) selon les moyens dudit support (les images et leur association). Par conséquent, un film s’appréhende par sa propension à transmettre cette information de façon claire et intelligible. Et si possible, de façon tellement limpide que ça ait l’air d’aller de soi.

Dans cette optique, faire réfléchir le spectateur, c’est sous-entendre que celui-ci est obligé de se triturer les méninges pour comprendre ce que vous avez voulu dire.

Or, c’est là que l’on arrive (enfin) à Tony Scott, réalisateur dont la complexité de la mise en scène n’a d’égal que la fluidité avec laquelle le message parvient au destinataire. Autrement dit, ce n’est pas parce que le message est simple à comprendre chez Scott que les mécanismes présidant à son articulation le sont.

Le diable est dans les détails

Prenons Spy Game pour exemple. Un film qui sur le papier, ressemble à une adaptation d’un John Le Carré avec son contexte « coulisses de l’histoire » retracé depuis le point de vue des barbouzes qui tirent les ficelles dans l’ombre. Qui plus est avec un scénario qui se caractérise par la profusion d’informations dispensées au spectateur. A tel point que la plupart des réalisateurs auraient surement abouti à un (télé)film qui regarde les gens parler. Ce qui aurait peut-être facilité son accueil, comme à chaque fois qu’un film abdique cinématographiquement devant la promotion passive de sa propre complexité. Exactement ce que ne fait pas Tony  Scott.

Ainsi, non seulement Spy Game ne va pas en évacuer la complexité, mais encore s’emploie-t-il à faire en sorte que le spectateur ne s’aperçoive pas de ce qu’il est en train de digérer. Prenez la séquence d’infiltration à Berlin. A la faveur d’un montage parallèle d’une maîtrise diabolique, Scott mène sur un front l’introduction d’un nouveau personnage (Charlotte Rampling), la duplicité dudit protagoniste, le passé qui la lie avec Robert Redford et le jeu de poker menteur qui s’ensuit. Tandis que sur l’autre, on retrouve Brad Pitt essayant de faire passer un agent à l’Ouest, l’avortement de cette mission, la duperie à laquelle il comprend avoir pris part. Et conclut le tout en cassant la naïveté de boy scout de Pitt, introduit l’ambiguïté de Redford, et conclut sur la naissance du dilemme moral qui les séparera plus tard…

Tout ça comme une lettre à la poste et ramassé sur une poignée de minutes. Ce n’est pas mâcher le boulot du spectateur : ça s’appelle connaître les spécificités de son médium.

De l’amour de l’outil

De fait, les films de Tony Scott sont effectivement des œuvres conscientes de leur public. Le cinéaste a d’ailleurs passé une bonne partie de sa carrière à mettre en scène le dispositif cinématographique à l’écran, ou du moins l’idée qu’il s’en faisait.

Ainsi les techniciens d’Ennemi d’Etat, qui décryptent les actions du personnage de Will Smith comme le ferait un spectateur derrière son écran. Denzel Washington dans Déjà Vu, confronté au film d’un passé immédiat qu’il doit analyser pour changer la fin. L’attaque du métro 123, avec Denzel again, témoin contraint de la prise d’otages sur laquelle il essaie d’influer sans bouger de sa chaise… Le héros de Tony Scott est le miroir du public, le spectateur actif de l’action qu’il commence par décrypter et analyser avant de plonger dedans.

Au fond, Tony Scott n’a jamais cessé de s’adresser à son public sans lui dire qu’il s’adressait à lui. Et pour cause : l’information est toujours prioritaire à sa mise en abîme. Pour vivre heureux, vivons cachés.

A ce titre, les films de Scott renvoient à ceux de Steven Spielberg. Un autre réalisateur qui sait faire la différence entre s’adresser au cerveau du spectateur et s’adresser à son égo, et en a aussi payé le prix en termes de reconnaissance. Mais aussi un cinéaste dont la vocation repose sur ces termes : réfléchir au cinéma ne signifie pas forcément réfléchir sur ce que le film nous dit, mais comment il a fait pour nous le dire (exemple : comment il a réussi à rendre Unstoppable aussi limpide malgré l’effarante complexité de l’action ?). Aller voir derrière la mécanique, derrière la production. Une logique finalement très pragmatique et cohérente pour un réalisateur lui-même fasciné par le « comment ça marche ».

Ce n’est pas un hasard si, chez le réalisateur de Man on Fire comme chez Michael Mann, on plonge dans le détail au sein du milieu dépeint. Pour lui, les hommes se définissent avant tout par leur travail et sont sublimés dans leur savoir-faire. La place qu’ils occupent dans un écosystème dont le fonctionnement dépend des missions propres à chacun ne tombe jamais dans l’angle mort de ses caméras. Elle est au centre de la morale de ses personnages, et la problématique principale de sa mise en scène.

Finalement, si Scott fut l’un des derniers grands cinéastes américains du travail, c’est bien parce que lui-même était un artiste amoureux de son propre job. Comme si à chaque film, il déclarait sa flamme par procuration à son propre outil de travail et rendait hommage au rôle joué par le spectateur dans son fonctionnement. Le comment mène toujours au quoi.

A lire aussi

Première partie du dossier : le cinéma d’un génie méconnu 

Deuxième partie : Tony Scott profession Storyteller 

Troisième partie : Tony Scott working class filmaker 

Quatrième partie : Tony Scott, un visionnaire sous couverture  

Pour lire la plume de Guillaume, retrouvez-le sur son blog: https://critiquetamere.com/

 

« L’Anthropocène contre l’histoire » : refaire l’histoire du capitalisme fossile

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Paru en 2017, « L’Anthropocène contre l’histoire » est un recueil de quatre articles écrits par le géographe suédois Andreas Malm. Selon lui, ce n’est pas l’espèce humaine dans son ensemble qui est responsable du réchauffement climatique, mais le système capitaliste. En identifiant les causes socio-historiques du réchauffement, Malm espère ainsi réorienter les luttes climatiques dans le bon sens.

En dépit de la présence soutenue de ses théoriciens dans les médias pendant une bonne quinzaine d’années, le climato-scepticisme a du plomb dans l’aile. Hormis quelques réfractaires haut placés, on ne trouve plus grand monde capable de défendre sérieusement l’idée que la Terre ne se réchauffe pas ou que les activités humaines n’en sont pas la cause. Oui, mais de quelles activités humaines parlons-nous exactement ?

De l’anthropocène au capitalocène

Le géographe suédois Andreas Malm s’oppose à la théorie de l’anthropocène, défini comme « l’ère où les puissances humaines ont débordé les forces naturelles et fait sortir le système terrestre de ses ornières ». Pour Malm, accuser l’espèce entière n’a pas de sens lorsqu’on sait que l’empreinte d’un homme sur l’atmosphère peut aller de 1 à 1000 selon l’endroit et le milieu où il naît. L’espèce humaine est une entité beaucoup trop large et abstraite pour porter la responsabilité du réchauffement climatique. Historiquement, la maîtrise du feu, des outils, du langage ont assurément été nécessaires au développement d’une industrie carbonifère, mais les causes doivent être plus proches des conséquences : seuls les propriétaires des moyens de production, au début du XIXème siècle, étaient susceptibles d’installer des machines à vapeur dans les usines. Autrement dit : une petite fraction de l’humanité, masculine, blanche et britannique, aurait la responsabilité historique du réchauffement climatique.

Cette fraction s’est sans doute diversifiée depuis deux siècles mais, note Malm, dans les années 1990, « la résistance aux politiques visant à se détourner des combustibles fossiles est venue du capital ». Plutôt que d’anthropocène, il faudrait parler de capitalocène. Blâmer l’humanité dans son ensemble revient à affirmer que le capitalisme fossile est, malgré ses défauts, l’évolution logique de notre espèce, « la réalisation d’une destinée historique », idée qui présente le double défaut de présumer que l’Occident est le centre du monde et qu’il n’y a pas grand chose à faire pour lutter contre le réchauffement climatique.

Pour prouver sa théorie, l’auteur invite à passer de l’étude du climat dans l’histoire à celle de l’histoire dans le climat, c’est-à-dire l’impact des activités humaines sur le climat. Un changement de perspective qui nous emmène dans un premier temps en Inde du début du XIXème siècle. Les Indiens connaissaient l’existence du charbon et ne s’en souciaient guère, si bien qu’ils se montrèrent récalcitrants à l’idée de descendre dans les mines construites par l’Empire britannique. L’économie fossile leur a été imposée par différents moyens de coercition dont les détenteurs de capital avaient le secret. Malm juge cette « entreprise ni plus ni moins spécifiquement humaine que les modes de vie des tribus des montagnes Khasi » : si tous les capitalistes sont humains (biologiquement…), tous les humains ne sont pas nécessairement capitalistes. Là où le capitalisme passe, les traditions trépassent, et l’Inde, deux siècles plus tard, baigne toujours dans le charbon.

Naissance et développement du capital fossile

Le passionnant deuxième article de ce recueil, « Les origines du capital fossile », nous ramène en Angleterre, là où tout a commencé, pour faire un constat surprenant : « la vapeur l’a emporté alors même que l’eau était abondante, au moins aussi puissante et franchement plus économique ». Le chercheur prend le temps de revenir sur les usages du charbon antérieurs à l’ère industrielle, son rôle dans les filatures de coton, et son lent développement, depuis le brevet de Watt en 1784 jusqu’au rattrapage de son retard sur l’énergie hydraulique entre le milieu des années 1820 et la fin des années 1840.

Malm réfute la théorie du paradigme ricardiano-malthusien avancé par certains auteurs, qui estimaient que le charbon était « la réponse britannique à une pénurie énergétique » (les chiffres prouvent que c’est faux) et à « une explosion de la population », occasionnant une hausse de la demande à laquelle les manufacturiers se devaient de répondre. C’est en cherchant dans les écrits de John Farey, un industriel de l’époque, que les vraies raisons apparaissent : les rivières étaient trop éloignées des villes, où se concentrait la main-d’oeuvre.

Il est notable que la machine à vapeur se « démocratise » lors d’une période agitée par plusieurs vagues de grèves. Le licenciement massif pose problème dans les zones reculées où se trouvent les usines hydrauliques. S’il est difficile de faire venir les ouvriers à l’usine, alors on apportera l’usine là où ils se trouvent… avec la possibilité d’en faire ce qu’on veut. L’énergie hydraulique était encore soutenable lorsque l’industrie visait un marché local et que les ouvriers n’étaient pas constitués en une force politique organisée ; elle s’effondre lorsque l’Empire britannique s’affirme comme la première puissance économique mondiale et que les travailleurs commencent à développer une conscience de classe.

Les grèves de cette période permirent d’accoucher de plusieurs lois revoyant la durée quotidienne du travail à la baisse. Or, la machine à vapeur avait cet avantage de pouvoir être accélérée pour combler le temps de travail perdu ; ce n’était pas le cas des roues hydrauliques, dépendantes des forces de la nature. Les vertus de la machine compensaient les vices de l’ouvrier…

Quant aux causes profondes de ces chamboulements, elles sont à chercher du côté de la recherche de profit. Soulignant bien chez Marx que celle-ci « n’est pas un attribut de l’espèce humaine » mais « une propriété émergente des rapports de propriété capitalistes », Malm revient sur tout ce qui rentre en jeu dans le procès de production : la force de travail des ouvriers, et les moyens de production, parmi lesquels le charbon, libérant du CO2. Ainsi, plus on a de capital à investir, plus on produit, plus on brûle de charbon, plus on émet de CO2, plus la terre se réchauffe… et le processus se répète tant que le détenteur de capital engrange des profits. L’auteur souligne à juste titre que ce processus constitue un rapport triangulaire « où l’exploitation du travail par le capital est favorisée par la combustion » des combustibles fossiles : l’exploitation des ouvriers et celle des réserves naturelles obéissent à la même logique, celle du profit.

Démontrant enfin que « la spatio-temporalité du capital s’extrait de tous les autres aspects de la vie humaine et naturelle » (le charbon ayant permis de produire n’importe quoi, n’importe où, n’importe quand, et pourrait-on dire, avec n’importe qui), Malm en arrive à la conclusion que le système capitaliste peut difficilement s’intégrer « à la matrice spatiale et temporelle du vent, de l’eau et du soleil ». Autrement dit : les énergies renouvelables se développent lentement tout simplement parce que leur généralisation nuirait au business-as-usual.

Quelles solutions, quelles révolutions ?

Après une troisième partie proposant une tentative un peu laborieuse de trouver dans la littérature des pistes de réflexion sur le réchauffement climatique, notamment chez des auteurs qui ont largement précédé l’apparition du concept et ceci dans le but de « découvrir dans l’analyse du petit moment singulier le cristal de l’événement total » (formule empruntée à Walter Benjamin, copieusement cité), Malm se penche sur la question des « configurations possibles du rapport entre révolution et chaleur ».

Il en recense quatre. En premier lieu, la révolution comme symptôme d’une action conjointe du réchauffement climatique et des iniquités d’un régime politique, le réchauffement jouant le rôle de l’accélérateur. Deuxième possibilité : la contre-révolution comme symptôme ; le stalinisme en apporterait un exemple historique, tandis que les risques de fascisme écologique ou de violence nihiliste sont cités comme des menaces possibles. Malm a recours à Lénine pour inciter à la vigilance antifasciste : « Et le désespoir des masses, parmi lesquelles règne l’ignorance, peut-il ne pas s’exprimer par une consommation accrue de poisons de toutes sortes ? ».

Dans un troisième temps, la révolution comme traitement des symptômes du réchauffement est évacuée d’un revers de main puisque seuls les riches seraient en mesure de s’adapter. Malm penche donc pour une révolution contre les causes, qui consisterait à lancer une « offensive totale contre le capital fossile », ceci « en pleine conscience des racines du problème ». Une dizaine de mesures, sur lesquelles la plupart des écologistes s’accorderont, sont alors avancées : 100% d’énergies renouvelables, limitation de l’avion, développement des transports public, isolation des vieux bâtiments, choix d’une alimentation moins carnée… mais malheureusement aucune solution magique pour sortir du modèle capitaliste.

S’il en appelle à l’action directe, Malm estime que l’Etat doit prendre des décisions. Bien conscient que les politiques ne sont pas très désireux d’appliquer un tel programme, même lorsqu’ils sont élus sous une étiquette verte, il cite encore une fois Lénine : « la question du pouvoir est certainement la question la plus importante de toute révolution ». Façon de reconnaître que l’on sait ce qu’il faut faire, mais que l’on ignore encore comment…

Les deux dernières parties du livre soulèvent donc des réflexions intéressantes mais n’apportent toutefois pas de réponses suffisamment fournies ou suffisamment neuves pour marquer les esprits. C’est surtout lorsqu’il décortique l’histoire concrète des premières heures du capitalisme fossile britannique, ainsi que son héritage brûlant, qu’Andreas Malm est le plus intéressant : bien connaître les racines du mal permet au moins de ne pas se tromper de cible, ce qui est indispensable à une époque où l’on souhaiterait opposer les intérêts des travailleurs à ceux de la planète, et où la colère de certains opprimés est trop fréquemment redirigée sur d’autres opprimés.

L’Anthropocène contre l’histoire, Andreas Malm
La Fabrique, avril 2017, 248 pages

« Nous allons toutes bien », d’Ana Penyas : au bonheur des (vieilles) dames

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Nous allons toutes bien, de l’Espagnole Ana Penyas, vient de sortir ce 21 août 2019 aux éditions Cambourakis. Une bande dessinée qui se dévore avec légèreté autant qu’elle dépeint une réalité sociale parfois terrible, sur les femmes, la vieillesse ou encore la famille.

« […] ces pénélopes exemplaires condamnées à coudre, à se taire et à attendre. À coudre dans l’attente d’un fiancé tombé du ciel. À coudre encore, si leur attente avait été comblée, pour patienter jusqu’au mariage. […] À coudre, enfin, une fois le fiancé devenu mari, en attendant, avec aux lèvres un tendre sourire de pardon, qu’il rentre tard à la maison. »

Nous allons toutes bien est une BD empreinte de mélancolie, de douce résignation, mais aussi d’une grande force qui se dégage de ces femmes dont le portrait est joliment tiré. L’auteure parle de ses propres grands-mères, Maruja et Herminia, avec une tendresse palpable mêlée d’une profonde admiration. Il n’y a pas d’histoire à proprement parler, sinon des scènes de la vie quotidienne, racontant leur jeunesse lointaine comme la routine qui occupe leur vie présente de vieilles dames. Les dialogues paraissent futiles, anodins, simples. Les mouvements crayonnés aussi. Ils le sont en effet, et c’est sans doute là le plus grand charme de cette œuvre.

Ana Penyas insiste sur les petits détails du quotidien, auxquels les enfants et petits-enfants des deux grands-mères ne font même pas attention, mais qui pour elles importent énormément. À cet âge-là, chaque mouvement est un effort, chaque conversation un moment de partage, malgré l’indifférence des jeunes et leur mode de vie à toute vitesse. Mais Maruja et Herminia se satisfont de ces brefs instants, et le crayon comme la plume de l’auteure parviennent à les faire importer également pour le lecteur. Tout est très doux, très lent, apaisé.

Des femmes qui ont pourtant connu la guerre, qui ont en quelque sorte « subi leur vie », leurs choix, leur mariage… leur époque. Le récit alterne entre des souvenirs de jeunesse, dans les années 40, 50, 60, et le temps présent (2015). On ressent la joie et l’émotion qui s’emparent d’elles lorsqu’elles montrent leurs albums photo, façon pour elles de rendre hommage aux anciens, de transmettre l’histoire de la famille, de faire survivre le passé. À la dureté de la vie d’antan répond un profond sentiment de solitude. Les enfants et les petits-enfants ne prennent pas forcément le temps de venir les voir, de leur parler, alors qu’un simple appel téléphonique leur ferait un plaisir immense. Pourtant, aucune amertume, aucune rancœur : il faut bien que jeunesse se fasse. Leur temps est comme passé, et ces vieilles dames semblent s’excuser d’être encore là, de déranger, de ralentir le train-train quotidien de leurs descendants.

Esthétiquement, le travail d’Ana Penyas est très intéressant en ce qu’il mélange un trait minimaliste avec un souci du détail constant. On a le droit à de beaux panoramas des villes, des plans larges sur les bâtiments, les voitures, les terrasses des cafés ou les bancs où d’autres vieilles personnes se retrouvent pour papoter. Puis des plans très resserrés sur les visages, ridés et marqués par le temps, les habits savamment brodés, les nappes méticuleusement cousues. Là encore, le travail manuel est mis en relief par le soin apporté aux motifs des robes, des tapisseries, là où le reste demeure souvent blanc et volontairement vide.

Mais ce qui marque le plus est l’attention accordée aux mains de ces femmes. Ces mêmes mains qui ont confectionné tout un tas d’objets dans la maison, qui ont tant travaillé et qui travaillent encore à coudre, cuisiner, laver, prier. Chaque position des doigts est réfléchie et illustrée, chaque étape du moindre mouvement lentement décomposée, de vignette en vignette, en tâche de fond, tandis que les conversations routinières se poursuivent par-dessus. Comme si l’auteure voulait montrer que ces femmes n’arrêtent jamais, même vieilles et faibles, à travailler, à se donner pour les autres avec une volonté et une bienveillance rares et inépuisables.

Nous allons toutes bien est donc une très belle bande dessinée, d’une centaine de pages mais qui se dévore d’une traite. Dès son titre, Ana Penyas annonce une forme d’apaisement, de sagesse qui se dégage de ces grands-mères. Sans doute n’ont-elles pas vécu des vies très faciles et gratifiantes, sans doute n’ont-elles pas reçu beaucoup de reconnaissance et d’attention. Pourtant, leur sourire est éternel.

Nous Allons toutes bien, Ana Penyas
Cambourakis, août 2019, 112 pages

Captain Death, à la chasse aux humains

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Le titre ne laisse aucun doute sur le thème principal de cette BD. Captain Death doit éliminer certaines espèces vivantes de l’univers, ici l’homo sapiens.

L’auteur (Alexis Bacci) se place dans une situation bizarre, car les lecteurs pourraient attendre des justifications et des conséquences. Or, il semblerait que l’album ne soit conçu que pour illustrer quelques idées sans trop se prendre au sérieux. Il me paraît difficile de déterminer ce que le dessinateur pense finalement de l’espèce humaine. A son crédit, il laisse une part de doute permettant aux lecteurs (lectrices) de décider ce qui leur convient. A mon sens, cette façon de faire avec absence de réflexion profonde relève néanmoins d’une certaine désinvolture regrettable.

Nature de Captain Death

Captain Death est donc une entité (difficile de parler de personnage) ayant comme mission d’éradiquer l’espèce humaine de l’univers. Niveau de conscience : 2/20. Capacité d’évolution : 6,2/10. Utilité : médiocre. Morale : peut mieux faire. Importance cosmique : insignifiante. Ce bilan plus que médiocre laisse néanmoins perplexe, puisque Captain Death ne fait pas dans la dentelle. En effet, il va purement et simplement détruire la Terre. L’éradication de l’espèce humaine s’accompagne donc de l’éradication de toutes les espèces vivant à sa surface. L’espèce humaine n’est même pas annoncée comme nuisible ou dangereuse. Quant aux autres espèces, en quoi méritent-elles de devenir les victimes collatérales de ce massacre organisé ? On remarquera que Captain Death ne se pose aucune question, se contentant d’utiliser les armes à sa disposition pour mener à bien sa mission. Différentes missions suivront, d’autres appartiennent à un passé volontairement très flou. Comme si le but était d’éviter les questions. A noter également que Captain Death ne semble pas de nature divine. Il agit en simple exécutant, seul à bord d’un astronef mandaté par les lois originelles. C’est un ordinateur qui lui désigne ses cibles. Place aux chiffres et aux techniques de détection et de nettoyage.

La vie à tout prix

D’autre part, nous avons le Docteur Krouki, scientifique ayant fait le nécessaire pour prévenir les menaces planant sur l’espèce humaine et son habitat originel : guerre, détérioration climatique, voire une sanction divine. Son rayon : le transhumanisme pour sauver ce qui peut l’être et donc s’opposer à la mort symbolisée par Captain Death (dont l’auteur nous épargne une apparence classique du genre grande faucheuse).

On retiendra donc de cet album présenté comme une BD de consommation courante (14 x 19 cm, broché, couverture souple), qu’il affiche une foi étonnante dans la capacité de l’homme à se transcender par la science.

La science de la survie

Il me paraît difficile d’évaluer jusqu’où la science peut aller (mon opinion serait que la voie scientifique irait plutôt vers l’affaiblissement de l’humain) et l’album n’incite pas trop à se poser la question, se contentant de proposer de l’action. On pourrait discuter à l’infini de l’imperfection de l’humain et de sa recherche de la vérité absolue, voire de la perfection par la science (ainsi que de beaucoup de découvertes par le jeu des circonstances et du hasard). Par contre, je constate que cet album illustre quelques idées d’une manière pour le moins simpliste. D’abord, ce décompte du nombre d’humains restant à éliminer (les chiffres, toujours), et puis cette violence qui envahit l’album, malgré quelques péripéties qui apportent du suspense. La meilleure justification à l’éradication de l’espèce humaine intervient quand on constate que les rares derniers survivants (sur la planète Suburra), se montrent incapables de faire bloc pour la cause commune fondamentale de la survie de l’espèce. On notera au passage que ce qu’on voit de Suburra manque d’originalité : une population qui ne peut que rappeler L’Empire des Mille Planètes (1971) de la série Valérian (par Jean-Claude Mézières et Pierre Christin) en moins bien, une planète défouloir où les sept derniers représentants de l’espèce humaine ne sont pas spécialement les pires êtres vivants.

La BD et son public

L’illustration de couverture, avec Captain Death dans une posture guerrière, un sticker rond annonçant « Par le co-auteur de LAST MAN Stories » cible un public assez jeune, aimant lire de la BD pour se défouler, probablement dans le même état d’esprit que celui de cette génération lorsqu’elle aborde un jeu vidéo de combat.

Les aspects négatifs sont néanmoins à nuancer, car Alexis Bacci sait captiver d’emblée pour ne jamais lâcher son public. Son style graphique, parfaitement adapté à ce qu’il propose, est d’une indéniable qualité. Le dessin est d’une facture très lisible, sans trop de détails, mettant bien en valeur tous les gestes et mouvements. Conçu en bichromie (noir, blanc, orange et brun), il présente des paysages réussis bien mis en valeur par le choix des couleurs. Les péripéties se succèdent et la fin apporte une vraie surprise. A la suite de quoi on découvre une présentation des personnages principaux, chacun ayant droit à une fiche détaillée (sur deux pages) indiquant les origines, l’âge, les qualités et défauts. Ces fiches apportent un nouvel aperçu qui incite à reprendre l’album pour mieux comprendre l’enchaînement des situations.

Conclusion

Les choix de l’auteur, qui s’intéresse avant tout à la narration et à l’action au détriment de la réflexion, présentent quelques défauts qui peuvent devenir des qualités. Ainsi, celles et ceux pour qui la réflexion sur l’avenir de l’humanité et de notre planète demande encore de la maturation trouveront dans cette BD quelques pistes à explorer plus personnellement.

Captain Death, Alexis Bacci
Casterman, juin 2019, 220 pages 

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2.5

Deux courts récits de Vladimir Makanine chez Gallimard

La Route est longue et Table avec tapis et carafe au milieu : ce sont deux courts romans d’une centaine de pages chacun (ce que l’on appellerait plutôt des novellas, le genre intermédiaire entre la nouvelle et le roman) que Gallimard a réunis en un volume. Les deux textes sont signés Vladimir Semionovitch Makanine, mathématicien russe de l’époque soviétique devenu romancier, décédé en 2017 à 80 ans.

La Route est longue : « Malheur à celui qui a appris l’existence du Mal ».

C’est par de subtils détails que l’on comprend que le roman se déroule dans un futur imaginaire. Nous apprenons au détour d’une conversation que « le SIDA a été vaincu au siècle dernier », et rien de plus ne viendra vraiment indiquer l’époque future où se situe l’action. Ici, pas de décor futuriste, pas d’innovations scientifiques extraordinaires, ni de voitures qui volent, etc. L’action du roman se situe essentiellement dans une usine qui fabrique des protéines animales de synthèse. Une usine perdue en plein milieu de la steppe, immense « combinat » comme l’Union Soviétique en connaissait tellement.

Publié en 1991, La Route est longue a donc été écrit dans les derniers balbutiements de l’URSS, et l’état d’esprit si caractéristique de l’ère soviétique se ressent souvent au fil des pages. Ainsi, nous avons ce « combinat » construit autour d’une usine, et où se trouvent les logements des employés, des restaurants et sans doute de nombreuses autres choses. Toute une petite ville, entourée d’une enceinte fortifiée, ne vit que par et pour l’usine.

L’autre aspect typiquement soviétique, c’est la culture du secret et de la dissimulation, voire du mensonge érigé en méthode de gouvernement. Dans ce monde futuriste, tout doit être beau, propre et lisse, complètement aseptisé. C’est ainsi que l’on a officiellement mis fin à l’abattage des animaux, préférant préparer de la fausse viande à base de protéines de synthèse. Sauf que tout cela n’est que mensonge et poudre aux yeux. L’abattage des animaux se fait toujours, toujours avec la même brutalité. Les aliments sont toujours de la vraie viande. Mais tout se fait désormais dans le plus grand secret, loin des yeux du reste de l’humanité, pour les préserver. Comme pour leur garder une certaine pureté, une innocence.

Car ne nous y trompons pas, le but de Makanine n’est pas ici de dénoncer l’abattage des animaux (bien que les scènes où il décrit les vaches à l’abattoir soient assez brutales). La question ici est celle de l’existence du Mal dans le monde et de notre rapport à lui. Ainsi, le jeune homme protagoniste de l’histoire (et dont on ne connaîtra jamais le nom, ce qui renforce le caractère métaphorique du récit et l’institue comme une fable dont il faudrait tirer une morale) a peur que, désormais qu’il connaît la vérité, on ne le laisse plus rentrer chez lui ; il serait retenu dans le combinat. Une rétention non pas dans le but de le punir d’en trop savoir, mais pour préserver l’innocence du reste du monde.

Et ainsi, l’histoire fonctionne comme l’antithèse du célèbre mythe de Platon dans La République : alors que chez le philosophe antique il fallait sortir de la caverne pour voir la vérité, et alors c’était une obligation morale d’en avertir les autres, ici celui qui connaît la vérité est retenu prisonnier pour ne surtout pas prévenir le reste du monde. Pour le préserver de la connaissance de la vérité. Car une fois que l’on connaît le Mal, il est impossible de faire machine arrière, impossible de le « dé-connaître ». Comme dans l’histoire d’Adam, Eve et le fruit défendu (histoire à laquelle Makanine fait allusion dès les premières pages du roman), c’est l’ensemble du monde qui change lorsque l’on accède à la vérité. Il ne peut plus jamais redevenir comme avant.

Vladimir Makanine interroge aussi notre sensibilité, ou notre absence de sensibilité au Mal, à la violence, à la douleur. Makanine remarque que l’insensibilité face au déferlement de violence de notre monde est devenue la norme, alors qu’une trop grande sensibilité est perçue comme maladive. Comme si souffrir à cause du Mal, souffrir de connaître le Mal, était un signe de faiblesse pathologique.

La Route est longue se présente donc comme une fable (et ne se cache pas d’en être une, comme on le lit dans la seconde partie du roman), et Vladimir Makanine nous livre un récit dense, riche en réflexion, derrière une écriture simple mais précise et minutieuse.

Une table avec tapis et carafe au milieu : l’entretien comme annihilation de l’individu.

Vous êtes convoqués à un énième entretien (pour le narrateur, c’est le 148ème). Depuis le temps, vous savez comment cela va se dérouler. Vous entrerez dans une salle dont le seul mobilier sera une table, avec une carafe d’eau au milieu. Face à vous, un secrétaire de séance et trois ou quatre personnes chargées de vous interroger.

Dans ce roman, Makanine va se plaire à décrire ces personnes qui sont face à vous. Il y a le politicien qui va faire semblant de dominer tout le monde avec sa longue expérience, mais qui a surtout peur de se retrouver un jour de l’autre côté de la table, tant sa place est précaire. Il y a le jeune loup ou la femme stricte qui ne laissera rien passer.

Table avec tapis et carafe au milieu n’est pas à proprement parler un  récit. Makanine ne raconte pas l’entretien. Son but est de tirer de cela des éléments caractéristiques de l’histoire russe. Car cet entretien, qui nous fait inévitablement penser aux actions du KGB de l’époque soviétique, Makanine en fait remonter les racines au plus loin, jusqu’à Byzance, voire Rome.

Le but de votre présence ici n’est pas de prouver votre culpabilité. Non, ce point est déjà certifié depuis longtemps : tout le monde est coupable de quelque chose, il faut juste que vous en preniez conscience. D’ailleurs, à cet entretien, il n’y a aucun représentant de la police. Ce n’est pas un jugement pénal, c’est un « jugement social » : c’est la capacité de l’individu à se fondre dans la société, à représenter la société, à accepter et représenter ses valeurs, qui est jugée ici. Est-il le bon « homo sovieticus », le bon Russe, le bon père, le bon fils, le bon mari, frère, employé… Correspond-il aux critères de la bonne société de son temps ? En cela, nous sommes tous jugés de cette façon, constamment.

« Commence le désir de possession totale – pas uniquement l’âme. La possession veut être sans limites. Des questions, ça déshabille, ça dénude. Interroger quelqu’un, c’est déjà user de lui. La possibilité de pénétrer dans une âme et de l’explorer s’apparente à la possession. »

Le véritable enjeu de cet entretien, c’est de vous rappeler que vous appartenez entièrement à l’Etat. Vous êtes complètement dépossédé de vous-même. Vous ne vous appartenez pas. Ces interrogatoires qui vont chercher jusqu’aux plus infimes détails de votre vie, vos relations avec vos parents, votre femme ou vos enfants, le comportement de votre frère à l’usine, tout cela n’a pour but que de vous rappeler cette vérité essentielle : votre vie est entièrement l’objet de l’Etat.

C’est sans doute cela, cette caractéristique typiquement russe que Makanine cherche à débusquer à travers cette pratique des interrogatoires permanents. La théorie politique de l’autocratie stipule clairement que seul le dirigeant de l’état est un être humain libre et possédant, tous les autres (depuis les humbles paysans jusqu’aux membres de la famille impériale) étant ses esclaves. C’est sans doute cela qui traverse les âges dans l’histoire de la Russie, cette annihilation de l’individu contenue dans la doctrine de l’autocratie.

Et Makanine de décrire l’angoisse qui accompagne ces entretiens, les nuits d’insomnie, la somatisation de l’angoisse… Nous sommes seuls face à l’Etat, face à cet appareil monumental dont les tentacules s’immiscent partout dans vos vies. Seuls face à un monstre inconnu et sans visage : ces personnes qui vous interrogent changent tout le temps, et en même temps ce sont toujours les mêmes.

A travers ces deux récits, Vladimir Makanine fait preuve d’un sens aigu de l’observation et d’une grande capacité à tirer des réflexions philosophiques ou politiques à partir de faits simples et quotidiens. Son écriture d’apparence simple creuse scrute la psychologie de ses personnages et leurs intentions plus ou moins manifestes. Ce sont surtout deux textes politiques dans lesquels Vladimir Makanine s’attache à décrire la relation de l’individu face à l’Etat, à ses mensonges et sa violence. Ce livre nous permet de découvrir un écrivain russe peu connu mais qui mérite d’être lu.

La Route est longue / Une table avec tapis et carafe au milieu, Vladimir Makanine
Gallimard, septembre 1994, 224 pages 

« Le Loup de Wall Street » : « On ne tue pas la poule aux oeufs d’or »

C’est un récit autobiographique qui sonne comme un pamphlet contre la finance casino. Jordan Belfort raconte dans Le Loup de Wall Street toutes les exubérances d’un microcosme gorgé de fric et de vanité. Une description grandiose qui poussera Martin Scorsese à porter le livre sur grand écran, avec le succès que l’on sait.

« Quiconque affectait un comportement normal n’était qu’un rabat-joie qui cherchait à gâcher le plaisir des autres. » Quel regard plus lucide que celui-ci quand il s’agit d’évoquer ces temples de la spéculation qui fleurissent aux quatre coins de Wall Street ? Jordan Belfort, financier exubérant et désinhibé dans toute sa splendeur, décrit sans détour la folie inexpiable à l’oeuvre chez Stratton Oakmont, et par extension dans tout le microcosme nauséabond et ordurier de la finance américaine. Son autobiographie porte la démesure en bandoulière : on avale les cachetons comme un bébé le ferait avec sa panade à la banane ; on se jette sur les putes comme des rats sur une croûte de fromage ; on ventriloque bêtement, sourire aux lèvres, les discours préfabriqués du golden boy sacralisé.

Le Loup de Wall Street n’y va pas par quatre chemins : ses portraits, élogieux ou irrévérencieux, sont rédigés à l’encre de l’indécence ; ses protagonistes, constellation de traders illuminés, ont l’air moins avenant qu’une vieille moquette d’hospice ; les grandes compagnies financières s’y déploient dans une opacité rappelant vaguement les systèmes d’ordre para-soviétiques ; même Chronos, un peu las, semble s’y plier aux volontés du roi Dollar… Bovin amorphe et baveux après une surdose, enfant roucoulant quand il s’agit de convaincre sa « Duchesse » d’écarter les cuisses ou de desserrer les mâchoires, Jordan Belfort ne s’épargne pas. Au contraire, il tient des comptes d’apothicaire dès lors qu’il évoque ses obsessions sexuelles, ses innombrables accoutumances ou ses bons coups boursiers, fumeux et souvent parfaitement illégaux, se chiffrant en (dizaines de) millions de dollars.

Des excursions récréatives en Suisse aux postes de police américains, il n’y a parfois qu’un pas, que certains franchissent à cloche-pied. « Le Loup » ne raconte pas seulement l’outrance d’une existence dorée, abritée dans des châteaux aux mille valets, bercée par le ronronnement d’une Ferrari Testarossa ou les vibrations d’un yacht ridiculement surdimensionné. Il épingle aussi la perdition qui vous attend de pied ferme, celle de la vie de famille brisée à force d’usure ou celle liée à une justice qui soudain se dresse sur votre route et vous demande de rendre des comptes, pas falsifiés ceux-là. C’est l’autre face de cette autobiographie-fleuve (plus de 750 pages) : celui qui peut taper 12,5 millions de dollars en trois insignifiantes minutes, résultat d’une introduction en bourse fructueuse, est sans cesse en butte à ses propres démons : la drogue, le sexe, la fraude, les manipulations… Jusqu’à migrer vers un centre de désintoxication… ou la prison.

Le Loup de Wall Street, Jordan Belfort.
Le Livre de Poche, février 2011, 768 pages.

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