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Film au sang jaune, action latine, design déluré, impression et beauté japonaises – l’abécédaire artistique n°35

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ABC… ART

Cet abécédaire vous parlera de :

Art en général, peinture, arts graphiques, sculpture, gravure, littérature, poésie, musique, cinéma, Histoire, gastronomie, traditions, arts vivants, théâtre, opéra, philosophie, etc.

Rendez-vous un jeudi par mois pour une chronique d’art illustrée où vous découvrirez 5 définitions artistiques issues de lettres de l’alphabet choisies aléatoirement.

PS : L’Abécédaire artistique est fier de fêter déjà +30 numéros et une moyenne de 20 000 lectures par mois !

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  • Giallo

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catégorie : cinéma, notamment italien, policier, angoisse, horreur, nom masculin, de l’italien (jaune).

Le giallo est une catégorie de films, comme le western ou le thriller. Son nom nous vient de l’Italie et signifie « jaune » dans la langue de Dante. Pourquoi jaune et non pas rouge, pour ces films aux pellicules teintées par l’hémoglobine de meurtres sordides et glaçants ? Les gialli (pluriel de giallo) portent ce nom en référence à la couleur dominante des couvertures de romans policiers, dans les années 20, en Italie. Dans ce pays, le giallo fait référence aux œuvres policières en général, qu’elles soient cinématographiques ou littéraires.  

Plus qu’un film policier, le giallo fait cohabiter une esthétique sombre et un goût pour le sanglant à une érotisation du scénario et de la réalisation. Les caractéristiques du giallo font s’opposer l’esthétique à la clarté du scénario, ainsi, si on encense souvent la beauté des décors et le travail visuel de ces films, on estime souvent leurs failles dans la construction des personnages et l’obscurité du déroulement du récit. Les gialli sont aussi traversés par des femmes tragiquement assassinées par un meurtrier au visage caché, leur mort violente traitée avec érotisme. 

Si l’heure de gloire de ce genre est assez courte – une vingtaine d’années à peine – et s’étend des années 60 aux années 80, le giallo a continué d’influencer des films plus tard, à l’instar de Basic Instinct (Paul Verhoeven), sorti en 1992. 

On admet couramment le réalisateur italien Mario Bava (1914-1980) comme inventeur du giallo, avec son film La Fille qui en savait trop (1963). Cependant, l’autre grand maître de ce genre sanglant est le cinéaste de même nationalité Dario Argento (né en 1940) ; pourtant, son film le plus connu n’est pas un policier mais un thriller fantastique, Suspiria (1977), qui marque une rupture avec ses intrigues de prédilection jusqu’alors. En 2009, il sort néanmoins Giallo, film hommage à ce style cinématographique. 

Envie d’en savoir plus sur le giallo ? Lisez notre dossier dédié

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  • In medias res

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catégorie : littérature, œuvres en général, locution, du latin (au milieu des choses).

La locution latine in medias res se retrouve dans le milieu des analyses d’œuvres. Un début dit « in medias res » est un début qui commence au cœur de l’action, plongeant le spectateur, dès les premières pages et même lignes, dans le dynamisme d’un acte en train de se dérouler et auquel il assiste sans en connaître les codes – où, quand, pourquoi, qui ? Le contraire de l’in medias res pourrait être, en autres une expression qu’on connaît bien : « Il était une fois ». La locution sortie des contes introduit un par un les éléments de l’histoire, en lui instaurant un cadre précis (Il était une fois, dans tel pays, à telle époque, tels personnages qui faisaient telle occupation, etc.). 

Dans le cas d’un début in medias res, le spectateur découvre un récit par l’intérieur, en étant directement plongé au cœur d’une action qu’il suit sans pour autant la comprendre, et qui, par la suite, sera explicitée par le déroulement de l’histoire. Pour ces raisons, on ne parle d’in medias res qu’au moment du début d’une œuvre (sauf s’il s’agit d’une œuvre en plusieurs parties ou à plusieurs voix). 

Quel est l’intérêt de ce type de début ? L’in medias res a tout simplement pour but d’accrocher dès le début son lecteur, d’éviter une exposition du cadre qui pourrait être laborieuse. En piquant sa curiosité, elle lui donne envie de découvrir la suite, de comprendre l’action qu’il vient de découvrir. Ce type de début est très adapté aux récits intenses, comme les enquêtes ou les thrillers. 

Auparavant appartenant exclusivement à l’univers de la littérature, l’in medias res concerne aujourd’hui également le cinéma, la télévision et l’art en général. 

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  • Memphis (Groupe)

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catégorie : design, arts appliqués, nom propre.

Le groupe Memphis est un collectif et un mouvement de design né en 1980 dans la ville de Milan. Il est fondé par un designer et architecte incontournable : Ettore Sottsass (1917-2007). Bien que né en Italie, Memphis rassemble des créatifs de toutes nationalités et de tous métiers (designers, architectes, créateurs variés) ; il a pour cofondateur le designer italien Michele De Lucchi (né en 1951). La raison de ce nom, Memphis, est à chercher dans une triple origine, haute en couleur, qui atteste des idées excentriques du groupe. Memphis fait en effet référence à la chanson de Bob Dylan Stuck Inside of Mobile with the Memphis Blues Again (1966, parfois simplement connue pour Memphis Blues Again), ainsi qu’à la ville antique de Memphis, un temps capitale des pharaons, et à celle, moderne et éponyme, qui se trouve dans le Tennessee, berceau du King, Elvis Presley… 

Qu’est-ce qui a rendu ce mouvement de design incontournable ? Découvrons-le ensemble.

Les objets Memphis, ce sont des éléments colorés, géométriques et équilibrés, des meubles amusants et fonctionnels. Ils apparaissent en rupture avec l’esthétique Bauhaus (voir l’entrée éponyme, Abécédaire artistique n°23), apparue dès 1919 et ayant continué de se développer dans les décennies suivantes, en Europe. Les constructions et le mobilier Bauhaus sont, en effet, caractérisés par un grand fonctionnalisme et un dépouillement avec lesquels le groupe Memphis entre en rupture. Les formes sont beaucoup plus libérées, résolument farfelues et kitsch. Il en va de même pour les motifs : rayures, éléments répétés, pois ou bacilles… ou aplats de couleurs vives voire primaires. Ceux qui dessinent les meubles Memphis n’ont pas peur de faire cohabiter cinq ou dix couleurs sur une seule pièce ! Les matériaux sont simples, souvent en bois, métal, plastique, mélaminé ou stratifié. Il y a très peu d’ornementations : tout passe par la forme et la couleur, avec des éléments obliques qui donnent l’impression que les meubles et les luminaires s’épanouissent dans la pièce. Ils jouent en effet souvent avec l’anthropomorphisme ou la paréidolie, leur structure et les jeux de couleurs pouvant rappeler un animal ou une silhouette humanoïde.

Mais pourquoi des créations si audacieuses, si voyantes ? Tout simplement car le groupe Memphis, en plus de rompre avec le Bauhaus, cherche aussi à rompre avec les codes de l’intérieur bourgeois, aux couleurs douces et aux meubles sobres. L’objectif est aussi de créer un mobilier émotionnel plutôt que fonctionnel. Comme le dit en effet très pragmatiquement Sottsass : « Quoi qu’il en soit, tous les livres finissent toujours par tomber. » 

Le designer italien et sa bande ont ainsi donné au monde des objets étonnants, comme la bibliothèque Carlton (1981), sur laquelle un fétiche simplifié semble perché, l’autre bibliothèque Casablanca (1981) parée du motif Bacterio, la lampe Tahiti (encore en 1981) à l’allure de canard exotique. Comme précurseurs et parmi les pièces emblématiques du style de Sottsass ayant influencé Memphis, on peut citer le miroir lumineux Ultrafragola (1970), dégoulinant de sensualité, ainsi que la fameuse machine à écrire rouge vif Valentine (co-créée avec Perry King pour le fabricant Olivetti, en 1969). 

La suite du mouvement Memphis ? Le néo-Memphis, bien sûr, une revisite un peu plus mesurée de ce style emblématique des années 80-90. Aujourd’hui, des designers comme Camille Walala (née en 1975), et surtout Karim Rashid (né en 1960), qui a été le propre élève de Sottsass à Naples, en sont les nouveaux maîtres, avec un peu plus de sobriété et beaucoup de jeux de formes et de couleurs directement sur les murs pour la première, grâce à des peintures murales  répondant à la géométrie des lieux (voir les entrées In situ et Fresque, respectivement Abécédaire artistique n°14 et n°24), et un grand fonctionnalisme et une sensualité pour le second.

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  • Risographie

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catégorie : impression, artisanat notamment japonais, nom commun, d’après le japonais riso (idéal).

La risographie est un procédé d’impression ancien qui revient de plus en plus à la mode. Fonctionnant sur le modèle de la sérigraphie, mais mécanique, l’impression d’une image se réalise en imprimant chaque couleur l’une après l’autre. Le résultat peut ainsi présenter un léger décalage connu pour donner son charme à ce procédé artisanal. 

Pour imprimer en risographie, il faut donc décomposer son image en différents calques de couleur, en piochant dans une palette variée et non standardisée qui intègre même des encres métallisées ou fluos. Les encres sont vives et se mélangent très bien. Il n’y a pas d’équivalent exact au système d’impression CMJN (Cyan, Magenta, Jaune et Noir) et la personne en charge de la risographie choisira elle-même les encres équivalentes. Chacune de ces nuances sera donc imprimée une par une, le papier passant dans le duplicopieur – ou risographe – autant de fois que le dessin présente de couleurs. C’est la raison pour laquelle chaque exemplaire du tirage est unique, présentant ses petits défauts propres rappelant une impression ancienne et faite main. Le séchage lent et la superposition des encres donnent aussi au résultat papier un aspect presque tactile. A noter aussi qu’il faut parfois plusieurs essais pour obtenir le résultat voulu ! 

Le procédé de l’impression RISO vient du Japon. Il a été inventé en 1946 par Noboru Hayama, qui crée un atelier où mettre en œuvre son nouveau procédé d’impression, qu’il veut non pas tourné vers la production mais vers la beauté et l’art, comme en témoigne le choix du nom « riso » signifiant en japonais « idéal ». C’est donc derrière les portes de l’imprimerie Riso-Sha que se joue le destin de la risographie. Dans les décennies suivantes, l’impression par risographie se développe au Japon, avec notamment la commercialisation de risographes, puis autour du monde, également appréciée pour sa technique respectueuse de l’environnement (procédé d’impression à froid, encres à émulsion à base de soja). 

Aujourd’hui, la risographie est de plus en plus plébiscitée par nombre d’artistes qui souhaitent non seulement s’impliquer dans le processus d’impression de leur travail, mais qui apprécient aussi la possibilité d’expérimenter en jouant avec les potentialités de la risographie pour que la technique d’impression soit partie prenante de l’existence sous forme papier de leurs œuvres. 

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  • Yūgen

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catégorie : esthétique, poésie et philosophie japonaises, nom commun, d’après le japonais (beauté idéale, mystérieuse, profonde).

Le yūgen est un concept venu de l’esthétique japonaise, et qui désigne la beauté mystérieuse et subtile du monde, au sens de la nature. L’idée sous-tendue est qu’il existe, dans le monde, une beauté idéale et profonde qui peut s’exprimer et se ressentir ponctuellement dans l’existence. Cette beauté est liée à l’impermanence de la vie et de la nature, concept cher à la société nippone, tout comme celui du monde flottant : rien ne dure, toutes choses vont et viennent et il est nécessaire d’être capable de s’ancrer dans l’instant présent. Quasi-insaisissable, le yūgen peut-être représenté par les artistes dans les arts visuels, notamment l’estampe, mais aussi dans la poésie et la littérature. 

Les estampes d’Hokusai, par exemple, qui montrent le mont Fuji enneigé ou la violence d’un raz-de-marée sont des représentations du yūgen. Dans le reste de l’imagerie de paysages nippone, on retrouve souvent des scènes naturelles sous la brume, ou barrées des traits obliques d’une pluie temporaire, des forêts mystérieuses, des sommets enneigés et inviolés, etc. Dans la poésie, le yūgen décrit ces mêmes éléments naturels, par exemple les feuilles mortes tombant en automne, les lumières temporaires liées aux saisons, notamment dans la pratique du haïku (voir l’entrée éponyme, Abécédaire artistique n°3).

Rendez-vous dans un mois pour 5 nouvelles définitions artistiques. Pour vous proposer un contenu toujours aussi passionnant, l’Abécédaire Artistique est mis en ligne une fois par mois, toujours le jeudi.

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