Cubisme : Fragmentation et Points de Vue Multiples au Cinéma et Numérique

De Picasso à Braque, le cubisme brise le réel en fragments, offrant des points de vue multiples pour révéler l’essence cachée des choses. « Le cubisme n’est pas différent en essence de toute autre école picturale. Les mêmes principes et les mêmes éléments sont communs à tous », affirmait Picasso. Un siècle plus tard, cette fragmentation résonne dans les écrans : des animations kaléidoscopiques de Spider-Man: Into the Spider-Verse aux réalités hackées de Mr. Robot, des disparitions énigmatiques de The Leftovers aux glitches numériques contemporains. Le cubisme n’est pas mort — il mute en pixels, en interfaces multi-fenêtres, en visions déconstruites qui questionnent notre perception du monde.

I. Le Cubisme : Fragmentation et Points de Vue Multiples

Les Fondations du Mouvement

Né à Paris vers 1907, le cubisme révolutionne l’art sous l’impulsion de Pablo Picasso et Georges Braque. Inspiré par Cézanne, qui conseillait de « traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône », le mouvement déconstruit la réalité en facettes géométriques. Le MoMA le définit comme une rupture avec la perspective unique de la Renaissance, optant pour des vues simultanées qui capturent l’objet sous tous les angles.

Picasso, avec Les Demoiselles d’Avignon (1907), inaugure le cubisme analytique : formes brisées, influences africaines, espace aplati. Braque répond avec des natures mortes fragmentées, où objets se fondent en plans superposés.

« The fact that for a long time Cubism has not been understood and that even today there are people who cannot see anything in it means nothing. I do not read English, an English book is a blank book to me. This does not mean that the English language does not exist. Why should I blame anyone but myself if I cannot understand what I know nothing about? »

— Pablo Picasso

Le cubisme synthétique suit (1912-1914) : collages, papiers collés, intégration d’éléments réels pour questionner illusion et réalité. La Tate Modern souligne cette quête : déconstruire pour reconstruire, multipliant les perspectives pour une vision plus complète, presque temporelle.

« What greatly attracted me – and it was the main line of advance of Cubism – was how to give material expression to this new space of which I had an inkling. »

— Georges Braque

Les Codes Cubistes

La fragmentation : Objets décomposés en plans géométriques, facettes angulaires — adieu à la forme unifiée.

Points de vue multiples : Vues simultanées (devant, dessus, côté) fusionnées en une image, créant un espace non-euclidien.Le collage et l’abstraction : Intégration de textures réelles, couleurs neutres (gris, bruns) pour focaliser sur la structure, pas l’illusion.

II. Le Cinéma Contemporain : Fragmentation Narrative et Visuelle

Spider-Man: Into the Spider-Verse (2018) : Animation Kaléidoscopique

Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman transforment le multivers Marvel en hommage cubiste. Miles Morales navigue entre dimensions, avec des styles d’animation superposés : traits fragmentés, couleurs clivées, panneaux comiques collés comme des papiers cubistes. IndieWire analyse : les « glitches » visuels et shifts de perspective multiplient les vues sur l’identité, comme Braque fusionnait objets.

Les sauts dimensionnels : Écrans divisés, formes géométriques brisées — un cubisme animé où le héros se fragmente pour se recomposer.

Mr. Robot (Sam Esmail, 2015-2019) : Hacking et Réalités Multiples

Elliot Alderson (Rami Malek) incarne la fragmentation mentale : hacks visuels, glitches d’écran, perspectives alternées entre réalité et illusion. Esmail utilise des cadrages asymétriques, superpositions numériques, pour déconstruire la société. Vulture note : comme Picasso, la série brise la narration linéaire, offrant des vues multiples sur le trauma.

Les glitches narratifs : Épisodes en boucle, identités dédoublées — cubisme psychologique où le code source fragmente l’humain.

The Leftovers (Damon Lindelof, 2014-2017) : Disparitions et Perspectives Éclatées

Après la « Départ Soudain », le monde se fragmente : réalités alternatives, timelines superposées, points de vue subjectifs. Lindelof multiplie les angles (scientifique, mystique, personnel), comme le cubisme synthétique intègre le réel. Scènes oniriques brisent la continuité, avec des collages visuels d’objets symboliques.

Les mondes parallèles : Vues simultanées sur le deuil, où personnages se décomposent en facettes émotionnelles.

Autres Héritiers : Inception et Everything Everywhere All at Once

Christopher Nolan dans *Inception* (2010) : rêves imbriqués, architectures pliées — perspectives multiples comme Braque explorait l’espace tactile.

Everything Everywhere All at Once (Daniels, 2022) : Multivers fragmenté, sauts entre réalités, collages absurdes — cubisme narratif pur, où Evelyn (Michelle Yeoh) se recompose via vues infinies.

« Cubism is not either a seed or a foetus, but an art dealing primarily with forms, and when a form is realized it is there to live its own life. »

— Pablo Picasso

III. Le Numérique Contemporain : Glitch et Multi-Fenêtres

Glitch Art : Fragmentation Digitale

Le glitch art, popularisé par des artistes comme Rosa Menkman, déconstruit les données numériques en erreurs visuelles : pixels brisés, couleurs décalées. NECSUS lie cela au cubisme : comme Picasso fragmentait la forme, le glitch révèle la structure cachée du code, transformant bugs en esthétique.

Exemples : Installations comme Cyborg Montage (2017) superposent fragments numériques, créant vues multiples sur l’identité digitale.

Interfaces Multi-Fenêtres : Perspectives Superposées

Dans l’UX design, les multi-fenêtres (split-screens, overlays) évoquent le cubisme : apps comme Adobe Photoshop ou Figma superposent vues (zoom, layers), brisant l’interface unique. Medium note : cubisme inspire le design moderne, où utilisateurs naviguent perspectives multiples simultanément.

VR et AR : Mondes fragmentés, comme dans jeux avec HUD superposés — cubisme appliqué au virtuel.

« Nature is a mere pretext for a decorative composition, plus sentiment. It suggests emotion, and I translate that emotion into art. »

— Georges Braque

IV. Convergences : Du Toile au Pixel

Picasso et Braque déconstruisaient pour révéler ; *Spider-Verse* fragmente l’animation pour explorer l’identité ; *Mr. Robot* glitch le réel pour hacker la psyché ; glitches numériques et multi-fenêtres prolongent cette quête d’espaces multiples.

Dans un monde saturé d’images, le cubisme offre un antidote : briser pour mieux voir. De la toile aux écrans, la fragmentation questionne : qui voit quoi, et sous quel angle ?

« When we discovered cubism, we did not have the aim of discovering cubism. We only wanted to express what was in us. »

— Pablo Picasso

Le cubisme contemporain prouve que l’art n’est pas figé : il se recompose en pixels, en hacks, en multivers. Bienvenue dans un monde éclaté, où chaque facette raconte une vérité.

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

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"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

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