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Sarah Anthony © Textes et illustrations tous droits réservés.

Performance sanglante, école de design allemande, peinture en contrastes de lumière, livre des rêves napolitain et résistant par le style – l’abécédaire artistique n°23

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ABC… ART

L’Abécédaire Artistique

Cet abécédaire vous parlera de :

Art en général, peinture, arts graphiques, sculpture, gravure, littérature, poésie, musique, cinéma, Histoire, gastronomie, traditions, arts vivants, théâtre, opéra, philosophie, etc.

Rendez-vous un jeudi sur deux pour une chronique d’art illustrée où vous découvrirez 5 définitions artistiques issues de lettres de l’alphabet choisies aléatoirement.

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  • Actionnisme viennois

catégorie : arts plastiques, art conceptuel, performance, nom masculin de l’allemand Wiener Aktionismus.

L’actionnisme viennois est un mouvement artistique radical né en Autriche. Apparu dans les années 1960, le mouvement conceptuel est surtout le fait d’artistes autrichiens.
Attaché au corps dans sa matérialité, l’Actionnisme viennois comprend essentiellement
 des performances artistiques mettant en avant la violence, avec souvent des mises en scène sanglantes, soit réalisées à partir de carcasses d’animaux, soit à partir du corps des artistes eux-mêmes maquillés avec du sang pour simuler une dissection.
Les performances des actionnistes viennois rassemblent presque toujours un grand nombre de participants et, sur des fonds blancs (sols, draps), montrent de grandes taches, voire des mares de sang – pour ces raisons, elles ne sont pas à montrer aux yeux sensibles. Le but est évidemment de choquer, et surtout de montrer l’horreur de la guerre et son résultat sur le corps humain, véritable chair à canon.
Bien que difficile d’accès, l’Actionnisme viennois s’épanouit à une période où la performance artistique sous toutes ses formes est particulièrement en essor.
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  • Bauhaus

catégorie : arts appliqués, architecture, design, arts plastiques, nom masculin de l’allemand Staatliches Bauhaus (bâtiment public).

La Staatliches Bauhaus, ou école du Bauhaus, donne son nom au mouvement pictural qui en découle, centré sur l’architecture et le design. Fondé en 1919 à Weimar, en Allemagne, par l’architecte Walter Gropius, l’établissement du Bauhaus est à l’origine une école d’arts appliqués, d’architecture et de design. Alors qu’on est en pleine période d’avant-garde artistique, mouvement sur mouvement émergent : expressionnisme, courant Dada (voir Abécédaire artistique n°9), futurisme, néo-impressionnisme, etc. Il en va de même pour l’école du Bauhaus qui produit des œuvres graphiques et des collages faisant la part belle à la mesure, à la recherche d’espace négatif et à l’équilibre. En termes d’architecture et de design, les lignes sont nettes et les meubles sont dépouillés et fonctionnels, traçant là les prémices du fonctionnalisme (courant de pensée, en design, pour lequel la fonction d’un objet doit primer sur son esthétique). 

Le Bauhaus progresse rapidement hors des frontières régionales de Weimar. En 1933, pourtant, son école de Berlin est fermée sur ordre des Nazis, en pleine purge artistique. En effet, à l’époque, nombre d’œuvres d’art ne résistent pas à l’estampille « art dégénéré » que les partisans d’Hitler imposent à toute œuvre qui n’est pas idéalisée et ne correspond pas à leurs idées.
Toutefois (et heureusement), cette mise au ban ne parvient pas pour autant à réduire l’influence du Bauhaus, en architecture notamment, mais aussi en arts appliqués.
Les artistes Vassily Kandinsky, László Moholy-Nagy et Paul Klee, ont, entre autres, été inspirés par le Bauhaus.
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  • Chiaroscuro

catégorie : arts plastiques, Beaux-Arts, arts de la Renaissance, nom masculin de l’italien (clair obscur).

Après avoir découvert le sfumato, l’unione et le cangiante (voir respectivement Abécédaire artistique n°14, 15 et 21), intéressons-nous à présent au dernier des quatre procédés picturaux de la Haute-Renaissance : le chiaroscuro.
Le clair-obscur est la technique de prédilection du grand peintre italien qu’est Le Caravage. Comme son nom l’indique, le chiaroscuro mêle tons clairs et tons obscurs, pour donner une intensité lumineuse et contrastée à l’œuvre. Les toiles peintes selon le principe du clair obscur donnent à voir leur sujet, certes, mais surtout, une certaine lumière éclairant le sujet, permettant une nouvelle lecture des volumes et des espaces.
Le clair obscur, c’est toujours une lumière rasante et intime qui dévoile çà et là des contours, qui dessine des visages et des objets qui apparaissent tronqués, une de leur partie demeurant dissimulée dans l’obscurité, avec des transitions plus ou moins nettes. Les formes émergent d’un noir de jais, obtenu en fonçant le support avec du brou de noix – qu’on extrait de l’écorce -, connu pour donner une intense coloration noire. Ainsi, les zones peintes en tons clairs ressortent d’autant mieux. 

On l’a dit, c’est Le Caravage, peintre à la vie romanesque, qui magnifie la technique dans ses œuvres religieuses, bien que le clair-obscur existe depuis les débuts de la peinture. Il n’est toutefois pas le seul à lui donner ses lettres de noblesse. Georges de La Tour se sert du chiaroscuro et de son caractère propice à instaurer une ambiance intime, comme lorsqu’il peint La Madeleine à la veilleuse (1640-45), représentant une Marie-Madeleine pénitente, avec de beaux contrastes de lumière. 
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  • Smorfia

catégorie : culture napolitaine, nom féminin, de l’italien Morfeo (Morphée).

La smorfia, également appelée Livre des Songes, est un livre napolitain illustré destiné à prédire les numéros gagnants de la loterie, en servant de ses rêves.
Chacune des 90 vignettes comporte un dessin auquel est associé un chiffre (avec un titre souvent en italien et en napolitain). En fonction de ce dont on a rêvé, on peut chercher dans les vignettes, des images y correspondant ou s’en rapprochant le plus, pour ensuite en déduire les chiffres à choisir sur son billet de loterie. Etymologiquement, le mot smorfia dérive du nom de Morphée, dieu grec des rêves et du sommeil. Les cases représentent des mois, des jours, des objets, des symboles, etc. La smorfia est une composante typique de la culture napolitaine, friande de superstitions. Friande aussi de combines pour améliorer la vie quotidienne. 

Deux origines sont discutées. Le livre pourrait être venu à l’origine de Gênes, au XVIeme siècle, avant d’évoluer vers sa forme définitive dans la Cité Parthénopéenne, pour à présent faire partie intégrante de son patrimoine culturel populaire. Toutefois, on prête aussi à la smorfia une origine plus ésotérique, liée à la Kabbale…
Aujourd’hui on peut encore acheter des livres de Smorfia Napoletana dans les rues pavées de tuf volcanique de Naples.
Par extension, on peut aussi s’inspirer des vignettes de la smorfia pour faire des commentaires sur un anniversaire, ou tout autre date, le jour du mois correspondant à une image. Dans la tradition napolitaine, on considère, par exemple, le mois de mars comme le mois des fous. La vignette représentant la folie, dans le livre de smorfia, porte le numéro 22 (‘O pazzo, en napolitain). Ainsi, quelqu’un né le 22 mars est considéré comme doublement né sous le signe de la folie ! 

Enfin, à Naples, des livrets et affiches de smorfia servent aussi à jouer à la tombola de Noël, puisque les images sont numérotées. On marque ses chiffres en posant une cacahuète ou un quartier de mandarine sur la vignette ! Selon le nombre de numéros trouvés, on a réussi différentes combinaisons : ambo (2 bons numéros), terna (3), quaterna (4), quintina (5) et tombola (tous les bons numéros) qui permettent de remporter plus ou moins d’argent.
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  • Zazou

catégorie : mode, sous-culture française, résistance passive, Histoire, nom masculin issu du titre Zah Zuh Zaz par le jazzman Cab Calloway.

On pourrait dire du zazou qu’il est une version alternative du dandy. Comme le dandy, le zazou est un peu insolent, un brin culotté, et il l’affiche avec son style.
La particularité du zazou est qu’il se rebelle pendant la Seconde Guerre mondiale. Il fait part de sa différence, sa singularité et son exubérance en portant des costumes amples, typiques du swing jazz. Les femmes, quant à elles, portent des grosses chaussures et des jupes courtes. L’un comme l’autre affichent des rayures, imprimé par excellence du ou de la zazou. Enfin, l’accessoire incontesté du zazou est le parapluie. C’est par ces effets qu’il résiste, par le style, au régime de Vichy et à la morosité ambiante que la collaboration a honteusement fait planer sur la France.

Mais comment, me direz-vous ? Pourquoi des vêtements ?
Il s’agit surtout une résistance symbolique. Le parapluie, par exemple, est ajouté pour faire anglais, et donc se ranger dans le camp britannique. Quant aux vêtements amples, ils sont un toupet supplémentaire aux rationnements de tissu.
En dehors de la question vestimentaire, le zazou aime le jazz, musique américaine, désordonnée et moderne, dont l’un des morceaux lui a donné son nom. En écoutant ses accords sauvages, auxquels les nazis font la guerre, les zazous crient ainsi haro sur la sévérité et la restriction de l’occupation, mais aussi sur l’obéissance à l’ennemi. Sans surprise, les zazous sont plutôt jeunes – la vingtaine – et viennent de tous milieux sociaux. 

Toutefois, être un zazou n’était pas qu’une question de style, mais demandait au contraire du courage. Les zazous, qui, par solidarité avec les Juifs, portèrent une étoile jaune marquée « zazou » furent arrêtés et internés à Drancy, avant d’être finalement relâchés. D’autres furent tondus et envoyés travailler dans les campagnes par les partis nationalistes, à tel point que les zazous se mirent à vivre dans la clandestinité. 

Rendez-vous dans deux semaines pour 5 nouvelles définitions artistiques. Pour vous proposer un contenu toujours aussi passionnant, l’Abécédaire Artistique est mis en ligne un jeudi sur deux.

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