Continuant son introspection sur la perte et la disparition, Naomi Kawase nous délecte toujours de son style si vaporeux avec Vers la lumière mais s’enlise dans un récit didactique et empreint de fausses pistes.
Avec Vers la lumière, Naomi Kawase parle de cinéma, de l’interprétation que nous portons aux images, de l’importance des mots que l’on utilise pour analyser une œuvre. Avec son habituelle sobriété, elle caressera son sujet mais n’éraflera jamais l’abîme même de ses personnages : la rencontre entre une audiodescriptrice de films ayant perdu son père et un photographe devenant bientôt aveugle est le fil rouge de son histoire. Certes, la bienveillance de la cinéaste pour ses protagonistes est une bouffée d’air frais pour son film, et permet à ce dernier d’engranger une respiration opportune et humaniste mais malheureusement, la réalisatrice se perd dans l’agencement de ce récit sur la cécité et le poids des images, là où les personnages ne seront que des vecteurs à thématique.
Le problème est qu’on ne ressent pas cette douleur, cette perte d’un univers, la réalisatrice ne catalyse pas toute la puissance sensorielle de son récit. On ne voit pas ou peu le vertige occasionné par l’éveil d’un nouveau monde, d’une compréhension différente de l’environnement. Naomi Kawase fait dire à certains de ses personnages que les mots peuvent parfois être trop « intrusifs » vis-à-vis de l’émancipation de l’imaginaire même de chacun. Ces sessions de travail entre Misako et des non-voyants sont le point fort du film : un espace de dialogue qui laisse place à une émotion certaine. Le travail d’un ou d’une audiodescriptrice n’est pas de détailler un film mais de faire ressentir un espace, d’amplifier la souplesse de l’imaginaire pour amener l’émotion.
Pourtant, Naomi Kawase fait réfléchir Misako sur cette nuance-là, mais en oublie de se questionner elle-même sur son cinéma. C’est le point faible d’un film qui manque de légèreté malgré son immense douceur, un cinéma qui ne trouve pas son équilibre entre les envolées esthétiques contemplatives et une récitation plus traditionnelle du script. Si l’on associe le film dans le film et qu’on superpose le travail de Kawase à celui de Misako, la cinéaste fait les erreurs qu’il ne faut pas faire et se contredit assez injustement. Car au lieu de laisser au spectateur la possibilité d’imaginer cette histoire d’amour, de s’émouvoir dans les contours contemplatifs de sa mise en scène, Naomi Kawase s’empêtre à vouloir tout expliquer, à déployer son intrigue par l’instance possessive des mots, à cartographier sa dialectique par un symbolisme pompeux.
Parfois, trop schématique, Vers la lumière se voit parfois sublimé par sa magnifique bande sonore qui suit et harmonise les méandres de Misako et Nakamori. Du coup, Vers la lumière devient un petit objet cinématographique didactique, qui ne surprend jamais son auditoire dans les belles ruelles japonaises et qui rend inaudible une connexion amoureuse invisible et froide. C’est d’autant plus dommage que le film ne manque pas de qualités : une réalisation soignée avec une lumière sublimée et un jeu sur le flou pertinent, un casting en parfaite osmose, une délicatesse et un naturalisme de tous les instants. La preuve en est, le personnage le plus émouvant de Vers la lumière est celui qu’on entend le moins, qui touche par sa simple présence fragmentaire : celui de la mère de Misako, venant de perdre son défunt mari. Personnage loin de la ville et proche de la nature.
Cette nature gardienne protectrice, lieu mystique et fantomatique où se cache la renaissance. Vers la lumière n’a malheureusement pas cette magie, ces moments de suspension que peuvent avoir certaines de ses œuvres précédentes comme La Forêt Mogari ou Still the Water. La réalisatrice ne fait pas assez confiance aux pulsations, au cœur cotonneux de son ouvrage pour le laisser divaguer à sa guise. Les vibrations deviennent une démonstration, perdant l’ambiguïté et la peur sensorielle du spectateur.
Synopsis: Misako passe son temps à décrire les objets, les sentiments et le monde qui l’entoure. Son métier d’audiodescripteur de films, c’est toute sa vie. Lors d’une projection, elle rencontre Masaya, un photographe au caractère affirmé dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit.
Bande annonce – Vers la lumière
Fiche technique – Vers la lumière
Réalisateur : Naomi Kawase
Scénario : Naomi Kawase
Interprètes : Ayame Misaki, Masatoshi Nagase
Photographie : Dodo Arata
Montage : Tina Baz
Société(s) de Production : Comme des cinémas
Distribution : Haut et Court
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 10 janvier 2018
Un vent de liberté, film iranien réalisé par Behnam Behzadi, sort en DVD ce mardi 16 Janvier. L’occasion de revenir sur ce film méconnu sélectionné au festival de Cannes 2016 dans la section Un certain regard.
Synopsis: Niloofar, 35 ans vit seule avec sa mère. Pour protéger celle-ci de la pollution de l’air de Téhéran, la famille décide unilatéralement que Niloofar devra déménager et vivre avec sa mère à la campagne… Alors qu’elle s’est toujours pliée aux exigences des autres, cette fois elle leur tiendra tête.
Si le nom de Behnam Behzadi reste inconnu en France, il n’en est pourtant pas à son premier essai en tant que réalisateur. En effet, il est déjà l’auteur de deux autres œuvres et un court-métrage, qui ne sont malheureusement pas sortis en France. Ce qui est fort dommage étant donné les qualités indéniables dont Un vent de liberté fait preuve.
Également scénariste, Behzadi a réussi à écrire une histoire intéressante traitant de la difficulté d’émancipation des femmes dans le contexte d’un Iran moderne mais toujours sous le joug des traditions. On suit le parcours de Niloofar, une « independent woman » qui tient un atelier de couture mais qui se retrouve soudainement dépossédée de sa liberté à cause de sa famille. Elle va donc essayer de se battre pour redevenir maîtresse de sa vie. Mais on suit son combat avec intérêt car elle se démarque de ses pairs, n’ayant pas emprunté une voie traditionnelle. Sans mari ni enfant, elle n’est pas considérée comme ayant une vie aussi digne que celle de ses frères et sœurs.
L’actrice principale, Sohar Dolatshahi, livre d’ailleurs une très bonne performance en incarnant une femme ne voulant pas renoncer à son droit de vivre comme elle le souhaite. Les autres acteurs sont également convaincants. La réalisation reste sobre, peut-être même un peu trop. Bien qu’il ne soit pas exempt de défauts, le film reste tout de même à découvrir, ne serait-ce que pour son scénario.
Caractéristiques techniques DVD:
Format image: 16/9ème compatible 4/3, format d’origine 2.35
Son: Version originale perse sous-titrée français 2.0 / 5.1
Durée: 1h21
N’ayant pas bénéficié d’une sortie importante, il n’y a pas de bonus DVD.
Alors que les fêtes de fin d’année viennent de s’achever, des informations en provenance des USA évoquent la sortie imminente de nouvelles éditions de films terrifiants avec les figures emblématiques du genre horrifique.
A peine l’année 2017 écoulée avec les triomphes de Get Out, Jigsaw, Çaet le grand retour de Chucky, 2018 s’ouvre sur une tripotée d’informations sur des sorties imminentes de belles galettes horrifiques ! Des grands classiques de l’horreur des années 1980 et 1990 s’apprêtent en effet à connaître une seconde jeunesse avec de nouvelles éditions au format Blu-ray aux USA. Reste à espérer que les éditeurs aient la bonne idée de proposer ces films dans quelques mois en Europe.
Selon des informations de Mad Movies et de la rédaction de Devildead, la sortie imminente d’un Blu-ray aux USA pourrait ravir les fans de bricolage et les bûcherons. Le troisième volet de la franchise Massacre à la tronçonneuse, signé Jeff Burr, va être réédité dans une toute nouvelle copie. Le casting fascinant de cette pépite méconnue du bis regroupe notamment Viggo Mortensen et Ken Foree (le Zombie de Romero), un peu à la manière du quatrième volet de la franchise se déroulant au Texas (Massacre à la tronçonneuse, La nouvelle génération avec Matthew McConaughey). Le film sera présenté en version « unrated ». La durée annoncée est de 85 minutes. Les bonus déjà présents sur les éditions Dvd seront à nouveau disponibles sur ce Blu-ray (le commentaire du réalisateur, un documentaire The Saw is Family ainsi qu’une fin alternative). La version remastérisée de Leatherface : The Texas Chainsaw Massacre 3 s’apprête à sortir aux USA en ce début d’année 2018.
Les amateurs de littérature fantastique et des œuvres de Clive Barker attendent également avec beaucoup d’impatience la sortie imminente du dernier volet de la saga Hellraiser, assez malmenée ces dernières années par des « direct-to-video » assez faibles. Le cube démoniaque et son armée de cénobites vont donc bientôt refaire surface avec Hellraiser : Judgment, réalisé par Gary J. Tunnicliffe. Le film sera accessible sur le marché américain en VOD, en Dvd et en Blu-ray dès le 13 février prochain. La date de sortie du dixième opus de la franchise se faisait attendre depuis de nombreux mois. Les fans craignaient même le pire avec les remous de la Weinstein Company et des studios Dimension Films. Hellraiser : Judgment sortira finalement sous l’étiquette de Lionsgate. Le comédien Paul T. Taylor est le nouveau visage du terrifiant Pinhead (popularisé auparavant par l’acteur Doug Bradley). L’actrice légendaire de la saga Freddy Krueger, Heather Langenkamp, est également au casting de ce volet inédit de la franchise Hellraiser. Le film s’apparente sur le plan de l’intrigue au tout premier Saw. Des inspecteurs de police vont devoir traquer un tueur en série qui terrorise la ville. Ils découvriront un labyrinthe d’horreur dans le cadre de leurs investigations. Les tourments et les supplices infernaux qui attendent chaque victime pourraient bien s’abattre également sur l’un des membres des forces de l’ordre. En cas de succès commercial, des suites pourraient être envisagées selon des informations de Bloody-disgusting, obtenues auprès du comédien Paul T. Taylor.
Hellraiser : Judgment de Gary J. Tunnicliffe – Bande-annonce (VO) :
Concernant le marché hexagonal, le road trip initiatique Leatherface, sur les origines de l’homme derrière le masque terrifiant et la tronçonneuse, est disponible à la vente et à la location depuis le 03 janvier dernier. Le film, signé par les deux réalisateurs français Alexandre Bustillo et Julien Maury, a été présenté lors de la dernière édition du PIFFF. Le Dvd et le Blu-ray proposent des scènes bonus et une fin alternative. Le long-métrage a malheureusement été lui-même tronçonné par les studios hollywoodiens. Le montage original de deux heures a été amputé de trente minutes ! Le Dvd de Leatherface est actuellement vendu avec le numéro de janvier 2018 du magazine Mad Movies.
Un coffret Blu-Ray collector, sorti récemment en France, risque de satisfaire tous les mordus de cinéma fantastique. L’intégrale de la saga Phantasm de Don Coscarelli est en effet disponible dans une réédition intégrale, depuis le 31 octobre dernier.
Paris etc est la dernière série originale créée par Canal + et diffusée en décembre dernier. Elle peint la vie de cinq parisiennes à travers un quotidien banal qui se transforme au fil des épisodes et plonge totalement dans l’époque.
Synopsis : Cinq femmes. Et Paris. Cinq façons d’être, de pleurer, de hurler de rire, de rater le bus, de serrer les dents, de jouir, de ne pas jouir, de boire trop, de grandir, de résister, de faire un enfant ou pas, de ne pas vouloir rentrer chez soi… Cinq façons d’aimer. Cinq héroïnes du quotidien qui traversent Paris, depuis la rentrée des classes jusqu’aux vacances de Noël.
Cette critique peut contenir des spoilers !
Les femmes…
Le public s’attachera ou non aux personnages et aux femmes jouées par Zabou Breitman (Gil), Naidra Ayadi (Nora), Anaïs Demoustier (Mathilde), Lou Roy Lecollinet (Allison) et Valeria Bruni Tedeschi (Marianne), mais il sera difficile de nier l’intelligence avec laquelle la série aborde des thèmes majeurs et très actuels tels que le féminisme. Disons plutôt que ce dernier est sous jacent à toute la série puisqu’elle n’en parle que rarement finalement, mais la démarche mettant cinq femmes modernes au premier plan s’avère être un bel engagement. Les créatrices rompent totalement avec les représentations constantes et coutumières de la femme pour intégrer des figures qui savent ce qu’elles veulent. Chacune à leur manière, elles prennent leur destin en main. De par leurs choix, leur entourage, leurs émotions, elles s’affirment et assument leur statut de femme. Évidemment que la femme moderne n’est pas que l’indépendante sans cœur que l’on se plaît à montrer parfois au cinéma, mais elle n’est pas non plus la femme totalement névrosée et dépendante de son mari. La série fait justement un savant mélange de tout cela en créant cinq personnages qui chacun à leur tour, se détache du rôle cliché que l’on pourrait leur attribuer avec les caractéristiques qui sautent tout de suite aux yeux.
Paris etc, c’est donc cinq femmes débordées, qui doivent être partout à la fois et qui doivent en même temps apprendre à gérer leurs émotions. Résultat : tout déborde, explose et la crise apparaît créant des situations absurdes et souvent très comiques mais aussi des scènes émouvantes jouées avec un talent indéniable par cinq actrices à qui chaque rôle va comme un gant. Les créatrices ne contournent jamais la réalité et jouent franc jeu dans tous les domaines que la vie aborde : la sexualité, la carrière, les enfants, le quotidien…Paris etc livre, à travers ces cinq femmes, une ode aux parisiennes et, de manière même plus générale, une ode à la France et ses françaises qui font tant son charme. Notons d’ailleurs que l’une d’entre elles se nomme Marianne, symbole fort de tout ce qui est représenté dans la série.
…et la société.
Il va de soi que les femmes sont comprises dans cette société dont la série dresse le portrait mais il convenait également de faire une distinction entre les deux pour accentuer les différents thèmes sur lesquels se sont penchées les créatrices. À travers ces cinq femmes était abordé le rôle de celles-ci au sein de cette société contemporaine et comment elle les façonne. Puis d’un autre point de vue, Paris etc livre un tableau collectif sur cette même société en prenant une base bien plus générale mais pas moins intéressante. Chaque épisode navigue entre les thèmes, à l’instar de chaque personnage. De par des phrases lancées de manière anodines ou des scènes de quelques secondes, les dialogues marquent. La série déconstruit les représentations toutes faites. Que ce soit au sujet de la culture, de la communication, de la vision actuelle du couple ou encore plus généralement des normes et des codes sociaux, Paris etc chamboule toutes les constructions sociales et s’engage dans le courant actuel qui consiste à contrer toutes ces définitions pré-établies et ouvrir les esprits sur des choses nouvelles.
Ce qui compte aujourd’hui, ce n’est pas d’avoir de la culture mais d’être curieux : il faut fuir la société qui voue un culte à l’intellectualisme mais qui oublie trop souvent que l’important est de vouloir apprendre et d’aimer le faire, quel qu’en soit le sujet. La série dépeint également beaucoup de problèmes de couple : par manque de communication ou mauvaise, par des situations familiales compliquées (avoir un enfant handicapé), le public voit son époque défiler à l’écran. Dans Paris etc, on parle de sexualité, les couples font l’amour et parlent de leur fantasme dans une époque où tout est devenu tabou. Chaque épisode s’ouvre d’ailleurs sur une scène de coït. Enfin, tout fait écho à beaucoup de sujets actuels : l’harcèlement de rue, les attentats (un colocataire d’Allison blessé lors des attentats du Bataclan) et la peur omniprésente (sécurité à l’école). Tout y est abordé sans jamais endormir le spectateur et en restant relativement vif et frais. La série a aussi son lot de bons moments comme dans l’épisode 11 ; chacune prend son envol sur un air de piano grâce à une décision qu’elle prend pour changer sa vie. La musique joue d’ailleurs une place majeure dans la série. Composée par Benjamin Biolay, elle donne souvent le ton et rappelle au public l’authenticité des thèmes dont elle parle et de la ville qu’elle dépeint.
Paris etc est éminemment politique en réussissant aussi à être un très bon divertissement. La série propose des réflexions sociales en mettant en scène des personnalités plus ou moins atypiques qui font traverser plusieurs étapes de leur vie au spectateur, tout cela sur un ton léger.
Paris etc. : Bande-annonce
https://www.youtube.com/watch?v=Npp8KcZG4h4
Paris etc. : Fiche Technique
Crée par : Zabou Breitman, Maïwenn, Anne Berest
Distribution : Zabou Breitman, Valeria Bruni Tedeschi, Naidra Ayadi, Anaïs Demoustier, Lou Roy Lecollinet, Bruno Todeschini, Yannick Choirat, Hippolyte Girardot, Niels Schneider
Réalisation : Zabou Breitman
Scénario : Zabou Breitman, Maïwenn, Anne Berest, Jérémy Elkaïm, Gabor Rassov, Philippe Lefebvre
Musique : Benjamin Biolay
Producteurs : François Kraus, DEnis Pineau-Valencienne
Sociétés de production : Les films du kiosque,
Format : 30 minutes
Nombre d’épisodes : 12
Diffusée sur : Canal +
Genre : comédie dramatique
Premier épisode : 27 novembre 2017
Ce mardi 16 janvier sort en vidéo Barry Seal : American Traffic. Edité en DVD et Blu-ray par Universal, le film de Doug Liman fait piloter Tom Cruise pour la CIA et la bande d’Escobar. Au programme : le récit d’un american made porté à l’écran par l’une des grandes stars made in america.
Synopsis : L’histoire vraie de Barry Seal, un ancien pilote de la TWA, arnaqueur dans l’âme, recruté de manière inattendue par la CIA afin de mener à bien l’une des plus grosses opérations secrètes de l’histoire des Etats-Unis. Il profitera de l’occasion pour diversifier ses activités en tant que passeur de drogue pour le cartel de Medellín et servira en même temps les intérêts de la DEA…
Barry Seal / Tom Cruise, american made
Le titre original du film, American Made, est intéressant à bien des égards. En effet, Barry Seal est l’un de ses êtres bigger than life qui ont franchi des limites que beaucoup d’entre nous ne connaitront probablement pas. Il est l’un de ces destins fous des States. Le récit incroyable conté dans le film est basé sur la vie du bonhomme. Un homme qui est un pur produit estampillé US. Un pur fils des Etats-Unis, poursuivant l’héritage des grands mythes américains. D’abord pilote, il deviendra un gangster en travaillant avec Escobar. Le fantasme du bandit est ici intimement lié à un autre, celui de l’agent secret. Seal travaille en effet avec la CIA en toute discrétion. Plus tard, il deale avec la DEA en leur donnant des informations sur le Cartel. Entre temps, Barry Seal devient riche. Riche à ne plus savoir quoi faire de son argent. L’unes des séquences comiques du film met en scène Cruise tentant de planquer son magot où il le peut, sa demeure ne comptant plus de cachettes disponibles pour le pactole. En atteignant ses rêves de richesse, Seal espère mettre sa famille loin de tout besoin financier. Car le gus est aussi un père de famille, marié, trois enfants. Notons que ses précédents mariages et premiers enfants ne sont pas mentionnés dans le film. Ainsi Barry Seal est un personnage made in America : père de famille ; métier de rêve ; argent à gogo ; espion ; et gangster…
Tom Cruise / Barry Seal
Quand bien même Tom Cruise délaisse le super-héroïsme « monstrueux » de La Momie pour interpréter un rôle plus terre à terre, son personnage est l’américain ultime. Ne manque plus que des santiags et revolvers pour faire de Barry un cowboy. Plus sérieusement, cette interprétation de Seal par Cruise poursuit l’idée d’un être créé par l’Amérique. En donnant ses traits au personnage, l’acteur lui prête aussi sa personne actuelle. Cruise, comédien et producteur à succès, cascadeur fou, est la star à avoir le plus gros salaire d’Hollywood. Le cast de Cruise permet ainsi d’expliciter le caractère american made, american ultra et bigger than life de Barry Seal.
Blu-ray aérien
Concernant le Blu-ray édité par Universal, rien à redire, hormis l’absence d’une piste vf haute définition. Le film est accompagné de plusieurs featurettes promotionnelles/making-of qui plairont probablement aux spectateurs intéressés par le récit du film et passionneront sûrement les fans du Tom.
Drame noir à la mise en scène flamboyante, Si tu voyais son cœur est un premier film efficace qui souffre cependant d’un scénario fantôme, à la manière de son héros.
Synopsis : Suite à la mort accidentelle de son meilleur ami, Daniel échoue à l’hôtel Métropole, un refuge pour les exclus et les âmes perdues. Rongé par la culpabilité, il sombre peu à peu dans la violence qui l’entoure. Sa rencontre avec Francine va éclairer son existence.
Le film s’ouvre avec le regard perçant de Nahuel Perez Biscayart, le regard de 2017, celui qui a marqué le cinéma l’an dernier et que l’on se fait une joie de retrouver à l’écran dès le début de cette nouvelle année. L’ouverture est planante, dansante : les gens s’amusent, font la fête. C’est à peu près tout le contraire de ce qui va se passer ensuite, dans le film et à l’écran. Si tu voyais son coeur est le premier long métrage de la réalisatrice Joan Chemla, et il est évident qu’il souffre des défauts d’un premier film comme beaucoup d’autres, en partie dans le scénario, comme souvent. Cependant, la jeune réalisatrice s’en sort bien pour proposer au public français quelque chose d’assez dramatique dans son envoûtement.
« Qu’est ce que t’as de beaux yeux. – Et si tu voyais son cœur. »
C’est Nahuel Perez Biscayart qui prononce cette phrase avec l’intensité qu’on commence à lui connaître et la justesse dont on ne doute plus. Une phrase presque anodine à ce moment là qui se révèle être le fil conducteur du film, et de son personnage principal bancal. Quelques mots qui finissent par guider le film puisque son cœur, c’est ce qui l’a perdu. Son cœur, c’était son meilleur ami (Cortel), mort devant ses yeux alors qu’ils rigolaient. Et de cet accident, naît un homme perturbé qui oscille entre hallucinations et besoins primitifs de s’en sortir. Il vole pour avoir de l’argent, il traîne dans un monde violent, sale et l’humour de son meilleur ami ne peut plus l’en sortir. Ses névroses sont ses rêves, ses souvenirs le hantent et les flashbacks se confondent avec la réalité. Le film trace d’ailleurs finement la limite entre ces deux là avec la lumière et la mise en scène, le spectateur se retrouve alors autant perdu que le personnage parfois. Angoissant ? Un peu mais d’une grande qualité.
Cependant, le film meurt très vite : en même temps que Costel d’ailleurs. Le duo touchant et rayonnant laisse souvent place à l’errance d’un personnage et d’un scénario dont on ne retrouve pas toujours le but. La lumière de Costel s’oppose à l’ombre totale de Daniel. Mais si parfois, l’intrigue devient fade, le regard mélancolique de Gael García Bernal et les images mènent le film. À l’instar du personnage principal, l’arrivée de Marine Vacth amène un nouvel air au long métrage. L’obscurité de Daniel prend peu à peu de la distance pour donner de l’espace à la douceur de Francine et l’on retrouve alors le côté planant du bonheur que l’on appréciait au début. Elle le soigne en étant près de lui, en posant sa main sur lui, elle l’appelle « mon ange ». Tout est fait pour opposer les divagations névrosées de la majeure partie du film à une autre forme d’évasion bien plus agréable. Ces émotions, c’est à travers le jeu grandiose des acteurs que l’on peut les percevoir mais aussi grâce à la mise en scène soignée et intelligente d’une réalisatrice qui fait de son premier film, une réussite.
Réalisation : Joan Chemla
Scénario : Joan Chemla, Santiago Amigorena, d’après l’oeuvre de Guillermo Rosales
Interprétation : Gael García Bernal, Marine Vacth, Nahuel Perez Biscayart, Karim Leklou…
Image : André Chémétoff
Montage : Béatrice Herminie
Musique : Gabriel Yared
Décors : Alain Frentzel
Costumes : Elfie Carlier
Société de production : Nord Ouest Films
Distributeur : Diaphana Distribution
Durée : 86 minutes
Genre : thriller, drame
Date de sortie : 10 janvier 2018
Clap de fin sur 2017. La fréquentation des salles obscures en France atteint des records. Depuis six ans, l’industrie du cinéma réalise ses meilleurs résultats. Parallèlement, plus de 13 millions d’internautes téléchargent illégalement des films chaque année. Alors, le piratage a-t-il vraiment tué le cinéma ? Enquête.
C’est une année historique pour le cinéma. Avec plus de 209 millions de tickets vendus en France, l’année 2017 signe le troisième meilleur score depuis 50 ans en termes de fréquentation dans les salles obscures après 2011 et 2016. Pourtant, le piratage des films reste un phénomène important. Des données qui semblent tordre l’idée reçue selon laquelle le téléchargement illégal nuirait à la fréquentation en salles. « Le cinéma est préservé dans la mesure où on est sur un spectacle où les films sont découverts », explique Fréderic Delacroix, délégué général de l’association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA).
Les films les plus vus sont les plus téléchargés
En réalité, le piratage et le nombre d’entrées progressent en parallèle. Parmi les dix plus gros succès internationaux en salles en 2016, on retrouve cinq des films les plus téléchargés de la même année. Deadpool occupe la première place et a engrangé 753 millions de dollars. Captain America : Civil War, lui, a récolté 1 milliard 153 millions de dollars. Un pied-de-nez face aux lobbyistes accusant le téléchargement illégal de causer du tort au cinéma.
Dans une étude publiée en 2011 par le site TorrentFreaks qui recense les téléchargements illégaux des films, Avatar est le film le plus téléchargé entre 2006 et 2011 avec 21 millions de copies illégales. Sorti en 2009, le long-métrage de James Cameron reste le plus grand succès de toute l’histoire du cinéma avec une recette de 2 milliards 787 millions de dollars. « Les films sont piratés en fonction de leur notoriété », précise Fréderic Delacroix.
Un marché du cinéma dynamique
Si le cinéma séduit toujours, c’est parce qu’il s’adapte aux besoins des spectateurs. Offre grandissante, innovation, abonnements : autant de moyens de dynamiser l’économie du 7ème art. Aujourd’hui, la 3D n’est plus le seul procédé innovant proposé dans les multiplexes. Place à l’IMAX ou à la 4DX pour un supplément allant de 3 à 6 euros supplémentaires. Les constructions de multiplexes s’accélèrent. Elles ont bondi de 7% entre 2009 et 2016 passant de 5479 à 5842, selon le Centre National du Cinéma (CNC). Une augmentation qui a permis une hausse de la fréquentation du cinéma dans les petites agglomérations et les zones rurales. En 2016, on compte 8 millions de séances par an et 13 millions d’internautes pirates.
Avec le succès d’Avatar en 2009, le réalisateur James Cameron a voulu montrer que l’innovation était un des seuls moyens d’attirer les spectateurs dans les salles. Maxime télécharge des films illégalement une fois par semaine. Pour lui, le cinéma reste un moment privilégié. « Télécharger ne m’empêche pas d’aller au cinéma, au contraire, j’y trouve l’expérience bien plus intense et surtout depuis le développement de l’IMAX, de la 3D et des salles de plus en plus grandes. »
« C‘est grâce à des films téléchargés que j’ai commencé à être cinéphile »
Par crainte d’une baisse de la fréquentation, le Ministère de la Culture a mis en place un tarif de 4 euros pour les enfants de moins de 14 ans, en janvier 2014. Une politique qui porte ses fruits, puisqu’en 2015, 6,1 millions de jeunes de 6 ans à 14 ans sont allés au cinéma. Un record historique.
Si l’affluence en salles progresse, c’est parce qu’aller au cinéma représente une expérience qu’on ne peut vivre grâce au piratage. « J‘ai vu 64 films au cinéma en 2017″, raconte Corentin, qui télécharge deux films par semaine. « D’ailleurs c’est grâce à des films téléchargés que j’ai commencé à être cinéphile. Il m’arrive de télécharger la filmographie d’un réalisateur puis d’aller voir son nouveau film au cinéma. »
Pour Alexandre, c’est tout le contraire. Blogueur cinéma, il n’a « ni le temps, ni l’argent pour aller au cinéma régulièrement » et voit « quasiment tous ces films grâce au téléchargement ». Les objectifs du téléchargement illégal et d’une sortie au cinéma ne sont pas totalement similaires. Pierre télécharge entre 5 et 6 films par mois depuis 2003 à l’époque du logiciel Emule, mais pour lui « le téléchargement illégal n’a pas remplacé le cinéma ».
Pourquoi le cinéma reste une expérience privilegiée ? « C’est la meilleure façon de s’évader à moindre prix » répond un cinéphile cannois.
Le téléchargement illégal reste un moyen d’accéder à la culture même si l’on manque de moyens. « Je suis divorcé avec deux pensions alimentaires, il ne me reste pas beaucoup, quand on a de jeunes enfants il faut trouver la meilleure solution. Je télécharge donc des films dès que j’ai un coup de coeur », confie Gaëtan. En 50 ans, le prix de la place de cinéma a été multiplié par plus de 35. En 2018, le prix moyen d’un ticket de cinéma est de 10 euros. Le nombre d’internautes pirates en France a beau augmenter, il n’a aucune incidence sur la fréquentation en salles obscures.
«J’ai découvert de nombreux films grâce au piratage »
Malgré les tarifs réduits proposés par les cinémas, il est difficile pour les étudiants de dépenser entre 5 et 10 euros par semaine pour voir un film. Cécile, étudiante, explique que son budget « va en priorité aux dépenses utiles. Pour moi, le cinéma est une dépense inutile. » Le manque à gagner pour les salles de cinéma est quasi-inexistant. Téléchargement ou non, les internautes ne dépenseraient pas ces sous pour aller voir les films.
Alison télécharge plusieurs longs-métrages par semaine. Selon elle, le piratage « permet d’avoir accès à beaucoup de films « indépendants » qui ne sortent pas dans les cinémas français. J’ai découvert de nombreux films grâce à ça ». Sicca (pseudo) profite aussi du téléchargement illégal pour découvrir des films « introuvables qui ne sont plus dispos à la vente. Grâce au téléchargement, j’ai découvert des choses insoupçonnées car ce marché ne met en avant que les blockbusters ou les artistes bankables ».
En France, pirater un film peut être sanctionné jusqu’à 1.500 € d’amende. La sanction ne peut arriver qu’après trois avertissements par Hadopi, (Haute Autorité pour la Diffusion des Oeuvres et la Protection des droits sur Internet). Guillaume, éducateur à l’image, va au cinéma deux fois par mois, possède un abonnement Netflix et achète régulièrement des Blu-ray. Cependant, il « télécharge encore des films. Généralement ce sont des films qui n’ont pas été diffusés suffisamment ou dont la VO était indisponible en salles« .
Quel impact pour les cinémas indépendants ?
« Pourquoi le cinéma survit face au téléchargement ? » : Les exploitantes des cinémas cannois Les Arcades (Arts et essais) et l’Olympia (grand public) répondent. « On a une certaine stabilité, voire une certaine hausse » indique Laeticia Mazeran, gérante du cinéma Les Arcades
« Le téléchargement a-t-il eu un impact sur le nombre de spectateurs en salles ? » Laeticia Mazeran répond : « On a un public de cinéphile qui n’est pas prêt de désemplir les salles.«
La chronologie des médias à revoir
En fait, la hausse des téléchargements illégaux serait surtout nuisible pour le marché de la VOD, malgré l’essor de la SVOD (vidéo à la demande avec abonnement) et des plateformes comme Netflix ou OCS. « [Le téléchargement illégal] a évidemment un impact sur la vidéo et les moyens d’exploitation qui en découlent par la suite », précise Fréderic Delacroix, délégué général de l’ALPA. Il ajoute : « Ça nuit forcément à l’offre légale, parce que si elle ne se développe pas comme elle devrait le faire, c’est à cause du piratage qui permet l’accès gratuit ou semi gratuit à des contenus convoités. L’offre illégale est semi gratuite. Même si l’offre légale est peu chère, les gens ne vont pas accéder à cette offre légale. »
Aujourd’hui, la chronologie des médias n’est plus compatible avec l’avènement du téléchargement illégal et l’éruption de services comme Netflix. Un film projeté au cinéma ne peut être disponible en VOD seulement 4 mois après sa diffusion, et seulement 36 mois sur un service avec abonnement comme Netflix. « Dès que le film sort en DVD ou VOD, tu peux considérer qu’il est directement mis en téléchargement », clame Olivia, présente sur un forum dédié au téléchargement illégal.
L’industrie du cinéma poursuit des négociations interprofessionnelles pour adapter cette chronologie aux nouvelles méthodes de consommation et devrait donner des premières pistes de réforme en mars 2018. Françoise Nyssen, ministre de la culture, a déclaré que si le secteur ne tranche pas sur sa législation dans les 4 prochains mois, l’Etat prendra ses responsabilités.
L’article a été réalisé par Annabelle Georges, Roberto Garçon et Marvin Guglielminetti.
Inlassablement, le Sud-Coréen Hong SangSoo remet son métier sur l’ouvrage, pour évoquer à la manière d’Ozu, mais plus encore de Rohmer, un quotidien tourmenté par les affres d’un amour difficile au mieux, impossible sinon. Seule sur la plage la nuit, avec sa muse Kim Minhee, un de ses meilleurs films à ce jour, est la chronique en creux des amours tourmentées du personnage, et l’évocation émouvante de sa profonde solitude et de sa douce mélancolie..
Synopsis : Quelque part en Europe. Younghee a tout laissé derrière elle : son travail, ses amis et son histoire d’amour avec un homme marié. Seule sur la plage, elle pense à lui : elle se demande s’il la rejoindra. Gangneung, Corée du Sud. Quelques amis trinquent : ils s’amusent de Younghee qui, ivre, se montre cruelle à leur égard. Seule sur la plage, son cœur divague : elle se demande combien l’amour peut compter dans une vie…
Melancholia
Véritable stakhanoviste de la caméra, le coréen Hong SangSoo ne semble jamais pouvoir s’arrêter de tourner. Présent à Cannes avec 3 films en 2017, Le Jour d’après et la Caméra de Claire (coucou, Rohmer !), et à Berlin plus tôt dans l’année, avec le présent Seule sur la plage la nuit. Une boulimie qui pourrait paraître risible si on n’y sentait pas l’urgence absolue qu’il a à tourner ces films qu’il nie être autobiographiques, et qui parlent pourtant viscéralement de lui.
Seule sur la plage la nuit est ainsi basé sur le même scenario déjà ressassé à l’envi : les discussions enflammées sur l’amour, autour de bouteilles de soju vidées les unes après les autres à une allure impressionnante, l’amour entre une jeune femme et un réalisateur ou un professeur de cinéma (qui vieillit au fil des films avec HSS). Une sensation de déjà-vu qui cache pourtant des différences subtiles qui font qu’au lieu de redites ennuyeuses, on a l’impression de poursuivre le même récit de film en film, avec un point de vue nouveau ou encore des situations qui apparaissent ou disparaissent en fonction de l’évolution de la vie du cinéaste lui-même. Ici donc, Younghee (Kim Minhee) est une jeune femme très belle qui s’évade à Hambourg auprès d’une amie elle-même exilée ici après un divorce, suite à une rupture compliquée avec un homme marié, où on a l’impression que les deux membres du couple sont pourtant encore amoureux. Une situation qui fait quelque peu écho à la propre situation du cinéaste, parti se réfugier dans cette même ville après la découverte de sa liaison avec Kim Minhee. Cette séquence allemande est courte, 25 minutes à peine, mais concentre déjà la forte solitude de la protagoniste, qui semble n’être jamais à sa place où qu’elle aille. Younghee est incertaine de l’avenir, de ses sentiments, et Hong SangSoo la surprend dans de menus riens qui montrent son insécurité : ses petites prières pour que son amant puisse la rejoindre à Hambourg, ses remarques sur la défensive, ses visions fantomatiques d’un être qui est cruellement absent, jusqu’à une fin surréaliste du récit qui met en exergue son évanescence.
La seconde partie s’ouvre, après un vrai deuxième générique et un changement de chef opérateur, sur la même actrice, peut-être Younghee, peut-être un autre personnage, les yeux rougis et dans le vague, de nouveau seule, dans une salle de cinéma. Nous sommes en Corée, dans une ville côtière loin de Séoul, et on suit Younghee, puisque c’est bien d’elle qu’il s’agit, dans ses errances à travers cette ville de son enfance. Fuyant la capitale, théâtre de ses amours blessées, elle s’enivre avec ses amis de toujours pour pouvoir ensuite exploser la douleur de sa solitude dans des diatribes véhémentes sur la vie, sur l’amour, égratignant au passage ses amis accusés de compromission et de lâcheté par rapport aux exigences d’une vie amoureuse sincère. La force de Hong SangSoo est de faire de Younghee à la fois son double et son objet de désir, de lui faire dire ses propres sentiments, et en même temps de lui déclarer sa passion, au travers du personnage du « réalisateur », que Younghee rencontre un soir sur la plage. Le cinéaste prête même à Younghee le rôle de l’avocat du diable, quand elle crie à la face du réalisateur : « Les autobiographies, ça n’intéresse personne », ou encore « pourquoi vous ne vous entourez que de jolies femmes », une remarque qui résonne d’ailleurs particulièrement dans ces périodes post-Weinstein…
La mélancolie qui se dégage de Seule sur la plage la nuit en fait un des films les plus touchants de Hong SangSoo. La performance de Kim Minhee y est éblouissante, par la capacité de l’actrice à représenter une large palette d’émotions, y compris au travers d’un visage souvent indéchiffrable, rendant son tumulte intérieur encore plus intense. Les zooms, affectionnés par le Coréen, les champs/ contrechamps secs qu’il a l’habitude de faire tentent de surprendre l’actrice dans l’expression de cette souffrance derrière le masque ; tentative sublime et réussie par exemple dans cette scène où Younghee quitte un moment la table du café où elle s’est installée avec un ami, pour aller fumer une cigarette, et où, prise d’une forte rêverie soudaine, elle se met à entonner in extenso une mélopée douce et déchirante à la fois, entrecoupée de bouffées de cigarettes qui continuent de la relier à la réalité. Du bonheur de cinéphile dans une scène presque anodine.
Est-ce la proximité du cinéaste et de l’actrice qui donnent ce relief nouveau au film de Hong SangSoo ? Toujours est-il que le triptyque Le jour d’après/ la caméra de Claire (encore inédit en salles) / et le présent Seule sur la plage la nuit, tous tournés avec sa muse, se caractérise par un souffle et une passion qui ont peut-être eu tendance à déserter son cinéma devenu de plus en plus minimaliste, enroulé sur lui-même dans un étouffement qui a désespéré même ses fans les plus fidèles, dont l’auteur de ces lignes … Avec Seule sur la plage la nuit, voilà une pente scabreuse qui est redressée, et d’une bien belle façon…
Seule sur la plage la nuit – Bande annonce
Seule sur la plage la nuit – Fiche technique
Titre original : Bamui haebyun-eoseo honja
Réalisateur : Hong SangSoo
Scénario : Hong SangSoo
Interprétation : Min-hee Kim (Young-hee), Young-hwa Seo (Jee-young), Jae-yeong Jeong (Myung-soo), Seong-kun Mun (Sang-won), Hae-hyo Kwon (Chun-woo), Seon-mi Song (Jun-hee), Jae-hong Ahn (Seung-hee)
Photographie : Park Hongyeol & Hyung-ku Kim
Montage : Sung-Won Hahm
Producteurs : Hong SangSoo
Maisons de production : Jeonwonsa Film
Distribution (France) : Capricci Films
Récompenses : Ours d’argent de la meilleure actrice pour Kim Minhee à la Berlinale, Février 2017
Durée : 101 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 10 Janvier 2018
Corée du Sud, Allemagne – 2017
Une pluie de séries prometteuses, des pépites qui ne manqueront pas de scotcher nos rétines sur le petit écran : l’année 2018 s’annonce alléchante avec entre autres l’anthologie Philip K. Dick’s Electric Dreams inspirée de l’œuvre du père de Blade Runner, Altered Carbon, un thriller cyberpunk adapté du livre de Richard K. Morgan, The Alienist, un polar diabolique basé sur le best-seller de Caleb Carr… Des créations captivantes pour tous les goûts.
Après chaque bilan de fins d’années, vient le temps des résolutions et des vœux. Avant d’espérer perdre du poids ou arrêter de fumer, on peut aussi se lécher les babines en suivant le programme du petit écran. Voici la liste, après sondage par la rédaction, des 15 séries les plus attendues de 2018.
Altered Carbon
Une série de Laeta Kalogridis, adaptée du roman de Richard K. Morgan.
Avec Joel Kinnaman, James Purefoy, Martha Higareda, Chris Conner, Renée Elise Goldsberry, Byron Mann, Dichen Lachman et Tahmoh Penikett.
Synopsis : Takeshi Kovacs est un ancien soldat et seul survivant d’un groupe de guerriers d’élite vaincus lors d’un soulèvement contre le nouvel ordre mondial. Son esprit est emprisonné « dans la glace » pendant des siècles, jusqu’à ce que Laurens Bancroft, un homme extrêmement riche et vivant depuis plusieurs siècles lui offre la chance de vivre à nouveau. En échange, Kovacs doit résoudre un meurtre… celui de Bancroft lui-même.
Pourquoi on l’attend ? : « Altered Carbon semble être une suite plus légitime àBlade Runner que le récent opus 2049. Pas de saga ou de grand récit annoncé pour l’instant, mais un meurtre, et un flic renaissant prêt à le résoudre. Une anecdote policière dans un futur loin d’être lumineux. Au delà de la continuité consciente/inconsciente avec l’univers de SF de K. Dick mis en image par Ridley Scott, ‘AC’ est la promesse d’un show de science-fiction formellement soigné et efficace. Et peut-être aura-t-on droit à de nouvelles interrogations sur le cyborg ? » – Benjamin Deneuféglisse
https://www.youtube.com/watch?v=OjijzSQ_TKc
Sortie prévue le 02 février 2018 sur Netflix.
Here and Now
Une série créée par Alan Ball.
Avec Holly Hunter, Tim Robbins, Jerrika Hinter, Sosie Bacon, Daniel Zovatto, Andy Bean, Joe Williamson et Raymond Lee.
Synopsis : Un professeur de philosophie, sa femme avocate, leurs trois enfants adoptifs (de Somalie, du Vietnam et de Colombie) et leur enfant biologique semblent mener la vie parfaite de la famille progressiste. En réalité, ils connaissent des temps difficiles, car l’un des enfants commence à voir des choses que personne d’autre ne voit. Est-il mentalement malade ? Ou bien est-ce autre chose ?
Pourquoi on l’attend ? : « Si Here and Now s’annonce comme l’une des plus grosses attentes du début 2018, c’est bien évidemment parce que la série marque une nouvelle collaboration entre HBO et le génial Alan Ball. Le créateur de Six Feet Under est en effet de retour avec un nouveau drama familial, qui, espérons-le, soit du niveau de son chef d’œuvre. Si, à cela, on ajoute en plus un superbe casting dont fait partie Holly Hunter et Tim Robbins, et au vu des premiers synopsis, une petite dimension fantastique, Here and Now a le potentiel pour marquer le début de l’année sérielle 2018. » – Maxime Thiss
Sortie prévue en Février 2018 sur HBO.
Castle Rock
Horreur psychologique et thriller sont au rendez-vous pour la nouvelle série créée par J.J. Abrams.
Avec Melanie Lynskey, André Holland, Jane Levy, Sissy Spacek, Bill Skarsgard, Terry O’Quinn et Scott Glenn.
Synopsis : Une série située à Castle Rock, lieu de connexion de beaucoup des romans de Stephen King.
Pourquoi on l’attend ? : « La bande annonce est mystérieuse à souhait. Certes, le nom de Castle Rock n’est pas étranger aux admirateurs de Stephen King, qui a fait de cette ville imaginaire l’épicentre de son univers. De plus, le teaser joue à fond sur les clins d’œil, depuis l’apparition de Sissy Spacek, la légendaire interprète de Carrie, jusqu’à l’autocollant Shawshank (le nom de la prison des Évadés) sur la voiture. Tout cela montre que la série de J.J. Abrams se propose de nous emmener dans l’univers de Stephen King, plus que d’adapter un roman spécifique de l’écrivain. Voilà de quoi attiser la curiosité des fans. » – Hervé Aubert
Première date de diffusion sur HULU inconnue à ce jour.
Waco
Une série petit format créée par John Erick Dowdle et Drew Dowdle.
Avec Michael Shannon, Taylor Kitsch, Melissa Benoist, John Leguizamo, Shea Whigham, Andrea Riseborough, Julia Garner, Rory Culkin, Paul Sparks, Eric Lange et Camryn Manheim.
Synopsis : Au mois de Février 1993, l’ATF (le Bureau fédéral des alcools, tabacs, armes à feu et explosifs), dépendant du ministère de la Justice des États-Unis sous la Présidence de Clinton, livre une première attaque contre la petite communauté de Waco au Texas, qui se procure illégalement tout un arsenal d’armes. Menés par leur leader David Koresh, Les Davidians, comme se surnomment les membres de la secte, se retranchent dans leur propriété durant un siège de 51 jours qui s’achève par un assaut meurtrier du FBI.
Pourquoi on l’attend ? : « Waco est basée sur deux biographies, A Place Called Waco, par David Thibodeau, membre de la branche des Davidiens et l’un des neuf survivants de l’incendie de 19 avril 1993, et Stalling for Time : My Life as an FBI Hostage Negotiator par Gary Noesner, chef de l’Unité de négociation du FBI. Cette mini-série revient sur les événements sanglants qui encore aujourd’hui traumatisent l’Amérique. En 6 épisodes, Waco aura la lourde tâche d’explorer non seulement l’échec du FBI mais aussi le chemin conduisant des hommes et des femmes à suivre et adhérer aux idées de David Koresh, prophète auto-proclamé, pédophile et tortionnaire. Clairement une série prometteuse avec dans la peau de l’inquiétant leader David Koresh (True Detective, saison 2), le magnétique Taylor Kitsch et Michael Shannon (Boardwalk Empire) dans celle du négociateur du FBI, Gary Noesner. » – Sara Art
Sortie prévue le 24 janvier 2018 sur Paramount Network, nouveau nom de la chaîne Spike TV.
Too Old to Die Young
Une série criminelle basée dans la cité des anges créée par Nicolas Winding Refn et Ed Brubaker.
Avec Miles Teller, Neil Tiger Free, Bill Baldwin, John Hawkes, Jena Malone, Callie Hernandez, Babs Olusanmokun, Augusto Aguilera et Cristina Rodlo.
Synopsis : Dans les bas-fonds de la vie criminelle de Los Angeles, le quotidien d’un officier de police endeuillé à la suite du meurtre de son coéquipier. Autour de lui, des tueurs à gages, des yakuzas, des cartels mexicains, la mafia russe et des gangs d’adolescents assassins.
Pourquoi on l’attend ? : « Nicolas Winding Refn qui se lance dans la série TV s’apparente à un véritable événement. Avec son style si particulier mais aussi entouré d’une équipe technique de prestige (Darius Khondji à la photo et Cliff Martinez à la musique) et un casting 5 étoiles, il promet déjà une œuvre totalement folle. Les rumeurs rêvent déjà Too Old to Die Young en spin-off de The Neon Demon, mais l’ensemble s’apparente surtout comme une synthèse du cinéma de NWR. Des tueurs qui se rêvent en samouraïs dans un Los Angeles hyper stylisé, comment ne pas attendre cette futur exubérance made in NWR ? » – Frédéric Perrinot
Commandée par Amazon, aucune date de diffusion n’est jusque-là annoncée.
Philip K. Dick’s Electric Dreams
Une série télévisée d’anthologie développée par Ronald D. Moore et Michael Dinner.
Avec Vera Fermiga, Michael Madden, Anna Paquin, Terrence Howard, Steve Buscemi, Bryan Cranston, Greg Kinnear, Janelle Monae, Jack Reynor, Maura Tierney, Liam Cunningham, Geraldine Chaplin et Timothy Spall.
Synopsis : Chaque épisode raconte une histoire différente inspirée de l’œuvre de Philip K. Dick.
Pourquoi on l’attend ? : « Après les déceptions cinématographiques de Ghost in the Shell et de Blade Runner 2049, les fans de SF et d’univers cyberpunk vont pouvoir découvrir, avec beaucoup de bonheur, la série Philip K. Dick’s Electric Dreams. Ce programme, signé Ronald D. Moore et Michael Dinner, se déroule sur dix épisodes totalement indépendants comme dans Black Mirror. Le casting regroupe notamment Steve Buscemi, Vera Farmiga, Terrence Howard, Liam Cunningham ou bien encore Anna Paquin. Les écrits de Philip K. Dick pourraient acquérir une nouvelle dimension culte à travers ce passage par la case série télévisée, à une époque où le transhumanisme semble devenir de plus en plus une réalité. » – Gabriel Mabille
Sortie prévue le 12 janvier 2018 sur Amazon Prime.
The Alienist
Un drame policier créé par Hossein Amini et Cary Joji Fukunaga, adapté du roman de Caleb Carr.
Avec Luke Evans, Daniel Brühl, Dakota Fanning, Robert Wisdom, Brian Geraghty, Matt Lintz, Douglas Smith et Q’Orianka Quilcher.
Synopsis : Alors qu’un tueur laisse derrière lui les corps mutilés d’adolescents, les pouvoirs publics restent impassibles. Devant tant d’indifférence, Theodore Roosevelt, qui occupait alors la position de préfet, décide de faire appel au chroniqueur criminel John Schuyler Moore et au spécialiste des maladies mentales Laszlo Kreizler, tous deux aidés par Sara Howard, une secrétaire désirant devenir l’une des premières femmes policières. Il leur demande de mener une investigation dans le but d’identifier le responsable de ces meurtres horribles.
Pourquoi on l’attend ? : Après The Knick qui s’est arrêté au terme d’une deuxième saison en 2015, les projets de séries médicales historiques sont devenues de nouvelles sources d’inspiration. Avec The Alienist créée par le père de True Detective, Cary Fukunaga et soutenu par Eric Roth, le scénariste de Forrest Gump et L’Étrange histoire de Benjamin Button, l’attente est certaine. D’autant plus qu’au scénario, on compte sur Hossein Amini (Oscar du meilleur scénario adapté pour Les Ailes de la colombe) et Jakob Verbruggen (The Fall, House of Cards, Black Mirror: « Men Against Fire ») à la réal. Le projet est donc d’envergure, d’ailleurs 5 millions de dollars ont été investis pour le tournage du pilote. Avant Mindhunter, on appelait les médecins spécialisés en psychologie criminelle, des « aliénistes ». Daniel Brühl en est un, entouré d’un journaliste illustrateur sous les traits de Luke Evans, et d’une secrétaire au quartier général de la police, Dakota Fanning, ils devront enquêter sur une série de meurtres de jeunes garçons prostitués. Il n’y a qu’à voir la bande annonce pour se mettre l’eau à la bouche. » – Antoine Mournes
Sortie prévue le 22 janvier 2018 sur TNT.
Mosaïc
Une série créée par Steven Soderbergh.
Avec Garrett Hedlund, Jennifer Ferrin, Sharon Stone, Frederick Weller, Jeremy Bobb, Beau Bridges, Jacob Vargas, James Ransone, Devin Ratray et Paul Reubens.
Synopsis : Olivia Lake, auteure à succès de livres pour enfants, est tuée au cours du réveillon du Nouvel an. Les soupçons vont très vite se porter sur plusieurs personnes, dont le petit ami de la victime.
Pourquoi on l’attend ? : « Annoncée en catimini médiatique à seulement deux mois de sa diffusion, la série Mosaïc promet pourtant une expérience révolutionnaire dans la manière de regarder une série. Avec le caméléon Steven Soderbergh aux manettes (trilogie Ocean, Logan Lucky), cette nouvelle création permettra, via le téléchargement d’une application IOS, de voir les pensées des personnages, d’observer leurs points de vues et leur expérience. Déjà disponible sur IOS, l’application a été pensée durant toute la production, jusqu’à l’écriture du scénario. Mosaïc promet donc une façon totalement inédite de voir une série TV, avec également pour atout son casting, avec Sharon Stone, Garrett Hedlund ou encore Beau Bridges. Rendez-vous le 22 janvier sur HBO pour profiter de cette révolution dans la création audiovisuelle. » – Louis Verdoux
Première diffusion le 22 janvier 2018 sur HBO.
Maniac
Remake d’une série noire norvégienne créée par Patrick Somerville.
Avec Emma Stone, Jonah Hill, Justin Theroux, Josh Pais, Sally Field, Soyona Mizuno, Geoffrey Cantor et Rob Yang.
Synopsis : Les folles aventures du patient d’un institut psychiatrique qui s’échappe mentalement dans un monde fantastique dont il est le héros.
Pourquoi on l’attend ? : « Depuis le succès de True Détective qui l’aura érigé en figure montante de l’entertainment télévisuel américain, on attendait vraiment le retour aux affaires de Cary Fukunaga. Ça tombe bien, la major Netflix lui a fait confiance pour développer Maniac, le remake d’une série norvégienne où l’on suit le quotidien d’un patient d’asile psychiatrique (Jonah Hill) qui s’invente tout un univers en compagnie de son infirmière (Emma Stone). Fatalement, vu le CV des 3 stars mentionnées, nul doute que Maniac devrait faire du bruit en 2018. » – Antoine Delassus
Aucun trailer, ni de date de première diffusion dévoilés à ce jour.
Sharp Objects
Une mini-série de Marti Noxon, adaptée du roman de Gillian Flynn.
Avec Amy Adams, Patricia Clarkson, Chris Messina, Eliza Scanlen, Elizabeth Perkins, Madison Davenport et Lulu Wilson.
Synopsis : Camille Preaker, reporter, sort tout juste d’un bref séjour à l’hôpital psychiatrique. Elle retourne dans la ville de son enfance pour tenter de résoudre le meurtre de deux adolescentes.
Pourquoi on l’attend ? : « Le talentueux réalisateur Québécois Jean-Marc Vallée poursuit son épopée américaine sur le petit écran. Après ses succès au cinéma (Dallas Buyers Club, Wild, Démolition) et le récent triomphe de la superbe série Big little lies, il reviendra dès 2018 avec Sharp Objects, pour HBO également. Cette série, qui semble prendre la forme d’un thriller dramatique avec Amy Adams dans le rôle principal, est adaptée d’un roman de Gillian Flynn (déjà auteure d’ Apparences, adapté au cinéma par Fincher avec Gone Girl) et a tous les ingrédients pour nous faire vibrer cette année. » – Clement Fauré
Aucun trailer dévoilé à ce jour. Sortie prévue cet été 2018 sur HBO.
The Ballad of Buster Scruggs
La série des frères Coen en six parties explorera la conquête du grand Ouest américain.
Avec Tim Blake, Stephen Root, James Franco, Zoe Kazan, Tyne Daly et Ralph Ineson.
Synopsis : En selle ! The Ballad of Buster Scruggs nous emmène vivre six histoires aux frontières du Far West américain. Et selon Albuquerque Journal, la série mettra en scène un cowboy chanteur dans un premier épisode. Le second, intitulé Near Algodones, suivra un vagabond braqueur de banques. Le troisième, Meal Tickets, évoquera le périple d’un acteur et de son impresario. All Gold Canyon s’intéressera, lui, à l’histoire d’un chercheur d’or. The Gal Who Got Rattled parlera de deux pisteurs et d’une femme à bord d’un train parcourant l’Oregon. Et le dernier épisode, The Mortal Remains, emmenera ses cinq personnages vers une mystérieuse destination.
Pourquoi on l’attend ? : « S’ils étaient restés distants de la série Fargo (adapté d’un de leur film), les frères Coen semblent finalement s’être laissé convaincre par l’univers de la télévision (le retour de Twin Peaks n’y est peut être pas étranger). Ils réaliseront et écriront The Ballad of Buster Scruggs, et cette simple information devrait suffire à réveiller toutes les alarmes des cinéphiles et cinéphages de la planète. Mais les deux frères restant ce qu’ils sont, très peu d’informations circulent sur le projet. Quelques têtes d’affiche comme Tim Blake Nelson (O’Brother) et James Franco semblent être de la partie. Et plutôt qu’une histoire sur le long terme, les Coen semblent avoir jeté leur dévolu sur le principe de l’anthologie. Ce sera donc six histoires différentes prenant place dans le décor frontalier du Nouveau Mexique (où ils avaient déjà tourné No country for old men et True Grit). Une sorte de Black Mirror du western avec, à la barre, des cinéastes qui adorent tromper leur monde. Avouez-le, ça donne envie ? » – Vincent B.
Aucun trailer dévoilé à ce jour. Sortie prévue durant l’année 2018 sur la plateforme de streaming Netflix.
Britannia
Une série scénarisée par Jez et Tom Butterworth.
Avec Kelly Reilly, Zoë Wanamaker, David Morrissey, Hugo Speer, Nikolaj Lie Kaas, Barry Ward, Mackenzie Crook, Stanley Weber, Eleanor Worthington-Cox et Ian McDiarmid.
Synopsis : En 43 après Jésus-Christ, sous l’empereur Claude, l’armée impériale romaine, veut écraser Britannia, une contrée mystérieuse avec des druides doués de pouvoirs magiques, et des femmes guerrières.
Pourquoi on l’attend ? : « En pure fan des séries historiques, j’ai coutume d’en regarder beaucoup. J’apprécie les period dramas en costumes de type Borgias ou Tudors au même titre que les récits historiques d’aventures épiques. J’adore particulièrement Vikings. Dans cette logique, j’attends Britannia avec impatience car il semblerait que la série combine tous les ingrédients parfaits : invasions, batailles, grands guerriers, mais aussi mystère et mysticisme puisque l’action se déroule en Grande Bretagne en 43 après J.C., époque barbare et terre sauvage propice aux croyances et rituels étranges. Ajoutons à cela un casting chatoyant (Kelly Reilly, David Morrissey, Stanley Weber ou encore Barry Ward). Espérons que le programme soit à la hauteur de ses promesses. » – Marushka Odabackian
Sortie prévue le 18 janvier 2018 sur la chaine anglaise, Sky Atlantic.
The First
The First est une série futuriste de Beau Willimon.
Avec Sean Penn, Natascha McElhone, Hannah Ware, Anna Jacoby-Heron, Jeff Caperton, Kofi Boakye, T.C. Matherne, James Ransone.
Synopsis : Écrit par Willimon, créateur et scénariste de House of Cards, The First suit la première mission humaine sur Mars, explorant les défis de faire les premiers pas vers la colonisation interplanétaire. L’histoire se concentre non seulement sur les astronautes, mais aussi sur leurs familles et leurs proches, ainsi que l’équipe au sol sur Terre.
Pourquoi on l’attend ? : « Depuis les premiers pas de l’Homme sur la Lune, l’humanité se rêve en explorateur interplanétaire. La pénurie des ressources terrestres renforçant ce fantasme, une véritable course à la conquête spatiale s’est ainsi développée entre les Etats afin d’être le premier à y parvenir. La planète Mars se rapprochant le plus des caractéristiques de la Terre, la bataille à la colonisation marsienne a ainsi été sujette à moults récits fictionnels sur petit écran (Ascension, Defying Gravity, Mars) où les enjeux étaient les mêmes : survie, scientifiques, technologiques, politiques, et surtout humains. Toutefois, l’échec répétitif de ces mini-séries laissant suggérer que le développement télévisé d’une aventure spatiale n’est pas une mince affaire, très peu de chaînes s’y sont frottées. C’était sans compter l’impudence de Channel 4 (Skins, Misfits, Black Mirror) et de la plateforme Hulu (The Mindy Project, The Handmaid’s Tale) avec leur bébé The First. Portée par des chaînes d’ampleur et par un acteur de renom en la personne de Sean Penn, la série aura ainsi la lourde tâche de réussir où pleins d’autres ont échoué. Un défi qu’on ne manquera pas de rater ! » – Audrey Efale
Aucun trailer dévoilé à ce jour. Sortie en 2018 sur la plateforme américaine Hulu et la chaîne anglaise Channel 4.
Jack Ryan
Produite par Michael Bay, une série d’espionnage en huit épisodes basée sur une idée de Carlton Cuse (Lost, Bates Motel) et Graham Roland.
Avec John Krasinski, Abbie Cornish, Marie-Josée Croze, Wendell Pierce, Peter Fonda, Mena Massoud et Timothy Hutton.
Synopsis : La série suivra le célèbre agent de la CIA issu des romans de Tom Clancy, lors de sa toute première mission sur le terrain. En déchiffrant un système de communication complexe, il se retrouve aux prises avec une cellule terroriste.
Pourquoi on l’attend ? : « Jack Ryan, héros éponyme des romans de Tom Clancy, de retour sur les écrans ? L’idée est alléchante, surtout qu’on retrouvera notre héros dans un format inédit ! Car après 5 longs métrages de qualité inégale mais dont les scénarios retors captivent, l’analyste de la CIA envahira les petits écrans dans une série produite par Amazon. De quoi en apprendre davantage sur le background de ce personnage culte, de ses débuts à sa consécration d’agent de terrain. D’autant plus qu’il sera interprété par John Krasinski, acteur qui a su faire ses preuves dans le cinéma d’action (13 hours de Michael Bay). » – Kévin Beluche
Disponible sur Amazon Prime Vidéo en 2018.
9-1-1
Une série signée par le prolifique Ryan Murphy à qui l’on doit Glee,American Horror Story, mais aussi cette année, Pose, prévue pour début 2018 sur FX, et la saison 2 très attendue d’American Crime Story :The Assassination of Gianni Versace.
Avec Angela Bassett, Connie Britton, Peter Krause, Kenneth Choi, Corinne Massiah, Oliver Stark, Aisha Hinds et Rockmond Dunbar.
Synopsis : Du service d’appels d’urgences 911 aux pompiers, secouristes ou policiers, tous ces intervenants sont constamment sous pression, confrontés quotidiennement à des situations stupéfiantes, effrayantes, et parfois même choquantes. S’ils ont pour mission de voler au secours des personnes en danger, ces héros de l’ombre doivent aussi trouver le temps de résoudre les problèmes de leurs propres vies…
Pourquoi on l’attend ? : « Les héros de l’ombre enfin mis sur le devant de la scène, c’est ce que propose la nouvelle série de Ryan Murphy : 9-1-1. Inutile de préciser que le nom du créateur/scénariste suffit à donner envie de la suivre. Émotions fortes et drames intenses devraient être au rendez-vous pour, on l’espère, rendre hommage à ces métiers de manière touchante et profonde. Si le doux mélange s’opère entre sphère privée et professionnelle, alors ça pourrait bien être une réussite. » – Gwennaëlle Masle
Sortie prévue le 3 janvier sur la chaîne américaine FOX.
Le 10 janvier sort chez Wild Side la première saison de Fauda. L’occasion de se plonger dans cette série passionnante au suspense insoutenable digne de 24 Heures Chrono.
Synopsis : au cours d’une opération de routine, les services secrets israéliens apprennent que l’un des grands terroristes palestiniens, Abou Ahmad, dit La Panthère, qu’ils croyaient avoir tué 18 mois plus tôt, est toujours en vie. Ils vont donc monter une opération pour le tuer à nouveau.
C’est à une première saison magistrale que nous convient les éditions Wild Side. Implacable par sa construction et sa mise en scène, Fauda se dévore littéralement et une fois que l’on en a commencé le visionnage, les douze épisodes s’enchaînent à toute vitesse.
Attention, une note nous prévient : il s’agit ici de fiction. Donc, malgré le contexte, il ne faut pas chercher ici d’engagements politiques. Fauda se veut un divertissement, et c’est en cela une parfaite réussite.
La saison nous présente donc une équipe des services secrets israéliens, mais aussi une famille palestinienne. Les personnages nous sont montrés aussi bien dans leur vie privée que dans leurs actions. Parmi eux, deux se détachent, dont les parcours seront parallèles durant toute cette première saison.
Du côté israélien, nous avons Doron, membre des services secrets qui pensaient avoir tué Abou Ahmad et qui a désormais quitté ces activités trop dangereuses pour mener une vie de vigneron avec sa femme et ses enfants.
Face à lui, Taufik, dit Abou Ahmad AKA La Panthère, responsable présumé de la mort de 116 Israéliens, qui vit dans l’ombre depuis l’annonce de sa mort.
La saison commence lorsque ces deux personnages sortent de l’ombre après 18 mois de retrait de la vie publique. Tous les deux vont sacrifier leur famille (parfois au sens propre de l’expression) au nom d’un idéal. La violence va d’ailleurs envahir leur espace privé : il suffit de voir comment Doron s’entraîne au tir au milieu de ses vignes, ou avec quelle brutalité il bouchonne ses bouteilles, comme si c’était un combat.
Et surtout, tous les deux vont s’affranchir de toutes règles et enfreindre tous les interdits imposés par leur hiérarchie pour transformer cette histoire en une affaire personnelle. La violence va faire des victimes, qui vont entraîner la volonté de se venger. La série (dont le titre, Fauda, signifie Chaos) va s’enfoncer dans une sorte de cercle vicieux où la règle est de faire le plus de mal possible. Assassinats, attentats, torture : la violence monte de chaque côté.
Au détriment des familles, bien souvent. Fauda nous propose souvent le regard des femmes, de celles qui perdent tout, leurs maris, leurs fils, leurs frères. De celles qui, en un clin d’œil, passent du statut de jeune mariées à celui de veuves.
« Tu es une héroïne du peuple, dira-t-on à une de ces épouses.
_ Une héroïne du peuple ? Non, je voulais juste être une épouse et une mère. »
La force de la mise en scène et du scénario de Fauda, c’est de montrer le caractère implacable de cette violence. Par la rapidité et la brutalité de son action, avec des scènes parfois éprouvantes qui ne sont pas sans rappeler The Shield (parallèle d’autant plus frappant que, dans les deux séries, se pose la question de la moralité), cette saison entraîne son spectateur dans un tourbillon qui semble ne jamais s’arrêter, un maelström où on s’enfonce inexorablement vers le pire. Cette appréhension d’un pire qui est toujours possible rend la série absolument passionnante. Le scénario, remarquablement construit, nous réserve toujours des surprises et permet d’avoir de l’action dans chaque épisode, maintenant ainsi un rythme infernal. La mise en scène, quant à elle, est complètement immersive et nous plonge dès la scène d’ouverture en pleine action. Elle parvient à créer un sentiment d’urgence et une peur de chaque instant, jouant par exemple magnifiquement bien avec les décors de ruelles labyrinthiques ou d’entrepôts désaffectés.
Wild Side nous propose les douze épisodes de cette première saison en un coffret trois DVD, avec une excellente qualité d’image et de son, le tout agrémenté de deux compléments de programme, un making of et la bande annonce de la saison 2, dont la diffusion a déjà débuté sur la télévision israélienne.
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD :
Format image : 1.77, 16/9ème compatible 4/3
Format son : Français & Hébreu/Arabe Dolby Digital 2.0
Sous-titres: Français
Durée : 12 épisodes de 40’ COMPLÉMENTS :
– Making-of (23’)
– Exclusivité : la bande-annonce de la Saison 2
Prix public indicatif : 29,99 € le Coffret 3 DVD
– déjà disponible en téléchargement définitif –
Au rayon des projets improbables, Un jour mon prince se posait là. Difficile de ne pas redouter à priori une énième tentative de détournement de conte de fées dans le cadre d’une production nationale rompue à la sinistrose en la matière. Pourtant, entre modernité et naïveté, décalage et déférence, gonzo et poésie, le premier film de Flavia Coste réussit à trouver l’équilibre délicat qui manque cruellement aux entreprises actuelles mises à jour de mythes pérennes.
Girls Trip
A priori, dieu sait que l’expérience s’annonce comme un défi. 1h30 à passer en compagnie de deux fées québécoises envoyées à Paris pour trouver le prince charmant qui pourra réveiller d’un baiser fougueux la Belle au bois dormant et accessoirement prévenir leur royaume d’une disparition imminente, avouez que ça relève du challenge. A ce stade votre serviteur se demandait même combien de temps sa masculinité susceptible allait pouvoir encaisser la provocation. Comme si on lui demandait de museler ses hormones dans une grenouillère camisolée pour ne pas déranger la soirée pyjama à laquelle il a été convié. Mais contre toutes attentes, le charme opère. A tel point que passées les dix minutes d’adaptation à l’univers bigarré et au phrasé de nos deux fées en goguette, nos instincts de mâle bourru ont largement fait la paix avec ce qui se déroule à l’écran. Car plus encore qu’une surprise inattendue, Un jour mon prince se révèle exactement le contraire de ce que l’on appréhendait. A savoir un truc girly qui n’aurait retenu du genre que ses substrats dévoyés par le marketing, dissimulant sa vulgarité derrière des postures militantes aussi profondes qu’un hashtag sur Twitter. Un peu comme un épisode de Shrek emballé par le clippeur de Nicki Minaj en somme.
La file d’attente grossit pour réveiller la belle endormie…
Mieux : il s’agit d’un véritable conte de fées moderne qui chercherait à revitaliser les figures de style avec une modernité féministe sans opposer sa démarche à une véritable déférence à l’imaginaire détourné. Flavia Coste a l’intelligence de rester à hauteur de la vision du monde de ses deux héroïnes, véritables princesses ayant grandi dans l’univers protégé des contes de fées qui confrontent leurs certitudes aux vicissitudes de la vie moderne. L’histoire classique du poisson hors de l’eau en somme, mais que la cinéaste dynamise grâce à sa capacité à ne jamais creuser plus que de raison l’écart entre ses deux fées et les rues parisiennes malgré l’approche résolument délurée de l’ensemble.
Libérée, délivrée
De fait, à travers son rythme speedé et sa direction artistique qui fait un gros doigt d’honneur à la neutralité, la réalisatrice construit sur la longueur le décalage entre les personnages et leur environnement. A l’inverse d’un Jean-Marie Poiré sur Les visiteurs par exemple, qui imposait la différence de ses héros à coup de montage hachuré et de courtes-focales hystériques. Outil que Flavia Coste reprend volontiers à son compte, mais avec un sens du tempo et une sensibilité à mille lieux du tartinage aveuglant du réalisateur des Anges Gardiens. Un jour mon Prince élabore un univers complet, dans lequel la présence des contes des fées dans la réalité se joue dans le creuset qui sépare les deux mondes, et que vont expérimenter les deux héroïnes.
De fait, aussi délirant qu’il soit, Un jour mon prince fait les choses sérieusement, et n’utilise jamais son postulat WTF pour traiter avec désinvolture l’aspect visuel de son film. De toute évidence , Flavia Coste désire emporter la croyance du spectateur dans l’univers dépeint. La réalisatrice et son équipe déploient ainsi un monde volontiers outrancier mais crédible, dont le merveilleux émane de la flatteuse confection artisanale de l’ensemble. Citant volontiers Jacques Demy parmi ses influences, la réalisatrice renoue mine de rien avec un goût de l’imaginaire et de l’artisanat poétique devenu trop rare en France, mais qui fait pourtant partie intégrante du patrimoine national. Il y a bien les quelques fautes de goût inhérentes à une démarche aussi assumée, et un côté too much qui ne plaira pas à tout le monde (tant pis pour eux). Mais l’ensemble est infusé d’une valeur que l’on a trop peu l’habitude de voir ainsi mise à l’honneur en France, plus encore dans ce genre de production : le souci du travail bien fait.
La reine Titiana ne laisse rien paraitre.
Ce souci d’imposer un univers crédible reflète toute la volonté de Coste de ne pas traiter l’univers du conte et celui de la réalité comme des antagonistes. Un souci qui se manifeste dans sa capacité à créer de l’empathie pour ses deux héroïnes, candides attachantes qui vont devoir reconsidérer leur vision utopique de l’amour à l’aune de leur confrontation avec la complexité des sentiments dans le monde moderne. Toute la note d’intention d’Un jour, mon prince repose sur ce postulat. Dans cette volonté de revendiquer le droit se moquer des figures des codes des contes de fées sans le faire au détriment de ses personnages. Une façon finalement de réconcilier le merveilleux avec des problématiques contemporaines, chacun faisant un pas vers l’autre. Geste de cinéma d’une transgression bienvenue qui ne vire jamais au crime de lèse-majesté, Un jour mon prince s’impose surtout comme une proposition salutaire qui jure dans un paysage national trop souvent soumis à la tyrannie du consensus télévisuel. A l’instar d’un casting, visiblement grisé à l’idée de jouer dans un film à ce point aux antipodes des diktats (PEF, Catherine Jacob, Jean-Luc Couchard), Flavia Coste s’éclate sans demander l’autorisation à personne. C’est peut-être cette liberté, la leçon la plus précieuse d’Un Jour mon prince.
Un jour mon prince : Bande-annonce
Synopsis : Il y a presque cent ans que La Belle au Bois dormant est plongée dans un profond sommeil. Or jusqu’ici, aucun prince n’a réussi à la réveiller d’un baiser. Et le temps presse : si aucun candidat sérieux ne se présente, le royaume des fées risque de disparaître à jamais. La Reine Titiana envoie donc deux fées à Paris, Blondine et Mélusine, avec une mission spéciale : trouver l’homme idéal. Mais nos deux fées, propulsées au 21ème siècle, vont vite se rendre compte que la tâche est plus compliquée qu’elle n’y paraît…
Un jour mon prince : Fiche Technique
Réalisation : Flavia Coste
Scénario : Flavia Coste et Gabor Rassov
Interprétation: Sarah-Jeanne Labrosse (Blondine), Mylène Saint-Sauveur (Mélusine), Pierre-François Martin-Laval (Le Corbeau), Catherine Jacob (La Reine Titiana), Jean-Luc Couchard (Puck), Hugo Becker (Guillaume), Flavia Coste (Pauline), Margaux van den Plas (La Belle), Catherine Artigala (Mme Desrivière)
Musique : Jorane et Eloi
Montage : Guillaume Bauer
Photographie : Philippe Lavalette
Décors : Laurence Brenguier
Costumes : Jackye Fauconnier
Producteur : Antoine de Clermont-Tonnerre et Christian Larouche
Coproducteur : Eric Heumann et Maurice Kantor
Production : Mact Productions, Christal Films, Paradis Films et France 3 Cinéma
Distribution : Paradis Films
Durée : 82 minutes
Date de sortie : 11 janvier 2017
Pays d’origine : France et Canada
Avec quelques réflexions pertinentes mais jamais abouties, et une galerie de personnages pas assez approfondis, Normandie Nue de Philippe Le Guay reste une petite comédie sympathique sur le monde paysan, sans plus.
« Magic » Normandie
Pas même une minute trente dans le journal télévisé régional sur France Télévision pour parler du blocage d’une nationale par des paysans en colère, lessivés, fatigués. Un reportage caricatural en prime où un gars de la ville parle des « mains craquelées » des paysans. Philippe Le Guay tente avec ces quelques scènes d’ouverture de nous parler de nos propres clichés, de notre regard de spectateur sur ce monde oublié, celui des « petits » paysans auxquels Hubert Charuel avait déjà consacré un très beau film (Petit Paysan) en 2017. On les retrouve donc indignés dans une salle où ils viennent de regarder le reportage, réunis par le maire de la ville (François Cluzet, très terre à terre), ensemble mais pas forcément unis. Les voix ne s’accordent pas nécessairement sur la manière de faire entendre la voix de ceux qui travaillent la terre, nourrissent (nourrissaient?) les gens et élèvent les futurs steaks ou fromages de nos assiettes. Alors le maire veut une idée forte pour fédérer. D’autres encore évoquent l’utilisation des pesticides, la volonté des paysans d’entrer dans le marché mondialisé, tout en criant à l’étouffement, l’étranglement dans ce même marché. Ceci n’est qu’esquissé avant qu’un vieil homme entonne une chanson qui loue les plaisirs de la terre que ne connaîtront peut-être plus « nos enfants ». Et voilà, emballé, c’est pesé, tout le petit monde paysan que veut décrire Le Guay est croqué en une séquence, c’est un peu rapide. Par la suite, on retrouvera quelques-uns de ces personnages dans des rôles un peu développés, mais guère plus. Car si la volonté du réalisateur est louable, elle est quelque peu bâclée derrière un scénario qui veut trop en faire, tout en ne faisant finalement pas grand chose. Tout ce petit monde va se laisser embarquer dans une idée (un peu) folle : faire une photo nue (d’où le titre) pour un Américain pédant qui déteste la nature. L’idée ? Faire le buzz et avoir une couverture médiatique large, parler d’eux en mieux. C’est alors que la métaphore est filée : puisqu’on est déjà à poil (financièrement), qu’est-ce que ça fera de plus de se déshabiller réellement dans un champ (convoité par deux types à la fois), sans pour autant baisser son froc devant l’oppresseur (les marchés internationaux) ou l’envahisseur (le méchant Américain) ?
Manque de fil conducteur
Avec ce film au scénario très « couru d’avance » (le fils d’un ancien propriétaire d’un studio de photographie revient après quelques années pour vendre sa boutique, mais l’enfant du pays restera-t-il finalement après être tombé amoureux ? Et qui prendra finalement la photo si ce n’est pas l’Américain ?), Philippe Le Guay tente de parler d’une certaine France (les acteurs ont donc mis le paquet pour faire authentique, François Cluzet en tête), laissée depuis bien trop longtemps à l’abandon, écrasée par les dettes mais qui pourtant a la tâche de nourrir (et le mieux possible) le monde. Or, la question qui fâche peut-être est de savoir d’où parle le film : plusieurs fils directeurs et regards (la voix off de la parisienne de 12 ans venue s’installer dans la région avec ses parents, le maire du village, le fils du pays revenu pour « quelques jours » seulement, les Américains) qui ne sont jamais aboutis, approfondis et qui dessinent des personnages un peu trop clichés, creux (le boucher amoureux de sa femme ancienne miss du coin qui refuse qu’elle pose nue) dont les destins se résolvent un peu trop vite à la fin. Mais surtout, à qui parle le film ?
En voulant multiplier les portraits (jusqu’au méchant catho de pharmacien qui ne changera jamais d’avis), le film veut « plaire » à tout le monde, être consensuel et le coup de gueule paysan qu’il pousse perd ainsi de sa force, de son incarnation. Le miroir se brise et c’est une mosaïque de tout petits cris qui se dessine, mais s’estompe surtout. Cette dernière question restera hélas sans réponse tant le film multiplie les bonnes questions et réflexions importantes (sur le traitement médiatique du rapport à la viande, la condition animale, la contradiction à nourrir la terre tout en la détruisant un peu/beaucoup, les choix alimentaires de chacun, mais aussi la souffrance paysanne traitée avec un humour bienvenu mais parfois trop « survolant »… ), mais simplement pour les mettre là, sans les approfondir. Finalement, l’enjeu même du film est balayé à la fin et ne trouve pas vraiment sa résolution. A moins que le but ait été seulement de prouver qu’il était possible de mettre des Normands nus, mais c’est alors bien simpliste, voire décevant. La fin revient finalement à illustrer ce qui est dit depuis le début : ensemble on est plus forts. Oui, certes, mais quelle est finalement la voix choisie par ces gens : poursuivre leurs vies, collectionner les petits bonheurs, s’entraider, et jusqu’où cette voix portera-t-elle vraiment ? En tout cas de Petit Paysan en fin d’année dernière à Normandie Nue début 2018, l’avenir de la qualité alimentaire de notre pays (de notre monde) ne sera pas merveilleuse, le cinéma en a pris conscience et cela donne lieu à des scènes aussi hallucinantes que presque réelles, en tout cas impossibles : que ce soit une vache atteinte d’une fièvre très contagieuse dans Petit Paysan ou un cauchemar d’une Normandie désertique où les vaches se meurent, squelettiques, incapables de survivre et donc de nous aider à survivre. Le cinéma semble donc nous dire « réveillez vous », même parfois un peu maladroitement comme avec Normandie Nue.
Normandie Nue : Bande annonce
Normandie Nue : Fiche Technique
Réalisateur : Philippe Le Guay
Scénario : Philippe Le Guay, Olivier Dazat, Victoria Bedos
Interprètes : François Cluzet, Arthur Dupont, Gregory Gadebois, Toby Jones, François-Xavier Demaison, Philippe Rebbot, Patrick d’Assumçao et des actrices dont il a été quasi impossible de retrouver les noms ! (rien sur Allociné, UniFrance …)
Productrice : Anne-Dominique Toussaint
Sociétés de production : Les Films des Tournelles, SND, France 2 Cinema
Distributeur : SND
Durée : 105 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 10 janvier 2018