13 Hours, un film de Michael Bay : Critique

On pourrait épiloguer des heures durant sur la personnalité -somme toute barrée- de Michael Bay. Quand d’aucun prétexteront qu’il n’est un pyromane patriote doublé d’un profond crétin, ayant su sans complexe tirer le blockbuster américain vers un abime de bêtise et de vulgarité, d’autres rétorqueront non sans malice, qu’il est de cette race de cinéastes incompris à la Ed Wood, en l’occurrence ici artiste complet à l’aura versatile qui depuis tout ce temps, n’aura cru bon d’user d’une identité formelle tendant inexorablement vers une certaine catharsis, pour affirmer son art.

Synopsis : Le 11 septembre 2012, 11 ans jour pour jour après les attentats du 11 septembre 2001, des terroristes attaquent un camp de l’armée américaine et une agence de la CIA à Benghazi, en Libye. Quatre Américains sont tués, dont l’ambassadeur des États-Unis en Libye J. Christopher Stevens. Cette attaque est repoussée par six agents de sécurité.

Force est toutefois d’admettre qu’au détour de films aux airs de sinécures le voyant tantôt épouser les contours du buddy-movie (Bad Boys), du délire SF mégalo (The Island), et du divertissement fait de bêtise crasse et humour bas du front (Transformers), le réalisateur américain n’aura rien fait pour taire cette dualité, quitte à interroger le gratin de la profession sur la teneur de son travail. Car, non content d’imposer un style érigeant en modèle un vide intellectuel, construit autour d’un cyclone formel épuisant/brillant à la limite de la crise épileptique, la question de son apparent triomphe au box-office a surtout laissé place à l’incompréhension que de savoir si une cohérence pouvait exister entre bagnards (Rock), flics et robots.  En somme de savoir si derrière l’apparent fatras que constitue son œuvre, demeure une intention plus ou moins consciente allant bien au-delà de la misogynie et du racisme dont elle souvent traitée. Et au-delà de la bêtise devenue caractéristique chez lui, on ne pourra que reconnaitre, malgré la grosseur du trait employé, une certaine propension à épouser la notion d’héroïsme et surtout celle de patriotisme. Deux notions qui irriguèrent déjà ses œuvres précédentes (Pearl Harbor, Armageddon) et qui sont véritablement au cœur de sa dernière, 13 Hours.

Un « Fort Alamo » géopolitique

Récit de l’héroïsme de 6 soldats basés en Libye et ayant bravé les interdits pour protéger l’ambassadeur sur place en Septembre 2012, 13 Hours peut sembler à bien des titres comme le film de la maturité pour Michael Bay. S’il mettait hier avec Pain and Gain, son style tape à l’œil et ses blagues hétéro-beaufs au service d’un pamphlet sur la vulgarité américaine, force est de constater qu’aujourd’hui avec 13 Hours, il met ici son talent pour la désincarnation et l’abstraction au service d’un film de guerre aux airs de réquisitoire contre la nation même qui l’a engendré. Délaissant le manichéisme obligé de Pearl Harbor, Bay préfère ainsi se concentrer ici sur l’aspect moderne de la guerre, celle-là même étant absconse par nature, en ce que ses origines soient floues, son idéologie pas nette et ses ennemis réduits à des simples points sur un écran. Et en cela, le film en devient passionnant, tant sa sève profondément critique envers les États-Unis, réduite ici à une nation amenant la révolution et insouciante des dommages qu’elles créent, déroge aux précédentes visions du monde du réalisateur américain. Le natif de Los Angeles n’en oublie heureusement pas de questionner une valeur chère à ses yeux : celle du patriotisme. Si ce dernier n’a jamais fait montre de son adoration pour l’Oncle Sam, il est curieux de le voir dresser ici non pas un discours pro-américain, mais pro-soldat, en dressant le portrait de ces hommes, parfois contraints pour des raisons financières de s’exiler dans les endroits les plus dangereux du monde, pour y faire respecter un certain idéal, continuellement bouleversé à la suite des relations diplomatiques vacillantes.

Un défouloir efficace et très référencé

Une contrée inhospitalière d’ailleurs shootée de long en large par le réalisateur, qui non content d’imposer une certaine révolution dans son intrigue en ne favorisant pas l’Oncle Sam comme à l’accoutumée, perpétue ici son art. Et si ce dernier a pu s’affirmer depuis ses débuts comme un condensé à peine digeste d’héroïsme de comptoir, de testostérone et de patriotisme, force est d’admettre que le Californien en a encore sous le capot pour délivrer un défouloir dont lui seul a le secret. Si l’évidente forme du métrage tend à rappeler le mythique « Alamo » de John Wayne, Bay renoue avec l’idéal de Ridley Scott et de La Chute du Faucon Noir en donnant à voir un huis-clos guerrier et nocturne, viscéral de bout en bout, n’hésitant pas à troquer la sobriété pour une violence sèche et parfois implacable. Rudement mené -quoique très peu subtil- et privilégiant un montage en accord avec la photographie posée de Dion Beebe – chef op’ de Michael Mann sur Collateral-, Bay surprend par l’étonnante sobriété conférée à l’ensemble, hautement paradoxale ici vu son sujet. L’on pourra toutefois regretter de voir Bay s’enorgueillir sitôt que les douilles commencent à voler dans les airs, puisque à défaut d’égaler la rage et l’intensité d’un Peter Berg en mode Du Sang et des Larmes, ou la pertinence d’une Kathryn Bigelow en mode Démineurs, Bay ne maintient pas ce discours critique sur l’ensemble quitte à conférer aux scènes d’actions une portée lourde mais terrifiante, en ce que les assauts des tireurs locaux et leurs acteurs jamais réellement montré, accentuant l’aspect impersonnel et finalement distant des conflits modernes. Mais qu’importe puisque avec ce film, Bay sait donner du grain à moudre à quiconque a pris du plaisir un jour à voir des barbouzes faire leur fêtes à des centaines de talibans habillées en veste Adidas. Et c’est pas plus mal vu son pedigree de pyromane.

Film de la maturité pour Michael Bay, ce 13 Hours, à défaut de réinventer le genre saura s’imposer comme un jalon dans la filmographie du Californien, notamment pour sa propension à refléter les enjeux et difficultés des conflits modernes, tout en égratignant quoique subtilement l’aura de l’Oncle Sam. 

13 Hours : Bande-annonce

13 Hours : Fiche Technique

Titre original : 13 Hours: The Secret Soldiers of Benghazi
Réalisation : Michael Bay
Scénario : Chuck Hogan, d’après 13 Hours de Mitchell Zuckoff
Interprétation : Pablo Schreiber (Tanto), John Krasinski (Jack), Toby Stephens (Bub), David Denman (Boon), Max Martini (Oz), James Badge Dale (Rone)…
Direction artistique : Marco Trentini
Décors : Jeffrey Beecroft
Costumes : Deborah Lynn Scott
Photographie : Dion Beebe
Montage : Christian Wagner
Musique : Lorne Balfe
Effets spéciaux : Industrial Light & Magic
Production : Erwin Stoff
Producteurs délégués : Scott Gardenhour
Coproducteurs : Michael Kase et Jasmin Torbati
Sociétés de production : Arts Entertainment, Latina Pictures, Dune Films et Paramount Pictures
Sociétés de distribution : Paramount Pictures (États-Unis), Paramount Pictures France (France)
Budget: 50 000 000 $
Langue originale : anglais
Format : couleur – 2.35:1 – 35 mm – son Dolby Digital
Genre : action, guerre, drame, thriller
Durée : 144 minutes
Dates de sortie :
États-Unis : 15 janvier 2016
France : 30 mars 2016
Interdit aux moins de 12 ans

Etats-Unis – 2016

Festival

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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