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The Book of Love : le livre de la niaiserie absolue

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The Book of Love est une des dernières grosses déceptions disponibles sur Netflix.

Synopsis : Après avoir perdu sa femme enceinte dans un tragique accident de voiture, un architecte prénommé Henry va aider une adolescente sans-abri à construire un radeau pour traverser l’océan.

the-book-of-love-bill-purple-jason-sudeikis-maisie-williams-film-critiqueLes cinéphiles ne s’intéressant pas toujours à la presse people, il ne s’agit alors pas d’une mauvaise idée de rappeler à quel point Justin Timberlake (The Social Network) et Jessica Biel forment un couple médiatisé sympathique depuis plusieurs années. Cependant nous n’allons évidemment pas vous parler de leur vie privée mais bien du travail que ce couple a effectué ensemble. Hélas, cette récente collaboration artistique n’était pas la meilleure des idées du monde. On se demande comment Timberlake et Biel ont pu croire en un tel projet auquel on a déjà du mal à adhérer rien qu’en le découvrant sur le papier. Ainsi, le chanteur-acteur s’est en partie occupé de la bande-originale (totalement oubliable) de The Book of Love tandis que l’ex-star de la série 7 à la maison en est la co-productrice. Elle s’est également attribué un rôle. Certes, un petit rôle si l’on s’en tient à son temps de présence à l’écran mais tout de même important : Biel incarne la femme enceinte décédée du personnage principal (incarné par Jason Sudeikis).

La mièvrerie est déjà ultra présente dans le synopsis, le titre et même sur l’affiche du film. Il ne faut évidemment jamais juger un film sur des a priori. Hélas, le long-métrage de Bill Purple (inconnu au bataillon et qui ne devrait justement pas sortir de sa situation) est effectivement très mauvais. The Book of Love est d’une niaiserie absolue de A à Z, accumulant les drames pour mieux nous faire pleurer. Le film démarre sur la mort d’une épouse enceinte jusqu’au cou puis il s’intéresse au sort d’une jeune fille à la rue qui elle-même a vécu une vie familiale totalement pourrie… Ce film n’aurait pas dû se présenter comme un film, il n’aurait même pas dû être sur Netflix. Il ressemble davantage à ces abominables téléfilms diffusés sur M6 l’après-midi ! Il n’y a pas grand-chose à sauver là-dedans. La mise en scène est totalement inexistante, le scénario accumule les lourdeurs, il n’y a rien pour se rincer l’œil (même pas les décors très vilains) dans tout ça, histoire de tenir le coup.the-book-of-love-bill-purple-maisie-williams-critique

On ne peut même pas se raccrocher aux personnages, peu intéressants. Les personnages étant ce qu’ils sont, leurs interprètes ne peuvent pas être convaincants. Jason Sudeikis (Les Miller, une famille en herbe), habitué aux rôles comiques, fait de son mieux dans son rôle de dépressif : son interprétation n’est pas catastrophique mais on a connu l’acteur plus investi. Biel tente d’illuminer ses scènes principalement par son sourire ultra Colgate (vous comprenez, elle joue une artiste libre donc il faut sourire comme une idiote et dire des banalités pseudo-philosophiques sur le sens de la vie). Pire dans tout ça : le jeu de Maisie Williams (alias la Arya Stark de la série à succès Game of Thrones), pas du tout crédible en jeune SDF. Bref, tout est à jeter dans ce film qui provoque plus de la haine à la fin du visionnage que de l’amour !

The Book of Love : bande-annonce

The Book of Love : Fiche technique

Réalisateur : Bill Purple
Scénario : Bill Purple et Robbie Pickering
Interprètes : Jason Sudeikis, Maisie Williams, Jessica Biel, Mary Steenburgen…
Musique : Justin Timberlake
Producteurs : Jessica Biel, Ross M. Dinerstein, Michelle Purple, Kevin Iwashina
Société(s) de Production : C Plus Pictures, Campfire Stories Inc., Iron Ocean Films
Distribution : Netflix France
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie (Netflix) : 20 septembre 2017

États-Unis – 2016

Burn Out de Yann Gozlan : un polar viscéral

Malgré un scénario un peu trop scolaire, Burn Out arrive tout de même à relever la tête grâce à son réalisateur, qui démontre un talent visuel dans la réalisation de scènes de course pleines d’adrénaline et la mise en tension organique de son personnage.

Cela a été dit à de nombreuses reprises, mais le cinéma de genre est peu représenté en France. Avec l’histoire de cet homme qui doit sauver son ex-femme d’un gang de manouches en usant de ses qualités de pilote de motos, on semble malgré tout être en terrain connu. Avec ce semblant de Série B, le mutisme de certains passages, la photographie aussi colorée que nocturne, les séquelles physiques de cette tension infernale, cette violence intériorisée, on sent que Yann Gozlan a bien révisé ses gammes, notamment celles de films tels que Drive ou même The Place Beyond the Pines. Certes, le cinéaste français n’est pas Nicolas Winding Refn et François Civil n’est pas Ryan Gosling, mais Burn Out s’extirpe de ces influences et s’accommode des codes du cinéma de genre pour modeler à sa guise une œuvre qui tient largement la route.

Il est vrai qu’il est difficile de se faire surprendre par un script qu’on voit venir avant le personnage lui-même et que l’intérêt pour les protagonistes secondaires s’étiole rapidement suite à un manque complet d’écriture, mais Burn Out utilise ses atouts de l’autre côté de la barrière, avec un dispositif visuel sensitif. Que cela soit par des scènes de course de motos tendues ou celles en Go Fast sur ces autoroutes pleines de néons hallucinogènes, Yann Gozlan amène un soin particulier à vouloir construire une identité esthétique, à amener une énergie sensorielle et immersive à son intrigue dans laquelle son personnage principal, François Civil, est quasiment de tous les plans.

Alors que nous ne sommes pas habitués à le voir jouer des rôles taciturnes et volcaniques, l’acteur est l’épicentre d’un film qui deviendra de plus en plus nerveux. Mais au-delà même de ces personnages et de la finalité de la trame scénaristique, c’est l’environnement développé, l’urgence constante du film, cette sensation continuelle et oppressante de danger agencée par Yann Gozlan qui amène un pouls à Burn Out. Certes l’imagerie du cinéma de genre français ne change guère avec la banlieue, les caïds de cité, les loubards, la clope, la violence, les petits arrangements, mais tout cet encadrement urbain devient un terrain de jeu propice à la soif visuelle et technique du metteur en scène.

Yann Gozlan offre un écrin racé, aussi élégant que tendu, se rapprochant plus de l’univers d’un Michael R. Roskam ou d’un Fred Cavayé que d’un Olivier Marchal. Il y a du savoir faire chez ce réalisateur qui sait manier les styles graphiques et le découpage dans les scènes d’action sans jamais que son film n’en devienne incohérent ou même gratuit : utilisant le huis clos d’une banlieue en guérilla, la rapidité et l’espace anxiogène d’une autoroute, les courses poursuites à 250 km/h avec la police, l’engin qu’est la moto n’a jamais été aussi bien mis en lumière dans un film d’action. Loin d’être un shoot de testostérone bas de gamme à la Fast and Furious ou Le Transporteur, Burn Out se veut être un trip esthétique dynamique, avec son rythme qui ne baisse jamais en tension et son mixage sonore ébouriffant.

Synopsis: Tête brûlée, accro aux sensations fortes, Tony ne vit que pour une seule chose : devenir pilote professionnel de moto superbike. Jusqu’au jour où il découvre que la mère de son fils est liée à la pègre manouche. Seule issue pour la sortir de cet engrenage : mettre ses talents au service des truands. Pilote de circuit le jour, go-faster la nuit, Tony est plongé dans une spirale infernale qui le mène au bord de la rupture…

Bande annonce – Burn Out

Fiche Technique – Burn Out

Réalisateur : Yann Gozlan
Scénario : Yann Gozlan, Guillaume Lemans
Interprètes : François Civil, Olivier Rabourdin, Samuel Jouy, Manon Azem
Photographie : Antoine Roch
Montage : Valentin Feron
Société(s) de Production : 24 25 Films,
Distribution : Gaumont Distribution
Genre : Action Drame
Date de sortie : 3 janvier 2018

France – 2018

 

Lastman tabasse en Blu-ray & Coffret Ultime chez Wild Side

Le 6 décembre dernier a débarqué en video Lastman. Editée par Wild Side, la série d’animation française suit un héros malgré lui embarqué dans une aventure emplie de mafieux, de monstres et autres mythes.

Synopsis : Richard Aldana, un jeune boxeur talentueux mais flemmard, se retrouve avec la gamine de son meilleur ami sur les bras. Mais la petite Siri est traquée par une secte qui croit à l’existence de la Vallée des Rois, un monde de légendes dont elle serait la clef. Pour richard, les ennuis ne font que commencer.

Le grand mix épique

Lastman compte vingt-six épisodes d’une douzaine de minutes. Et disons-le de suite : il en faut plus. « Trop bon », « magique », « parfait » a-t-on envie de crier à propos du show. Le Blu-ray est lancé, le premier épisode démarre, puis arrive le deuxième, ensuite le troisième, et cetera. L’enchainement semble inévitable tant la saga française nous emporte dans son déroulement. Récit d’action, d’aventure, fantastique, polar, drames d’une famille et d’un jeune homme qui devra trouver sa place dans le monde… Lastman est une oeuvre riche de formes et de concepts. Heureusement, le mix des genres n’est pas brouillon. Au contraire, l’univers protéiforme de la série réussit à fonctionner dans un grand ensemble tourbillonnant.

Le show est aussi formidable visuellement qu’au niveau musical. Lastman, préquelle de la bande-dessinée à succès, est menée par une équipe talentueuse, avec à la réalisation Jérémie Périn (le générique de Gainsbourg vie héroïque, des clips pour Syd Matters et dYe), ou encore Yves Balak, l’un des créateurs de la BD et de la série Les Kassos… A la bande-son, nous avons les artistes Avril et Monthaye. Scénaristiquement, visuellement et musicalement, Lastman mélange les genres et croise ses inspirations. De l’électro du polar urbain au blues, en passant par des sonorités des mangas des années 80, la musique de Fred Avril et Philippe Monthaye réussit, à l’image du reste du show, à ne pas se perdre dans son melting pot créatif et participe activement à l’identité – ainsi qu’au culte – de la série.

Ci-dessous, des extraits de la bande-son originale de la série composée par Avril et Monthaye.

Comme dit plus haut, la série, semée de punchlines déjà cultes, est destinée aux adultes. Cranes explosés, corps démembrés et langage ordurier, Lastman épouse véritablement le récit de genre qui met en scène des personnages imparfaits – Richard Aldana est un boxeur doué mais fainéant – dans des situations pas non plus brillantes : il couchera par exemple avec la mère âgée d’un boxeur du quartier qui les surprendra en plein coït. Shoot d’adrénaline audiovisuelle pure, Lastman est l’oeuvre française à (re)découvrir pour bien démarrer votre parcours ciné-sériephilique de cette nouvelle année 2018.

Lastman tabasse en Blu-ray

L’édition Blu-ray proposée par Wild Side est une réussite. Rien à redire concernant le visuel ou l’aspect sonore des épisodes. Remarquons la présence d’une version anglaise soignée quand bien même on lui préferera la française. Les épisodes sont accompagnés de nombreux bonus qui vous permettront de poursuivre l’expérience Lastman en en découvrant les coulisses. Supportée par un crownfunding vers la moitiée de sa production suite au départ de l’un des investisseurs, l’équipe de Lastman peut être fière de posséder une édition qui tabasse tout sur son passage. Notons aussi la sortie d’un coffret ultime vraiment « ultime » qu’on vous laissera découvrir ci-dessous. Enfin la série est aussi disponible dans une édition DVD comportant les épisodes et les mêmes bonus que le fourreau Blu-ray.

Bande-Annonce – Lastman

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES DVD

Toutes zones – Format image : 1.77, 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Français DTS 5.1 & Dolby Digital 2.0, Anglais Dolby Digital 2.0 – Sous-titres : Anglais, Espagnol – Durée : 26 épisodes de 12′

Prix public indicatif : 29,99 Euros le boitier DVD (3 disques)

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Toutes zones – Format image : 1.77 – Résolution : 1080 25p – Format son : Français DTS Master Audio 5.1, Anglais DTS Master Audio 2.0 – Sous-titres : Anglais, Espagnol – Durée : 26 épisodes de 12′

Prix public indicatif : 39,99 Euros le boitier Blu-ray (2 disques)

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L’édition ultime de ‘Lastman’

COFFRET EDITION ULTIME

L’intégrale des épisodes de la série en DVD et en Blu-ray (5 disques au total) + l’Artbook inédit « Fabriquer Lastman » (format 21 x 30 cm – 166 pages) + le vinyle 45T de Tomie Katana + le flip-book de Siri + les posters de la série (40 x 60 cm) réalisés par Jeremie Périn + la photo de famille de Dave et Siri + la musique de LASTMAN en téléchargement

Prix public indicatif : 79,99 Euros l’Édition Ultime

Search Party saison 2 : une murder entre amis imprévue addictive

Après une première saison qui rendait déjà accro, ce 2ème cycle de Search Party creuse plus loin l’incommensurable malaise dans lequel Dory, Drew, Eliott et Portia – représentant la génération Y – baignent depuis le meurtre de fin de saison 1…

Synopsis : La bande des 4 doit à présent gérer les conséquences désastreuses découlant de la réussite de leur quête de Chantal. Leur niveau de paranoïa augmente, leurs relations s’étiolent et il devient de plus en plus difficile de croire que personne ne découvrira le secret du groupe.

Tel est pris qui croyait…?

Keith Powel n’était pas le père psychopathe de l’enfant que portait Chantal. Chantal n’était même pas en danger dans une quelconque secte ou fuyant Keith. L’énorme malentendu lui a coûté la vie. Et maintenant, ils doivent lutter pour leur propre survie. Comment échapper à la prison et à la folie qui les guette progressivement ? Dory encaisse toute la responsabilité et doit protéger ses amis qu’elle a mis dans le « pétrin » alors qu’elle a rejoint la campagne de Mary Ferguson pour être sénatrice de l’état de New York. Drew fera tout pour avoir un poste à Shanghai. Eliott quitte ses éditeurs après quelques jours en institution de rémission. Portia intègre une pièce de théâtre et se lie d’amitié avec le nouveau metteur en scène. Sans oublier, la folle voisine junkie April qui fera également son grand retour ainsi que la détective et lieutenant Joy…

Sarah-Violet Bliss et Charles Roger ont réalisé une comédie détonnante mettant déjà en scène Clare McNulty (Chantal), John Early (Eliott) ou les soeurs Phoebe et Claire Tyers (April) dans la quête métaphorique de deux jeunes femmes, Fort Tilden. Charles Rogers rencontre le boute-en-train Micheal Showalter sur Wet American Hot Summer, déjà absurde à souhait. Ce dernier a un talent particulier pour la zygomatique tendre et il l’a déjà prouvé en réalisant Hello, My Name Is Doris avec la pétillante Sally Fields. Tous les trois donc semblent concernés par les crises existentielles qu’elles soient liées à l’âge, à la carrière ou à l’amitié, aux objectifs inatteignables. Et ils ont décidé de verser ensemble dans la comédie noire en revisitant le sadisme tendre d’un Hitchcock couplé à la malice généreuse de séries plus contemporaines comme Orange is the new black ou Transparent. Il faut à présent éviter la prison, lutter pour garder sa liberté. Le mensonge apparaît d’une évidence nécessaire, encore plus pratique lorsque la tournure arrange les quatre jeunes détectives devenus fugitifs. De quiproquos en coïncidences, les détectives sont devenus des coupables qu’on ne veut absolument pas voir arrêtés. En parallèle, d’autres arcs narratifs construits sur search-party-saison-2-l-homme-mortdes genres différents permettent une meilleure respiration, tout en alimentant l’arc principal qui mêle les 4 jeunes gens. Drew veut profiter d’une promotion pour partir à Shanghai à la place du favori, Eliott sombre dans la folie alors que son autobio est acclamée par des éditeurs et que son couple bat de l’aile, Portia doit faire le deuil de sa mère qui ne semble pas l’aimer comme il se doit, tandis que Dory rencontre l’ex-femme de Keith et son amie qui baigne dans la mafia, sans oublier Julian, ex de Dory et journaliste en herbe… Mais la voisine April, qui cache elle aussi son lot de secrets, s’immisce dans le projet noir du « club des 5 4″ qui est à présent de justifier de leur innocence en fuyant coûte que coûte les balances, corbeaux et surtout la police. Le personnage du lieutenant et détective Joy s’avère quelque peu déluré après un coup du sort aussi fou que celui qui s’est produit pour nos 4 amis. Sauf que les scénaristes le sont aussi et que conclure par un happy ending aurait été maladroit, bien qu’on le veuille ardemment. La surprise de fin de saison permet donc un pas de plus dans l’obscurité pour une saison 3 en préparation. Il serait, en effet, fou de s’arrêter après le succès quasi unanime auprès de la critique et du public. Search Party recueille une moyenne de 8/10 sur des sites tels que Rotten Tomatoes ou Metacritic. Effectivement, la saison 2, plus aboutie, jonglant toujours plus habilement avec l’humour noir, la comédie existentielle onirique et le detective story a quelque chose d’hitchcockien, perdu dans le vertige en spirale de Sueurs Froides et la fausse culpabilité à prouver du Faux Coupable

Sublime et addictive, portée par des acteurs étonnants, cette pépite qui a clos l’année 2017 aurait pu être dans le top 5 si les grosses productions portées par les médias ne lui avaient pas fait de l’ombre. A ne manquer absolument sous aucun prétexte !

Search Party saison 2 : Trailer

https://www.youtube.com/watch?v=BWf6qpsyuso

Search Party saison 2 : Fiche Technique search-party-saison-2-poster

Création: Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers et Michael Showalter

Scénario : Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers, Michael Showalter, Anthony King, Christina Lee, Jordan Firstman, Starlee Kine, Andrew P. Fleming, Matthew Kriete, Robbie Pickering, Samantha Stratton
Réalisation : Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers, Ryan McFaul, Michael Showalter, Lilly Burns
Direction artistique : Olga Miasnikova
Décors : Brian Goodwin, Cat Navarro, John Duhigg Cox
Costumes : Matthew Simonelli
Photographie : Jonathan Furmanski
Production : Brittney Segal, Jake Fuller, Grace Johnson, Genevieve Aniello, Sarah-Violet Bliss, Lilly Burns, Ryan Cunningham, Tony Hernandez, Charles Rogers, Alia Shawkat, Michael Showalter, John Skidmore, Anthony King, Christina Lee
Musique : Brian H. Kim, Daniel Wohl
Genres : Comédie, policier, drame, thriller
Diffuseur : TBS
Format de la saison : 10 épisodes de 30 minutes
Dates de diffusion en France : dès le lendemain, le 20 novembre 2017 sur OCS

États-Unis – 2017

Police Fédérale Los Angeles : Friedkin fait peau neuve chez Carlotta

Pour conclure l’année 2017, Carlotta pouvait difficilement frapper plus fort que la ressortie 4K de Police Fédérale Los Angeles de William Friedkin, dans un fastueux coffret dont l’inestimable collection culte a le secret. L’occasion de confirmer une nouvelle fois que l’écrin numérique sied à ravir au cinéma de Wild Bill, surtout quand il s’agit de sublimer une de ses œuvres les plus avant-gardistes.

La rage au ventre

Comme bon nombre de bandes des années 80, Police Fédérale Los Angeles dût attendre son exploitation vidéo pour trouver son salut et bâtir l’aura culte qui est la sienne aujourd’hui. Sur le coup, son échec lors de sa sortie en salles et son accueil relativement tiède par la presse (même si on trouve quelques plumes enflammées montées au créneau pour défendre le film, dont celle de Nicolas Boukhrief alors à Starfix) fragilisent un peu plus la position de William Friedkin à Hollywood. En effet, le réalisateur n’est plus en 1985 le golden-boy impétueux des triomphes de French Connection et L’exorciste. Éprouvant des difficultés à se relever après l’échec cinglant du Convoi de la peur, Friedkin est de plus en plus considéré comme un dinosaure par une industrie sur laquelle il régnait en maître à peine 10 ans auparavant.

De fait, Police fédérale Los Angeles est imprégné de cette mentalité d’outsider désireux de prouver qu’il est toujours dans le coup et de montrer à cette époque qui essaie de le fossiliser qu’il l’a comprise mieux que personne. Tourné pour un budget modeste (6 millions de dollars) dans les rues de L.A, loin du confort des studios (le coproducteur et monteur Bud Smith qualifie le tournage de « Hit and Run »), PFLA fait partie de ces films animés par la volonté de saisir l’air de leur temps sur celluloïd. Dès ce générique rythmé par la musique de Wang Chung, alors que se met en route la planche à billets qui inonde les rues de la ville en faux-dollars, le film fait preuve d’une puissance cinématique grandiose qui ne sera jamais démentie.

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Willem Dafoe (Rick Masters) le virtuose du faux brûle son tableau

Simulacre et simulé

Bien que tourné à même le bitume, l’approche de Friedkin sur ce film se situe aux antipodes de French Connection. Au réalisme âpre et documentarisant de son chef-d’œuvre oscarisé, Police Fédérale Los Angeles déréalise le décor pour plonger le spectateur dans l’abstraction. A l’image d’une histoire peuplée de faux-semblants, Los Angeles apparaît comme une ville d’exposition ou chaque lieu fait figure de pièce rajoutée. Dans un film où chaque raccord est susceptible de faire mentir le sens du précédent et où les personnages sont menés par des pulsions qu’ils ne comprennent pas, le public expérimente cette sensation kafkaienne où ses habitudes sont annihilés par le fonctionnement de l’univers dépeint.

De fait, il faut accepter le fonctionnement parfois erratique d’une l’intrigue taillée à la serpe pour s’imprégner du sentiment d’étrangeté qui se diffuse à l’image. Ce que le grand romancier James Ellroy appelait Le Grand Nulle Part, William Friedkin en a fait une matière filmique où tout n’est plus qu’apparences et artefacts, à l’instar des faux billets imprimés par Rick Masters, seul personnage à comprendre le cirque auquel il participe. Au fond, Police Fédérale Los Angeles est un film sur des personnages qui essaient d’être et dont l’identité ne tient qu’à des repères menaçant de vaciller d’une scène à une autre. Soit une pierre angulaire dans le vertige identitaire friedkinien et un pavé de taille dans la mare d’une décennie qui a refusé de se voir dans le miroir tendu par le réalisateur. Peut-être de peur de ne plus y reconnaître son reflet…

Suppléments à la carte

Une fois encore, on saluera le travail éditorial copieux de Carlotta qui a mis les petits plats dans les grands pour offrir au film le support définitif qu’il mérite. Même visionné sur une télé 2K, la restauration de l’image mérite largement le détour, en dépit de quelques ratés notamment au niveau d’un grain blanc parfois envahissant qui met en valeur la chaleur hypnotisante des couleurs voulues par Friedkin et son chef op’. Même chose pour le son qui valorise considérablement le travail effectué par l’équipe, notamment pour l’environnement musical (Wang Chung a rarement aussi bien résonné dans votre salon).

Pour ce qui est des suppléments, comme d’habitude avec l’éditeur, la générosité est au rendez-vous. Outre le livret de 150 pages présent dans la version collector et signé par des plumes de La septième obsession, vous trouverez également de quoi vous enfiler l’entrée-plat-dessert (avec supplément et café) dans les menus du Blu-ray. Est inclus un documentaire dans lequel toute l’équipe revient sur l’aventure du tournage, anecdotes croustillantes et images d’archives à l’appui ; des interviews individuelles de certains acteurs, de Wang Chung et du coordinateur cascades ; la fin alternative tournée à la demande du studio (et rejetée proto par le réalisateur), une scène coupée et des spots radios ! Même si l’intérêt se révèle parfois inégal, difficile d’en vouloir à Carlotta de vouloir servir jusqu’à satiété le public, et d’honorer la profession de foi d’une collection décidément rutilante. Bref, si l’idée d’un rebond de Noël vous a traversé l’esprit (ou si vous désirez tout simplement corriger les erreurs de listes du Père Noël), n’hésitez pas et ruez-vous sur ce coffret.

Titre original : To Live and Die in L.A.
Année de sortie : 1985
Pays : États-Unis
Scénario : William Friedkin et Gerald Petievich, d’après le roman de Gerald Petievich To live and die in LA
Photographie : Robby Müller
Montage : M. Scott Smith
Musique : Wang Chung
Avec : William L. Petersen (Richard Chance), Willem Dafoe (Rick Masters), Jim Hart (Michael Greene), John Turturro (Carl Cody), Darlanne Fluegel (Ruth Lanier), Debra Feuer (Bianca Torres) & John Pankow (John Vukovich).

Collection Coffret Ultra Collector #8 Coffret Ultra Collector Limité Et Numéroté Blu-Ray + Double Dvd + Livre 160 Pages Police Fédérale, Los Angeles (1985) Un Polar Emblématique Des Années 1980 Par Le Réalisateur De « L’exorciste » Et De « Killer Joe« .
Sortie le 6 décembre 2017 (50.16€) chez Carlotta.

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Nouvelle restauration 4K supervisée et approuvée par William Friedkin

Caractéristiques techniques du Blu-Ray :

• MASTER HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98p • ENCODAGE AVC
Version Originale DTS-HD MA 5.1 & 2.0 / Version Française DTS-HD MA 5.1
Sous-Titres Français • Format 1.85 respecté • Couleurs
Durée du Film : 116 mn

Également Disponible En Édition BLU-RAY Single (inclus making-of + scène coupée + fin alternative + spot radio + bandes-annonces)

Caractéristiques techniques du DVD :

2 DVD 9 • NOUVEAU MASTER RESTAURÉ • PAL • ENCODAGE MPEG-2
Version Originale Dolby Digital 5.1 & 2.0 / Version Française Dolby Digital 5.1 • Sous-Titres Français • Format 1.85 respecté • 16/9 compatible 4/3
Couleurs • Durée du Film : 111 mn

Suppléments du coffret ultra-collector:

Commentaire audio de William Friedkin
Un monde de contrefaçons : Le Making-Of De « Police Fédérale, Los Angeles » (30 mn)
Entretiens avec le réalisateur et les acteurs illustrés d’archives du tournage.
Le livre « Éloge du faux-semblant » avec 6 nouveaux textes explorant les différents aspects du film, sa place dans le cinéma des années 1980… plus de 40 photos (160 pages). En association avec La Septième Obsession.
Bonus vidéo:
Entretiens avec le réalisateur et les acteurs illustrés d’archives du tournage.
Souvenirs du casting et du tournage de Police fédérale, Los Angeles par William Petersen
Le Renouveau De La Femme À Los Angeles (15 mn)
Docteur D’un Jour (9 mn)
Totalement en phase (13 mn)
À contresens (36 mn)
Scène coupée (4 mn)
Fin alternative (9 mn)
Spot radio
Bandes-annonces

Les Heures sombres de Joe Wright : Enfin une consécration pour Gary Oldman dans son rôle de Churchill ?

Homme mythique ayant fabriqué son propre mythe et sa propre histoire, sujet de plus d’une dizaine de films déjà, Winston Churchill est le protagoniste du nouveau film du britannique Joe Wright, les Heures sombres. Un film fébrile et tout en action, alors même que le verbe, celui du Vieux Lion, est au centre du dispositif.

Synopsis : Homme politique brillant et plein d’esprit, Winston Churchill est un des piliers du Parlement du Royaume-Uni, mais à 65 ans déjà, il est un candidat improbable au poste de Premier Ministre. Il y est cependant nommé d’urgence le 10 mai 1940, après la démission de Neville Chamberlain, et dans un contexte européen dramatique marqué par les défaites successives des Alliés face aux troupes nazies et par l’armée britannique dans l’incapacité d’être évacuée de Dunkerque.

Alors que plane la menace d’une invasion du Royaume-Uni par Hitler et que 200 000 soldats britanniques sont piégés à Dunkerque, Churchill découvre que son propre parti complote contre lui et que même son roi, George VI, se montre fort sceptique quant à son aptitude à assurer la lourde tâche qui lui incombe. Churchill doit prendre une décision fatidique : négocier un traité de paix avec l’Allemagne nazie et épargner à ce terrible prix le peuple britannique ou mobiliser le pays et se battre envers et contre tout.

Avec le soutien de Clémentine, celle qu’il a épousé 31 ans auparavant, il se tourne vers le peuple britannique pour trouver la force de tenir et de se battre pour défendre les idéaux de son pays, sa liberté et son indépendance. Avec le pouvoir des mots comme ultime recours, et avec l’aide de son infatigable secrétaire, Winston Churchill doit composer et prononcer les discours qui rallieront son pays. Traversant, comme l’Europe entière, ses heures les plus sombres, il est en marche pour changer à jamais le cours de l’Histoire.

La Bataille d’Angleterre

Les biopics sur les grands hommes et femmes, politiques qui plus est, peuvent être mortellement ennuyeux. Il n’y a rien qu’on ne sache déjà, rien qui n’ait déjà été écrit, pire, rien qui n’ait déjà été filmé au moins une fois.

Pourtant, les Heures sombres du britannique Joe Wright est un film passionnant sur Winston Churchill qu’on suivra à la fois dans sa dimension intime, et dans ses habits fraîchement enfilés de premier ministre, pendant un petit mois, celui de Mai 1940, à une époque où les forces alliées étaient au plus mal, d’où le titre du film du cinéaste.

les-heures-sombres-joe-wright-film-critique-lily-james-gary-oldmanLe film débute par une séquence au Parlement, filmé en plongée, dans une lumière pâle mais suffisante pour que l’on puisse voir la poussière des lieux voler. La caméra descend tel un prédateur sur ces hommes en effervescence, demandant la démission de l’un d’eux, Neville Chamberlain (Ronald Pickup), le premier ministre en place. Une très belle scène inaugurale dans laquelle Churchill est absent, mais qui ne parle que de lui en creux : on chuchote son nom comme le seul successeur qui pourrait être accepté par l’opposition, mais on le chuchote comme s’il était une malédiction, comme si l’homme lui-même était une malédiction. Beaucoup de scènes s’appuieront sur de tels mouvements de caméra, impressionnants, peut-être un peu trop répétitifs pour ne pas tomber dans le gimmick facile.

les-heures-sombres-joe-wright-film-critique-gary-oldman-ben-mendelsohnLes Heures sombres se dessine plutôt comme un haletant thriller politique qu’un film de guerre. Hitler et Mussolini sont les ennemis manifestes, mais Churchill doit combattre des ennemis intérieurs tout aussi féroces, et notamment Neville Chamberlain et le sournois Halifax (Stephen Dillane, vu notamment dans Game of Thrones). Le métrage est porté par un Gary Oldman tout simplement énorme, qui réussit à la fois à faire oublier l’acteur derrière le personnage, et la tonne de latex dont il est recouvert, en interprétant à la perfection son Churchill. Les mimiques et les tics, les moindres gestes, les regards de doute, de conquête, de méchanceté ou encore de malice, sont ceux de Gary Oldman tout autant que ceux du « Vieux Lion ». La caractérisation du grand homme est dénuée de complaisance de la part du scénariste Anthony McCarten, et de la part du metteur en scène, qui n’ont pas hésité, à plusieurs reprises, à le montrer dans ses excès. Même si leur version de Churchill est globalement hagiographique, comme par exemple dans cette scène totalement inventée de Churchill frayant avec le peuple britannique et de l’Empire dans le métro de Londres, on ne peut pas leur reprocher un manque d’objectivité à l’égard du grand homme.

les-heures-sombres-joe-wright-film-critique-gary-oldman-undergroundLa réussite du film tient notamment dans ce combo caractérisation minutieuse / casting impeccable. Le roi George VI, bégayant de tout son soûl dans Le Discours d’un Roi de Tom Hooper, est un personnage beaucoup plus en nuances tel qu’interprété ici par Ben Mendelsohn. Tantôt contre Churchill qu’il a dû nommer Premier Ministre malgré lui, tantôt son allié au plus fort de ces heures sombres, donnant même une des scènes les plus empreintes de tendresse dans un film plutôt âpre, « Bertie » a une dimension très humaine que le « bad boy » australien contribue à façonner. Kristin Scott-Thomas incarne à merveille Clementine Churchill, une femme résignée mais loyale et fidèle, fatiguée mais tentant de rester à la hauteur de son époux en matière de drôlerie et de punchlines. Lily James, enfin, apporte la fraîcheur dans ce monde de vieux intrigants. La secrétaire personnelle de Churchill est l’agnelle qui aurait pu et dû se faire bouffer toute crue, et qui, in fine, devient la femme de confiance d’un homme qui a gagné une guerre avec les mots qu’il dictait et qu’elle tapait avec frénésie et avec ferveur.

Il est étrange de constater la coïncidence entre d’une part la sortie de Dunkerque, le film minimaliste de Christopher Nolan qui détaille une des journées de ce fameux moi de Mai, précisément celle de l’Opération Dynamo proprement dite, et celle des Heures sombres de Joe Wright, qui en raconte la gestation et le difficile accouchement ; et d’autre part, l’avènement du Brexit presque concomitamment à ces sorties. Comme une mauvaise ironie du sort, la frilosité quasi-xénophobe qu’une moitié des Britanniques a montré avec ce Brexit vient en totale contradiction avec ces films, avec les Heures sombres en particulier, un film qui montre combien, en plus de défendre son île, Churchill avait à cœur de protéger sa chère France et l’Europe, et surtout de défaire celui qu’il appelait alors déjà, Le Monstre, alors même qu’il était à un cheveu de céder aux sirènes de la négociation. Des hasards de calendrier qui ne sont qu’accidentels, mais qui ajoutent assurément du piment au visionnage de ce très bon film.

Les Heures sombres – Bande-annonce

Les Heures sombres – Fiche technique

Titre original : Darkest Hour
Réalisateur : Joe Wright
Scénario : Anthony McCarten
Interprétation : Gary Oldman (Winston Churchill), Kristin Scott Thomas (Clemmie), Ben Mendelsohn (Le Roi George VI), Lily James (Elizabeth Layton), Ronald Pickup (Neville Chamberlain), Stephen Dillane (Vicomte d’Halifax)
Musique : Dario Marianelli
Photographie : Bruno Delbonnel
Montage : Valerio Bonelli
Producteurs : Anthony McCarten, Tim Bevan, Eric Fellner, Douglas Urbanski, Lisa Bruce
Maisons de production : Working Title Films
Distribution (France) : Universal Pictures International France
Récompenses : Nombreuses pour Gary Oldman (Meilleur Acteur) et Joe Wright (Meilleur Réalisateur)
Budget : USD 30 000 000
Durée : 125 min.
Genre : Biographie, Histoire
Date de sortie : 03 Janvier 2018
Royaume-Uni – 2017

The Crown saison 2 : le poids de la Couronne, le poids des non-dits

Là où la plupart des séries historiques « glamourisent » de façon épique et romanesque l’héroïsme de leurs personnages (des Tudors à Vikings en passant par Les Borgia ou Reign), The Crown se démarque et tranche radicalement en montrant les dessous du pouvoir et la difficulté humaine qu’éprouvent les monarques à exercer leur fonction. Une création originale qui brille par son approche complexe et les problématiques foisonnantes qu’elle aborde.

Synopsis : Alors que la saison 1 s’intéressait au début du règne d’Elizabeth II, de 1952 à 1956, ici, l’intrigue de la deuxième saison reprend là où la précédente s’était arrêtée, et se poursuit jusqu’en 1964. L’histoire passe notamment en revue les deux dernières grossesses de la Reine (Andrew d’York et Edward de Wessex), sa crise de couple avec Philip lors des Jeux Olympiques de Melbourne, l’éducation stricte du jeune Prince Charles, le passé trouble du Duc d’Édimbourg, le mariage de Margaret avec le sulfureux photographe Antony Armstrong-Jones, la rencontre au sommet entre les Kennedy et les Windsor, ou encore la modernisation de la Monarchie et du protocole grâce à Lord Altrincham.

Arrivée sur Netflix le 8 décembre dernier, la deuxième saison de The Crown conserve son identité et continue d’explorer avec délicatesse et subtilité l’envers du décor de la Monarchie royale d’Angleterre. La saison 1 évoquait beaucoup d’événements politiques et laissait une grande place au duo Churchill/Elizabeth, avec en filigrane la question pour la jeune Reine de savoir comment s’imposer, à 22 ans, dans un monde d’hommes souvent rompus à l’exercice du pouvoir. Ici, le second volet de cette saga historique nous montre une monarque plus installée dans ses fonctions et plus à l’aise avec la diplomatie, délaissant alors les questions d’ordre étatique pour aborder plus en profondeur des problématiques personnelles, ce qui humanise davantage les personnages et permet d’apporter un nouvel éclairage sur la famille royale et la nation toute entière. Une réussite.

Humain, trop humain

the-crown-saison-2-Matt-smith-claire-foyCe qui frappe d’emblée dans The Crown, c’est la façon dont les personnages ne semblent, au départ, pas taillés pour leur fonction. La Reine est une femme. Le Duc d’Édimbourg est un homme. Par conséquent, chacun éprouve des sentiments naturels, et traverse des crises identitaires plus ou moins fortes, voire décisives. Mais là où les citoyens normaux ont la liberté d’exprimer leurs humeurs, leur frustration, leur douleur ou leurs doutes, le couple royal ne peut pas. Car, et c’est là toute la force de cette série, leurs intérêts passent après ceux de la nation, du pays, de la Monarchie. A partir de cet instant, on réalise alors que le pouvoir, qui fait si souvent rêver, est davantage traité comme un fardeau dans The Crown, qui articule tout son récit autour de la dialectique entre volonté individuelle et devoir collectif. Paradoxe absolu, Elizabeth et Philip, qui figurent pourtant parmi les souverains les plus emblématiques et importants du monde moderne, n’ont aucune liberté, et doivent s’oublier pour mieux servir la Grande-Bretagne. Le comble, pour l’incarnation même du pouvoir, que de n’en avoir aucun. Ainsi, les obstacles se multiplient pour la Reine, femme prise en tenaille et écartelée entre ses envies et des peines, son affection pour ses proches, son envie de mener une vie normale, et le poids du rôle qu’elle se doit d’incarner sans jamais flancher, refoulant toujours ses chagrins, ses déceptions ou ses désirs pour s’effacer. C’est d’autant plus intéressant alors, de voir comment la jeune Reine fait face à la crise de son couple, aux infidélités répétées de son mari et aux rumeurs qui circulent à son sujet, avec une humilité et une dignité qui fait ressortir un autre aspect de la vie à Buckingham : celui du silence. C’est étouffé par le poids des non-dits et du devoir de retenue que le couple royal doit survivre aux années, survivre aux scandales. Des humains qui ne peuvent finalement pas en être : c’est ça, The Crown.

Palace People

The-Crown-MargaretAutre nouveauté par rapport à la première saison, cette deuxième partie s’offre le temps d’instrumentaliser à souhait les vies et les destins croisés des différents membres de la famille royale, dont certains sont parfois difficiles à contrôler. En tête, Margaret, l’indomptable sœur de la Reine, qui fait fi du protocole pour laisser libre cours à ses pulsions, et qui place au centre de ses préoccupations sa quête de l’amour. Frasques en tous genres, alcoolisme mondain, dépression, solitude, pétages de plomb, coup de foudre avec un photographe peu recommandable, mœurs libérées, train de vie très ostentatoire : Margaret fait déjà, à son époque, les choux gras d’une presse people avide de scoops, phénomène que la Monarchie s’évertue à endiguer du mieux qu’elle le peut. Au rayon scandales, Edouard VIII, l’ancien Roi, n’est pas en reste, puisque là encore, la Monarchie sera confrontée à la résurgence d’un autre dossier sensible, à savoir l’appartenance et la participation du Duc de Windsor au mouvement nazi, et son implication auprès des dirigeants du IIIème Reich, avec suspicion d’espionnage, entre autres. Autre qualité de The Crown : la série ne fait pas l’hagiographie des monarques, mais se confronte, au contraire, aux zones d’ombre et au passé parfois embarrassant de ses personnages, et donc de l’Angleterre. Enfance sordide de Philip, accointances douteuses de ses sœurs qui étaient épouses de nazis : les attaches de certains membres de la Couronne avec l’Allemagne fasciste de la Seconde Guerre Mondiale ne sont pas passées sous silence. Au final, ce postulat fait de The Crown une série courageuse qui regarde le passé en face (peut-être pour mieux l’exorciser), et qui ne cherche pas non plus à gommer les défauts, les fautes et les erreurs de ses personnages. Un souci d’honnêteté qui mérite d’être souligné.

Monarchie en danger

Dans la même idée, The Crown montre avec finesse et efficacité l’impact qu’ont eu la Seconde Guerre Mondiale et la modernisation de la société sur une Monarchie figée et poussiéreuse, institution dépassée, constamment menacée de disparition. Vieille, guindée, déconnectée des réalités, loin du peuple, ringarde : la Couronne, qui n’a pas évolué depuis des décennies, et elle aussi confrontée à une grave crise, au même titre que tous ceux qui la portent. Parallèle scénaristique habile, qui continue d’exploiter cette dichotomie apparente entre institution d’un côté, et humain de l’autre. Et si finalement ces deux éléments se faisaient le reflet l’un de l’autre ? Il n’en demeure pas moins que cette seconde saison met en lumière la façon dont la Monarchie doit sans cesse se remettre en question pour survivre, comme les personnages. Entre la réaction humiliante et insultante de Jackie Kennedy qui ridiculise ouvertement la Reine et son palais ; la lettre ouverte incendiaire d’un certain Lord Altrincham qui démolit le discours de la Reine dans un édito assassin ; ou encore l’éducation archaïque du Prince Charles qui suit les pas de son père dans un établissement scolaire aussi rustre que vieux, la Couronne est attaquée, menacée et mise à l’épreuve de toutes parts. Là aussi, on ne peut s’empêcher d’établir un lien entre le parcours de la Reine, parfois humiliée et en quête de réponses (cf. l’épisode où elle se lie d’amitié avec un prédicateur évangéliste américain pour questionner sa foi), et celui de la Monarchie en tant que symbole, sans cesse forcée à s’adapter pour survivre. Encaisser les coups, la tête haute, pour n’en sortir que plus forte : au fil du temps, la Reine et la Couronne ne font plus qu’un et mènent le même combat, celui de la survie. 

Quoiqu’un tantinet plus « strass et paillettes » que la saison précédente et moins versée sur la politique (ce qui n’exclut pas pour autant quelques épisodes diplomatiques croustillants, en Afrique notamment), la saison 2 de The Crown conserve son identité profonde et continue de questionner avec complexité la dialectique impossible entre pouvoir et humanité. Servie par une Claire Foy au sommet de son interprétation, la série éblouit par son faste et captive par son écriture.

The Crown saison 2 : Bande-annonce VO

https://www.youtube.com/watch?v=ME2umFQ_xBA

The Crown : Fiche technique

Création et scénario : Peter Morgan
Réalisation : Benjamin Caron, Stephen Daldry, Philip Martin, Julian Jarrold, Philippa Lowthorpe
Interprétation : Claire Foy (La Reine Élisabeth II), Matt Smith (Philip Mountbatten, duc d’Edimbourg), Vanessa Kirby (Margaret du Royaume-Uni), Victoria Hamilton (Elizabeth Bowes-Lyon), Matthew Goode (Antony Armstrong-Jones), Michael C. Hall (John Fitzgerald Kennedy), Jodi Balfour (Jacqueline Kennedy)
Direction artistique : Mark Raggett, Louise Lannen, Renátó Cseh, Kirk Doman
Décors : Martin Childs
Costumes : Michele Clapton, Timothy Everest
Photographie : Adriano Goldman
Production : Stephen Daldry, Peter Morgan, Allie Goss, Andy Harries, Robert Fox
Musique : Rupert Gregson-Williams
Genres : Historique, Biopic, Drame
Diffuseur : Netflix
Format de la saison : 10 épisodes de 55 minutes
Dates de diffusion en France : épisodes disponibles depuis le 8 décembre 2017 sur Netflix

États-Unis / Royaume-Uni- 2017

Concours Fauda : Sortie DVD remportez votre exemplaire de la série

Concours : A l’occasion de l’intégrale de la série Fauda Saison 1 en Coffret 3 DVD et en téléchargement définitif dès le 10 Janvier prochain, remportez votre exemplaire.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Une unité d’élite israélienne opère sous couverture en Palestine et élimine « La Panthère », l’un des terroristes les plus dangereux de la planète. Quelques années plus tard, les services secrets reçoivent une information capitale : « La Panthère » est toujours en vie. Ex-infiltré, Doron Kabilio va reprendre du service pour débusquer son pire ennemi. Une lutte à mort entre l’unité antiterroriste israélienne et « La Panthère » va commencer…

Produite par Maria Feldman, la productrice de Hatufim, la série qui a inspiré Homeland. Ecrite par une équipe composée d’anciens agents : Lior Raz, ancien agent, co-scénariste et rôle principal et Avis Issacharoff, ancien correspondant du Times of Israël, co-scénariste, la série se veut juste et humaine en plus d’être un petit bijou de suspens et d’action. Fauda (« chaos » en arabe) est la série d’action qui bat tous les records d’audience en Israël et en Palestine, une plongée inédite au cour des deux camps. Mêlant habilement tension, drame, suspense et confusion, Fauda est une des meilleures séries du moment.

Avec Lior Raz, Hisham Suliman, Shadi Mar’i, Laetitia Eido…

Reconnue par la critique, la série a déjà remporté plusieurs prix : le FIPA d’Or 2016 du Meilleur Scénario Original & 6 prix OPHIR dont Meilleure comédie Dramatique par l’Académie Israélienne du film et de la TV !!

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD :

L’intégrale de la Saison 1 en Coffret 3 DVD le 10 Janvier chez Wildside

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Format image : 1.77, 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Français & Hébreu/Arabe Dolby Digital 2.0 – Sous-titres: Français – Durée : 12 épisodes de 40’
COMPLÉMENTS : – Making-of (23’) – Exclusivité : la bande-annonce de la Saison 2 – Prix public indicatif : 29,99 € le Coffret 3 DVD – déjà disponible en téléchargement définitif.

MODALITÉS DU JEU

Pour participer à notre concours, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 14 Janvier 2018. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter. Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.

Concours Fauda : Dotations 3 coffret DVD

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Les 5 films d’Épouvante-Horreur de 2017 à découvrir absolument

2017 fut une année de qualité pour l’Épouvante-Horreur. Notre Top 20 des meilleurs films de cette année ayant passé sous silence les bons titres du genre, nous vous proposons de découvrir ici 5 films d’Épouvante-Horreur sortis en 2017 qui méritent votre attention.

Comme tous les ans à la même période, les critiques s’amusent à choisir et à recommander les meilleurs films de l’année achevée. Tradition ennuyante par sa répétition, bien que nécessaire pour les personnes qui n’auraient pas vu le meilleur du cru de l’année en question. Cela dit, on y retrouve souvent les mêmes titres des films qui ont fait l’unanimité critique ou qui ont simplement le plus rapporté au box-office. L’Épouvante-Horreur est ainsi souvent lésé par ces articles en raison de sa faible présence dans les salles de cinéma et par son caractère relativement dénigré par les critiques. Pourtant, ce genre connaît un véritable nouveau souffle depuis 2015, et l’année 2017 semble en être une confirmation. C’est pourquoi nous vous proposons ici une liste de 5 films d’Épouvante-Horreur sortis en 2017 qui se sont distingués par leur qualité et dont vous n’aviez pas forcément connaissance. Vous n’y trouverez donc pas la nouvelle adaptation cinématographique de It  par Andrés Muschietti ou Annabelle : Création de David F. Sandberg. Non pas parce qu’ils ne sont pas bons, mais parce qu’ils ont été deux gros succès au box-office de cette année avec respectivement 700 millions et 307 millions de dollars de recette. Nous avons également privilégié pour cette liste les films dont la date de sortie initiale fut en 2017. The Greasy Strangler, un de nos coups de cœur de 2016, n’y apparaît donc pas, malgré sa sortie française en direct-to-video le 24 janvier 2017.

[toggler title= »Ils auraient pu y être: »]

The Bye Bye Man : un concept horrifique original, mais servi par des mécaniques parfois grossières.

Clown : Eli Roth revisite le clown dans l’Horreur avec ce film qui a mis 3 ans à nous parvenir (après une date de sortie italienne le 13 novembre 2014). [/toggler]

5 – The Babysitter

Le home-invasion a un nouveau visage, et ce visage est sorti sur la plateforme Netflix le 13 octobre 2017 : The Babysitter. Réalisé par Joseph McGinty Nichol (McG pour les intimes), le film est d’autant plus surprenant qu’il n’a jamais eu d’égal dans sa filmographie au niveau qualité et soin de la production (comme quoi Netflix, ça paye!). Choisissant la comédie horrifique comme crédo, on y retrouvera notamment les influences de Sam Raimi dans sa réalisation ou encore de Quentin Tarantino dans ses dialogues et ses artifices de mise en scène. Les nombreuses références au cinéma de genre dans le scénario de The Babysitter renforce davantage l’accointance avec la réalisation de Tarantino. Le film sait faire passer un excellent moment à ses regardeurs avec beaucoup de générosité, et pour cela, il mérite que vous y jetiez un œil.

https://youtu.be/6qCqrODw1nM

4 – Transfiguration

Imaginez Morse (2008) dans un ghetto américain et vous aurez Transfiguration. Réalisé par Michael O’Shea et filmé dans le quartier de Queensbridge à New York, ce film pourrait se résumer en une seule démarche (que le personnage principal évoque d’ailleurs à plusieurs reprises dans les dialogues) : faire un film de vampire réaliste. Transfiguration tombe ainsi inévitablement dans le Drame et l’Horreur à la fois, deux genres qui se sont finalement assez rarement rencontrés. S’incluant dans une démarche des plus réalistes, en privilégiant la caméra à l’épaule et en ne tombant jamais dans le Fantastique, tout en se drapant de l’héritage des classiques : Transfiguration est une œuvre que tout cinéphile appréciera.

3 – The Void

The Void est le film le plus lovecraftien de ces dernières années, reprenant les grands thèmes du maître de l’Épouvante, H.P. Lovecraft, tout en s’ancrant dans une démarche esthétique que l’on pourrait qualifier de « neo-eighties » : entre stylisme contemporain et hommage aux années 80. Impossible donc de ne pas faire un parallèle entre ce film et la filmographie de John Carpenter. The Void est sans conteste l’une des meilleures surprises de cette année, et a tout pour devenir un futur grand classique. Les amateurs apprécieront particulièrement les effets-spéciaux garantis sans CGI, rappelant la bonne époque des The Thing (1982) et autres The Fly (1986).

2 – It comes at night

Quand certains font le choix de copier (souvent très mal) les mécaniques qui ont fait le succès de James Wan, d’autres proposent une expérience à l’opposé de cette démarche : c’est le cas de  It comes at night. Typiquement le genre de film que l’on aime ou que l’on déteste, Trey Edward Shults nous propose d’y suivre le quotidien d’une famille dans un monde apocalyptique rongé par une mystérieuse maladie. Faisant le choix d’en dévoiler le moins possible sur son univers, le déroulement du film se concentre plutôt sur la psychologie et le développement de ses personnages. Son principal point fort repose sur sa mise en scène, qui nous plonge dans une langueur extrême que l’on finit par partager avec cette famille, le tout, servi par de magnifiques séquences qui font preuve d’une grande maîtrise du cadrage et de la lumière.

1 – Get Out

Contrairement aux autres films de cette liste, Get Out de Jordan Peele a joui d’une certaine notoriété (il est en fait celui qui a le plus rapporté au box-office avec un peu plus de 254 millions de dollars). Et pour cause, il y a très peu de choses que l’on peut lui reprocher : acting réussi ? Check. Musique parfaitement adaptée à l’intrigue ? Check. Décors et photographie travaillés ? Check. Mention spéciale aux séquences d’hypnose particulièrement admirables, qui n’ont -de mémoire- jamais eu d’équivalent dans d’autres films. Si de premier abord Get Out ne semble être qu’un énième film traitant de racisme, le scénario se révèle plus subtil en évoquant le malaise des relations entre classes sociales et le racisme positif : une approche relativement peu abordée au cinéma. Pour toutes ces raisons, il nous a semblé judicieux de le citer dans cette liste, malgré son grand succès à sa sortie.

Mention spéciale – Oats Studio Volume 1

Le Volume 1 de Oats Studio n’est pas un long-métrage, mais une anthologie de court-métrage. Toutefois, il est indispensable pour tout fan d’Épouvante-Horreur ou même de Science-Fiction de la découvrir. Principalement pour les trois courts métrages de Neill Blomkamp qui en font partie : Firebase, Rakka et Zygote (classés dans l’ordre chronologique de leurs intrigues). Situés dans un même univers très travaillé, on retrouvera dans ces trois courts métrages (particulièrement dans Zygote) ce qu’aurait pu être le Alien 5 de Blomkamp (qui malheureusement, après la sortie cette année du piètre Alien : Covenant, a vu ses chances de sortir un jour diminuer). La légendaire interprète d’Ellen Ripley, Sigouney Weaver, joue d’ailleurs le rôle de Jasper dans Rakka. Chacun de ces courts métrages sont disponibles sur la chaîne Youtube de Oats Studio. Alors, pourquoi se priver?

 

Auteur : Jeap Horckman

Concours Last Flag Flying : Gagnez des places de cinéma du film de Richard Linklater

Concours : À l’occasion de la sortie en salles le 17 janvier de Last Flag Flying (La Dernière Tournée) réalisé par Richard Linklater avec Steve Carell, Bryan Cranston et Laurence Fishburne, remportez des places de cinéma.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

En 2003, Larry « Doc » Sheperd, un ancien médecin de la Navy, retrouve Sal Nealon, un gérant de bar et le révérend Richard Mueller. Tous les trois ont combattu ensemble au Vietnam mais ils ne s’étaient pas revus depuis trente ans. Larry est venu leur demander de l’accompagner aux funérailles de son fils, mort au combat en Irak et dont le corps vient d’être rapatrié aux États-Unis. Sur la route, l’émotion se mêle aux fous-rires car les trois hommes voient leurs souvenirs remonter et ils retrouvent leur camaraderie…

Basé sur le roman de Poniscan, qui est la suite d’une œuvre antérieure, The Last Detail. Ce livre a été adapté dans un film en 1973 par Hal Ashby (avec Jack Nicholson, Randy Quaid, et Otis Young).

Réalisateur :  Richard Linklater (Boyhood, Everybody Wants Some!)
Scénario : Richard Linklater et Darryl Ponicsan, d’après le roman de Darryl Ponicsan
Interprétation : Steve Carell, Bryan Cranston, Laurence Fishburne, Yul Vasquez, Cicely Tyson, J. Quinton Johnson, Deanna Reed-Foster, Graham Wolfe, Jeff Monahan
Producteurs : Ginger Sledge, Richard Linklater, John Sloss
Producteurs exécutifs : Harry Gittes, Thomas Lee Wright, Karen Ruth Getchell
Directeur de la photographie : Shane F Kelly
Chef décorateur : Bruce Curtis
Créateur de costumes : Kari Perkins
Musique : Graham Reynolds notons la chanson de « Not Dark Yet » de Bob Dylan au générique
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Date de sortie : 17 janvier 2018
Durée : 2h 04min

États-Unis 2018

https://twitter.com/cineseriesmag/status/948548131549057025

Page Facebook : www.facebook.com/MetropolitanFilms et pour Twitter @Metropolitan_Fr
Réagissez avec #LastFlagFlying Plus d’infos sur la page officielle du film https://www.facebook.com/LastFlagFlying.LaDerniereTournee/

Concours  Last Flag Flying (La Dernière Tournée) : remportez 5×1 places de cinéma

Modalités du jeu concours : Pour participer à notre concours, réservé à la France Métropolitaine, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 21 Janvier 2018. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter. Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.
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Star Trek Discovery : bilan de mid-season avant de nouveaux voyages

Alors que Star Trek Discovery va venir ranimer nos vies de spationautes ce samedi 7 janvier 2018, retour sur la série qui nous emmène dans les étoiles dix ans avant l’Enterprise et son capitaine Kirk.

Synopsis : Après un siècle de silence, les Klingons refont surface. Déterminés à réunifier leur empire, ils déclarent la guerre à la Fédération des planètes unies. Officier en disgrâce de la Starfleet, Michael Burnham se retrouve au centre du conflit.

L’image en guerre

Star Trek Discovery démarre sur un événement important de l’univers : le début d’une guerre. Une nouvelle, encore, entre les Klingons, extraterrestres communautaristes prêts à tout pour retrouver une « gloire » perdue, et la Fédération des Planètes Unies, composée par l’humanité et pléthore d’autres peuplades galactiques. Des Klingons préparent ainsi un piège pour fédérer tous leurs pairs (gérés en famille/tribu) à l’aube de l’inauguration d’une nouvelle grande ère pour ces aliens guerriers. L’USS Shenzhou est au centre du piège. Les deux premiers épisodes forment le pilote du show. Disons-le de suite : l’ensemble est empli de bonnes intentions mais se révèlera être chaotique.

Le générique de la série

https://www.youtube.com/watch?v=un1v0i_WEhY

Avec ses effets spéciaux et sa direction artistique soignés, la septième série Star Trek (la série animée comprise) se veut visuellement grandiose. Superbe et spectaculaire, Discovery, premier show complètement feuilletonnesque de l’univers, est marquée par l’ère Abrams, à tel point que les réalisateurs/monteurs n’y sont pas allés de main morte avec le bouton Lens Flare qu’on remarque et que l’on subit rapidement. Une forme de continuité visuelle, se sont peut-être-t-ils dit, qui ne poursuit cependant pas le fétichisme filmique de J.J. Abrams. Dans ces deux premiers épisodes, le show tend à imiter les prises du vue du cinéaste, certains cadres sont directement repris de ses deux films. Le montage est souvent effréné, le rythme est beaucoup moins humain que dans les œuvres du réalisateur.

Le copycat s’arrête dès l’épisode 3. Ce dernier est réalisé par Akiva Goldsman, scénariste de Batman & Robin, co-auteur des récents La 5ème Vague et Divergente 2, mais aussi d’Un homme d’exception. Aussi expérimenté dans le monde des séries télévisées, Goldsman expose en un épisode le problème de Discovery. Il faut le savoir, Bryan Fuller, le créateur original du show, a été détaché du projet après mésententes artistiques avec les productions CBS. Alex Kurtzman, coscénariste des films d’Abrams, a repris le projet en main. Et l’épisode 3 semble caractériser ce début de saison : une réalisation qui se cherche (trop inspirée dans le pilote ; plate et terne dans le troisième épisode) ; un montage foutraque ; et un scénario pas assez réfléchi et prétexte à tout pour accoucher d’une guerre : pourquoi le personnage de Michael Burnham agit comme-ci puis comme ça ? Mais d’où sortent ces deus ex machina à la noix qui mettent en scène Sarek et Burnham ? D’où le lien vulcain est-il assez puissant pour avoir une conversation de secours lorsque le moment le nécessite ? Bêtement spectaculaire, narrativement facile, la spiritualité vulcaine n’a jamais connu pareille utilisation, même la Force de Star Wars, à l’utilisation parfois incohérente dans certaines œuvres de l’univers, n’a jamais connu un tel traitement.

Trekkies en colère

Si deux proches de Fuller ont continué de travailler sur la série, ne nous mentons pas, la patte Fuller n’est pas toujours claire à l’écran. Mais, même si l’on met de côté les problèmes de production ayant régi le show (loin d’être tous connus), on remarque que la direction artistique est loin d’être unie. D’abord, sommes-nous dans la timeline d’Abrams (la chronologie Star Trek est bouleversée par un voyage temporel) ? Sur le plan visuel, la réponse est oui. Nous sommes loin de l’ambiance colorée de la série originale de Gene Roddenberry. Ou alors sommes-nous bien face une œuvre qui se passe dix avant la toute première série et bien des années après Enterprise, qui suivait les aventures des premiers explorateurs humains à bord du vaisseau expérimental humain homonyme. Après tout, on peut percevoir une certaine continuité entre les combinaisons du Capitaine Archer et les costumes de Starfleet dans Discovery. L’intérieur de ce dernier est d’ailleurs plus agréable à vivre que le premier Enterprise à l’espace davantage fonctionnel. Plus tard, les Enterprise sont ainsi plus confortables, celui de Jean-Luc Picard ayant ainsi un pont digne d’un grand salon télévisé. En cela, même si elle poursuit la modernisation de Star Trek jusqu’à la télévision, Discovery est subtilement cohérente… La direction artistique a pris certaines libertés avec l’univers. Par exemple, les Klingons ont été redésigné. Ce qui a provoqué la colère de grand nombre de fans de la franchise. Bien sûr, on peut se demander pourquoi ils n’ont pas gardé celui – magnifique – mis en place dans les premiers films et iconisé en la personne du Lieutenant Worf dans The Next Generation ? Et on peut aussi retourner la question : pourquoi l’ont-ils fait ?

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Le Klingon a un nouveau design.

Ce choix serait imputable à Bryan Fuller. Le créateur a toujours eu un rapport important à la chair. De Pushing Daisies à American Gods en passant par Hannibal, l’obsession de Fuller s’étend ici jusque dans la galaxie de Star Trek. Notons rapidement que le créateur n’est pas un néophyte de l’univers puisqu’il a fait ses armes en tant que scénariste sur le show Deep Space Nine, puis en tant qu’auteur et coproducteur sur la série Voyager.

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L’armure de combat des Klingons.

Les Klingons semblent ainsi avoir des armures intimement liées à leur corps. Mieux que ça, les morts sont réemployés par l’un des chefs de guerre : ce dernier pose lie leur sarcophage à la coque du vaisseau. À la défense comme à l’attaque, le Klingon de Discovery semble ainsi être un pur corps guerrier. Et parmi ces guerriers, un racisme existe. L’un d’entre eux a la peau blanche et est considéré comme étant un impur. Impur qui avait pourtant été choisi par son ancien chef pour mener l’attaque sur la fédération. Et ce corps moqué  se révélera être plus combatif que ne le penseront ses adversaires… Le travail du corps de Discovery trouvera une autre importante illustration dans le voyage spatial en deux temps : d’abord avec l’utilisation d’une créature et de spores ; ensuite, avec l’action de Stamets dont le corps est alors lié au système mis en place suite aux premières expériences avec l’incroyable créature extraterrestre et les mêmes spores.

Star Trek Discovery modernise visuellement l’univers dans nos salons, comme ceux d’Abrams l’ont fait dans les salles obscures. Toutefois, qu’importe la modernisation ou l’inscription du show dans telle ou telle timeline, d’importantes incohérences trekkiennes sont là. Et qu’on ne dise pas que le Discovery est un vaisseau expérimental (ce qui est vrai), les discontinuités qui suivent sont présentes sur d’autres starships. En effet, que penser du holodeck qui n’est pas censé exister avant quelques centaines d’années (Star Trek The Next Generation) même si l’on peut noter des premières tentatives de mise en place dans Star Trek La Série Animée (suite de la série originale) ? Et quid des conversations holographiques à longue distance ? Cette réécriture technologique de l’univers dépasse la modernisation abramsienne. Fan service ? Citations claires pour exposer que les précédentes séries n’ont pas été oubliées ? Ou gadgets technologiques présents pour capter l’attention d’un public jeune ou au contraire averti s’étant déjà habitué à ces exploits futuristes ?

Une bataille où la chair (de Stamets) va avoir un rôle important.

De la créativité mécanique à l’humanité créative

Les premiers épisodes balbutient sur l’identité de la série. Mais à partir de l’épisode 4, l’identité visuelle du show semble peu à peu se poser. Même si des facilités scénaristiques subsistent, les récits gagnent en humanité. Tel accident provoque la rencontre de personnages avec le Discovery. Et ces événements ne sont pas vains, Ash Tyler, prisonnier des Klingons, deviendra le chef de la sécurité du vaisseau. Mais est-il vraiment remis de son expérience ? Le voyou Harry Mud, célèbre bad guy de l’univers Star Trek, ne sera pas libéré par le Capitaine Lorca sur le vaisseau klingon. Mais ce dernier n’aurait-il pas sous-estimé le bandit ?

Michael Burnham, personnage principal, servait davantage de prétexte au show. Comme il a été dit plus haut, plusieurs de ces décisions sont incongrues, incohérentes… Mais Burnham est avant tout le moteur de la série, elle lance le contexte de la guerre… Spécialiste des Klingons, elle est intégrée au Discovery qu’on découvre alors. Peu à peu, le personnage se dessine, notamment grâce aux interactions avec l’équipage, mais aussi avec la découverte plus importante de son background difficile ainsi que de la mise en exergue de ses sentiments post-accident du Shenzhou.

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Jason Isaacs est le capitaine Lorca, aussi dangereux que déterminé et charmant.

À propos de l’équipage, notons le soin apporté au cast ainsi qu’aux personnages. Lorca, interprété par l’impeccable Jason Isaacs, est un Patton de l’espace, un capitaine prêt à tout pour gagner la guerre. Saru est un officier scientifique d’une race extraterrestre inconnue jusqu’ici, et aux propriétés physiologiques fort intéressantes pour le récit (voir l’épisode 8 Si Vis Pacem, Para Bellum) et au design curieux. Le Discovery habite aussi un couple d’hommes gays en les personnes du Lieutenant Ingénieur Stamets et du Lieutenant Médecin Culber. En cela, la série poursuit le progressisme de l’univers mis en place par Gene Roddenberry il y a déjà cinquante et un ans.

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Stamets et Culber

« To boldly go where no man has gone before »

Cette première partie de saison de Discovery, imparfaite soit-elle, constitue de beaux moments dans l’univers Star Trek. Les derniers – réussis – épisodes présentés ont aussi mis en lumière le potentiel du show qui pourrait avoir de belles années devant lui à la manière de Voyager, The Next Generation ou Deep Space Nine. Aussi n’oublions pas que d’autres shows Star Trek ont eu des débuts en dent-de-scie, notamment l’une de plus grandes si ce n’est la meilleure so far so long, Star Trek The Next Generation.

BANDE-ANNONCE – Star Trek Discovery

Star Trek Discovery est disponible sur CBS All Access et Netflix.

Le Grand jeu : Aaron Sorkin joue cartes sur table

Chaque sortie d’un long-métrage estampillé « written by » Aaron Sorkin constitue une occasion de constater l’écrasante domination du dramaturge new-yorkais sur le reste de sa profession. C’est peu dire qu’il était attendu au tournant avec Le Grand jeu, sa première réalisation qui s’inscrit à la fois dans la continuité et en rupture de son œuvre, et s’octroie pour l’occasion les services d’une Jessica Chastain incendiaire.

De l’aristocratie en Amérique

Les gens exceptionnels font le portrait des gens exceptionnels. C’est en tous cas l’observation qui se dégage de la carrière d’Aaron Sorkin, mastermind de l’architecture scénaristique qui éblouit ceux qui essaient de s’en approcher, et Stradivarius érigé comme tel par ses pairs de plume qui ne manquent jamais une occasion de lui administrer leur déférence. Et à en juger par les figures qui constellent sa filmographie, Sorkin ne fait guère mystère de la conscience qu’il semble avoir de son statut. Jugez plutôt : un président des États-Unis durant les quatre premières saisons de The West wing, le sénateur qui a officieusement organisé la débâcle de l’armée Soviétique en Afghanistan dans La guerre selon Charlie Wilson, le créateur du réseau social qui a bouleversé la notion même d’interaction dans The Social NetworkBref, vous l’aurez compris, la filmographie du père Sorkin n’a rien de l’éloge de la normalité qui semble obséder ses contemporains, lui qui n’a cessé tirer le portrait d’une élite à laquelle il s’identifie sans fausse modestie.

Toutefois, on aurait tort d’en conclure que l’écriture de Sorkin ne constituerait pour lui que le support d’un narcissisme de classe qui lui permettrait de contempler son reflet à l’écran. Bien au contraire, son œuvre questionne ses personnages, confronte leurs envies à leurs responsabilités et les jauge à l’aune leur capacité à assumer l’exigence qui s’accompagne de leurs talents. Charlie Wilson est un politicien redoutable et apprécié, mais qui va devoir convoquer ses dons pour faire autre chose que garantir sa place et profiter de la bonne chère. Même chose pour le Will McAvoy de The Newsroom, journaliste surdoué incité à sortir de sa profitable apathie pour se mettre en danger en relevant le niveau de son journal. Quant au président Shepherd (littéralement « berger », on ne saurait être plus clair) du Président et Miss Wade, il recommence à se montrer digne de sa fonction lorsqu’il arrête de penser à sa réélection.

legrandjeu-film-jessica-chastain-mollys-game-movieOr, cette notion de responsabilité est essentielle pour comprendre le rapport que Sorkin entretient avec le milieu qu’il dépeint. Chez lui, il ne s’agit pas de faire la promotion d’une oligarchie qui travaille pour elle-même, ou de plonger le spectateur dans les secrets de cour des « premiers de cordées » (pour reprendre l’expression de notre start-upper de président). L’élite à laquelle s’identifie Sorkin, c’est celle de l’aristocratie de l’Antiquité grecque, qui désigne les êtres d’excellence dont les qualités s’accompagnent d’une rigueur morale inattaquable. Soit la définition apportée par le philosophe politique Alexis de Tocqueville, notamment connu et célébré pour son ouvrage De la démocratie en Amérique, qui distinguait la noblesse, caste fermée qui menaçait de s’étioler, avec l’aristocratie qui se renouvelle au contraire par l’apport des talents nouveaux. A l’instar de Brad Bird dans A la poursuite de demain, l’auteur milite pour une élite plus que pour un élitisme et assume de confier les grandes questions sur l’avenir du monde entre les mains des personnages capables d’y répondre. C’est là que réside la dimension morale de The social Network, qui questionnait l’une des inventions les plus emblématiques de la décennie à travers le génie médiocre de son créateur, qui mobilise son intellect hypertrophié pour satisfaire sa basse névrose. Acte qui équivaut à un affront déontologique pour ce chantre d’une utopie « Frank Capraesque » de l’Amérique, où la hauteur intellectuelle n’a d’égal que la probité morale qui incombe à ceux qui ont la charge d’élever le pays au niveau de ses principes.

La plume sous les formes

Or, cette exigence, l’auteur se l’impose à lui-même à travers la haute idée qu’il se fait de son art et l’intransigeance dont il fait preuve quant à la préservation de son intégrité. En tant qu’aristocrate assumé de l’art dramatique, Sorkin se fait un point d’honneur à contrecarrer cette tendance à harceler l’exception pour l’abaisser au niveau de la norme (ou l’idée que les décideurs s’en font). Pas question de vulgariser ses enjeux pour les rendre accessibles à moindre frais, au contraire. Quand l’industrie se met au diapason pour s’adapter à la concentration de plus en plus aléatoire du spectateur/consommateur, Sorkin fait le pari de considérer le public comme un adulte capable d’encaisser un effort d’attention. Qu’il s’agisse de ses célèbres dialogues d’une densité phénoménale, ses dispositifs iconoclastes tournant le dos aux conventions (voir Jobs de Danny Boyle), sa propension à mettre protocole et procédure au centre de ses postulats… Le travail de Sorkin porte dans son ADN le majeur tendu de l’auteur adressé à la culture de masse, quintessence d’un geste artistique qui défie toutes tentatives de marchandisation de son médium. L’exigence est une vertu qui se partage.

Une profession de foi aussi prononcée influe directement sur la reconnaissance du monsieur, qui compte parmi les rares scénaristes dont la patte survit aux réalisateurs qui se l’approprient. Pas le moindre exploit quand on a travaillé avec des cinéastes aux personnalités aussi marquées que David Fincher ou Danny Boyle. Chose exceptionnelle pour un scénariste, Sorkin est même crédité comme créateur de formes avec son fameux « walk and talk », du nom donné à ces séquences caractéristiques de son œuvre dans lesquelles la caméra suit les personnages parler en se déplaçant. Avec un tel déterminisme visuel et scénique dans l’écriture, le passage du monsieur derrière la caméra n’était qu’une question de temps, même si on mesure la pression que représentait une telle transition. Car, si l’on sait déjà que Sorkin trône tout en haut de l’Olympe de sa profession, toute la question était de savoir s’il pouvait relever la comparaison en tant que metteur en scène. Si la personnalité immédiatement identifiable de l’homme de plume faisait écho dans celle de l’homme derrière la caméra…

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Or, c’est peut-être parce qu’il était conscient de cet enjeu que Sorkin a choisi de relever le défi en adaptant les mémoires de Molly Bloom, ex-championne de ski qu’un grave accident a éloigné à tout jamais des pistes. Pour rebondir, la belle trouve pied dans le monde underground des parties de poker clandestines, jusqu’à devenir l’égérie du milieu de Los Angeles à New-York… Soit pour 99% des gens le prototype de la success-story dessinant une personnalité extraordinaire à l’aune de ses accomplissements dans un milieu qui ne lui tendait pas les bras. Mais pour celui qui a conté et questionné les destins fictifs ou réels de personnes qui ont littéralement bouleversé le cours de l’histoire récente, l’affaire semble un peu légère. Et pour cause, si Molly Bloom est très vite introduite comme une femme aux possibilités hors-normes, Sorkin la définit avant tout à travers le destin dont un accident improbable l’a privé.

Combattre sans péril, victoire sans gloire ?

De fait, c’est une destinée par défaut que relate Le Grand jeu, le personnage s’échinant à se déterminer en opposition avec ce qu’elle ne pourra pas être. Ainsi, bien que Sorkin s’efforce à relater avec force emphase ludique (façon « comment rendre fun et captivant les truc relous à l’écran », ouvrage cosigné par Martin Scorsese, Oliver Stone et Adam McKay) les stratagèmes tarabiscotés avec lesquels la belle se fait une place au soleil, ses exploits se révèlent constamment atténués par la narration. Structuré en flash-back séparant le présent du récit de sa propre ascension, Le grand jeu confronte sans cesse les dires de Molly au regard sévère de l’avocat à qui elle raconte son histoire. Au point de transformer ses confessions en expertise d’audience dans lesquels ce dernier endosse le rôle de procureur contre sa cliente.

On reconnaît ici l’esprit d’homme de loi, sans doute structuré par la famille de juristes dans laquelle il a grandi, qui a souvent prévalu dans le travail de Sorkin. Son insistance sur les détails protocolaires, ses joutes verbales infusées de syllogismes, ou sa persistance à décliner la dichotomie entre éthique et pragmatisme sont autant de traces du substrat juridique qui a survécu et à bien des égards a façonné la dramaturgie de l’auteur. Dans The Newsroom, l’auteur allait même jusqu’à faire du plateau télévisé sur lequel se déroulait une bonne partie de l’action le tribunal de la chose publique aux États-Unis. Le grand jeu reprend cette logique au cours des échanges entre Jessica Chastain et Idriss Elba mais les ramène à une échelle plus intime, puisque pour la première fois chez Sorkin les enjeux véhiculés par l’héroïne ne concernent… qu’elle-même. Pas de destinées supérieures entre les mains de Molly Bloom, sinon le sort des quelques clients des parties de pokers clandestines qu’elle a organisées de la côte Ouest à la côte Est.

Pour un peu, la matériau apparaîtrait presque trivial au regard de l’arsenal scénaristique déployé. Or, la question se pose dans des termes similaires à Molly Bloom, qui évolue dans un milieu clairement en deçà de ses possibilités intellectuelles. La dialectique inhérente au genre, où le héros/ héroïne s’impose dans un milieu opaque en écrasant les autres de sa supériorité, se retrouve ainsi mise en abyme à l’œuvre dans le dispositif déployé. En effet, Le Grand jeu existe dans une disproportion de moyens qui permet à Sorkin de rouler tranquillement sur la concurrence, mais qui ne se répercute jamais dans l’amplitude thématique et/ou du récit. Pour une œuvre qui s’est toujours distinguée par sa propension à ramener une narration complexe à un fil rouge intimiste immédiatement perceptible, l’absence de grande histoire à travers laquelle regarder la petite laisse dans premier temps songeur. Il faut même un moment avant de comprendre que la raison d’être du film ne réside dans ce constat : Sorkin n’est pas impressionné par Molly Bloom (ou du moins pour les raisons pour lesquelles son parcours semble être raconté).

Confessions intimes

Jusqu’à présent, la filmographie de Sorkin s’est toujours affirmée dans un paradoxe. On l’a dit, l’identification aux personnages qu’il mettait en scène dans ses textes avait valeur de déclaration de supériorité dans son propre corps de métier pour l’auteur. Mais cette identification constituait également un aveu d’humilité vis-à-vis de ces figures, justement parce qu’ils ne font pas le même boulot. Aussi (sur)doué soit-il, Sorkin s’est toujours positionné en troubadours des praticiens qui doivent gérer des problématiques sacerdotales à sa place. Il est à même de cerner les protagonistes du destin exceptionnels qu’il relate à l’écran, sans prétendre se projeter complètement en eux. C’est l’essence classique de son travail, qui construit cette compréhension des personnages en gardant à l’esprit la séparation entre le public et l’écran, à la fois fenêtre et frontière de l’imaginaire dépeint.
On commence à comprendre ce qui a interpellé Sorkin dans le personnage de Molly Bloom. Car à l’instar de son héroïne, Sorkin lui aussi a fait défaut à l’hétérodoxie familiale en tournant le dos à la carrière juridique embrassée par son père, son frère et sa sœur pour emprunter la voie des planches. Comme elle, il a durablement marqué sa profession de son empreinte et tous les deux se sont brulés les ailes dans les excès qui caractérisent leur secteur d’activité respectifs (l’addiction aux drogues dures pour Sorkin, les relations dangereuses et l’illégalité pour Molly Bloom). Et comme elle, ses prédispositions il auraient probablement permis de se distinguer dans un corps de métier moins… trivial.

On le voit, si Molly Bloom est le premier personnage que Sorkin ne regarde pas en contre-plongée, c’est moins par snobisme que par sentiment de proximité vis-à-vis de son parcours. Au final, le reproche formulé en creux à l’héroïne n’est pas tant d’avoir transgressé les limites de la légalité que d’avoir utilisé ses dons pour cela, le personnage d’Elba se substituant au jugement paternel qu’elle cherche à fuir en le poursuivant. . On ne s’aventurera pas à extrapoler sur le degré de vécu que l’auteur a intériorisé dans ce personnage. Ce qui est sur, c’est qu’il n’oublie d’ailleurs pas de mettre l’arrogance de son postulat en perspective, lorsque le sentiment de maitrise de Molly sur son petit monde se retournera inévitablement contre elle. Mais c’est également la raison pour laquelle le film se révèle parfois déceptif sur le cœur de son argument de vente (le business monté par Molly sur les parties de poker), dans la mesure où Sorkin ne semble pas plus intéressé que ça par le milieu dans lequel elle évolue. Rien de franchement honteux en soit, mais le réalisateur semble parfois dissimuler son manque d’intérêt pour le contexte derrière les apparats d’une leçon trop bien apprise, jusqu’à se reposer sur ses dialogues pour meubler . La chose se remarque d’autant plus à la lueur des précédents travaux d’un auteur qui s’est toujours épanoui dans le fait de raconter ses personnages à travers leur travail (le fameux « walk and talk » : parler sans jamais arrêter ce qu’on est train de faire, faire avancer l’histoire dans le mouvement des protagonistes). Y compris dans leurs mécanismes les plus techniques, ici relativement indifférents au spectateur, malgré la volonté de l’auteur d’y injecter du fun.

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Ainsi, ce n’est pas tant dans l’ascension de l’héroïne et les passages ou elle se surélève par rapport à ses contemporains qui constitue le cœur du film, mais au contraire ceux qui la descendent de sa position. Jusqu’à présent, les dispositifs scénaristiques atypiques de Sorkin participaient de cette volonté d’inviter l’audience sur le piédestal sur lequel trônaient ses personnages, sans les en faire descendre pour autant. C’est le parti-pris inverse qui est adopté dans Le grand jeu, à travers l’opposition de l’héroïne avec le personnage d’Idriss Elba qui donne lieu aux meilleures scènes du film. Sorkin y révèle d’ailleurs son meilleur profil en tant que metteur en scène, s’efforçant de traduire dans son découpage les rapports de force induits par son texte plutôt que de se contenter de les illustrer. Le procédé fonctionne d’autant plus que la direction d’acteurs se révèle au diapason de cette volonté : Elba y est impérial d’autorité crypto-patriarcale, et Chastain plante une bonne fois pour toutes son drapeau au sommet de la montagne qu’elle occupe depuis un moment déjà. L’actrice parvient à véhiculer une variation épatante de nuances dans une enveloppe outrancièrement sexualisée (de par la nature du rôle) sans jamais trahir de façon nette la distance que son personnage nourri vis-à-vis de sa propre image.

De fait, cette impossibilité pour le personnage de se grandir à travers sa fonction constitue l’enjeu principal du récit, et va cristalliser le lien que le réalisateur-scénariste nourri avec le personnage. Ainsi, dans la mesure où le réalisateur ne réussit à simuler qu’une excitation molle pour le parcours factuel de Molly Bloom (en cela, son surnom de « Loup de Wall Street au féminin » mis en avant par la promo française relève du contre-sens total), c’est ailleurs que Sorkin va construire son respect et l’admiration dont il a besoin pour raconter son histoire. A la faveur d’indices subtilement distillés, c’est ainsi l’intégrité morale de la jeune femme qui emporte l’adhésion du spectateur et l’admiration de l’auteur/ réalisateur qui, rappelons-le encore une fois, a toujours placé la vertu de ses personnages au-dessus de leur intelligence. In fine, Molly devient un personnage éminemment sorkinien, rejoignant la constellation d’autodidactes géniaux qui tapisse la filmographie du grand auteur, qui n’a peut-être jamais autant parler de lui dans un écrin à priori pourtant impersonnel. Les confessions d’un grand auteur sont toujours une chose précieuse. Le grand jeu ne fait pas exception.

Le Grand Jeu : Bande-annonce

Fiche technique : Le Grand Jeu (Molly’s Game)

Réalisation: Aaron Sorkin
Scénario: Aaron Sorkin, d’après Molly’s Game: From Hollywood’s Elite to Wall Street’s Billionaire Boys Club, My High-Stakes Adventure in the World of Underground Poker, de Molly Bloom
Interprétation: Jessica Chstain (Molly Bloom), Idriss Elba (Charlie Jaffey), Kevin Costner (Larry Bloom), Chris O’Dowd (Douglas Downey), Michael Cera (Player X), Graham Greene (Juge Foxman)…
Photographie: Charlotte Bruss Christensen
Décors: Patricia Larman
Costumes: Susan Lyall
Montage: David Rosendbloom
Musique: Daniel Pemberton
Production: Mark Gordon, Amy Pascal
Sociétés de production : Entertainment One, Pascal Pictures, Huayi Brothers Pictures et The Mark Gordon Company
Sociétés de distribution : STX Entertainment (États-Unis), SND Films (France)
Genre : Thriller, Drame
Durée : 140 minutes
Date de sortie : 3 Janvier 2017

États-Unis 2017