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The Wandering Earth, de Frant Gwo : du grand Chinéma ?

Encore une fois, la Terre se meurt. Enfin, cette fois-ci, ce n’est pas totalement de sa faute : c’est le soleil qui est responsable. Le vieux bougre décide de se faire un petit caprice et de mourir un peu plus tôt que prévu, ce qui en terme de vie stellaire représente un petit laps de temps aux alentours de 400 millions d’années d’avance. Le compte à rebours est lancé : 100 ans pour quitter la Terre, ou trouver une autre solution compatible avec le logique besoin de développement à long terme qu’exige l’espèce humaine. Qu’elle est naïve…

Synopsis: Alors que les Terriens cherchent une nouvelle étoile, une collision avec Jupiter menace leur planète, dont le destin repose désormais sur des héros inattendus.

Le visuel Netflix, il est au moins aussi fort que l’agence de pub qui vous vend les big macs. Vous savez, cette sensation de manger un truc plus proche de l’éponge sale quand on vous a promis un bibendum appétissant ? Avec Netflix c’est pareil. Les premières images de présentation, avant même de lancer le film, convoquent les souvenirs lumineux d’Interstellar, 2001 : l’Odyssée de l’espace et tous ces autres chefs d’œuvre de rêveurs qui parfois emportent même avec eux les hard scientistes les plus rétifs. L’introduction du film maintient le suspense efficacement. Un père et son fils, très jeune, 5 ans tout au plus, qui va partir pour un voyage spatial très prochainement. Le jeune garçon s’éloigne en regardant le ciel, probablement en train de chercher l’étoile du berger dans un coin, et le jeune père s’adresse alors à un vieux sage. Un court dialogue, et on comprend qui gardera le gosse pendant la tournée stellaire de pôpa. La séquence se clôt sur un grand plan d’ensemble enserrant la voûte céleste dans les bras d’une gigantesque structure en arrière-plan, qu’on devine comme une sorte d’étoile noire en court de construction. C’est impressionnant. Rideau, et générique.

Comme tout film chinois qui se respecte, le générique de début est plein de noms d’acteurs chinois assez peu connu du grand public occidental, dont je fais humblement partie. Cela laisse le temps de réfléchir un petit peu. Trois secondes. Oui, vous y êtes ? Interstellar, sans les champs de maïs, le 4×4 et la poussière. A ce stade, deux constatations me viennent à l’esprit.

La première, celle de m’interroger sur la propension des spationautes, taïkonautes et consorts dans les films à faire des gosses juste avant de prendre une fusée, en général pour une période de 15 à 20 ans. On rigole, mais ils le font de plus en plus, cela commence à ressembler à une tendance. Ils, parce que ce sont des hommes. En général des veufs, parce que dans un script, ils seront toujours plus romantiques auprès du spectateur que ceux qui quittent par exemple une bonne femme alcoolique, droguée ou irresponsable (chose tout à fait compatible avec une fin du monde) ou, pire, ceux qui ont tout simplement une femme. Au delà du plagiat, car comme dans Interstellar, la femme de notre père (indigne) est morte d’une maladie très grave, ce point me paraît important à relever car il permet de voir ce que ces nouveaux space opéra questionnent. En filigrane, la cellule familiale est totalement réinventée et perçue bien différemment que dans un film comme Apollo 13 (Ron Howard, 1995) par exemple. Ici, une mère et une famille attentionnée protègent les enfants, à l’image d’un pays et d’un monde tout entier qui attend le retour de ses héros. Depuis quelque temps au cinéma, l’hypothèse d’un retour n’est plus une option. L’espace est beaucoup plus mortel désormais, surtout depuis qu’Alfonso Cuaron a décidé depuis Gravity que désormais, on ne vous y entendrait vraiment plus crier.

Un autre élément de réflexion m’est venu pendant le générique, c’est vous dire si je réfléchis vite. Bon, les mauvaises langues pourront aussi dire que le générique est très long…

L’ensemble de la SF au cinéma des dernières années est américano-centrée. C’est un élément assez incontestable, depuis la chute de l’idéologie communiste et la consécration de l’âge d’or hollywoodien, l’exploration spatiale à toutes ses sauces est à très peu de choses près le pré carré des yankees. Malgré quelques chefs d’œuvre isolés, comme Aelita (Yakow Protazanov, 1924)  pour le cinéma soviétique, les autres cultures n’ont jamais autant porté leurs romans et leurs utopies à l’écran. Ce qui permet de découvrir ces univers avec un certain à priori positif, c’est donc ce besoin pour tout cinéphile de sortir d’un carcan culturel duquel les films réellement originaux ne sortent pas tous les ans, malgré les fulgurances narratives d’un Christopher Nolan.

Tiens, le film commence…

Vous êtes encore là ? Le générique vient de se terminer. Oubliez tout ce que j’ai écrit au-dessus. Les chinois viennent de tuer la SF moderne. C’est la fin du monde, pour de vrai cette fois. Pour certainement éviter de répéter l’emploi d’une solution miracle déjà utilisée pour sauver une nouvelle fois l’humanité, les scénaristes se sont certainement décidés à en créer une en consommant de la red bull coupée à l’opium. Cette fois-ci, la Terre devient littéralement un vaisseau spatial, rien de plus, rien de moins. D’où le titre international, traduisible en un joli « terre vagabonde ». Oui, sauf que là on n’écrit pas de poèmes. En 17 ans, plus de 10000 (!!!) réacteurs sont construits sur notre planète, pour la propulser hors du système solaire, histoire d’aller chercher l’étoile à côté. Le GPS annonce une arrivée dans 2500 ans, donc on pense, c’est gentil, à construire des villes juste en dessous des gros réacteurs. Malin. Pardon, juste en dessous ? Je veux bien voir les normes de sécurité.

Blague à part, le high concept de ce film, tue dans l’œuf littéralement tout le projet. Toute forme de SF repose sur une suspension d’esprit critique, à l’image de ce que rappellent Roland Lehoucq et Jean-Sébastien Steyer dans leur excellent ouvrage, La science fait son cinéma (éd. Le Bélial). Mais, et il y a un mais, il ne faut pas aller trop loin dans le délire orgiaque, les robots géants et toute autre forme de stupidité scénaristique. Le spectateur se laisse volontiers embarquer par un semblant de réalisme et de crédibilité, à la frontière avec le monde du fantastique où nombre de films s’affranchissent sans ciller de toute cohérence scientifique pour devenir de vrais produits de la pop culture. Pacific Rim (G Del Toro, 2013) a ainsi très bien porté son nom pour justement être resté sur cette brèche ténue pendant plus de deux heures, alors que la saga Transformers est très vite passée du coté obscur.

The Wandering Earth réussit à montrer sa volonté de réalisme dès la scène d’ouverture, par la référence qu’il emploie, pour très rapidement la contrecarrer sans vergogne. Quels que soient ainsi les niveaux de lecture, dès l’acquisition de médiocres bases en SVT et en physique de niveau 5ème, vous pouvez rire un bon coup dès les premières minutes, non, secondes de visionnage…

Arrêtez tout. Il reste quand même deux heures et quatre minutes. Rassurez-vous, je passerai plus vite sur ce laps de temps assez imposant, pour ne pas déflorer l’intrigue d’un film qui sera un excellent choix de soirée détente entre potes. Pour résumer, disons que The Wandering Earth veut refaire en Chine Interstellar, déjà cité, mais aussi 2001, avec le plagiat total et éhonté du mythique HAL, le robot mutin du chef d’œuvre de Stanley Kubrick. Il s’agit pour le coup littéralement du même robot, utilisant certes Google Trad, qui du haut d’un système de guidage suivant la Terre errante, décide d’envoyer la planète bleue en fugue se cracher sur… Jupiter, à la suite d’un virage raté. Du coup, les réacteurs s’éteignent. C’est indéiablement une mauvaise journée mais il existe toujours des solutions. Retourner à la surface, relancer les machines, copier cette fois-ci les styles de Michael Bay et Roland Emmerich, pour l’arc narratif se déroulant sur Terre, tandis que la partie spatiale du récit se contentera en toute simplicité de plagier Gravity (et je suis gentil, c’est bien parce que je n’ai pas envie de creuser pour trouver d’autres références).

De belles images et aucune idée

Je ne parlerai pas des personnages, des acteurs, des rebondissements et de tout ce qui fait un film normal. Les effets spéciaux ne sont pas honteux, pour un tel blockbuster mais souffrent d’un ping-pong (j’ose !) qui les dessert totalement : le montage alterne les plans truqués vides d’acteurs avec des cut scenes tournées en studios. Le tout donne la sensation assez étrange de voir un nanar digne de The Asylum boosté à grand renfort de budget. C’est parfois joli, comme l’hallucinant ciel teinté de l’œil de Jupiter, mais à peine digne de George Lucas dans son costume de ressemeleur numérique.

Ici, le probable seul intérêt du film est de comprendre avec un œil nouveau la géopolitique du cinéma. La Chine pratique encore un système de quotas pour sortir les films étrangers sur son sol. Le but avoué est de limiter l’américanisation des esprits en limitant l’influence des blockbusters américains. Je vous vois sourire. Vous pouvez, car nous ici devant nous avons un monumental remake made in China de toute la SF occidentale des 40 dernières années, tout simplement. Là où le bat blesse, c’est qu’il n’a plus grand chose de chinois, ou de communiste, ce qui serait susceptible d’éveiller l’intérêt des curieux. Le scénario intègre bien le prêchi-prêcha traditionnel sur les excès du capitalisme, mais il est pour lui aussi inoffensif qu’un acteur français sous transgène envoyé pour défier Thanos. Certes, on perçoit bien que les scénaristes chinois ont du mal avec la figure du héros solitaire, pour mieux tenter de l’encadrer par des actes héroïques d’ensemble, une vraie œuvre collective, mais cette trame est également réduite comme une peau de chagrin. On aime bien Youri Gagarine, plutôt que Neil Armstrong. Le taïkonaute chinois est très pote avec un Russe.  On célèbre le nouvel an chinois. Voilà. Autant dire que même à la surface, aucune originalité ne justifie sérieusement de voir ce film.

Au final, il y a tout un symbole à voir un film chinois quittant son orbite culturelle pour aller conquérir le monde des salles obscures en racontant celle d’une Terre quittant son système solaire. Que doit-on y voir ? Un message codé, comme dans Octobre rouge ? Les chinois veulent devenir des américains, c’est ça ? Mais c’est la fin du monde alors ! Dans ce cas-là, l’avantage est que nous n’aurons besoin d’aller se cracher sur Jupiter, ça fera toujours moins de route.

The Wandering Earth : bande-annonce

Fiche technique : The Wandering Earth

Réalisation : Frant Gwo
Scénario : Gong Ge’er, Yan Dongxu, Frant Gwo, Ye Junce, Yang Zhixue, Wu Yi, Ye Ruchang
Montage : Cheung Ka-fai (en)
Production : Gong Ge’er
Société de distribution : China Film Group Corporation (Chine), China Media Capital (en) (étranger)
Pays d’origine : Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Langue originale : mandarin
Format : couleur
Genres : Science-fiction, action
Durée : 125 minutes
Date de sortie :
Chine : 5 février 2019
Amérique du Nord, Australie et Nouvelle-Zélande : 8 février 2019

Distribution
Wu Jing : Liu Peiqiang
Qu Chuxiao (en) : Liu Qi
Li Guangjie : Wang Lei
Ng Man-tat : Han Zi’ang
Zhao Jinmai : Han Duoduo

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Game of Thrones, saison 8 : critique de l’épisode 4

Même si Cersei s’affiche comme de plus en plus impitoyable, la série Game of Thrones ne sombre pas pour autant dans le manichéisme primaire. Face à elle, les forces commencent à se déchirer et leur implosion s’annonce aussi explosive que la charge contre la capitale.

Les morts sont tombés. Les reproches faits depuis une semaine à l’épisode 3, aussi bien à ses partis-pris esthétiques audacieux, quoique trop sombres pour certains, ou scénaristiques surprenants, mais décevants pour d’autres, sont déjà loin, et beaucoup d’enjeux restent à régler en à peine trois épisodes. Les survivants de la bataille de la Longue Nuit ne se donnent, pour cela, que très peu de temps pour fêter leur victoire. Suffisamment toutefois pour abuser de l’alcool, avec toutes les conséquences que de tels excès peuvent entrainer. On pourra à ce propos s’interroger sur le fait que Tyrion, que l’on sait grand consommateur de boissons éthyliques, ait vexé Brienne par maladresse ou s’il s’agissait d’une ruse de sa part pour aider son frère à aller conclure avec la première chevalière du royaume des Sept Couronnes. La scène de la chambre entre Jaime et elle, après plusieurs années à se chercher sur le schéma « je t’aime, moi non plus », restera d’ailleurs comme la plus mémorable de ce quatrième épisode. Parmi les autres passages marquants de la première moitié de l’épisode, on pourra également retenir les adieux que Tormund (très certainement frustré d’avoir vu la belle blonde de Torth passer sa nuit avec ce freluquet du sud) fait à Jon qui précèdent ceux que le roi du Nord doit faire à Sam qui a décidé de suivre Vère (Gilly, si vous préférez la VO), que l’on découvre enceinte, au-delà du mur, et donc d’enterrer ses ambitions de devenir mestre.

Mais cet épisode n’est pas, comme certains le diront très probablement, qu’une simple transition entre les deux batailles de la saison. Elle est surtout l’amorce de l’intrigue qui sera assurément la tragédie finale de la série, à savoir l’ultime trahison que subira Daenerys de la part de ses plus proches conseillers au profit de son neveu et héritier légitime au trône. Pour cela, Sansa n’a pas hésité à partager le secret des origines de Jon à Tyrion, qui s’est lui-même empressé de le répéter à Varys. La Dame de Winterfell fait ainsi preuve d’une perfidie qui n’est pas sans rappeler celle de Littlefinger. Et on peut se douter que l’avoir vue se mettre Clégane dans la poche ne restera sans conséquence. Ainsi, dire que, malgré la preuve d’autorité et de clémence dont a fait preuve au début de l’épisode en légitimant l’héritage de Gendry, la Mère des Dragons est dans une situation houleuse n’est pas peu dire car sa guerre contre Cersei est très mal partie. D’abord, l’arbalète géante dont dispose Euron Greyjoy lui a permis de tuer, entre autres, Rhaegal que l’on s’était pourtant, à peine quelques minutes plus tôt, réjoui de voir s’envoler malgré son aile abîmée. La capture puis l’assassinat de Missandei est l’élément final de cet épisode mais aussi et surtout celui qui risque de justifier l’attaque que Daenerys, que l’on sait de plus plus impulsive, pourrait lancer contre Port-Réal. Une attaque condamnée à virer au massacre puisque la seule centaine d’Immaculés dont elle dispose pour l’instant ne survivrait pas aux défenses assurées par la Compagnie Dorée, mais surtout que les flammes de Drogon brûleraient vifs les centaines de civils entassés dans le Donjon Rouge. Un génocide qui donnerait raison à tous ceux qui souhaitent la destituer. Le seul espoir serait-il à nouveau de voir Arya surgir de nulle part pour sauver le monde ? Réponse dans une semaine.

En attendant, la bande-annonce de l’épisode 5 de Game of Thrones

Portraits de serial-killeuses : de Kill Bill à Killing Eve

La vie des sérials killer a été une source prolifique d’adaptations sur le petit et le grand écran. De M for Murder à American Psycho, en passant par des séries comme Hannibal et Dexter, toujours sont mis en scène des hommes. Mais qu’en est-il des femmes tueuses en série à l’écran ? Quels sont les figures les plus connues ainsi que les moins connues ? Et comment sont-elles représentées ? Les réponses sont ici et ça va être sanglant.

Attention, les femmes tueuses sont légion et crèvent l’écran. Mais sont elles toutes considérées comme des serial killeuses ? Les Diaboliques d’Henri Georges Clouzot présente nos deux légendes, Christine (Noël Roquevert) et Nicole (Simone Signoret), dans l’un des plus célèbres thriller sur des femmes meurtrières. Des films d’horreur comme Misery, Carrie ou Esther, mettent en avant la folie et la monstruosité de certaines femmes à l’image d’Annie Wilke (Kathy Bates). Puis, d’autres figures, comme Amy Dunne (Rosamud Pyke) dans Gone Girl, ou Catherine Tramell (Sharon Stone), sont plus connues pour leur charme manipulateur qui les rend encore plus perverses…

Pourtant ce palmarès de meurtrières n’a rien de comparable à celui des confrères masculins. Tout simplement, car elles ne font pas autant de victimes et ne sont pas considérées comme des mass murderer. Dans les fictions, les femmes sont généralement présentées comme des tueuses émotionnelles, dont seule la vengeance peut justifier un acte aussi monstrueux et répétitif.

La plus célèbre héroïne est bien sur Beatrix (Uma Thurman) dans Kill Bill (volume 1 & 2), pour laquelle Quentin Tarantino se serait fortement inspiré du personnage de La Mariée était en noir de François Truffaut. Les deux femmes sont témoins sans défense du meurtre de leur mari, le jour de leur mariage. Chacune, par colère et tristesse, décide de se venger en éliminant, un à un, les principaux responsables du meurtre. La justification de leur douleur rend leur geste plus compréhensible et justifiable aux yeux des spectateurs. Elles sont alors des tueuses de sang-froid, calculatrices mais pas forcément sadiques.Les tueuses en série sont-elles toujours des victimes ?

Dans de nombreuses fictions, les tueuses sont en effet avant tout des victimes et principalement de viols. Cela donne même lieu à un sous-genre nommé Rape and revenge movie. C’est-à-dire, un film dont la storyline est focalisée sur la vengeance du personnage principal – masculin ou féminin – d’un viol subit. L’une de ces célèbres héroïnes du genre est Lisbeth Salander (Noomi Rapace) dans la trilogie Millenium. A ces côtés, on retrouve Geum-ja Lee (Lee Young-ae) dans Lady Vengeance, Hayley (Ellen Page) dans Hard Candy, Zoë Lund dans L’ange de la vengeance ou même Nadine dans Baise moi, de Virginie Despentes. Ces femmes passent alors de victimes à tueuses mais ne cessent pas forcément leur acte après que justice est faite. Le sang appelle le sang, et ces tueuses d’un soir se découvrent parfois une nouvelle passion.

Le film Monster de Patty Jenkins (réalisatrice du dernier Wonder Woman) relate l’histoire vraie d’Aileen Carol Wuornos, une tueuse en série américaine, surnommée « La Demoiselle de la Mort ». Dans le rôle principal Charlize Theron, méconnaissable, en SDF lesbienne butch prête à tout pour protéger celle dont elle vient de tomber amoureuse. Un film très cru et réaliste qui dépeint la spirale infernale d’une femme qui a goûté au sang et ne sait plus s’arrêter. A croire qu’il faut attendre qu’une femme réalise le film pour traiter des serial killeuses sans qu’elles ne soient enfermées dans un rôle de victime ou de sorcière.

Mais qu’en est-il des femmes à l’image d’Hannibal ou Norman Bates. Des figures de tueuses en série psychopathes, qui ne seraient pas motivées par une revanche salvatrice ?

Sans minimiser les derniers cas de tueuses cités, les femmes dans les fictions sont rarement dépeintes comme profondément psychopathes. A croire, que les femmes ne peuvent pas être intrinsèquement mauvaises ou psychologiquement perturbées. Pourtant, si l’on se penche vers des fictions ou les femmes usent d’une violence moins physique pour tuer, on se rend compte qu’elles sont tout aussi machiavéliques qu’un Hannibal Lecter.

Les femmes ne poignardent pas, elles empoisonnent.Serait-ce la méchante belle mère de Blanche-Neige qui aurait lancé le mouvement de la pomme empoisonnée ? En tout cas il n’est pas rare de voir mis en scène des cas de tueuses en série qui usent du poison comme arme. D’après l’histoire vraie d’Hélène Jegado (Deborah François), le film Fleur de Tonnerre raconte l’histoire de cette jeune bretonne qui s’imagine être l’ange de la mort et empoisonne quiconque lui fait du tort. A la fin de sa vie, son palmarès s’élève à plus de 60 victimes.

Dans la même veine, on retrouve les jeunes filles du pensionnat dans Les Proies, qui torturent, séquestrent et empoisonnent un charmant soldat par plaisir pervers. La première version avec Clint Eastwood date de 1971 puis fait l’objet d’un remake de Sofia Coppola en 2017, avec une vision plus tournée vers le point de vue des femmes. Enfin, le personnage dérangeant d’Alma (Vicky Krieps), amante et muse du célèbre couturier Reynold Woodcock (Daniel Day Lewis) dans Phantom Thread, s’amusera à l’empoisonner par amour obsessionnel et psychotique.

Killing Eve : La nouvelle figure d’une tueuse en série

Du coté des séries, force est de constater qu’elles ne sont pas aussi nombreuses qu’au cinéma. Cependant, leur rôle est d’autant plus mis en avant et rarement dépeint dans l’optique d’être sympathique.

Récemment, la tueuse en série la plus intéressante reste Villanelle dans la série Killing Eve, adaptée du roman Codename Villanelle de Luke Jennings. Cette série britannique lancée en 2017 par Phoebe Waller Bridge – créatrice aussi de la série comique Fleabag – , parvient à modifier les aprioris sur les femmes tueuses.

Le sujet classique de l’obsession d’un tueur pour le ou la flic qui le recherche est mis à jour d’un point de vue essentiellement féminin. Nadia Villanelle (Jodie Comer), d’origine russe, est une meurtrière psychopathe profondément immature. Eve Polastri (Sandra Oh), l’agent du MI6 en charge de la traquer, se trouve obsédée d’admiration par l’intelligence et les compétences de sa rivale. Un jeu du chat et de la souris qui perdure avec l’arrivée de la saison 2 en avril 2018.

La série se joue des codes à la fois du thriller et de la série d’espionnage, avec un certain comique de situation corrosif. Par exemple, Nadia provoque et s’amuse à chaque nouveau meurtre commis. La série est drôle aussi dans la manière de dépeindre son quotidien tout à fait banal derrière le macabre de ses actes.

C’est également une série appréciable pour son coté progressiste ou les stéréotypes de genres sont inversés. Lors de la première saison, le collègue masculin doit s’occuper de son nourrisson au travail. En parallèle, l’histoire met en première ligne un combat sanglant entre ces deux femmes. Les personnages masculins sont alors mis plus en retrait mais sans être inintéressants ou tournés en ridicule pour autant. Dans Killing Eve, pas d’histoire de vengeance, de femme possédée ou rendue cruelle mais simplement d’une génie du crime. Nadia tue car elle en est capable et surtout qu’elle est bonne dans ce qu’elle fait. C’est aussi ce qui fascine Eve et accroit son obsession pour elle. Une série donc qui dépoussière le genre du thriller au féminin et crée un nouveau portrait de femme tueuse en série.

« Batman » : sous le masque, l’ambivalence

Batman nous est familier. Parce qu’il appartient à la culture populaire. Parce qu’on a suivi ses péripéties burtoniennes ou nolaniennes. Parce qu’on a exploré, par curiosité ou avec avidité, les comics le mettant en scène. Dick Tomasovic éventre l’icône pour sonder, à travers quatre-vingt années d’œuvres, les tréfonds du personnage. Un travail d’orfèvre découpé en chapitres thématiques passionnants.

On l’aperçoit en vedette dans des comics, dans les films de Christopher Nolan ou de Tim Burton, dans des séries télévisées, animées ou non. Il se fond dans la peau d’Adam West, Michael Keaton ou Christian Bale et à travers une nuée d’objets dérivés. Il hante l’imaginaire collectif depuis la fin des années 1930 et continue, aujourd’hui encore, de fasciner des millions d’aficionados dispersés aux quatre coins du monde. Dans la plupart de ses configurations, Batman apparaît sombre, dénué d’humour, mû par un traumatisme d’enfance, sans super-pouvoirs ni visions solennelles. C’est une icône visuelle minimaliste, immensément plastique, créée en un tournemain par Bob Kane, puis narrée et mise en scène dans les histoires de Bill Finger. Modelé et remodelé au fil des années par une tripotée de dessinateurs, d’auteurs et de scénaristes de toutes obédiences, Batman porte l’ambivalence en bandoulière : hors-la-loi secondant la police, impitoyable justicier malgré son absence de pouvoirs, individu solitaire aux pourtant nombreux cercles intimes… Dick Tomasovic dessine avec à-propos la figure du Batman : il s’agit d’un mythe urbain s’épanouissant à Gotham City, de quelqu’un pouvant supporter toutes les apparences, faire l’objet de tous les fantasmes et le lit de toutes les dérivations métafictionnelles ou métadiscursives.

L’illustrateur Bruce Timm rend hommage, dans ses œuvres, à toutes les facettes de Batman, y compris celles qui n’appartiennent qu’à l’imagination féconde des adolescents. Au même titre que les auteurs Frank Miller ou Dennis O’Neil, il a contribué à forger le personnage et écrire la fable qui l’accompagne – enfantine, sociétale, judiciaire. C’est pourtant Batman lui-même qui demeure son meilleur conteur : ses apparitions spectaculaires, ses déguisements effrayants, ses gadgets sophistiqués participent tous d’un art de la mise en scène dans lequel le Chevalier noir agit en clerc. Le cadre dans lequel le justicier masqué s’exprime ne se réduit pas à Gotham City, puisque c’est tout le folklore et les légendes urbaines qui se voient conviés à travers les personnages de Robin, du Joker, de Double-Face ou de Killer-Croc. En ce sens, le sous-titre de l’ouvrage en dit long sur l’étoffe, mais aussi la plasticité du personnage. Dick Tomasovic, professeur en Études cinématographiques à l’Université de Liège, évoque par ailleurs la manière dont les scénaristes reformatent continuellement les faits d’armes de Batman, s’emparent d’un détail insignifiant pour le transformer en matrice insigne, s’adonnent en enquêteurs à « la dilatation d’un événement mineur ». La vitalité de l’homme chauve-souris semble découler de la pluralité des regards qui se portent sur lui. Bruce Wayne et son alter ego sont continuellement en cours de redéfinition, sujets aux explorations intimes, iconiques ou narratives de créateurs aux sensibilités et tropismes variés.

Sur un malentendu, Batman aurait pu s’appeler Bird Man et ressembler, peut-être, au personnage incarné par Michael Keaton dans le film d’Alejandro González Iñárritu. Inspiré d’une machine volante dessinée par Léonard de Vinci, le Chevalier noir connut différentes caractérisations, avant que Bill Finger n’en fasse une sorte d’anti-Superman et n’en affine le costume. Cette opposition à Superman, on la retrouve dans la conception de l’espace : Metropolis est une ville lumineuse, moderne, confrontée à des menaces extérieures, tandis que Gotham City se veut sombre et gothique, en butte à une pègre grouillant à même ses bas-fonds. Dick Tomasovic raconte en quoi la métropole et Batman se réinjectent sans cesse l’un dans l’autre, jusqu’à se confondre. Dans son ouvrage, tout se trouve exemplifié par les planches des comics, les épisodes des séries télévisées ou les séquences des films : la détermination du justicier masqué, les moqueries dont il fait l’objet, les échecs qu’il essuie, le côté « grand frère » dont on l’affuble volontiers, ses techniques de combat mises au diapason de sa conformation graphique, l’homosexualité dont on le suspecte… Ce dernier point mérite d’être explicité : le célèbre psychiatre Fredric Wertham analysa en son temps les médias de masse et la manière dont ils affectent les esprits. Si ses études sont aujourd’hui controversées, cela aboutit jadis à un Comics Code Authority inspiré du Code Hays cinématographique. Au départ, l’univers de Batman était essentiellement masculin, avec Alfred et Robin pour indéfectibles compagnons de route et des femmes retorses comme seul horizon féminin. Le récit a cependant peu à peu été « hétérosexualisé », à coups de relations amoureuses, de mariages avortés et d’une virilisation des rapports masculins. La main de Fredric Wertham n’y est certainement pas étrangère.

Les comparaisons, légion dans cet ouvrage, aident à mieux cerner le personnage. Ce dernier a beau s’avérer plastique et évolutif, il campe néanmoins sur des fondamentaux immuables. Batman est un détective hard-boiled, comme ceux de Dashiell Hammett ou Raymond Chandler. Il se conçoit comme le miroir inversé de Spiderman : nocturne contre diurne, sombre contre coloré, sentiment de supériorité contre complexe d’infériorité, gravité contre (relative) insouciance. Batman et Robin forment un binôme rappelant Sherlock Holmes et le docteur Watson. Robin offre par ailleurs une fenêtre d’identification aux jeunes lecteurs, tandis que le détective d’Arthur Conan Doyle, préfigurant le Chevalier noir, permet d’ouvrir la voie des non-dits : Bruce Wayne et sa double vie sont-ils envisageables sans le recours aux drogues, les mêmes auxquelles s’adonne Sherlock Holmes ? Cette double identité donne corps à l’un des chapitres de l’ouvrage. Le postulat défendu par Dick Tomasovic en étonnera sans doute plus d’un : c’est le milliardaire noceur, le civil affable, qui constituerait le vrai masque, l’identité falsifiée, le soi le plus difficile à assumer. Jamais à court d’arguments puisés dans les œuvres mettant en scène le justicier masqué, l’auteur décrit tour à tour Batman comme un clown, Big Brother ou un workaholic… Il n’oublie pas d’épingler l’une des mutations majeures du personnage, esquissée notamment chez Frank Miller : Batman est devenu au fil du temps militariste et réactionnaire. Chez Christopher Nolan, dans un contexte post-11 septembre, le voilà, lui le Chevalier noir refusant habituellement les armes à feu, à la tête d’un arsenal militaire et espionnant tout Gotham grâce aux technologies de pointe manipulées par Lucius Fox. Ainsi, au-delà de la double identité, c’est l’ambivalence de Batman, indissociable du personnage, que Dick Tomasovic met en lumière avec maestria.

Caractéristiques techniques :

Auteur : Dick Tomasovic
Editeur : Impressions Nouvelles
Date de parution : 02/05/2019
Collection : La Fabrique Des Héros
Format : 13cm x 19cm
Poids : 0,0010kg
EAN : 978-2874496875
ISBN : 2874496871
Illustration : Photos couleur
Nombre de pages : 144

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4

Game of Thrones, saison 8 : Le jeu des femmes de fer

Seconde partie d’un dossier consacré aux femmes de Game of Thrones et leur évolution durant ces 8 saisons. Après s’être intéressé aux personnages de Cersei et Daenerys, dans l’évolution de leurs stéréotypes au fil des saisons, nous allons désormais nous pencher sur la caractérisation des personnages féminins du type Amazone avec Arya Stark, Brienne of Torth et Yara Greyjoy. Qui sont ces figures de femmes combattantes, guerrières que l’on assimile plus aux hommes par leur force et leur intelligence ? Sont-elles vraiment des personnages de femmes fortes ?

Les figures de femmes combattantes dans les séries

Les femmes combattantes de Game of Thrones sont bien loin des figures du passé comme Xena, la guerrière ou Wonder Woman. Dans les années 70, ces héroïnes en armure du petit écran étaient hyper-sexualisées, court vêtues et toujours bien coiffées. Elles se rapprochaient plus d’une figure de fantasme masculin que d’un véritable empowerment pour les femmes. C’est à partir des années 90, avec des séries comme Alias et Buffy contre les vampires, que les femmes combattantes adoptent plutôt des figures androgynes. Sans pour autant effacer toute féminité, les héroïnes des années 2000 mettront en avant leur force physique et leur intelligence plutôt que leur sex-appeal. La figure même de la femme combattante a donc évoluée avant d’être à l’image de celle qu’on connait désormais sur nos écrans, dans toute sa violence et sa force.

Les princesses combattantes dans Game of Thrones

Depuis 8 saisons, c’est dans un univers totalement misogyne que les femmes de Game of Thrones s’affirment comme personnages de femmes fortes. Qu’elles soient au pouvoir ou au combat, les femmes que l’on imaginait faibles et stéréotypées en saison 1 ont prouvé une véritable agency (capacité d’agir).

Parmi ces figures, trois d’entre elles sont des femmes combattantes qui ont retenu l’attention des spectateurs tant par leur pugnacité face aux hommes que par leur bravoure au combat. Retour sur l’évolution de Yara Greyjoy, Arya Stark et Brienne of Torth.

Yara Greyjoy

Yara Greyjoy est l’héritière du Trône de Sel. Fille de Balan Greyjoy, elle a été élevée comme un garçon après la mort/disparition de ses frères. Sa première apparition dans la saison 2 biaise l’idée que l’on aura d’une femme combattante. Loin d’être une princesse stéréotypée, c’est une capitaine de navire expérimentée qui adopte plutôt une tenue de combat qu’une robe en dentelle. Elle est surtout caractérisée par son courage, sa loyauté et sa détermination.

A la saison 4, en apprenant la situation d’otage de son petit frère, elle réunit ses meilleurs hommes pour partir attaquer Fort Terreur et délivrer Theon des griffes de Ramsay Bolton (voir la scène en dessous). A la mort de son père, en tant qu’unique héritière directe, elle revendique légitimement le Trône de Sel. Mais son oncle Euron, au prétexte que Yara n’est qu’une femme, s’accapare le pouvoir injustement. Pendant ce temps, face aux troubles qui animent Westeros, Yara décide de prêter allégeance à la Reine Daenerys en échange de son soutien pour détrôner Euron. Elle sait donc à la fois se battre et faire preuve de stratégie politique en choisissant bien ses alliés.

Alors que le Nord de Westeros n’est pas vraiment gay-friendly, son personnage affiche clairement son homosexualité. Comme les hommes de son équipage, elle passe du bon temps dans les bordels en compagnie de jeunes femmes. En saison 7, elle drague même ouvertement Ellaria Sand, connue pour être bisexuelle. C’est un véritable personnage de femme forte qui transgresse les codes car elle adopte les caractéristiques du genre masculin pour les rendre tout aussi légitimes en tant que personnage féminin (qui plus est, dans l’univers très sexué de Game of Thrones).

Brienne of Torth

Apparaissant pour la première fois sous son armure lors d’un joug, Brienne est LA femme chevalière de Westeros. Physique massif, cheveux blonds à la garçonne, elle rejette toute caractéristique féminine pour être considérée comme l’égale des hommes. Même si c’est une lady, elle est loin d’être à l’aise lorsqu’on l’accoutre d’une robe rose en dentelle (saison 3). Souvent sous-estimée à cause de son apparence, elle n’en reste pas moins susceptible quand on la rabaisse à son sexe. Seul Jaime Lannister, après avoir croisé l’épée avec elle, la considère avec respect et admiration au titre de chevalière.

Son personnage est plutôt le stéréotype du chevalier servant, mais au féminin. Elle fait preuve de loyauté et de dévouement à l’instar de Ned Stark, ce qui peut paraître naïf dans l’univers sans pitié de Game of Thrones. Par exemple, après avoir prêté le serment à Catelyn Stark de veiller sur ses filles, elle part à la recherche de Arya et Sansa et s’obstine à les aider malgré leur refus catégorique (jusqu’à la saison 6). Elle a un caractère plutôt solitaire et très coincé. Cependant, elle deviendra plus sociale aux cotés de Jaime Lannister.

C’est une femme capable de violence et de vengeance comme n’importe qu’elle combattante. En saison 4, elle défait le Limier -réputé invincible- pour récupérer vainement Arya (voir la scène de combat en dessous). Elle tue également Stannis Barathéon, fin saison 6, pour se venger de la mort de Renly Barathéon, dont elle était secrètement amoureuse. Enfin, en saison 8, elle survit à la bataille contre le Roi de la nuit aux cotés de Jaime. Sa force physique n’est donc pas à prouver. C’est un personnage de femme forte qui sait se battre, mais surtout protéger les siens.

Meilleure scène de combat de Brienne

Arya Stark

Si son personnage n’est pas tout de suite considéré comme celui d’une femme combattante c’est d’abord à cause de son jeune âge. En saison 1, Arya est une princesse Stark, mais différente de sa sœur Sansa. Elle évolue plutôt de figure de tomboy à celui de tueuse bad-ass en saison 8. Tout débute à la fin de la saison 1, lorsqu’elle assiste impuissante à la décapitation de son père, Ned Stark. Déjà pleine de rancœur envers Cersei Lannister, sa détermination à se venger va s’accroître après le meurtre de sa mère, Catelyn, et son frère Robb aux fameuses Red Wedding. A l’image d’une mini Kill Bill, elle établit sa liste de personnes à abattre.

Forcée de cacher sa véritable identité pour éviter de se faire tuer ou kidnapper, elle se déguise en garçon et se fait nommer Harry. Sa facilité à se déguiser facilement permet aussi de mieux transgresser les codes du genre. A défaut d’avoir une force physique, elle apprend à manier l’épée grâce à un maître d’arme réputé dès la saison 1. Mais c’est surtout l’art de la dissimulation qu’elle acquiert en devenant la disciple de Jaqer H’Ghar (sorte de Hitman mystique). Elle deviendra une Sans-visage, c’est-à-dire, une tueuse capable de changer complètement d’apparence physique. A la saison 6, elle prouve son potentiel de Sans-visage en assassinant incognito Meryn Trant et Walder Frey (voir la scène ci-dessous). A l’image de Mathilda dans Léon, la vengeance devient un seconde nature chez elle.

C’est dans la dernière saison qu’elle évolue vraiment aux yeux des fans. Enfin de retour à Winterfell, elle veut se battre aux cotés de son frère John, pour vaincre les Lannister. Elle n’est plus une petite fille et le prouve en affirmant ses désirs dans les bras de Gendry, son flirt de la saison 2. Depuis les premières saisons, elle s’est bâtie un moral et une détermination de fer, qui font d’elle une figure de femme combattante, doublée d’une lady vengeance.

Meilleure scène de vengeance d’Arya

Et les autres ?

Outre Arya, Brienne et Yara, la série dépeint aussi d’autres personnages secondaires de femmes combattantes.

La saison 5 nous dévoile les femmes de Dornes, dont la sulfureuse Ellaria Sand et ses filles, les Aspics des Sables. Des princesses du sud éduquées comme des guerrières, qu’importe leur genre. Mais aussi les sauvageonnes du Nord, qui sont loin d’être des femmes fragiles. On se rappelle d’Osha, mais surtout d’Ygritte et son franc parler. Malheureusement, la majorité de ces femmes sont mortes ou ne sont plus au casting de la dernière saison. Car au jeu du trône « on gagne ou on meurt » qu’importe qu’on soit homme ou femme.

Séduis-moi si tu peux ! : Remportez des places de cinéma du film

Concours : A l’occasion de la sortie en salles, le 15 Mai 2019, gagnez des places de cinéma du film, Séduis- moi si tu peux !, une rom-com avec un scénario à thème politique et un casting irréprochable. La chimie à l’écran entre Charlize Theron et Seth Rogen se fait sentir dès l’instant où l’ancien gardien et la babysitter se retrouvent après des années…

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Synopsis : Fred, un journaliste au chômage, a été embauché pour écrire les discours de campagne de Charlotte Field, en course pour devenir la prochaine présidente des Etats-Unis et qui n’est autre… que son ancienne baby-sitter ! Avec son allure débraillée, son humour et son franc-parler, Fred fait tâche dans l’entourage ultra codifié de Charlotte. Tout les sépare et pourtant leur complicité est évidente. Mais une femme promise à un si grand avenir peut-elle se laisser séduire par un homme maladroit et touchant ?

Après The Night Before et Warm Bodies, Jonathan Levine est de retour avec Séduis-moi si tu peux ! (Longshot en VO), une comédie sexy, intelligente et vraiment drôle.

Titre original : Long Shot
Réalisateur : Jonathan Levine
Scénaristes : Dan Sterling, Liz Hannah
Acteurs : Seth Rogen, Charlize Theron, O’Shea Jackson Jr. (Straight Outta Compton), Andy Serkis, June Diane Raphael, Ravi Patel, Bob Odenkirk, Alexander Skarsgard, Kurt Braunohler, Claudia O’Doherty Paul Scheer
Producteurs : Charlize Theron, AJ Dix, Beth Kono, Evan Goldberg, Seth Rogen, James Weaver
Producteurs exécutifs : Jonathan Levine, Nathan Kahane, Kelly Konop, Barbara A. Hall
Réalisatrice de la photographie : Yves Be
langer
Chef décorateur : Kalina Ivanov Chef
Costumière : Mary Vogt
Monteurs : Melissa Bretherton, Evan Henke
Compositeurs : Marco Beltrami, Miles Hankins
Directeurs de casting : Francine Maisler, Kathy Driscoll-Mohler
Distributeur : SND
Genre : Comédie
Date de sortie : 15 mai 2019 (1h 56min)

Modalités du jeu concours – Dotations 5×2 places

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Bloody Sunday #6 : Schramm de Jörg Buttgereit

Alors que Le Mag du ciné est en plein mois consacré aux tueurs en série, c’est le moment pour Bloody Sunday de mettre à l’honneur un meurtrier des plus particuliers, Lothar Schramm. Issu de l’esprit dérangé du pape du cinéma extrême allemand, Jörg Buttgereit, Schramm est une plongée tétanisante dans le quotidien et surtout l’esprit d’un tueur aux nombreuses perversions.

Nous plonger dans la tête d’un tueur en série particulièrement dérangé est monnaie courante au cinéma. On peut penser au film culte de William Lustig, Maniac, dans lequel il nous emmenait en compagnie de Joe Spinell dans les méandres de l’esprit torturé d’un serial killer adepte de victimes féminines. Si l’on pense aux Américains dans un premier temps, qui ont su populariser de grandes figures de tueurs en série dont Hannibal Lecter reste certainement la plus emblématique, l’Europe n’est pas en reste non plus. Notamment chez nos voisins d’outre-Rhin dont le cinéma est encore aujourd’hui bien trop méconnu. Pourtant le cinéma allemand regorge de pellicules étranges et malsaines, et deux films ont particulièrement chamboulé leurs spectateurs. Le premier dispose par ailleurs d’une aura culte, en partie grâce à ce cher Gaspar Noé qui s’en serait inspiré pour Irréversible. Il s’agit d’Angst, ou Schizophrenia, le tueur de l’ombre dans nos contrées. Une expérience qui malmène son spectateur le plongeant dans le cerveau d’un meurtrier libéré de prison et qui ne cherche qu’à recommencer. Du cinéma immersif dont les mouvements de caméra acrobatiques traduisent avec ampleur la folie qui règne au sein de son protagoniste.

Le deuxième film, qui est celui qui nous intéresse aujourd’hui, est un peu plus confidentiel, mais tout aussi déstabilisant. Réalisé en 1993, Schramm est le 4ème long-métrage d’un cinéaste du nom de Jörg Buttgereit. Adepte de films chocs, le réalisateur allemand s’est fait un nom dans le cinéma underground avec des œuvres toutes plus subversives les unes que les autres. Son plus grand fait d’arme et premier film répond au doux nom de Nekromantik et met en scène un couple de nécrophile. Interdit dans de nombreux pays, Nekromantik obtient un statut culte parmi les aficionados de peloches obscures. Le thème de la mort est omniprésent dans l’œuvre de Buttgereit. Son deuxième long, Der Todesking la met également sur le devant de la scène. Le film est une série de sketchs basé sur les jours de la semaine nous faisant découvrir chaque fois une nouvelle façon de mettre fin à son existence. Là encore, le cinéaste cultive une aura malsaine, en témoigne cette image du cadavre en décomposition entrecoupant les saynètes. Le film secoue et les diverses expérimentations de Buttgereit au niveau de la mise en scène rajoute une couche à l’atmosphère lugubre que dégage Der Todesking. En offrant ensuite une suite à son classique Nekromantik, Buttgereit devient au détour de trois films l’une des grandes figures du cinéma extrême allemand et même mondial.

Comme d’habitude, la mort est un des thèmes majeurs de Schramm. Schramm, c’est un chauffeur de taxi solitaire, dont la seule amie est une prostituée qui habite en face de chez lui. Schramm est aussi un tueur en série, dont les différents meurtres lui ont valu le surnom de Tueur au rouge à lèvres par les journalistes. Cependant ce n’est pas la préparation des meurtres qui intéresse ici Buttgereit. Les meurtres sont même très secondaires, Buttgereit ne montrant Lothar Schramm passer à l’action qu’une seule fois, en assassinant des démarcheurs religieux venu propager la bonne parole chez lui. Une scène certes sanglante, sauvage et violente, mais qui n’est rien comparée au reste du long-métrage. Comme dans Maniac ou Angst, c’est la psyché de son personnage qui intéresse vraiment Buttgereit. Tout au long des 1h05 du film, le cinéaste germanique nous plonge dans le monde tortueux de Lothar Schramm de la façon la plus viscérale qui soit. Perpétuant ses expérimentations formelles déjà abordées dans Der Todesking, Buttgereit donne naissance à un cauchemar empli de perversion caractérisant son protagoniste. Le montage, dans un premier temps, développe une sensation labyrinthique dans le récit, Buttgereit montrant différents moments de façon quasi-kaléidoscopique, obligeant le spectateur à assembler lui-même les pièces du puzzle et à comprendre la chronologie de son histoire, ce qui est fantasmé, ce qui est halluciné.

https://www.youtube.com/watch?v=Fo0B2X_Kh4U

La force de Schramm est justement d’osciller constamment entre un réalisme sordide, redoublant l’aspect dérangeant du film  et cet aspect cauchemardé des névroses et autres angoisses de son personnage. Derrière son côté monsieur tout le monde, Lothar Schramm est un être dévoré par de nombreuses perversions sexuelles, sadiques et masochistes. Malgré le côté choc de certaines séquences, elles ne semblent pourtant jamais gratuites et servent constamment à dresser le portrait de son sujet. La longue scène de sexe où Schramm baise de façon frontale sa poupée gonflable tout en écoutant les râles de jouissance de sa voisine témoigne de sa profonde solitude et de son inadaptation à la société. De la même façon, la séquence la plus extrême où Schramm s’enfonce des clous dans le prépuce présente le conflit intérieur du personnage et agit comme un châtiment qu’il s’inflige à lui-même pour punir ses actes criminels. Buttgereit ne laisse à aucun moment place à l’imagination et n’hésite pas à tout filmer de façon la plus brute possible, mettant le spectateur particulièrement mal à l’aise face aux images.  De l’aspect même des images suinte un réalisme renforçant le malaise de certaines séquences. Buttgereit ne cherche jamais à esthétiser à outrance ce qu’il filme, optant pour une approche quasi-documentaire. Il y dépeint un monde empli de désespoir, montrant des suicides ou la voisine de Schramm obligée d’accepter les lubies les plus glauques de vieillards pour survivre.

À côté de ce témoignage du quotidien dérangé d’un tueur, Buttgereit insuffle un aspect hallucinogène au travers d’angoisse et de fantasme dont Schramm est victime. C’est d’ailleurs au travers de ces séquences que les saillies expérimentales de Buttgereit sont les plus fréquentes. Distorsion de l’image, ralenti, montage dédaléen, il est parfois difficile de faire la part entre le réel et l’imaginé. On découvre avec stupéfaction Schramm se réveiller avec une jambe sectionnée, puis on le voit ensuite déambuler avec une prothèse à la même jambe. Il plonge même dans le Body Horror avec cette étrange créature ressemblant à un vagin-arachnide que n’aurait pas renié David Cronenberg, symbolisant la relation toute particulière de Schramm au sexe. L’horreur n’est pas toujours de mise et offre quelque moments de répits, où Schramm arrive à s’échapper de sa condition au travers de rêveries le voyant valser avec une femme. En maniant les images, Buttgereit triture le cerveau de son spectateur quitte à le retourner comme celui de Lothar Schramm. Même si le film ne dure à peine plus d’une heure, il reste une expérience poussant le public dans ses derniers retranchements, un visionnage qui se veut traumatique et qui y arrive par tous les moyens possible. Plus que de montrer des meurtres révoltants, c’est bien en disséquant avec attention la psyché complètement rongée par la mort, la pestilence et les perversions que Buttgereit déstabilise les esprits. Avec Schramm, Buttgereit atteint un certain paroxysme dans son cinéma, une sorte d’oeuvre somme où il arrive à allier à la perfection l’aspect extrême avec la consistance de son récit.

Schramm- Bande Annonce

Schramm – Fiche Technique

Réalisation : Jörg Buttgereit
Scénario : Jörg Buttgereit et Franz Rodenkirchen
Interprétation : Florian Koerner von Gustof, Monika M , Xaver Schwarzenberger, Micha Brendel, Carolina Harnisch
Photographie : Manfed O. Jelinski
Musique : Max Müller, Gundula Schmitz
Montage : Jörg Buttgereit
Société de production : Jelinski et Buttgereit
Genre : Horreur
Durée : 65 minutes
Date de sortie : 31 décembre 1993

Allemagne – 1993

Les scénarios de Nolan : anatomie du suspense

Dans une récente interview, Robert Pattinson qualifiait de « massif » le nouveau projet de Christopher Nolan. L’acteur, qui a obtenu l’immense privilège de lire le script, affirmait avoir découvert « la chose la plus dingue » de ces dernières années. Si le film n’a pas encore de titre, il devrait sortir en France en juillet 2020. En attendant de le découvrir, Le Magduciné revient aujourd’hui sur les méthodes d’écriture de ce cinéaste hors normes. Les scénarios de Nolan, riches et innovants, constituent la marque de fabrique d’un réalisateur qui a su, par du cinéma d’auteur comme des blockbusters, imposer son style narratif à Hollywood. Analyse.

Impossible de décrypter les histoires de Christopher Nolan sans évoquer son frère Jonathan. Les deux hommes, qui ont collaboré à la conception des scénarios de Memento, du Prestige, de The Dark knight : le chevalier noir, de The Dark knight rises et d’Interstellar, unissent régulièrement leurs talents pour forger des films sombres et cérébraux.  Qu’il travaille seul ou avec son frère, le thriller noir et la science-fiction restent les deux genres de prédilection du réalisateur. Ils lui permettent de créer des univers, d’explorer les tréfonds de l’âme humaine tout en construisant une intrigue à tiroirs, empreinte de suspense et de rebondissements.

1. Un labyrinthe des temporalités

Plus que tout autre metteur en scène, Christopher Nolan s’est imposé comme un cinéaste du temps. Jouer sur l’accélération du rythme, lancer une course contre la montre constitue chez lui un véritable leitmotiv. Une source intarissable de suspense aussi stupéfiante qu’éprouvante pour les spectateurs. Une atmosphère pesante exacerbée par le son inéluctable du « tic-tac » de l’horloge, qui s’invite insidieusement dans les bandes-originales d’Interstellar et de Dunkerque.

Le temps reste une figure centrale dans les scénarios de Nolan. Personnage invisible, ressort dramatique,  il est pleinement exploité par une volonté affichée de déstructurer la chronologie. Si l’on excepte la trilogie Batman (Batman Begins, The Dark Knight : le chevalier noir, The Dark Knight rises), aucun film du réalisateur ne s’ouvre par le début du récit. Lancer sur la fin, imbriquer les temporalités, construire à l’envers font partie intégrante des méthodes d’écriture des frères Nolan. Un parti pris aventureux qui présente l’avantage de faire réfléchir un public actif. Découvrir une oeuvre de Christopher Nolan, c’est replacer les pièces d’un puzzle, résoudre une énigme, retrouver son chemin dans le dédale des temporalités.

Au commencement, une fin mystérieuse…

Toute la philosophie de Christopher Nolan a été exposée dès Following et Memento, deux films d’auteur à petits budgets. La première scène d’un film possède une fonction essentielle : poser une atmosphère intrigante dont les tenants et aboutissements paraissent insaisissables. En débutant par une séquence avancée dans la chronologie du récit, le réalisateur instaure d’emblée le suspense.

Inception s’ouvre sur la capture de Cobb par les hommes d’un Saito vieilli. Cobb lui rappelle leur jeunesse, le marché qu’ils ont passé ensemble pour le convaincre de « revenir ». Située dans l’histoire juste avant le réveil des deux personnages dans l’avion, cette ouverture suggère déjà que le plan prévu a mal tourné. Elle prendra tout son sens pour le spectateur un peu plus tard, lorsque la frontière poreuse entre le rêve et la réalité aura été révélée. Les premières images d’Interstellar s’intègrent également à la toute fin du film, à l’ère où l’Humanité a déjà quitté la Terre et se souvient de l’horreur des conditions de vie. Elles soulèvent directement le mystère principal du film : la façon dont l’Homme a accompli avec succès un voyage interstellaire. De même, Following commence par une discussion entre un policier et Bill, dans lequel ce dernier tente de prouver qu’il a été manipulé par un cambrioleur meurtrier. Ici encore, l’enjeu du film ne réside pas dans une issue donnée d’avance mais dans la manière dont les personnages vont inexorablement y être portés.

La déstructuration des temporalités chère à Christopher Nolan ne sert cependant pas qu’à capter l’attention du public dès les premières minutes. Tout au long des films, elle accentue la tension et la dramaturgie.

L’imbrication des temporalités

Même lorsque l’histoire conserve un déroulement relativement linéaire, Nolan décompose ses récits en entremêlant des temporalités distinctes. Dunkerque se démarque par l’utilisation de trois lieux, la terre, la mer et l’air, au sein desquels les personnages évoluent respectivement pendant une semaine, un jour et une heure. Ce cadre spatio-temporel, précisé à l’écran, exprime sans détour la volonté du réalisateur de jouer avec la chronologie. Plus frappant, Inception emboîte trois niveaux de rêve soumis chacun à leur propre temporalité, allant de quelques secondes à plusieurs heures, voire des années. Dans un montage alterné s’exécutent ainsi trois actions simultanées : la conduite périlleuse du van par Yusuf, la lutte au corps à corps d’Arthur dans les couloirs de l’hôtel et les combats dans la neige de Cobb, Saito, Eames et Fischer. Le célèbre tesseract d’Interstellar symbolise littéralement cette imbrication des temporalités. Il donne simultanément accès à Cooper à l’infinité vertigineuse de tous les instants écoulés dans la chambre de sa fille.

L’installation de cette chronologie éclatée, multipliant des présents concomitants, accentue le suspense et les effets dramatiques de l’écoulement du temps, des erreurs de timing. Dans Interstellar, le redémarrage en une heure du moteur détrempé de la navette spatiale, posée sur la planète d’eau, coûte une dizaine d’années d’attente à l’Humanité. Le passage du temps entraîne des conséquences toutes aussi tragiques dans Dunkerque. Il représente même l’ennemi le plus perceptible lorsque les soldats attendent, cachés dans un navire percé, la montée de la marée, ou espèrent, bloqués sur la plage, l’arrivée des bateaux avant le prochain raid aérien. Inception ne déroge pas à cette règle quand on sait que rater une « décharge » de réveil peut laisser un personnage coincé dans un niveau de rêve. La mission de Cobb repose elle-même sur le respect d’un timing précis, sans lequel l’idée ne pourra pas être implantée dans l’esprit de Fischer avant l’écroulement du rêve.

En allant encore plus loin sur la déconstruction du temps, Christopher Nolan fait parfois de la chronologie le miroir même du thème central de ses films.

La chronologie conceptuelle

La construction des scénarios de Memento et du Prestige reste la plus innovante, voire expérimentale, dans la filmographie de Christopher Nolan. Cette complexité ne délaisse pas pour autant la compréhension de l’histoire, puisque le réalisateur donne toujours aux spectateurs les clés de lecture pour ne pas se perdre dans l’ordre chronologique du récit.

  • Memento : le puzzle mémoriel

Le sujet principal de Memento, exprimé dans son titre, est évidemment la mémoire. Il se situe au cœur du film car le personnage principal, Léonard ou Lenny, souffre de troubles mentaux. Plus précisément, il ne possède pas de mémoire à court terme. Il ne peut donc enregistrer de nouveaux souvenirs et efface, toutes les dix minutes, ce qu’il vient de vivre. C’est en dépit de ce sérieux handicap que Lenny tente d’accomplir sa mission : retrouver et tuer le violeur et le meurtrier de sa femme. Le thème de la mémoire compose la structure même du film, la rupture de chronologie des scènes faisant constamment appel à la mémoire du spectateur. Tout comme Lenny, le public doit reconstituer un véritable puzzle mémoriel.

Derrière l’apparent désordre des scènes de Memento, au départ très déstabilisant, se cache en réalité un cadre parfaitement logique, un rythme redondant se reproduisant tel un refrain. La chronologie sépare deux lignes temporelles simplement reconnaissables. La ligne A, en couleurs, constitue l’axe de développement du récit. La ligne B, en noir et blanc, se déroulant avant la ligne A, présente Lenny seul dans sa chambre et permet d’appréhender l’ampleur de la pathologie du protagoniste. L’histoire du film se raconte donc en deux temps alternatifs : un récit qui débute par la fin et remonte le passé et des scènes en noir en blanc antérieures qui se suivent. Ce code de compréhension est donné par le réalisateur dès le début du film. La première scène s’arrête en effet sur Lenny tenant une photo d’un corps avant de remonter en arrière et de montrer le personnage tirer.

La structure de Memento se présente ainsi :

– scène A en couleurs
– scène B en noir et blanc
– scène A – en couleurs, précédant la scène A
– scène B + en noir et blanc, continuant la scène B.

Cette forme s’apparente aux rimes croisés utilisés en poésie, à savoir A B A B. Sauf qu’ici, le deuxième A précède la scène du premier A alors que le deuxième B succède à la scène du premier B. Ce schéma constitue notre propre mémento pour suivre l’histoire, une fois le premier cycle achevé. La jonction entre ces différentes scènes s’effectue par le procédé des inserts, c’est-à-dire ici, la reprise d’images déjà montrées précédemment. Au sein de la ligne A, le début de la scène A est ainsi identique à la fin de la scène A -, ce qui nous permet d’imbriquer l’ordre des événements.

Ce traitement chronologique, outre son originalité, assure l’existence d’un suspense énigmatique autour d’une histoire qui, racontée du début à la fin, aurait perdu beaucoup de son intérêt. Il crée en outre, par le travail de mémorisation, un lien permanent entre Lenny et le public en renforçant notre compassion pour le personnage.

  • Le Prestige : le tour de magie

Le Prestige relate la rivalité obsessionnelle opposant deux magiciens, Alfred Borden et Robert Angier, à la fin du XIXème siècle. Le film débute par une exposition des trois étapes d’un tour de magie. Dans « la promesse », le magicien présente au public une chose semblant ordinaire. Il la transforme ensuite pendant le « tour » en quelque chose d’extraordinaire. Mais le paroxysme du numéro reste le « prestige », durant lequel se déroulent des « coups de théâtre » ou un « événement spectaculaire ».

Cette description préalable est évidemment loin d’être anodine puisqu’elle constitue la base même de construction du scénario. Dans le film, la « promesse » correspond à l’essor de l’antagonisme entre les deux personnages. Le « tour » se rattache au spectacle de l’homme transporté accompli par Borden, dont Angier et le public recherchent désespérément l’explication. La révélation de la vérité sur le personnage de Borden et sur les méthodes de réalisation des tours, twist final du film, représente enfin le « prestige ».

La succession de ces trois étapes se déroule selon une chronologie non linéaire, alternant le présent marqué par le procès de Borden et le passé consacré à la compétition entre les deux magiciens. Ce schéma favorise la duperie du spectateur en lui cachant des éléments essentiels jusqu’à l’ultime retournement. Christopher Nolan n’a donc pas réalisé qu’un thriller à suspense ancré dans l’univers de la magie. Par une intelligente mise en abyme, il a lui-même joué un véritable tour au spectateur, manipulé comme l’audience d’un grand prestidigitateur. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir incité le public, dès l’introduction du film, à se montrer attentif…

La fin de tous les possibles

Qui ne se souvient pas de la fameuse toupie qui tourne ? L’ultime image d’Inception aura fait couler beaucoup d’encre et torturé bien des neurones. Sans rentrer dans le jeu des théories, elle révèle le désir du cinéaste d’adopter une fin ouverte, qui laisse la part belle à l’interprétation et donne envie de revoir le film pour trouver de nouveaux indices. L’issue du Prestige présente la même particularité. La bulle qui sort discrètement de la bouche d’Angier jette un sérieux doute sur la disparition finale du personnage. Le dernier ressort d’un tour de magie parfaitement maîtrisé. Ou un ultime trucage dont le spectateur doit encore percer le secret ? Là aussi, le mystère perdure. Interstellar offre également un épilogue de tous les possibles, marqué par l’arrivée de Brand et de Cooper sur une planète potentiellement habitable. L’Humanité sera-t-elle condamnée à vivre sur une station spatiale ou pourra-t-elle coloniser ce nouveau monde ?

Même si l’intrigue principale est toujours résolue (du moins semble l’être), ces fins ouvertes nous invitent à la réflexion autour des thématiques du film tout en maintenant un certain niveau de suspense. Outre les ruptures de temporalité, les scénarios de Nolan se caractérisent par le destin de personnages affligés.

2. Une exploration de l’âme humaine 

Christopher Nolan s’attache à développer la psychologie de personnages torturés au sein d’un univers sombre. Ce traitement a été progressivement reconnu dans l’industrie américaine, si bien que l’on parle volontiers aujourd’hui de « nolanisation » de certains genres ou franchises (notamment Skyfall, Man of Steel).

Les méandres du tourment

Les personnages de Christopher Nolan ne connaissent ni la paix ni le repos. Ils sont torturés, rongés par l’obsession, le regret, la culpabilité et le deuil dans une spirale sans fin presque tragique. Les affres du remord caractérisent la majorité d’entre eux. Dans Inception, Cobb ne parvient pas à se pardonner le suicide de sa femme Mel dont il s’estime responsable. Batman se sent également coupable du décès de ses parents, puis de la mort de Rachel mise en scène par son ennemi, l’insaisissable Joker, dans The Dark Knight : le Chevalier noir. Lenny ne vit dans Memento que pour venger le viol et le meurtre de sa femme. L’inspecteur Will Dormer, incapable de dormir dans Insomnia, tue accidentellement sa coéquipière et refuse d’avouer sa bavure.

Perdus dans leurs tourments, les personnages de Nolan cloisonnent leur esprit dans des prisons émotionnelles qui les condamnent à la souffrance. Grâce aux rêves, Cobb se construit dans Inception une véritable prison de souvenirs dans l’espoir, aussi fou que vain, de faire revivre sa femme. Dans Memento, Lenny s’enferme consciemment dans une boucle infinie de déni et d’oubli. Pour lui, il vaut mieux vivre dans le mensonge, dans un labyrinthe mémoriel qu’avec la culpabilité. La vision de Lenny est très bien résumée par Teddy : « tu te mens à toi-même pour être en paix« . Ce personnage, dont le labeur éternel se rapproche d’un Sisyphe, demeure le plus tragique de Christopher Nolan, car contrairement à Cobb ou à Batman, il continuera à refuser d’accepter la réalité et à se cloîtrer dans des illusions. Les deux magiciens du Prestige, Borden et Angier, demeurent aussi prisonniers de leur rivalité et de leur quête obsessionnelle du meilleur numéro. Celle-ci justifie de perdre une part de soi, d’échanger de vie, de renoncer à l’amour et même de mourir.

De plus, les souffrances de ces personnages sont utilisées pour les manipuler. L’exemple de Lenny reste le plus frappant. Tout son entourage cherche à exploiter ses pertes de mémoire. Dans Following, le jeune écrivain en mal d’inspiration devient aussi un bouc émissaire en portant le chapeau d’un meurtre. Le Docteur Brand d’Interstellar ment encore à Cooper sur le détail de ses plans pour le convaincre de partir. Plus qu’un procédé, la manipulation devient un véritable art dans Le Prestige, monde de magiciens maîtres de la tromperie, et dans Inception, où l’objectif est d’implanter une idée dans l’esprit humain. Bien qu’éprouvés, perdus dans leur perception du monde, les personnages de Christopher Nolan ne visent qu’à s’ancrer dans un univers bien réel.

La quête du réel : le monde existe-t-il ?

Les scénarios de Christopher Nolan mettent en scène une opposition entre le réel et l’irréel, la vie vécue et la vie rêvée ou imaginaire. Si le monde fictif peut être construit, façonné de toutes pièces, comme en témoignent les architectes des rêves d’Inception, la réalité soumet les personnages à des situations inextricables, telles la Terre mourante d’Interstellar.

Pourtant les personnages, aussi rêveurs soient-ils, ont bien conscience qu’il n’est possible de vivre que dans un monde réel. La recherche d’un véritable foyer, d’un cadre existant, constitue ainsi un motif récurent dans les scénarios du réalisateur. La mission des astronautes d’Interstellar consiste à trouver une planète habitable pour l’Homme. Les soldats de Dunkerque et Cobb dans Inception n’aspirent qu’à une seule chose : rentrer à la maison. Lorsque le professeur Miles refuse de lui fournir un nouvel architecte et l’accuse de perdre pied, Cobb rappelle que l’attente de leur père reste justement la réalité de ses enfants. Même Batman souhaite retrouver une vie normale et laisser à son alter ego, le Chevalier blanc Harvey Dent, le soin de protéger Gotham dans The Dark Knight : le chevalier noir. C’est aussi le souci de conserver un lien avec le monde réel, un sens à sa vie, qui décide Lenny à continuer à vivre dans le mensonge et l’illusion : « il faut que je croie qu’il y a un monde en dehors de mon esprit. Il faut que je croie que mes actes ont encore un sens même si je les oublie. Je dois croire que lorsque je ferme les yeux, le monde est toujours là. Est-ce que je crois que le monde est toujours là ? Est-ce qu’il est toujours là ? Oui. »

Filmographie :

Following, le suiveur (1998)
Memento (2000)
Insomnia (2002)
Batman Begins (2005)
Le Prestige (2006)
The Dark Knight, le Chevalier noir (2008)
Inception (2010)
The Dark Knight Rises (2012)
Interstellar (2014)
Dunkerque (2017)

Bibliographie :

Christopher Nolan, la possibilité d’un monde, Timothée Gérardin, Playlist Society

Tremblements de Jayro Bustamante : le sombre récit d’une homophobie quasi institutionnelle

Après un Ixcanul très minéral et très remarqué qui mettait en avant le peuple maya de son pays, trop laissé dans l’ombre, Jayro Bustamante n’y va pas par quatre chemins avec Tremblements, cette fois-ci pour raconter l’homophobie qui imprègne la bourgeoisie guatémaltèque, sous la houlette d’une église évangélique surpuissante qui a la mainmise sur tout et sur tous. Glaçant

Synopsis Guatemala, Pablo, 40 ans, est un « homme comme il faut », religieux pratiquant, marié, père de deux enfants merveilleux. Quand il tombe amoureux de Francisco, sa famille et son Église décident de l’aider à se « soigner ». Dieu aime peut-être les pécheurs, mais il déteste le péché..

Happiness Therapy !

Tremblements, le film du Guatémaltèque Jayro Bustamante est une coproduction française, et dès le générique du film, l’instinct du spectateur lui souffle qu’un sujet qui est un mélange d’homophobie et de religiosité aveugle ne doit pas forcément trouver preneur (et financeur) dans un pays comme le Guatemala, un pays où la discrimination relative à l’orientation sexuelle n’est pas punie par la loi, et dont les dirigeants réfléchissent sérieusement à interdire explicitement le mariage du même sexe, pourtant autorisé par la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme.

De plus, voilà un film qui commence d’une manière brutale, socialement brutale : Don Pablo (Juan Pablo Olyslager), le fils de famille, rentre chez lui au volant de sa rutilante 4×4, sous une pluie battante. Tandis qu’un domestique trempé ouvre le portail, une autre s’avance avec un parapluie pour lui éviter un quelconque ruissellement. L’un est blanc, les autres des Indiens. L’image est choquante, symptomatique d’une Amérique latine de colons et d’esclaves, qu’on retrouve encore aujourd’hui au travers des multinationales productrices de palmiers africains (ou de cannes à sucre sur les côtes), qui emploient les paysans mayas sous des conditions extrêmes. Bustamante en montre d’ailleurs des facettes dans son premier et précédent long métrage Ixcanul.

Mais revenons au vif du sujet de Tremblements. Sans perdre du temps en démonstrations inutiles pour son propos, Bustamante nous projette directement au milieu du drame. Don Pablo (qui perdra son Don auprès de la domestiquerie après la disgrâce) est un quadra musclé qui porte beau avec une barbe poivre et sel, un boulot de consultant, une femme riche héritière en plus d’être très belle, et deux enfants adorables. Cet archétype du bon père de famille fait donc, au début du film,  irruption dans une pièce où tous les membres de sa famille se tiennent comme des victimes et/ou des accusateurs : il a lourdement fauté, couché avec un autre homme, mais pire encore, plutôt que de le nier (comme son père le lui a suggéré), il a tout reconnu. Puis il tourne le dos à toutes ces jérémiades …pour aller se cacher dans sa chambre comme un enfant, voire un animal, sous un drap. Le ton est donné, celui de la honte omniprésente, celle de Pablo et celle de sa famille. Une honte qui n’a qu’une seule raison, le Dieu de leur communauté évangélique puissante, un Dieu que la mère de Pablo invoque pour le détruire, ou détruire sa relation, afin qu’il renaisse virginal au sein de la paroisse. Un Dieu à qui il faut offrir sa souffrance et pour qui le bonheur est forcément égoïste et éminemment suspect. Alors que Pablo est écrasé par sa religion, son compagnon, Francisco (Mauricio Armas), vit son homosexualité d’une manière beaucoup plus légère, joyeuse, mais lucide (« tu croyais qu’être pédé ça allait être facile ? Tu te crois au Luxembourg ou quoi ? »). Pablo n’assume rien, plus exactement il est dans l’impossibilité d’assumer et sa capitulation est encore plus difficile à voir que l’hypocrisie et la monstruosité de sa famille, puis de « son » église.

Tourné dans des tons très dé-saturés, Tremblements est un film sombre, noyé de pluie, traversé de tremblements de terre, des métaphores à la hauteur de ce qui s’y passe. Le beau-frère de Pablo, sous couvert d’aider Isa (Diane Bathen), la femme éplorée de ce dernier, n’a en réalité que des envies lubriques pour elle. Isa elle-même, grâce à son argent et à la communauté évangélique, préfère priver l’homme que pourtant elle aime de ses enfants et de son travail. C’est un microcosme terrifiant, basé sur du mensonge, où seuls les deux enfants disent et ressentent encore le vrai, et les mots qu’ils se chuchotent l’un à l’autre au creux de la nuit sont une véritable trouée de douceur dans un monde crasseux.

Si bien que lorsqu’il arrive aux scènes de thérapie de conversion, le spectateur n’est plus surpris de rien. Ni de la violence physique de ces séances, ni des tortures psychologiques dignes d’un véritable camp de redressement. Que ce soit le pasteur et sa femme qui organisent ces séances ne sont plus que des faits qui se rajoutent à d’autres pour dire l’indicible , l’homophobie plus forte que tout, la déviance du milieu grand-bourgeois guatémaltèque recroquevillé sur une religion dévoyée et devenue un signe distinctif vidé de son sens. Jayro Bustamante réussit à passer son message sans grande gesticulation, mais au contraire avec une élégante sobriété. Sans rejoindre la noirceur et la radicalité du Mexicain Michel Franco (Les filles d’Avril, Chronic, etc.), il y a un peu du cinéma de ce dernier dans Tremblements, un peu de celui l’Argentin Pablo Trapero également (El Clan, Elefanto Blanco), au moins en terme de vision pessimiste de ce monde latino-américain complexe écartelé entre ses différentes vérités.

Tremblements – Bande annonce

Tremblements – Fiche technique

Titre original : Temblores
Réalisateur : Jayro Bustamante
Scénario : Jayro Bustamante
Interprétation : Juan Pablo Olyslager (Pablo), Mauricio Armas (Francisco), Diane Bathen (Isa), María Telón (Rosa), Sabrina De La Hoz (Pasteur), Rui Frati (Pasteur), Magnolia Morales         (Cristina), Sergio Luna (Salvador), Pablo Arenales (Abel), Mara Martinez (Eva)
Photographie : Luis Armando Arteaga
Montage : Cesar Diaz, Santiago Otheguy
Musique : Pascual Reyes
Producteurs : Gérard Lacroix, Jayro Bustamante, Marina Peralta, Georges Renand, Coproducteurs : Alexandre Mallet-Guy, Nicolas Steil, Olivier Père, Remi Burah
Maisons de production : Tu Vas Voir, La Casa de Production, Coproduction : Memento Films Production, Iris Productions, Arte France Cinéma
Distributeur France : Mémento Films Distribution
Récompenses : quelques festivals (photo et meilleur film), dont le festival Cinelatino de Toulouse
Durée : 107 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 01 Mai 2019
Guatemala – France – Luxembourg – 2019

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3.5

Tueurs en série et en images : L’Inspecteur Harry, de Don Siegel

Durant ce mois de mai, Le Mag du ciné a voulu se pencher sur le thème des tueurs en série au cinéma et dans les séries. Aujourd’hui, nous nous penchons sur le cas de L’Inspecteur Harry, de Don Siegel, dans lequel Clint Eastwood interprète un policier au moins aussi dangereux que le tueur qu’il traque.

Synopsis : une jeune femme qui se baigne dans une piscine située sur le toit d’un immeuble de San Francisco. Sur un toit voisin, surplombant sa future victime, un homme la vise avec la lunette de son fusil. Il se fera appeler Scorpio. Après avoir abattu cette jeune femme, il laisse une lettre, prévenant qu’il tuera une personne par jour si on ne lui donne pas une somme d’argent conséquente.

Scorpio est l’exemple du tireur solitaire. A part l’intérêt financier, il est difficile de définir les raisons exactes de son passage à l’acte criminel. Au fil de l’enquête et des multiples rencontres entre le tueur et la police, on découvre un homme qui cherche visiblement à compenser ses misérables conditions d’existence (il vit dans une sorte de cagibi dans le stade municipal) et son anonymat (dans lequel il restera, puisque nous ne connaîtrons jamais son nom) en faisant la une des journaux et en attirant l’attention sur lui. Socialement, Scorpio est un minable, peut-être sexuellement faible (il fréquente les peep-shows, et l’insistance, dès les premiers plans du film, sur la longueur du fusil renvoie sans doute à une notion sexuelle de l’arme à feu).
Scorpio est un personnage qui aime dominer la situation, sur le plan psychologique, mais aussi plus simplement au sens premier de l’expression. Il vise en prenant de la hauteur, il s’installe sur les immeubles les plus élevés, il attaque toujours en vue plongeante. Du coup, un des objectifs du film sera de le prendre de haut. D’être au-dessus de lui. La première fois qu’il se fait apercevoir, c’est par un hélicoptère, donc quelqu’un qui est placé plus haut que lui.
Cela permet à Don Siegel de filmer une ville à la verticale. Il doit être un des rares à ne pas montrer les petites maisons de bois de San Francisco, mais à s’intéresser aux immeubles, aux stades, à tout ce qui permet de monter, de voir la ville et les citoyens (qui sont autant de victimes potentielles, Scorpio semblant choisir ses cibles au hasard des circonstances, sans dessein pré-défini) en plongée.

Mais se focaliser uniquement sur Scorpio ne doit pas occulter une vérité : le film L’Inspecteur Harry contient non pas un, mais deux serial killers. En effet, Harry Callahan est au moins aussi dangereux que l’assassin qu’il traque. D’ailleurs, au début du film, c’est lui qui gagne le match du plus grand nombre de victime : alors que Scorpio n’avait encore tué qu’une seule personne, Harry avait stoppé la fuite de bandits en tuant deux malfrats et en menaçant un troisième.
Dans un premier temps, Harry est un serial killer de la bienséance. Il massacre toute règle sociale, il assassine la diplomatie. Dans une affaire qui pourrait requérir un peu de finesse d’exécution, il choisit délibérément de ne pas se montrer plus malin que le tueur, mais juste plus dangereux.
Harry agit seul, au mépris de toute règle, qu’elle soit sociale ou figurant dans le règlement de la police. Au point qu’il est même difficile de le prendre pour un policier : lorsqu’il se fait attraper en train d’espionner une prostituée, personne ne veut croire qu’il est flic.
Autre détail significatif : lorsqu’il n’a pas le droit d’employer son arme de service, il choisit un couteau à cran d’arrêt, arme des petits malfrats de quartiers louches, qu’il sait manier avec dextérité. Un talent qui inquiète son supérieur, et qui peut fournir quelques indices éventuels sur le passé de l’inspecteur.
Pour une fois, la version française n’est pas mauvaise, puisque dans les dialogues, l’adjectif « dirty », qui qualifie Harry, est traduit par « charognard ». Ainsi, nous avons un duel d’animaux, de prétendeurs (mais Scorpio, outre l’animal, c’est aussi un signe du zodiaque, ce qui renvoie à l’influence majeure du film, l’affaire du tueur du Zodiaque).
Le rapprochement entre les deux hommes atteint son point culminant dans le parallèle entre deux scènes. Dans la première, Harry est tabassé, en pleine nuit, dans un parc public déserté et glauque, au pied d’une grande croix de béton. Dans l’autre scène, qui lui répond, c’est Scorpio qui est malmené par Harry ; il est à terre, menacé par le policier, dans un stade déserté et glauque, de nuit ; parfaitement calibré, le cadre montre que les lignes du terrain de sport forment une croix au-dessus du tueur. Les deux hommes sont renvoyés l’un comme l’autre, successivement, au statut de victime et de tortionnaire.
Cependant, il faut bien avouer que les motivations des deux hommes sont opposées : Scorpio agit de façon égocentrique, pour son bien seul et sans tenir compte des autres autour de lui. Harry agit (ou pense agir) pour le bien public (même s’il n’hésite pas, pour cela, à déclencher une fusillade en pleine rue, donc à mettre en danger la population). Il agit à sa façon toute personnelle, selon une conception toute personnelle de la justice.

Sorti en 1971, L’Inspecteur Harry s’inscrit dans toute une réflexion du cinéma américain sur la violence aux (et des) États-Unis, la fascination des armes et une représentation pour le moins nuancée de la police. Don Siegel faisait partie de cette génération de cinéastes, aux côtés d’un Robert Aldrich, d’un Arthur Penn ou d’un Sam Peckinpah, qui vont interroger l’Amérique sur sa violence, questionnement d’autant plus d’actualité que nous sommes en pleine guerre du Vietnam. Le western et le film policier vont être les genres par excellence où cette réflexion pourra s’installer, et finalement L’Inspecteur Harry est un polar qui ressemble à un western. En cela, on peut le rapprocher du très sous-estimé Un Justicier dans la ville, de Michael Winner, avec Charles Bronson, qui sortira trois ans plus tard, et qui interroge aussi cette fascination pour les armes qui se dissimule derrière un hommage aux cow-boys.
L’Inspecteur Harry se retrouve aussi dans le cadre plus large d’un portrait nuancé de la police. La même année 1971 verra la sortie de French Connection, le chef d’œuvre de William Friedkin, dans lequel le policier Popeye emploie des méthodes peu orthodoxes également (ce que Friedkin confirmera plus tard avec Police Fédérale Los Angeles et surtout Cruising). Deux ans plus tard, c’est Sydney Lumet qui précisera ce portrait ambigu de la police avec Serpico. La défiance de l’Amérique envers ses autorités peut aussi se lire dans le magnifique Conversation secrète de Francis Ford Coppola.
L’Inspecteur Harry se situe donc dans tout un contexte. Il est à la fois un film de son époque, et un film qui nous parle encore de nos jours par rapport à la fascination des armes et de la violence.

L’Inspecteur Harry : Bande annonce

L’Inspecteur Harry : fiche technique

Titre original : Dirty Harry
Réalisation et production : Don Siegel
Scénario : Harry Julian Fink, Rita M. Fink, Dean Riesner
Interprètes : Clint Eastwood (Harry Callahan), Andrew Robinson (Scorpio), Harry Guardino (lieutenant Bressler), John Vernon (maire de San Francisco)
Photographie : Bruce Surtees
Montage : Carl Pingitore
Musique : Lalo Schifrin
Sociétés de production : Malpaso, Warner Bros
Société de distribution : Warner Bros
Genre : policier
Durée : 98 minutes
Date de sortie en France : 16 février 1972

États-Unis – 1971

Alien : les 40 ans d’une saga et son avenir

Le 25 mai prochain, Alien, le célèbre film de Ridley Scott, fêtera ses 40 ans d’existence et de terreur. L’occasion pour la rédaction de revenir sur ce qui a été fait pour cet anniversaire (courts-métrages, jeux vidéo…) et l’avenir de la saga au cinéma.

ALIEN : BLACKOUT

alien-blackout-sega-xenomorphAlors que la saga s’était perdue dans des adaptations vidéoludiques lambdas (Aliens vs. Predator version 2010) pour ne pas dire exécrables (Aliens : Colonial Marines), le studio Creative Assembly avait fait très fort en 2014 avec Alien : Isolation. S’éloignant des FPS classiques, le jeu était revenu à l’horreur et l’angoisse  pures du film de Ridley Scott. Et pour cause, il n’était pas question de dézinguer du Xénomorphe à tout-va mais plutôt d’y survivre en se cachant, en évitant à tout prix de se retrouver entre les griffes de la créature sous peine de devoir recommencer depuis sa dernière sauvegarde. Un jeu qui reprenait à merveille l’esthétique et l’ambiance sous tension du premier volet de la saga, enchantant la critique et surtout les fans. Mais les faibles ventes pour un produit étiqueté AAA sur le marché du jeu vidéo (2,1 millions d’exemplaires) ont eu très vite raison des rumeurs de la mise en chantier d’une suite, et ce malgré l’attente des joueurs. Une séquelle qui n’est, à l’heure actuelle, pas du tout en développement (information confirmée en janvier par la Fox elle-même). Au lieu de cela, les joueurs ont dû se contenter d’Alien : Blackout, un jeu sur mobile reprenant l’univers d’Isolation tout en lui étant indépendant. Un désenchantement de taille qui, pourtant, a le mérite d’être une bonne adaptation téléphonique du jeu de base. Notamment via son gameplay – guider via des caméras de surveillance des PNJs à travers des couloirs sans qu’ils ne se fassent attraper par la créature – et la tension qui s’en dégage, avec l’Alien pouvant également nous attaquer à tout moment. Il est vrai qu’au vu de l’attente, la déception est bien présente. En se retrouvant avec un jeu aux limitations si caractéristiques à ce genre de support (faible durée de vie, graphismes mitigés, ensemble peu ambitieux…) au lieu d’une suite digne de ce nom, il est compréhensif que la frustration soit importante. Mais en l’état, Alien : Blackout reste un divertissement honorable qui devrait combler les fans d’Alien.

ALIEN : ISOLATION – DIGITAL SERIES

alien-isolation-digital-serie-xenomorph-foxAttention, il ne sera pas question ici du jeu vidéo sorti en 2014 sur nos consoles, mais de sa soi-disant adaptation. « Soi-disant » car vous allez voir que le projet s’est révélé être une bien belle arnaque ! À l’occasion donc des 40 ans du premier volet, 20th Century Fox était fier d’annoncer via le site IGN le lancement fin février d’une web-série d’animation de sept épisodes. Histoire d’accompagner la sortie du nouveau Blu-ray 4K du film de Ridley Scott (plus bas dans l’article). Réalisée par le français Fabien Dubois, l’idée avait de quoi séduire les fans de la première heure. Diffusée sur Youtube, cette mini-série les a très vite fait rager quant à sa piètre qualité et à son incroyable inutilité. En effet, la série digitale Alien : Isolation est un véritable doigt d’honneur à tous ceux qui espéraient y trouver une compensation suite à la stagnation actuelle de la saga. Un simple montage amateur des cinématiques du jeu mises bout à bout, qui donne l’impression d’avoir été fait par n’importe qui à partir de Movie Maker depuis son petit appartement. Un enchaînement de séquences saupoudré de quelques plans « inédits », créés pour l’occasion via une animation de moins bonne qualité que les cinématiques elles-mêmes, à savoir rigide et inexpressive (nous en revenons presque à l’époque de la PS2 !). Sans compter le format de l’ensemble, à savoir des épisodes d’une dizaine de minutes chacun, empêchant un quelconque développement de l’histoire ou bien du travail en lui-même. Un pur objet marketing sans ampleur et opportuniste comme c’est si souvent le cas lors d’un tel événement, mais qui avait rarement pris les gens pour des abrutis comme ça. La seule chose à retenir pouvant vous faire sourire, c’est de visionner cette web-série en ayant au préalable lu l’interview de Fabien Dubois accordée à Allociné (que vous trouverez ici). C’en est presque hilarant de voir à quel point le réalisateur parle de cet attrape-nigaud comme d’un projet hors-norme, alors que celui-ci ne vaut tout simplement rien. De l’argent jeté par la fenêtre sans ménagement, voilà ce qu’est Alien : Isolation – Digital Series ! Et si la curiosité vous en dit ou que la bande-annonce (ci-dessous) vous a donné envie, vous pouvez toujours trouver ces sept épisodes sur Youtube ou bien sur le site IGN.

ALIEN : ANTHOLOGY

Il y a de cela quelques mois, la Fox avait lancé un appel aux courts-métrages pour les 40 ans du premier film. En plus d’être un cadeau d’anniversaire pour les fans, ce projet avait pour but de relancer quelque peu la saga en perdition en mettant en avant de jeunes cinéastes ainsi que leur capacité à exploiter l’univers si emblématique de la créature. Sur 550 courts-métrages reçus, 6 ont été retenus par la Fox pour une diffusion via IGN et ce depuis le 29 mars dernier. L’occasion pour la rédaction du Mag du ciné de vous offrir ces petits films et l’impression qui s’en dégage. Petit détail à noter avant le visionnage : tout comme la saga principale, ces courts reprennent un élément marquant de celle-ci, à savoir mettre en avant une héroïne à l’instar de Ripley/Sigourney Weaver.

  • Alien : Containment (9 min 33), de Chris Reading ⇒ Coincés dans une capsule de sauvetage suite à la destruction de leur vaisseau, quatre survivants tentent de faire le point sur ce qui a bien pu se passer. Sans se douter que l’un d’eux est infecté… AVIS : Se sachant limité par son format (faibles moyens), ce court-métrage fait honneur à la saga. Sans toutefois lui apporter quoique ce soit en termes scénaristiques, Containment reprend ce qui faisait la force du film de Ridley Scott : la tension, la peur de l’inconnu (on ne voit quasiment pas le Chestburster malgré sa présence) et la claustrophobie. Sans oublier le décor unique, les costumes et les effets sonores, très fidèles à la franchise. Une bonne mise en mise en bouche pour cette série de courts-métrages !
  • Alien : Specimen (10 min 16), de Kelsey Taylor ⇒ Alors qu’elle poursuit son travail quotidien en examinant des échantillons de terre, une botaniste se retrouve bloquée dans son laboratoire, ce dernier s’étant mis en quarantaine à la suite de la détection d’une forme de vie inconnue… AVIS : Tout comme Containment, Specimen reprend les atouts phares du film originel en jouant sur la tension et l’obscurité pour un jeu du chat et de la souris efficace. Mais à la différence de son prédécesseur, Specimen se permet quelques effets spéciaux – de bonne qualité au vu du format titre – pour montrer le Facehugger du scénario. Offrant au court un aspect moins fan fiction.
  • Alien : Night Shift (9 min 18), d’Aidan Michael Brezonick ⇒ À la fermeture d’un bar de la colonie, un conducteur de vaisseau est retrouvé dans une ruelle, en pleine gueule de bois. Ramené dans un entrepôt, l’état du bonhomme va vite empirer, laissant une jeune recrue face à une créature assoiffée de sang… AVIS : Ayant le mérite d’explorer la vie de colons plutôt que de militaires et de scientifiques, Night Shift se révèle être toutefois le vilain petit canard de cette série de courts. Partant sur un postulat qui sent bon la comédie noire (une cuite…) et à la thématique déjà traitée par ses prédécesseurs (la naissance d’un Alien), Night Shift est mauvais en tout point. Mal joué, montage énervant (cet enchaînement de fondus au noir…), mise en scène sans impact, scénario et personnages sans intérêt… Le moment le plus intéressant est coupé par le générique de fin, c’est pour dire !
  • Alien : Ore (10 min 39), de Sam et Kailey Spear ⇒ Rêvant d’une vie meilleure pour elle et sa famille, une mineuse se retrouve confrontée à la mystérieuse mort d’un de ses collègues. Devant choisir entre la fuite et faire face à ses peurs en désobéissant à sa hiérarchie, elle devra faire ce qui est juste pour mettre sa famille en sécurité… AVIS : Après un Night Shift diablement fade, retour à la tension avec Ore, un court qui a la légitimité de présenter des personnages jamais vus dans l’univers Alien et de revenir à l’horreur pure – le Xénomorphe y apparait enfin dans sa forme « adulte ». Si l’ensemble est entaché par le mauvais jeu des acteurs, cela reste efficace, tendu voire même attachant quant aux traitement de son héroïne – toujours dans les limitations du format, cela va de soi.
  • Alien : Harvest (9 min 16), de Benjamin Howdeshell ⇒ Les survivants d’un récolteur spatial endommagé ont quelques minutes pour rejoindre le vaisseau de secours. Mais leur fuite est perturbée par la présence d’une terrible créature, qui terrorise l’équipage… AVIS : C’est sans aucun doute le court ayant le scénario le moins abouti. Mais en contrepartie, il s’agit du plus réussi en termes de mise en scène et d’efficacité. En seulement 10 minutes et avec les moyens du bord, Harvest parvient avec facilité à retrouver l’efficacité des fimls principaux en jouant à fond la carte de l’horreur et de la présence emblématique de l’Alien. Tout en usant des archétypes inhérents à la saga en seulement quelques secondes (dont la trahison de l’androïde). Sans aucun doute le plus prenant des six courts !
  • Alien : Alone (12 min 17), de Noah Miller ⇒ Le quotidien d’un androïde à la dérive dans l’espace, qui tente de revenir à la civilisation et d’exploiter pleinement le potentiel de la créature découverte à bord de son vaisseau… AVIS : Si Night Shift est le plus mauvais des courts, Alone peut facilement se présenter comme le plus frustrant. De par son parti-pris d’éviter l’horreur pour aller plus vers une sorte de thriller dramatique qui exploite pleinement le rôle des androïdes dans la saga sans toutefois se montrer efficace. Ce qui, pour les fans, risque de rappeler leur immense déception face à Prometheus et Alien : Covenant, de par son envie d’être intellectuel mais également dans sa vision de l’Alien, créature mythologique devenue simple monstre de second plan.

ALIEN : 4K ULTRA HD

alien-blu-ray-4k-ultra-hd-foxQui dit anniversaire dit forcément ressortie (DVD ou bien ciné) pour fêter cela ! Et Alien premier du nom ne déroge pas à la règle, étant donné que depuis le 24 avril dernier, le film est réapparu dans les bacs sous un format 4K Ultra HD (restauration orchestrée par Ridley Scott lui-même). Si les fans pourront pester sur le fait que cette nouvelle édition ne soit qu’une mise à niveau du Blu-ray de 2010 (également vendu dans la boîte) au niveau du son et du contenu du format, ils seront néanmoins ravis par le travail visuel apporté au film. En effet, les deux versions du film (Cinéma et Director’s Cut) ont subi un lifting non négligeable. Une restauration qui permet de découvrir le chef-d’œuvre de Scott sous un autre angle, via un étalonnage des couleurs plus subtil (le film apparait plus froid et réaliste, moins tape-à-l’œil) et un scan beaucoup plus immersif (récupération de portions d’images, bandes noires plus épaisses, cadrage quelque peu différent…). Ce qui permet au spectateur de littéralement redécouvrir le long-métrage, qui affiche pour le coup une netteté et une résolution digne de ce nom, comme peut en témoigner le comparatif fait par HD Numérique (voir vidéo ci-dessous). Pour rappel, cette remasterisation est aussi bien disponible en édition normale et que steelbook.

ALIEN3 : AUDIOBOOK

alien-3-comics-william-gibson-dark-horsesOutre les films de Ridley Scott et de James Cameron, le troisième volet de la saga réalisé par David Fincher est également devenu culte… mais pas pour les mêmes raisons que ses aînés. Ce n’est plus un secret pour personne : Alien3 fait partie de ces films ayant connu une production des plus chaotiques. Un projet qui a connu bien des déboires lors de son tournage (divergences entre le réalisateur et la production, scénario écrit au jour le jour, départ de plusieurs techniciens), de sa post-production (départ du réalisateur) et de sa pré-production. C’est d’ailleurs cette dernière qui nous intéresse ici, celle-ci ayant vu passer bon nombre de scénaristes, avec leur script respectif. Le plus connu étant celui concocté par Vincent Ward – en quelques sorte repris dans la version de Fincher sur pas mal de plans et séquences –, qui devait emmener le spectateur dans un monastère en bois en guise de station spatiale et apporter un vent de fraîcheur sur la saga (notamment via une ambiance très religieuse). Désormais, c’est la toute première version qui fait parler d’elle, celle de William Gibson (grand nom de la SF). Si l’année dernière nous apprenions que le scénario serait prochainement adapté en bande-dessinée chez l’éditeur Dark Horses (dans les bacs anglo-saxons depuis le 7 novembre dernier), nous savons qu’il sera également disponible et ce dès le 30 mai prochain en format audiobook avec la participation vocale de deux acteurs emblématiques de la franchise : Michael Biehn et Lance Henriksen. De quoi satisfaire les fans au plus haut point ! Pour rappel, ce script suivait les survivants du film de Cameron (Ripley, Newt, Hicks et Bishop) dans une station spatiale, dans laquelle ils se retrouvaient face à un groupe de résistants élevant en cachette des Xénormophes dans le but de se venger de la fameuse compagnie Weyland-Yutani. Une histoire aux relents de Guerre Froide remise au goût du jour !

ALIEN : FUTURE

Que va devenir la saga Alien par la suite ? Telle est la question que beaucoup de gens se posent aujourd’hui, aussi bien fans que cinéphiles. Car à l’heure actuelle, hormis les « gestes » énumérés tout au long de cet article, la célèbre série horrifique reste au point mort cinématographiquement parlant. C’était déjà le cas depuis que Ridley Scott avait repris les rênes en voulant imposer son Prometheus et son Alien : Covenant, mettant au placard l’Alien 5 que devait mettre en scène Neill Blomkamp (District 9, Elysium, Chappie). Une direction prétentieuse de la part du papa de Blade Runner qui n’a pas su trouver son public (critiques mitigées, score discutable de Covenant au box-office…), au point que cette nouvelle saga, dont les suites étaient prévues (dont un certain Alien : Awakening), semblent enterrées par la production – même si Scott annonça à maintes reprises y croire encore et travailler dessus. Suite à cela, des rumeurs ont vu le jour, comme quoi James Cameron reviendrait en tant que producteur pour redonner une seconde chance à Blomkamp et son projet. C’est ce qu’a laissé entendre le réalisateur de Terminator par un simple « J’y travaille, oui » au micro d’IGN pour la promotion d’Alita : Battle Angel, quant à son envie de contacter Blomkamp sur la question. Sans compter que depuis l’année dernière, il est également question d’une série, que produirait Ridley Scott et qui serait diffusée sur Hulu. Jusque-là, la seule information concrète que nous ayons provient du domaine vidéoludique avec un tout nouveau jeu vidéo actuellement en développement et pour le moment sans titre. Un retour au genre FPS mais à la manière de Destiny (selon les premiers dires), réalisé par les studios Cold Iron, qui verrait le retour du personnage d’Amanda Ripley (la fille de notre chère Sigourney).

alien-john-hurt-facehugger-foxMême si les spéculations et autres rumeurs n’ont cessé de voir le jour ces derniers mois, un facteur important vient d’entrer dans l’équation, quitte à tout remettre en question : le rachat de la Fox par Disney. Un fait médiatique qui n’est nullement passé inaperçu et dont le milieu cinématographique ne cesse de parler depuis près d’un an. Un événement pour le moins mal vu par le public, pensant voir disparaitre bon nombre des franchises phares du catalogue de la Fox. Voir ces dernières bafouées à jamais par l’image enfantine et mercantile du studio aux grandes oreilles, à l’instar de ce qu’est devenue la saga Star Wars pour beaucoup. Si l’opinion publique n’est décidément pas de leur côté ni les conséquences de ce rachat (plusieurs licenciements, des projets indépendants annulés à la pelle…), les studios Disney rassurent les fans quant au respect et à l’exploitation de ces franchises. C’est ce qu’a confirmé Emma Watts, ancienne boss de la Fox ayant gardé ses fonctions après le rachat, lors d’une convention, insistant sur le fait que cela concernait principalement quatre franchises : Avatar, Kingsman, La Planète des Singes et… Alien ! Suites ? Remakes ? Reboots ? Projet de Blomkamp remis au goût du jour ? Mise en chantier d’Alien Awakening ? Peu importe le format, la saga devrait revenir très prochainement et il nous tarde (ou pas) de découvrir ce que le tandem Disney/Fox nous aura concocté. Il ne reste plus qu’à espérer que cela soit plutôt pour le meilleur et non le pire.

Car en 40 ans d’existence, l’Alien aura su s’imposer d’entrée de jeu comme une figure emblématique du cinéma horrifique et SF. Une icône populaire et cinématographique qui traverse les âges et continue de le faire encore. Et ce même si certaines suites et produits dérivés l’auront esquintée en cours de route. Quoiqu’il en soit, profitons de cet anniversaire pour se replonger dans le film originel. Dans cet espace où personne ne nous entend crier. Bon anniversaire, cher Xénomorphe !

L’âme grecque : une trilogie Michael Cacoyannis chez Tamasa

Surtout connu pour la réalisation de Zorba le Grec en 1965, Michael Cacoyannis réalise dans les années 50 trois films passionnants : Le Réveil du dimanche (1954), La Fille en noir (1956) et Fin de crédit (1958), tous trois portés par l’emblématique comédienne Ellie Lambeti. Une trilogie somptueuse complétée par un documentaire consacré au réalisateur grec.

Une Grèce entre ombres et lumière
Avec ces longs panoramiques sur Athènes (Le Réveil du dimanche) ou ces cavalcades d’enfants dans les rues d’un petit village côtier (La Fille en noir), on perçoit que le rapport de Cacoyannis à son pays est aussi affectueux qu’il est lumineux. Comme chez Garcia Lorca les destins des personnages se jouent sous un soleil aveuglant. « Avec une telle lumière aucun mensonge ne peut avoir ici sa place » fait remarquer Pavlos un des touristes de La Fille en noir. Pourtant la suite le détrompera dans ce village d’Hydra ou rumeurs et non-dits sont de mise.
De fait, en 1950, la Grèce sort de trois années de guerre civile qui l’ont laissée socialement fracturée et économiquement exsangue. Le pays est à l’aube d’une profonde transformation du fait de la pauvreté et de l’exode rural. Quant à la bourgeoisie dépeinte dans Fin de crédit, elle est aux abois et s’enferme dans un déni de la réalité. Pour elle aussi c’est la fin d’une époque.  A un autre niveau, le tourisme de masse achèvera de transformer les paysages. Ainsi, les petits ports tranquilles, les plages désertes et les collines romantiques que Cacoyannis met sur pellicule sont-ils en sursis. Comme Jacques Tati montrant une France d’une autre époque, la trilogie de l’Âme grecque nous offre l’image d’un paradis perdu. Une carte postale charmante mais surannée.

Comédie américaine ou tragédie grecque
Dans Le Réveil du dimanche, comédie oblige, le regard se fait malicieusement ironique. Dès l’ouverture du film, une voix off vante d’abord le chant d’un coq qui n’a, pour de vrai, rien de mélodieux puis le doux bruit d’un tram en réalité affreusement grinçant. Ce procédé humoristique qui fait se contredire paroles et images pose d’emblée le ton tendrement sarcastique du réalisateur grec envers ses concitoyens. S’ensuit  un scénario à la « je t’aime, moi non plus » où les deux tourtereaux, Mina et Alexis, rivalisent d’intelligence pour ne rien concéder à l’autre – ils revendiquent tous les deux la propriété d’un même billet de loto gagnant – tout en ménageant la possibilité d’une réconciliation amoureuse. Tous les ingrédients d’une comédie à l’américaine.
A l’opposé, La Fille en noir et Fin de crédit (Dernier mensonge pour le titre original) relèvent de la tragédie grecque. On pense à l’Iphigénie d’Euripide ou d’autres héroïnes grecques comme Andromaque ou Phèdre lorsque Marina renonce à sa liberté d’aimer pour satisfaire aux exigences d’une société corsetée par la religion et les traditions locales. Ou lorsque Chloé (Fin de crédit) se force à aimer un homme richissime mais qui l’indiffère uniquement dans le but d’épargner à sa famille la honte de la dégringolade sociale.

Des personnages ciselés, des femmes de caractère
Car la grande force des films de Cacoyannis réside dans la complexité de ses personnages qu’ils soient principaux ou secondaires comme l’excellent Giorgos Papas. Mais ce sont surtout les personnages de femmes qui interpellent. Domestique ou grande bourgeoise, sœur ou confidente, les femmes chez le réalisateur grec sont les véritables moteurs de l’histoire. Et parmi elles, celle qui incarne les trois rôles principaux de la trilogie, l’extraordinaire Ellie Lambeti. Jouant la candeur juvénile aussi facilement que sensualité aguicheuse, elle irradie littéralement chacun des trois films dans des registres différents. Ne serait-ce que pour elle, cette trilogie Lambeti mérite amplement le détour.

A découvrir ou redécouvrir.

Sortie en DVD Digipack le 7 mai 2019

– En versions restaurées :
LE RÉVEIL DU DIMANCHE – Grèce – 1954 – 1h35 – N&B – VOSTF
Mina, une jolie vendeuse au caractère indépendant et déterminé, achète un billet de loterie qu’elle se fait dérober à la plage.
Alexis, jeune musicien désargenté, se retrouve en possession du billet acheté à un gamin des rues. Il décide d’aller retirer son lot…

LA FILLE EN NOIR – Grèce – 1956 – 1h41 – N&B – VOSTF
Paul, un jeune écrivain en panne d’inspiration, prend des vacances avec son ami Antoni, sur l’île d’Hydra. Ils logent chez une veuve désargentée qui vit avec sa fille Marina et son petit frère.
Paul s’amuse de la naïveté de Marina mais le jeu va évoluer…

FIN DE CRÉDIT – Grèce – 1958 – 1h41 – N&B – VOSTF
Chloé découvre que sa riche famille est endettée jusqu’au cou.
Elle décide de charmer un millionnaire pour l’épouser.
Bientôt, elle est tiraillée entre vivre un mensonge et conserver ses apparences, jusqu’à perdre lentement sa joie de vivre…

DVD 4 :
·LE RÉVEIL GREC, un film de Marion Inizan, 1h15

Ce documentaire retrace les premières années de carrière de Michael Cacoyannis et replace les films dans leur contexte mettant en évidence leur modernité. Costa Gavras, Leonidas Embirikos, Pános H. Koútras, Angeliki Papoulia, Yorgos Arvanitis, Costas Ferris et d’autres…, témoignent de l’influence de Michael Cacoyannis sur eux et combien son héritage reste présent.
· Livret 20 pages illustrées
– Film annonce

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