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Festival de Cannes 2018 : ces grands films oubliés des récompenses cannoises

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Le 8 mai prochain, le 71ème festival de Cannes ouvrira ses portes pour notre plus grand plaisir. C’est maintenant gravé dans le marbre, Cannes, depuis de nombreuses années, a toujours eu cette faculté à pouvoir haranguer les foules et à déchaîner les passions. Festivaliers, critiques voire même membres du jury ont toujours eu pour habitude de s’écharper à propos de leur petit favori ou à propos de leur chouchou de la compétition. Pourtant, malgré l’effervescence naissante, l’ébullition qui accompagne ce festival, de nombreux films sont repartis bredouilles de la compétition.

Incompris, contexte cinématographique, pauvreté de la sélection, prise de recul avec le temps qui passe, mauvaise foi incurable, jury frileux, jalousie entre artiste, divergence de pensée, toute raison est opportune pour écarter un film de la course à la Palme d’Or. Cependant, de très grands films ont été récompensés (Paris Texas, Apocalypse Now, Pulp Fiction etc…) mais malheureusement d’autres sont restés dans l’ombre de la Palme d’Or et des autres prix, et sont passés à travers les mailles du filet. Petit florilège, subjectif et non exhaustif (on pense à certains Hitchcock ou certains films d’Alain Resnais), de ces « grands » noms qui auraient mérité selon nous d’être récompensés.

The Neon Demon de Nicolas Winding Refn et Elle de Paul Verhoeven (2016)

Cette sélection 2016 avait du mordant et était imprégnée de ce petit souffle de noirceur qui fait frétiller les sens. Pourtant le président du jury qu’était George Miller a préféré rester confortablement dans ses chaussons et assurer le coup en donnant la palme d’Or à Ken Loach pour l’un des films mineurs de sa filmographie. C’est d’autant plus dommageable que tapaient à la porte de la compétition des films autres, différents, moins connotés socialement mais plus perspicaces dans leur manière d’appréhender le cinéma et ses genres : le carnivore et outrancier The Neon Demon avec ses gravures de mode mortifères ou le blafard et malicieusement pervers Elle incarné par une Isabelle Huppert au sommet. On peut même s’interroger sur le prix de la mise en scène décerné à Personnal Shopper alors que Park Chan Wook écrasait la compétition avec son sens de l’esthétique picturale dans Mademoiselle. Le palmarès de cette année 2016 n’a pas forcément été à la hauteur de sa sélection et c’est le moins que l’on puisse dire.

Holy Motors de Leos Carax et Mud de Jeff Nichols (2012)

Un an avant la sacre monstrueux, fédérateur et fabuleux de La Vie d’Adèle, un autre grand film français avait monté les marches du festival de Cannes. Iconoclaste, amoureux du cinéma et de ses acteurs, introspection sur l’imaginaire même de l’image, Holy Motors avait électrisé tout un peuple cinéphile. Pourtant, Nanni Moretti et les autres membres du jury en ont décidé autrement avec un palmarès mettant en lumière des habitués des récompenses tels que Ken Loach, Cristian Mungiu, Carlos Reygadas et surtout la palme d’Or qui a été donnée à Michael Haneke avec son film Amour. Ce n’est pas que l’on soit chauvin ni quoi que ce soit d’autre mais comme en 2016, ce palmarès manquait de panache, d’imagination et de fraîcheur en oubliant, de par ailleurs, l’incompris mais non moins incroyable Cosmopolis de David Cronenberg et le récit initiatique américain Mud de Jeff Nichols.

L’Apollonide : Souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello (2011)

Il y a des années comme ça où il est difficile voir net. Robert de Niro et toute son équipe ont dû salement se triturer les méninges pour choisir qui récompenser tant la sélection semblait forte, diverse et dense. Entre The Tree of Life, Drive, The Artist, Melancholia, Habemus Papam, La piel que Habito, We need to talk about Kevin, et l’emphatique Polisse, cette édition avait une sacrée gueule. Malgré cette bave que nous avions tous aux lèvres, et l’immensité du film de Terrence Malick, c’est l’œuvre de l’un des meilleurs réalisateurs français de sa génération, Bertrand Bonello, qui a retenu notre attention avec sa poésie féministe et sa splendeur politique. Avec son bordel de prostituées au début du XXème siècle, l’iconique L’Apollonide a été l’une des grandes claques de ce festival de Cannes 2011 avec le Drive de Nicolas Winding Refn. Dommage qu’il n’ait pu se faire une place autour de tous ces mastodontes.

Two Lovers de James Gray (2008)

James Gray et le festival de Cannes, c’est une drôle d’histoire, qui git entre l’amour et la haine, l’admiration et l’incompréhension. Comme The Yards et même La Nuit nous appartient, un an plus tôt, Two Lovers se fera siffler, huer par une partie du public et de la critique qui ne comprenait pas que James Gray puisse arpenter le tapis rouge de Cannes en sélection officielle. Pendant que Sean Penn et son jury couronnait Entre les Murs à la Palme ou Il divo de Sorrentino au prix du jury, l’œuvre de James Gray, sublime histoire d’amour contemporaine et réelle tragédie universelle, sera la énième preuve que James Gray, l’un des plus grands cinéastes américains de notre époque, est un maudit du festival de Cannes.

Zodiac de David Fincher et No country for old men de Joel et Ethan Coen (2007)

En cette année 2007, le cinéma américain était à l’honneur lors de ce festival de Cannes, avec Fincher, James Gray, les frères Coen, Tarantino, Gus Van Sant et même le premier film américain de Wong Kar Wai. Que du beau du monde pour représenter le cinéma d’outre Atlantique. Sauf que le jury présidé par Stephen Frears ne récompensa, côté américain, que Paranoid Park de Gus Van Sant. Peut-être trop classique dans leur approche, ou pas assez « cannois » dans leur dialectique de cinéma hollywoodien, et malgré la concurrence du très beau La Forêt de Mogari de Naomi Kawase ou de Persepolis de Marjane Satrapi, la sobriété de la mise en scène de Fincher accompagnée de sa magnifique réflexion sur l’information et sa réappropriation du genre de l’enquête aurait dû taper dans l’œil du jury. Malheureusement non. Certes les frères Coen avaient déjà été palmés avec Barton Fink, mais David Fincher aurait pu, aurait dû être récompensé pour ce qui est l’un de ses meilleurs films.

History of Violence de David Cronenberg et Three Times de Hou Hsia Hsien (2005)

Dans une sélection officielle hétéroclite, allant de Wim Wenders à Jim Jarmusch, de Johnnie To à Haneke, le festival de Cannes avait une nouvelle fois fière allure. Alors que le festival donnera sa palme d’Or aux frères Dardenne et son prix du jury à Wang Xiaoshuai, Emir Kusturica et ses acolytes oublièrent malheureusement deux tours de force de cette compétition 2005 entre cette tragédie d’une Amérique ensanglantée de David Cronenberg qui était d’une puissance formelle inégalée et la bouleversante rêverie temporelle et mélancolique du multi récompensé Hou Hsia Hsien, maître dans l’art de la mise en scène.

Dogville de Lars Von Trier (2003)

Avant d’être considéré comme personna non grata au festival puis de revenir de manière fracassante cette année 2018 avec son film de serial killer, en hors compétition, Lars Von Trier avait déjà arpenté les marches du tapis rouge. Le danois est un habitué de la croisette, étant même auréolé de la Palme d’Or en 2000 avec le sublime Dancer in the Dark. On imagine que cela a dû jouer dans l’esprit du jury présidé par Patrice Chéreau cette année-là. Mais durant cette édition, un peu faible, allant du magnifique (Elephant Palme d’Or ou Les invasions barbares ou même Tiresia de Bertrand Bonello) au ridicule (The Brown Bunny), on a du mal à comprendre comment Dogville avec son dispositif artistique fascinant et sa noirceur légendaire n’a pas su se hisser dans le palmarès 2003.

Irréversible de Gaspar Noé (2002)

Oui, on sait. On la connait déjà l’histoire. Insultes, scandale, vociférations, une pluie d’excréments s’est abattue sur la salle lors la projection du film du venimeux et scandaleux Gaspar Noé, devenu le vrai vilain petit canard de Cannes. Certes, au regard de la compétition, il y avait du monde qui se bousculait au portillon et il était évident que cette réalisation française allait se faire rejeter. Mais, on est obligé d’avoir un petit regret que ce film-là, aussi dur et vaniteux qu’il soit, n’ait pas été récompensé. Film coup de poing, rape and revenge à l’envers, folie esthétique, Irréversible a marqué le festival de son empreinte maléfique. Récompense ou pas.

L’été de Kikujiro de Takeshi Kitano (1999)

Il était difficile de se faire une place au soleil dans cette édition du festival de Cannes de 1999, car David Cronenberg donnera quasiment toutes les récompenses à deux films, français qui plus est : à celui de Bruno Dumont L’Humanité et à Rosetta des frères Dardenne. Pas moins de 5 récompenses pour ces deux seuls films. Malheureusement, deux films sont passés entre les gouttes alors que la malice aussi mortifère que rigolarde sur le monde adulte et le souvenir de l’enfance du road movie de Kitano ou la jungle urbaine et mutique de Jim Jarmusch avec Ghost Dog n’auraient pas démérité. Tous deux proposaient des idées de cinéma bien particulières. Mais David Cronenberg, on le comprend, tombera éperdument amoureux du cinéma de Bruno Dumont.

Dead Man de Jim Jarmusch (1995)

Il est difficile de ne pas tomber amoureux de Dead Man de Jim Jarmusch : ce western aux relents de road movie qui galope vers la mort, teinté d’un noir et blanc somptueux. Le jury de cette année 1995 fera preuve d’une certaine modernité, avec le prix de la mise en scène à La Haine de Matthieu Kassovitz. Sauf que, dans le même temps, il aurait été préférable de voir le Jarmusch en prix du jury en lieu et place du bancal deuxième film de Xavier Beauvois.

Basic Instinct de Paul Verhoeven et Twin Peaks Fire walk with me de David Lynch (1992)

Avec Gérard Depardieu, Jamie Lee Curtis et Pedro Almodóvar, on pouvait s’attendre à un palmarès fulgurant, bringuebalant, subversif et enflammé. Bonne pioche car ce festival de Cannes a beaucoup fait parler de lui en dehors des salles obscures : le balbutiant mais fascinant Basic Instinct et le mythique jeu de jambe de Sharon Stone ou la critique vaporeuse et névrosée de David Lynch au puritanisme américain étaient en adéquation totale pour embraser les marches du festival de Cannes. Malheureusement oui et non.  Malgré, certaines critiques acerbes concernant Basic Instinct, Sharon Stone gagnait le rang d’icône grâce au festival et à ce film, qui deviendra lui-même culte par la suite. David Lynch avait lui aussi connu un sort douteux, entre haine et incompréhension, sifflets et huées, deux ans après avoir gagné la Palme d’Or avec Sailor and Lula. Mais Twin Peaks reviendra par la grande porte en 2017 au festival de Cannes.

Van Gogh de Maurice Pialat (1991)

Cette année, Barton Fink des frères Coen et Europa de LVT ont tout raflé et ont laissé des petites miettes aux autres Jacques Rivette et Spike Lee. Pour Maurice Pialat, sa relation avec le festival de Cannes est en montagne russe. Revenu bredouille en 1970 alors qu’il avait présenté son magnifique Les choses de la vie, il gagna l’une des palmes les plus controversées avec le froid et mutique mais non moins passionnant Sous le Soleil de Satan en 1987. Avec Van Gogh, et un sublime Jacques Dutronc, ce portrait intime et poignant d’un artiste aurait mérité les honneurs du festival tant l’âpreté et l’humanisme du réalisateur se faisaient de nouveau ressentir.

La porte du Paradis de Michael Cimino (1981)

Certes, la compétition était rude, acharnée même. Entre le film de Andrzej Wajda, celui d’Alain Tanner, l’incroyable Possession de Andrzej Żuławski et bien d’autres, Michael Cimino avait fort à faire. Mais avec le temps de la réflexion, le fait que son film ne soit pas récompensé est l’un des plus grands mystères du festival de Cannes. Mais à l’époque, cette fresque historique aussi bouleversante que grandiloquente fut méprisée, vilipendée, elle a été un immense flop au box office et a presque ruiné la carrière du réalisateur. Le temps donnera heureusement raison à Michael Cimino.

WALKABOUT de Nicolas Roeg (1971)

Entre le film de Joseph Losey, Johnny s’en va-t-en guerre de Dalton Trumbo, Le Souffle au cœur de Louis Malle, Mort à Venise de Luchino Visconti et Panique à Needle Park de Jerry Schatzberg, la compétition était déjà remplie à ras bord. Mais ne pas voir le trip transcendantal et psychédélique de Nicolas Roeg qui jonglait vers les horizons d’un Jodorowsky est une véritable déception tant le film de l’australien est tout ce que peut regrouper le festival de Cannes dans sa singularité et son foisonnement d’idées.

Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda (1962)

Les grands noms étaient au rendez-vous cannois à l’image de Robert Bresson, Luis Buñuel et Antonioni ou autres Otto Preminger. Mais sous cette avalanche, c’est le film d’Agnès Varda qui émerveilla le festival en racontant l’errance d’une jeune femme en proie au doute quant à son avenir et son état de santé défaillant. Un doux poème de la nouvelle vague.

Le Trou de Jacques Becker (1960)

On ne va pas se le cacher. Le Trou se retrouvait dans la même compétition que La Dolce Vita de Fellini et L’Avventura d’Antonioni. Pas évident de tenir la dragée haute à ces deux films qui sont devenus des monuments du cinéma. Pourtant le film de prison de Jacques Becker, avec sa minutie dans la captation de l’espace à l’instar d’Un condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson, son humanité et la noblesse de ses dialogues, est un chef d’œuvre du cinéma français.

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