Alien : Covenant, un film de Ridley Scott : critique

Dans l’espace personne ne vous entendra crier. Plus de 38 ans après le premier opus, Ridley Scott reprend la main sur l’univers Alien, après son peu convaincant Prometheus. Alien : Covenant ne répond aucunement au grand retour que les fans espéraient et s’avère être une oeuvre décevante, affaiblie par l’ego de son réalisateur.

Réconcilier les fans de la saga avec l’univers d’Alien. Tel était l’objectif de Alien : Covenant. Après le décevant Prometheus, Ridley Scott devait se réapproprier sa création tout en faisant le pont entre le prequel et le premier film. Dans ce ton, Alien : Covenant reprend les thématiques métaphysiques au cœur de Prometheus tout en se structurant sur la recette bien ficelée de la tétralogie. Ridley Scott déclarait vouloir livrer cette recette pour les cinéastes futurs à travers Alien : Covenant, mais pourtant les ficelles de la saga n’avaient pas besoin de plus de pellicules pour être connues de tous, surtout pas après cinq films et deux spin-offs. Le long-métrage de Ridley Scott apparaît donc comme une œuvre semi-ratée symptomatique d’un auteur qui n’arrive pas à abandonner sa création.

liencovenant-film-michaelfassbender-walter-androideTout commence pourtant très bien. La scène d’ouverture confrontant l’androïde David et son créature est un pur plaisir esthétique soulignant le talent pictural de Ridley Scott. La première partie du film sera à cette image, enchaînant de très beaux tableaux à la fois à l’intérieur du vaisseau ou à l’arrivée de l’équipage sur la mystérieuse planète. Ridley Scott applique encore et toujours un grand soin à la composition de ces plans, replaçant le réalisateur comme peintre d’une grande fresque de science-fiction. Le génie de sa mise en scène s’arrêtera là. A travers sa caméra, Ridley Scott n’arrive plus à instaurer une peur face au spectateur et peine à créer une sensation d’urgence lors des séquences d’action. La patte scotienne s’efface derrière un traitement de studio extrêmement classique. En somme, le film ne fait pas peur. Un comble pour une saga qui s’est fondée sur la terreur des spectateurs que personne ne peut entendre crier.

Frankenstein ou le Prométhée moderne

aliencovenant-film-michaelfassbender-david-androide-critique-cinemaLe principal défaut du film est la mythologie que Ridley Scott s’efforce de développer. Aux premiers abords, on ne peut reprocher à une saga de se réinventer. De plus, la tétralogie Alien a été une succession de nouvelles visions sur un même produit brut. Malheureusement Alien : Covenant reprend le modèle des autres films pour rien n’y ajouter de transcendant. Le xénomorphe, figure emblématique du cinéma d’horreur, n’est aussi qu’une bête secondaire présente que pour diminuer l’effectif de l’équipe. Iconiques à aucun moment, les apparitions de la créature n’ont aucune saveur et apparaissent comme une suite d’exécutions mécaniques. Dans la lignée de Prometheus, Ridley Scott tente de répondre à des questions que personne ne se posait à part lui. Les révélations de la création du xénomorphe n’auront que pour but de démystifier une créature, adorée pour son aspect mystérieux et littéralement extra-terrestre. Dévoiler les origines bancales du monstre revient à déconstruire son mythe. Ridley Scott souffre du symptôme Georges Lucas : celui de l’auteur maudit dépassé par son oeuvre. De ce fait, Alien : Covenant fait le portrait d’un réalisateur à l’ego si grand qu’il n’accepte pas l’idée que l’enfant qu’il a crée ne lui appartient plus totalement.

Alien est finalement l’androïde de Ridley Scott. Un androïde qui ne demande qu’à s’émanciper de son dieu. Tout le propos autour de la colonie et l’avenir de l’humanité développé par le personnage de David reflète toute la dualité que doit affronter le réalisateur. Ridley Scott se retrouve face à deux options : choisir d’abandonner son enfant à d’autres sans le saccager d’avantage ou persister à développer une vision qui n’a plus le droit à une seconde chance. D’ailleurs, Alien : Covenant est parsemé de réflexions autour du concept de création et divinité, malheureusement toutes ces pensées peinent à s’inscrire solidement dans la trame narrative du film. La dernière partie ne se retrouve être qu’une séquence d’action vue et revue, au lieu de l’aboutissement des intentions métaphysiques du film. Le long-métrage n’est pas aidé par une ribambelle de personnages oubliables et peu charismatiques. L’équipage ne fait que poursuivre des décisions toutes plus incohérentes les unes entre les autres. Seuls les androïdes sont développés et offrent les rares dialogues intéressants.

Le vrai méchant du film c’est David. Peut-être que tout comme lui, Ridley Scott doit accepter de laisser voguer sa colonie dans l’espace, avec le risque qu’elle soit dévorée par des xénomorphes plus malveillants que lui.

Alien : Convenant – Bande-annonce

Alien : Covenant : Fiche technique

Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Michael Green, John Logan et Jack Paglen
Interprétation : Michael Fassbender (David, Walter), Katherine Waterston (Daniels), Billy Crudup (Oram), Danny McBride (Tennessee), Demian Bichir (Lope), Jussie Smollett (Ricks), Amy Seimet (Faris), Callie Hernandez (Upworth)
Photographie : Darius Wolski
Chef monteur : Pietro Scalia
Compositeur : Jed Kurzel
Chef décorateur  : Victor J.Zolfo
Chef costumier : Janty Yates
Producteurs : David Giler, Walter Hill, Mark Huffam, Michael Schaefer et Ridley Scott
Production : Brandywine Productions, Scott Free Productions et TSG Entertainment
Société de distribution : 20th Century Fox
Genre : Horreur, Science-fiction
Durée : 122 minutes
Date de sortie : 10 mai 2017

France – 2017

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