Joëlle Moulin est diplômée de l’École du Louvre et docteure en Histoire de l’art. Dans un « beau-livre » réédité par Citadelles & Mazenod, elle analyse les liens souvent étroits entre le cinéma et la peinture.
De tout temps, la peinture n’a cessé d’être injectée dans le cinéma. C’est Alfred Hitchcock plaçant Norman Bates, le héros de Psychose, dans la Maison au bord de la voie ferrée d’Edward Hopper. C’est Vincente Minnelli parcourant l’Europe pour s’immerger dans les paysages de Vincent Van Gogh et employant une pellicule désuète pour obtenir les variétés de tons escomptées. C’est Akira Kurosawa s’inspirant des estampes japonaises ou du Bain à la Grenouillère de Claude Monet. C’est Woody Allen, Orson Welles ou Alfred Hitchcock (via ses célèbres caméos) s’adonnant à des autoportraits rappelant, pour des raisons évidentes, l’art pictural. C’est Jean Renoir influencé par l’impressionnisme de son père Auguste – Boudu sauvé des eaux cite Les canotiers à Chatou quand Elena et les Hommes en fait autant avec la Blonde à la rose. C’est Fritz Lang baignant ses films dans les eaux évocatrices du romantisme ou de l’expressionnisme allemand. C’est une fascination pour le portrait (ou le tableau) exprimée chez Fritz Lang, Luchino Visconti ou Albert Lewin. La fondatrice et transversale Arrivée d’un train en gare de La Ciotat ne marche-t-elle pas dans les pas du Train dans la neige de Claude Monet ? Un siècle plus tard, David Lynch, venu de la peinture, ne reproduit-il pas les bouches meurtries et déformées de Francis Bacon ? Son ambition se fond dans la réalisation de tableaux en mouvement. Et si ses peintures n’investissent pas directement l’écran, elles irriguent chaque idée de cinéma et concourent à donner un sens pictural – et cubiste – à des films volontiers oniriques et mystérieux.
Avec son grand format (24 x 32 cm), ses illustrations en couleurs et sa jaquette rhodoïde transparente, Cinéma et peinture est un « beau-livre » particulièrement immersif. Il fait la part belle à l’art dans une logique de toile-écran parfaitement servie par les images comparatives qu’il intègre. Le lecteur peut ainsi considérer l’influence de la Hudson River School et des paysages vertigineux de Thomas Cole sur les westerns de John Ford, celle de Vittore Carpaccio et Thomas Gainsborough respectivement sur Orson Welles (pour les costumes d’Othello) et Stanley Kubrick (pour ceux de Barry Lyndon), celle de George Grosz sur Les Damnés de Luchino Visconti ou encore celle du Nouveau Réalisme sur Clint Eastwood. En plus de Vincente Minnelli, Vincent Van Gogh a fait l’objet des attentions d’Akira Kurosawa (les promenades oniriques et le musée imaginaire de Rêves) et de Maurice Pialat, dont la principale préoccupation fut de montrer le tempérament de l’artiste peintre (son film s’ouvre d’ailleurs sur une main nerveuse en train de peindre).
Joëlle Moulin nous rappelle également l’emprise grandiose des expressionnistes sur des pans entiers du cinéma : Orson Welles, Fritz Lang, Robert Wiene, Friedrich Wilhelm Murnau ont tous habillé leurs images d’ombres et de contrastes lumineux saisissants. Lang, Murnau et Wiene ont par ailleurs façonné des univers de perdition annonciateurs du cinéma d’horreur. On trouve chez eux des sujets proches de ceux des peintres de la Nouvelle objectivité contemporaine – eux-mêmes découlant de l’expressionnisme. Otto Dix, George Grosz ou Egon Schiele exercent une influence considérable sur le cinéma allemand des années 1920-1930. Ce ne sont toutefois pas les seuls peintres dont les toiles se répercutent sur pellicule. Le Cabinet du docteur Caligari semble redevable au dessinateur autrichien Alfred Kubin, tandis que la Cathédrale de Lyonel Feininger (1919) et La Danse des ombres de Samuel van Hoogstraten (1615) s’avèrent troublantes de ressemblance avec Metropolis etM le maudit, de Fritz Lang.
L’influence peut être assumée ou inconsciente, épisodique ou permanente, directe ou détournée. Si le chef décorateur Robert Boyle avoue avoir projeté Le Cri d’Edvard Munch dans Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, les choses sont moins évidentes avec L’Île des morts d’Arnold Böcklin et le château de Citizen Kane, voire entre Frederic S. Remington et les réalisateurs de westerns (même si certains d’entre eux, à l’instar de John Ford, le citent assez clairement). Le rapport à l’image est certainement aussi essentiel pour le peintre que pour le cinéaste : Sydney Pollack filme Jeremiah Johnson en Panavision pour rendre indissociables personnages et paysages ; Charlie Chaplin invente le premier homme-image avec Charlot ; Citizen Kane met à profit les grands angulaires et la profondeur de champ ; les artistes du Bauhaus parlent d’art total quand Wim Wenders perçoit une forme d’idéal dans le Voyage à Tokyo de Yasujirō Ozu.
Edward Hopper, gratifié à lui seul d’un chapitre entier, illustre à merveille les considérations communes que partagent le peintre et le cinéaste, ce qui explique probablement qu’on le retrouve chez Alfred Hitchcock (Psychose), Woody Allen (Manhattan, Vicky Cristina Barcelona) ou Wim Wenders (Paris, Texas). D’un bout à l’autre de son ouvrage, Joëlle Moulin cherche précisément à mettre en lumière ces « considérations communes » qui, plutôt que de montrer un septième art en plein bégaiement pictural, font état des glissements incessants entre la peinture et le cinéma, dans une réinterprétation perpétuelle de l’image. Il y a là une science inépuisable qu’on ne fait évidemment qu’effleurer.
Cinéma et peinture, Joëlle Moulin Citadelles & Mazenod, septembre 2019, 272 pages
Avec Certains l’aiment chaud réalisé en 1959, Billy Wilder poursuit une thématique entamée avec les films noirs que furent notamment Assurance pour la mort (1944) et Boulevard du crépuscule (1950) : l’exploration de l’âme humaine, de ses égarements et de ses faiblesses. Réunissant un casting de premier ordre, le réalisateur américain joue sur les genres aux deux sens du terme, parodiant les codes cinématographiques et jouant sur l’identité sexuelle des personnages. Une audacieuse et réjouissante comédie.
Les codes du film de gangster
Le film s’ouvre sur une séquence digne des plus purs films noirs. 1929, Chicago en pleine période de prohibition. Quatre armoires à glace veillent sur un cercueil à l’arrière d’un corbillard. Leur destination : un magasin de pompes funèbres. La police, qui prend en chasse le convoi mortuaire, ne s’y trompe pas. Quelques coups de freins et mitraillettes plus tard, les masques tombent : du whisky plein le cercueil et un tripot clandestin caché entre les murs de l’honorable boutique. Le décor est planté, celui du film de gangsters avec ses parrains (à pompes funestes), ses truands aux trognes de molosses et ses flics incorruptibles. Mais loin du sérieux d’un véritable film noir comme Scarface (1932), auquel certaines scènes de Some like it hot se réfèrent directement, on sent poindre dès l’introduction un ton ironique qui annonce la comédie à venir.
Duperies à tous les étages : parodie et subversion
Si Certains l’aiment chaud commence comme une caricature de film de gangsters, ce film est aussi pour Billy Wilder l’occasion de parodier la comédie américaine. Ainsi, les personnages principaux, Joe (Tony Curtis) et Jerry (Jack Lemmon), deux modestes musiciens contraints à se travestir pour échapper à la pègre, rappellent le fameux duo burlesque de Laurel et Hardy. L’histoire avec ses quiproquos permanents et rebondissements multiples s’inscrit dans la lignée les grandes comédies de Capra. Non seulement pour les éclats de rire qu’elle provoque mais également pour cette lecture à double niveau qui caractérisait les films du réalisateur de La vie est belle. Mais avec le scénario qu’ils cosignent, Billy Wilder et I.A. Diamond vont plus loin encore, faisant preuve de transgression ou pour le moins d’audace morale. Outre la trame principale qui met en scène deux travestis, un milliardaire érotomane et une blonde alcoolo, le film fait la part belle aux petites lâchetés individuelles. Il s’agit pour les tous les personnages de désobéir (à la sévère meneuse de troupe Mlle Sue), de s’amuser, de boire et de séduire. Et peu importe s’il faut en passer par les mensonges et les retournements de vestes (et de robes) en tous genres. Une véritable comédie de la subversion.
Nobody’s perfect
Le film est en grande partie célèbre pour le trio de stars qu’il réunit : la classe de Tony Curtis, l’exubérance de Jack Lemmon et les chansons de poupoupidou Marylin Monroe contribuent au charme de ce chef d’œuvre. Mais comme souvent dans les films de cette période, ce sont les seconds rôles qui apportent le petit plus. La palme du personnage le plus hilarant revenant à l’extraordinaire Osgood Feeling III (Joseph Evans Brown), un milliardaire qui non content d’avoir divorcé huit fois jette son dévolu sur un de nos deux travestis. Ce qui lui vaudra une des répliques les plus célèbres du cinéma : « Well …nobody’s perfect ». Une formule polysémique qui renvoie aux fragilités des personnages du film, mais également aux acteurs hollywoodiens eux mêmes : l’adorable Marilyn ayant en réalité fait subir au reste de l’équipe ses caprices de star durant tout le tournage, et le grand Sinatra ayant refusé le rôle de Jerry/Daphné au prétexte qu’il ne pouvait se résoudre à jouer un homme déguisé en femme. Bref, nul n’est parfait !
Bande annonce : Certains l’aiment chaud
Fiche technique :
Titre original : Some Like It Hot
Titre français : Certains l’aiment chaud
Réalisation: Billy Wilder
Scénario : Billy Wilder et I.A Diamond
Musique : Adolf Deutsch
Décors : Edward G. Boyle
Costumes : Bert Henrikson et Orry-Kelly
Photographie : Charles Lang Jr
Société de production: Ashton Productions,Inc. Mirisch Company
Société de distribution : United Artists Corporation
En partie inspiré du conte d’Andersen, signé par les talentueux Michael Powell et Emeric Pressburger, Les Chaussons rouges revisite avec brio l’univers du spectacle filmé pour mieux se transformer en hommage vibrant au septième des arts.
Synopsis : Le soir de la première de Cœur de feu, le célèbre imprésario Boris Lermontov – directeur de la prestigieuse troupe de ballet qui porte son nom – fait la connaissance de Victoria Page, une danseuse qui le persuade de l’engager. Dans le même temps, il embauche un jeune compositeur, Julian Craster, qui était venu se plaindre de plagiat. Intransigeant, Lermontov dirige ses employés d’une main de fer, exigeant d’eux qu’ils se vouent entièrement à leurs carrières. Lorsqu’il annonce son nouveau ballet, Les Chaussons rouges, inspiré du conte d’Andersen, il s’agit d’un projet d’une ampleur sans précédent : Craster le composera, Page le dansera ; ils deviendront des vedettes internationales, à condition de tout sacrifier à cet art…
À force d’être employé à tout va, comme argument commercial ou promotionnel bien souvent, le qualificatif de chef-d’œuvre tend à être galvaudé et dépossédé de tout son sens. Mais une chose est certaine, lorsque l’on regarde Les Chaussons rouges de Michael Powell et Emeric Pressburger, c’est bien sa capacité à marquer durablement les consciences qui atteste de sa grandeur, représentant encore aujourd’hui une intarissable source d’inspiration pour de nombreux cinéastes (Scorsese le citant dans Taxi Driver et Shutter Island, Aronofsky dansBlack Swan, Coppola dans Tetro, etc.).
Après avoir interrogé l’Homme sur son rapport à l’esprit et à la chair, dans Le Narcisse noir (1947), le duo cinéaste s’intéresse cette fois-ci au dilemme propre au processus créatif : met-on la vie au service de l’art, ou l’art au service de la vie ? Une problématique que le récit pose promptement durant la rencontre entre le “créateur” (le chorégraphe Lermontov) et sa “muse” (la danseuse Victoria Page) : « Pourquoi voulez-vous danser ? », « Pourquoi voulez-vous vivre ? ». Mais si la réflexion qui en découle s’avérera passionnante (pouvoir autodestructeur de la passion, impériosité de l’art.…), c’est surtout grâce à un travail de mise en scène innovant qui va exploiter toutes les possibilités du médium cinématographique : musique, image, et mouvement vont transformer le conte en uneexpérience unique.
Ce sont d’ailleurs ces motifs purement cinématographiques qui vont nous accueillir dès l’entame du film : si les spectateurs se précipitent pour assister à la représentation, les uns viendront avant tout pour “voir”, tandis que les autres voudront surtout “écouter”, reléguant ainsi le conte en arrière-plan (lors du générique, déjà, les fameux chaussons rouges ne sont que des éléments du décor). Une situation que les personnages vont parfaitement incarner : en abordant l’art par le prisme d’une seule dimension, Lermontov a une vision réduite du monde, croyant au mérite de la performance au détriment de l’humain. Tandis que l’union de l’image avec le son, ou de la danseuse avec le compositeur, permet au contraire l’émergence de l’émotion…
Recherchant avant tout à exprimer l’intériorité des personnages par la puissance évocatrice du cinéma, Powell et Pressburger vont utiliser l’univers du conte d’Andersen uniquement pour légitimer leurs élans créatifs. Une prise de position astucieuse qui va leur permettre de renouveler les conventions du spectacle filmé, transformant la banale comédie musicale en une tragédie complexe, désenchantée et amère. Le scénario, basé sur le principe du récit-cadre, va créer une vraie distance avec l’intrigue originale, multipliant les fausses-pistes (le plagiat, l’intégration de Vicky Page…) pour mieux véhiculer l’impression de glissement constant vers le drame.
Une impression que la mise en scène entretient avec beaucoup d’efficacité. Si les phases d’accalmie existent, comme cette balade romantique au bord de la Méditerranée, filmée en gros plan pour mieux suspendre l’instant dans le temps, elles vont peu à peu être occultées par la présence grandissante des moments de tension. La reproduction répétée d’un même schéma visuel (plan serré, travelling arrière, plan large) permet ainsi l’émergence d’un sentiment de danger qui trouvera sa conclusion logique lors du dénouement final.
Plus généralement, c’est à travers l’évolution stylistique, qui passe du classique au fantasmagorique, que le glissement vers l’inéluctable devient prégnant à l’écran. Le ballet central, synthétisant les réflexions et expérimentations des cinéastes, nous l’indique de belle manière en révélant les rêves et terreurs de Vicky : l’harmonie artistique mettant en relief le désordre intérieur, la beauté plastique les tourments psychologiques…
Mais surtout, ce passage permet de célébrer la pleine puissance du cinéma ! En effet, si le fantastique voit le jour, c’est grâce à l’union entre différents univers graphiques, comme ceux de Mélies, Hitchcock ou Disney. De plus, c’est par la technique cinématographique que l’univers mental de la danseuse prend vie : la caméra abandonne la frontalité propre aux comédies musicales pour nous plonger dans une réalité semblable à celle du conte. Quant au travail sur la profondeur de champ et les différents effets visuels (surimpressions, trucages, transformations, etc.), ils recomposent l’espace scénique pour mieux nous immerger dans le ballet et dans l’inconscient de la danseuse.
Plus qu’une simple évocation de l’univers de la danse, Les Chaussons rouges illustre dans toute sa complexité le lien unissant l’artiste à son art, nous laissant ainsi entrapercevoir ce que pourrait être le cinéma à l’état pur.
Les Chaussons rouges : Bande-Annonce
Les Chaussons rouges : Fiche Technique
Titre : Les Chaussons rouges
Réalisation : Michael Powell & Emeric Pressburger
Scénario : Michael Powell et Emeric Pressburger, d’après le conte de Hans Christian Andersen
Photographie : Jack Cardiff
Montage : Reginald Mills
Direction artistique : Hein Heckroth, Arthur Lawson
Production : Michael Powell et Emeric Pressburger
Société de production : Independent Producers, Archers Film Productions, The Rank Organisation
Genre : Drame
Durée : 134 minutes
Date de sortie : 10 juin 1949 (France)
Pour un premier long métrage, Ceux qui travaillent d’Antoine Russbach est un film maîtrisé, bourré d’intelligence sur le monde cynique d’une certaine forme de travail qui ne répond qu’aux exigences du libéralisme et qui ne se soucie pas de l’humain.
Synopsis : Cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime, Frank consacre sa vie au travail. Alors qu’il doit faire face à une situation de crise à bord d’un cargo, Frank, prend – seul et dans l’urgence – une décision qui lui coûte son poste. Profondément ébranlé, trahi par un système auquel il a tout donné, le voilà contraint de remettre toute sa vie en question.
Violence des échanges en milieu tempéré
Ceux qui travaillent est le premier long métrage du Suisse Antoine Russbach, et on peut dire que d’emblée, il frappe juste et fort. Le sujet, co-scénarisé avec Emmanuel Marre, est clairement circonscrit, celui d’une sorte de dérive du capitalisme, mais ne prend jamais une allure didactique.
Franck (Olivier Gourmet) est un cadre supérieur dans une entreprise de fret maritime. Il a gravi les échelons et travaillé très dur pour en arriver là. Serait-ce ses origines terriennes et fermières, mais il a un sens du pragmatisme à toute épreuve, et fait preuve d’un dévouement sans limite envers sa société. Il règle les problèmes des uns et des autres comme si sa vie en dépendait. Il essaie de trouver des solutions, y compris les plus intempestives et les plus radicales, pour éviter des problèmes financiers à la compagnie. Ce, alors même que personne dans sa hiérarchie ne lui a rien demandé. Suite à une décision de ce type, dont les conséquences sont lourdes à tous les niveaux, Frank est trahi par ses chefs qui l’éjectent de la boîte.
Toute la période précédant son licenciement est bâtie sur un rythme effréné comme la vie de Franck. Les séquences se suivent rapidement et alternativement entre sa vie privée réglée comme une horloge et son planning professionnel sans répit. Les relations de Franck avec Mathilde (étonnante jeune Adèle Bochatay), la petite dernière de ses cinq enfants, montrent un père plutôt attentif et aimant, mais le reste de sa maisonnée ne profite nullement de cet homme froid, dédié entièrement à son travail, commençant sa journée par une douche glacée comme pour se mortifier encore plus, et la finissant devant un sandwich, seul, dans son bureau. Dans cette première partie , on prend conscience des privilèges matériels (la Porsche, la belle villa de luxe, la piscine, etc.) que la situation de Franck procure, dont la famille profite et qu’elle estime être une contrepartie suffisante à l’absence du père et chef de famille. Un de ses enfants lui dira « on s’en fout d’avoir un père, du moment qu’on garde notre train de vie »…
Quand le drame arrive, puisqu’il s’agira d’un drame, au-delà du simple licenciement de Franck, le film s’apaise et se met au niveau du protagoniste qui est maintenant sans emploi, sans véritable raison d’être, croit-il dans un premier temps. A l’instar du personnage de l’Emploi de temps de Laurent Cantet, il aura les mêmes moments de duplicité, de faux-semblants. Mais la comparaison s’arrête là. Franck est comme une machine qui n’a qu’une seule fonction, celle de rejoindre Ceux qui travaillent, faute de ne savoir rien faire d’autre. Mais petit à petit semble également s’insinuer le doute quant à l’énormité des actes imputables à sa décision. La caméra ne le quitte pas des yeux, et Olivier Gourmet, au top de sa forme, abat un travail considérable à faire transparaître ces moments de doute derrière la façade qu’il a construite entre le personnage et le monde. Russbach accentue cette introspection par une séquence conséquente à travers les quais où pour la première fois , il est venu voir ces milliers de containers d’objets périssables et souvent inutiles, à tout le moins non vitaux. Pour une livraison de ces containers dans le délai convenu, il a été jusqu’à mettre en jeu la vie d’un homme. Après des années et des années de négociation virtuelle au bout d’un téléphone, il vient enfin toucher des yeux la réalité d’un travail pas toujours respectueux de la morale ni de l’éthique, mais uniquement du marché.
Ceux qui travaillent excelle à montrer une certaine absurdité du libéralisme qui bouscule tous les repères des hommes. La famille s’accommode des méfaits de Franck, le marché du travail s’empresse de tirer cyniquement profit de ses mésaventures. Et les personnes les plus innocentes, comme sa petite fille Mathilde, risquent à tout moment d’être les victimes d’une société qui n’est pas très en bonne santé. L’allégorie de l’objet-roi est évidente sans être étouffante, et l’ensemble du film se laisse regarder avec beaucoup d’émotion et d’intérêt.
Le film est le premier d’une trilogie (« Ceux qui combattent » et « Ceux qui prient » sont déjà annoncés), et on a l’espoir de voir des films tout aussi maîtrisés et passionnants.
Ceux qui travaillent – Bande annonce
Ceux qui travaillent – Fiche technique
Réalisateur : Antoine Russbach
Scénario : Antoine Russbach, Emmanuel Marre
Interprétation : Olivier Gourmet (Frank), Adèle Bochatay (Mathilde), Delphine Bibet (Nadine), Lalia Bron (Inès), Louka Minnella (Harold)
Photographie : Denis Jutzeler
Montage : Sophie Vercruysse
Producteurs : Elodie Brunner, Bernard De Dessus les Moustier, Olivier Dubois, Thierry Spicher, Elena Tatti
Maisons de production : Box Productions, Novak Production
Distribution : Condor Distribution
Récompenses : Prix du public au Festival d’Angers – 2019
Durée : 102 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 25 Septembre 2019
Suisse | Belgique | France – 2018
Durant son cycle sur l’enfance au cinéma, Le Magduciné a interrogé sa rédaction pour découvrir les secrets d’enfants de certains rédacteurs. Quels films les ont marqués et ont construit leur goût pour le septième art ? La rédaction se livre sur ses souvenirs d’enfance au cinéma à travers certains incontournables comme Wall-E, Batman, Blanche-Neige ou encore Harry Potter.
1. Quel est votre premier grand souvenir de cinéma ?
Jules Chambry : Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours regardé encore et encore Le Roi et l’Oiseau, si bien que je n’ai pas souvenir d’un temps où je ne le connaissais pas déjà par cœur. Tout me fascinait : les dessins, l’ingéniosité de l’univers, la musique, le mutisme des personnages, le robot géant, la disproportion de l’architecture et la fuite surréaliste des perspectives. Mes parents ne pouvaient s’expliquer cet intérêt étrange pour ce film si particulier, sans doute destiné à un public adulte pour être réellement compris, mais à portée sensorielle de n’importe qui. Sans vraiment comprendre ce que je regardais, j’étais hypnotisé et amoureux de ce film, qui, vingt ans plus tard, demeure la plus belle chose que le cinéma ait pu m’apporter.
Chris Valette : J’ai l’habitude de dire que mon premier gros choc de cinéma a été le visionnage de Sucker Punch, de Zack Snyder. Je me rappelle du sentiment si puissant qui s’est emparé de moi alors que je venais de le découvrir sur un simple écran d’ordinateur. Le film me collait à la peau, son atmosphère, son univers hantaient chacune de mes pensées les jours qui ont suivi. Je découvrais ce que j’appelle depuis “le goût d’un film”. Cette saveur à laquelle on l’associe et qui en fait une œuvre unique à nos yeux. Je voulais tout savoir de son tournage, tout comprendre de ses riches ressorts psychologiques et je voulais que ses personnages accompagnent chacun de mes propres pas. J’admirais leur manière de lutter et de s’unir pour se débattre au sein d’une noirceur dont je ne devais (heureusement ?) à l’époque pas saisir toute l’étendue. Ça a été un film charnière en ce sens que c’est celui-ci qui m’a fait m’éloigner du cinéma de pur divertissement de mon multiplexe, pour me tourner vers des œuvres plus personnelles, psychologiques et, disons les choses comme elles sont, torturées…
Sebastien Guilhermet : Quand j’étais petit, encore très jeune, j’adorais ce moment où j’allais traîner dans le vidéo club qui se trouvait en face de chez moi et dans lequel je marchais de rayon en rayon pour découvrir des films de combat ou d’aventure. Je me souviens encore de la jaquette du film “Le silence des agneaux” avec le petit intitulé “interdit aux moins de 16 ans” qui éveillait en moi le goût de l’interdit, de l’insécurité et de l’horreur. Avec mon père, on me prenait souvent des dessins-animés (Hercule, Mulan, Le Roi Lion, 1001 pattes, Le Prince d’Égypte…), les films de grandes franchises – comme Star Wars ou Jurassic Park – ou les œuvres avec Jim Carrey. Mais mon premier grand souvenir de cinéma, c’est Matrixdes sœurs Wachowski, un film somme de tout ce que je cherchais à l’époque dans le cinéma (et même maintenant). Quand je l’ai vu pour la première fois, vers l’âge de 12 ans, je n’avais pas forcément les mots pour réellement expliquer pourquoi ce film est peut être l’œuvre fondatrice de mon envie d’en découdre avec le 7ème art : une mise en scène à couper le souffle, des acteurs iconiques, une histoire plurielle et à plusieurs niveaux de lectures, des combats qui me rappelaient les dessins-animés du club Dorothée. Un coup de cœur inimaginable.
Gwennaëlle Masle : Mes premiers souvenirs de cinéma sont des émotions folles que j’ai ressenties devant deux films d’animation : Spiritet Lilo & Stitch. Je me souviens avoir été dévastée par le second, je n’arrivais plus à m’arrêter de pleurer et je m’enfonçais dans le siège du cinéma tellement j’étais bouleversée par cette amitié brisée. Je ne parviens pas à me souvenir si j’ai découvert Spirit au cinéma ou en cassette chez moi mais je sais que celui-ci a aussi eu une place très importante, je trouvais les chansons d’une grande beauté et je ressentais chaque sentiment de liberté éprouvé par les personnages et les chevaux, c’est ce qui m’a marquée dans ce film : cet affranchissement de tout avec lequel ils vivaient ou du moins vers lequel ils tendaient. Déjà à cet âge, je ressentais les choses intensément devant un écran de cinéma et j’étais fascinée par les personnes libres.
Chloé Margueritte : Petite, j’ai peu de souvenirs de cinéma, étrangement. Je me souviens cependant être allée voir « Le Petit vampire » au cinéma avec ma mère. Ce souvenir est très marquant, le cinéma dans lequel nous sommes allées a fermé quelques semaines plus tard pour être remplacé par des multiplexes. Le film, je ne m’en souviens pas tellement. Ce dont je me souviens, c’est le plaisir d’aller au cinéma, d’entrer dans le lieu, dans la salle, de voir, de ressentir et de se savoir entourée pour regarder. Mon premier grand souvenir de cinéma est donc associé à un lieu, une expérience vécue réelle. C’est un peu comme ce que raconte Almodovar dans son dernier film, Douleur et Gloire. C’est quelque chose de très fort dans ma construction et dans ma passion pour les films, cette impression que sans arrêt, ils me ramènent au monde, tout en m’en extrayant pour quelques heures. Tout ainsi se rapporte un peu à l’enfance, à ses jeux interminables qui nous sortaient de la vie tout en nous y plongeant complètement. Le cinéma a toujours, ou presque, à voir avec l’enfance.
2. Quel est votre film d’enfance préféré ?
Jules Chambry : Je ne sais pas si Billy Elliot est mon film d’enfance préféré, mais il incarne en tout cas quelque chose de profondément lié à l’enfance, et à mon enfance par la même occasion. Visible uniquement durant les vacances, lorsque j’allais chez mes grands-parents et y retrouvais la cassette sur laquelle le film avait été enregistré, Billy Elliot me replonge surtout dans un contexte : celui d’une vie passée, sans problèmes, à regarder des films en famille. Un film où l’enfant est au centre, mais où c’est toute la famille qui est impliquée dans cette histoire de jeune garçon plus intéressé par la danse classique que par la boxe. La relation père-fils, le tendre respect pour la grand-mère, les amis de quartier, les enjeux socio-politiques graves mais qui paraissent peu importants face à l’importance que l’on donne aux choses qui nous passionnent. Un film sur l’enfance, du point de vue d’un enfant, et qui éveille le souvenir de la mienne.
Chris Valette : Beaucoup me viennent en tête en lisant cette question, mais, aujourd’hui, j’ai surtout envie d’en citer deux, Fievel et le Nouveau Monde et Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire (et oui, Emily Browning encore, déjà…). Le premier, Fievel, est un dessin-animé dont certaines scènes m’ont longtemps particulièrement effrayée. Pourtant, même avec (ou grâce à ?) cette peur-là, j’y revenais encore et encore. Car, outre la peur, le film a été un des premiers à me bouleverser en explorant le fait d’être coupé des siens et de devoir affronter un monde des plus effrayants seul… Seuls, Les Orphelins Baudelaire l’étaient aussi. Ce trio soudé au sein d’un univers particulièrement sombre, je l’ai suivi de longues années en poursuivant ma passion pour le film par la lecture des 13 romans. Quoi qu’il en soit, l’un et l’autre des deux films confirment ma conviction que le hasard n’existe pas… Quand j’ai vu des années plus tard que le directeur de la photo des Orphelins était Emmanuel Lubezki, soit un des mes chefs-opérateurs favoris aujourd’hui, ou encore que Fievel était bien plus qu’une simple fiction avec tous les sujets qu’il brasse de manière métaphorique (URSS, migrants…), j’ai compris que, même enfant, mon regard sur le septième art était déjà en place…
Sebastien Guilhermet : Si je devais en garder qu’un, ce serait Batman contre le fantôme masqué, le film d’animation. Une œuvre sombre, qui va au tréfonds des fêlures du personnage de Bruce Wayne : sa culpabilité, son envie de se délier des souvenirs de ses parents et son altération vers la violence. Mais surtout, son esthétisme incroyable et sa bande son mythologique. La première scène où l’on voit Bruce Wayne devenir Batman devant les yeux effarés et apeurés d’Alfred a marqué mon enfance et ma soif entière de cinéma. Ce moment où le retour en arrière est impossible et où chacun de nous peut plonger dans la violence. Des frissons.
Chloé Margueritte : Bizarrement, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui, petite, mes films de chevets étaient deux Besson : Le grand bleu et Le 5e élément. Pour ce qui est du 5e élément, je voulais tout le temps le voir, je ne faisais qu’en répéter les répliques jusqu’à l’overdose. Ce choix me surprend encore aujourd’hui, mais il y avait certainement une énergie, une bizarrerie qui me parlaient beaucoup lorsque j’étais enfant. Et puis, ce sont les films que mes parents aimaient et regardaient aussi, ce qui a donc constitué mes premiers visionnages, les plus précieux en somme.
3. Le film qui vous a le plus fait peur dans l’enfance ?
Jules Chambry : Blanche-Neige et les sept nains est l’un des traumatismes de mon enfance, avec le personnage de Gollum du Seigneur des anneaux. Si j’évitais soigneusement d’ouvrir les yeux lors des brèves apparitions du second dans le premier volet de la trilogie de Peter Jackson, la sorcière de Disney m’a fait faire de nombreux cauchemars sans que je puisse y faire quoi que ce soit. La transformation en vieille dame, les ongles, la dent, le nez, la pomme : tout me terrorisait et imprégnait mon imaginaire d’images marquantes. Aujourd’hui, la peur a évidemment passé, mais les réminiscence que son visage réveille encore en disent long sur le pouvoir de l’image au cinéma.
Chris Valette : Jumanji d’abord, le téléfilm Ça ensuite. Pour le premier, je ne saurais donner de raisons précises, sinon une atmosphère qui avait particulièrement fonctionné sur moi, quelque chose de froid, de noir (oui je me répète, mais les obsessions sont là que voulez-vous !) et une solitude monumentale… Le bruit semblable à un lourd battement de cœur du jeu m’a longtemps poursuivie avant que je ne m’endorme ! Et puis le second, de manière plus évidente, ce clown terriblement malsain, ses apparitions terrifiantes… A vrai dire, même à 20 ans, je le regarde encore la couette remontée jusque sous les yeux !
Sebastien Guilhermet : Vu très jeune, et ça va paraître extrêmement paradoxal, mais l’une de mes grandes frayeurs cinéphiliques durant mon enfance fut Karaté Kid. Non pas que le film fasse peur, voire pas du tout même, mais la scène d’agression le soir d’Halloween avec cette bande déguisée en squelettes m’a marqué durant de nombreuses années et lors de nombreux cauchemars. Un film avec ses allures légères, fictionnelles et niaises, mais qui en parlant d’amitié et de harcèlement a eu une part importante dans ma vision de l’école durant mon enfance.
Gwennaëlle Masle : Petite, je n’arrivais jamais à regarder les Harry Potter, je me souviens m’être arrêtée au 4 car j’avais trop peur du labyrinthe. Longtemps traumatisée par cet opus, ce n’est qu’il y a peu que j’ai enfin tout découvert et que j’ai trouvé dommage de ne pas avoir pu vivre cette fascination envers l’univers de JK Rowling comme beaucoup d’enfants à l’époque des sorties des films.
Chloé Margueritte : Je n’ai jamais regardé beaucoup de films d’horreur et encore moins petite, le film qui m’a vraiment effrayée enfant est en fait un animé, « Le voyage de Chihiro », le DVD m’avait été offert pour mon anniversaire. J’étais déjà « grande », mes parents m’avaient donc laissée seule une heure ou deux et m’avaient permis de regarder un film. Quand ils sont rentrés, j’étais prostrée, en pleurs, espérant de toutes mes forces que mes parents rentreraient à la maison sous forme humaine. Ce qui fut fort heureusement le cas. Je n’ai jamais revu le film, pourtant j’en garde un souvenir impérissable. Je crois qu’il nourrit et a construit chez moi un désir de vouloir toujours en savoir plus, de ne pas aimer ce qui est « plat », « froid » ou trop simpliste. La complexité d’un personnage, l’univers très très riche, voilà autant de choses que je recherche dans un film et ce au quotidien. A cela s’ajoutent les trouvailles visuelles et la gourmandise de la découverte, les yeux écarquillés.
4. A quel personnage de film ou de série vous identifiez vous pendant l’enfance ?
Chris Valette : Au niveau des films, j’avais l’habitude, avec mes cousins, de rejouer des dizaines et des dizaines de scènes, ou, plus précisément, d’inventer de nouvelles histoires pour des personnages préexistants. De mon côté, je me tournais vers les personnages jeunes en proie à des luttes bien plus grands qu’eux, qui devaient sacrifier beaucoup, parfois même jusqu’à leur propre personne (oui, j’aimais beaucoup mourir à la fin du jeu…), tel qu’Harry Potter ou Katniss Everdeen par exemple. En terme de séries, je voulais être, envers et contre tout, Mélinda Gordon ! Oui, vous savez cette femme qui disait, au début de chaque épisode de Ghost Whisperer “Je m’appelle Mélinda Gordon, je pourrais être comme vous mais, depuis mon enfance, j’ai découvert que je peux entrer en contact avec les morts. “Les esprits errants” comme disait ma grand-mère…”! J’étais tout bonnement fascinée par cette série et, à cette époque où je voulais à tout prix avoir un don, aider les morts “à passer de l’autre côté” me paraissait être un très beau destin que j’espérais tout tracé…
Sebastien Guilhermet : L’identification est peut être un terme un peu fort, mais je rêvais de devenir Batman, comme beaucoup de jeunes garçons, à mon époque j’imagine. Mettre le costume, sillonner les rues de Gotham pour combattre le crime, sentir ce souffle de liberté et de chaos afin de dissimuler une part de soi qu’on ne pensait pas visible. Vers 9-10 ans, je n’avais pas conscience de toutes les nuances thématiques qui façonnaient le personnage de Bruce Wayne, mais Batman m’a accompagné et m’accompagne encore tellement je suis fasciné par “l’homme chauve-souris”.
Chloé Margueritte : Toute petite, enfin vers 9 ans, je dirais Amélie ou plutôt Audrey Tautou elle-même dans Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain. Parce que je voulais absolument tout faire bien, faire plaisir aux autre et que j’aimais par-dessus tout observer les adultes, le monde qui m’entourait et tenter de recevoir des compliments. Un peu à la manière d’Amélie qui faisait toujours le bien autour d’elle, sans que rien ne dépasse ni ne fasse de mal à personne. C’était lisse rond et coloré… Côté séries, et cela est venu en grandissant, ma première vraie identification a été Veronica Mars, à la toute fin du collège. Là, je m’affirmais un peu plus et donc le personnage un peu « rebelle », « farouche » m’a tout de suite plu. Je rêvais donc soit de faire du journalisme soit d’être détective et pas n’importe où… au FBI ou à Neptune.
5. Quel film conseillerez-vous à un enfant ?
Jules Chambry : Wall-E fit lors de sa sortie l’effet d’une petite bombe dans le monde de l’animation. Habitués que nous sommes aux prouesses techniques et au talent d’écriture des studios Pixar, il n’en resta pas moins fascinant de découvrir cette fable écologique sur fond d’univers de science-fiction, adressée aux adultes comme aux enfants. À l’heure de l’explosion de la popularité des intelligences artificielles, et du constat ô combien effrayant de voir que celles-ci peuvent avoir des réactions plus « humaines » que les humains eux-mêmes, revoir Wall-E ne peut qu’être éclairant, en plus de nous replonger dans un monde truffé de références au cinéma (de nombreuses scènes pastichent le 2001 de Kubrick) et aux personnages bouleversants. Le montrer aux enfants semble donc pertinent thématiquement ; mais c’est aussi une manière de les faire entrer dans le monde du septième art par l’une des plus grandes portes que le cinéma d’animation peut offrir.
Chris Valette : Je lui montrerais un de mes films de chevet depuis l’enfance, Le Prince d’Égypte. Parce que c’est magnifique tout simplement… Et ben bravo, avec tout ça, me revoilà plongée dans la BO du film… Je vous jure, on n’a pas idée de faire faire pareil questionnaire à une nostalgique pareille…
Sebastien Guilhermet : Dans les sorties récentes, un film que je conseillerais à un enfant, ce serait Zootopie. Peut être pour son aspect fédérateur et protéiforme : un film aux questionnements rassembleurs et sociaux mais qui par son rythme, son univers coloré et animal puis son esthétique, se veut être un vrai film d’aventure.
Gwennaëlle Masle : L’un des derniers Pixar : Vice-Versa, car je le trouve d’une intelligence émotionnelle assez rare dans ce genre de création. C’est le film qui permet de mieux s’appréhender et de mieux connaître le fonctionnement de ses émotions, par des schémas et des métaphores de notre monde intérieur, je pense que le film peut beaucoup aider à se cerner et quoi de mieux à cet âge que de se connaître un peu plus tout en passant un bon moment ?
Chloé Margueritte : Même s’il va être compliqué à trouver, je dirais Tout contre Léo de Christophe Honoré, déjà parce que j’adore ce réalisateur, mais aussi parce que c’est un film adressé aux enfants qui ne les prend pas pour des cruches. Il est sale par moment, froid, violent, indiscret. C’est un film qui regarde en face les yeux d’un enfant qui sait, mais qui lui dit aussi que la vie est une succession d’états dans lesquels il va devoir apprendre à grandir.
Peu de cinéastes ont constamment et amoureusement filmé l’enfance comme le japonais Hirokazu Kore-Eda. Retour sur son traitement empathique et sensible du sujet de l’enfance ancrée dans une cellule familiale qui est primordiale chez lui.
Childhood
La claque monumentale qu’on a reçue à la sortie de Nobody Knows du japonais Hirokazu Kore-Eda en 2004 est de celles qui ne se reproduisent plus jamais quand on suit un auteur. Ce film, le premier du cinéaste qui l’a fait connaître à un public français plus large, restitue sous la forme d’une fiction une histoire vraie d’abandon d’enfants au Japon. Rarement a-t-on vu un film qui soit aussi peu mélo dans son traitement et pourtant aussi intensément crève-cœur en venant toucher le spectateur dans ce qu’il a de plus sensible. Le film est fait du quotidien d’une fratrie de quatre enfants obligés de se débrouiller quand leur mère les a abandonnés. Le mélange de l’innocence pure des enfants les plus jeunes à une situation que l’on peut traiter d’horrifique est remarquable de simplicité et de maîtrise.
A partir de là, Kore-Eda déroule une œuvre quasiment exclusivement consacrée à la famille, et plus particulièrement aux liens filiaux et intergénérationnels. Les films se suivent, se ressemblent sans jamais être les mêmes. Mais dans chacun de ses films, l’enfant est au centre de tout.
Dans le cinéma de Kore-Eda, l’enfance est caractérisée par deux traits principaux. D’une part, « ses » enfants sont des êtres naïfs mais obstinés, persuadés que la seule force de leur conviction peut tout résoudre. Ainsi en est-il dans I wish, nos vœux secrets. Deux jeunes garçons ont été ballotés par la vie, pour se retrouver chacun l’un avec le père, l’autre avec la mère, dans deux villes éloignées, le couple parental ayant explosé. Leur vœu secret repose sur une croyance que si deux personnes dans deux TGV à sens de marche opposé se croisent à un point précis, ledit vœu, formulé au moment de cette renconre, se réalisera. Pour ces deux garçons (des frères dans la vie réelle), le vœu est bien évidemment la réunification de la famille, la famille étant une préoccupation constante dans l’œuvre du cinéaste.
D’autre part, l’enfance chez Kore-Eda n’est jamais un long fleuve tranquille. Que ce soit les garçonnets de 6 ans échangés à la naissance qui rencontrent leur famille biologique respective (Tel père, tel fils), au prix d’un arrachement douloureux, ou que ce soit des enfants frappés de pauvreté ou de violence (comme dans le palmé d’Or Une affaire de famille), la vie des enfants s’écoule cahotant, mais toujours d’une manière limpide et évidente. Ozu, la référence absolue de Kore-Eda qui avoue regarder un ou deux de ses films avant chaque tournage, disait « tout est ordinaire et banal ». Les enfants dans les films de Kore-Eda sont filmés dans leurs activités les plus quotidiennes, ordinaires et banales, et dans un film comme Still Walking par exemple, les petits-enfants jouent, crient et courent partout dans une famille où une sorte de ressentiment et un sentiment de deuil permanent règnent 15 ans après la disparition d’un fils mort d’en avoir sauvé un autre d’une noyade. Les enfants sont souvent le centre névralgique des familles, ceux pour qui ou par qui les choses se décident. Et souvent ils sont en face d’adultes impuissants, ou qui ont lâché prise. Cette manière de faire porter de lourdes responsabilités sur les épaules d’un enfant est d’ailleurs assez fréquente dans le cinéma japonais, y compris dans le genre horreur (The Grudge, Dark Water, etc.) où l’enfant joue un rôle central.
Une autre caractéristique de l’enfance chez Kore-Eda est l’exacerbation de l’amitié. L’amitié peut être fraternelle, comme dans I wish, mais dans une certaine mesure, dans également dans Nobody Knows. Dans Notre petite Sœur, l’amitié entre les trois grandes sœurs (qui ne sont certes pas des enfants) est également remarquable. Mais la camaraderie au sens classique du terme est également explorée dans I wish, où chacun des deux frères s’embarquent pour l’expédition ferroviaire en compagnie de ses meilleurs amis. En réalité tout ce qui peut tenir lieu de lien plus ou moins familial intéresse Kore-Eda. La question de ce qui fait une famille est d’ailleurs très frontalement posée dans Tel père, tel fils ou encore Une Affaire de Famille (liens du sang ou pas).
Les films les plus récents (Après la tempête et Three Murders) mettent en scène des personnages adultes. Mais ici aussi, la thématique du deuil, de la perte et de la mémoire est toujours très présente. Les clés d’entrée pour comprendre les personnages sont explicitement rattachées à leur enfance, et aussi à leur relation avec le père. Une adolescente fait remarquer à son père « Tiens, tu joues à être un père , maintenant ? » et le protagoniste lui-même fait des cauchemars peuplés d’images paternelles. Cependant, le cinéaste semble ne pas aimer s’éloigner trop des enfants, car son dernier film en date, Une affaire de famille, de nouveau se concentre sur les enfants jeunes dans un film qui sort de son académisme de bon aloi, en apportant un sous-texte social très présent, et en abordant des sujets qu’il n’a jamais explorés jusqu’alors (l’une des filles de cette famille atypique travaille dans le soft-porn)
Dans tous les cas, une constante du japonais est de filmer à hauteur d’enfants, de donner à entendre leurs voix comme leurs silences, de les filmer en gros plans pour détailler leurs faits et gestes. Dans Nobody Knows, par exemple, il focalise en particulier sur les mains des enfants quand ils dessinent, quand ils comptent le maigre pécule qui leur reste, ou quand la petite Kyoko s’escrime sur son petit piano. Ils prennent véritablement vie sous le regard très empathique de Hirokazu Kore-Eda, en même temps que ce dernier semble puiser son énergie dans celle de ses petits personnages. Le cinéaste serait-il lui-même vraiment sorti de la nostalgie de sa propre enfance ? Il a avoué avoir fait de chacun de ses films une œuvre qui aurait plu à sa défunte mère dont il parle très souvent. Quand on voit les edamame ou les tempura cuire au coin du feu dans Still Walking, on sent nettement que ce sont des rémininscences de sa propre enfance dont il s’agit…
Peu, voire très peu de cinéastes filment l’enfance comme Kore-Eda le fait. Une marque de fabrique bien singulière, essentielle, pour le plus grand bonheur des spectateurs, des plus exigeants au public le plus large tant le thème touche tout un chacun à un endroit ou à un autre, et tant le traitement du cinéaste est sensible et dénué de pathos.
Tamasa propose Un ami viendra ce soir dans une version entièrement restaurée. Dans ce long métrage sorti en 1946, le cinéaste français – et juif – Raymond Bernard se sert d’un sanatorium pour y déplacer certains enjeux de l’Occupation allemande : l’espionnage, la résistance, l’aveuglement doctrinaire, la manipulation…
Le sanatorium est un lieu ô combien cinégénique. Pour s’en convaincre, que l’on songe un instant à L’Armée des douze singes, Vol au-dessus d’un nid de coucou, La Maison du Docteur Edwardes ou Je suis un cyborg. Un ami viendra ce soir semble y avoir recours avec une double intention : se jouer des duplicités et renvoyer le nazisme à une symbolique aliénante. Ce second postulat prend tout son sens à la fin du film, quand un espion nazi est confronté à une douloureuse révélation : il s’est entiché d’une juive, ce qui remet en cause, sinon son existence, au moins ses doctrines les plus tenaces.
Comme René Clément (La Bataille du rail), Raymond Bernard prend le parti de narrer l’Occupation. Il en déplace certains enjeux au sein d’un sanatorium où les résistants, les fous et les espions se mélangent sans que le spectateur puisse (d’instinct) les distinguer. L’histoire a une résonance particulière quand on sait que le réalisateur français fut interdit de tournage durant quatre années et ne reprit du service qu’à la Libération précisément avec Un ami viendra ce soir. Conçu comme un huis clos partiel, ce long métrage s’appuie sur une vaste galerie de personnages et une intrigue articulée autour de la traque allemande d’une poche de résistance placée sous la direction du commandant Gérard. C’est cette poursuite qui mènera, en août 1944, un espion teuton dans un asile psychiatrique sis dans les Alpes, près de la Suisse.
Dès les premiers instants du film, il est question « d’armes parachutées », d’un village vidé de sa jeunesse, puis de contrôles d’identité tatillons – et absurdes – dans un sanatorium. Il suffit à Raymond Bernard de quelques plans pour montrer les contrecoups mortifères de l’Occupation. L’entreprise revêt par ailleurs, ponctuellement, un caractère tragicomique, notamment grâce à des numéros d’acteurs mémorables (Michel Simon se prévalant d’être une République à lui seul, par exemple). Il met en scène des intrigues amoureuses (Hélène et Jacques, le musicien ; Hélène et le docteur Tiller), fait se confondre le maréchal Pétain et les nazis (par le truchement d’un portrait et d’un glissement de caméra) et porte un discours pertinent sur la manière dont le national-socialisme impose ses idéaux davantage par la force que par les arguments.
Globalement réussi, Un ami viendra ce soir n’est toutefois pas exempt de défauts. Il se rend coupable d’un manichéisme inébranlable : aucun Français n’y semble collaborer, tandis que tous les Allemands y sont portraiturés comme des monstres. Madeleine Sologne surjoue régulièrement. Le récit, pas toujours maîtrisé au mieux, comporte quelques longueurs. Ce sont probablement ces éléments lacunaires qui l’ont cantonné, aujourd’hui, dans un relatif anonymat.
RESTAURATION & BONUS
Il est difficile de se prononcer définitivement sur le travail de restauration entrepris sans connaître au préalable la qualité de la copie utilisée. Le film date de 1946 et cela pourrait expliquer certaines scories. On peut ainsi noter la présence de nombreuses griffes et poussières d’images, d’effets de papillonnage, mais aussi une netteté variable, une certaine instabilité de l’image et des contrastes sonores parfois importants (par exemple lors du contrôle d’identité).
Les bonus s’avèrent plutôt chiches. Le livret est exclusivement descriptif et porté sur l’histoire du film (son scénario). L’entretien avec Noël Herpe passe en revue la genèse du film (adapté d’une pièce de théâtre), la fictionnalisation de la résistance, la volonté de « réconcilier la France déchirée », le parcours de Michel Simon (parti tourner en Italie sous le fascisme), mais comprend aussi des réflexions sur les dialogues du film, sur sa grandiloquence ou sur le jeu parfois outré de Madeleine Sologne.
Version Française – 16/9 – 1,37 – N&B – Mono – Film : 2h05 – Version intégrale restaurée
Pour clôturer ce cycle portant sur l’enfance au cinéma, il est logique d’aborder le teenage movie. Ces films destinés au public d’adolescents et de jeunes adultes veulent marquer la fin d’une vision naïve sur l’écran pour s’introduire progressivement dans le monde adulte. Mais ces films sont ils reconnus comme de véritables représentations des adolescents ou des idéalisations qui n’en font que des films commerciaux ? Revenons brièvement sur ce genre, souvent sous-estimé, mais indispensable à tout cinéphile.
L’implantation du genre au cinéma
Le teenage-movie n’a pas toujours obtenu grâce dans le champ cinématographique, étant plutôt considéré comme un sous-genre ou un mélange de genres (parfois fantastique ou plus proche de la comédie), destiné à un public très niché.
Le genre s’est implanté à Hollywood à partir des années 80 avec les films de John Hughes, le réalisateur de Breakfast Club, Seize bougies pour Sam (Sixteen Candles), Rose Bonbon (Pretty in Pink) et La Folle journée de Ferris Bueller. Des comédies mêlant romance et drame et mettant en scène des lycéens atypiques. Ces films ont montré l’exemple et établi les stéréotypes de l’adolescent de l’époque – particulièrement Breakfast Club, qui reste le film référence du genre.
Vous nous voyez comme vous voulez bien nous voir. Nous, nous avons trouvé une définition très simple : chacun de nous est à la fois un surdoué et un athlète et une détraquée et une fille à papa et un délinquant.Breakfast Club
Une esthétique devenue culte
Le décor typique se déroule dans les banlieues et lycées américains proprets avec toujours des familles blanches de milieu modeste à aisé. Abordant toujours avec légèreté, voire un certain idéalisme, les années lycée et les problèmes d’adolescents : amour, amitié, famille et vie au lycée. C’est donc un genre qui s’adresse plus à un public d’ados ou de jeunes adultes.
C’est avec le temps que certains films d’ados sont devenus cultes et ont continué à le devenir grâce aux références. Comme la déclaration d’amour publique de Heath Ledger dans 10 bonnes raisons de te larguer. L’esthétique du teenage-movie qu’on dirait classique s’est donc construit en marge, tout en restant un genre commercial.
Un cinéma plus mature, plus adulte
C’est à partir des années 90 que certains réalisateurs ont rendu le genre plus provocateur et orienté vers un public plus adulte, en abordant avec moins de retenue la sexualité. Le genre se fait dépuceler avec des franchises comme American Pie et Sexe Intentions, qui n’abordent plus uniquement les relations amoureuses mais aussi sexuelles entre ados. Le public s’élargit aussi, en étant moins prude, il touche également plus les spectateurs masculins.
Dans le cinéma de Larry Clark (K.I.D.S, Bully, Ken Park, The Smell of Us) s’expose aussi la sexualité adolescente de manière frontale et parfois cruelle. Il n’hésite pas à montrer la complexité de l’éveil sexuel dans la quête identitaire de l’adolescent. Ses teenage-movies sont beaucoup plus crus et sérieux, abordant des thèmes violents comme l’inceste et le viol. Dans le genre indépendant du teenage-movie on retrouve aussi le merveilleux Virgin Suicides de Sofia Coppola, ou encore Elephant de Gus Van Sant.
L’évolution du genre à partir des années 2000-2010
C’est grâce aux adaptations des succès littéraires pour ados que le genre des teenage movies a repris grâce aux yeux des jeunes adultes, souvent implanté dans un univers fantastique ou dystopique qui permettait alors d’exacerber les peurs et préoccupations propres à l’adolescence. Les franchises les plus connues du genre sont Harry Potter, Hunger Games, Twilight,Percy Jackson et Divergente.
On y retrouve alors des thèmes qui leur sont communs et qui sont les suivants :
– La recherche identitaire : Le héros ou héroïne fait souvent figure d’élu, possédant soit des dons spéciaux ou étant l’héritier d’un fardeau. Il ou elle se démarque du lot ou cherche à le faire grâce à son sentiment d’être spécial. Ce sentiment est en réalité la crise existentielle propre à tout adolescent lors du passage à l’âge jeune adulte. Il ou elle est dans une quête identitaire pour s’affirmer auprès des adultes et pouvoir se démarquer de son enfance.
– Renverser l’ordre établi : Qui dit adolescence dit rébellion et qu’importe le genre (fantastique ou non), notre héros(ïne) est toujours confronté(e) à un antagoniste faisant souvent forme d’autorité suprême et l’empêchant d’atteindre son but principal. Qu’il prenne les traits d’un parent dictant les règles du foyer, d’un directeur d’un lycée, du chef d’une dictature futuriste ou le magicien maléfique dans un royaume fantasy, l’ennemi va l’obliger à se surpasser, vaincre ses peurs et se prouver à lui-même qu’il défend ses convictions.
– L’éveil sexuel et les relations amoureuses : Sujet principal des teenage-movies contemporains, la question des relations amoureuses reste un incontournable du genre. Contrairement aux teenage-movies des années 90, ceux des années 2000-2010 exposent aussi la diversité des sexualités. L’homosexualité des protagonistes reste souvent cachée et doit faire l’objet du passage au coming-out comme dans Love, Simon. Mais les teenage-movies restent importants pour les jeunes spectateurs pour s’identifier eux-mêmes dans leur recherche identitaire sexuelle.
Dans l’évolution du regard porté sur les ados et des représentations moins clichées, on retrouve les adaptations des romans de John Green, mêlant romance et quête identitaire de l’adolescence, avec un ton beaucoup plus mature. Dans la même veine que La face cachée de Margo (Paper Town), Le monde de Charlie (The Perks of Being a Wallflower), Love, Simon, abordant des sujets sérieux comme le deuil, le harcèlement, les familles dysfonctionnelles, l’échec scolaire et les addictions. Avec des épreuves traumatisantes qui propulsent ces enfants adolescents dans le rôle de jeunes adultes (Juno, Into the Bone).
Les personnages stéréotypés de genre
Si on cherche dans le passé, avant que le genre ne s’installe, on retrouve déjà ces schémas de groupes de jeunes avec le ténébreux rebelle qui tombe amoureux de l’élève studieuse du lycée. A la Roméo & Juliette, leur amour semble impossible tant leurs deux univers sont opposés. C’est le schéma proposé par des films cultes comme Grease et Rebel Without a Cause.
Il existe deux choix de protagonistes masculins types. Notre héros peut avoir la figure de mec populaire qui brille dans tous les domaines au lycée. Prototype que l’on retrouve encore dans nos séries adolescentes récentes comme Glee,Riverdale ou encore Sex Education. A contrario, le héros peut faire figure de rebelle, de délinquant qui défie l’autorité du lycée et de ses parents. C’est un incompris, un outsider, qui révélera aussi sa bonté pour conquérir le cœur de la fille qu’il désire.
Du coté des personnages féminins, on retrouve aussi deux types de figures opposées mais qui sont généralement ennemies. La fille intello, première de la classe, le cœur sur la main, entourée d’amies, jolie naturellement mais qui n’en a pas forcément conscience. Si elle est de nature réservée et un peu marginale, son physique sera son défaut. Dans la trame de l’histoire, elle devra subir une transformation physique pour prendre confiance en elle et sera alors reconnue aux yeux de son prétendant. C’est en respectant les codes esthétiques féminins établis qu’elle parvient à s’affirmer socialement et gagne en intérêt sensuel aux yeux des garçons.
De Grease à Lolita malgré moi, les bandes de filles portent fièrement le rose !
Grease (1978)Lolita malgré moi (2004)
Si l’héroïne respecte déjà les codes physiques mis en place, dans le rôle de la fille populaire, son problème concernera plutôt son statut social. Il est récurrent de retrouve notre héroïne dans un groupe de filles. Clueless, Crossroads, Fatal Games (Heathers) et Lolita Malgré Moi (Mean Girls) en sont des exemples frappants. On retrouve le cliché de la fille superficielle et hautaine incarnée parfaitement par Reese Witherspoon dans Clueless, puis moquée par le personnage de Regina George dans Lolita Malgré Moi dix ans plus tard. C’est un personnage féminin ambigu qui peut être à la fois l’héroïne ou l’antagoniste selon le point de vue. Elle devient l’ennemie principale quand son atout (son statut social élevé, sa beauté, son intelligence) devient une menace dans le déroulement de l’histoire, à l’image de la femme fatale des films noirs.
C’est d’ailleurs une problématique abordée dans Easy A où la marginale du lycée se rend populaire en prétendant avoir une sexualité active jusqu’à devenir victime de harcèlements et de slut-shaming. L’exemple même que les teenage-movies peuvent faire preuve d’esprit critique et tenter de dénoncer les préjugés véhiculés au sein des groupes de jeunes.
Beyond Clueless, le documentaire sur les teenage-movies
Alors, qu’on n’adhère ou pas au genre, il fait aussi partie de notre construction sociale et cinéphile. Même sans avoir vu les plus cultes comme Clueless et Breakfast Club, leur influence a tellement touché la génération suivante de films (et de séries) du genre qu’on ne peut y être complètement insensible. Pour en savoir plus, un documentaire de Charlie Lyne, très complet et passionnant, décortique les films plus connus du genre. A voir absolument, pour les grands et petits amateurs !
Spectacle (nom masculin) : Ensemble de ce qui se présente au regard, à l’attention et qui est capable d’éveiller un sentiment. Si le Larousse dit vrai, notre volonté de commencer par définir Bacurau comme un objet spectaculaire est d’autant plus intéressante qu’elle affirme d’emblée que brûlot politique et spectacle peuvent avancer ensemble, étant bien plus compatibles que ce que l’on pourrait penser. Car, en effet, Bacurau est un film conçu, pensé pour abreuver sans cesse le regard, le nourrir avec générosité et passion sans pour autant perdre de vue le cri viscéral et révolté qui l’habite.
Il est extrêmement revigorant de se retrouver, en salle obscure, face à une toile qui combine divertissement ET message (politique, sociétal). On peut alors s’avachir comme bon nous semble sur le fauteuil car on sait tout de suite qu’on va s’en prendre plein les mirettes, mais jamais (ou presque) au détriment du fond. Non, l’emballage visuel exquis de Bacurau n’abrite pas le vide, mais bel et bien le combat et passionnant questionnement sur la violence (sociétale aussi bien qu’individuelle). Et, inversement, Bacurau n’est pas qu’une satire amère, c’est aussi un bonbon acidulé au travail visuel.
Travail visuel extrêmement inspiré mais qui, plutôt que de se contenter de régurgiter ses références cinématographiques sans même les assaisonner, prépare sa salade en y mélangeant les genres (western, SF, thriller…) et les époques (70’, 30’-40’…). Pour ce faire, il est évident que ces deux cuistots de réalisateurs s’amusent, prennent un plaisir fou et ainsi, nous en donnent à revendre… En effet, l’objet ne se veut jamais plus grand qu’il ne l’est, car Mendonça Filho et Dornelles ont bien compris que leur amour du cinéma était la plus belle des vérités que l’on puisse offrir à un spectateur. Ils font nôtre leur bonheur avec une photo lumineuse et colorée au sein de laquelle les références visuelles priment sur la présence des personnages (pourtant mémorables !). On joue avec les échelles de plans (comment ne pas penser à Carrie à plusieurs reprises !), on alterne plans larges et rapprochés, on éclaire à la lampe torche, on se joue des points de vue… Mais, encore une fois, s’il y a un mot à retenir dans tout ça, c’est bien le mot « jouer » qui explicite la jouissive plaisance que cinéastes et spectateurs se relaient sans cesse.
Alors oui, bien évidemment que Bacurau est aussi un chant guerrier puissant, mais pourquoi commencer par là quand on sait comme il serait facile (et réducteur) de le résumer à cela. Nous choisissons, à dessein, le terme « chant guerrier » car, à l’image du fait que rien n’est tout noir ou tout blanc, Bacurau n’est jamais qu’un pamphlet sérieux ou qu’une satire à l’humour noir. Non, le film est abrasif dans son choix de se mettre à hauteur d’une communauté pour formuler son propos critique. D’où toute l’intelligence de choisir, sur la carte de notre monde, un point précis que les gros pontes égotistes et déconnectés de la réalité voudraient voir disparaître du fait du refus de ses habitants de plier le genou devant les dirigeants qui les oppriment (en premier lieu en les privant d’un droit des plus vitaux et fondamentaux : l’accès à l’eau). Faire cela, c’est pousser à réfléchir sur qui nous dirige et leur pouvoir sur nos territoires. C’est-à-dire, et c’est une des métaphores explicitées par le film, sur nos vies, notre droit à exister au sein d’un lieu qui serait nôtre. Ce lieu est-il une ville ? Un village ? Ou plutôt défini par un groupe d’individus, une communauté ? Ce que nous démontre les vaillants et irréductibles Gaulois de Bacurau (qui posent problème justement dans leur refus d’abdiquer), c’est que c’est un peu tout cela à la fois et donc, qu’en défendant un espace physique, c’est un ensemble de coutumes et de traditions (qui leur sont propres) qu’ils ne veulent pas voir rayé de la carte, et donc de la nouvelle Histoire. A noter que, contrairement au début du film (merveilleuse scène d’inhumation chantée), le film s’attarde malheureusement trop peu par la suite sur la manière de vivre de la communauté.
Le village de Bacurau, cœur du film donc, est aussi un vivier magnifique de personnages. Qu’ils soient grandiloquents, taiseux ou adulés, chacun possède sa place et a littéralement son rôle à jouer. C’est, là aussi, une façon judicieuse pour les deux cinéastes d’illustrer leur propos. En effet, comment mieux faire valoir l’importance d’une communauté qu’en faisant peser chacune des individualités qui la composent ? Pas vraiment de leader ou de protagoniste donc, juste une armée de personnalités plus ou moins excentriques qui forment un bataillon de résistance qui n’en est que plus humain et, par là même, plus réaliste.
Synopsis : Dans un futur proche… Le village de Bacurau dans le sertão brésilien fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte.
Bacurau : Bande-Annonce
https://www.youtube.com/watch?v=NC0C75dcnxk
Bacurau : Fiche Technique
Réalisation et scénario : Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles
Distribution : Barbara Colen, Sônia Braga, Udo Kier, Thomas Aquino, Silvero Pereira…
Montage : Eduardo Serrano
Musique : Mateus Alves et Tomaz Alves Souza
Production : Saïd Ben Saïd
Pays d’origine : Brésil
Format : Couleurs – 35 mm – 2,35:1
Genre : drame, thriller, western
Durée : 132 minutes
Dates de sortie :
France : 15 mai 2019 (festival de Cannes 2019) ; 25 septembre 2019 (sortie nationale)
Brésil : 29 août 2019
(Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement lors de sa sortie en France)
Les éditions Tamasa nous proposent de découvrir un très beau premier long métrage vénézuélien, La Familia, plongée réaliste et émouvante dans un Caracas violent et inhumain avec un père et son fils.
Pedro passe l’essentiel de son temps dans les rues du quartier pauvre de Caracas dans lequel il vit. Là, il joue avec les autres enfants, s’amusant au plus fort avec les garçons ou tentant de faire preuve de virilité devant les filles. Mais un jour un garçon menace Pedro à cause d’un téléphone portable. L’affaire tourne mal et Pedro tue le garçon.
Tous les thèmes du film sont présentés en quelques plans dès les premières minutes de La Familia, premier long métrage du cinéaste vénézuélien Gustavo Rondón Córdova.
D’abord la violence. Les jeux de ces garçons de la rue masquent mal leur violence : on se jette des pierres, on parade pour faire le plus fort. Et s’il arrive à certains de ces garçons de rentrer chez eux, c’est pour jouer à des jeux vidéo, violents, eux aussi. Des gangs semblent avoir pris le contrôle des rues et sur les trottoirs, on trouve plus de douilles de munition que de petite monnaie.
La violence s’est emparée de toute la société. Les rapports sociaux ne fonctionnent qu’avec de la violence, au minimum verbale, voire physique. Parmi le groupe ou au sein des familles, on se crie dessus beaucoup plus qu’on ne parle.
Cette violence, c’est celle d’une société complètement cloisonnée. Nous sommes dans un quartier pauvre qui ne laisse aucune possibilité de réussite à ses habitants. Les services publics sont tout simplement inexistants, les habitants sont livrés à eux-mêmes, obligés de survivre par la débrouille, le renvoi d’ascenseur et le réseau de connaissances. Le cadrage, aussi discret que remarquable, bouche constamment les horizons : il n’y a aucune ligne de fuite, aucun espoir de s’en sortir. La pauvreté est une sorte de malédiction sociale inexpugnable.
L’autre thème majeur du film, assez important pour lui donner son titre, c’est la famille. Pedro est livré à lui-même, délaissé par son père (que l’on devine devoir s’acquitter de son travail). Ce quasi-abandon condamne Pedro à une éducation de rue, avec une perte totale de repères moraux. D’ailleurs, l’attitude du père est moralement ambiguë aussi : s’il décide de fuir avec son fils, ce n’est pas par crainte de la police ou la justice, mais par peur de la vengeance des membres du quartier voisin. De même, si le père fait des reproches à son fils, ce n’est pas pour avoir tué un gosse, mais pour avoir tué le « mauvais » gosse, celui dont la mort va leur attirer des ennuis.
En suivant ce parcours d’un père et de son fils dans un pays économiquement et socialement dévasté, La Familia fait inévitablement penser au Voleur de Bicyclette. Comme dans le film de De Sica, l’histoire permet à la fois un côté politique, avec une description hyper-réaliste de la société de son temps, et un côté psychologique qui nous montre l’évolution des sentiments familiaux chez les deux personnages principaux. La situation va obliger Andrés à devenir un père, avec ce que cela implique en matière d’éducation, d’amour et de transmission.
Le film se construit alors en différentes séquences où le père et le fils parcourent différents lieux de Caracas pour s’y dissimuler. Cela permet au cinéaste de montrer des aspects différents de son pays, mettant l’accent sur les inégalités flagrantes qui structurent la société vénézuélienne. Mais surtout, chacune de ces séquences constitue une étape dans la constitution de ce sentiment familial, avec ce sentiment qu’une famille n’est pas naturelle ou innée, mais qu’elle s’élabore au fil du temps passé ensemble.
C’est donc un très beau film que nous proposent les éditions Tamasa. Un film humain et politique, émouvant et révoltant. A la fois description réaliste d’une société et portrait de deux personnages, La Familia est un très beau premier film. Il nous est proposé ici avec un making of de 24 minutes, qui nous permet, par exemple, de découvrir comment le jeune acteur non-professionnel Reggie Reyes a été choisi, et surtout avec un livret contenant entre autres un entretien avec le réalisateur et ses commentaires concernant le choix de la capitale ou les thèmes principaux du film.
La Familia : bande annonce
Caractéristiques du DVD
Version Originale Sous-Titres Français – 16/9 – 1,85 – Couleur – Dolby – Film 1h22
Compléments de programme :
Derrière la caméra de Gustavo Rondón Córdova (making of, 24 minutes)
Bande annonce
Livret de 16 pages illustrées : autour de La Familia
Les éditions BQHL nous proposent de découvrir un film méconnu de Stanley Donen, L’Escalier, dans lequel Richard Burton et Rex Harrison forment un vieux couple attendrissant.
Le nom de Stanley Donen, décédé en début d’année, fait inévitablement penser à des comédies musicales, bien entendu Chantons sous la pluie, mais aussi Un jour à New-York, par exemple. Le cinéaste avait aussi excellé dans la comédie en réalisant un formidable Charade, avec Cary Grant et Audrey Hepburn. Mais c’est un film méconnu de Stanley Donen qui sort en DVD, L’Escalier.
Charlie (Rex Harrison) et Harry (Richard Burton) forment un couple homosexuel tenant un salon de coiffure dans un quartier populaire de Londres. Et c’est là que réside l’intérêt principal du film : dans la vision qu’il offre de l’homosexualité. Le principe est clair : ce couple homosexuel fonctionne comme n’importe quel autre couple. On suppose que les deux personnages vivent ensemble depuis longtemps maintenant, et ils forment un de ces vieux couples où, à la fois, on ne supporte plus les petits défauts de l’autre, la patience envers les tares du compagnons a disparu, les reproches et les piques sont permanents, et en même temps on ne peut pas vraiment envisager de vivre l’un sans l’autre.
Les deux personnages sont très dissemblables. Charlie est un ancien acteur qui reste enfermé dans une vision romancée de son passé. Il prétend avoir été un comédien acclamé et semble encore croire à un possible retour sur scène. Assez précieux, il revendique son homosexualité, mais ses fanfaronnades cachent mal un certain malaise ; ainsi, il n’a pas vu sa fille Cassy depuis vingt ans, n’osant lui avouer son homosexualité. Harry, lui, expose plus facilement sa souffrance. Constamment taraudé par un mère impotente qui vit chez lui, il regrette surtout de ne pouvoir avoir des enfants.
La tension va se cristalliser autour de deux éléments : l’alopécie de Harry, et une convocation au tribunal pour Charlie. Cela va faire éclater les rancœurs et les frustrations accumulées au fil des années. Mais ces propos parfois durs, les coups de colère et les menaces de départ ne masquent pas non plus le grand amour qui unit les deux personnages.
Le traitement réservé à la représentation de l’homosexualité est assez remarquable : loin des caricatures que l’on nous infligera encore trop longtemps, Stanley Donen représente ses personnages comme formant un couple ordinaire que rien ne différencie d’un couple hétéro. Et, en 1969, c’est en soi un fait remarquable, surtout lorsque l’on sait qu’au Royaume-Uni, l’homosexualité n’a été dépénalisée que deux ans auparavant. Et, encore, était-ce sous certaines conditions, ce qui peut justifier certaines réactions des personnages (Harry ne supporte pas de voir les couples hétéro s’embrasser dans la rue, ce qui n’était pas autorisé pour les homosexuels).
Il est très intéressant de comparer L’Escalier à un autre film britannique traitant des homosexuels, La Victime, de Basil Dearden, sorti en 1961, avec Dirk Bogarde. La Victime se déroule dans un Royaume-Uni où l’homosexualité est un crime puni de la prison, et où les maîtres-chanteurs fleurissent sur ce terrain idéal. Moins de dix ans plus tard, le couple principal de L’Escalier vit ensemble au vu et au su de tous, dans la plus grande légalité. Là réside aussi un des intérêts de ce film : dresser un état de la société britannique de son temps.
Sur un tel sujet, les compléments de programme pouvaient être foison : sur Stanley Donen, Richard Burton ou Rex Harrison, sur la représentation de l’homosexualité au cinéma, sur la société britannique de la fin des années 60, etc. D’où notre surprise en voyant que L’Escalier est présenté de façon brute, sans le moindre complément de programme, pas même la moindre petite présentation.
C’est donc uniquement pour le plaisir de découvrir un Stanley Donen différent, plus sobre, plus social, plus émouvant, avec deux acteurs épatants de justesse, sur un sujet pour le moins inattendu, qu’il faut se diriger vers cette sortie aux éditions BQHL. Le film mérite d’être vu, et c’est déjà bien qu’on nous en donne la possibilité.
Caractéristiques du DVD
Durée : 96 minutes
Langues : anglais, français
Sous-titres français
Son : Dolby digital 2.0 mono
Qualité NTSC
Format de l’image 4/3
Petite série B qui a atteint le statut de film culte, Le Bal de l’horreur (Prom Night) de Paul Lynch sort en DVD et Blu-ray chez Rimini Editions.
Sorti en 1980, Le Bal de l’horreur n’était, a priori, pas promis à un grand avenir. C’est ce qui ressort des interviews disponibles dans les compléments de programme. Tout le monde, à commencer par le réalisateur et le scénariste, fut donc surpris de voir le succès public de ce qui n’était qu’un petit film de série B.
Le but était clair : surfer sur la vague du Halloween de Carpenter, mais aussi du Carriede Brian de Palma en créant un slasher qui se déroule pendant le bal de fin d’année dans un lycée américain. Six ans plus tôt, quatre gosses s’amusant dans une école abandonnée ont tué accidentellement une de leurs camarades. Or, quelques jours avant le bal, ces quatre coupables reçoivent un coup de téléphone mystérieux dans lequel ils ne parviennent pas à percevoir le danger.
Apparemment, le film prend alors le rythme doux et lent d’une chronique de la vie lycéenne, mais le cinéaste parvient subtilement à instaurer un inquiétude diffuse. On ne voit rien, mais nous, spectateurs, savons qu’un danger plane sur ces personnages. Et le suspense est d’autant plus important que l’on ignore l’identité et le visage du tueur. Il peut donc être n’importe qui, n’importe où, et le réalisateur va jouer de cela en faisant surgir le tueur au moment où on l’attend le moins.
La présence de Jamie Lee Curtis fait bien entendu penser au Halloween de John Carpenter. Mais Le Bal de l’horreur se distingue nettement des slashers habituels par le fait que le tueur, ici, parvient parfois à attirer la sympathie (ce qui n’est pas toujours le cas de ses victimes potentielles).
La postérité de ce Bal de l’horreur est évidente lorsque l’on voit, par exemple, un film comme Scream, qui reprend les principaux schémas du film de Paul Lynch : un slasher où le tueur appelle ses victimes, le lien entre sexualité et crime, etc. Car dans Le Bal de l’horreur, plusieurs des victimes sont tuées dans un contexte lié à la sexualité. De plus, le cinéaste n’hésite pas à jouer avec la sensualité de son actrice principale.
Le Bal de l’horreur ne lorgne pas uniquement du côté de l’horreur. Une scène disco fait inévitablement penser à La Fièvre du Samedi soir, et permet à Jamie Lee Curtis de nous livrer une très belle prestation de danse. Il y a aussi des passages plus légers sur les préoccupations lycéennes. Et puis, il faut ajouter la présence appréciable de l’excellent Leslie Nielsen. L’acteur venait juste de devenir très populaire grâce au délire des ZAZ (Zucker-Abrahams-Zucker), Y-a-t-il un pilote dans l’avion ?, et Le Bal de l’horreur profitera de ce succès inattendu. Dans les compléments de programme, tous les intervenants évoquent le souvenir de ce grand acteur apparemment intenable sur les plateaux de tournage…
Le film est accompagné de deux compléments qui se présentent sous forme d’entretiens. Le premier se fait avec le scénariste, William Gray, qui nous parle des péripéties de la création du film. Le second entretien, plus long et plus intéressant, se fait avec une grande partie de l’équipe : réalisateur, directeur de la photographie, compositeur de la musique et les principaux acteurs (mis à part Leslie Nielsen, hélas décédé, et Jamie Lee Curtis). On y apprend comment s’est bâti le film, quelles difficultés ont été rencontrées, et la surprise du succès.
Le Bal de l’horreur : bande annonce
Caractéristiques du DVD :
Durée : 92 minutes
Son : français et anglais mono
Sous-titres français
Image : 16/9 compatible 4/3 format respecté 1.78
PAL
Compléments de programme :
Making of (40 minutes) Interview du scénariste William Gray (30 minutes)