Georges Méliès, portrait d’un visionnaire

Georges Méliès, portrait d’un artiste

Les premiers pas d’un génie.
Georges Méliès né à Paris en décembre 1861. Son père Jean Louis Stanislas Méliès est un industriel de la chaussure de luxe, qui réussit dans les affaires comme dans sa vie personnelle, mondaine. Dès son plus jeune âge, le petit Georges manifeste des talents créatifs. Il écrit des poèmes et des histoires, caricature ses professeurs ou dessine des paysages, bricole aussi de ses petits doigts quelques purs produits de son esprit. Il fait ses études au Lycée impérial de Vanves, puis au lycée Louis-le-Grand. L’agitateur d’idées qui sommeillait en lui jusque là va alors se réveiller. C’est au moment de son service militaire à 18 ans, selon certains dires, qu’il rencontrerait Robert Houdin, l’illustre magicien.
Georges Méliès veut devenir peintre et entrer aux beaux-arts. Mais il intègre à la place l’entreprise familiale où il apprendra la mécanique ; discipline qu’il mettra à profit au cours de sa carrière. Envoyé par ses parents à Londres pour perfectionner son anglais, il s’essaye à l’art de la prestidigitation à l’Egyptian Hall et assiste son mentor, l’illusionniste David Devant, à la confection de décors. C’est ainsi que Georges Méliès, rentré à Paris, devient magicien. Il se produit au cabinet fantastique du Musée Grévin et occupe un poste de journaliste caricaturiste au journal satirique La Griffe.
En 1888 à 26 ans, il revend ses parts de l’entreprise de chaussures pour acheter le Théâtre Robert Houdin. Georges Méliès y récupère quelques automates et présente rapidement des spectacles d’illusions où il met en scène ses talents artistiques et ses idées avant-gardistes.
En 1891, il fonde l’Académie de Prestidigitation. Georges Méliès est alors directeur de son théâtre, créateur de costumes et de décors, metteur en scène, s’occupe des castings…en sus du costume de magicien.

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« Remerciez-moi, je vous évite la ruine, car cet appareil, simple curiosité scientifique, n’a aucun avenir commercial ! »
Sa période créatrice commence réellement fin 1895, lorsqu’il assiste à la première projection publique des frêres Lumière, au Grand Café. Georges Méliès capte tout de suite l’intérêt de l’appareil et son potentiel énorme. Son offre d’achat est déboutée par les Frères Lumière qui « prétextent » un pauvre avenir pour le cinéma. Mais Méliès n’en reste pas là. Il acquiert l’Isolatographe des Frères Isola, propriétaires depuis 1892 du théâtre des Capucines, ainsi que le projecteur Théatographe développé par Robert William Paul, opticien et accessoirement premier réalisateur de films anglais. Georges Méliès fonde logiquement sa propre société de production, Star Film, et projette dès le 5 avril 1896, des films adaptés de la trame des Frères Lumière comme il est coutume de faire à l’époque. Les intempéries et les changements incessants d’intensité de lumière l’amènent, en 1897, à créer son studio de cinéma ; premier studio français, installé dans sa propriété de Montreuil, d’où sortiront 520 films fantastiques, mystérieux ou pleins d’humour. Pour les besoins du film, pensant toujours technique et développement, Georges Méliès créé des métiers inconnus jusqu’alors : producteur, réalisateur, scénariste, décorateur ou opérateur.

Le magicien changé en cinéaste visionnaire.
homme-a-la-tete-en-caoutchouc-georges-meliesGeorges Méliès filme d’abord des sujets simples. Le contemplatif de la mer, l’agitation de la rue ou la famille, comme le faisait encore une fois les Frères Lumière. Le 5 avril 1900, il dévoile à son public des prises de vue de villes et de champs, réalisées à partir d’un kinétographe qu’il a lui-même conçu. Avec cet appareil qui permet de prendre plusieurs photographies à de très courts intervalles pour donner une impression de mouvement, il prend conscience qu’il est possible d’aller au delà des simples captations instantanées de la vie de tous les jours. Et c’est ainsi que Georges Méliès pose les bases de la fiction cinématographique. A l’aube de son invention, le cinéma prenait déjà toute son amplitude, sa signification et sa raison d’être. Son évolution ne serait désormais plus qu’une histoire de technique et de style.

L’Albert Einstein du Septième Art.
Méliès explore à quelques exceptions près tous les registres possibles. Comédie, fantastique, documentaire, horreur, guerre, aventure ou conte. Il met au point le fondu enchaîné, la surimpression ou encore l’arrêt sur image et élabore de nouveaux effets et trucages, comme le dédoublement du personnage, ou la substitution. Georges Méliès se sert de ses films comme laboratoires d’essais et d’expérimentations. Avec La sortie de l’usine ou L’arrivée d’un train à La Ciotat en 1895, les Frères Lumière ont inventé le documentaire. Mais Georges Méliès a ouvert la voix d’un imaginaire filmique sans bornes, et introduit les effets de la machinerie, à l’origine très certainement d’oeuvres ultérieures majeures comme Alien, le huitième passager de Ridley Scott ou The Thing de John Carpenter.

Escamotage d’une dame chez Robert-Houdin

https://www.youtube.com/watch?v=FQQM9wMuR0o

1896. Un court métrage d’à peine 1.5 min dans lequel Georges Méliès prend le rôle d’un prestidigitateur. Il se filme avec sa femme, comme assistante dans ce numéro de magie, la fait disparaître sous un voile et la remplace par un squelette ; métaphore poétique de la création cinématographique.

Premier essai captivant par la mise en scène théâtrale, la prestance de ce personnage central, la neutralité du second, et l’amusant découpage de la pellicule.


Défense d’afficher

https://www.youtube.com/watch?v=pDDzHzbuKAQ

1896 toujours, Défense d’afficher est l’une des premières comédies de toute l’histoire du cinéma. Pas tout à fait 1min15, pour une seule petit séquence d’humour. Fin, expressif malgré le muet, bienfaisant.


La Star Film propose déjà 34 films à son catalogue, auquel viendront s’en ajouter 29 en 1901. Georges Méliès produit 3 oeuvres majeures en 1902, dont le célèbre (Le) Voyage dans la Lune.

Voyage dans la Lune

https://www.youtube.com/watch?v=9m830jhUi3E

1902, le chef d’oeuvre de Méliès. Considéré comme le premier film de science-fiction au Monde, Voyage dans la Lune fait prendre un véritable tournant à la conception première du cinéma. Georges Méliès fait preuve d’une justesse extrême, d’une imagination libérée des obstacles physiques et idéologiques d’alors, d’une anticipation déstabilisante pour tout spectateur du 21ème siècle.
Il personnifie cette Lune qui fascine depuis la nuit des temps et traduit par l’image une question existentielle qui poussera l’homme vers l’espace 60 ans plus tard. Riche d’idées, le court-métrage mêle le réel à l’illusion, le rêve au fantastique, avec le désir fort de bousculer les idées et révolutionner les consciences. Les effets spéciaux y sont véritablement ingénieux tout comme le scénario, magique et vertueux. Voyage dans la Lune est un film unique en son genre, un film qui donne toute la mesure d’une époque partagée entre moyens techniques et philosophie.


Fin 1903, Star Film est représentée à Berlin, Barcelone, Londres et à New York sous le nom Go Méliès Star Film Manufacturing,
mais doit faire face à une concurrence féroce. Gaumont fondée en 1895, et la compagnie des quatre Frères Pathé créée en 1896, gagnent de l’importance en ce début de 20ème siècle. Pathé distribue 40% des films projetés en Europe et aux États-Unis. Gaumont change sa forme juridique, devient société anonyme sous le nom de Société des établissements Gaumont. Pour contre-attaquer, Georges Méliès étant la durée de ses films, travaille la profondeur du scénario et la plastique des décors, offre de nouvelles pistes de réflexion sur l’homme et son environnement.

Deux cent mille lieues sous les mers

1907. En quelques sortes le miroir de Voyage dans la Lune, Deux cent mille lieues sous les mers s’inspire de l’oeuvre de Jules Verne. Le film figure la curiosité de l’homme pour les profondeurs océaniques, qui sont là, juste sous ses pieds mais qu’il ne peut encore explorer. Georges Méliès met en mouvement les éléments du décor pour fantasmer une aventure qui confronte l’humain à un environnement hostile où tout lui est étranger. Un court-métrage qui montre la fascination du cinéaste pour le milieu sous-marin, suggérant l’immensité de l’inconnu et l’extraordinaire trésor culturel qui s’y cache, sans jamais oublier la touche d’humour propre à son oeuvre.


Tandis que l’histoire du cinéma est en marche, l’entreprise de Méliès est confrontée à de nouveaux défis qui bouleversent la pérennité de Star Film. Le rythme de production diminue à partir des années 1910. Seulement 2 films sont réalisés en 1911, 4 l’année suivante.

À la Conquête du Pôle

https://www.youtube.com/watch?v=mOGuRCwVCD0

1912. l’une de ses œuvres les plus ambitieuses. Entre espace et océan, Méliès développe ici l’idée de la conquête terrestre. Mais comment parvenir à joindre le Pôle ? Les idées sont riches et intelligentes, la mise en scène séduisante. 30 minutes de rêve et de ravissement cinématographique.


Sous la pression financière, Georges Méliès doit se résoudre à mettre fin à ses activités cinématographiques. Il poursuit cependant la mise en scène de pièces de théâtre jusqu’en 1923.  Cette même année, criblé de dettes, il revend sa propriété à Pathé. La guerre entraine la fermeture du Théâtre Robert Houdin. Tous ses films sont vendus ou détruits. En 1925, ruiné, il croise le chemin de l’actrice Jeanne d’Alcy, commerçante à la gare Montparnasse. Méliès l’épouse et s’installe avec elle dans sa boutique de sucreries. A la mort de sa fille, Georgette, en août 1930, il recueille sa petite-fille Madeleine, âgée de 7 ans.
Quelques années plus tard, Georges Méliès est redécouvert par Luis Buñuel et André Breton qui l’amènent à décrocher la légion d’honneur le 22 octobre 1931. Tout début 38, Henri Langlois à l’origine de la Cinémathèque française, regroupe une partie des films du réalisateur en vue de leur restauration. Georges Méliès décède à Orly quelques jours plus tard, le 21 janvier 1938.

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Curiosité, imagination et anticipation sont quelques mots qui caractérisent l’oeuvre de Georges Méliès. Ce pionnier du cinéma pour qui la création était au centre de la vie, conduisit le Septième Art à se révéler au public, à s’émanciper très top dès ses 10 premières années, et révéla des possibilités qui n’auraient de limites que l’inventivité des hommes. Il contribua aussi à l’évolution de la société, du Monde de façon générale grâce à ses idées novatrices. Méliès n’a pas seulement développer la technique cinématographique, mais posé les bases de ce qu’allait être le cinéma moderne.

Georges Méliès restera l’un de ses piliers, l’un des petits pères du Septième Art ou son étoile du berger.

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