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Super Mario Bros, le film : un didacticiel sans interactions

Impossible de passer à côté de Super Mario Bros, qui continue encore d’envahir les consoles de salon et à présent les grandes toiles des salles obscures. La figure mère de Nintendo a-t-elle enfin trouvé le compromis entre la console et le cinéma ?

Les jeux d’arcade continuent d’être un hub social, en plus de représenter un sas de décompression après une journée au boulot sur le territoire japonais. Il s’agit d’une chose qui s’est perdue partout ailleurs, laissant ainsi les héros de cette génération à l’abandon (Ralph 2.0). Et pour cause, le jeu vidéo a progressé vers les foyers populaires, jusque dans les petites mains d’enfants et d’adolescents. Sous l’impulsion de la société japonaise Nintendo, Shigeru Miyamoto et Takashi Tezuka ont fini par créer Super Mario, qui serait à même de rivaliser avec le Mickey Mouse de Walt Disney, malgré la différence des médiums. Tous deux ont pour vocation de créer du divertissement convivial, universel et intemporel, preuve qu’aujourd’hui, et malgré quelques dérapages, il est possible de faire vivre l’expérience sensorielle de nos jeux favoris sur grand écran (Ready Player One). Cependant, difficile de croire que ce point appartienne au cahier des charges, malgré quelques séquences remarquables.

Here we go !

Un brossage artistique signé Illumination ne pouvait que mieux convenir aux frangins plombiers. Il ne reste plus qu’à façonner tout un univers, où les mimiques du jumpman tiendraient la route. Aaron Horvath et Michael Jelenic, qui ont travaillé sur la série animée, ainsi que le film adapté, Teen Titans GO!, ont cette lourde tâche. Mais ce qui coinçait déjà avant même la sortie du film, c’est bel et bien la trajectoire de ses personnages, où tout est à refaire, où tous les raccords sont à inventer. Matthew Fogel, co-scénariste de La Grande Aventure Lego 2 et Les Minions 2, s’envole seul, afin de nous faire oublier cette affreuse adaptation live-action de 1993 (Super Mario Bros.), un échec commercial et critique, où d’autres licences de jeux vidéo, de combat notamment, se sont également brûlé les ailes (Street Fighter, Mortal Kombat et Double Dragon pour ne citer qu’eux).

Si combattre des créatures venues des égouts de Brooklyn constituait le point de départ du jeu du même nom, c’est avec l’antagoniste que l’on ouvre le bal, avec son imposante masse reptilienne cracheuse de feu. Nous ne nous doutions pas à cet instant que tous ces tambours de guerre qu’il emploie étaient annonciateur de la débâcle à venir, une fois l’introduction passée.

Souvenirs arc-en-ciel

Réorchestrations musicales plus ou moins déguisées et une vidéo promotionnelle qui promeut la complicité entre Mario et Luigi, tout est balisé pour qu’on ait l’impression de garder la manette en main. Pourtant, on s’interroge rapidement sur le produit que nous regardons. Pas une publicité, mais bien du cinéma ? C’est en tout cas ce que Luigi défend, lorsque son frère à la casquette rouge n’y voit qu’un prétexte pour lancer son aventure sur les bons rails. Alors oui, on ne tergiverse pas trop longtemps pour séparer le duo, où l’on sent une réelle motivation, afin d’iconiser deux environnements opposés, l’un fait de champignons inoffensifs, l’autre de Squelerex enragés.

À partir de là, on surfe ironiquement sur la saison des Easter eggs, ou œufs de Pâques, des références que l’on est censé cacher pour le plaisir ludique des chasseurs. Ici, toute citation est transparente afin qu’il n’y ait pas d’ambiguïtés, ce qui rend cette œuvre très discutable en tant qu’objet cinématographique. Le fan service est inévitable, mais ne trouve jamais la bonne dose pour servir les enjeux du maigre récit. Ce n’est plus la princesse Peach que l’on doit sauver, mais bien Luigi, car le parcours de la milady ne se prête guère à la destinée romantique.

On passe notre temps identifier ce qui peut l’être, du manoir de Luigi’s Mansion au circuit arc-en-ciel de Mario Kart, en passant par l’arène de Super Smash Bros. La quête des héros devient un amalgame de prétextes vers le prochain easter egg, toujours plus assourdissant quand il s’agit de la musique et toujours plus frustrant quand il s’agit d’assister aux travellings sur des héros que l’on ne peut guider avec une manette. Tout le problème réside donc dans cette démarche, à l’esthétique irréprochable, mais dont la superficialité de l’écriture fait que l’on marche sur la même peau de banane qu’on vient de nous lancer un peu plus tôt.

Tout-à-l’égout

Où est donc passé l’euphorie du jeu ? Nul doute qu’elle a été aspirée par le désir de bien faire sans nourrir davantage l’univers que nous connaissons déjà. Il ne reste plus que des personnages non jouables, que l’on voit défiler comme Donkey Kong, qui prend ces mots avec un peu trop de premier degré. C’est pourtant dommage de gâcher ce divertissement familial avec de petites pirouettes qui ne vont nulle part. Bowser pousse malheureusement le refrain un peu loin pour qu’on ne l’identifie plus comme une menace, mais bien comme une anomalie dans une intrigue qui ne jure que par l’absurde pour capter notre frêle attention.

De même, Toad ne semble pas satisfaire les exigences du compagnon de voyage, si ce n’est pour servir de sidekick comique, le temps de quelques séquences qu’on aura vite fait oublier. Ce n’est qu’en dehors des clins d’œil que l’humour décape, mais tout cela ne constitue qu’une infime partie du jeu, finalement peu cohérente avec les caractérisations que l’on s’est donné tant de mal à présenter.

Tous ces points noirs sont accentués par l’utilisation excessive de tubes des années 80 à 90, avec Holding Out for a Hero, Take on Me ou encore Thunderstruck. Ce baroud d’honneur justifie le fait que le souffle épique ne trouve pas d’issue avec le peu d’ingéniosité que le film nous offre visuellement. Et même en sachant cela, rien n’est stimulant. C’est à l’image d’une séquence d’entrainement, où Mario doit apprivoiser un environnement hostile, afin de devenir le Super Mario, à force de persévérer, comme toute personne ayant joué ou joue encore à la licence le sait. L’intention y est, mais l’exécution sabote tous les power-ups qu’elle ramasse en cours de route, et cela dans le seul but de conclure un affrontement à la volée.

Les plus petits auront de quoi rêver un peu plus longtemps, tandis que les plus âgées verront leur corde nostalgique tirée si fort, qu’ils seront aspirés par le rythme soutenu du voyage ou bien expulsés par le petit tuyau, celui qui nous renvoie à notre siège, trop inconfortable pour qu’on s’y sente chez soi. Super Mario Bros, Le Film n’a donc pas de quoi casser des briques, pourvu que l’on appuie sur le bon champignon. Cela nous apprend une fois de plus que cette impasse, dans laquelle se lancent tous les studios qui adaptent un jeu vidéo dont on retire la manette des mains, est représentative d’une grande publicité déguisée, car l’interaction n’y est plus et l’envie d’y rejouer non plus.

Bande-annonce : Super Mario Bros, le film

Fiche technique : Super Mario Bros, le film

Titre original : The Super Mario Bros. Movie
Réalisation : Aaron Horvath, Michael Jelenic
Scénario : Matthew Fogel
Sound design : Daniel Laurie, Randy Thom
Musique : Brian Tyler, Koji Kondo
Montage : Eric Osmond
Production : Universal Pictures, Illumination Entertainment, Nintendo
Pays de production : Etats-Unis, Japon
Distribution France : Universal Pictures International France
Durée : 1h32
Genre : Animation
Date de sortie : 5 avril 2023

Synopsis : Alors qu’ils tentent de réparer une canalisation souterraine, Mario et son frère Luigi, tous deux plombiers, se retrouvent plongés dans un nouvel univers féerique à travers un mystérieux conduit. Mais lorsque les deux frères sont séparés, Mario s’engage dans une aventure trépidante pour retrouver Luigi.

Super Mario Bros, le film : un didacticiel sans interactions
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Makoto Shinkai, l’adolescent romantique

Il vient tout récemment de souffler ses 50 bougies. Le réalisateur originaire de la préfecture de Nagano nous donne rendez-vous le 12 avril pour la sortie nationale de Suzume, une œuvre aussi solaire que son sujet, toujours empreint de mélancolie.

Pour anticiper son retour sur grand écran, on vous propose un petit détour sur la filmographie de Makoto Shinkai, un adolescent qui rêve de s’élever, dans un souffle épique et romantique. Et il serait donc dommage de passer à côté de ses influences, qui ont laissé une trace importante, aussi bien dans le cinéma d’animation que dans l’ouverture de la culture nippone, à travers des contes pour tous les âges.

Après avoir quitté son poste de graphiste chez la société d’édition et de développement de jeux vidéo, Nihon Falcom Corporation, l’esprit vif et le regard affûté de Makoto Shinkai l’ont évidemment poussé à prendre exemple sur ses prédécesseurs, car un cap a bien été franchi depuis quelques années. Lorsque Mamoru Oshii (Ghost In The Shell), Katsuhiro Ôtomo (Akira, Steamboy), Hideaki Anno (Neon Genesis Evangelion) et Shinichirô Watanabe (Cowboy Bebop, Samourai Shampoo) ont posé les bases dans des univers très orientés science-fiction, le sel des années 80-90, de nouveaux animateurs ont répondu à leurs exploits. Satoshi Kon (Perfect Blue, Millenium Actress, Paprika), Isao Takahata (Le Tombeau des lucioles, Mes voisins les Yamada, Le Conte de la princesse Kaguya) et Hayao Miyazaki (Le Château dans le ciel, Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro) se sont constamment passés la balle dès la fin du siècle dernier, jusqu’à ce qu’on vienne la récupérer.

Les portes du temps

C’est à présent au tour de la nouvelle génération de s’en inspirer et de révéler leur environnement, où l’on commence à délaisser la pure fantaisie pour parler du monde d’aujourd’hui, dans une spontanéité à la fois déconcertante et riche, que Shinkai et Mamoru Hosoda (Summer Wars, Les Enfants loups, Ame & Yuki, Belle) sont aptes à nous offrir. Cet imaginaire a certes un pied ancré dans le présent tel que nous le connaissons, mais c’est justement en questionnant les légendes urbaines, shintoïstes ou universelles que ces auteurs ouvrent les portes du temps et de l’espace pour enfin les confronter et parfois les mélanger.

Makoto Shinkai a immédiatement démarré dans la subtilité avec le court-métrage Elle et son chat. Celui-ci dégage un style épuré, teinté d’un noir et blanc qui laisse transparaître la fragilité des êtres que l’on voit anéantis par la solitude. Sous le point de vue d’un chat adopté, c’est toute une complicité autour de la compréhension des sentiments que l’auteur défend. Le félin et sa maîtresse s’apprivoisent mutuellement au fil des saisons et de leurs aventures respectives. La musique et la voix-off du chat offrent un cocktail explosif et immersif dans cette fable, où le temps se dilate en fonction de nos émotions.

Et ce sera avec son court-métrage suivant, plus ambitieux, que son futur cinéma dévoile ses contours. The Voices of a Distant Star est autant une histoire de conquête spatiale qu’une déclaration d’amour permanente entre la pilote Mikako et Noburo. Les deux sont liés par la force de leurs sentiments, malgré des sauts en hyperespace, qui accentuent davantage la distance qui les sépare, dans le temps et géographiquement. Le but est de tout faire pour rapprocher ces inséparables, jusque dans les derniers plans, à la fois épiques et mélancoliques. De cette manière, le cinéaste n’a de cesse de joindre les deux bouts de deux points de vue différents, la tête tournée vers le ciel, synonyme d’espoir et théâtre d’un rendez-vous unique.

La vie après la mort

L’amour de l’être disparu ou réapparu permet de rêver d’une seconde chance. C’est tout ce que le cinéaste souhaite à ses personnages, humains avant tout et désespérément romantiques. La Tour au-delà des nuages, récit uchronique du Japon d’après-guerre sous influence occidentale, dépeint les cicatrices du temps qu’on laisse filer. Il s’agit d’une course vers les cieux, vers l’inconnu, en parallèle de celle de l’armement. Avec cette œuvre, on marche vers les cieux, avec l’espoir de récupérer et de réunifier la mémoire d’une nation séparée en deux. La fuite en avant – que ce soit pour échapper à la solitude, à la scolarité, une rupture ou un deuil non résolu – est ce qui catalyse tous les récits de Shinkai.

C’est d’ailleurs ce qui touche le plus dans 5 centimètres par seconde, dont les trois chapitres résument le contre-temps du couple à l’écran. Chacun attend à quai que le prochain train veuille bien les ramener l’un vers l’autre, ou bien que les sakuras fleurissent de nouveau pour eux. Tout ce qu’on a déjà pu aborder plus tôt s’étale sur leur trajet, où l’amour réconforte, blesse et réconforte de nouveau. Mais c’est en brisant subtilement ce cycle que cette œuvre se démarque des autres, avec le minimum d’artifice possible, dans une sobriété onirique rare. Les cœurs sensibles s’y reconnaîtront.

Il n’est donc pas étonnant de voir ensuite Shinkai partir en quête d’un monde souterrain mythique, afin de garder les pieds sur terre, ou presque. Voyage vers Agartha, une sorte de conte emprunté au Voyage au centre de la Terre de Jules Verne, est en accord avec la spiritualité d’Hayao Miyazaki. Le monde des morts ou des esprits, c’est l’environnement dans lequel évoluent deux protagonistes, qui partagent leur solitude dans un voyage d’une vie après la mort. Le deuil a souvent capté cette détresse chez l’individu, marqué au fer rouge par un traumatisme. Shinkai s’en sert ici pour briser les frontières, afin d’unifier le fantastique et la réalité. Il reste également optimiste quand il s’agit d’accompagner l’esprit des défunts, ce qu’il fait sans ambiguïté et avec bienveillance.

La météo des sentiments

« J’ai trouvé une vraie beauté dans le ciel, mais il y a très longtemps. », a déclaré Makoto Shinkai, dans un entretien avec le Journal du Japon. La nostalgie qui s’empare de lui en prononçant ces mots est ce qui motive son esprit créatif, tourné vers une expression de plus en plus visuelle, toujours au service du sensoriel. Il transforme ainsi chaque apparition du ciel en une peinture aux couleurs des sentiments. Un vent qui se lèverait donc bien sur l’ère révolue de Miyazaki et du studio Ghibli, qui peinent à se réinventer, en parallèle de Pixar qui s’uniformise peu à peu sous le joug du studio aux grandes oreilles.

Il y a rarement un arrière-plan futile dans ce qu’il compose à l’écran. Sous les pinceaux de Masayoshi Tanaka et Masashi Ando, dessinateur de personnages emblématiques aux côtés de Miyazaki et de Kon, on apporte une véritable profondeur dans l’image, fascinante et envoutante. Le sens du détail de chaque objet, une couleur saturée par-ci, une texture dans l’ombre ou sous un rayon de soleil par-là, rien n’est laissé au hasard dans une animation calibrée pour émerveiller, à travers une vision fidèle du monde. Ce réalisme est au service de la contemplation, une chose que le cinéaste affectionne énormément et qu’il souhaite partager avec nous. C’est pourquoi le ciel étoilé le fait toujours vibrer et qu’il s’évertue à le transposer sur la grande toile du septième art. À cet instant, c’est tout ce qui compte pour Shinkai, humble dans sa façon de raisonner et merveilleux dans sa manière de nous l’apporter.

L’eau apparaît comme un symbole d’espérance et de rédemption dans Garden of words, tandis qu’elle possède une signification un peu plus mystique dans Les Enfants du Temps. Elle arrive sous forme de pluie, un voile parfois bien épais et qui joue sur les apparences. Les quelques éclaircies peuvent alors permettre au spectateur de sonder les maux des personnages et de trouver les clés de tous les enjeux. Chacun recherche une chaussure à son pied, cette étincelle de vie qui procure la sensation de marcher à nouveau dans le bon sens. L’eau est ainsi un guide, mais également un fléau qui frappe les côtes japonaises.

Les nombreux tsunamis, et autres séismes à l’origine de ces derniers, traversent les générations et les lient entre elles. Le deuil est donc une étape que confrontent tous les autochtones, tôt ou tard. Et la douleur qui en découle, Makoto Shinkai décide de la rabattre au cœur de ses histoires d’amour, pour se reconnecter à la vie ou bien pour enfin la reprendre en main comme jamais il n’a été possible auparavant. Suzume aborde d’ailleurs frontalement ce sujet, sans déroger à la quête initiatique de ses personnages.

Tout cela est mû dans un déterminisme solaire, où les héros adolescents seraient les parfaits ambassadeurs. Les choix sont ainsi conditionnés par des sentiments refoulés et qui ont le don d’éclore dans un dénouement dantesque, épique et musicalement émouvant, un autre point fort qui constitue la marque de fabrique de son auteur et maestro visuel.

La mélodie du bonheur

La musicalité parle d’elle-même. Alterner le silence, les bruits de pas et de respiration permet déjà aux récits de souffler un bon coup. Et quand la bande-son prend le dessus, elle accompagne systématiquement les personnages dans leurs transitions, jusqu’à les délivrer de leur peine, qu’ils traînent tout le long de leur périple.

« Je raconte une histoire à travers le cinéma, mais toujours avec la musique », encore dans un entretien avec le Journal du Japon. Makoto Shinkai sait déjà profiter de l’élan épique. Le jumeler avec une composition qui transpire la sincérité ne fait qu’amplifier les enjeux, de la plus petite échelle à celle du grand ciel, que tout le monde scrute simultanément.

Chaque coup d’archet de l’héroïne dans La Tour au-delà des nuages est un pincement au cœur. Les instruments musicaux ont pour objectif d’élever les personnages à un nouveau niveau de conscience. Dans la plupart du temps, il s’agit d’accepter un fort sentiment d’éloignement, signifiant ainsi un fort désir de se rapprocher de sa moitié.

Shinkai fait ainsi savoir qu’il variait les voix, mais il a depuis peu fidélisé l’une d’entre elles. Le groupe de rock Radwimps ne le quitte plus depuis le succès international de Your Name., magnifique échappée de deux âmes sœurs, liées par leurs vies enchâssées. Leurs musiques populaires sont une manière de rapprocher le spectateur et les personnages dans un état d’euphorie qui retombe souvent sous forme de larmes que l’on abandonne volontiers.

La sensibilité de l’auteur est très appréciée et c’est ce qui rend ses œuvres accessibles, où nous sommes invités à rêver et à tomber en amour pour les mots cachés qu’il laisse derrière lui, à l’image des deux déserteurs de The Gardien of words. Sans fausse note.

Le vent s’est levé

S’il est souvent identifié comme le successeur spirituel de Hayao Miyazaki et de la firme Ghibli, notons qu’il ne s’agit pas de comparer les deux artistes, mais bien de superposer leur habileté dans l’écriture. « Il y a un héritage du studio Ghibli, de Hayao Miyazaki, mais je cherche à faire un cinéma différent » (Makoto Shinkai, sous le micro de France Culture). Ce dernier a dorénavant pris son envol, quand bien même on puisse lui reprocher d’être à mi-chemin du renouvellement. Il est l’un des acteurs principaux de la génération du numérique, où l’animation sublime des thématiques qui fonctionnent encore et toujours. Que ce soit dans le présent, le passé ou le futur, dans la vie ou dans la mort, ses héros ne cessent de grandir et de trouver une issue pour ne plus se quitter. C’est précisément dans ces moments que l’uppercut émotionnel nous arrive droit au cœur, à la force d’un dosage minutieux et d’une patience payante.

L’animation japonaise change de couleurs, ainsi que l’épaisseur de son trait. Tout en gardant un œil sur son ses prédécesseurs, comme source de motivation et non plus d’inspiration, il est indéniable que Makoto Shinkai tient les rênes d’un mouvement pop très audacieux et toujours plus merveilleux, tel l’adolescent romantique qui n’a jamais quitté sa plume ou son pinceau pour s’exprimer.

Filmographie de Makoto Shinkai

Longs-métrages

2004 : La Tour au-delà des nuages (Kumo no mukō, yakusoku no bashō)
2007 : 5 Centimètres par seconde (Byousoku 5 centimeter)
2011 : Voyage vers Agartha (Hoshi o Ou Kodomo)
2013 : The Garden of Words (Koto no ha no niwa)
2016 : Your Name. (Kimi no na wa.)
2019 : Les Enfants du temps (Tenki no ko)
2022 : Suzume (Suzume no tojimari)

Courts-métrages

1999 : Elle et son chat (Kanojo to kanojo no neko)
2002 : The Voices of a Distant Star (Hoshi no Koe)
2003 : The Smile (Egao, clip musical)
2013 : Dareka no Manazashi
2014 : Cross Road

The Night Agent, Saison 1 : Un plaisir coupable par excellence

Si le scénario de cette première saison suit la recette classique d’un bon blockbuster américain, The Night Agent demeure un vrai plaisir coupable pour tous les amateurs de cinéma d’action au service du binge-watching. 

La série est directement tirée du roman éponyme de Matthew Quirk qui raconte l’histoire de Peter Sutherland, un agent du FBI, promu au service du Night Action de la Maison Blanche après avoir, un an auparavant, sauvé de justesse les passagers d’une rame de métro visée par un attentat à la bombe. Un soir, lorsque Peter assure une des ses permanences, le téléphone retentit. Au bout du fil, une jeune femme en détresse l’appelle au secours. Le héros va dès lors se retrouver propulsé au centre d’un complot politique et d’une course-contre-la-montre effrénée pour sauver son pays et l’honneur de son père.

Un thriller palpitant sur fond de déjà vu 

Si le scénario semble manquer d’originalité, il n’en demeure pas moins qu’il suit une recette qui plaît. Avec The Night Agent, Shawn Ryan (The Shield, S.W.A.T.) invite Mission Impossible à la Maison Blanche et ne déroge pas à sa ligne de conduite habituelle. Il nous offre, dès lors, une nouvelle série reprenant parfaitement les codes du thriller basique : un héros meurtri, un honneur à sauver et une relation amoureuse prévisible entretenant le rapport héros/demoiselle en détresse, tout en maintenant un ton patriotique. Objectivement, ce qui fait le succès de cette saison 1 n’est clairement pas la profondeur de l’histoire mais la succession efficace de plot twists qui évoluent crescendo. En ajoutant au compte-gouttes des éléments complémentaires, cette saison 1 est un puzzle de dix pièces parfaitement articulées pour tenir le spectateur en haleine jusqu’à la dernière minute.

Une réalisation méticuleuse et percutante

Derrière le caractère purement divertissant de The Night Agent, la mise en scène nous offre une réelle œuvre artistique. Les tons de couleurs choisis pour filtrer l’image donnent du caractère à l’ambiance générale de la série qui devient également intéressante esthétiquement. Le filtre assez sombre, presque opaque, choisi pour agrémenter les images vient renforcer l’aspect dramatique et renforce le suspense pour le spectateur. Dès lors, la beauté de la cinématographie permet presque de dissimuler la redondance du scénario.

En outre, l’actrice Hong Chau donne un cachet supplémentaire à la série. Dans le rôle de Diane Farr (cheffe du personnel de la Maison Blanche et supérieure hiérarchique de Peter Sutherland), l’actrice – récemment nommée aux Oscars pour son rôle dans The Whale (2023) – prouve une nouvelle fois qu’elle est un véritable caméléon à l’écran et une étoile montante à surveiller de (très) près.

En abordant les sujets tels que l’espionnage ou la corruption, l’histoire de Peter Sutherland ouvre les portes d’un monde qui fascine : celui de la géopolitique et de la défense nationale. En ce sens, l’intrigue s’axe sur des thèmes d’actualité universels comme les engrenages du pouvoir et, par extension, ses dérives. À travers des personnages clivants tel que le personnage de Diane Farr, c’est l’intime rapport entre le bien et le mal qui est repensé. La série offre dès lors plusieurs pistes de réflexion poussant le spectateur à osciller émotionnellement entre la confiance et la méfiance à l’égard des protagonistes.

La scène finale vient suggérer une nouvelle mission pour Peter… Ce que Netflix vient de confirmer en annonçant le renouvellement de la série pour 2024 !

Bande-annonce : The Night Agent

Fiche Technique : The Night Agent

Créateur : Shawn Ryan
Réalisateur : Adam Arkin, Guy Ferland, Seth Gordon, Ramaa Mosley et Millicent Shelton
Scénariste : Imogen Browder, Matthew Quirk, Shawn Ryan, Tiffany Shaw Ho et Rachel Wolf, d’après le roman éponyme The Night Agent de Matthew Quirk
Interprètes : Gabriel Basso (Peter Sutherland), Luciane Buchanan (Rose Larkin), Fola Evans-Akingbola (Chelsea Arrington), Sarah Desjardins (Maddie Redfield), Eve Harlow (Ellen), Phoenix Raei (Dale), Hong Chau (Diane Farr)
Photographie :Michael Wale, Simon Chapman, François Dagenais et David Hennings
Montage : Natasha Gjurokovic, Anthony Pinker, Lilly Urban et David Hennings
Musique : Robert Duncan
Société de production : Exhibit A, Matrix Production Services, MiddKid Productions, Project X Entertainment, Sony Pictures Television et Sunset Lane Entertainment
Société de distribution : Netflix
Durée : 10 épisodes – En production
Date de diffusion : 23 mars 2023– En production
Genre : Thriller politique

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La Somme de toutes les peurs : monde d’après du monde d’avant

Le narratif du blockbuster U.S. des années 90, c’est celui de l’Amérique qui a gagné. À la table de poker de la Guerre Froide, l’ours soviétique se retrouve en calbute après avoir fait tapis sous la pression de son meilleur ennemi. Seul face à ses gains, l’empire américain se retrouve orphelin d’une (grande) guerre à mener. Tel un soldat revenu du front, les USA doivent apprendre à «to think out of the war box ». Ça relève du vœu pieux concernant un pays qui porte en lui le gêne de la bagarre, mais ça s’est pas joué à grand-chose. Enfin, c’est ce que nous dit La Somme de toutes les peurs de Phil Alden Robinson.

AMERICA, FUCK YEAH

La Somme de toutes les peurs est la quatrième adaptation de la série des Jack Ryan, machine à best-sellers écrite par Tom Clancy (le Stephen King du techno-thriller) et franchise de grand-écran pensée comme une réponse « adulte » à ce que Jean-Michel Valantin a appelé le cinéma de sécurité nationale.

1990: À la poursuite d’Octobre Rouge de John McTiernan s’apprête a sortir, et le reaganisme et ses tropes ont vécu leur meilleure vie la décennie précédente. Notamment la résurgence du mythe du cowboy qui tirait avec les gros bras de Schwarzy et Stallone, et posait (éventuellement) les questions ensuite. Jack Ryan, c’est l’inverse : en sa qualité d’analyste de la CIA, il se pose les questions pour éviter à ceux qui ont le doigt sur le bouton rouge de tirer à l’aveugle. Pas les mêmes compétences, ni le même profil. Le Ryan de cinéma n’a rien d’un va-t-en guerre, c’est un messager, un fact-checker. Il trouve et achemine l’information jusqu’aux puissants de ce monde, pour le (nous) préserver des assumptions belligérants de certains d’entre-eux.

Dans À la poursuite d’Octobre Rouge, Ryan évite à la Guerre Froide de se transformer en guerre chaude alors que le conflit abordait sa dernière ligne droite. Dans Danger Immédiat, il punit le président U.S. pour sa vendetta privée contre les Narcos responsables du meurtre de l’un de ses contributeurs de campagne. Jeux de guerre fait exception à la règle : Ryan importe le conflit nord-irlandais sur le territoire U.S. après avoir contribué à la mort d’un ponte de l’IRA. Et ce sans autre raisons que cet appel du devoir cher aux avocats du droit d’ingérence. On appelle ça une rechute : au plus fort du soft-power, l’Amérique se fait chier et a besoin de se dégourdir les jambes. Il faut bien que jeunesse se fasse, et jeunesse continue de se faire dans les arrêts de jeu. La maturité, c’est pas un process évident pour tout le monde.

LA FIN DE LEUR MONDE

Fin de décennie. Le nouveau millénaire approche et les USA continuent d’écrire la Fin de l’histoire professée par le politologue Francis Fukuyama. Mis en chantier depuis peu, La Somme de toutes les peurs manifeste la volonté de procéder à une rupture franche avec les représentations du siècle précédent.

Le film s’ouvre pendant la guerre du Kippour, sur un (superbe) plan-séquence élégiaque suivant le vol d’une bombe nucléaire américaine chargée sur un avion de chasse israélien. Un missile abat l’avion en plein vol, et la bombe se retrouve ensevelie sous le sable du Golan, perdue à jamais ou presque. Séquence suivante : l’état-major américain (avec TOUTES les trognes qui ont passé leurs années 90 à enfiler le costume des hauts-fonctionnaires d’état dans le blockbuster de salles obscures) procède à une mise en condition d’attaque nucléaire de la Russie. Pour le spectateur, l’alerte est claire comme le lien de cause à effet suggéré par la transition scénique. Pour les personnages à l’écran, c’est un passage obligé qui se termine de façon on ne peut plus débonnaire avec un coup de fil de la femme du président.

« Il faudrait qu’on se trouve d’autres ennemis que les russes », dira le directeur de la CIA joué par Morgan Freeman. Autrement dit, nous comprenons de quoi retourne la catastrophe que la mandature américaine, encore engoncée dans un logiciel hérité de la Guerre Froide, ne verra pas arriver. Car ici, l’ennemi ne vient pas du froid, mais du Vieux Continent. Le leader d’une secte d’extrême droite ayant pignon sur rue projette en effet de déclencher la troisième Guerre mondiale entre les deux empires. La bombe nucléaire évoquée plus haut va leur mettre le pied à l’étrier.

L’ENNEMI DE MON ENNEMI…

Au milieu debout ça, un Jack Ryan rajeunit en junior analyst de l’agence, qui attire l’attention de sa hiérarchie (enfin, Morgan Freeman quoi) pour avoir prédit un an auparavant le nom du nouveau président russe venant juste de prêter serment. Pour rappel, à l’époque Vladimir Poutine vient de succéder à Boris Elstine, et il ne se déplace pas encore sur la scène internationale le couteau entre les dents. Il y a quand même des choses qui étaient vraiment mieux avant.

Mais revenons au film, et au président russe fictionnel donc. Alexander Nemerov de son prénom, joué avec toute la noblesse shakespearienne que Ciaràn Hinds – futur Jules César dans Rome – est capable de déployer. C’est peut-être la première fois dans l’histoire du blockbuster mainstream qu’un chef d’état du Grand Ours est dépeint avec la hauteur que le cinéma américain réserve à ses propres figures politiques.

Car Nemerov est plus qu’un pion sur l’échiquier du script : il est le véritable héros du film. À l’instar d’Antonio Banderas dans Le 13eme Guerrier, le Jack Ryan de Ben Affleck n’est pas là pour occuper sur le devant de la scène, même s’il tient le haut de l’affiche. Il consigne les exploits des gens plus importants que lui et nous, et s’assure que les rois qui le méritent s’assoient sur le trône. Jack Ryan, c’est le Geek dans toute sa grandeur : le passionné qui trouve sa place et se transcende en aidant ses héros à gagner la leur. On en revient à L’Île aux trésors de Stevenson, l’inspiration revendiquée de McT sur Octobre Rouge, film qui a tenu manifestement plus de place dans l’esprit des instigateurs de La Somme de toutes les peurs que le diptyque sur Ryan de Phillip Noyce.

LA GUERRE DE TROIE N’AURA PAS LIEU

Indéniablement, on est plus près de l’incarnation d’Alec Baldwin que celle d’Harrison Ford, qui taillait le costume de Ryan sur mesure pour son star power. Entendons nous bien : Ben Affleck est à plusieurs tours de bassin derrière Baldwin, et le génie de McT est un océan dans lequel Phil Alden Robinson n’a pas pied. Mais un bon réalisateur qui flotte la tête hors de l’eau vaut toujours mieux que l’apnée non consentie de deux Philip Noyce. Il faut rendre à César ce qui appartient à César : ça tient le spectateur sur la brèche sans discontinuité et avec style deux heures durant. Surtout, le film gère ses attendus avec précautions mais sans prendre des pincettes.

On en vient évidemment au moment tant redouté. Alors que les ruines du World Trade Center sont encore fumantes (le film est sorti en mai 2002 aux États-Unis, soit 8 mois après les attentats du 11 septembre), La Somme de toutes les peurs termine son montage, et le studio n’a pas froid aux yeux. Alors que les majors se précipitent pour retirer toutes mentions aux deux tours de leurs sorties, la Paramount appelle le public américain à venir s’enjailler sur l’explosion d’une bombe nucléaire sur le sol U.S. Niveau timing, on a connu mieux. On se représente sans mal la descente d’organes collective qui a du souiller une garde-robe de sous-vêtements chez les exécutifs.

C’est le cauchemar collectivement entretenu qui ne s’est jamais réalisé, l’impensable survenu.  » Vous avez bombardé Hiroshima et Nagasaki, ne nous faites pas la leçon sur la Tchétchénie », assénera Nemorov à son homologue U.S., alors qu’il n’est responsable de rien mais rendu coupable de tout par les circonstances. Les Yankees ferment leur boite à cheddar pasteurisé, mais montent d’un cran dans l’échelle des répercussions.

Le scénario du pire est à portée de mains, mais l’alliance des hommes de bonne volonté sauve in extremis l’humanité de son chaos anthropologique. Jack Ryan évidemment, qui brave sites contaminés à visage découvert pour porter la vérité vraie à sa hiérarchie. Puis Nemerov, le seul à écouter l’analyste débouté par ses supérieurs, qui prendra sur lui et sur sa crédibilité pour amorcer la désescalade, au risque de s’aliéner son propre camp et donner l’avantage à celui d’en face.

Évidemment tout est bien qui finit bien : les bad guys se font dessouder sur l’air de Nessun Dorma, les deux blocs inaugurent une nouvelle ère en signant un traité de désarmement, et Ryan pique-nique avec madame sur le Capitol en se faisant adoubé par un passant à l’accent très prononcé. Les particules atomiques ? La magie du cinéma a du disperser les vents  au Canada.

JE RÊVAIS D’UN AUTRE MONDE

Reprenons. Nous avons un chef d’État russe avisé et pondéré, qui évite de prendre les évidences pour acquises. Un état-major américain qui à l’inverse croit tout ce qui entérine ses certitudes et trie des plans sur la comète. Des USA qui payent la douloureuse pour les infamants Hiroshima et Nagasaki, sans répondre à l’agression par la guerre aveugle. Bref, un film qui écrit « la fin de l’histoire » bilatéralement, sans laisser un vainqueur prendre la plume à la place du vaincu. Une nouvelle ère s’ouvre : celle d’une Amérique adulte, qui partage le beau rôle et ne répond pas à la bagarre par la bagarre après avoir été sonnée. L’utopie des années 90 devient réalité l’espace d’un film, mais démentie par les faits avant même sa sortie.

Car le box-office a beau avoir été au rendez-vous, La Somme de toutes les peurs parle d’un monde qui n’est déjà plus au moment d’atteindre les salles obscures. Le 11 septembre est passé par là, le vent de l’histoire a changé de sens. La mandature de George Bush Jr. répondra aux Tours Jumelles par la guerre en Afghanistan et celle d’Irak. Plus de 20 ans plus tard, la logique des blocs reprend ses droits. L’Amérique a retrouvé le chemin du front, avec les conséquences que l’on sait, et le retour à la maison n’est pas pour tout de suite.

La Somme de toutes les peurs a beau concrétiser à l’écran le cauchemar endormi de la guerre froide lorsqu’il débarque dans les salles quelques mois plus tard, il prend pourtant aujourd’hui la forme d’un songe, d’un mirage rassurant d’une réalité alternative. Celle d’un monde qui a failli être différent.

Bande-annonce : La Somme de toutes les Peurs

Fiche technique : La Somme de toutes les Peurs

Titre original : The Sum of all Fears
Réalisation : Phil Alden Robinson
Avec Ben Affleck, Morgan Freeman, Ciarán Hinds…
Belgique, France et Suisse romande : 24 juillet 2002
Scénario : Paul Attanasio et Daniel Pyne, d’après le roman La Somme de toutes les peurs de Tom Clancy
Musique : Jerry Goldsmith
Direction artistique : Martin Gendron, Isabelle Guay et Michele Laliberte
Décors : Jeannine Oppewall et Cindy Carr
Costumes : Marie-Sylvie Deveau
Photographie : John Lindley
Son : Russell Williams, II, Melanie Johnson
Montage : Nicolas De Toth et Neil Travis
Production : Mace Neufeld
Producteurs délégués : Tom Clancy et Stratton Leopold
Genre : action, thriller, drame
Durée : 124 minutes
États-Unis et Canada : 31 mai 2002

Tetris : thriller qui casse des briques

Marchant dans les pas d’Argo, Tetris se présente bien plus comme un thriller d’espionnage qu’un banal biopic. L’ensemble se révèle être fort plaisant grâce à son énergie et sa sympathie communicatives, mais beaucoup trop sage dans sa mise en scène. D’autant plus que le film, par ses expérimentations à la Scott Pilgrim, promettait un divertissement un poil délirant, ce qu’il n’est en aucun cas.

Synopsis de Tetris : L’incroyable histoire du plus populaire des jeux vidéo et comment il a rencontré la ferveur des joueurs du monde entier. Henk Rogers découvre Tetris en 1988 et risque le tout pour le tout lorsqu’il se rend en URSS, où il s’allie à Alexey Pajitnov, pour faire connaître le jeu au monde entier…

Si un certain Super Mario Bros. s’octroie actuellement les salles obscures, il ne faut pas oublier qu’un autre jeu vidéo a récemment fait l’actualité cinéma. Et pour rester auprès de Nintendo, il s’agit ni plus ni moins que le très célèbre Tetris. Ce jeu qui consiste à empiler des blocs de diverses formes et qui avait contribué aux ventes pharaoniques de la fameuse Game Boy. Oui, mesdames et messieurs, ce titre a également eu les honneurs d’une œuvre cinématographique ! Un long-métrage, plus exactement, réalisé par Jon S. Baird (Ordure !, Stan & Ollie) et qui est disponible sur la plateforme AppleTV+ depuis le 31 mars dernier. Mais rassurez-vous, vous n’aurez pas droit à une adaptation directe de l’œuvre vidéoludique. Car Tetris n’a aucunement l’ambition de transposer son univers pixelisé sur grand écran – comme il aurait très bien pu faire, malgré son concept inadaptable. Mais de raconter l’histoire de sa conception. Ou plutôt de la guerre d’appropriation des droits dont l’œuvre fut victime à la fin des années 80. Qui aurait très bien pu mettre de l’eau dans le gaz à l’international, à une époque où sévissait encore la Guerre froide.

Mais au lieu de traiter le récit tel un banal biopic, Tetris préfère suivre les pas d’Argo, de Ben Affleck. À savoir se présenter à nous tel un thriller d’espionnage, pour mettre sous le feu des projecteurs une situation rocambolesque qui a pourtant participé à l’Histoire avec un grand H. Ici, le récit s’intéresse à Henk Rogers. Un entrepreneur et développeur de jeu qui va vouloir exploiter une véritable poule aux œufs d’or, en se rendant en URSS pour obtenir les droits du jeu Tetris. Jeu néanmoins revendiqué par plusieurs grandes sociétés (dont Mirrorsoft et Nintendo)… et ce à la suite d’un accord fumeux entre le gouvernement russe et l’homme d’affaires Robert Stein. En partant de ce postulat, le long-métrage enchaîne les confrontations industrielles, politiques et idéologiques (capitalisme contre le communisme) avec beaucoup de malice et de fluidité afin d’offrir à l’ensemble une certaine énergie. Et ce sans oublier d’y introduire de la légèreté pour amplifier le grotesque de la situation. Ainsi qu’un soupçon de tension – notamment quand intervient le KGB – pour rappeler les lourds enjeux pesant sur cette aventure. Bien évidemment, le tout parait bien romancé par moment, au point d’ajouter une séquence de course-poursuite endiablée. Voire survole bon nombre d’aspects historiques pourtant primordiaux, comme la rivalité entre les entreprises vidéoludiques (Atari, Sega et Nintendo). Mais Tetris a le mérite de lever le voile sur ce récit méconnu du grand public, et il y parvient avec beaucoup de sincérité et d’implication.

Cela se ressent énormément à travers les nombreuses personnalités qui ont travaillé sur le film. À commencer par le casting, mené par un Taron Egerton qui surjoue abondamment sans jamais tomber dans l’excès indigeste et qui arrive à rendre son personnage attachant. Même constat pour le compositeur Lorne Balfe, qui s’est permis d’adopter une ambiance sonore qui rappelle fortement les jeux des consoles 8-bits (dont la NES, la Master System et l’Atari 7800 entre autres), très nostalgique et agréable à l’écoute. Et si voir trois monteurs au générique peut à première vue faire peur, Tetris bénéficie d’un montage qui procure à l’ensemble un rythme endiablé et plaisant. Pour dire, le long-métrage s’autorise même quelques expérimentations visuelles liées à l’univers des jeux vidéo. Comme de faire des transitions pixélisées entre chaque changement de décors géographiques. Ou encore de de présenter les chapitres du récit tels des niveaux à parcourir. Comme si Jon S. Baird voulait par moment s’éloigner d’Argo en donnant des airs de Scott Pilgrim à son œuvre. Il est toutefois dommage que, sur ce point-là, le film se montre bien trop sage et n’aille pas au bout de son ambition.

Car en s’y penchant de plus près, Tetris promettait un thriller d’espionnage un brin délirant. Comme peuvent en témoigner le surjeu de sa tête d’affiche, de ses parenthèses visuelles et de sa légèreté prédominante. Même l’affiche du film annonçait un divertissement haut en couleur, c’est pour dire ! Ce qui aurait d’ailleurs concordé avec la présence à la production du réalisateur Matthew Vaughn (Layer Cake, Kick-Ass, Kingsman), dont la folie n’est plus à démontrer. Malheureusement, Jon S. Baird n’a clairement pas son panache ni son ingéniosité. Car si l’ambiance, le casting et le montage offrent à Tetris son rythme, la mise en scène, elle, se montre un chouïa paresseuse et impersonnelle. Quant aux expérimentations visuelles citées plus haut, elles donnent l’impression de n’être qu’un habillage gratuit et parfois mal exploité. Pour preuve : le climax du film adopte un écran « Congratulations ! », comme toute fin de jeu de l’époque. L’idée est franchement forte sympathique ! Mais dans ce cas, pourquoi ne pas avoir faire de même quand le personnage principal sort la tête de l’eau après un passage à vide ? En affichant des messages du genre « Continue ? », « Game Over », « Insert 1 Coin » ou encore « Extra-Life » ? Cela aurait été grandement judicieux, voire cohérent avec le reste. Mais au lieu de cela, nous avons les codes vidéoludiques de l’époque qui sont ainsi repris, mais sans réel génie.

Et c’est vraiment dommage d’arriver à un tel constat, tant Tetris avait suffisamment de cartes en mains pour être un thriller d’espionnage sortant du lot. Non pas que l’ensemble soit de mauvaise facture, au contraire ! Le long-métrage fait preuve d’une efficacité et d’une énergie qui fait plaisir à voir. Et il ne sera pas rare de replonger à l’avenir dans son visionnage, avec autant d’envie. Cependant, il manque au film de Baird cette folie que nous attendions d’un tel projet. Une folie dont nous sentons pourtant la présence à chaque seconde, mais qui ne décolle à aucun moment. Qu’à cela ne tienne ! Tetris aura su nous redonner envie de reprendre cette bonne vieille Game Boy, et d’y enclencher la célèbre cartouche de jeu. Car, en plus d’avoir raconté l’histoire du jeu, le titre peut se vanter de nous avoir replongés en pleine nostalgie. Et par moment, cela fait un bien fou !

Tetris – Bande-annonce

Tetris – Fiche technique

Réalisation : Jon S. Baird
Scénario : Noah Pink
Interprétation : Taron Egerton (Henk Rogers), Toby Jones (Robert Stein), Nikita Efremov (Alekseï Pajitnov), Sofia Lebedeva (Sasha), Roger Allam (Robert Maxwell), Anthony Boyle (Kevin Maxwell), Togo Igawa (Hiroshi Yamauchi), Ken Yamamura (Minoru Arakawa)…
Photographie : Alwin H. Küchler
Décors : Daniel Taylor
Costumes : Nat Turner
Montage : Colin Goudie, Ben Mills et Martin Walsh
Musique : Lorne Balfe
Producteurs : Gillian Berrie, Len Blavatnik, Gregor Cameron, Matthew Vaughn et Claudia Vaughn
Maisons de Production : AppleTV+, AI-Film, Marv Films et Unigram
Distribution (France) : AppleTV+
Durée : 118 min.
Genres : Thriller, espionnage
Date de sortie :  31 mars 2023
Royaume-Uni, Etats-Unis – 2022

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3

« C’est mon homme » ou le dilemme du désir

L’amnésie d’un soldat après la grande guerre sert de point de départ énigmatique à C’est mon homme, mélodrame douceâtre et trop classique de Guillaume Bureau.

C’est mon homme est un film résolument romantique où triomphe un certain idéal : celui de l’amour, de l’imaginaire plus fort que le vrai ; l’idéal du désir plus fort et peut-être plus vraisemblable que le réel.

Deux femmes, Leila Bekhti (profondément attachante) et Louise Bourgoin (élégamment digne) prétendent toutes deux reconnaître leur mari (Karim Leklou hagard) en la personne d’un soldat blessé, revenu de la guerre de 14/18 amnésique.

À partir de cet argument solide de scénario, Guillaume Bureau tente de créer un suspense : qui des deux femmes ment, l’intéressé va-t-il reconnaître l’une ou l’autre de manière décisoire ? Et quels sont les indices qui vont nous permettre de trancher, nous spectateurs ou le médecin (Guislain de Fonclare) en charge du blessé ?

Le long-métrage propose une mise en scène un peu trop sage et lisse, surlignée d’une musique illustratrice, pour ce récit qui eût pu être traité dans le vertige d’une mémoire manquante ou affabulatrice, dans la tête du soldat amnésique. Même si Karim Leklou offre ici un visage glabre et presque méconnu de sa filmographie, le film ne se passe pas depuis sa mémoire délabrée. Et au demeurant l’est-elle vraiment ? Nous ne le saurons qu’à demi. Car c’est cela la tonalité feutrée et romanesque du film : la demi-teinte.

Guillaume Bureau s’en tient à une facture classique qu’il peaufine jusqu’à  réserver à chacune des prétendantes (Leïla Bekhti et Louise Bourgoin) presque le même temps à l’image et dans l’histoire pour se ré-acclimater avec ce mari prétendu et reconstituer la mémoire de leur rencontre.

Le film souffre de cette symétrie trop forcée où chacune des femmes bénéficie de la même durée pour prouver qu’elle est bien l’amoureuse, la femme aimante. La seconde partie sent trop l’artifice de la reconstitution, le toc du faux et toute la délicatesse du jeu de Louise Bourgoin ne parvient guère à la rendre crédible.

Il est beau néanmoins de voir dans la 1ère partie Leila Bekhti reconstituer les souvenirs de sa propre vie désirée ou fantasmée avec ce mari revenu de la grande guerre.

Pour ne point divulgacher le suspense, allez voir  C’est mon homme pour les questionnements qu’il suscite.

La beauté du film réside dans les incertitudes qu’il fait émerger : à quoi tiennent nos choix de vie ? L’ardeur d’un désir suffit elle à déterminer nos identités ? 

Et surtout quel que soit le réel des faits juridiques, peut-on se choisir libre et vivre mille vies ? 

Si vous voulez agréablement vous plonger dans ces questions, allez voir C’est mon homme. C’est aussi la fonction du cinéma que d’apprendre à mieux nous connaitre et ouvrir la réflexion.

Bande-annonce : C’est mon homme

Fiche Technique : C’est mon homme

Réalisation : Guillaume Bureau
Scénario : Guillaume Bureau, en collaboration de Robin Campillo et Pierre Chosson
Avec Leïla Bekhti, Karim Leklou, Louise Bourgoin…
Musique : Romain Trouillet
Décors : Catherine Jarrier-Prieur
Costumes : Nathalie Raoul
Photographie : Colin Lévêque
Montage : Nicolas Desmaison
Son : Thomas Grimm-Landsberg
Production : Caroline Bonmarchand
Coproduction : Jean-Yves Roubin et Cassandre Warnauts
Production déléguée : Xenia Sulyma
Sociétés de production : Avenue B Productions ; Frakas Productions et RTBF (coproductions)
Société de distribution : BAC Films

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3

« Le Syndrome Magneto » : derrière le méchant

Vidéaste à la tête de la chaîne Bolchegeek, Benjamin Patinaud publie aux éditions Au Diable Vauvert l’essai Le Syndrome Magneto, qui se penche sur la caractérisation et les sous-discours propres aux super-vilains des comics, de la littérature, des séries télévisées et du cinéma.

Les super-héros sont souvent le reflet des problèmes sociaux et historiques de leur époque, exprimant des enjeux tels que le racisme, l’exclusion, le désir de justice, les affects juvéniles, l’identité, la précarité ou encore les inégalités. Dans l’ouvrage Le Syndrome Magneto, Benjamin Patinaud démontre avec érudition (et légèreté) à quel point les personnages super-héroïques, et surtout les super-vilains, peuvent être porteurs de sous-textes, permettant une interprétation plurielle de leurs actions et de leurs motivations. Sans surprise, puisque le titre de son essai se veut explicite en la matière, Magneto occupe une place de choix dans son argumentaire. Lui et Charles Xavier, figures emblématiques des X-Men, incarneraient des versions romancées de Martin Luther King et Malcolm X, deux leaders du mouvement des droits civiques des années 1960. D’ailleurs, la création de ces personnages en 1963, par Stan Lee et Jack Kirby, s’inscrit dans un contexte historique bien particulier, tandis que les chemins différents pris par l’un et l’autre offrent un jeu de miroir confondant de mimétisme avec les deux activistes afro-américains. Plus généralement, l’auteur pointe la série X-Men pour la manière dont elle traduit les sentiments adolescents et LGBT, pour l’internationalisation de ses équipes de mutants, pour les ambiguïtés morales de ses protagonistes ou encore pour les nombreux ponts sociohistoriques qu’elle permet (les camps de concentration du IIIe Reich, le régime de l’apartheid en Afrique du Sud, la naissance de l’État d’Israël, etc.).

Malgré leurs différences idéologiques, Charles Xavier et Magneto partagent un respect mutuel, ce qui montre que les mutants sont capables de reconnaître la valeur des autres, quelle que soit leur position. Le simple fait que Magneto aurait pu choisir un autre chemin dans d’autres circonstances souligne l’importance du contexte et de l’environnement dans la formation des convictions de chacun. Les X-Men offrent un espace de discussion sur la différence et la diversité, à travers le prisme des super-pouvoirs, mais également en abordant des thématiques plus universelles, telles que l’identité, le rejet ou la responsabilité. Les relations entre les mutants et les humains y servent de parabole pour aborder les enjeux du racisme et de la discrimination, en montrant notamment comment la peur et l’ignorance peuvent conduire à l’exclusion et à la violence. La richesse et la complexité des personnages, au premier rang desquels prend place Magneto, ainsi que les thèmes explorés par leur truchement, permettent à la série de transcender le simple divertissement pour s’ériger en véritable réflexion sur les enjeux sociaux et politiques. Mais Benjamin Patinaud ne se cantonne pas aux X-Men et poursuit sa réflexion par-delà les mutants, pour englober l’ensemble des super-vilains, qu’il effeuille d’ailleurs longuement en fin d’ouvrage.

On le comprend aisément à la lecture de cet essai : si les récits de super-héros ont souvent été étudiés sous l’angle de leurs protagonistes principaux, les héros eux-mêmes, il n’en demeure pas moins essentiel d’examiner attentivement leurs homologues super-vilains, qui jouent un rôle crucial dans la construction des récits et de leurs sous-textes. Ils constituent des éléments perturbateurs, des catalyseurs d’actions et ils opèrent, parfois, une mise en pratique de certains principes philosophiques. Benjamin Patinaud rappelle ainsi que le super-héros se mesure avant tout à l’aune du super-vilain qui l’incite à agir, ou plutôt à réagir. Les héros ont en effet tendance à réagir aux problèmes plutôt qu’à s’attaquer à leurs causes profondes. Prenons l’exemple de Batman : s’il réussissait à éradiquer la corruption et la pauvreté à Gotham, il n’y aurait plus de Joker, de Poison Ivy ou d’autres méchants pour perturber l’ordre établi. L’auteur souligne par ailleurs que la logique conséquentialiste est particulièrement applicable aux super-vilains. La philosophie a souvent recours à des caricatures pour montrer comment une bonne intention peut se muer en horreur une fois généralisée. Il se trouve précisément que les méchants se montrent généralement prêts à sacrifier le présent pour une utopie future, comme c’est le cas avec Thanos, qui n’hésite pas à détruire la moitié de l’univers pour assurer sa survie à long terme.

Les super-héros sont parfois accueillis avec circonspection. Le Syndrome Magneto souligne qu’ils évitent volontiers les dilemmes moraux en ne sacrifiant personne, en ignorant (dans la construction scénique et dramatique) les conséquences de leurs actes et en se présentant toujours, ou presque, comme des sauveurs infaillibles. Les super-vilains, eux, peuvent être perçus avec nuance, comme des reflets des peurs et des inquiétudes propres à leur époque. Ils peuvent incarner des menaces issues de la science, de la technologie, de l’écologie ou du pouvoir politique, autant de sujets qui préoccupent les sociétés contemporaines. Ainsi, des personnages comme Lex Luthor, magnat de l’industrie et homme politique aux ambitions démesurées, ou Poison Ivy, militante écologiste prête à tout pour protéger la nature, illustrent les tensions et les enjeux auxquels notre monde doit faire face.

Il convient d’examiner le rôle du méchant dans le domaine de la fiction et son rapport avec la fenêtre d’Overton, cette dernière représentant l’éventail des idées politiques, sociales ou morales acceptées par la société à un moment donné. Cette fenêtre est en perpétuelle évolution, se déplaçant et s’adaptant aux contextes géographiques et temporels, comme en témoigne l’exemple du droit de vote des femmes. Dans l’univers littéraire et cinématographique, les antagonistes se situent généralement loin de la fenêtre d’Overton, leurs actions et leurs motivations défiant les normes établies par la société. Cependant, certains méchants, à la marge de cette fenêtre, suscitent parfois une forme d’empathie et de compréhension de la part du public. L’auteur poursuit en précisant que ces personnages et leurs actes résultent souvent d’un passé traumatisant ou de graves injustices qu’ils ont subies. Leurs récits personnels sont ainsi méticuleusement construits pour offrir une explication à leurs méfaits.

Des personnages emblématiques tels que Michael Myers d’Halloween, le Joker, ou encore Dark Vador illustrent parfaitement ce phénomène. Ces méchants, profondément marqués par les événements douloureux de leur passé, sont contraints d’agir dans l’ombre, loin des préoccupations triviales des protagonistes. Par contraste, les héros, ceux que l’on considère benoîtement comme les « gentils », jouissent du privilège de pouvoir pinailler et agir avec une certaine sérénité. Ils n’ont pas à affronter les mêmes injustices que leurs adversaires, ne sont pas exposés à la même urgence, et, de ce fait, sont souvent perçus comme moralement supérieurs. Il est toutefois essentiel de s’interroger sur la pertinence de ce schisme manichéen, qui oppose méchants et gentils sans tenir compte de la complexité des situations et des reliefs psychologiques. Benjamin Patinaud initie à cet égard une réflexion passionnante.

Dans l’univers artistique, notamment celui du rap et des jeux vidéo tels que Grand Theft Auto, le méchant est quelquefois célébré et apprécié du public, d’autant plus lorsqu’il est dépeint sous un jour nuancé ou, au contraire, quand il s’érige en exutoire. Benjamin Patinaud évoque par ailleurs le fait que les méchants, porteurs de déviances, peuvent rappeler la manière dont les individus queer sont perçus par la société. Il cite alors une nouvelle fois l’exemple de la saga des X-Men, dans laquelle les mutants découvrent leurs pouvoirs lors de la puberté et craignent le rejet, établissant ainsi un parallèle clair avec l’expérience des personnes queer. De même, les méchants Disney tels qu’Ursula renvoient à cette représentation. Et l’auteur de préciser que les studios Disney ou Pixar, y compris dans la saga Star Wars, ne proposent que rarement des personnages homosexuels de premier plan et positifs.

Plusieurs questions se posent habituellement aux méchants : faut-il montrer patte blanche et se conformer aux normes établies, ou bien revendiquer une identité subversive ? La conformité à la norme est-elle un prérequis pour être accepté dans la « bergerie » sociale, ou peut-on envisager une coexistence harmonieuse des différentes identités ? Ces interrogations s’ajoutent à des réflexions sur l’apparence, la caractérisation, la place occupée par les méchants. Benjamin Patinaud questionne au-delà de ces personnages la représentation des Noirs : stigmatisés, simples silhouettes, personnages secondaires, sidekicks, tokens… Et il se demande enfin si les super-vilains n’ont pas, parfois, raison avant tous les autres. La frontière du destin est mince entre un Batman et un Ra’s al Ghul, sans compter que ces entités corruptrices et abjectes pourraient aussi s’appréhender comme des Cassandres en avance sur leur temps. V pour Vendetta est un cas d’école en la matière, puisque l’homme, l’idée, le masque, le symbole s’amalgament jusqu’à brouiller les pistes sur la nature véritable du mal.

Le Syndrome Magneto, Benjamin Patinaud
Au Diable Vauvert, avril 2023, 448 pages

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4

« Escobar, une éducation criminelle » : une vie à la marge

Les éditions Soleil publient Escobar, une éducation criminelle, de Juan Pablo Escobar et Alberto Madrigal. L’album, autobiographique, se penche sur l’enfance du fils du plus célèbre des narcotrafiquants.

Dans les années 80, le commerce de la drogue rapporte, chaque semaine, quelque 70 millions de dollars à Pablo Escobar. L’essentiel de ces profits provient des États-Unis, où le marché de la cocaïne est en plein essor. Juan Pablo, fils du célèbre narcotrafiquant colombien, grandit dans un monde d’opulence et d’excès, entouré de gardiens prévenants, qu’il qualifie de « nounous ». Ces hommes et femmes à l’apparence affable sont en réalité doublés d’effroyables assassins, prêts à toutes les ignominies pour contenter leur patron. C’est cette enfance douce-amère, où la tendresse cohabite avec le crime, que Juan Pablo conte dans Escobar, une éducation criminelle.

Il le confesse en fin d’album : le fils, scénariste, a eu toutes les peines du monde à cacher le père sous le tapis. L’expression est certes exagérée, mais l’idée est bel et bien là : raconter certaines péripéties d’une enfance qui n’a rien d’ordinaire sans en revenir constamment à Pablo Escobar. Son ombre, omnipotente, plane sans cesse sur les faits et gestes des « nounous », mais c’est bien ces hommes de main qui tiennent le haut du pavé. Présentés successivement au cours du récit, ils se constituent de La Gâchette, Samuel Latuca, Ricardo Amargo, Luis Mandarina, Jairo El Poeta, la Noiraude ou encore l’Oreille. Il y a là des toxicomanes, des introvertis, des imbéciles, de fins observateurs, des ambitieux, des jaloux, des meurtriers de sang froid, mais tous en commun leur attachement à Juan Pablo et leur dévouement envers son père Pablo.

Escobar, une éducation criminelle se leste d’une ambiguïté tout entière condensée dans les souvenirs duaux de Juan Pablo. La Gâchette, dont la mort forme le cœur battant de l’histoire, est symptomatique de cette équivocité. Capable d’abattre froidement un homme en se portant à sa hauteur sur sa moto, il pleure en revanche la mort du chien errant qu’il écrase dans la foulée. Un lien gardé secret le lie à Latuca, ce qui rappelle le caractère abject et hypocrite de ces cercles gorgés de violence et de non-dits. Si cet état de fait transparaît dans l’album, il est contrebalancé par le regard autobiographique de Juan Pablo Escobar, qui ne dissimule rien de son affection pour cette collection de gueules cassées (souvent littéralement, puisque l’un est borgne, l’autre entièrement refait, etc.).

Comment ne pas songer que la famille Escobar et ses soutiens vivaient en quelque sorte dans un monde parallèle, hors du temps et de l’espace ? L’artificialité de cette vie dopée à la cocaïne et aux liasses de dollars n’est contrariée que par les attentats et les dangers qui menacent, de manière régulière, leur quotidien. Juan Pablo revient sur quelques-uns de ces épisodes, éminemment traumatiques, surtout quand ils sont vécus par un enfant. Les planches aérées, la construction narrative en flashbacks et le point de vue adopté, de recul temporel et d’engagement émotionnel, confèrent toute sa saveur à l’ouvrage, qui se ponctue d’une postface avec des archives photographiques et médiatiques.

Escobar, une éducation criminelle, Juan Pablo Escobar et Alberto Madrigal
Soleil, avril 2023, 136 pages

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3.5

« L’Île au trésor » : un classique du roman d’aventure revisité

Les éditions Daniel Maghen publient une version illustrée par Riff Reb’s du roman L’Île au trésor, de Robert Louis Stevenson. Ce dernier fait en sus l’objet d’une nouvelle traduction de Jean-Jacques Greif (Tristram, 2018).

Paru en 1883, le roman L’Île au trésor demeure une œuvre-phare de la littérature d’aventure, un récit initiatique qui, tout en captivant ses lecteurs par son intrigue et ses nombreuses péripéties, dévoile également les abysses de l’âme humaine. Dès les premières pages, Stevenson plonge le lecteur dans l’univers de l’aventure maritime et de la quête du trésor. L’intrigue se déroule au XVIIIe siècle et met en scène des personnages hauts en couleur, tels que Jim Hawkins, le jeune narrateur, l’austère capitaine Smollett, le dévoué docteur Livesey et le charismatique pirate Long John Silver. Le roman se démarque par une atmosphère envoûtante, des descriptions méticuleuses et des dialogues percutants, qui contribuent à immerger le lecteur dans un univers de pirates, de trahisons et dans la recherche obstinée, corruptrice, d’un trésor enfoui.

L’une des thématiques centrales de L’Île au trésor est la confrontation entre la civilisation et la barbarie, l’ordre et le chaos. L’opposition entre le docteur Livesey, représentant de la rationalité et de la moralité, et Long John Silver, symbole de la ruse et de la duplicité, illustre cette dichotomie. Par ailleurs, le roman explore les notions de loyauté et de trahison à travers les diverses alliances et mésalliances entre les personnages, révélant la complexité des relations humaines et la fragilité des liens qui unissent les individus.

Dans cette quête initiatique, en partie préfigurée par Le Scarabée d’or d’Edgar Allan Poe, grande influence de Robert Louis Stevenson, Jim Hawkins est confronté à de multiples obstacles qui mettent à l’épreuve sa bravoure et son discernement. Son personnage s’inscrit dans la tradition des jeunes héros de la littérature d’aventure, tels que Tom Sawyer de Mark Twain ou Oliver Twist de Charles Dickens. La transition de Jim de l’enfance à l’âge adulte, symbolisée par sa confrontation avec les dangers et les tentations de la piraterie, constitue une métaphore de l’évolution de l’individu confronté aux vicissitudes de la vie, un thème récurrent dans la littérature classique.

Long John Silver, quant à lui, se révèle être un personnage ambivalent et fascinant, capable de susciter à la fois l’admiration et la répulsion. Sa personnalité complexe et énigmatique en fait un antagoniste digne de ce nom, à l’instar de figures telles que Iago dans Othello de Shakespeare ou le comte Dracula de Bram Stoker, dissemblables par leur nature mais comparables dans leur dimension narrative. La relation entre Jim et Silver, mêlée de respect, de crainte et de trahison, constitue l’un des axes narratifs les plus intéressants du roman, reflétant les ambiguïtés de l’âme humaine et les dilemmes moraux auxquels les personnages sont confrontés.

La quête du trésor, qui constitue le moteur principal de l’intrigue, s’érige en prétexte pour interroger la nature humaine et ses désirs inavoués. Le trésor symbolise à lui seul l’avidité, la convoitise et les rêves de richesse qui animent les personnages, mais également, par procuration, le lecteur. À cet égard, L’Île au trésor s’inscrit dans une longue tradition littéraire qui explore la quête de la fortune et les conséquences de l’avidité, comme The Pardoner’s Tale de Geoffrey Chaucer ou Faust de Johann Wolfgang von Goethe.

La mise en récit de cette quête du trésor passe par des cartes, des indices et des histoires entrecroisées, qui jalonnent le roman et témoignent d’une certaine fascination de l’auteur pour les mécanismes narratifs et les ressorts de la fiction. Augmenté des traits précis et dynamiques de Riff Reb’s, tantôt en noir et blanc, tantôt dans des couleurs aux contrastes travaillés, L’Île au trésor peut légitimement prétendre à une place au panthéon des romans d’aventure les plus profonds et haletants. À travers ses personnages mémorables, ses thématiques universelles et ses références littéraires, l’œuvre de Stevenson s’impose comme un classique intemporel, dont l’influence et la pertinence continuent de résonner aujourd’hui encore dans la littérature mondiale.

La maîtrise stylistique est quant à elle double, puisqu’à la verve de l’auteur s’ajoute la maestria de l’illustrateur, connu pour son habileté graphique et ses dessins dynamiques, expressifs et immersifs.
Dans le cas présent, Riff Reb’s alterne les pleines pages (voire les doubles pages) et les dessins orphelins, mais en accordant toujours une attention particulière à la composition, au cadrage ou aux perspectives.

On ne boude décidément pas notre plaisir.

L’Île au trésor, Robert Louis Stevenson et Riff Reb’s
Daniel Maghen, novembre 2022, 304 pages

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5

« Un homme normal » : la norme et ce qui la définit

Makyo et Sasa publient Un homme normal aux éditions Delcourt. Ils y interrogent la normalité, son acception et ce qu’elles révèlent de l’humanité.

Makyo et Sasa nous plongent dans un univers où la normalité est remise en question, où l’hypocrisie et l’incommunicabilité dominent les relations humaines, et où l’authenticité et la sincérité demeurent des denrées rares. Les personnages de Nathan, Mathilda, Ivan et Juliette évoluent dans un microcosme de non-dits, de détresse et parfois de bassesse, mettant en lumière la nécessité de repenser notre conception de la norme. Au même titre qu’American Beauty, Un homme normal prend en effet appui sur des classes moyennes tout ce qu’il y a de plus ordinaires pour sonder la nature humaine, le voile des apparences et les dysfonctionnements de la société.

Jeune développeur informatique, Nathan est ultra-compétent, mais également autiste. Il incarne l’anormalité dans un monde où sa condition neurologique le distingue et le marginalise. Son hypersensibilité et sa capacité à déchiffrer les pensées – et même l’avenir – des autres agissent comme des révélateurs dans le récit de Makyo et Sasa. Les auteurs y questionnent, à travers leur personnage principal, les limites des normes sociales et des attentes qui enferment les individus dans des rôles préétablis. Nathan a tôt ressenti la déception de sa famille à son égard, de la même façon qu’il devine la tentation de sa psychanalyste de le réduire à quelques modèles ou schémas cliniques. Il apparaît pourtant, au fil de l’histoire, comme le protagoniste le plus humain et altruiste.

Mathilda, proche de lui, évolue dans une famille dysfonctionnelle où l’absence de communication conjugale tient lieu d’évidence. Juliette est quant à elle prise dans une relation toxique avec sa mère. Elle vit un deuil douloureux et peine à accepter la relation qu’entretiennent son professeur de peinture et sa mère. Elle va se rapprocher d’Ivan pour se venger d’elle. Ce dernier, collégien, avait auparavant tenté à plusieurs reprises d’avouer ses sentiments (obsessionnels) à… la mère de Juliette. Rien n’est simple dans Un homme normal et les fêlures se font jour partout où le lecteur pose les yeux.

Le parallèle avec American Beauty peut à nouveau se révéler judicieux. Les deux œuvres mettent en scène des personnages en quête de sens et d’authenticité dans un monde hypocrite et conformiste. Elles démontrent que les individus soi-disant normaux sont souvent ceux qui dissimulent le plus de problèmes relationnels et psychologiques. En ce sens, les personnages atypiques comme Nathan apparaissent finalement comme les plus authentiques et sincères. Les intrigues développées mettent ainsi en lumière les failles de la société contemporaine, où l’hypocrisie, l’incommunicabilité et la détresse sont monnaie courante. Makyo et Sasa y parviennent très bien, à bonne hauteur et avec justesse et ce, même si la dimension graphique, moins aboutie, n’a rien d’extraordinaire.

Un homme normal, Makyo et Sasa
Delcourt, avril 2023, 120 pages

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3.5

Kokon : d’un été comme éclosoir pour une adolescente berlinoise

La réalisatrice berlinoise Leonie Krippendorff nous transporte, avec Kokon, au cœur d’un été urbain pour nous y rendre témoins de la belle éclosion d’une jeune fille introvertie en jeune femme libérée assumant ses désirs.

Synopsis du film KokonUn de ces étés caniculaires où l’on grandit si vite : premiers amours et premiers déboires, Nora cherche sa voie dans le Berlin populaire de Kreuzberg, entre une mère absente et une grande sœur protectrice. Mais du haut de ses quatorze ans, Nora se moque des injonctions sociales, de genre et des modèles instagramables : elle veut vivre, briser son cocon et prendre son envol.

On ne compte plus les films allemands qui resserrent leur action sur le cœur d’un été et utilisent la saison presque comme protagoniste à part entière de l’histoire, dans un rôle d’éclosoir, d’incubateur, voire de catalyseur.

La réalisatrice berlinoise Leonie Krippendorff, née le 2 mai 1985 à Berlin Ouest, place son quatrième opus dans le quartier populaire de Kreuzberg, où un groupe d’adolescentes, au seuil de l’été, promène son oisiveté de parc en piscine, sans compter les bars, les boîtes, quelques passages obligés par le lycée, et quelques autres par leurs domiciles respectifs.

Le point de vue adopté est celui de Nora, incarnée par Lena Urzendowsky et son pur visage intemporel, allant de la Madonne italienne à la petite fille de conte, posant son regard naïf et curieux sur toutes choses. Les journaux intimes étant passés de mode, c’est par le biais de son téléphone portable et de ses petits films verticaux souvent commentés en voix off, qu’elle nous livre son regard sur le monde, volontiers décalé, poétique, questionnant, introspectif, bien différent des petits films bruyants et plutôt vulgaires que peut capter sa sœur aînée, Jule (Lena Klenke). Aînée mais pas nécessairement plus mûre, ni plus réfléchie.

Livrées à elles-mêmes, du fait de la défection de leur mère, qui leur préfère la compagnie des bars, de la boisson, et de sa propre amie, les deux sœurs dérivent au fil des jours, dans l’éclat coloré de l’été, très bien saisi par la caméra chaleureuse de Martin Neumeyer. L’eau, d’abord d’une piscine, fréquentée aussi bien de jour que de nuit, puis d’un lac, joue son rôle, comme espace de rapprochement des corps, théâtre des premiers contacts troublants, hors temps favorisant le rêve, ou encore lieu, soudain étrangement froid, de la rupture.

Car la virginale Nora croisera la route de la blonde Romy, magnifiquement campée par Jella Haase. Libre, magnétique, ambiguë, mais aussi secrètement brisée, la jeune femme, qui lui est légèrement aînée, permettra à Nora de se découvrir elle-même et d’assumer son attirance pour d’autres femmes. Une éclosion que Lena Urzendowsky rend sensible avec une délicatesse incroyable, et qui accompagne la métamorphose des chenilles qu’elle élève en somptueux papillons.

Bande-annonce : Kokon

Fiche Technique : Kokon

Réalisateur : Leonie Krippendorff
Par Leonie Krippendorff
Avec Lena Urzendowsky, Jella Haase, Lena Klenke…
5 avril 2023 en salle / 1h 35min / Drame, Romance
Distributeur : Outplay Films

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3.5

Shazam! La rage des dieux, sans éclair de génie

Comment présenter l’Univers DC au cinéma ? Disons que c’est un sacré bazar. Incapable d’assumer une direction claire et précise, Warner n’est jamais parvenue à instaurer un véritable seuil de qualité pour concurrencer Marvel et son MCU. Seuls quelques projets sont parvenus à tirer leur épingle du jeu, comme le très sympathique Aquaman (le seul film à qui le studio a foutu la paix, comme quoi…) ou les versions Director’s Cut de Batman Vs Superman ou de Justice League. Oui, les meilleurs films du DCCU sont ceux qui sont restés le plus loin que possible des griffes des producteurs. L’échec de cet univers connecté et sa mort imminente ne jouent clairement pas en faveur de Shazam 2, qui subit de plein fouet le désintérêt total de la planète pour ce qu’il reste du SnyderVerse. 

Imaginons une conversation fictive entre Thomas, un fan de DC et Elodie, qui n’a pas lu les comics mais qui aime bien les films de super héros. Ils sont autour d’un verre et discutent du film, qu’ils ont vu en avant première. 

T : Bon… On est d’accord pour dire qu’on n’avait jamais vu une salle aussi vide ?

E : Oui, c’est même triste. Mais comment ça se fait ? Normalement, tous les films DC et Marvel font carton plein aux avant-premières.

T : Pas compliqué à expliquer. Déjà, il y a une overdose de films et de séries du genre. Merci Disney. Mais surtout, plus personne n’en a rien à faire du DC Cinématique Universe. La raison est simple, Warner a tout détruit. Shazam se déroule encore dans l’univers Snyder. Or, c’est terminé. Il sera totalement rebooté dans les futurs films. Ils ont fait n’importe quoi. Encore, si ça avait été un Superman, ou un Batman, bien sûr que ça aurait été plein. Mais, là, c’est Shazam. Les gens s’en foutent. L’univers est mort. Y a aucun intérêt à voir un film qui se déroule dans un univers cinématographique, si tu sais que rien de ce que tu verras n’aura de conséquence.

E : C’est dommage, parce que j’ai plutôt trouvé le film agréable.

T : Ah bon ? J’ai vraiment trouvé ça naze.

E : Pire que Wonder Woman 84, suicide Squad ou Ant-Man 3 ?

T : Non, mais si tu prends les pires exemples aussi… Non, je dirais plutôt Black Widow sur vingt.

E : Qu’est ce que t’as pas aimé ?

T : Déjà, c’est laid. Désolé, mais entre Warner et Disney, je crois qu’en ce moment ils jouent à  » Qui va faire les pires effets spéciaux ?  ». Ok, t’as quelques idées de mise en scène sympathiques avec le personnage d’Anne (Rachel Zegler). Mais sinon, ça transpire le manque de budget.

E : C’est déjà plus beau que le 1er Shazam, on aurait vraiment dit un téléfilm du dimanche sur TF1

T : Super, maintenant on a un film Netflix. Le climax est immonde. C’est une cinématique playstation 3.

E : Et l’histoire ? Dans l’ensemble, j’ai trouvé que ça passait.

T : Ben, contrairement au premier, il y en a une. Je l’ai trouvée passable, mais déjà vue de chez déjà vue. En fait, toute la première partie du film est intéressante. Tu as ce côté familial, avec le personnage de Billy qui a du mal à assumer sa place de leader. Mais dès que le projet redevient un film de super héros, avec tous les codes et clichés que ça entraine, c’est plat et sans aucun intérêt. Qu’est-ce que tu as aimé, toi ?

E : J’ai beaucoup aimé le personnage de Freddy. A mon sens, c’est lui le personnage principal, durant toute la première moitié du film. Il est bien plus intéressant que Billy, que l’on voit très peu sous sa vraie forme. Le climax aussi, est pas mal. Pas le moment aux effets spéciaux ignobles. Là c’est vraiment mauvais. Je parle du combat final. Après, tu te demandes à quel moment t’as pas toute la Justice League qui arrive.

T : Mais oui ! C’est incohérent ! En plus, on voit l’un de ses membres ! D’ailleurs, ce passage est d’un cringe…

E : Sinon… quoi d’autre ?  J’ai trouvé ça assez émouvant, de temps à autre.

T : Ben, pour avoir de l’émotion, il faut des enjeux. Comme Warner ne veut jamais prendre de risque, tu n’es inquiet pour personne. Tu sais comment le film va se terminer alors qu’il n’a même pas commencé. Les filles d’Atlas ? En une demi-seconde tu sais comment elles vont terminer, toutes les trois. La famille de Billy ? Pareil. Et Billy ? Pareil. Et le seul moment où le film dévie, tu sais très qu’il n’osera pas aller au bout, et ça ne rate pas.

E : C’est vrai. Mais bon, ça reste pas désagréable. Ça se regarde.

T : Oui, mais pas au cinéma. Il faut envoyer un message à Warner, qu’ils arrêtent de nous prendre pour des imbéciles à faire des films à la va-vite pour l’argent. C’est dommage, parce que dans l’esprit, les gens derrière ce film ont compris le personnage. Ils aiment Shazam et ça se voit. Mais au prix du billet et avec les excellents films disponibles en salles, je ne vais pas conseiller aux gens de se déplacer pour ça.

Bande-annonce : Shazam! La rage des dieux

Fiche technique : Shazam! La rage des dieux

Titre Original : Shazam! Fury of the Gods
Réalisation : David F. Sandberg
Scenario : Henry Gayden et  Chris Morgan, d’après le comics « Shazam! » crée par C.C Beck et Bill Parker
Casting : Zachazy Levy / Rachel Zegler / Grace Fulton / Hellen Miren / Lucy Liu
Musique : Christophe Beck
Photographie : Gyula Pados
Durée : 131 minutes
Production : DC Films / New Lines Cinema
Sortie : 29 Mars 2023 en salles

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