« Un homme normal » : la norme et ce qui la définit

Makyo et Sasa publient Un homme normal aux éditions Delcourt. Ils y interrogent la normalité, son acception et ce qu’elles révèlent de l’humanité.

Makyo et Sasa nous plongent dans un univers où la normalité est remise en question, où l’hypocrisie et l’incommunicabilité dominent les relations humaines, et où l’authenticité et la sincérité demeurent des denrées rares. Les personnages de Nathan, Mathilda, Ivan et Juliette évoluent dans un microcosme de non-dits, de détresse et parfois de bassesse, mettant en lumière la nécessité de repenser notre conception de la norme. Au même titre qu’American Beauty, Un homme normal prend en effet appui sur des classes moyennes tout ce qu’il y a de plus ordinaires pour sonder la nature humaine, le voile des apparences et les dysfonctionnements de la société.

Jeune développeur informatique, Nathan est ultra-compétent, mais également autiste. Il incarne l’anormalité dans un monde où sa condition neurologique le distingue et le marginalise. Son hypersensibilité et sa capacité à déchiffrer les pensées – et même l’avenir – des autres agissent comme des révélateurs dans le récit de Makyo et Sasa. Les auteurs y questionnent, à travers leur personnage principal, les limites des normes sociales et des attentes qui enferment les individus dans des rôles préétablis. Nathan a tôt ressenti la déception de sa famille à son égard, de la même façon qu’il devine la tentation de sa psychanalyste de le réduire à quelques modèles ou schémas cliniques. Il apparaît pourtant, au fil de l’histoire, comme le protagoniste le plus humain et altruiste.

Mathilda, proche de lui, évolue dans une famille dysfonctionnelle où l’absence de communication conjugale tient lieu d’évidence. Juliette est quant à elle prise dans une relation toxique avec sa mère. Elle vit un deuil douloureux et peine à accepter la relation qu’entretiennent son professeur de peinture et sa mère. Elle va se rapprocher d’Ivan pour se venger d’elle. Ce dernier, collégien, avait auparavant tenté à plusieurs reprises d’avouer ses sentiments (obsessionnels) à… la mère de Juliette. Rien n’est simple dans Un homme normal et les fêlures se font jour partout où le lecteur pose les yeux.

Le parallèle avec American Beauty peut à nouveau se révéler judicieux. Les deux œuvres mettent en scène des personnages en quête de sens et d’authenticité dans un monde hypocrite et conformiste. Elles démontrent que les individus soi-disant normaux sont souvent ceux qui dissimulent le plus de problèmes relationnels et psychologiques. En ce sens, les personnages atypiques comme Nathan apparaissent finalement comme les plus authentiques et sincères. Les intrigues développées mettent ainsi en lumière les failles de la société contemporaine, où l’hypocrisie, l’incommunicabilité et la détresse sont monnaie courante. Makyo et Sasa y parviennent très bien, à bonne hauteur et avec justesse et ce, même si la dimension graphique, moins aboutie, n’a rien d’extraordinaire.

Un homme normal, Makyo et Sasa
Delcourt, avril 2023, 120 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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