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Super Mario Bros, le film : un didacticiel sans interactions

Jérémy Chommanivong Responsable Cinéma
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Impossible de passer à côté de Super Mario Bros, qui continue encore d’envahir les consoles de salon et à présent les grandes toiles des salles obscures. La figure mère de Nintendo a-t-elle enfin trouvé le compromis entre la console et le cinéma ?

Les jeux d’arcade continuent d’être un hub social, en plus de représenter un sas de décompression après une journée au boulot sur le territoire japonais. Il s’agit d’une chose qui s’est perdue partout ailleurs, laissant ainsi les héros de cette génération à l’abandon (Ralph 2.0). Et pour cause, le jeu vidéo a progressé vers les foyers populaires, jusque dans les petites mains d’enfants et d’adolescents. Sous l’impulsion de la société japonaise Nintendo, Shigeru Miyamoto et Takashi Tezuka ont fini par créer Super Mario, qui serait à même de rivaliser avec le Mickey Mouse de Walt Disney, malgré la différence des médiums. Tous deux ont pour vocation de créer du divertissement convivial, universel et intemporel, preuve qu’aujourd’hui, et malgré quelques dérapages, il est possible de faire vivre l’expérience sensorielle de nos jeux favoris sur grand écran (Ready Player One). Cependant, difficile de croire que ce point appartienne au cahier des charges, malgré quelques séquences remarquables.

Here we go !

Un brossage artistique signé Illumination ne pouvait que mieux convenir aux frangins plombiers. Il ne reste plus qu’à façonner tout un univers, où les mimiques du jumpman tiendraient la route. Aaron Horvath et Michael Jelenic, qui ont travaillé sur la série animée, ainsi que le film adapté, Teen Titans GO!, ont cette lourde tâche. Mais ce qui coinçait déjà avant même la sortie du film, c’est bel et bien la trajectoire de ses personnages, où tout est à refaire, où tous les raccords sont à inventer. Matthew Fogel, co-scénariste de La Grande Aventure Lego 2 et Les Minions 2, s’envole seul, afin de nous faire oublier cette affreuse adaptation live-action de 1993 (Super Mario Bros.), un échec commercial et critique, où d’autres licences de jeux vidéo, de combat notamment, se sont également brûlé les ailes (Street Fighter, Mortal Kombat et Double Dragon pour ne citer qu’eux).

Si combattre des créatures venues des égouts de Brooklyn constituait le point de départ du jeu du même nom, c’est avec l’antagoniste que l’on ouvre le bal, avec son imposante masse reptilienne cracheuse de feu. Nous ne nous doutions pas à cet instant que tous ces tambours de guerre qu’il emploie étaient annonciateur de la débâcle à venir, une fois l’introduction passée.

Souvenirs arc-en-ciel

Réorchestrations musicales plus ou moins déguisées et une vidéo promotionnelle qui promeut la complicité entre Mario et Luigi, tout est balisé pour qu’on ait l’impression de garder la manette en main. Pourtant, on s’interroge rapidement sur le produit que nous regardons. Pas une publicité, mais bien du cinéma ? C’est en tout cas ce que Luigi défend, lorsque son frère à la casquette rouge n’y voit qu’un prétexte pour lancer son aventure sur les bons rails. Alors oui, on ne tergiverse pas trop longtemps pour séparer le duo, où l’on sent une réelle motivation, afin d’iconiser deux environnements opposés, l’un fait de champignons inoffensifs, l’autre de Squelerex enragés.

À partir de là, on surfe ironiquement sur la saison des Easter eggs, ou œufs de Pâques, des références que l’on est censé cacher pour le plaisir ludique des chasseurs. Ici, toute citation est transparente afin qu’il n’y ait pas d’ambiguïtés, ce qui rend cette œuvre très discutable en tant qu’objet cinématographique. Le fan service est inévitable, mais ne trouve jamais la bonne dose pour servir les enjeux du maigre récit. Ce n’est plus la princesse Peach que l’on doit sauver, mais bien Luigi, car le parcours de la milady ne se prête guère à la destinée romantique.

On passe notre temps identifier ce qui peut l’être, du manoir de Luigi’s Mansion au circuit arc-en-ciel de Mario Kart, en passant par l’arène de Super Smash Bros. La quête des héros devient un amalgame de prétextes vers le prochain easter egg, toujours plus assourdissant quand il s’agit de la musique et toujours plus frustrant quand il s’agit d’assister aux travellings sur des héros que l’on ne peut guider avec une manette. Tout le problème réside donc dans cette démarche, à l’esthétique irréprochable, mais dont la superficialité de l’écriture fait que l’on marche sur la même peau de banane qu’on vient de nous lancer un peu plus tôt.

Tout-à-l’égout

Où est donc passé l’euphorie du jeu ? Nul doute qu’elle a été aspirée par le désir de bien faire sans nourrir davantage l’univers que nous connaissons déjà. Il ne reste plus que des personnages non jouables, que l’on voit défiler comme Donkey Kong, qui prend ces mots avec un peu trop de premier degré. C’est pourtant dommage de gâcher ce divertissement familial avec de petites pirouettes qui ne vont nulle part. Bowser pousse malheureusement le refrain un peu loin pour qu’on ne l’identifie plus comme une menace, mais bien comme une anomalie dans une intrigue qui ne jure que par l’absurde pour capter notre frêle attention.

De même, Toad ne semble pas satisfaire les exigences du compagnon de voyage, si ce n’est pour servir de sidekick comique, le temps de quelques séquences qu’on aura vite fait oublier. Ce n’est qu’en dehors des clins d’œil que l’humour décape, mais tout cela ne constitue qu’une infime partie du jeu, finalement peu cohérente avec les caractérisations que l’on s’est donné tant de mal à présenter.

Tous ces points noirs sont accentués par l’utilisation excessive de tubes des années 80 à 90, avec Holding Out for a Hero, Take on Me ou encore Thunderstruck. Ce baroud d’honneur justifie le fait que le souffle épique ne trouve pas d’issue avec le peu d’ingéniosité que le film nous offre visuellement. Et même en sachant cela, rien n’est stimulant. C’est à l’image d’une séquence d’entrainement, où Mario doit apprivoiser un environnement hostile, afin de devenir le Super Mario, à force de persévérer, comme toute personne ayant joué ou joue encore à la licence le sait. L’intention y est, mais l’exécution sabote tous les power-ups qu’elle ramasse en cours de route, et cela dans le seul but de conclure un affrontement à la volée.

Les plus petits auront de quoi rêver un peu plus longtemps, tandis que les plus âgées verront leur corde nostalgique tirée si fort, qu’ils seront aspirés par le rythme soutenu du voyage ou bien expulsés par le petit tuyau, celui qui nous renvoie à notre siège, trop inconfortable pour qu’on s’y sente chez soi. Super Mario Bros, Le Film n’a donc pas de quoi casser des briques, pourvu que l’on appuie sur le bon champignon. Cela nous apprend une fois de plus que cette impasse, dans laquelle se lancent tous les studios qui adaptent un jeu vidéo dont on retire la manette des mains, est représentative d’une grande publicité déguisée, car l’interaction n’y est plus et l’envie d’y rejouer non plus.

Bande-annonce : Super Mario Bros, le film

Fiche technique : Super Mario Bros, le film

Titre original : The Super Mario Bros. Movie
Réalisation : Aaron Horvath, Michael Jelenic
Scénario : Matthew Fogel
Sound design : Daniel Laurie, Randy Thom
Musique : Brian Tyler, Koji Kondo
Montage : Eric Osmond
Production : Universal Pictures, Illumination Entertainment, Nintendo
Pays de production : Etats-Unis, Japon
Distribution France : Universal Pictures International France
Durée : 1h32
Genre : Animation
Date de sortie : 5 avril 2023

Synopsis : Alors qu’ils tentent de réparer une canalisation souterraine, Mario et son frère Luigi, tous deux plombiers, se retrouvent plongés dans un nouvel univers féerique à travers un mystérieux conduit. Mais lorsque les deux frères sont séparés, Mario s’engage dans une aventure trépidante pour retrouver Luigi.

Super Mario Bros, le film : un didacticiel sans interactions
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