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Le Manoir hanté, aussi transparent que ses fantômes

Cher Mr Disney. Suite à de trop nombreuses plaintes sur la qualité de plus en plus médiocre de vos attractions, nous nous sommes permis d’inspecter votre nouveauté : Le Manoir Hanté. Notre franchise qui fait notre réputation risque de vous être douloureuse. Oui, Mr Disney, il est de notre devoir de dire, qu’encore une fois, vous vous êtes foiré. 

Les fantômes s’éveillent, le spectateur dort.

Avant toute chose, vous devez savoir que nous étions heureux de monter à bord. Bien que nous ne soyons pas particulièrement friands de votre précédente tentative, La maison hanté et les 99 fantômes, une nouvelle attraction mêlant horreur, fantastique et comédie avait tout pour nous plaire. Après tout, vous mélangiez parfaitement les trois avec les premiers Pirates des Caraibes. Malheureusement, comme me le rappelaient mes collègues après l’inspection, c’était avant. Aujourd’hui, notre comité se voit dans l’obligation de vous dire la vérité. Mr Disney, vous êtes à l’image de cette attraction, vide et sans âme, malgré quelques fulgurances.

Oh, bien sur, ne soyons pas totalement pessimistes, quelques idées fonctionnent bien, ici et là. Votre équipe de comédiens, par exemple, semble prendre très à cœur son rôle de divertir les spectateurs. Bon, ils semblaient en roue libre durant l’intégralité de la visite et je doute très fortement qu’ils aient réellement eu des consignes en terme d’acting. Qu’importe. Ils font le job et semblaient s’amuser entre eux. En revanche, pouvez-vous, s’il vous plait, m’expliquer votre volonté incompréhensible de vouloir insérer des blagues toutes les deux minutes ? Cela fait plusieurs années que vos visiteurs vous supplient d’arrêter. Pourquoi ne les écoutez vous pas ? Sur dix blagues, une seule fonctionne. Pour le bien être de l’humanité et des fantômes, arrêtez ça.

Également, navré de vous dire que nous avons trouvé le temps long. Votre manège dure 2h, on les sent passer. Voir Oppenheimer deux fois d’affilée passerait sans doute plus vite. Trop de choses manquent d’ampleur et d’énergie pour embarquer les touristes. Votre histoire est vue et revue, malgré un thème émouvant et intéressant sur la notion de deuil et d’aller de l’avant. L’insipidité de la quasi intégralité de vos personnages n’aide pas. Si Ben est intéressant, nous cherchons encore l’intérêt du protagoniste incarné par Owen Wilson. Et, ne parlons pas du grand vilain, une belle accumulation de ce qu’il ne faut plus faire en 2023. Pour être francs, Mr Disney, nous pouvons pardonner de nombreuses choses si nous partons du fait que c’est une attraction pour enfants. Mais, à l’époque, vous parveniez à embarquer les adultes à leurs côtés. Là, vous êtes tellement à coté de la plaque, nous étions presque sûrs de trouver le fantôme de votre talent parmi ceux du manoir.

Dommage, car de temps à autres, on retrouve ce que nous aimons chez vous : la magie, l’imagination et le fantastique. Par endroits, particulièrement dans la seconde partie, vous vous laissez aller à quelques idées de mise en scène intéressantes. Visuellement également, vous offrez de sympathiques moments. Il aurait fallu se concentrer dessus. Le potentiel du Manoir Hanté à la sauce 2023 était immense. Votre histoire incohérente, votre rythme en dents de scie, votre méchant catastrophique et surtout, votre absence totale de prise de risque (une habitude chez vous, désormais…), aura malheureusement scellé son destin. Nous doutons très fortement du succès de cette nouvelle attraction qui ne fait ni rire, ni vraiment peur.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, cher Mr Disney, en l’expression de nos plus sincères salutations.

Le CONNARD (Comité Objectif mais Néamoins Narquois et Remarquablement Anti Disney)

Bande-annonce : Le Manoir Hanté

Fiche Technique : Le Manoir Hanté

Titre original : Haunted Mansion
Réalisation : Justin Simien
Scénario : Katie Bippold
Musique : Kris Bowers
Casting : Lakeith Stanfield / Rosario Dawson / Owen Wilson / Danny DeVito / Jared Leto
Production : Walt Disney Pictures
Genre : Comédie horrifique et fantastique
Durée : 2h02
Sortie : 26 Juillet 2023 en salles

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2

The Last of Us, la série HBO prête à infecter votre télé !

Dire que The Last of Us a cartonné lors de sa diffusion tient de l’euphémisme. Deuxième meilleur lancement de HBO depuis 13 ans, nominée à de multiples reprises aux Emmy Awards, plébiscitée par la presse et une bonne partie partie du public (les joueurs se montrant plus mesurés), l’adaptation du célèbre jeu vidéo a réussi son entrée ! Disponible sur Prime Vidéo à son lancement, la première saison est désormais accessible à l’achat en support physique ! 

Si vous l’avez ratée, sachez que la critique de cette première saison de The Last of Us est disponible. Pour les autres qui auraient déjà visionné l’intégralité des neuf épisodes, qu’apportent les différentes versions physiques chapeautées par Warner Bros et à quel prix pouvez-vous les obtenir ?

Version DVD : 24,99 euros (Amazon) à 29,99 euros (Fnac)

Inclus : 

  • Boitier avec fourreau contenant les 9 épisodes de la saison 1 sur quatre disques.
  • Bonus (Commentaires des réalisateurs, interviews des acteurs, making-off, adapter The Last of us :  sans manette, etc…)

Version Blu-Ray : 35,99 euros (Amazon) à 39,99 euros (Fnac)

Inclus : 

  • Boitier avec fourreau contenant les 9 épisodes de la saison 1 en HD sur quatre disques.
  • Bonus (Commentaires des réalisateurs, interviews des acteurs, making-off, adapter The Last of us :  sans manette, etc…)

Version 4K Ultra HD édition limitée : 44,99 euros (Amazon) à 49,99 euros (Fnac)

Inclus  :

  • Le Steelbook édition limitée 4K contenant les 9 épisodes de la saison 1 en 4k UHD sur quatre disques
  • Bonus (Commentaires des réalisateurs, interviews des acteurs, making-off, adapter The Last of us :  sans manette, etc…)

Si d’aventure vous étiez tenté de poursuivre l’histoire sur consoles, voici sur quels supports vous pourrez vous procurer les deux chefs-d’œuvre intemporels que sont les The Last of Us :

The Last of Us : Playstation 3, jeu original.

The Last of Us Remastered : Playstation 4, refonte graphique du jeu original, incluant le DLC Left Behind.

The Last of Us Part II : Playstation 4 (jouable sur Playstation 5 en 60 fps)

The Last of Us Part I :  : Playstation 5 / PC. Remake du premier épisode avec une refonte visuelle totale proche voire supérieure aux graphismes de The Last of Us Part II

Un Coup de maître : de l’artiste, créant et créé

Le septième long-métrage de Rémi Bezançon, Un Coup de maître (9 août 2023), réunit deux monstres sacrés du cinéma, Vincent Macaigne et Bouli Lanners, dans le monde de l’art contemporain et de son marché. En résulte une œuvre à la fois méchante, acérée, mais aussi généreuse et humaine, profondément jubilatoire.

Aller voir un  film dans lequel joue Vincent Macaigne, c’est être assuré à la fois de retrouver un acteur aimé, apprécié, reconnu, et de lui découvrir un nouveau visage, presque une nouvelle silhouette,  une nouvelle personnalité. Il est pareil aux « filles » chantées par Brassens : «  Les filles, quand ça dit je t’aime,/ C’est comme un second baptême,/ Ça leur donne un cœur tout neuf,/ Comme au sortir de son œuf ». Lorsque Vincent Macaigne « aime » suffisamment un scénario pour consentir à endosser le rôle qui lui est proposé, on n’en finit pas de s’émerveiller devant le nouveau Macaigne, avec « un cœur tout neuf,/ Comme au sortir de son œuf ». Car l’engagement dans ce nouvel être qui constitue son nouveau personnage est toujours intact, complet, intègre. Une force intarissable de réjuvénation que l’on ne peut qu’admirer et qui ne manque pas de produire un effet jubilatoire.

Dans ce septième long-métrage de Rémi Bezançon, Vincent Macaigne est Arthur Forestier, galeriste de son état. D’entrée de jeu, la causticité du ton ravit ; on entend cet habile marchand commenter en voix off le tableau qui apparaît à l’écran. La réussite est totale dans cet art délicat qu’est la parodie : à la fois, l’imitation du sujet moqué est parfaite, et l’on reconnaît, à travers ces propos, non pas un galeriste, mais cent, et transparaît ce léger excès, mais idéalement dosé, qui signale à coup sûr la satire.

Un coup de maître ne s’écartera pas de cette perfection, tendue, féroce, et qui assure le plaisir du spectateur. Secondé au scénario par Vanessa Portal, comme pour sa précédente réalisation, Rémi Bezançon adapte ici un film argentin de 2018, pareillement titré en français, Mi Obra Maestra en langue originale, de Gastón Duprat. Mais l’intrigue est légèrement modifiée, s’adaptant au contexte parisien.

Ce galeriste se trouve confronté à la détresse de son ami et artiste favori, Renzo Nervi, à qui l’inénarrable Bouli Lanners prête sa carrure. Panne créative, doublée de crise existentielle, sur fond de deuil mal dépassé. Sur un ton badin, comique, le réalisateur parvient à s’approcher de thématiques on ne saurait plus graves, et cela avec une réelle justesse. Il faut savoir que l’équipe se retrouve là en terrain intimement connu, puisque Rémi Bezançon a fait l’École du Louvre avant de devenir réalisateur et que Bouli Lanners pratique lui-même, et depuis longtemps, l’art de la peinture, domaine auquel il se destinait initialement. Éléments de réel qui contribuent certainement à l’efficacité et à la finesse du film.

Questionnant ce point essentiel qu’est la création, en marche ou encalminée, le film s’interroge également sur tout ce qui crée un créateur, à différents niveaux. Du point de vue le plus extérieur : sa reconnaissance, sa cote, sa réception critique, les effets de mode… Au point de vue le plus intime : ce qui le nourrit, ce qui le détruit, ce qui peut le ranimer…

L’image, par Philippe Guilbert, est très subtilement construite, en teintes chaleureuses qui s’accordent bien avec la peinture de Renzo Nervi et qui participent à la profonde humanité du film, auquel la musique essentiellement électronique de Laurent Perez del Mar confère une belle énergie, très pulsée et positive. Quelques seconds rôles, honorablement tenus par Anaïde Rozam, Aura Atika, Bastien Ughetto et Philippe Resimont, prennent part à l’architecture d’ensemble. Mais le grand régal est offert par les nombreuses scènes en duo qui mettent en présence Vincent Macaigne et Bouli Lanners. Déjà réunis dans Chien (2018), de Samuel Benchetrit, dans une tonalité plus sombre, les deux acteurs jubilent visiblement à se donner la réplique et achèvent d’électriser des dialogues déjà très mordants.

Mais au-delà de la fête cinématographique ainsi créée, Rémi Bezançon questionne, avec audace et lucidité, non seulement la vie d’un artiste ou d’une personnalité, mais également sa mort, et les effets volontiers paradoxaux que celle-ci génère.

Bande-annonce : Un Coup de maître 

Synopsis du film : Propriétaire dʼune galerie dʼart, Arthur Forestier représente Renzo Nervi, un peintre en pleine crise existentielle. Les deux hommes sont amis depuis toujours et, même si tout les oppose, lʼamour de lʼart les réunit. En panne d’inspiration depuis plusieurs années, Renzo sombre peu à peu dans une radicalité qui le rend ingérable. Pour le sauver, Arthur élabore un plan audacieux qui finira par les dépasser… Jusquʼoù peut-on aller par amitié ?

Fiche Technique : Un Coup de maître 

De Rémi Bezançon
Par Rémi Bezançon
Avec Vincent Macaigne, Bouli Lanners, Bastien Ughetto
9 août 2023 en salle / 1h 35min / Comédie
Distributeur : Zinc Film

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4

Yamabuki : floraison de conscience

Le repentir est le printemps des vertus. Avec Yamabuki, Juichiro Yamasaki cherche à réduire la distance entre les individus d’une petite bourgade rurale, afin de créer des liens invisibles entre eux. Du drame familial à des séquences d’humour bien senties, les protagonistes ont tous un combat avec leur passé. Et leur désolation est étudiée avec soin, dans un silence onirique qui va peu à peu laisser leur conscience fleurir.

Synopsis : Maniwa, petite ville minière de l’ouest du Japon. Chang-su, ancien cavalier de l’équipe de Corée du Sud, criblé de dettes, travaille dans une carrière. Il vit avec Minami qui a fui son mari. Yamabuki, lycéenne, se met elle à manifester de façon silencieuse à un carrefour. À leur insu, les vies des habitants de Maniwa commencent à s’entrecroiser…

Maniwa est une ville qui cultive tout un tas de récits, de la même manière que Juichiro Yamasaki y cultive ses tomates. Le cinéaste nous fait découvrir sa ville de résidence et montre ainsi toute l’étendu des espaces vides à combler. C’est pourquoi son premier long-métrage, The Sound of Light, abordait la question d’un éventuel retour vers ce lieu, alors que tout conditionnait son héros à partir vivre une carrière d’artiste. En 2014, il nous revient avec Sanchu Uprising : Voice at Dawn, un drame historique sur le soulèvement d’un peuple qui fait écho aux activités silencieuses d’une jeune écolière dans sa dernière œuvre, présentée à l’ACID 2022.

Les passagers du vide

Un grondement retentit à l’ouverture. C’est dans une exploitation minière que Chang-su (Kang Yoon-soo) observe un flanc de montagne s’effondrer sous ses yeux. Est-ce une partie de lui qui se détache, ou est-ce le symbole d’un rejet envers les autochtones et ce travailleur immigré ? Il s’agit un peu de tout cela à la fois, lorsque l’on finit par mesurer l’impact que cette manœuvre sous-entend. L’approche des Jeux Olympiques de Tokyo a rendu nerveux le cinéaste, qui n’a pas eu d’autre choix que d’évoquer l’inconfortable situation de son pays, de même que l’argent sale qu’il en tire. Chang-su doit ainsi s’habituer à ce triste paysage grisâtre, faisant d’ailleurs écho à la chute libre qu’il entame, avec une famille au crochet et un poids sur la cheville. L’ancien champion d’équestre stagne à vue d’œil, malgré son entourage qui diffuse une bonne humeur, également à contretemps de ce vide qui remplit l’écran.

Au regret de ne plus pouvoir remonter sur selle, Chang-su s’accroche à sa vie monotone. Son destin contrarié qui l’attend va de paire avec celui de sa compagne Minami (Misa Wada), une mère qui a fui son mariage depuis des années. Sa jeune fille est ainsi bloquée entre deux cultures, l’une japonaise auprès de sa mère et l’une coréenne du côté de Chang-su. Elle a ainsi du mal à s’identifier au sein de cette famille reconstituée, où manifester un petit « papa » est loin d’être naturel. De l’autre côté, nous avons Yamabuki (Kilala Inori), une adolescente qui n’a pas de temps à consacrer pour répondre aux manifestations sentimentales d’un camarade. Contre la volonté de son père, elle préfère de loin manifester, en silence, pancarte à la main, dans une pose solennelle qui lui accorde la vision d’un monde en mouvement. Elle tente désespérément de le freiner, afin qu’on la remarque, afin qu’on la comprenne et peut-être qu’on l’arrache pour de bon à son quotidien qui n’en vaut pas la peine.

Chacun semble se renvoyer la pierre comme une malédiction dans un premier temps, avant que celle-ci devienne finalement une bénédiction. Plusieurs interprétations sont alors possibles concernant les éléments fantasmés par Yamabuki. Le 16mm déployé par le cinéaste, dont le grain épais offre une texture fascinante, permet ainsi de mieux nous accompagner vers la fiction qui se joue et vers l’imaginaire de certains plans. La musique est également présente pour alléger la lecture de ce film choral, qui tire toute sa beauté du décor naturel et de son humour gratifiant. Yamasaki capte à merveille l’étau qui se resserre sur ces habitants qui tournent en rond dans la journée et qui reviendront au même endroit le lendemain. Chang-su et Yamabuki brisent cette routine avec les doutes qui les consument, et qui les attirent hors de leur zone de confort.

Loin d’être à la hauteur de chaque pétale du Magnolia de Paul Thomas Anderson, Yamabuki parvient à rayonner un dernier acte des plus mélancoliques. On prend ainsi plaisir à suivre le parcours atypique des protagonistes, en sondant leur peine, aussi silencieuses que la pousse de la fleur dont l’œuvre tire son nom. C’est une histoire faite de rencontres au départ, et fatalement de ruptures au terminus. La fin d’une amourette ou des prières silencieuse, la fin d’un couple ou l’image que l’on peut renvoyer d’une famille unie, la fin d’une innocence, mais tout cela laisse place à un renouvellement de la pensée chez les protagonistes. Choisir de garder le silence sur son sort ou tracer sa propre route, tel est le dilemme poétique du cinéaste japonais, qui y injecte toute sa sensibilité et un optimisme qui réchauffe le cœur.

Bande-annonce : Yamabuki

Fiche technique : Yamabuki

Réalisation & Scénario : Juichiro Yamasaki
Photographie : Kenta Tawara
Son : Masami Samukawa
Décors : Risshi Nishimura
Costumes : Kei Taguchi
Coiffure & Maquillage : Miwako Sugahara
Musique : Olivier Deparis
Production : Film Union Maniwa, Survivance
Pays de production : Japon, France
Distribution France : Survivance
Durée : 1h37
Genre : Drame
Date de sortie : 2 août 2023

Yamabuki : floraison de conscience
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3.5

La Main : un très mauvais film d’horreur

Les films d’horreur sont une des incontournables sorties du mercredi, c’est leur jour dédié. Ce 26 Juillet sortait dans l’hexagone La Main ou Talk to me en version originale. D’abord enthousiaste à l’idée de découvrir le dernier cru du studio A24, notre optimisme s’est rapidement envolé. Retour sur une œuvre qui détrône Scream VI en matière de mauvais scénario.

En matière d’horreur cinématographique, l’épouvante suscitée par Nosferatu de Murnau sorti il y a 100 ans déjà est bien loin. En 2023, l’image haute définition et les trucages sont passés à une telle échelle de réalisme qu’elles marquent le spectateur. Cependant, si le niveau des images a augmenté, autant en termes de violence et de réalisme, le scénario quant à lui est sérieusement atteint par un manque de cohérence ou d’intérêt.

La Main, réalisé par les frères Daniel et Michael Phillipou en est un assez bon exemple. Ce film d’horreur est le premier du duo, youtubeurs de leur état, dont le fonds de commerce est l’horreur et qui ont travaillé sur le plateau du succès Mister Babadook. Est-ce malgré tout par leur manque d’expérience que nous serons cléments ? Pas si sûr…

Synopsis : Mia est une jeune australienne qui n’arrive pas à se sortir du processus de deuil entourant sa mère. Celle-ci décède d’une overdose de barbituriques. Son père et elle sont proches d’une autre famille monoparentale constituée de Riley, Sue et Jade, dont le deuil est similaire. Un soir, pour changer d’air, elle veut aller à une soirée organisée par Hailey et Joss, deux têtes à claques du lycée. La soirée a tout de la soirée lycéenne classique: alcool, fun, drogue, mais aussi…main embaumée de médium. Sous la surveillance des deux individus, les intéressés sont possédés par des esprits qui passent à travers cette main. Mais comme toujours dans les films d’horreur, rien ne se passe comme prévu.

L’horreur venant d’Océanie

Avec X (et bientôt Pearl) du réalisateur néo-zélandais Ti West et Mister Babadook de Jennifer Kent, nous espérions que le salut du film d’horreur viendrait d’Océanie. Les trois films ont une approche de l’horreur qui est presque littéraire. Ils ont osé mettre en images des sujets tabous comme le deuil et le traumatisme d’enfance, à travers des métaphores horrifiques. Il y a un bon travail d’écriture derrière qui permet de comprendre et d’assimiler la violence de l’image à autre chose que ce qu’elle est. Que ce soit par le croque-mitaine ou une tueuse en série, l’angoisse est palpable et bien plus que par le jumpscare si cher aux Conjuring et à ses extensions (Annabelle, La Malédiction de la Dame Blanche, La Nonne). C’est d’ailleurs pénible de se demander à chaque fois si les franchises font exprès de ne pas creuser leur sujet.

Nous avions eu au début de la projection le maigre espoir que le film saurait ce qu’il ferait. Peine perdue… D’entrée de jeu, les confusions sont si nombreuses que tout espoir est vite abandonné. C’est dommage parce que nous aimions le principe de cette main-ouija ! Cela change de la planche et parle très bien de la jeunesse d’aujourd’hui qui a effectivement beaucoup d’intérêt pour les jeux avec les esprits et pas que dans les films. Les récits de Ouija, tournant mal et filmés de surcroît, affluent des quatre coins du globe pour alimenter thread, forum et autres sites web de l’étrange.

Le scénario incompréhensible

Sur le principe, un jeu de ouija qui dérape peut donner lieu à un bon scénario sur la possession. L’Exorciste en est l’exemple type. C’est en commençant à utiliser la planche que la petite Regan a commencé à vriller, même si cela est très peu représenté dans le film. Dans La Main, la vie des jeunes change radicalement au moment où Mia laisse les esprits entrer en elle. Mais c’est surtout en autorisant ceux-ci à entrer dans le corps de son ami Riley, qui n’a que 15 ou 16 ans (voire moins) que tout commence à vriller.

Riley manque de mourir en se faisant agresser de l’extérieur, sauvé in extremis par sa sœur, puis de l’intérieur. La main donne une vision à Mia où le pauvre garçon souffre le martyre. D’ailleurs parlons-en de cette main. Le plus gros défaut du scénario est que cette main ne parvient pas à bien créer la confusion chez le spectateur. Du début à la fin, il ne nous semble pas évident qu’elle cherche à mener Mia à sa perte. De plus, on n’explique pas pourquoi Mia peut rester plus de 90 secondes avec ces entités et que la décrocher est impossible. C’est même encore plus confus de comprendre pourquoi elle commence à voir ces choses alors que la porte s’est fermée.

Il est possible que ces failles, tout comme celles de Riley, aient attiré et nourri les entités, mais cela n’explique pas pourquoi on la choisit afin d’être la victime de cette main. L’histoire de Mia, Riley et Jade n’est pas si compliquée, les failles qu’ont vues les entités ne sont pas difficiles à trouver non plus, mais il n’en reste pas moins que du début à la fin, c’est comme si l’esprit s’est juste contenté de Mia alors qu’il pouvait emporter plus de monde s’il voulait.

La protagoniste qui ne prend QUE les mauvaises décisions…

Un grand classique nous a été proposé, celui de la protagoniste qui prend de mauvaises décisions. Mais là, il y a exagération au point de se demander si le personnage le fait exprès ! Elle autorise que le plus jeune utilise la main alors que ce n’est pas à elle d’en décider, elle accepte de laisser les esprits rester un petit peu plus dans le corps de son ami car elle croit avoir eu un message de sa mère, elle invite son ex et actuel copain de Jade à rester avec elle, alors que la tension entre les deux est encore présente et exacerbée par la séance…

Tout le film est constitué de ces mauvaises initiatives qui rendent l’héroïne extrêmement indéfendable et antipathique. Elle est pire qu’un personnage de Scary Movie. Elle ressort bien souvent (et c’est dommage) comme une personne qui ne fait pas attention aux autres. Or, même une adolescente de son âge est capable de comprendre que ses décisions vont la mener à une situation de perte.

Mais pire qu’elle, Joss et Hailey sont deux gros nigauds. Qui fait des séances en n’expliquant pas les risques de ce qu’ils font ?! Ils ont vu plusieurs fois, et l’ont essayé eux-mêmes, des personnes possédées pendant leurs soirées, devenir violentes, se suicider, agresser physiquement les autres, mais ont continué à utiliser cette main. À la fin, ils mettent tout sur le dos de la pas si futée Mia.

Et la fin ?

Cette fin montre juste que les scénaristes ne savaient pas comment conclure. Non pas que c’est terrible de ne pas savoir, mais ne pas produire son film est peut-être mieux à ce moment-là. Digne d’un scénario à la Darren Aronofsky, cette fin est un classique qui veut dire au spectateur « je t’ai bien eu ». Mais non, terminer ainsi sans expliquer ce qui s’est passé ne laisse planer le doute que sur une chose : ce n’était pas un bon scénario. Terminer par une note mystérieuse, finalement non mystérieuse, nous désole. Le dernier film du même acabit et qui finissait ainsi, en se déchargeant de toute responsabilité, était Les dossiers secrets du Vatican de Mark Neveldine.

C’est dommage considérant que les cinéastes sont spécialisés dans l’horreur via leur chaîne YouTube à un milliard de vues (oui, oui, vous avez bien lu). Ils ont l’habitude de créer des vidéos d’horreur et de comédies horrifiques. Dans ce cas, peut-être qu’ils auraient dû rester dans ce registre.

En conclusion, libre à vous d’aller voir ce film, nous vous le conseillons pour vous faire votre avis. Le thème du deuil reste intéressant et peut-être que ces deux vidéastes s’amélioreront, étant donné que c’est leur tout premier long-métrage. Pour nous cependant, ils devraient peut-être revoir leur scénario. Nous sommes loin d’être en accord avec Rotten Tomatoes et Metacritics qui leurs donnent quand même 98% et 7.8/10. Ce film ne mérite à nos yeux qu’une étoile.

Bande-annonce : La Main

Fiche Technique : La Main

Titre original : Talk To Me
Réalisateur : Danny Philippou, Michael Philippou
Scénariste : Danny Philippou, Bill Hinzman
Avec Sophie Wilde, Joe Bird, Alexandra Jensen, Miranda Otto…
Distributeur : SND
26 juillet 2023 en salle / 1h 34min / Epouvante-horreur, Thriller

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1

Barbie, une satire teintée de rose

Décrit comme l’un des films les plus attendus de 2023, Barbie est venu s’inscrire dans les plus grands succès annuels au box-office mondial en seulement quelques jours. Loin d’être un récit pour enfant, le film de Greta Gerwig ouvre une vraie réflexion politique et sociétale au ton humoristique. Tantôt acclamé, tantôt déchiré par la critique, que vaut réellement ce nouveau blockbuster qui anime tous les débats ?

Barbie, militante malgré elle

Depuis ses débuts derrière la caméra, Greta Gerwig (Lady Bird, Les Filles du Docteur March) se fait remarquer. Particulièrement, parce qu’elle n’a jamais caché le caractère politisé de ses productions. En ce sens, à l’image d’une République platonienne, Barbie est moins l’histoire d’une poupée en plastique que celle de l’ascension d’une femme vers la connaissance et une prise de conscience des failles du monde qui l’entoure. Au départ, enfermée dans sa vie en rose, Barbie (Margot Robbie) est cantonnée à sa vérité, celle que l’entreprise Mattel lui projette. Elle n’a aucune conscience du vrai monde. C’est lors d’une odyssée vers notre réalité, vers la lumière de la connaissance, qu’elle entamera un processus de déconstruction des diktats qui l’entourent pour donner à Barbieland plus d’égalitarisme.

L’écriture au second degré fait rapidement oublier le manque d’originalité du scénario, qui suit la recette classique d’un bon blockbuster (une héroïne doit sauver le monde en voyageant dans une autre dimension pour rétablir l’équilibre, et cætera, et cætera). En effet, ce qui fait le succès de Barbie, c’est la rencontre entre la critique et le comique. Greta Gerwig réussit à démontrer qu’il est possible de parler d’égalité des genres, de capitalisme ou encore des injonctions à la beauté (tant féminine que masculine), en faisant appel à la satire et à l’humour. Par exemple, quelques piques bien pensées sont envoyées au monde capitaliste. Ainsi, l’insertion d’une publicité fictive pour la Barbie en plein milieu du film est particulièrement bien pensée, elle surprend le spectateur et le ramène à son statut de consommateur excessif. En ce sens, la représentation du PDG de Mattel (Will Ferrell) comme d’un businessman exacerbé qui n’a d’intérêt que pour le profit est particulièrement ironique puisque l’entreprise Mattel apparaît dans la liste des producteurs du film.

Barbie ET Ken

Barbie et Ken incarnent, respectivement, l’allégorie du patriarcat et du matriarcat poussées à l’extrême. En se basant sur notre société moderne et en inversant les rôles, Greta Gerwig, réalise une critique exacerbée du système patriarcal en vigueur, doublée d’une ode à l’égalité. Dans un premier temps, Barbieland est orchestré par des Barbie décisionnaires, propriétaires, en charge des plus grandes positions. Ironiquement, on note l’absence d’enfants dans un monde qui leur est pourtant destiné. Seule une poupée enceinte vit à Barbieland et elle n’est plus commercialisée dans le vrai monde. En second plan, on note aussi la présence des Ken, accessoires, hommes-trophées dotés d’une plastique de rêve antagonique à leur intelligence. Ils sont « juste Ken ». Par la suite, la tendance s’inverse avec la découverte du patriarcat dans le vrai monde. Dès lors, Barbie est renvoyée à sa condition de femme alors que Ken pousse le narcissisme à son paroxysme en remodelant le monde à son image. La première partie du scénario renvoie à cette idée ordinairement sexiste qu’une femme ne peut exister sans un homme, ou ici, qu’un homme ne peut exister sans une femme. C’est alors que le film prend une tournure inclusive et égalitaire en démontrant qu’en 2023, il est enfin temps pour Ken et Barbie d’être indépendants et complémentaires.

Une mise en scène rose bonbon

Outre les débats ouverts par Barbie, c’est surtout un film haut en couleur et d’une richesse visuelle exceptionnelle. Tant au niveau des décors, qui renvoient plusieurs générations dans leur enfance, qu’au niveau des magnifiques costumes directement inspirés du catalogue de l’univers Barbie. Avec un décor et des tenues directement inspirés des années 60 et des pin-ups, la qualité de l’esthétique du film permet d’accroître son accessibilité. En effet, il est dès lors possible d’aller voir le film de manière légère pour se délecter de sa beauté, tout en laissant de côté les débats politiques et sociétaux qu’il véhicule. En matière de mise en scène, Barbie est filmé en prise de vue réelle. Le personnage évolue dans des décors créés particulièrement pour le film. Les caractéristiques des maisons, fidèles aux modèles de base permettent de proposer aux spectateurs une immersion totale dans le monde de la poupée. Avec un Barbieland aux allures de Seahaven (Truman Show, 1998), Greta Gerwig souligne également, avec ironie, le côté insensé et extravagant des maisons Mattel et du monde Barbie.

Barbie, est aussi basé sur d’innombrables références cinématographiques et culturelles. Comme cela a été très remarqué, la scène d’ouverture du film est (très) directement inspirée du travail du géant du cinéma Stanley Kubrick et de son 2001 : l’odyssée de l’espace (1968)D’autres scènes viennent s’inspirer, de manière directe ou plus subtile, d’autres grands classiques du 7e art. On note alors une référence au Parrain (1972), à La fièvre du samedi soir (1977), avec la scène de danse, ou encore à Matrix (1999), lorsque Barbie doit choisir entre deux chaussures pour décider de son destin, à l’image des pilules rouge et bleue proposées à Néo. Outre cette liste non exhaustive, de nombreuses autres références cinématographiques sont cachées dans le film… à vous de jouer pour les identifier !

Au demeurant, il est impossible de parler de Barbie sans parler du coup de maître réalisé par l’équipe marketing du film. Avec un budget colossal, Barbie s’offre tout : des collaborations avec les plus grandes marques de mode (comme Chanel), un casting de stars (Margot Robbie, Ryan Gosling, America Ferrara) et une bande-son originale portée par de nombreux artistes en vogue comme Billie Eilish, Lizzo ou encore Dua Lipa.

En clair, Barbie coche toutes les cases d’un blockbuster de qualité. Il s’agit d’un divertissement intelligent et fédérateur, agrémenté d’un zeste politique, qui ouvre la porte à une réflexion plus poussée pour ceux qui le souhaitent. Avec ce projet, Greta Gerwig démontre que son « Barbie can be anything » (Barbie peut tout être) : une comédie, un drame, un film musical, un divertissement, un vecteur d’idées politiques et sociales, etc.

Bande d’annonce – Barbie 

Fiche Technique – Barbie 

Titre original : Barbie
Réalisation : Greta Gerwig
Scénario : Noah Baumbach, Greta Gerwig
Acteurs principaux : Margot Robbie (Barbie), Ryan Gosling (Ken), America Ferrara (Gloria), Will Ferell (CEO de Mattel), Kate McKinnon (Barbie Bizarre), Ariana Greenblat (Sasha)
Musique : Mark Ronson, Andrew Wyatt
Décors : Sarah Greenwood
Costumes : Jacqueline Durran
Photographie : Rodrigo Prieto
Montage : Nick Houy
Production : David Heyman, Margot Robbie, Tom Ackerley et Robbie Brenner
Production déléguée : Greta Gerwig, Noah Baumbach, Ynon Kreiz, Richard Dickson, Michael Sharp, Josey McNamara, Courtenay Valenti, Toby Emmerich et Cate Adams
Sociétés de production : Heyday Films, LuckyChap Entertainment, NB/GG Pictures et Mattel Films
Société de distribution : Warner Bros. Pictures
Budget : 145 millions de dollars
Langue originale : anglais
Format : couleur — DCP 4K — 1.85 : 1 — son Dolby Atmos
Genre : comédie
Durée : 114 minutes

Note des lecteurs6 Notes
4.5

Anthropoid de Sean Ellis : oublier ses états d’âme au service d’une mission 

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Une mission doit être menée jusqu’au bout ; quelles que soient les conséquences, quels que soient les bouleversements. La douleur n’a pas sa place.

Synopsis : Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale, deux soldats tchécoslovaques en exil à Londres sont parachutés à Prague avec pour mission de tuer Reinhard Heydrich, troisième commandant du Reich après Hitler et Himmler. Surnommé le « Boucher de Prague », Heydrich est le principal architecte de la Solution finale. Avec l’aide d’un réseau de résistants, les soldats organisent l’opération Anthropoid qui, si elle réussit, changera le cours de l’Histoire.

La violence à l’état brut

La deuxième séquence du long-métrage annonce la couleur. Jan Kubiš et Josef Gabcik, joués respectivement par Jamie Dornan et Cillian Murphy, rencontrent deux hommes qui leur proposent de les loger. Ces hommes sont en fait des Allemands qui voulaient les dénoncer. Nos deux protagonistes doivent donc toujours rester sur leurs gardes, prêts à bondir à chaque instant pour sauver leur peau.

En effet, tout le monde représente un danger potentiel et, lors d’une mission de cette ampleur, il est difficile d’accorder sa confiance à qui que ce soit. En face d’eux, les soldats allemands anonymes agissent collectivement dans un même but. Il n’y a pas d’humanité qui tienne, et le film le montre parfaitement. Les plans sont tremblants, suivant au plus près les actions des personnages, même lors des scènes plus calmes. La menace n’est jamais loin.

Pourtant, le long-métrage rapporte quelques instants chaleureux et emplis d’humanité, comme lorsque des inconnus sont prêts à accueillir nos deux protagonistes sans les connaître ! Nous constatons également quelques démonstrations fraternelles entre les membres de l’opération. Ces derniers sont d’ailleurs prêts à mourir les uns pour les autres… Le film parle également d’amour, ce qui apporte une dimension plus mélodramatique au récit. Jan et Josef parviennent tout de même à trouver du réconfort auprès de Lenka et Marie. Seulement, comment gérer une histoire d’amour lorsque chaque instant est peut-être compté ?

Une dangereuse proximité

La caméra est souvent proche du visage des personnages ; ces visages arborent une mine neutre où se devine l’angoisse et, quelques fois, l’amour. Il y a malgré tout quelques plans larges exposant les rues brumeuses et sombres de Prague durant la guerre, mais qui demeurent pesants car les soldats allemands les habitent. Ils observent chaque coin de rue avec minutie.

De plus, nous voyons souvent les membres de l’opération Anthropoid dans des espaces confinés, puisqu’ils doivent se protéger à chaque instant de la vue allemande. Ces espaces présentent un éclairage terne et jauni, accentuant les ombres menaçantes qui les entourent.

Enfin, n’oublions pas que les Allemands ont envahi la Tchécoslovaquie de 1939 à 1945, soit toute la période de la Seconde Guerre mondiale. L’opération, quant à elle, se tient en 1941, au milieu de la guerre ; il y a donc aucune issue possible pour les opposants à cette période…

La nécessité du courage

Jan est plus enclin au crises d’angoisses que Josef ; il maîtrise moins ses émotions, tandis que Josef s’efforce de les cacher, au péril de son moral. Ils doivent réprimer leur humanité pour mener à bien leur mission : être des robots qui ne connaissent pas la peur, ignorent leurs doutes et agissent. Agir sans réfléchir, mécaniquement ; sinon, comment arriver à effectuer une mission aussi importante et dangereuse ?

D’ailleurs, alors que l’opération se tient en 1941, nous ne voyons aucun passage relatif aux combats de la Seconde Guerre mondiale. En effet, les deux soldats tchécoslovaques n’ont d’yeux que pour leur mission. Ils ne s’occupent pas de la guerre qui sévit au-delà de Prague. Peut-être par souci narratif  du film ou simplement pour ne pas accumuler psychologiquement toutes les violences…

Anthropoid est un long-métrage poignant, qui ne nous quitte pas à la suite du visionnage. L’expérience est intense, sans compromis, gérant à merveille la tension. Avec un rythme au cordeau, des acteurs talentueux et des personnages attachants, le film réunit amour et désillusion au sommet de la Seconde Guerre mondiale.

Anthropoid : Bande annonce VF

Fiche technique du film

Titre original : Anthropoid
Titre français : Opération Anthropoid
Réalisation : Sean Ellis
Scénario : Sean Ellis et Anthony Frewin
Musique : Guy Farley et Robin Foster
Décors : Morgan Kennedy et Ussal Smithers
Costumes : Josef Cechota
Photographie : Sean Ellis
Montage : Richard Mettler
Production : Sean Ellis, Mickey Liddell et Pete Shilaimon
Production déléguée : Chris Curling, Léonard Glowinski, Krystof Mucha, David Ondrícek et Anita Overland
Sociétés de production : LD Entertainment, 22h22 et Lucky Man Films
Pays de production : Royaume-Uni, France, République Tchèque
Langue originale : anglais
Format : couleur – 2.35:1 – 16 mm
Genre : drame historique, guerre
Durée : 120 minutes

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5

Sur la branche de Marie Garel-Weiss : à la folie

2.5

Sur la branche est le 3e long-métrage de Marie Garel Weiss et son 2e film au cinéma après La fête est finie en 2017. Déjà, les personnages étaient en marge de la société, en pleine reconstruction et ne devaient pas déformer leur vision du monde, éviter de « replonger ». Ici, les personnages tentent d’extirper la vérité à tout prix, mais ne savent plus vraiment où elle se situe réellement. Pure fantaisie, Sur la branche vaut surtout pour ses interprètes.

Synopsis : Mimi a presque trente ans et rêve toujours à ce qu’elle pourrait faire quand elle sera grande. Alors qu’elle se décide à chercher du travail, elle fait la connaissance de Paul, un avocat sur la touche. Ensemble ils vont tenter de défendre Christophe, un petit arnaqueur qui clame son innocence. Si Paul voit dans cette affaire un moyen de se refaire, Mimi y voit, elle, une mission, un chemin vers la justice et la vérité.

Jusqu’ici tout va bien

On pourrait croire que Mimi est fantaisiste, un peu perchée (le titre nous aide à penser ça), alors qu’elle ne cesse de répéter qu’elle a de « vrais problèmes psy ». On se laisse pourtant berner par un autre pensionnaire qui veut tuer sa mère et qui se sent « plus fou » que Mimi. Embarquement dans l’esprit de Mimi qui se rêve avocate lors d’un entretien d’embauche avec une Claire étourdie. Elle n’en veut pas au cabinet mais confie pourtant à Mimi la mission d’aller récupérer un dossier chez Paul, l’ex associé et mari qui fait pleurer les jeunes avocates.  La rencontre est improbable, là où Paul voit de la stratégie, Mimi dévoile sa fragilité. Tout aurait pu se terminer ainsi, si Mimi n’avait pas répondu à l’appel de Christophe, un voyou dont elle décèle le léger accent breton et qu’elle va embarquer sans sa soif de justice et de vérité. Ici la parole a son importance, chaque dialogue révélant un peu plus le décalage qui se crée avec une réalité classique, attendue, une enquête menée avec soin. L’instinct de Mimi aurait pu s’apparenter à celui d’Audrey Fleurot dans HPI, sauf que personne n’est là pour cadrer ses associations douteuses, bien que probables, et ses éclairs de génie.

Tout Sur la branche se joue de ce déséquilibre permanent. Plus Mimi s’aveugle en se persuadant qu’elle va bien, plus la lumière et les oiseaux entrent dans le cadre. C’est d’ailleurs en pleine nuit, conduisant tous phares éteints qu’elle déclare « c’est fou, je vois super bien, encore mieux qu’en plein jour ». Cela offre un contraste avec les scènes plus « huis clos » du début (chez Paul, dans le cabinet des avocats). On pense souvent au duo de En liberté ! dans cette comédie joliment barrée. Pourtant, le scénario tourne parfois un peu court et c’est alors la seule fuite en avant qui compte. Ce qui marche aussi, c’est l’alchimie entre les personnages, les partitions qu’offrent les acteurs : Daphné Patakia en tête accompagnée d’un irrésistible Benoit Poelvoorde. L’actrice, repérée dans Ovni(s) ainsi que dans Djam et Benedetta, déploie ses grands yeux et son phrasé dans cette comédie taillée à sa mesure : celle d’un petit oisillon qu’on voudrait mettre en cage, mais qui à tant à offrir en déployant ses ailes. « Je suis fascinée par leurs capacités compensatoires hors du commun, que je considère comme des dons. Imaginer que l’on puisse « faire famille », se trouver un compagnon de route me donne de l’espoir. Le groupe commence par deux personnes, d’où le duo : à deux, c’est mieux ! », explique la réalisatrice Marie Garel-Weiss au sujet de son personnage qui « a compris qu’elle n’y arriverait pas de la même façon que les autres » (dossier de presse du film). Raphaël Quenard complète cette partition de sa voix inimitable, il est embarqué lui aussi dans le délire de Mimi, leur corps s’affrontent, se rassemblent et nous entraînent avec eux.

Bande annonce : Sur la branche

Fiche technique : Sur la branche

Réalisatrice : Marie Garel-Weiss
Scénario : Marie Garel-Weiss , Ferdinand Berville, Salvatore Lista, Benoît Graffin
Interprètes : Daphne Patakia, Benoît Poelvoorde, Agnès Jaoui et Raphaël Quenard
Photographie : Jeanne Lapoirie
Montage : Flroa Volpelière
Production : Elzévir Films, Panache Productions
Distributeur : Pyramide Distribution
Date de sortie : 26 juillet 2023
Durée : 1h31
Genre : Comédie

The Wastetown : errance sociale

L’Iran n’est plus que le miroir d’une casse automobile, où des individus déambulent dans l’espoir d’exister dans un avenir proche et incertain.  Telle est la démonstration de The Wastetown, avec une mère revancharde comme fil rouge, et qui sonne l’état d’urgence dans lequel le pays régresse. Une tragédie satirique et un thriller haletant !

Synopsis : Coupable du meurtre de son mari, Bermani est emprisonnée pendant 10 ans. Libérée, elle part à la recherche de son jeune fils et se rend à la casse automobile où travaille son beau-frère…

Ce n’est que le troisième long-métrage d’Ahmad Bahrami, qui a étudié la vivacité d’un adolescent dans Panah (2017), où un village isolé dépend essentiellement de sa présence. Partir ou rester, telle est la question que posait le film. The Wasteland revient avec le même dilemme au cœur d’une zone industrielle, petit microcosme d’un peuple qui s’éteint à petit feu. The Wastetown reste dans la lignée du film antérieur, où l’on débat pertinemment sur la place des femmes dans la société iranienne, ici réduite à une décharge automobile.

Résidus d’une civilisation

Bermani attend qu’une porte s’ouvre. Son objectif est confus, mais on comprend rapidement sa détermination de fer. Dix années de prison l’ont métamorphosée. Elle reste naturellement séduisante, mais elle est devenue une femme fatale qui ne laissera aucun homme l’approcher de nouveau. Basan Kosari (La Permission, Marché Noir) lui prête ses traits, en restant ferme dans les conversations et subtile dans sa manière de détourner leurs attentes. Le personnage évolue dans une ville silencieuse, qui s’apparenterait presque à un milieu urbain, soudainement transformé en no man’s land. On ne circule plus dans les voitures, mais bien entre leurs différentes carcasses. Cela ne la freinera pas dans sa quête pour autant, car Bermani fera tout ce qui est nécessaire pour retrouver son enfant.

Longtemps écartée de la réalité, elle finit par se faufiler dans l’enceinte de ce lieu, plein de détritus, à l’image des hommes lâches, cupides, manipulateurs ou agresseurs qui y vivent. Pas de juste milieu dans un monde dont l’unique nuance réside dans l’esthétique froide du noir et du blanc, un monde sans place pour l’optimisme. De même, le format 4/3 est travaillé de telle sorte que le cadre et l’environnement compressent les protagonistes, jusqu’à ce qu’ils disparaissent définitivement.

Derrière la porte

La suite du voyage est faite de rencontres éphémères, d’un gardien à un patron malhonnête, en passant par le beau-frère de Bermani, Ebi, interprété par un Ali Bagheri fébrile pour l’occasion. Malgré les apparences des uns et des autres, la violence est suggérée et amplifiée par notre imaginaire, habilement sollicité par les différents hors-champs des plans-séquences. Lents travellings et panoramiques à 180 degrés, le temps se dilate aussi, dans une atmosphère qui n’invite pas à la contemplation, mais davantage à l’introspection. On scrute ainsi tous les détails possibles dans ce triste tableau qu’il nous est donné de voir, tel un fantôme revenu hanter les lieux. Bermani est vue par des hommes qui ne souhaitent pas la voir réhabilitée après son crime. Celle-ci n’est pas non plus à pardonner pour ses fautes, mais son retour bouleverse absolument tout l’ordre établi par ceux qui ont écrit les lois à leur guise.

Les uns après les autres, Bermani tente de faire valoir ses droits élémentaires auprès des personnages masculins, comme pouvoir renouer avec son enfant, ou avoir un abri décent pour passer la nuit. Il s’agit du même combat auquel le pays est confronté depuis plusieurs décennies, où les femmes gagnent petit à petit le droit de conduire, de circuler librement ou de se vêtir comme bon leur semble. Le patriarcat habite chaque étape du parcours de cette mère qui cherche avant tout des réponses, et qu’on la rassure.

Nous en venons alors à son ultime métamorphose. Si elle ne possède pas les canines aussi pointues que l’héroïne de A Girl Walks Home Alone At Night d’Ana Lily Amirpour, les hommes sont attirés par son aura, commune à celle de Laura dans Under The Skin de Jonathan Glazer. Ce qu’elle en fait demeure un mystère, mais il ne faut pas chercher bien loin pour saisir la haine qui la consume et la peur qui alimente ses actions. L’usage périodique d’un drap blanc ampute ainsi une partie de la vitalité de l’héroïne. Nous remarquons également la présence d’un chien, dont la seule activité consiste à trouver des miettes pour remplir sa panse. Il renifle sans avoir de direction précise, comme l’héroïne qui piste son enfant, avec les maigres informations qu’elle peut négocier.

Il ne s’agit pas d’un road-movie à l’esprit feel good, où la réunion d’une mère et son enfant illuminerait le climax. Le ton de l’œuvre parle de lui-même, en brossant le portrait d’une nation avec une élégance rare, permettant ainsi au cinéaste de se focaliser sur la tension mise en place par son dispositif. Peu de protagonistes, de dialogues, de décors, une musique obsédante, il n’en faut pas plus. Juste un peu de patience et d’imagination et le récit délivre sa toute-puissance, dans les moments où l’on prend à peine le temps d’inspirer. En somme, The Wastetown fait simplement un état des lieux disgracieux de la société iranienne, à travers le spectre d’une cité urbaine, où dérive une femme prête à tout pour se défaire de ses chaînes, prête à tout pour ne pas devenir l’objet d’une mort programmée par son environnement. La perspective est foudroyante jusqu’au tout dernier plan.

Bande-annonce : The Wastetown

Fiche technique : The Wastetown

Titre original : Shahre Khamoush
Réalisation & Scénario : Ahmad Bahrami
Photographie : Masoud Amini Tirani
Montage : Mostafa Varizi
Son : Mohammad Shahverdi
Mixeur : Hassan Mahdavi
Costumes : Nahid Sedigh
Musique : Foad Ghahramani
Production : Film Union Maniwa, Survivance
Pays de production : Iran
Distribution France : Bodega Films
Durée : 1h30
Genre : Drame
Date de sortie : 2 août 2023

The Wastetown : errance sociale
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4

The First Slam Dunk : rebond sensationnel

Le basketball arrive à son paroxysme dans un univers que l’on qualifierait pourtant de masculin. Cependant, The First Slam Dunk transcende les individualités du shōnen dont il est adapté, afin de réunir petits et grands, amoureux du manga, du sport ou de cinéma autour d’un plan de jeu unique et une animation à couper le souffle.

Synopsis : Le meneur de jeu de Shohoku, Ryota Miyagi, joue toujours intelligemment et à la vitesse de l’éclair, contournant ses adversaires tout en gardant son sang-froid. Né et élevé à Okinawa, Ryota avait un frère aîné de trois ans de plus. Sur les traces de ce dernier, joueur local célèbre dès son plus jeune âge, Ryota est également devenu accro au basket. En deuxième année de lycée, Ryota fait partie de l’équipe de basket-ball du lycée Shohoku, aux côtés de Sakuragi, Rukawa, Akagi et Mitsui, et participe au championnat national inter-lycées. À présent, ils sont sur le point de se mesurer aux champions en titre, les joueurs du lycée Sannoh Kogyo.

En 31 tomes et 101 épisodes pour l’adaptation sérielle, Takehiko Inoue a su donner l’impulsion nécessaire aux adolescents et adolescentes afin qu’ils trouvent le chemin des terrains de basketball. Au lycée, ce fut le sport collectif de prédilection du mangaka, à présent réalisateur et auteur d’un nouveau récit qui se détache légèrement de son Slam Dunk originel. Il s’agit d’un véritable tour de force de la Toei Animation, à qui l’on doit déjà One Piece : Red et Dragon Ball Super : Super Hero dernièrement. Ces grandes licences ont d’ailleurs tendance à s’enfermer dans un schéma répétitif, où l’événement l’emporte que la qualité des œuvres projetées. C’est là où le cinéaste se démarque, avec une réelle envie de renouveler son univers avec moins d’humour et encore plus de sensations et d’émotions.

Rebond visuel

Loin d’être aussi cartoonesque que Space Jump ou Shaolin Basket, voire aussi radical que les enseignements du Coach Carter, l’ouverture garde les pieds sur terre. Deux frères s’entraînent, tout en apprenant beaucoup sur eux-mêmes. Ils ont beau être nés le même jour, trois bougies d’écart les séparent. Et ce sera à travers le manque d’expérience du cadet, Ryota Miyagi, que l’on redécouvrira l’intensité de ce sport qui pousse à bout ses limites, ainsi que celles de ses coéquipiers. Tous sont invités à entrer dans le colisée des fauves, pour un unique match de quarante minutes, où dix mains sont tournées vers le même objectif.

Les lycéens de Shohoku défient les tenants du titre, une confrontation qui ne laissera personne indemne. Chaque passe et chaque point ont leur importance, que ce soit pour le score final ou pour le moral du groupe. Le duel est à la fois physique et psychologique. Les corps s’adaptent à la vitesse du jeu, mais le bras de fer est permanent. Le positionnement des jambes, des pieds, des mains, des épaules, des hanches… de nombreux réflexes nerveux et abondamment répétés à l’entraînement sont captés dans une animation alléchante, mêlant 2D et 3D, et qui n’oublie pas de justifier la masse des protagonistes à chaque fois qu’ils avancent d’un pas. La mise en scène est d’une minutie qui ravira les fans de cette discipline, à tel point que l’on vit le match et les enjeux de chaque joueur de l’intérieur.

Rebond d’émotions

Hisashi Mitsui occupe l’arrière, Kaede Rukawa est l’ailier, Takenori Akagi tient le rôle de pivot et de capitaine de l’équipe, Hanamichi Sakuragi le héros principal de la bande dessinée reste l’ailier fort du groupe, notamment grâce à ses talents athlétiques pour jouer les rebonds. Quant à Ryota, il est fonceur dans la vie, une attitude qu’il déploie à merveille en menant le jeu sur le terrain. Ces cinq individus que tout opposait à leur première rencontre se trouvent bien là, jouant le match de leur vie afin de justifier le surpassement de soi, si cher aux récits de teenage movie. S’il ne s’agit pas pour autant d’un sport extrême, ce genre de divertissement génère sans peine de l’adrénaline au fur et à mesure que le ballon traverse le terrain pour finir dans le panier adverse, à 3,05 mètres du sol. Chacun a ainsi l’opportunité de progresser et d’être caractérisé dans des flashbacks, qui ne freinent en rien le rythme d’un récit trop bien huilé.

Comme arrivé au bout d’un exercice de suicide, chacun s’accorde une seconde chance de remonter la pente avec des ressources insoupçonnées dans l’ultime quart-temps. La rivalité des personnages, leur point d’origine et d’arrivée, tout cela est compilé dans un cocktail explosif où chacun des équipiers joue contre la montre, enchaîne leur rédemption, surmonte leur traumatisme et tente de s’affirmer sur le terrain comme dans leur vie privée. Il n’y a nul besoin de passer par une autre case, car ce film se suffit à lui-même, trouvant le bon équilibre entre le sport et le mélodrame. Il faut également reconnaître la bande-son incroyablement stimulante du compositeur Satoshi Takebe, de même que les tubes rock’n’roll des groupes The Birthday et 10-FEET. Ainsi, l’œuvre laisse peu à peu le portrait d’une équipe se dessiner, prendre vie et prendre goût à leur revanche sur la vie.

Après avoir digéré ses années de lycée, le mangaka s’est depuis tourné vers un seinen médiéval avec Vagabond, tout en gardant un pied dans le basketball avec Real, mettant en avant des sportifs en fauteuil roulant. Au même titre qu’un Rocky Balboa, ce dernier revient livrer le dernier combat de sa carrière, avec une intensité remarquable.

« Le match n’est jamais terminé tant que vous n’avez pas abandonné. » Le coach Anzai Mitsuyoshi en sait quelque chose, avec ses années d’expérience au sein de l’équipe nationale. Il est facile de faire le pont avec la vie que les joueurs doivent reprendre en main, qu’importe le camp, qu’importe les ambitions. 26 ans après la fin de la série, The First Slam Dunk de Takehiko Inoue sculpte sa plus grande fresque du basketball sur grand écran, une démonstration savoureuse du savoir-faire de l’animation japonaise. Au terme d’un récit, d’un match et d’une vie sans temps mort, le cinéaste nous tend avec amour et passion le ballon qui nous donne suffisamment envie d’assister à des matchs ou à organiser les nôtres.

Bande-annonce : The First Slam Dunk

Fiche technique : The First Slam Dunk

Réalisation & Scénario : Takehiko Inoue
Direction artistique : Kazuo Ogura
Directeur 3D : Daiki Nakazawa
Superviseur Technique et Truquage : Hiroto Nishitani
Superviseur Principal de l’Animation : Kazuki Matsui
Superviseur de l’Animation Technique : Kai Makino
Superviseur de Simulation : Daisuke Ogawa
Superviseur des Effets : Taro Matsuura
Musique : Satoshi Takebe
Son : Koji Kasamatsu
Production : Toei Animation, DandeLion Animation Studio
Pays de production : Japon
Distribution France : Wild Bunch Distribution
Durée : 2h04
Genre : Animation, Sport
Date de sortie : 26 juillet 2023

The First Slam Dunk : rebond sensationnel
Note des lecteurs4 Notes
4

Juniors : excessivement candide et discutable

Pour son premier long-métrage en solo, le cinéaste Hugo P. Thomas décide de livrer un teen movie campagnard tout en gardant la candeur et l’innocence de l’enfance. Un but fort louable. Mais en partant d’un postulat moralement discutable et maladroit, il fait de Juniors une oeuvre ô combien bancale. Voire même gênante par moment.

Synopsis de Juniors : Jordan, 14 ans, s’ennuie dans le petit village de Mornas. Sa mère Véronique, infirmière étant souvent absente, il s’occupe avec son meilleur ami Patrick en jouant à leur console affectueusement nommée Jessica. Mais lorsque Jessica rend l’âme, Jordan décide de simuler une maladie et de monter une cagnotte en ligne pour s’en racheter une. Quand ce mensonge se propage dans la cour du collège, les regards se tournent enfin vers eux. Un début de popularité qui mettra leur amitié indéfectible à rude épreuve…

En évoquant le long-métrage Willy 1er, il est fort probable que nous parlions de la carrière alors lancée des frères Boukherma. Deux réalisateurs qui s’étaient faits connaître via cette comédie dramatique de 2016, avant de poursuivre et de se faire un nom en explorant le cinéma de genre (Teddy, L’Année du Requin).  Mais cela serait faire de l’ombre aux deux autres géniteurs du projets. Car oui, il est bon de rappeler que les frères Boukherma n’étaient pas seuls sur le film. Ce dernier, résultat d’une étroite collaboration entre anciens élèves de l’École de la Cité du Cinéma, portait également la patte de Marielle Gautier et Hugo Thomas. Deux personnes qui n’ont, pour le moment, rien fait d’autre depuis, sans connaître la notoriété grandissante de leurs compères. Mais si nous entamons cette article par Willy 1er, c’est pour vous informer que les choses changent ! En effet, il est aujourd’hui question de Juniors, soit le premier long-métrage en solitaire de Hugo Thomas. Et surtout l’occasion pour lui de voler de ses propres ailes !

C’est peut-être pour cette raison que le réalisateur s’attaque avec Juniors au genre du teen movie. Car parler d’adolescents, de se mettre à leur niveau, c’est avant toute chose évoquer le passage à l’âge adulte. Traduire la liberté d’un jeune par la prise de son envol. Ainsi, nous pourrions voir en ce long-métrage une métaphore de la filmographie de son réalisateur. Une filmographie naissante qui ne demande qu’à exploser au grand jour et se faire connaître. Et autant dire l’ensemble ne manque pas d’ambition ! Comme pour les frères Boukherma, Thomas compte bien avec Juniors exploiter un genre cinématographique tout en le saupoudrant d’une touche bien frenchy. Et pour cause, le film est un teen movie en pleine campagne française. Une sorte de relecture de La folle journée de Ferris Bueller mais cette fois-ci en plein village rural. Dans laquelle deux jeunes garçons, en train de se morfondre de leur vie peu emballante – peu d’activités si ce n’est jouer à la PS4, ne pas avoir de groupe d’amis… – vont découvrir la vie en s’enfermant dans le mensonge. Et par ce biais, nous dessine un portrait de nos chères campagnes. Ces régions peu à peu abandonnées où il ne se passe plus grand-chose. Où il est difficile d’avoir accès aux services (transports, hôpitaux…) et, pour le coup, une vie. C’est en tout cas ce que semble vouloir nous raconter le cinéaste avec Juniors.

Sans compter que l’ambition du bonhomme ne s’arrête pas là, tant celui-ci fait preuve de partis pris intéressants pour donner corps à son film. Comme de lui transmettre une candeur pleinement assumée, pour épouser l’état d’esprit de ses deux protagonistes. Des adolescents encore enfants, qui s’enfoncent dans leur boniment sans en comprendre la gravité ni le mal qu’ils s’apprêtent à faire – et tout ça pour acheter une console ! Un côté candide qui fait donc ressortir la naïveté de ces personnages, et permet même de présenter des moments burlesques – le « gang des chauves », les cours d’EPS extrêmes… pour faire de Juniors une comédie se voulant délicieusement surréaliste. Une envie qui se traduit également par le choix du casting, majoritairement composé d’acteurs amateurs pour que ces derniers puissent faire retranscrire cette candeur. Sur le papier, le long-métrage de Hugo Thomas aurait pu pleinement réussir son office et se présenter comme la petite surprise que nous n’attendions pas. Malheureusement, si le château de carte semblait bien parti, il aura fallu une mauvaise brise pour que l’édifice s’écroule rapidement.

Avoir de l’ambition, c’est beau, mais encore faut-il savoir la mener à bien ! Car contrairement aux frères Boukherma qui ont déjà fait preuve de maîtrise scénaristique – promis, nous arrêtons la comparaison ! –, il manque à Hugo Thomas cette plume qui aurait fait de Juniors un film solide, tenant efficacement la route. La faute venant principalement à un tempo comique aux abonnés absents, qui ne parvient nullement à expliquer le burlesque de certaines séquences. Aux jeunes comédiens, certes naïfs dans leur interprétation comme souhaitée, mais n’arrivant pas à donner de corps à leurs personnages. Mais le plus gros défaut de Juniors reste sans aucun doute son postulat initial. Ce pourquoi les protagonistes décident de mentir à leurs proches. Pour se payer une nouvelle PS4 et justifier une mauvaise coupe de cheveux, ils vont faire croire au cancer de l’un d’entre eux afin de gagner des dons et de l’intérêt. En somme, jouer de la maladie pour toucher la corde sensible des autres. Pourquoi pas, nous diriez-vous ! Le cinéma et la littérature ont déjà traité des mensonges bien pire que celui-ci, et à de plus grands échelles. Il n’empêche que le sujet reste tout de même délicat à traiter. Et autant dire que le film se montre beaucoup trop maladroit avec lui. Car même si le mensonge se retourne violemment contre ses instigateurs, les conséquences ne sont jamais dramatisées convenablement. Juniors ne délaissant jamais sa candeur et sa naïveté, au point d’en être gênant aux vues de ce qu’il raconte, ou tente de raconter. Il suffit de voir comment réagit le personnage principal après explosion de la vérité. Ce dernier pensant très facilement que tout le monde va tirer un trait sur cette « mauvaise blague ». Allant même jusqu’à justifier cet acte par une mère absente, alors qu’elle ne mérite clairement pas ce genre de remarque – divorcée, devant subvenir à ses besoins et à celui de son fils tout en travaillant à l’hôpital parfois jusqu’à tard le soir. La naïveté qui caractérise l’adolescent en devient alors méchante au possible. De ce fait, il est vraiment difficile d’exprimer le moindre attachement à son égard, et encore moins de pardon. Ce que tente pourtant de nous faire ressentir un happy end pour le moins déplacé. Certes, celui-ci n’est pas absolu, mais reste sur une note positive, pour ne pas dire victorieuse – réconciliation entre les deux amis, compréhension entre l’enfant et sa mère au point de prendre inlassablement sa défense… Bref, comme si rien ne s’était passé, et que toute faute est facilement pardonnable, quelque soit son ampleur ! Un joli message à transmettre pour un film familial, n’est-ce pas ?

Grandement maladroit et malaisant dans son écriture, il est, pour le coup, difficile de faire l’impasse sur les erreurs de Juniors. Erreurs qui font oublier l’ambition et l’envie qui animaient de base le projet, c’est pour dire ! Le film aurait dû être une parenthèse gentillette et rafraîchissante de cet été 2023, au beau milieu des gros blockbusters hollwyoodiens. Il n’en sera malheureusement rien, si ce n’est la preuve que le projet manque clairement de maturité. Tel un adolescent ayant voulu grandir beaucoup trop vite, sans prendre en considération que rien ne se fasse aussi facilement. Peut-être que le prochain long-métrage du réalisateur sera beaucoup maîtrisé. Nous serons en tout cas présents pour l’accueillir à bras ouverts !

Juniors – Bande-annonce

Juniors – Fiche technique

Réalisation : Hugo P. Thomas
Scénario : Hugo P. Thomas et Jules Hugan
Interprétation : Ewan Bourdelles (Jordan), Noah Zhandouche (Patrick), Vanessa Paradis (Véronique), Alaïs Bertrand (Fanni), Clara Machado (Mathilde), Aurélien Moulin (William), Marie Salvetat (Mme. Lacombe), Franck Ropers (M. Pujol)…
Photographie : Vadim Alsayed
Décors : Florent Chicouard
Costumes : Florence Gautier
Montage : Joseph Comar
Musique : Lionel Fairs, Benoit Rault et François Villevieille
Producteurs : Pierre-Louis Garnon et Frédéric Jouve
Maisons de Production : Baxter Films et Les Films Velvet
Distribution (France) : The Jokers Films
Durée : 95 min.
Genres : Comédie, drame
Date de sortie :  26 juillet 2023
France – 2023

Note des lecteurs4 Notes
1.5

François Guérif et ses « Moments de cinéma »

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Avec Des moments de cinéma, François Guérif propose à ses lecteurs un voyage passionné à travers le septième art, à la faveur d’une longue série d’interviews, le plus souvent de quelques pages. L’ouvrage multiplie les approches et trace une perspective intéressante sur l’évolution du cinéma et sur la manière dont elle est perçue par ses parties prenantes.

VHS et cinéphilie

Dès ses premières pages, le livre fait état de l’impact significatif de la VHS sur le cinéma et la cinéphilie. La cassette vidéo a profondément transformé l’accès aux films. Les bobines pour lesquelles on se déplaçait autrefois à travers la ville et auxquelles on ne pouvait accéder que très occasionnellement se sont placées à portée de main, rangées dans une collection personnelle qui s’étoffe régulièrement. Des réalisateurs comme Michel Audiard, interrogé par François Guérif, y voient l’occasion de redécouvrir des films oubliés et de réhabiliter ceux qui, jusqu’ici, demeuraient sous-estimés par la critique. Un point de vue repris en partie par François Truffaut, qui loue le fait de pouvoir regarder un film auparavant introuvable plusieurs fois sur la même semaine et ce, dans des conditions de visionnage idéales. Ce dernier rappelle par ailleurs que le Cinemascope a d’abord vu le jour pour court-circuiter l’essor de la télévision avant d’être pleinement intégré par elle. Il souligne cependant les méfaits du pan and scan, sur lequel l’ouvrage revient à plusieurs reprises, et dont l’usage conduit à la destruction des cadrages originaux, mutilant de ce fait les films.

Les grands maîtres

Parmi les nombreux entretiens figurant dans Des moments de cinéma, on retrouve quelques témoignages précieux. François Truffaut évoque la corruption du langage, de plus en plus dévoyé, et explicite son admiration pour Alfred Hitchcock, sa technique et l’émotion que dégage son cinéma. David Cronenberg, quant à lui, met l’accent sur la puissance de la télévision, avançant qu’elle a la capacité d’altérer notre appréhension du réel. Sans surprise, il explique qu’à ses yeux, une angoisse s’accompagne toujours de troubles physiques, un leitmotiv, voire un trope psycho-techno-organique, que l’on retrouvera abondamment dans son cinéma. Clint Eastwood botte en touche quand l’auteur lui demande s’il ne fait pas la promotion de la violence à travers ses films, en citant l’exemple de Shakespeare, dont les classiques n’étaient, il est vrai, pas exempts d’éruptions de brutalité. Plus intéressant est son rapport à la réalisation : c’est notamment pour défier ce qu’il qualifie de passivité de l’acteur qu’il a décidé d’aller au bout de la logique filmique et d’embrasser une carrière de metteur en scène. Il est à noter que Richard Fleischer, revenant sur le personnage de l’inspecteur Harry, y voit quant à lui une explication plausible de l’amalgame liant les policiers au fascisme. Les deux points de vue paraissent, à cet égard, inconciliables.

Musique, cinéma X, marketing…

François Guérif permet à ses lecteurs de se pencher sur d’autres facettes du cinéma. Avec l’immense Ennio Morricone, il s’agit de scruter la relation réalisateur-compositeur et de revenir sur les fondements de la musique de films. Avec Brigitte Lahaie, il est question de la reconversion des acteurs du X vers l’industrie cinématographique traditionnelle, parfois difficile. La comédienne évoque la dégradation des budgets et des conditions de tournage dans le milieu pornographique, ainsi que l’exploitation multiforme qui préside à ces tournages. Brian De Palma fait part de ses relations difficiles avec les journalistes, Samuel Fuller commente les films ayant trait à la guerre du Vietnam et Francis Ford Coppola s’exprime sur le marketing dans le cinéma et la lutte artistique avec les intérêts commerciaux qui en découle souvent. Il dénonce les attitudes cyniques visant à vendre n’importe quoi à n’importe qui – et pas seulement à Hollywood. Anthony Perkins, de son côté, raconte ses efforts pour sortir du costume un peu trop étriqué du méchant psychopathe et partage ses souvenirs, enthousiastes, avec Alfred Hitchcock.

Une matière passionnante

Lino Ventura, John Huston, Serge Gainsbourg, Kim Basinger, Jonathan Demme… Des moments de cinéma contient un grand nombre d’entretiens fascinants, à travers lesquels le lecteur est appelé à observer le septième art sous la pellicule fine des apparences. À cet égard, le livre apparaît comme un incontournable pour tous les cinéphiles désireux de se replonger dans le passé et de mieux comprendre ce qui anime les façonniers du cinéma, qu’ils soient metteurs en scène, comédiens, compositeurs ou scénaristes.

Des moments de cinéma, François Guérif
La Grange Batelière, avril 2023, 314 pages

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