Oppenheimer, maitrise explosive pour un biopic désarmant !

Aussi acclamé que détesté, Christopher Nolan est de ces réalisateurs inqualifiables qui ne font jamais l’unanimité. A l’exception de The Dark Knight, très peu de ses films trouvent une grâce totale auprès du grand public. « Trop complexe, trop expérimental, trop long, je n’ai pas compris la fin » ou au contraire « incroyablement riche, prodigieux, intelligent, la fin est géniale », Nolan continue de diviser, non sans créer une certaine fascination. Fervent défenseur des salles et des effets réels, on ne peut lui nier deux choses : son refus absolu de s’enfermer dans un genre et surtout, sa passion dévorante pour le cinéma.

« Le problème n’est pas l’énergie atomique… »

Comment présenter Oppenheimer ? Plutôt que de le décrire comme ce qu’il est, autant préciser ce qu’il n’est pas. Oubliez l’idée du film dédié à la création de la bombe atomique. Bien que cela tienne une part très importante du long-métrage, l’intégralité de ce projet biographique se concentre sur l’homme, avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Etablie sur plusieurs timelines, l’histoire narrée par Nolan se veut bien plus politique et psychologique que scientifique. Robert Oppenheimer est l’un des hommes les plus importants de l’histoire du monde, le film entend bien honorer au mieux les événements qui y sont liés. Durant trois heures, Oppenheimer tente d’expliquer le plus de choses possibles. Hors de question pour son réalisateur de bâcler les coulisses derrière la bombe ou d’expédier les retombées politiques et psychologies des bombardements. Et, in fine, on regrette presque l’absence de quelques séquences supplémentaires sur la Bombe A.

Disons-le franchement, le film peut faire peur au démarrage. Alternant entre ses différentes timelines, passant du noir et blanc (point de vue de Strauss), puis à la couleur sans prévenir (point de vue d’Oppenheimer), il est difficile d’établir les bons repères. A cela, il est tout même conseillé d’avoir de bonnes notions historiques sur le contexte géopolitique des Etats-Unis dans les années 30, le long métrage ne faisant que peu d’efforts pour expliquer les différentes situations. Puis, à peine avons-nous eu le temps de nous repérer que Nolan insère ses très nombreux protagonistes, tous exceptionnels. Oui, Oppenheimer est bavard, plus que tous les autres films de son réalisateur.

«… c’est le cœur  des Hommes. (A. Einstein) »

On aurait pu craindre une présence abusive de protagonistes dont on aurait débattu de l’importance dans le récit. Il n’en est rien. Pour porter ses dialogues et l’intensité psychologique de ses personnages, Christopher Nolan s’est entouré d’un casting d’anthologie. Véritable vecteur d’émotions et prodige d’acting, Cillian Murphy livre une prestation dantesque, toute en nuances et diablement impressionnante de J.Robert Oppenheimer. Mais de tous, on retiendra Lewis Strauss, qui marque le retour absolument fabuleux de Rober Downey Jr, cloitré entre 2008 et 2018 dans le rôle d’Iron Man. Si les deux acteurs seront sans aucun doute nommés aux oscars du cinéma (sauf bombe nucléaire sur l’académie lors des sélections), impossible de ne pas citer le reste du casting, tout aussi impérial. Matt Damon, Emily Blunt, Florence Pugh, Josh Hartnett, Casey Affleck, Rami Malek, tous sont absolument brillants et de nombreux autres restent à citer. On retiendra aussi la présence marquée de Dane Dehann et Alden Ehrenreich, deux acteurs fabuleux, délaissés par Hollywood après leurs échecs commerciaux respectifs. Un bonheur !

Porté par ses acteurs, Oppenheimer n’en reste pas moins écrit avec soin. Conscient de l’importance des faits relatés, Nolan joue habilement entre les différentes timelines, instaurant un réel suspens à travers cette narration inhabituelle, où l’on pourrait presque trouver deux films bien distincts. Oui, à moins d’être terriblement mauvais en histoire, nous savons d’entrée que le projet Manhattan réussit. En revanche, plus rares sont ceux à connaitre les évènements de l’après-guerre, du moins pour les principaux protagonistes. Trahisons, espionnage, conflits moraux et explosion intérieur de Robert Oppenheimer, le biopic est loin, très loin de s’arrêter aux terribles bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki. La dernière heure, voire même l’intégralité de la deuxième moitié du film est un véritable sans faute, autant narratif qu’artistique.

Le Cinéma avec un C.

On s’en doutait. Comment parler de la création de la bombe atomique sans démontrer ladite bombe dans toute sa splendeur (et son horreur) ? Et à cela, Nolan frappe plus fort que n’importe qui. Sans rien dévoiler, sachez que le réalisateur prend à contrepied tout ce qui se fait dans l’industrie hollywoodienne. Oui, l’explosion (réelle et sans effets numériques, un pari absolument divin) se vit aux côtés de ses créateurs et offre un grand, très moment de cinéma, qui rentrera à coup sur dans les mémoires. Magistralement filmée et montée, la séquence dans son intégralité est un exemple de scène parfaite, aussi belle qu’horrifique. On saluera l’immense travail fait autour du son, qui justifie à lui seul la présence du spectateur dans une bonne salle. Les plus habitués aux grosses explosions assourdissantes de Michael Bay seront déçus, les autres resteront sous le choc, pendant et après la séquence, en voyant les créateurs heureux de leurs succès, face à une arme qui tuera plus 200 000 personnes. Le montage image également, bénéficie d’un travail d’orfèvre. Rien n’est laissé au hasard. Certaines transitions se font doucement, via de simples mouvements à 360 degrés de la caméra ou, a contrario, via un cut très brusque.

Evidemment, la gloire derrière Oppenheimer ne se limite pas à quelques minutes parfaites. Revenu à un genre plus terre-à-terre après des films à la complexité inutilement poussée (Tenet) ou très sensoriels (Dunkerque et Interstellar), Christopher Nolan puise dans tout son savoir-faire pour proposer un savoureux mélange de ce qu’il fait de mieux, excluant d’un revers de main ses habitudes reprochées par une partie du public. Filmé avec des caméras IMAX, on pouvait imaginer un blockbuster constitué de plans larges, prêts à accueillir les fabuleux décors présentés. Non. Pour la seconde fois, le réalisateur dévie de la trajectoire voulue par le format. La caméra est souvent très proche de ses protagonistes, insistant bien sur l’essentiel : l’œuvre raconte l’histoire des hommes et des femmes, pas l’histoire de l’arme qu’ils ont créée. Rassurez-vous, la photographie reste merveilleuse, supervisée par le très talentueux Hoyte Van Hoytema. Elle sert, comme le reste, un fabuleux biopic qui ne plaira pas à tout le monde, pour peu que l’on soit insensible à l’Histoire. Mais, difficile de nier une vérité : Oppenheimer est un biopic d’une puissance rare, à l’interprétation phénoménale et à la mise en scène qui fera date dans l’industrie cinématographique.

Bande-annonce : Oppenheimer

Fiche Technique : Oppenheimer

Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan, d’après le livre – American Prometheus : The Triumph and Tragedy of J. Robert Oppenheimer
Musique : Ludwig Goransson
Casting : Cillian Murphy / Robert Downey Jr / Emily Blunt / Matt Damon / Florence Pugh / Josh Hartnett / Casey Affleck / Dane DeHaan
Genres : Drame biographique / Historique
Production : Atlas Entertainement
Distribution : Universal Pictures / Sony Pictures Releasing
Montage : Jennifer Lame
Durée : 180 minutes
Sortie : 19 Juillet 2023 en salles

Note des lecteurs2 Notes
4.5

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Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
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