Barbie, une satire teintée de rose

Décrit comme l’un des films les plus attendus de 2023, Barbie est venu s’inscrire dans les plus grands succès annuels au box-office mondial en seulement quelques jours. Loin d’être un récit pour enfant, le film de Greta Gerwig ouvre une vraie réflexion politique et sociétale au ton humoristique. Tantôt acclamé, tantôt déchiré par la critique, que vaut réellement ce nouveau blockbuster qui anime tous les débats ?

Barbie, militante malgré elle

Depuis ses débuts derrière la caméra, Greta Gerwig (Lady Bird, Les Filles du Docteur March) se fait remarquer. Particulièrement, parce qu’elle n’a jamais caché le caractère politisé de ses productions. En ce sens, à l’image d’une République platonienne, Barbie est moins l’histoire d’une poupée en plastique que celle de l’ascension d’une femme vers la connaissance et une prise de conscience des failles du monde qui l’entoure. Au départ, enfermée dans sa vie en rose, Barbie (Margot Robbie) est cantonnée à sa vérité, celle que l’entreprise Mattel lui projette. Elle n’a aucune conscience du vrai monde. C’est lors d’une odyssée vers notre réalité, vers la lumière de la connaissance, qu’elle entamera un processus de déconstruction des diktats qui l’entourent pour donner à Barbieland plus d’égalitarisme.

L’écriture au second degré fait rapidement oublier le manque d’originalité du scénario, qui suit la recette classique d’un bon blockbuster (une héroïne doit sauver le monde en voyageant dans une autre dimension pour rétablir l’équilibre, et cætera, et cætera). En effet, ce qui fait le succès de Barbie, c’est la rencontre entre la critique et le comique. Greta Gerwig réussit à démontrer qu’il est possible de parler d’égalité des genres, de capitalisme ou encore des injonctions à la beauté (tant féminine que masculine), en faisant appel à la satire et à l’humour. Par exemple, quelques piques bien pensées sont envoyées au monde capitaliste. Ainsi, l’insertion d’une publicité fictive pour la Barbie en plein milieu du film est particulièrement bien pensée, elle surprend le spectateur et le ramène à son statut de consommateur excessif. En ce sens, la représentation du PDG de Mattel (Will Ferrell) comme d’un businessman exacerbé qui n’a d’intérêt que pour le profit est particulièrement ironique puisque l’entreprise Mattel apparaît dans la liste des producteurs du film.

Barbie ET Ken

Barbie et Ken incarnent, respectivement, l’allégorie du patriarcat et du matriarcat poussées à l’extrême. En se basant sur notre société moderne et en inversant les rôles, Greta Gerwig, réalise une critique exacerbée du système patriarcal en vigueur, doublée d’une ode à l’égalité. Dans un premier temps, Barbieland est orchestré par des Barbie décisionnaires, propriétaires, en charge des plus grandes positions. Ironiquement, on note l’absence d’enfants dans un monde qui leur est pourtant destiné. Seule une poupée enceinte vit à Barbieland et elle n’est plus commercialisée dans le vrai monde. En second plan, on note aussi la présence des Ken, accessoires, hommes-trophées dotés d’une plastique de rêve antagonique à leur intelligence. Ils sont « juste Ken ». Par la suite, la tendance s’inverse avec la découverte du patriarcat dans le vrai monde. Dès lors, Barbie est renvoyée à sa condition de femme alors que Ken pousse le narcissisme à son paroxysme en remodelant le monde à son image. La première partie du scénario renvoie à cette idée ordinairement sexiste qu’une femme ne peut exister sans un homme, ou ici, qu’un homme ne peut exister sans une femme. C’est alors que le film prend une tournure inclusive et égalitaire en démontrant qu’en 2023, il est enfin temps pour Ken et Barbie d’être indépendants et complémentaires.

Une mise en scène rose bonbon

Outre les débats ouverts par Barbie, c’est surtout un film haut en couleur et d’une richesse visuelle exceptionnelle. Tant au niveau des décors, qui renvoient plusieurs générations dans leur enfance, qu’au niveau des magnifiques costumes directement inspirés du catalogue de l’univers Barbie. Avec un décor et des tenues directement inspirés des années 60 et des pin-ups, la qualité de l’esthétique du film permet d’accroître son accessibilité. En effet, il est dès lors possible d’aller voir le film de manière légère pour se délecter de sa beauté, tout en laissant de côté les débats politiques et sociétaux qu’il véhicule. En matière de mise en scène, Barbie est filmé en prise de vue réelle. Le personnage évolue dans des décors créés particulièrement pour le film. Les caractéristiques des maisons, fidèles aux modèles de base permettent de proposer aux spectateurs une immersion totale dans le monde de la poupée. Avec un Barbieland aux allures de Seahaven (Truman Show, 1998), Greta Gerwig souligne également, avec ironie, le côté insensé et extravagant des maisons Mattel et du monde Barbie.

Barbie, est aussi basé sur d’innombrables références cinématographiques et culturelles. Comme cela a été très remarqué, la scène d’ouverture du film est (très) directement inspirée du travail du géant du cinéma Stanley Kubrick et de son 2001 : l’odyssée de l’espace (1968)D’autres scènes viennent s’inspirer, de manière directe ou plus subtile, d’autres grands classiques du 7e art. On note alors une référence au Parrain (1972), à La fièvre du samedi soir (1977), avec la scène de danse, ou encore à Matrix (1999), lorsque Barbie doit choisir entre deux chaussures pour décider de son destin, à l’image des pilules rouge et bleue proposées à Néo. Outre cette liste non exhaustive, de nombreuses autres références cinématographiques sont cachées dans le film… à vous de jouer pour les identifier !

Au demeurant, il est impossible de parler de Barbie sans parler du coup de maître réalisé par l’équipe marketing du film. Avec un budget colossal, Barbie s’offre tout : des collaborations avec les plus grandes marques de mode (comme Chanel), un casting de stars (Margot Robbie, Ryan Gosling, America Ferrara) et une bande-son originale portée par de nombreux artistes en vogue comme Billie Eilish, Lizzo ou encore Dua Lipa.

En clair, Barbie coche toutes les cases d’un blockbuster de qualité. Il s’agit d’un divertissement intelligent et fédérateur, agrémenté d’un zeste politique, qui ouvre la porte à une réflexion plus poussée pour ceux qui le souhaitent. Avec ce projet, Greta Gerwig démontre que son « Barbie can be anything » (Barbie peut tout être) : une comédie, un drame, un film musical, un divertissement, un vecteur d’idées politiques et sociales, etc.

Bande d’annonce – Barbie 

Fiche Technique – Barbie 

Titre original : Barbie
Réalisation : Greta Gerwig
Scénario : Noah Baumbach, Greta Gerwig
Acteurs principaux : Margot Robbie (Barbie), Ryan Gosling (Ken), America Ferrara (Gloria), Will Ferell (CEO de Mattel), Kate McKinnon (Barbie Bizarre), Ariana Greenblat (Sasha)
Musique : Mark Ronson, Andrew Wyatt
Décors : Sarah Greenwood
Costumes : Jacqueline Durran
Photographie : Rodrigo Prieto
Montage : Nick Houy
Production : David Heyman, Margot Robbie, Tom Ackerley et Robbie Brenner
Production déléguée : Greta Gerwig, Noah Baumbach, Ynon Kreiz, Richard Dickson, Michael Sharp, Josey McNamara, Courtenay Valenti, Toby Emmerich et Cate Adams
Sociétés de production : Heyday Films, LuckyChap Entertainment, NB/GG Pictures et Mattel Films
Société de distribution : Warner Bros. Pictures
Budget : 145 millions de dollars
Langue originale : anglais
Format : couleur — DCP 4K — 1.85 : 1 — son Dolby Atmos
Genre : comédie
Durée : 114 minutes

Note des lecteurs6 Notes
4.5

Festival

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