One Piece Film – Red : Tot(alement) Musica(l)

Après avoir fêté ses 25 ans, One Piece, le manga au succès planétaire sur la piraterie est de retour sur le grand écran. Un nouvel opus haut en couleur adapté de l’œuvre d’Eiichirō Oda, attendu par des millions de fans. Si One Piece Film : Red réalise le meilleur démarrage pour un film d’animation japonais, en France, avec plus de 267 000 entrées, le film, quant à lui, nous fait nager en eaux troubles.

Synopsis : Luffy et son équipage s’apprêtent à assister à un festival de musique attendu avec impatience. La chanteuse la plus populaire du monde, Uta, va monter sur scène pour la première fois. Celle qui n’est autre que la fille du légendaire pirate Shanks Le Roux va révéler la puissance exceptionnelle de sa voix qui pourrait bien changer le monde…

Les célèbres aventures de Luffy et ses Nakamas font rêver le public, ne cessant de séduire de nouveaux adeptes à travers le monde, et tout particulièrement la France, deuxième plus grand consommateur de manga derrière le Japon, avec plus de 28 millions d’exemplaires vendus. One Piece Film: Red, réalisé par Gorō Taniguchi est le quinzième long-métrage de la saga et compte bien en mettre plein les yeux aux spectateurs pour leur plus grand plaisir… ou pas.

Une histoire Utapique

Dans ce film, nous retrouvons les Mugiwaras sur Elegia, l’île de la musique. Toujours à la recherche du mystérieux trésor (aka le One Piece) de Gol D. Roger, feu roi des pirates, Luffy et son équipage s’accordent une pause dans leur quête pour assister au premier concert live d’Uta, icône pop à la voix d’or. Mais Uta n’est pas simplement une diva qui déchaîne les foules, elle est également la fille du légendaire pirate Shanks le Roux, mentor de Luffy, et amie d’enfance de ce dernier. Des retrouvailles qui auraient pu être festives, si celles-ci n’avaient pas rapidement tourné au cauchemar… Uta veut mettre fin à l’ère de la piraterie et créer un monde nouveau, au risque de se perdre. Son arme ? Son fruit du chant, sorte de Genjutsu qui plonge ceux qui l’écoutent dans le pays des songes. Une menace n’arrivant jamais seule, son chant se trouve également être la clé pour invoquer le démoniaque Tot Musica. Ennemis comme alliés décident alors d’unir leurs forces pour vaincre le démon, et tenter de sauver le monde. Uta, réussira-t-elle à retrouver sa voie ?

Ce personnage principal, créé spécialement par le créateur Oda donne le rythme et nous offre de belles séquences musicales sur fond de chansons entraînantes qui s’invitent aussi dans les scènes de combat, le tout interprété avec brio par la chanteuse japonaise Ado. La version française, quant à elle, nous donne à écouter la voix plus rauque d’Hoshi.

Faille spatio-temporelle

Cette adaptation de Gorō Taniguchi nous embarque dans un nouvel univers dont l’histoire n’est pas canon à l’odyssée d’Eiichirō Oda, rompant complètement avec le ton auquel les aficionados de l’anime sont habitués. D’un point de vue de l’animation, le mélange des styles à la fois rétro et futuriste est de belle facture offrant un univers riche en couleurs, des tenues inédites mettant en perspective les protagonistes sous un angle plus festif.

Concernant la réalisation, c’est là que le bât blesse. L’enchaînement des actions est si rapide, qu’on peine à apprécier pleinement certaines scènes épiques. La rapidité des plans couplée au florilège de couleurs et à la musique endiablée, nous font parfois basculer dans un festival de Tomorrowland, sous champignons, à deux doigts de la crise épileptique. Brutal.

À cela s’ajoute quelques failles temporelles. On pense notamment à certains power up dévoilés à la fin de la bataille d’Onigashima – comme l’éveil du fruit du héros Luffy, incohérent avec son titre de cinquième Empereur mentionné dans le film.

Restent les clins d’œil à certains passages épiques de la saga, telle que la séparation des chapeaux de paille et de la princesse d’Alabasta pour n’en citer qu’un, et la réunion – même éclair – d’une dizaine de personnages emblématiques du manga. La présence du tueur de Haki, Shanks, bien que secondaire, aura tout de même ravi la fanbase qui redoutait une apparition aussi furtive que dans l’oeuvre d’Oda.

One Piece Film: Red est un film musical agréable mais non sans quelques fausses notes. Si l’histoire est évidemment indépendante de l’anime, certains choix scénaristiques sont contestables de par leurs incohérences. L’enchaînement des actions et le personnage principal survolé, laissent une sensation d’inachevé. Par ailleurs, l’adaptation de Gorō Taniguchi ne s’adresse malheureusement qu’à un public d’aficionados. Il convient d’être à jour dans les aventures de l’équipage du Chapeau de paille, sous peine de ne pas saisir les références clés ou de se voir spoiler.

One Piece Film: Red – Bande-annonce

One Piece Film: Red – Fiche technique :

Réalisation : Gorō Taniguchi
Scénario : Kuroiwa Tsutomu
Musique: Yasutaka Nakata
Producteurs : Eiichirō Oda
Distribution (voix originales): Mayumi Tanaka, Kazuya Nakai, Akemi Okamura, Kappei Yamaguchi, Hiroaki Hirata, Ikue Otani…
Pays d’origine : Japon
Genres : animation, aventure, comédie
Durée : 115min
Date de sortie : 10 août 2022

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.