La Main : un très mauvais film d’horreur

Les films d’horreur sont une des incontournables sorties du mercredi, c’est leur jour dédié. Ce 26 Juillet sortait dans l’hexagone La Main ou Talk to me en version originale. D’abord enthousiaste à l’idée de découvrir le dernier cru du studio A24, notre optimisme s’est rapidement envolé. Retour sur une œuvre qui détrône Scream VI en matière de mauvais scénario.

En matière d’horreur cinématographique, l’épouvante suscitée par Nosferatu de Murnau sorti il y a 100 ans déjà est bien loin. En 2023, l’image haute définition et les trucages sont passés à une telle échelle de réalisme qu’elles marquent le spectateur. Cependant, si le niveau des images a augmenté, autant en termes de violence et de réalisme, le scénario quant à lui est sérieusement atteint par un manque de cohérence ou d’intérêt.

La Main, réalisé par les frères Daniel et Michael Phillipou en est un assez bon exemple. Ce film d’horreur est le premier du duo, youtubeurs de leur état, dont le fonds de commerce est l’horreur et qui ont travaillé sur le plateau du succès Mister Babadook. Est-ce malgré tout par leur manque d’expérience que nous serons cléments ? Pas si sûr…

Synopsis : Mia est une jeune australienne qui n’arrive pas à se sortir du processus de deuil entourant sa mère. Celle-ci décède d’une overdose de barbituriques. Son père et elle sont proches d’une autre famille monoparentale constituée de Riley, Sue et Jade, dont le deuil est similaire. Un soir, pour changer d’air, elle veut aller à une soirée organisée par Hailey et Joss, deux têtes à claques du lycée. La soirée a tout de la soirée lycéenne classique: alcool, fun, drogue, mais aussi…main embaumée de médium. Sous la surveillance des deux individus, les intéressés sont possédés par des esprits qui passent à travers cette main. Mais comme toujours dans les films d’horreur, rien ne se passe comme prévu.

L’horreur venant d’Océanie

Avec X (et bientôt Pearl) du réalisateur néo-zélandais Ti West et Mister Babadook de Jennifer Kent, nous espérions que le salut du film d’horreur viendrait d’Océanie. Les trois films ont une approche de l’horreur qui est presque littéraire. Ils ont osé mettre en images des sujets tabous comme le deuil et le traumatisme d’enfance, à travers des métaphores horrifiques. Il y a un bon travail d’écriture derrière qui permet de comprendre et d’assimiler la violence de l’image à autre chose que ce qu’elle est. Que ce soit par le croque-mitaine ou une tueuse en série, l’angoisse est palpable et bien plus que par le jumpscare si cher aux Conjuring et à ses extensions (Annabelle, La Malédiction de la Dame Blanche, La Nonne). C’est d’ailleurs pénible de se demander à chaque fois si les franchises font exprès de ne pas creuser leur sujet.

Nous avions eu au début de la projection le maigre espoir que le film saurait ce qu’il ferait. Peine perdue… D’entrée de jeu, les confusions sont si nombreuses que tout espoir est vite abandonné. C’est dommage parce que nous aimions le principe de cette main-ouija ! Cela change de la planche et parle très bien de la jeunesse d’aujourd’hui qui a effectivement beaucoup d’intérêt pour les jeux avec les esprits et pas que dans les films. Les récits de Ouija, tournant mal et filmés de surcroît, affluent des quatre coins du globe pour alimenter thread, forum et autres sites web de l’étrange.

Le scénario incompréhensible

Sur le principe, un jeu de ouija qui dérape peut donner lieu à un bon scénario sur la possession. L’Exorciste en est l’exemple type. C’est en commençant à utiliser la planche que la petite Regan a commencé à vriller, même si cela est très peu représenté dans le film. Dans La Main, la vie des jeunes change radicalement au moment où Mia laisse les esprits entrer en elle. Mais c’est surtout en autorisant ceux-ci à entrer dans le corps de son ami Riley, qui n’a que 15 ou 16 ans (voire moins) que tout commence à vriller.

Riley manque de mourir en se faisant agresser de l’extérieur, sauvé in extremis par sa sœur, puis de l’intérieur. La main donne une vision à Mia où le pauvre garçon souffre le martyre. D’ailleurs parlons-en de cette main. Le plus gros défaut du scénario est que cette main ne parvient pas à bien créer la confusion chez le spectateur. Du début à la fin, il ne nous semble pas évident qu’elle cherche à mener Mia à sa perte. De plus, on n’explique pas pourquoi Mia peut rester plus de 90 secondes avec ces entités et que la décrocher est impossible. C’est même encore plus confus de comprendre pourquoi elle commence à voir ces choses alors que la porte s’est fermée.

Il est possible que ces failles, tout comme celles de Riley, aient attiré et nourri les entités, mais cela n’explique pas pourquoi on la choisit afin d’être la victime de cette main. L’histoire de Mia, Riley et Jade n’est pas si compliquée, les failles qu’ont vues les entités ne sont pas difficiles à trouver non plus, mais il n’en reste pas moins que du début à la fin, c’est comme si l’esprit s’est juste contenté de Mia alors qu’il pouvait emporter plus de monde s’il voulait.

La protagoniste qui ne prend QUE les mauvaises décisions…

Un grand classique nous a été proposé, celui de la protagoniste qui prend de mauvaises décisions. Mais là, il y a exagération au point de se demander si le personnage le fait exprès ! Elle autorise que le plus jeune utilise la main alors que ce n’est pas à elle d’en décider, elle accepte de laisser les esprits rester un petit peu plus dans le corps de son ami car elle croit avoir eu un message de sa mère, elle invite son ex et actuel copain de Jade à rester avec elle, alors que la tension entre les deux est encore présente et exacerbée par la séance…

Tout le film est constitué de ces mauvaises initiatives qui rendent l’héroïne extrêmement indéfendable et antipathique. Elle est pire qu’un personnage de Scary Movie. Elle ressort bien souvent (et c’est dommage) comme une personne qui ne fait pas attention aux autres. Or, même une adolescente de son âge est capable de comprendre que ses décisions vont la mener à une situation de perte.

Mais pire qu’elle, Joss et Hailey sont deux gros nigauds. Qui fait des séances en n’expliquant pas les risques de ce qu’ils font ?! Ils ont vu plusieurs fois, et l’ont essayé eux-mêmes, des personnes possédées pendant leurs soirées, devenir violentes, se suicider, agresser physiquement les autres, mais ont continué à utiliser cette main. À la fin, ils mettent tout sur le dos de la pas si futée Mia.

Et la fin ?

Cette fin montre juste que les scénaristes ne savaient pas comment conclure. Non pas que c’est terrible de ne pas savoir, mais ne pas produire son film est peut-être mieux à ce moment-là. Digne d’un scénario à la Darren Aronofsky, cette fin est un classique qui veut dire au spectateur « je t’ai bien eu ». Mais non, terminer ainsi sans expliquer ce qui s’est passé ne laisse planer le doute que sur une chose : ce n’était pas un bon scénario. Terminer par une note mystérieuse, finalement non mystérieuse, nous désole. Le dernier film du même acabit et qui finissait ainsi, en se déchargeant de toute responsabilité, était Les dossiers secrets du Vatican de Mark Neveldine.

C’est dommage considérant que les cinéastes sont spécialisés dans l’horreur via leur chaîne YouTube à un milliard de vues (oui, oui, vous avez bien lu). Ils ont l’habitude de créer des vidéos d’horreur et de comédies horrifiques. Dans ce cas, peut-être qu’ils auraient dû rester dans ce registre.

En conclusion, libre à vous d’aller voir ce film, nous vous le conseillons pour vous faire votre avis. Le thème du deuil reste intéressant et peut-être que ces deux vidéastes s’amélioreront, étant donné que c’est leur tout premier long-métrage. Pour nous cependant, ils devraient peut-être revoir leur scénario. Nous sommes loin d’être en accord avec Rotten Tomatoes et Metacritics qui leurs donnent quand même 98% et 7.8/10. Ce film ne mérite à nos yeux qu’une étoile.

Bande-annonce : La Main

Fiche Technique : La Main

Titre original : Talk To Me
Réalisateur : Danny Philippou, Michael Philippou
Scénariste : Danny Philippou, Bill Hinzman
Avec Sophie Wilde, Joe Bird, Alexandra Jensen, Miranda Otto…
Distributeur : SND
26 juillet 2023 en salle / 1h 34min / Epouvante-horreur, Thriller

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