« Tezucomi » : second hommage à Osamu Tezuka

Le second volume de Tezucomi paraît aux éditions Delcourt, dans la collection « Tonkam ». Le principe en est simple : des auteurs et dessinateurs du monde entier déclinent sous la forme d’un chapitre spin-off une œuvre du maître mangaka Osamu Tezuka.

L’idée provient initialement du magazine mensuel japonais Tezucomi, dans lequel des bédéistes de toutes sortes ont pris le parti de revisiter les histoires originales d’Osamu Tezuka. Tonkam/Delcourt, qui rendait déjà hommage au maître mangaka par le biais de prestigieuses intégrales, a décidé d’en publier une version française, permettant au lecteur de découvrir (de manière partielle) la réappropriation de certains récits de Tezuka par des scénaristes et illustrateurs venus des quatre coins du monde.

On trouve dans la première histoire de ce recueil des parentés évidentes avec Search and Destroy, la série hommage d’Atsushi Kaneko, elle-même publiée dans la collection « Tonkam ». « Les Métamorphiques dans la ville » procède en effet à un schisme : parmi les humains se cachent une communauté secrète dont les membres sont dotés de pouvoirs surnaturels et pris en chasse par des milices privées. Un parti pris scénaristique qui rappelle beaucoup l’animosité entre Hu et Creech. Le scénariste et dessinateur Bokutengou place au centre de son récit « une otak sévère » probablement partiellement autobiographique, puisqu’il s’agit d’une mangaka à la bibliothèque bien remplie. Cette jeune femme attachante va découvrir un monde occulte où règnent maîtres, seigneurs et guerriers. « La Chanson de Mina », de Luis Nct, se déroule dans le Tokyo de 2028. La société y est également divisée, cette fois entre humains et artificiels. Le désastre écologique a provoqué la mort prématurée de millions d’enfants qui ont été remplacés par des clones qui ont fini par prendre le pouvoir. Dans tous ces récits, la place de chacun dans la collectivité est questionnée avec intelligence.

Les artistes sont également mis à l’honneur à travers « Le Nouveau Nanairo inko » et « Catalante ». Le premier récit, que l’on doit à Atsuko Ishida, repose – comme son titre l’indique – sur Nanairo inko et prend pour cadre le monde du théâtre. Il s’agit en fait d’un double hommage à Osamu Tezuka, puisque les personnages du Phénix et de Black Jack se fondent dans le récit. La seconde histoire, de MIG, est un modèle de sensibilité. On y découvre un écrivain meurtri par le deuil, mais aussi la relation particulière qui unit l’auteur et son public. On apprendra aussi à travers ces chapitres spin-off qu’un comédien ne fait pas l’essence du théâtre et que les relations filiales et fraternelles renferment toute une série de complexes et de non-dits.

Le personnage de Black Jack fait également le lit de Yoshihisa Tokimaru. Dans une histoire singulièrement loufoque, intitulée « Black Jack dans un autre monde », le célèbre chirurgien supervise l’accouchement… d’une pêche (ce qui lui permet de fréquenter un couple japonais traditionnel), avant d’opérer… des extraterrestres. Autre figure emblématique de l’univers d’Osamu Tezuka : Saphir. Le collectif Buredo reprend à son compte l’histoire de cette princesse élevée comme un garçon pour pouvoir accéder au trône. « Le Nouveau Prince Saphir » témoigne de l’absurdité de la phallocratie tout en questionnant la possibilité de s’épanouir en travestissant sa véritable nature. Le Premier ministre Lester, qui règne sur Silverland, complote dans le dos de celui que l’on surnommera bientôt « le chevalier au ruban ».

« Le Maudit », de Mathieu Bablet, est peut-être le récit le plus cinégénique du recueil. C’est un polar faisant de la ville un personnage à part entière. C’est aussi un double hommage à Fritz Lang (M le Maudit et Metropolis) reposant sur un enquêteur chargé de résoudre une affaire de disparitions d’enfants. Ce dernier circule dans une ville gigantesque, tellement verticale que les rayons du soleil n’y atteignent plus le sol, si dédaléenne que certains quartiers y demeurent largement méconnus. Le récit fonctionne à merveille, avec des dessins d’une précision d’orfèvre, aussi noirs que ceux du « Lapin de la lune » (Valérie Mangin et Brice Cossu) sont muets et poétiques, et comprenant aussi une réflexion sur le deuil et la robotique.

Enfin, on trouve également dans le recueil le récit « Songoku – Le Chat », de Kenny Ruiz. Il y est question d’un singe né d’un œuf de rocher et suivant l’enseignement du Saint Ermite, grâce auquel il apprend à maîtriser les lois de la métamorphose. Une histoire inventive, échevelée, qui prend notamment appui sur les notions de confiance en soi, de dépassement de soi et de popularité.

Tezucomi vol. 2, collectif
Tonkam/Delcourt, juin 2021, 400 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Agnès la Chevaleresse » : la fantasy à la langue bien pendue

Avec "Agnès la Chevaleresse", Damien Geffroy se délecte des mythes de l’heroic fantasy. Pièce après pièce, avec une jubilation fortement communicative, il imagine un récit entre satire des histoires chevaleresques, héroïne obstinée et vieux mentor plus porté sur la chopine que sur l’honneur. L’auteur livre aux éditions Fluide Glacial une aventure légère, drôle et souvent irrésistible.

« La Vie extraordinaire d’Arizona Joe » : l’Amérique au carrefour des fortunes

À l'heure où Wall Street commence à façonner le monde moderne, un adolescent en fuite croise la route d'un vagabond qui lui apprend à regarder l'Amérique autrement. Avec "Baby Boxer Banker", premier volet de La Vie extraordinaire d'Arizona Joe, Stéphane Piatzszek et Fabrice Meddour signent un récit d'initiation où l'aventure se mêle à la filiation, la liberté et les promesses contradictoires du rêve américain.

« Bêtes comme nous » : quand les animaux deviennent humains

Un escargot super-héros qui met deux semaines à sauver New York, des moutons grégaires militants ou encore une araignée dépressive parce que son costume de super-héros ne trompe personne : avec Bêtes comme nous, MO/CDM bâtit un bestiaire dont les pièges, souvent, relèvent des caractéristiques biologiques des protagonistes. Une idée simple, parfois exploitée jusqu’à l’usure, mais qui donne naissance à un recueil de gags souvent réjouissants.