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Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde

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L’exercice de la suite est souvent un défi complexe. D’autant plus lorsque le premier volet a créé la surprise et a été majoritairement salué. Alors est-ce que Thomas Szabo et Hélène Giraud surmontent ce défi avec Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde ?

En 2014, avec Minuscule : La vallée des fourmis perdues, les deux créateurs parviennent à réunir tous les publics. Aussi bien les enfants et les parents que les aficionados de la série au format court et les cinéphiles et ce par delà les frontières françaises. Leur travail sera récompensé avec des critiques de la part de la presse dithyrambiques et plus de deux millions d’entrées dans le monde ainsi que le César du meilleur film d’animation en 2015.

Autant de raisons qui ont vu les attentes concernant cette suite être très élevées et qui aurait pu intimider Thomas Szabo et Hélène Giraud. Pourtant, le choix des deux créateurs semble clair dès le début du film. L’épure du premier opus est de mise et au lieu de proposer un dépaysement en retournant les codes du précédent long-métrage ou en proposant de nouveaux personnages principaux ils préfèrent s’inscrire dans la continuité de Minuscule : La vallée des fourmis perdues. En effet, le dépaysement passe par les lieux ; finies les Alpes ensoleillées qui cèdent leur place aux Alpes enneigées et à la Guadeloupe. Mais également par la mise en scène qui connaît quelques évolutions avec des gros plans très précis sur le visage des petites créatures et des mouvements de caméra plus complexes. Ce qui contribue à un véritable plaisir visuel de tous les instants qui amène le spectateur, peu importe son âge à retrouver son regard d’enfant.

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La coccinelle a désormais une famille – ©Le Pacte

Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde étant un film quasiment muet et même si la mise en scène parvient parfaitement à retranscrire tous les dilemmes et toutes les relations entre les personnages il faut également revenir sur la musique du film. Hervé Lavandier cède ici sa place à Mathieu Lamboley (Le retour du héros) qui parvient à s’échapper de l’empreinte du précédent compositeur tout en conservant l’identité musicale de la série. Il apporte également une note de renouvellement avec une influence très présente de compositeurs de musiques de films japonais.

Les spectateurs les plus cinéphiles seront quant à eux ravis de retrouver, comme dans le précédent opus de nombreuses références cinématographiques ; notamment à la filmographie de Steven Spielberg  (Indiana Jones et le temple maudit, E.T. l’extra-terrestre).

La réussite du film est telle qu’il finit par sembler trop court. Certains personnages, avec la réussite de leur apparence attisent la curiosité et mériteraient d’être davantage présents à l’écran et approfondis (les crabes, la tarentule). A cela s’ajoute un final expédié assez rapidement. Ce qui laisse croire que le film aurait pu faire dix minutes supplémentaires.

Dans tout les cas, Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde est une réussite qui égale son prédécesseur. Le charme fonctionne toujours autant et les personnages, nouveaux comme anciens sont tous très attachants. Cette suite émerveillera petits et grands et avec son atmosphère chaleureuse sera parfaite pour attendre le printemps.

Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde : Bande-Annonce

Minuscule 2 : Les Mandibules du bout du monde : Fiche Technique

Réalisation : Thomas Szabo et Hélène Giraud
Scénario : Thomas Szabo et Hélène Giraud
Acteurs : Bruno Salomone, Thierry Frémont, Sarah Cohen-Hadria, Stéphane Coulon
Directeur de la photographie : Dominique Fausset
Montage : Valérie Chappellet et Benjamin Massoubre
Musique : Mathieu Lamboley
Superviseur des effets visuels : Laurens Ehrmann
Animateur : Thomas Monti
Producteur : Philippe Delarue
Sociétés de production : Futurikon
Sociétés de distribution : Futurikon, Le Pacte
Genre : Aventure
Durée : 92 minutes
Date de sortie : 30 janvier 2019

PIDS : Mad Dreams & Monsters, ou Phil Tippett raconté par Alexandre Poncet et Gilles Penso

Au PIDS, Paris Images Digital Summit, LeMagduciné a pu découvrir en avant-première Mad Dreams & Monsters, le nouveau documentaire d’Alexandre Poncet et Gilles Penso qui reviennent, après Le Complexe de Frankenstein et les créatures au cinéma, sur la grande figure des effets spéciaux qu’est Phil Tippett.

Après Le Complexe de Frankenstein (2015), documentaire sur les créatures au cinéma, et Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux (réalisé en 2011 par Gilles Penso et produit par Alexandre Poncet et leur société Frenetic Arts), le duo nous revient avec Mad Dreams and Monsters. Le long métrage, qui revient sur le grand spécialiste de l’animation Phil Tippett, a été présenté au festival Gérardmer ainsi qu’au PIDS en « ultra avant-première », dixit Alexandre Poncet, le film n’étant pas encore finalisé.

Phil Tippett, un imaginaire manuel

Si vous ne le connaissez pas, vous avez forcément été témoin de son travail lors de visionnages de la trilogie originale Star Wars, de RoboCop I & II ou encore de Starship Troopers. Phil Tippett, comme le présente très bien le film, est l’héritier de Ray Harryhausen, le grand génie de la stop motion de la fin des années 40 au début des années 80. Les AT-AT de l’Empire Contre-Attaque, le jeu d’échec holographique de Star Wars, ou les piranhas du film homonyme de Joe Dante, Phil Tippett et sa bande de joyeux lurons les ont animés, et concernant certains éléments, créés de A à Z.

Ci-dessous, un clip sur l’élaboration des effets spéciaux de la trilogie originale Star Wars, vous pouvez y apercevoir Dennis Muren et Phil Tippett.

Tippett, c’est aussi un travailleur manuel qui a su, grâce au savoir-faire de son épouse et de son équipe, survivre au bouleversement de l’arrivée des outils numériques. Important changement qu’il a connu sur Jurassic Park. Si Tippett devait animer des dinosaures d’argile, Spielberg et l’équipe créative des effets spéciaux choisiront les animatronics incroyables de Stan Winston et les effets spéciaux numériques d’ ILM qui ne cessaient alors de repousser l’expérimentation digitale dans le domaine du cinéma. Jurassic Park constitue le point de basculement dans Mad Dreams and Monsters. Peu avant Jurassic Park, Tippett voulait revenir à des travaux plus personnels. Il le fit avec des documentaires sur les dinosaures. Appelé pour travailler sur le spectacle de Spielberg, il se sentit finalement trahi par son grand ami et collègue d’ILM, Dennis Muren. Mais la trahison est double : après la maestria de stop motion sur RoboCop 2, Tippett s’imagine sombrer, lui, sa carrière, son studio co-créé par sa femme Jules Roman, face à l’arrivée du miracle numérique. La dépression le guettait, lui et ses animateurs, mais soutenu par sa femme et son équipe, Tippett a su intégrer la vague digitale. Comme écrit plus haut, Tippett est l’héritier d’Harryhausen. Et Harryhausen, comme Tippett, n’était pas juste un pilier du stop motion. Ce sont tous deux des génies de l’animation capables d’insuffler la vie, et de faire de leurs créatures d’argiles de vrais personnages possédant une personnalité, un caractère grâce à leur animation. Et Tippett est un véritable spécialiste des animaux. Muren est loin d’être le traître que Tippett a perçu. Intelligent, brillant même, l’homme n’est pas aveugle : le numérique est l’avenir, mais les techniciens ne sont pas des animateurs. Tippett et son équipe utilisent les squelettes de leurs figurines, placent dessus des capteurs informatiques et continuent leur travail d’animation accompagné d’un ordinateur. ILM n’avait plus qu’à habiller ces squelettes en mouvement.

Mad God, ou comment parler de notre monde chaotique par Phil Tippett

Enfin, Tippett est un homme dont l’esprit et l’art créatifs modèlent sa vision du monde. Cette approche de Poncet et Penso traverse tout le film : du totem (accroché à son rétroviseur) constitué d’éléments récupérés ici et là par Tippett à sa dernière création audiovisuelle qu’est Mad God. Une œuvre surprenante et percutante sortie de l’imaginaire sombre de Tippett qu’il considère comme une  thérapie pour faire face au chaos du monde… La plongée dans les ténèbres de Mad God a récemment gagné une troisième partie grâce à la campagne de crownfunding lancée par l’équipe créative. Un quatrième chapitre est prévu. 

Ci-dessous, la bande-annonce de l’ambitieux projet de Phil Tippett, Mad God.

https://www.youtube.com/watch?v=mCwUlh-YZlc

Cette manière de distiller cette perception de ce Tippett méconnu permet au spectateur d’avoir une autre vision du travail conçu sur Star Wars ou Dragonheart. Vision appuyée par les commentaires de Paul Verhoeven, Jon Davison et Jules Roman : c’est un esprit créatif et artistique complexe.

Car on oublie beaucoup que les grands noms des effets spéciaux, Tippett, Harryhausen, Muren et Knoll, ne sont pas juste des techniciens. Ils sont des artisans, des ingénieurs créatifs, des narrateurs, des avant-gardes artistiques.

« On voulait une approche personnelle de Phil Tippett » – A. Poncet

L’approche personnelle du duo Poncet / Penso se ressent par la passion qui porte le projet. Les deux ont pu réanimer eux-mêmes certaines des grandes créations du studio de Tippett. On pense notamment à Caïn devenu une machine de guerre terrifiante dans le deuxième volet de RoboCop. Le fait de revoir les golems de Tippett reprendre vie apporte un cachet au film tout en exposant à quel point son imaginaire reste animé dans nos esprits. Cette vision énergique de l’héritage tippettien est séduisante et bien intégrée au documentaire tant elle évite de tomber dans le « geek shit ».

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À gauche, Gilles Penso ; à droite, Alexandre Poncet, et au centre, Phil Tippett.

Toutefois, cette même approche personnelle peut avoir certaines limites. Poncet et Penso connaissent Tippett intimement. Ils ont dormi chez lui, passé beaucoup de temps ensemble. Et leur amitié, tout comme leur passion en l’homme, perdurera certainement jusqu’à leur dernier souffle. Si leur passion nous a heureusement contaminés, on peut regretter quelques éléments de mise en scène mettant à mal leur volonté d’un traitement pudique du personnage tantôt bourru, tantôt hilare qu’est Phil Tippett. On pense notamment au passage de la demande en mariage de Jules Roman qui nous raconte en drama queen qu’elle était alcoolisée lors de cet instant. Le discours continue en off tandis que sur l’écran se succèdent deux photographies du couple accompagnées par une musique beaucoup trop mélo pour ce moment plus tendre et léger que romantique. La séquence en fera d’ailleurs rire plus d’un dans la salle. Justement, concernant la musique composée par Alexandre Poncet, si elle se révèle être soignée, celle-ci est beaucoup trop présente tout au long du documentaire. On a ainsi pu se sentir émotionnellement pris en otage lors de la double trahison sur Jurassic Park. Oui, Tippett a souffert, oui on peut le comprendre émotionnellement et rationnellement, non nous n’avons pas besoin que la musique vienne nous appuyer la gravité du moment… On retrouvera aussi cette éternelle séquence de cris au génie avec les différents intervenants du film. Moment un peu too much qui aurait gagné à présenter un peu plus de légèreté dans le ton. Idem concernant le témoignage de Jules Roman qui ne reconnaissait plus son mari après ses quelques mois passés dans le désert sur le tournage de Starship Troopers, témoignage accompagné d’une photographie de Tippett appuyant le côté « usé et paumé » du personnage, aussi soutenu par une musique tristounette. Si tant est que cela ait été réel, il aurait fallu prendre parfois un peu de distance avec les propos de Roman qui, si elle s’est avérée être une importante personne dans la vie de Tippett à tous les niveaux, a tendance à incarner la drama-queen – l’un des défauts récurrents de nombreux reportages/documentaires revenant sur le passé à partir de récentes interviews – du film.

Malgré ces quelques soucis, Mad Dreams and Monsters est, à l’instar de leurs précédentes productions, un must-see pour les fans d’effets spéciaux et tous les curieux prêts à ouvrir la boite de pandore de la magie du cinéma.

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Burning : le thriller poétique de Lee Chang-dong s’embrase en DVD/Blu-ray

Après avoir enflammé la croisette lors du dernier festival de Cannes, Burning sort enfin en DVD/Blu-ray ce 5 février. Le film de Lee Chang-dong, adapté de la nouvelle Les Granges brûlées de Haruki Murakami, mêle satire sociale et drame amoureux dans un thriller envoûtant, dont la temporalité presque suspendue fige toute la beauté. Retour sur une oeuvre fascinante, à voir comme à redécouvrir.

Dans le sublime Poetry, Lee Chang-Dong racontait l’histoire d’une grand-mère âgée d’une soixantaine d’années, atteinte d’Alzheimer et se lançant dans l’art de la poésie. Si cette poésie ne constitue plus le cœur thématique de Burning, le réalisateur la distille habilement dans un thriller dramatique, aux ressorts proches d’une véritable tragédie grecque. La lenteur volontaire du premier acte, la longueur de plans fixes et de pures scènes contemplatives, dans lesquelles la jeune Haemi se livre à la pantomime ou à la danse africaine, laissent progressivement place à un développement angoissant, puis à une fin poignante quasiment annoncée.

Centrée sur les relations complexes nouées entre trois personnages, l’intrigue se déploie au fil de plus en plus tumultueux de leurs rencontres. Elle croise les destins de Jongsu, un jeune homme solitaire découvrant le désir amoureux, Haemi, une de ses anciennes camarades de classe qu’il retrouve par hasard, et Ben, un séducteur aussi riche qu’indéchiffrable. Si le thème du triangle amoureux a déjà été traité à maintes reprises à l’écran, il acquiert dans la nouvelle de Murakami et a fortiori dans Burning une dimension rarement égalée, entre passion amoureuse, fantasmes, pulsions et folie.

Lee Chang-dong dépeint dans son œuvre une société coréenne divisée, souffrant d’une fracture sociale entre la classe des riches et celle des laissés-pour-compte. Haemi, animatrice d’événements commerciaux, et Jongsu, fermier et livreur à mi-temps, peinent tous deux à gagner leur vie. Ils rêvent d’exercer des métiers, actrice et écrivain, totalement inaccessibles à leurs propres conditions, et logent respectivement dans un petit studio et une ferme presque à l’abandon. A leur opposé, Ben possède voiture et appartement de luxe, sans que l’on sache très précisément de quelle activité provient sa fortune. La rencontre de ces deux strates sociales n’est rendue possible que par le hasard, Haemi revenant avec Ben après son voyage en Afrique, et ne peut aboutir que par la poursuite réciproque de désirs cachés.

Lee Chang-dong utilise cette approche sociétale pour nouer un thriller bien ficelé, minimaliste mais prenant, dont l’ambiguïté surgit des silences, des non-dits et des métaphores. Tandis que l’on tente de saisir les protagonistes, le mystère s’épaissit. Si le réalisateur donne suffisamment d’indices pour s’assurer que le spectateur découvre l’abominable vérité ainsi que la nature des serres brûlées, il laisse planer le doute sur les émotions et les motivations de Haemi. Aimait-elle Jongsu ou Ben ? Recherchait-elle l’amour ou la garantie d’une vie confortable et luxueuse ? Ben demeure également assez énigmatique, entre ses expressions impassibles et ses propos souvent empreints d’un double sens rempli d’obscurité. C’est finalement à Jongsu, le personnage le plus humain et compréhensible, auquel on s’identifie. Grâce à ces individus impénétrables, aux émotions exacerbées, le suspense se maintient, la tension s’accroît jusqu’au final haletant.

En dehors du film, on regrette que cette édition DVD/Blu-ray ne propose pas à son public le moindre bonus excepté la bande-annonce. La richesse de Burning aurait pourtant mérité bien des analyses approfondies, tant du point de vue sociétal que littéraire et cinématographique. L’ajout d’un making-of, ou d’une simple interview de Lee Chang-dong, aurait sans doute permis d’apporter un éclairage sur ce film singulier et magnétique. Burning conserve ainsi tous les mystères de sa création et de sa symbolique, que chacun reste libre d’interpréter. Œuvre poétique par excellence, il faut croire que Burning ne s’explique pas, mais se ressent et se contemple comme le feu qu’il allume devant nos yeux ébahis.

Burning – Bande-annonce :

Caractéristiques du DVD :

Durée du film : 144 min
Durée totale : 146 min
Langue : coréen
Sous-titres : français
Image : 16:9 compatible 4/3
Son : Dolby Digital 5.1

La Favorite de Yorgos Lanthimos : autopsie de l’audace au cinéma

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Avec La Favorite, Yorgos Lanthimos signe son film le plus savoureux en dialogues et situations cocasses, mais peut-être le moins audacieux de sa carrière. Petite autopsie de l’audace au cinéma à l’heure des dérangeurs à la Haneke portés en vainqueurs jusqu’à Cannes, mais aussi au moment où François Ozon signe avec Grâce à Dieu, un film compliqué à financer de par son sujet (Canal Plus l’ayant lâché), dans la France de 2019… Alors c’est quoi l’audace au cinéma ?

Audace et succès

Qu’est-ce qu’un cinéma audacieux, exigeant et dérangeant ? Yorgos Lanthimos semblait avoir répondu à cette question ces dernières années jusqu’à ce qu’il devienne, avec The Lobster, une petite sensation à Cannes en 2015. Radical, il l’était d’autant plus en Grèce à ses débuts lorsqu’il accompagnait la folie de ses personnages dans Canines, ou encore lorsqu’il décadrait ses acteurs dans Alps, sorte de société secrète qui faisait revenir les morts à la vie par un étrange procédé. Par la suite, le réalisateur est devenu bankable auprès des acteurs du monde entier, comme le révèle le dernier numéro de Première (Janvier 2019). On se plierait devant lui depuis la France (Léa Seydoux en tête) jusqu’à Hollywood. Comment dès lors demeurer subversif tout en assumant son nouveau rôle de cinéaste à la mode ? Il s’agit rien moins que d’être comparé à Haneke (référence qu’apparemment il refuse, toujours selon ses mots dans Première), qui a lui-même fait tourner de grandes figures de cinéma, dont Isabelle Huppert. Mais pour l’actrice la subversion est  une seconde nature, il n’est donc pas étonnant de les voir travailler ensemble.

Pourtant, dans La Favorite , on retrouve des acteurs un poil moins subversifs comme Emma Stone, devenue il y a peu l’énième « muse » de Woody Allen, dont l’humour ne fait de mal à personne. A ses côtés, la géniale Olivia Colman s’amuse à jouer une sorte d’hystérie, mais en ne faisant rien de plus que dans Love & Friendship  où déjà l’on s’amusait à détourner les mœurs, en costume. Ce que dénonce ici Lanthimos, c’est l’hypocrisie des rapports humains. On pourrait alors tenter de le rapprocher d’un Buñuel qui, avec Le Charme discret de la bourgeoisie ou encore Journal d’une femme de chambre, pointait les vilenies du pouvoir, de l’argent et l’incapacité de ceux qui dirigent à réellement nous gouverner. Les têtes tombent donc de manière symbolique, un peu comme chez Sorentino dans Silvio et les autres, ou encore chez Östlund et sa dernière sensation The Square. Ces réalisateurs décident donc d’égratigner, au risque parfois de lasser, de se planter un peu comme Haneke et son très mal reçu Happy end, dont l’ironie du titre cachait toute la saveur cynique du propos.

Love and friendship

S’agit-il dès lors pour le réalisateur de Mise à mort du cerf sacré, de sonder nos bassesses les plus sombres, de nous projeter un écran de vérité pour effacer l’écran de fumée des conventions ? N’est-ce que cela ? Son cinéma n’a-t-il pas un sens plus profond, plus dérangeant, plus atypique ? Il serait question qu’il écrive un épisode de Black Mirror, série qui s’amuse, elle aussi, à déranger. Étrange sensation que de vouloir être sans cesse dérangés, tout en plébiscitant le dérangeur, en lui ouvrant grandes les portes des cinémas. Le dénonciateur ne finirait-il pas par devenir amuseur public ? C’est à cela que l’on pense lorsque La Favorite se met un peu à tourner en rond dans son propos, presque à ronronner. L’horreur ne s’inscrit plus dans la rétine tant elle est écrite dès la mise en scène, magistralement orchestrée, et devient presque « banale », « attendue ». Le long couloir traversé par les protagonistes, lieu de toutes les convergences, devient ainsi peu à peu le symbole de la répétition. Et l’on s’ennuie presque devant ces pérégrinations.

Heureusement que ce jeu de massacre, sur fond de décisions politiques, fait écho à nos sociétés contemporaines et nous rend inconfortables parce qu’il nous rappelle notre incapacité à prendre des décisions, ou notre lâcheté à les faire prendre par d’autres. Il n’y a qu’à voir comme, dans ce que l’on appelle pourtant démocratie, on met du temps, de la réticence à accepter que le peuple puisse avoir quelque chose de légitime à dire. Tout de suite renvoyé à son incapacité à se trouver une forme et des … leaders. Car il n’est question que de ça dans La Favorite, de celle qui se mettra à l’abri et, pire, de celle qui fera passer ses idées politiques en feignant l’amour. Ainsi, plus on voit les deux « favorites » tirer sur des oiseaux avec une précision macabre,  plus la répétition prend aussi sens car elle montre à quel point tout être se modèle à l’image que l’on veut de lui. Tout en gardant sa cousine Abigail sous sa coupe, Lady Marlborough crée un monstre qui va peu à peu lui échapper. L’enjeu des corps, car c’est bien dans la mise en scène des corps que Lanthimos excelle, devient de plus en plus fort, jusque dans une acmé finale qui n’est pas sans rappeler certaines scènes d’Epouses et concubines (les fameux massages de pieds).

 Mise à mort du cerf sacré

L’enjeu est finalement un peu toujours le même, amener le spectateur à regarder au-delà du massacre. Les belles images, les beaux costumes tout autant que les égratignures ou la boue sur les corps sont là pour nous forcer à dévier le regard. En riant, en s’offusquant aussi des mots qui sont prononcés, et qui tournent beaucoup autour du sexe, nous voyons ce qui est à l’œuvre dans les arcanes du pouvoir. Rien n’est dit frontalement par le réalisateur, mais la conscience naît aussi de notre capacité à nous dégoûter de que nous voyons, peut-être pour le fuir. Si l’on peut regretter que La Favorite devienne peu à peu une petite ritournelle, certes savoureuse, nous pouvons aussi comprendre qu’il s’agit d’une forme de jusqu’au-boutisme déjà à l’œuvre dans Mise à mort du cerf sacré, où les corps étaient froids, distants, jusqu’à être cassés, brisés.

Ce qu’opère Lanthimos ce n’est donc pas seulement une popularisation qui l’entraîne du côté des plus grandes stars, mais une mise à mort parfois de son propre discours. Bien sûr, La Favorite donne à voir autant qu’à penser, mais le propos est moins acerbe, moins radical qu’autrefois, comme s’il opérait des concessions. La Favorite n’est donc pas nécessairement le film que l’on retiendra du réalisateur. Espérons que le cerf sacré que la presse semble vouloir faire de lui, ne l’affadisse pas, à force de vouloir attirer les stars dans ses filets et les déshabiller de l’intérieur, comme de l’extérieur, en les jetant dans ses abîmes. Car le cinéma de Lanthimos est plus que cela, c’est le vecteur de nos peurs, de nos angoisses, de nos saloperies, et celui qui les regarde en face peut déjà un peu grandir grâce au cinéma. L’inconfort est un état qui doit déranger et non amuser car il est un choix assumé, celui de donner au spectateur ce qu’il est loin d’attendre. Et pour le spectateur intranquille, c’est tout un art.

La Favorite : Bande annonce

La Favorite : Fiche technique

Synopsis : Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.

Réalisation : Yorgos Lanthimos
Scénario : Deborah Dean Davis, Tony McNamara
Interprètes : Olivia Colman, Rachel Weisz, Emma Stone, Mark Gatiss, Nicolas Hoult, Joel Alwyn
Photographie : Robbie Ryan
Montage : Yoprgos Mavropsaridis
Sociétés de production : Element Pictures, Scarlet Films, Film4, Waipoint Entertainment
Distributeur : Twentieth Century Fox
Genre: Drame historique
Durée: 121 minutes
Date de sortie : 6 février 2019

Etats-Unis – Grande-Bretagne – Irlande – 2019

Gérardmer 2019 : Monstres et Australie

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Si l’on se cantonnait à la compétition lors de notre séjour à Gérardmer, on risquerait d’être déçus. Comme chaque année, cette dernière s’est avérée être en dents de scie, proposant à la fois de belles surprises ainsi que d’ innommables purges. Voilà pourquoi, il est important d’aller jeter un œil sur ce qui se trouve à côté. Le programme était, là aussi, alléchant. On a ainsi pu y découvrir trois raretés provenant des années 70, dont deux issus de l’ozploitation. Mais également un documentaire sur une figure majeure des effets spéciaux, et, pour finir, ce qui s’avère être le meilleur film de cette sélection, Freaks.

La Rose écorchée (Réalisé par Claude Mulot, France, 1970)

En partenariat avec le distributeur Le Chat qui fume, le festival de Gérardmer a lancé cette année une nouvelle catégorie dénommée Rétromania. L’occasion de découvrir ou redécouvrir des films de genre un peu oubliés, comme Maniac de William Lustig, ou le Renne Blanc de Erik Blomberg. Quant à nous, nous nous sommes penchés sur une bizarrerie made in France un peu tombée dans l’oubli, la Rose écorchée. Aux premiers abords, le film renvoie à un classique du cinéma fantastique français, Les Yeux sans visages de Franju. En effet, il met en scène un couple dont la femme va être défigurée, et va se faire passer pour morte. Jusqu’au jour où ils font la rencontre d’un chirurgien aux pratiques douteuses capable de modifier les visages : le couple se lance alors en quête d’une jeune femme à sacrifier pour permettre à l’épouse de récupérer sa beauté. Malgré tout ça, l’ambiance de La Rose écorchée se rapproche plus de celle d’une autre figure du genre hexagonal, Jean Rollin, de par son ambiance gothique, l’action du film se déroulant quasi exclusivement dans un château sinistre avec deux nains comme serviteurs, mais également dans l’érotisme qu’il essaie de dégager. Étonnement, le film ne souffre que de peu de temps morts, et arrive à captiver le spectateur tout du long avec son atmosphère lugubre, amplifiée par une musique au clavecin glaçante (et pas uniquement en filmant des nains faire du catch avec une femme nue dans la paille). La Rose écorchée offre également à une très jeune Annie Duperey, un rôle à l’opposé total de celui qu’on lui connait dans une Famille formidable. Elle y incarne une figure monstrueuse, désespérée à l’idée de retrouver sa beauté d’antan. Une belle petite gemme cachée du cinéma déviant français, proposée dans une très belle restauration.

Night of Fear (Réalisé par Terry Bourke, Australie, 1972)

Chaque année, le festival de Gérardmer offre des nuits blanches permettant, au travers de 2 ou 3 films, de revenir sur des sagas emblématiques du cinéma. Si l’an dernier, nous avions pu redécouvrir Hellraiser, pour cette 26ème édition, c’est tout un pan du cinéma d’exploitation qui a été mis à l’honneur. L’ozploitation, terme inventé à l’occasion de l’excellent documentaire Not Quite Hollywood, désigne en effet ces films complètement fêlés qui ont vu le jour en Australie à partir des années 70. Si certains comme Mad Max sont devenus des classiques, d’autres ont eu du mal à parvenir jusqu’en Europe. Pour commencer cette nuit blanche, c’est l’un des pionniers de ce courant qui ouvre les hostilités. Night of Fear devait être à la base une série, mais le produit fini a très vite fait déchanter les producteurs, qui ne sont même pas allés jusqu’à distribuer le film. Terry Bourke se voit alors obligé de louer des salles de strip-tease pour diffuser son film. Il faut dire que le visionnage de Night of Fear peut facilement rebuter, le film faisant preuve d’une démarche des plus expérimentales. Le pitch est assez basique et suit une jeune femme perdue dans la forêt se faisant poursuivre par un plouc déglingué amateur de rats. Malgré sa courte durée (54 minutes), l’expérience est des plus malaisante. De par son ambiance poisseuse qui inspirera certainement Tobe Hooper, mais surtout par sa bande-sonore dissonante et son sound-design atroce, Night of Fear joue avec les nerfs du spectateur. On ne peut pas compter non plus sur le jeu d’acteur, complètement à l’ouest sans aucune ligne de dialogue, les personnages se contentant d’émettre des gémissements. Une séance qui s’avérera marquante et qui entraînera au final plus de fous rires que de véritables frissons.

https://www.youtube.com/watch?v=JBZLw8GGd9w

Long week-end (Réalisé par Colin Eggleston, Australie, 1978)

Après la mise en bouche Night of Fear, il est temps de tailler dans le lard avec un classique de l’ozploitation dont Tarantino a vanté les louanges, Long Week-end. On quitte un peu le côté très amateur du film de Terry Bourke pour tomber dans une véritable vision d’auteur. Long Week-end bénéficie avant tout d’un concept génial. Le film met en scène un couple ayant quelques problèmes sentimentaux et qui passe un week-end à la plage, histoire de raviver la flamme en train de s’éteindre. Sauf que sur place, ils ne témoignent d’aucun respect pour la nature, jetant leurs déchets et s’amusant à tirer sur tout ce qui bouge. Forcément, la nature va se venger des deux irrespectueux. Malgré là aussi une durée assez courte (1h30), Long Week-end prend son temps, s’attardant dans un premier instant à faire une radiographie des problèmes du couple. Tout cela permet d’instaurer une ambiance déjà très pesante, avant que la menace ne fasse sa première apparition. À ce niveau, Eggleston, plutôt que de miser sur une horreur démonstrative, joue plutôt sur une horreur psychologique. Lorsque les choses dérapent complètement, le climat se fait alors de plus en plus oppressant, Eggleston n’hésitant pas parfois à étirer les scènes à leur maximum pour bien imprégner son film d’une dimension suffocante. Regorgeant d’idées absolument fascinantes (comme celle du dugong zombie), Long Week-end est une œuvre iconoclaste, maniant la terreur latente de façon particulièrement intelligente, tout en offrant à plusieurs reprises ce qu’on attendait de la part d’un concept pareil (un homme aux prises avec un opossum par exemple). L’Australie qui a toujours étant un pays passionnant grâce à sa faune si unique, trouve ici le parfait contre-pied à cette image paradisiaque. Une image qui n’a d’ailleurs pas beaucoup plu aux australiens, ne supportant pas qu’on dépeigne leur biodiversité de cette façon.

Phil Tippett : Mad Dreams and Monsters (Réalisé par Gilles Penso et Alexandre Poncet, France, 2019)

Après ce petit voyage en terre australe, il est temps de revenir en France avec le nouveau documentaire du duo Gilles Penso/Alexandre Poncet. Après avoir consacré un film à la légende Ray Harryhausen, ils décident cette fois-ci de mettre à l’honneur son fils spirituel, à savoir Phil Tippett. Même si vous n’avez jamais entendu le nom de Tippett, vous ne pouvez qu’être familiers de son œuvre, particulièrement riche. En effet, ce spécialiste des effets spéciaux américains, et notamment de la stop-motion, a travaillé sur bons nombres de films cultes des 70s/80s/90s, obtenant d’ailleurs au passage plusieurs oscars. Tippett est entre autres le papa des aliens de la trilogie Star Wars, du dragon de Dragonslayer, des Piranhas de Joe Dante ou encore de ED-209 de Robocop. Bien que le documentaire soit de facture assez classique, alternant entre entretien et images d’archives, il dresse un portrait fascinant d’un homme passionné. Le film rend également pleinement hommage au travail fastidieux qui se cache derrière la stop-motion, et il est captivant de voir comment ces créatures prennent vie devant la caméra grâce au savoir-faire minutieux de Phil Tippett. Une belle mise en lumière d’un homme de l’ombre ayant révolutionné à de nombreuses reprises les effets spéciaux, comme en témoigne son travail oscarisé sur Jurassic Park.

Freaks (Réalisé par Adam B.Stein et Zach Lipovsky, États-Unis, 2018)

Autant garder le meilleur pour la fin, et finissons donc cette série de chronique sur le 26ème Fantastic’Arts avec le grand coup de cœur de cette édition, Freaks. Récompensé au PIFFF, le film du duo Stein/Lipovsky s’est étrangement vu relégué hors-compétition, alors qu’il aurait pu être un sérieux prétendant au Grand Prix. Comme The Unthinkable, Freaks est un film qui sait entretenir son mystère sur ses intentions, et dont nous allons taire le maximum afin de préserver la surprise. On se retrouve face à un père et une fille, qui n’a pas le droit de quitter la maison, sous prétexte qu’elle est différente et que le monde extérieur veut la tuer. Même si certains aspects de Freaks ont déjà pu être vus ici ou là, la générosité qui émane du travail de Stein et Lipovsky est stupéfiante. Avec très peu de personnages et une utilisation maline du huis-clos, les auteurs arrivent à créer une véritable mythologie permettant la création d’un univers riche dont on ne voit au final qu’une infime partie. Le fantastique se transforme alors ici en une épopée familiale bouleversante, bien aidée par un excellent casting. Si Emile Hirsch ou Bruce Dern n’ont plus grand chose à démontrer, la véritable révélation provient de la jeune Lexy Kolker aussi touchante que charismatique. Freaks réussit tout ce qu’il entreprend, créant une alchimie évidente entre ses protagonistes, offrant des séquences d’action efficaces malgré là aussi un budget serré. On tient ici la véritable pépite du festival.

 

Bodyguard : une perle télévisuelle qui n’est pas là pour en enfiler

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Les anglais nous ont offert deux choses en 2018 : une bonne dose de rire avec leur non-prophétique hymne « It’s Coming Home » pendant la Coupe du Monde, et une série haletante sur Netflix. La différence ? Leur équipe de football n’a pas terminé sur le podium, tandis que Bodyguard est une des 3 meilleures productions de l’année.

Mini-série ayant fait un carton plein en Angleterre en août dernier avec le meilleur lancement d’une œuvre dramatique à la télévision britannique depuis plus d’une décennie, l’œuvre de Jed Mercurio, le créateur de Lines Of Duty, a même conquis 11 millions de british pour son épisode final. Il n’aura fallu attendre qu’un mois pour voir débarquer Bodyguard sur Netflix France, le 24 Octobre 2018. Mais pourquoi tant de succès autour de cette série ? First of all, let me introduce you the topic “ ma’am “.

David Budd, vétéran de guerre d’Afghanistan, est désormais policier au Metropolitan Police Service de Londres en tant qu’agent de protection. Le 1er Octobre, alors que ses enfants et lui ont rendu visite à la mère de l’ancien militaire, il déjoue un attentat à la bombe dans un train en direction de Londres. Son sang-froid et son professionnalisme seront remarqués dans les plus hautes instances du pays, et lui feront obtenir une promotion : celle de la garde rapprochée de Julia Montague, figure politique montante, et Secrétaire d’État à l’Intérieur. Seulement, son ultra-conservatisme et son protectionnisme vont à l’encontre de ses convictions personnelles. Blessé et traumatisé par une guerre qui n’a que pour responsables les personnes qu’il doit désormais protéger, il va se retrouver en première ligne d’une tourmente politique sous fond d’état d’urgence

Alors on pourra dire ce que l’on veut à propos de nos amis les rosbeefs : qu’ils ne savent pas cuisiner, qu’ils sont mauvais au foot, qu’ils voient autant le soleil que Dracula devant Netflix tout un hiver. S’il y a bien un truc qu’on ne pourra leur enlever, c’est la qualité de leurs productions télévisuelles. De The Terror à Peaky Blinders en passant par Utopia, on frôle très souvent les chefs d’œuvre ! Et Bodyguard rentre dans ce cercle-là. Ce cercle à deux faces. Car tout est question de dualité dans cette série, d’ascenseur émotionnel et d’évolutions scénaristiques sinusoïdales. Finalement, à y regarder de plus près, Bodyguard est comme un électrocardiogramme, et pendant le visionnage, de battre mon cœur ne s’est plus arrêté. (D’ailleurs, je veux pas te faire peur mais ma critique contient des spoilers, alors si t’as pas vu la série, je te conseille de revenir dans 6 heures quand tu l’auras vue, bisous bisous)

Threats are coming ma’am

Et on commence avec le premier point fort de cette série : ses personnages. Le personnage principal, David Budd, est incarné par Richard Madden (aka Robb Stark dans Game Of Thrones mesdemoiselles). La complexité de Mr. Budd est approfondie et donne carte blanche à l’acteur pour nous dévoiler tout son talent, probablement un rôle tremplin après Game Of Thrones mettant fin à son personnage à l’épisode 3 de la saison 9 (les vrais savent). Tantôt professionnel, carré et sérieux dans sa fonction, il devient un homme plus torturé, instable et impulsif dans la vie privée.

Cette dualité est la première fondation de cette série. Cette fonction de garde rapprochée fait écho à son passé militaire, ses blessures, physiques ou mentales, et font par ailleurs de chaque scène d’action dans laquelle il est impliqué un soldat, un soldat discipliné, procédurier et limite infaillible. Par contre, sa vie privée, c’est Bagdad. 

Une vie de couple qui fond comme neige au soleil, un rattachement militaire fraternel avec un groupe de vétérans composé d’un ancien de son escouade Andy Apsted (joué par Tom Brooke que l’on peut retrouver notamment dans le très bon Preacher). Un milieu social fragile et instable qui sera la genèse de sa perte de repères. Une sorte de Frank Castle avec un costume cravate et un accent so british qu’il sent même le fish and chips.

Ce n’est qu’à partir du milieu de l’épisode 2, appelons-le moment Budd Down, que l’on découvre la réelle profondeur du personnage de David Budd, une fois “ cantonné au travail de bureau “ suite à la tentative d’attaque au camion-bélier dans l’école de ses enfants. C’est dans sa vie privée qu’il va chercher un repère, Andy Apsted. Mais ce dernier, par une action individuelle, fera tomber ses convictions. David Budd est en PLS comme Harry Kane après le coup de sifflet final en demi-finale.  

Son repère n’aura pas été sa femme. D’ailleurs, qu’en est-il de sa vie de couple ? Il semblerait que depuis, Mademoiselle fréquente quelqu’un. Alors, comme toute âme perdue, David va chercher du réconfort dans les bras d’une autre, normal direz-vous. Seulement, quand on passe sa vie au boulot, le choix des possibilités se réduit. Comme après avoir demandé “ A t-il un procès au cul ? “ à une partie de Qui-est-ce édition limitée ‘Présidents de la République Française’.

Et c’est dans les bras de celle qui doit protéger (en soit, plus il est près, plus elle est protégée, donc il ne fait que son travail) qu’il trouvera un échappatoire à sa vie privée. Alors, très honnêtement, à part une petite connexion scénaristique par la suite et parce qu’on avait pas vu les fesses de Richard Madden à la télévision britannique depuis Game Of Thrones, cette romance a été, selon moi, aussi utile que le H dans Hawaï.  

À moins que ce point d’orgue n’ait été l’apogée de l’évolution dans l’intimité de Julia Montague. Froide, austère et autoritaire à la manière d’une Margaret Thatcher des grands soirs, de par sa fonction et ses convictions politiques, la relation qu’elle entretient au fil des épisodes avec son garde du corps s’adoucit, tantôt de l’empathie, tantôt de l’entraide. C’est justement cette seconde dualité entre femme ferme sur le public et plus adoucie et femme emphatique dans le privé, qui crée l’attachement au personnage. Tout est finalement question de dualité entre les personnages, c’est à en devenir schizophrène cette série.

T’es tendu David, t’es tendu !

Le trailer de la série est vraiment trop américanisé. Sérieusement, les scènes d’action nous font imaginer que la moitié de cette série est basée sur de l’action, avec des bolides à la Fast & Furious, des snipers à la Shooter Tireur d’Élite et des bombes distribuées comme des capotes aux Solidays.

Alors oui, Bodyguard n’est pas venu pour enfiler des perles et il y a de l’action. Mais il se fait aussi un malin plaisir à jouer avec nos nerfs comme Gepetto le fait avec le corps de Pinocchio. L’introduction de 20 minutes est là pour le confirmer et la dernière fois que j’ai vu quelqu’un si bien scotché à quelque chose, c’était dans un reportage VICE.

20 minutes de tension où l’on découvre déjà les forces et faiblesses de David Budd, qui se retrouve en pleine préparation d’un attentat à la bombe dans un train qui ramène ses deux enfants à la maison. Son professionnalisme, son calme et sa rapidité d’action contre la détresse d’une jeune femme, Nadia, portant une ceinture d’explosifs …. 20 minutes haletantes qui m’ont rappelé celles qui ont suivi le but de Samuel Umtiti lors de la demi-finale de Coupe du Monde France – Belgique où j’étais pas bien du tout.

C’est justement ce dosage entre scènes de tension, d’action et de thriller qui offre à Bodyguard une sacrée gueule. Dans ces moments de tension, rien n’est “ too much “ : la musique est aussi calibrée qu’un chef d’orchestre sous adderall, les plans nous permettent de ressentir les émotions des personnages et l’on est happé par le dénouement qui approche comme un esturgeon à la ligne d’un pêcheur californien.

Et les deux épisodes suivants resteront dans la même dynamique. Cette attente, cette anticipation, cette suspicion que l’on éprouve dans ses moments de rush intenses nous accrochent. Que ce soit dans l’épisode 2 lors de l’attaque au camion-bélier ou dans l’épisode 3 lors de l’attentat à la bombe au St Matthew’s College, le climat instauré est très réussi et j’aurais pu avoir bu 6 pintes avant, que je me serais retenu d’aller pisser.  

Néanmoins, cette dernière attaque, qui sera fatale, embarquera la série vers un autre tournant : une version plus thriller, politique avec ses enjeux, ses manipulations. Bref, ça va mettre des tacles à la gorge sévères au sein du gouvernement anglais.  

Y a-t’il un terroriste dans le gouvernement ? 

Dans Bodyguard, il est aussi question de pouvoir, de jeu de chaises musicales, de tacles entre politiques, avec des personnages qui montent en gamme. La jalousie, les doutes et les suspicions vont bon train et montrent bien les coulisses d’un gouvernement. Et encore une fois question de dualité. Tout ce carcan est aussi instable en interne qu’en externe, avec l’état d’urgence et la menace terroriste qui est en place.

Même s’il est parfois difficile de savoir qui est à quel poste, tant les personnages secondaires sont nombreux, cela n’enlève en rien l’attirance que nous procure Bodyguard pour ce méli-mélo d’intérêts personnels et de doutes pour chaque personnage, mêlant habillement le genre thriller et policier

Alors oui, tout était parfait, ficelé comme des bonnes paupiettes de mon pays, ce fut un met excellent, mais malheureusement, la fin de repas n’était pas à mon goût. “ Oh Bodyguard, oh Bodyguard, pas ça, pas ça, pas ça Bodyguard. Oh non pas ça, pas aujourd’hui, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait ! “. Il y avait du Thierry Gilardi qui résonnait dans ma tête à la fin de cette saison.

Car après 5 épisodes et demi, la dernière demi-heure a voulu aller trop vite, en supprimant certains éléments, comme la fuite du personnage principal qui prend aussi facilement la poudre d’escampette que Macron ne consomme celle de perlimpinpin. Bien que les coupables ont été trouvés, certaines réponses sont un peu bâclées. Le personnage de Nadia est finalement réintroduit pour nous proposer un twist venu de l’espace. De femme victime lobotomisée, elle passe de l’alter-ego féminin d’Oussama Ben Laden. Allez savoir pourquoi, peut-être la dualité de trop.

En conclusion, une série très forte visuellement, avec des scènes de tension marquantes comme l’on aura pas vues à la télévision depuis longtemps, un Richard Madden qui s’offre un rôle référence et les anglais qui signent, encore une fois, une œuvre de qualité indéniable.

Bodyguard : Bande-annonce

Bodyguard : Fiche technique

Créateurs : Jed Mercurio
Réalisation : Thomas Vincent, John Strickland
Scénario : Jed Mercurio
Interprétation : Richard Madden (David Budd), Sophie Rundle (Vicky Budd), Vincent Franklin (Mike Travis), Ash Tandon (Deepak Sharma), Gina McKee (Anne Sampson), Keeley Hawes (Julia Montague), Pippa Haywood (Lorraine Craddock), Stuart Bowman (Stephen Hunter-Dunn)
Image : John Lee
Musique : Ruth Barrett, Ruskin Willamson
Montage : Andrew McClelland, Steve Singleton
Direction Artistique : Steve Wright, Henry Jaworski
Décors : Annalisa Andriani
Costumes : Charlie Knight
Production : Eric Coulter, Simon Heath, Elizabeth Kilgarriff, Jed Mercurio, Priscilla Parish, Tina Pawlik, Roderick Seligman
Société de Production : World Productions
Genre : Crime, Drame, Thriller
Format : 1h
Diffusion : BBC One, Netflix

Jugement à Nuremberg : la justice en question chez Stanley Kramer en Blu-ray

En 1961 sortit en salles Jugement à Nuremberg. Réalisé avec efficacité et rigueur par Stanley Kramer, le film retrace le procès des magistrats du IIIe Reich à travers les parcours fictifs du juge en chef Dan Haywood et des avocats de la défense et de l’accusation dans une Allemagne déjà touchée par les prémices de la guerre froide. Une œuvre conséquente sur la justice et la mémoire de retour en version remasterisée Blu-ray et DVD chez les éditions Rimini.

Synopsis : 1948. Si plusieurs des grands dirigeants nazis ont été condamnés à mort ou à la prison à vie, d’autres sont encore dans l’attente du courroux de la justice des alliés. Ainsi les procès de Nuremberg n’en sont pas à leur fin : le juge Dan Haywood est retiré de sa retraite américaine et est envoyé en Allemagne avec pour mission de présider le procès des juges du troisième Reich…

Jugement à Nuremberg : de la mémoire individuelle et collective à la compréhension du temps présent

L’introduction du juge Dan Haywood, interprété par Spencer Tracy, est significative. Accompagné par une marche allemande, le générique défile avec une croix gammée en arrière-plan sur un bâtiment. Les derniers titres disparaissent et la musique est surprise par un bombardement. Vient ensuite un traveling latéral sur les décombres de la ville nommée Nuremberg. Arrive ensuite le regard lié au point de vue précédent, celui du juge Dan Haywood fraichement débarqué en Allemagne.

Un titre vient nommer la ville, Nuremberg, là où tout a commencé et où tout doit prendre fin. Plus tard dans le film, Haywood met en pause le procès. Il décide d’errer dans la cité afin de comprendre. Comprendre ce qui a bien pu se passer quelques années auparavant. Ce qui a poussé un peuple à laisser faire ce fou d’Adolf Hitler. Comme l’Allemagne d’en-bas vivant sous son diktat. Il revisite notamment le complexe nazi dans lequel les lois antisémites sont nées, premières mesures d’une haine en puissance. Le béton est abimé, l’endroit est désert. Le réalisateur Stanley Kramer fait alors ressurgir en off l’un des discours du dictateur déchu. Au regard du personnage de Tracy, la ville semble hantée par l’Histoire, qui l’a marquée par la construction du complexe nazi et des structures industrielles du Reich et aussi par les combats qui ont ravagé la ville avec la susnommée et célèbre destruction de la célèbre svastika nazie installée sur le haut du bâtiment national-socialiste.

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Spencer Tracy, un visage marqué pour interpréter le vieux juge Dan Haywood

Le juge Haywood devra juger les anciens magistrats du régime nazi en prenant compte d’une réalité historique tout en nuances. En effet, il devra établir la responsabilité de chacun des accusés au cours du procès. Mais comme il sera remarqué, l’avocat de l’accusation – le procureur Edward Lawson –, un colonel américain incarné par Richard Widmard, veut en faire le procès de toute l’Allemagne. Marqué par les combats puis la découverte et libération des camps, il est persuadé que les allemands savaient. Ils auraient tous fermé les yeux pour leur bonheur personnel. Haywood, dans son errance, rencontre des allemands sympathiques. Les deux personnes qui s’occupent de son logement le sont peut-être un peu trop, comme s’ils avaient peur. Ou comme s’ils voulaient se racheter des horreurs nazies. Un soir, le juge les questionne. Tracy apparaît comme un vieux attachant cherchant juste à comprendre la situation. Puis la servante lui dit qu’elle et son mari ne savaient pas. Leurs enfants ont connu des morts liées au conflit. Le mari poursuit :

« Mais même si on savait, qu’aurait-on pu faire ? »

Kramer capte alors le visage durcissant de Tracy : « Vous avez dit que vous ne saviez pas… ». Le juge est perturbé. Si les allemands savaient et sont restés passifs, ne sont-ils pas eux aussi coupables ? Le parcours du personnage va être traversé par l’actrice Marlène Dietrich. Elle interprète la veuve d’un important officier allemand exécuté après l’un des précédents procès de Nuremberg. « Mon mari était un militaire », « il ne soutenait pas Hitler », « Hitler le haïssait » mais « il a été exécuté comme les autres (les grands chefs du régime nazi encore en vie à la fin de la guerre) » peut-on l’entendre dire. Elle ajoute qu’elle et son mari ne savaient pas pour les camps et le génocide organisé par Hitler et le régime nazi. Mais au moment où elle ajoute ces mots, il est trop tard. Haywood a vu les images filmées lors de la libération des camps. Inadmissible, impardonnable, injustifiable. Comment ne pouvaient-ils pas savoir ? Pourquoi n’ont-ils pas agi ? Alors que la veuve quitte le restaurant, Haywood rumine. Autour de lui, les allemands s’amusent sur un chant folklorique. Comment peuvent-ils ?

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À gauche, Maximilian Schell / Hans Rolfe, avocat de la défense ; à droite, Richard Widmark, le Colonel Edward Lawson, le procureur/avocat de l’accusation

L’avocat de la défense, incroyablement interprété par le brillant Maximilian Schell, vient remettre en cause la responsabilité des allemands. « Ce n’est pas tant qu’ils ne savaient pas, ils ne voulaient pas savoir ! ». Et si les Allemands sont coupables, le monde l’est aussi : des USA qui ont réarmé l’Allemagne et donc Hitler aux pays alliés qui, avant le début des conflits, n’ont pas bronché contre la création et la mise en vigueur des lois fascistes du Reich. Maintenant, les Allemands veulent oublier. Ils ont fait face à cette réalité, certains ont résisté, d’autres ont été stérilisés après avoir émis une opinion… Lors de son importante déclaration, l’ancien magistrat Ernst Janning (formidable Burt Lancaster) explique : « les allemands pouvaient enfin redevenir fiers ». Mais un autre mal s’installait, qu’ils pensaient pouvoir écarter avant qu’il ne prenne trop d’importance : le nazisme. En 1948, cette fierté est évaporée. Et les prémices de la guerre froide tendent à influencer le procès : « il faut que les Allemands soient avec nous » dixit un officier de l’armée américaine. Il ne faut donc pas condamner trop lourdement leurs anciens dirigeants, dit-il. Comme le note très justement Ophélie Wiel sur Critikat.com, le film capte avec justesse « l’éternelle domination de la realpolitik sur la justice… »

Le dernier échange du long-métrage a lieu entre Lancaster et Tracy. Le premier lui assure qu’il a été honoré d’après jugé par un homme aussi digne. Et il l’implore de le croire : il ne savait pas pour les camps et le génocide. Si les propos de Schell ont touché la raison de Tracy, la responsabilité active de l’ancien magistrat n’en reste pas moins évidente : le pire pouvait arriver dès lors qu’un juge acceptait et appliquait les lois injustes du régime nazi. Dès lors qu’il avait fait exécuter consciemment un innocent, Janning ne pouvait que s’attendre au pire. Le mal avait pris le contrôle de la société. Plus rien n’arrêterait l’extrémisme nazi.

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Les juges découvrent les images des camps d’extermination.

Jugement à Nuremberg est incroyablement nuancé et alors brillant tant il capte avec justesse la complexité du monde et de ses ressorts. Des histoires de chacun à l’Histoire et inversement ; de la notion universelle de justice au contexte légal et social d’un état ; de la responsabilité au devoir de mémoire et à la nécessité humaine de l’oubli, le long-métrage de Stanley Kramer réussit à questionner l’humanité en restant à l’échelle des individus. Cela, grâce sa réalisation efficace à l’imagerie noir & blanc signifiante, à son casting de stars investies (Montgomery Clift méconnaissable). Et bien sûr grâce à son écriture toujours prête à remettre en question les points de vue présentés et à nuancer la vision globale du monde construite tout au long des trois heures de cet impressionnant Jugement à Nuremberg.

Sur le Blu-ray et l’édition DVD

jugement-a-nuremberg-visuel-du-blu-ray-rimini-editions-mgmL’édition Blu-ray proposée par Rimini est portée par le merveilleux master HD de MGM. Malgré quelques instabilités d’image lors de rares moments, le rendu visuel est merveilleux : le grain est sauvegardé et le noir & blanc est nuancé. Quant au rendu sonore, on privilégiera probablement la piste 5.1 tant le mixage 2.0 manque de force. Aussi les fans de version française seront déçus. Celle-ci ne peut être pas remasterisée. Ou alors, elle l’a été honteusement. En effet, le résultat est médiocre : problème de saturation sur l’ensemble, gamme sonore limitée à la mise en avant du dialogue et de la musique. Enfin, d’un point de vue plus général, le rendu est plat.

Le film est accompagné de trois compléments et de sa bande-annonce originale. Trois bonus inédits en France, mais qui figuraient sur l’édition américaine, viennent compléter l’expérience du long-métrage le temps de trente-neuf minutes. Si ces éléments sont dignes d’intérêt, on en aurait apprécié davantage. Ce conséquent morceau cinématographique de trois heures qu’est Jugement à Nuremberg méritait plus. Ou tout du moins que ces bonus soient présentés en Haute Définition…

Si l’édition Blu-ray est ici conseillée malgré quelques bémols qui seront pour certains plus ou moins considérables, le boitier DVD souffre d’un autre défaut. Cette édition ne comporte que le supplément La valeur propre de chaque être humain (qui dure six minutes). Un problème qui est raisonnablement justifié par l’éditeur : « le film dure 172 mn en DVD, et il était impossible d’intégrer les deux autres bonus sans risquer d’altérer la qualité de l’image. » Il aurait ainsi été dommage d’altérer l’expérience SD du Jugement à Nuremberg, toutefois, pourquoi ne pas avoir envisagé une édition comportant un DVD du film et autre bonus ? Peut-être que Rimini, éditeur indépendant audacieux, ne pouvait se permettre financièrement d’en arriver là sur l’édition française de ce film ?

Bande-Annonce – Jugement à Nuremberg, de Stanley Kramer (1961)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUEShttps://www.lemagducine.fr/wp-admin/post.php?post=10004470&action=edit

USA – 1961 – N&B – 180 mn – Image : 1920 x 1080p HD – 1.66 – 16/9 – Son : Anglais 5.1/2.0 – Français 2.0 – DTS HD – Sous-titres : Français

COMPLÉMENTS

Hommage à Stanley Kramer (14′)
Conversation entre le comédien Maximilian Schell et le scénariste Abby Mann (19′)
La valeur d’un être humain (6′)
Bande-annonce

ATTENTION : le DVD ne propose que le supplément La valeur propre à 
chaque être humain
(6 mn) : le film dure 172 mn en DVD, et il était
impossible d’intégrer les deux autres bonus sans risquer d’altérer la
qualité de l’image.

Sortie Blu-ray / DVD : le 22 Janvier 2019

Prix : 19,99€ le Blu-ray / 14,99€ le DVD

Alita: Battle Angel de Robert Rodriguez, Jimmy sans famille

20 années de préparation, des milliers de croquis préparatoires, un scénario copieux maintes fois remanié, une production constamment repoussée aux calendes grecques… Le moins que l’on puisse dire, c’est que le développement de Battle Angel Alita a des allures de grossesse compliquée abandonnée avant son terme. En effet, probablement occupé sur les suites d’Avatar jusqu’à la fonte totale de la banquise, James Cameron s’est résolu à laisser un autre élever l’enfant qu’il a porté pendant deux décennies. Sur le principe, pourquoi pas. Mais que son choix se soit porté sur Robert Rodriguez laisse perplexe sur les critères de sélection retenus.

Les torchons et les serviettes

Soyons clair : James Cameron n’est ni le premier, ni le dernier réalisateur éminent à faire preuve d’un discernement discutable dans ses activités de producteur. Mais léguer un projet de si longue date à Robert Rodriguez, on rentre dans le cadre de la saillie contre-nature. Un peu comme si Léonard de Vinci avait engagé Jeff Tuche pour faire l’éducation de sa progéniture. Certes, on imagine sans peine que l’esprit d’indépendance revendiqué par Rodriguez et sa mentalité de « Do it yourself » a pu résonner chez Cameron, qui a lui-même mis plus d’une fois son autonomie à l’épreuve durant sa carrière. Mais difficile d’accorder le perfectionnisme maladif de l’auteur d’Abyss avec la nonchalance olé-olé associée au réalisateur de Desperado. Le gigantisme de Cameron ne souffre pas d’approximations, quand l’approximation constitue trop souvent le trait d’union de la dimension artisanale des films de Rodriguez.

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« Je suis une vraie petite fille »

On le voit, il manque très clairement un génie dans la combinaison pour accoucher d’un nouveau A.I (projet développé par Stanley Kubrick avant d’être transmis à Steven Spielberg par le cinéaste de Spartacus lui-même). Mais pas seulement. Rodriguez lui-même s’est employé à éteindre en amont tout espoir de le voir se transcender au contact de Cameron. Le réalisateur de Spy Kids le répète à qui veut l’entendre : il est là pour porter la vision d’un autre à l’écran. Et de fait, tout est fait pour que Battle Angel : Alita soit attendu comme le nouveau Cameron. L’intéressé n’est pas en reste, puisqu’il a manifestement aménagé son emploi du temps de ministre pour effacer le Roro du service après-vente. Comme s’il revendiquait la paternité du score après avoir laissé quelqu’un d’autre tirer le pénalty. Sans s’assurer que le ballon soit effectivement rentré dans la cage.

De fait, on ne s’étonnera pas que le premier (et principal) problème de Battle Angel : Alita réside dans la neutralité de ses parti-pris. Or, la nature même du film réclamait à cors et à cri une conscience visuelle aiguë des problématiques inhérentes au dispositif narratif adopté. Celui qui fait d’Alita, humanoïde adolescente, amnésique, et machine de guerre en sommeil le point d’entrée du spectateur dans un univers aussi dense que complexe. Pour sur, le procédé est de Cameron. Mais l’exécution n’est définitivement pas la sienne.

Les yeux sans visage

Certes, le cameronphile aura de quoi manger tant les motifs du maître parsèment l’écran. Mais la position d’apôtre de sa sainteté défendue par Rodriguez, la même au fond que celle adoptée vis-à-vis de Franck Miller à l’époque de Sin City, semble ignorer sciemment la nature médiumnique du cinéma, et les règles qui en découlent. A savoir que tout message est forcément altéré par les moyens d’expression du support déployé pour le transmettre. Autrement dit, ce n’est pas parce que ça ressemble à du Cameron que ça a le goût du Cameron. Pour Rodriguez, retranscrire le point de vue de quelqu’un signifie manifestement effacer le sien. C’est le messager qui oublie de lire le message qu’il doit livrer.

Ainsi, dès les premières images il est évident que nous serons condamnés à rester sur le pas de la porte du personnage. Rodriguez s’enferme dans une logique d’illustration qui casse les ailes de ses analogies les plus évidentes (son réveil dans une chambre d’adolescente, information à peine intégrée à l’écran) et nous place en permanence devant le fait accompli (voir la découverte de ses « pouvoirs », véritable touffe de poils dans la soupe). Il faut toute la force de conviction déployée par l’excellente Rosa Salazar dans le rôle-titre, seule rescapée (avec Mahershala Ali) d’une direction d’acteurs calamiteuse, pour faire vivre les émois du personnage.

Plus que sa direction artistique ou ses thématiques parfois oralisées (et, à l’occasion, un peu lourdement), l’essence du cinéma de Cameron a toujours résidé dans sa formidable compréhension du mécanisme d’empathie et d’identification propre au cinéma. Qualité qui lui a toujours permis de surpasser non seulement les barrières du représentable, mais surtout d’identifier ledit représenté à l’aune des affects qu’il parvenait à nous faire projeter vers lui. Chez Cameron, l’humanité commence là où démarre l’empathie du spectateur, et l’émotion constitue le portail vers le questionnement métaphysique. Or, en dissociant comme à son habitude le « cool » (la chick cyborg qui donne des coups de latte) avec ce qui rend le cool possible, Rodriguez transforme ses éléments de récit en gimmicks désincarnés. Ce n’est pas du James Cameron, mais du Jim Cameroon.

Panzer Kunst Musical

Privées de leur point d’acheminement, les formidables thématiques d’Alita ne peuvent fatalement que rester à quai, rabotant l’ensemble au niveau d’un young-adult fondamentalement pas déplaisant, mais inoffensif. Argument accentué par une direction artistique bien trop proprette (on peine franchement à comprendre en quoi Iron City est un purgatoire dont il faut impérativement s’échapper) et du choix « suspect » de certains interprètes : voir le bellâtre Ed Skrein dans le rôle d’un chasseur de primes humanoïde ou le love interest d’Alita, tout droit sorti d’une pochette de boys band des années 90 (décennie de naissance du projet : full circle).

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« You take my breathe awayyyy… »

C’est là que l’on ne peut s’empêcher de s’interroger sur l’implication de James Cameron dans la conception du film et sa responsabilité dans le résultat. Que l’impact de Battle Angel Alita soit amputé par la présence de Robert Rodriguez derrière la caméra, en soit personne ne s’en étonnera. Que les cinémas de Cameron et Rodriguez ne « matchent » véritablement que dans les instants les plus triviaux du long-métrage (voir cette bagarre de bistrot aussi vaine que franchement ludique) ne surprendra que ceux qui prêtaient encore au réalisateur des Machete des velléités autres que le délire purement potache.

En revanche, on tiquera davantage sur certains aspects plus bancals du projet, d’autant plus difficiles à expliquer à l’aune de l’implication tant soulignée d’Iron Jim. Et notamment un scénario retouché par Rodriguez et approuvé par son éminence qui, entre ellipses mal placées et caractérisations approximatives, ne transpire pas la rigueur associée habituellement à Cameron. Un point parmi d’autre qui contribue à raboter le récit vers le petit dénominateur commun de la grosse production calibrée pour survivre à ses ambitions initiales.

Body Snatchers

Qu’on ne s’y trompe pas : en l’état, Battle Angel Alita reste un film mieux fagoté que la plupart des blockbusters à 200 millions. Du strict point de vue de la tenue technique, le cinéma de Rodriguez ressort indéniablement grandit de cette collaboration. En témoigne le soin apporté aux scènes d’actions, qui suffit à lui-seul à rendre palpable le souci du spectateur que l’on est en droit d’attendre de l’engagement (lointain ou non) de James Cameron.

Reste qu’on restera sur sa faim en voyant Robert Rodriguez réaliser son young-adult sur le dos de l’arlésienne de JC. Battle Angel : Alita renvoie parfois à Mortal Engines de Christian Rivers (en moins abouti) , en ce qu’il fait parfois penser à un cinéaste déléguant son imaginaire à un exécutant dévoué. A la différence qu’à force de vouloir s’indexer sur les traces de Big Jim, Rodriguez neutralise lui-même sa propre signature. Ce qui n’est pas forcément un mal au vu de la filmographie du monsieur, mais énonce bien tout le problème de Battle Angel : Alita. A savoir que ce n’est pas un mauvais film. Juste un film que n’importe qui aurait pu réaliser.

Bande-annonce Alita: Battle Angel

Synopsis : Lorsqu’Alita se réveille sans aucun souvenir de qui elle est, dans un futur qu’elle ne reconnaît pas, elle est accueillie par Ido, un médecin qui comprend que derrière ce corps de cyborg abandonné, se cache une jeune femme au passé extraordinaire. Ce n’est que lorsque les forces dangereuses et corrompues qui gèrent la ville d’Iron City se lancent à sa poursuite qu’Alita découvre la clé de son passé – elle a des capacités de combat uniques, que ceux qui détiennent le pouvoir veulent absolument maîtriser. Si elle réussit à leur échapper, elle pourrait sauver ses amis, sa famille, et le monde qu’elle a appris à aimer.

Fiche technique : Alita: Battle Angel

Réalisateur : Robert Rodriguez
Scénario : James Cameron et Laeta Kalogridis, d’après le manga Gunnm de Yukito Kishiro
Acteurs principaux : Rosa Salazar, Christoph Waltz, Jennifer Connelly, Mahershala Ali…
Direction artistique : A. Todd Holland
Décors : Caylah Eddleblute et Steve Joyner
Costumes : Nina Proctor
Montage : Stephen E. Rivkin
Musique : Junkie XL
Sociétés de production : 20th Century Fox, Lightstorm Entertainment, Troublemaker Studios
Genres : Science fiction, Action
Date de sortie : 13 février 2019 (2h 02min)
Nationalités américain, argentin, canadien

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2.5

Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon dieu : comédie hors de nos frontières

Ce n’est un secret pour personne:  Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu est une suite qui poursuit la logique humoristique et faussement populaire du premier volet. Mais cette fois-ci, en allant encore plus loin dans sa démarche d’écriture, et dans la grossièreté de ses vannes qui fusent comme le brouhaha d’un marteau piqueur dans nos oreilles, le film de Philippe de Chauveron atteint le paroxysme d’une fainéantise mais aussi, et surtout, la limite d’un système fermé sur lui-même.

Jamais un film, aura été autant synonyme de fermeture d’esprit et de marivaudage, de confusion identitaire. Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon dieu détient tous les ingrédients de la comédie populaire comme on en voit beaucoup sur les écrans des salles de cinéma françaises: des grandes figures du cinéma ou de l’humour français qui ressemblent à des dinosaures en voie d’extinction, des jeunes humoristes avec le label Jamel Comedy Club ou TPMP inscrit en gros sur leur front, une écriture qui s’inspire du Stand Up et non du cinéma, une mise en scène qui se noie dans les produits made in TF1, des personnages servant de bouclier communautaire et un happy end faussement fédérateur et bienfaiteur.

Mais ça, vous me direz, on le sait déjà depuis longtemps, vous comme moi. Mais le problème ne situe pas dans ce versant-là de la pauvreté cinématographique du film ; car des comédies qui s’attellent plus à être des publicités télévisuelles et non de réelles démarches cinématographiques, il en existe et existera de tout temps. De ce fait, il est presque tout aussi hypocrite voire cynique de dénoncer un système connu d’avance et établi sur des bases qui auront du mal à changer. Pourtant populaire ne signifie pas forcément grotesque ou forcé dans ses intentions : il n’y a qu’à voir les comédies d’Éric Toledano et Olivier Nakache pour s’apercevoir que large public et comédie à grosse audience peuvent faire aussi bon ménage.

Non, qu’on se le dise bien, le gros soucis de Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon dieu provient du fond et non spécifiquement de la forme. Le fond, qui se veut moderne, en disséquant les habitudes de notre société, qui voudrait étayer les stigmates de notre environnement français, qui se veut l’étendard d’une forme de comédie qui parle de tous les sujets sans tabou avec comme slogan:  « on a le droit de rire de tous, et surtout, contre tous ». Le genre d’œuvre qui te martèle qu’en France, on ne peut plus rien dire et que ça fait aussi bien du balancer quelques clichés sur chacun, histoire que chacun reste à sa place et que l’intégration sociale de nos minorités passe aussi par le biais de quelques écarts de conduite de nos chers français, comme si cela faisait partie du jeu de l’acceptation. Ça c’était le revers de la médaille du premier.

La suite, celle qui nous intéresse dans cet article, décline son étude de cas, en une version encore plus grinçante avec cette idée que les 4 filles Verneuil et leur époux veulent quitter la belle France pour des contrées étrangères. A partir de cette « traîtrise » , le film va lâcher les chevaux et le couple Verneuil va utiliser tous les stratagèmes pour montrer à ses gendres et nous spectateurs, que la France est un magnifique pays. Dans l’intention, la volonté est louable, ce n’est pas un problème que de présenter les avantages d’un pays, même si l’argumentaire avancé est quelque peu fallacieux et paraît déjà poussiéreux et loin du contexte actuel du mouvement des gilets jaunes face à la France de Macron. Le problème provient de la méthode,  celle qui consiste à écraser l’autre, à se moquer d’autrui, à propager des âneries, et à fonder sa pensée en nous faisant comprendre que les pays qui nous entourent n’ont aucune beauté et sont loin d’être des havres de paix.

Les voyages des Verneuil dans les familles de leurs gendres se finissent obligatoirement par des problèmes de gastros ou de chiasses carabinées, des crachats sur les chaussures ou le manque d’hospitalité de quelques « barbus ». C’est autant paradoxal de voir un film qui base son écriture et sa « mythologie » sur le bon vivre-ensemble malgré les différences et qui se donne tous les moyens pour défourailler tout ce qui bouge, de mettre sous le tapis tous les problèmes liés au racisme et tout ce qui est hors de nos frontières, comme si le français n’avait aucune possibilité de s’épanouir ailleurs, comme si l’ouverture vers l’autre, n’était pas une main tendue mais plus une gifle dans la tronche. Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon dieu tente de parler avec drôlerie de notre peur de l’autre avec l’épouvantail du réfugié, qu’on avait déjà remarqué dans A bras ouverts, mais se vautre dans toutes les largeurs, tout comme son imagerie de l’homosexualité, qui n’est autre qu’un simple gimmick malgré l’hommage assez comique à Taubira, un arc narratif servant de clivage entre une fille et son père, et de malaise dans une famille.

Mais tout se finit pour le mieux selon Philippe de Chauveron:  le père ira au mariage de sa famille lesbienne, non pas parce qu’il est fier d’elle et de ce qu’elle représente, mais parce qu’il y a de la tarte tatin au buffet (sic). Et c’est là, qu’on se rend compte que le film n’utilise que le clivage et la bataille de préjugés entre les uns et les autres pour exister et continuer sa route ; se sert d’une certaine forme de la libéralisation de la parole clivante pour s’affranchir de sujets qu’il ne maîtrise pas, voire qu’il méprise. Des comédies qui ne rigolent pas avec l’autre mais contre l’autre, qui dans un sens veulent bien faire, en rassemblant derrière une France multicolore, mais qui en oublient les fondamentaux de la tolérance. Cependant, le film pose un autre cas de conscience.

On le répète, des films de cet acabit-là, idiots et médiocres, il en existera toujours et ce serait trop simple de tirer bassement sur l’ambulance. Mais il ne faut surtout pas associer cinéma français à ce genre de films. Comment se fait-il que dans une époque comme la nôtre, celle des réseaux sociaux, où tout se sait en l’espace de quelques minutes, que certaines personnes pensent encore que le cinéma ne contient aucune richesse. Comment se fait-il que des personnes utilisent ce genre de comédie pour ne pas voir qu’il existe des Bertrand Bonello, Bertrand Mandico, des Gaspar Noé, Claire Denis, Leos Carax, Jacques Audiard, Romain Gravas, ou autres  Xavier Legrand et bien d’autres dans la sphère cinématographique française.

Car le cinéma français a de nombreuses ressources comiques comme l’a prouvé l’année 2018 : Le Grand Bain de Gilles Lelouche avec son autodérision des corps et ses chutes humoristiques bienveillantes, avec En Liberté qui fait autant rire que pleurer avec son ambition de parler des gens aux destins brisés, ou Le Monde est toi de Romain Gavras qui s’amuse des codes visuels de la banlieue pour les démystifier et les sacraliser de manière outrancière. Oui le cinéma français n’est pas dans le coma artificiel et déploie de manière plus récurrente toutes ses qualités grâce à des films cités ci-dessus. Ce qui n’est pas le cas de Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon dieu. 

 

Bande annonce – Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu

Synopsis : Le retour des familles Verneuil et Koffi au grand complet !
Claude et Marie Verneuil font face à une nouvelle crise.
Leurs quatre gendres, Rachid, David, Chao et Charles sont décidés à quitter la France avec femmes et enfants pour tenter leur chance à l’étranger.
Incapables d’imaginer leur famille loin d’eux, Claude et Marie sont prêts à tout pour les retenir.
De leur côté, les Koffi débarquent en France pour le mariage de leur fille. Eux non plus ne sont pas au bout de leurs surprises…

Fiche technique – Qu’est ce qu’on a encore fait au bon Dieu

Réalisation : Philippe de Chauveron
Scénario : Philippe de Chauveron
Musique : Marc Chouarain
Photographie : Stéphane Le Parc
Décors : Olivier Seiler
Montage : Alice Plantin
Sociétés de distribution : UGC distribution
Durée : 1h39 minutes
Genre : Comédie
Dates de sortie : 30 janvier 2019 (FR)

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Gérardmer 2019 : Retour sur la compétition

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Comme chaque année, le festival de Gérardmer est synonyme de marathon filmique ponctué de bières au café en face du Casino ou de raclette à la Bergerie. Cette 26ème édition n’échappe pas à la tradition. LeMagduCiné a donc passé 3 jours dans la neige vosgienne pour vous faire un petit état de ce qui se passe dans le genre en 2019. Premier arrêt et pas des moindres, la compétition avec un petit retour sur 6 films sur les 10 présentés dans cette sélection. L’occasion de revenir également sur le palmarès qui cette année peut aisément se résumer à Suède, enfer et paradis.

The Unthinkable (Réalisé par le collectif Crazy Pictures, Suède,2018)

Notre première expérience avec la compétition de cette cuvée 2019 se fait avec certainement ce qui restera comme le meilleur film de cette dernière. Réalisé par un collectif de 5 personnes, travaillant à la fois sur la mise en scène, le scénario, le montage, le design sonore et bien d’autres choses, The Unthinkable a été entièrement financé par Kickstarter. Un budget de 2 millions d’euros qui a visiblement été dûment utilisé, tellement le film impressionne par sa maîtrise à tous les niveaux. The Unthinkable peut cependant laisser dubitatif dans sa première heure. En effet, le film nous plonge au sein d’une famille dysfonctionnelle et d’une relation conflictuelle entre un père et son fils, tout en commençant à développer une romance entre ce dernier et une jolie pianiste. Aucune once de fantastique pour le moment, mais un attardement nécessaire sur la psychologie des personnages et notamment la relation entre le trio Björn/Alex/Anna qui va être important pour la suite. The Unthinkable cultive alors le mystère pendant une bonne partie du film (voire même son entièreté). Puis survient à mi-chemin, un virage scénaristique qui cueille de façon aussi abrupt que le col de la Schlucht par 20cm de neige. Alors que des attaques terroristes ont lieu à Stockholm, le film bascule dans un climat pré-apocalyptique. Le film dévoile sa nature entre thriller fantastique et film de guerre au suspense haletant, bénéficiant de séquences d’actions impressionnantes pour un budget somme toute assez réduit. Avec ce premier projet, The Crazy Pictures frappe un grand coup, sachant allier film de genre au drame intimiste tout en donnant naissance à une romance bouleversante et crédible, malgré un personnage principal des plus antipathiques. Surprenant constamment, tout en offrant une proposition assez inédite, il n’est alors pas étonnant de voir The Unthinkable repartir de Gérardmer avec 3 prix, à savoir le prix du Jury (qu’il partage avec Aniara, un autre film suédois), le prix de la critique et le prix du jury jeunes.

Endzeit – Ever After (Réalisé par Carolina Hellsgard, Allemagne, 2018)

Comment imaginer un festival de Gérardmer sans zombies, et ce n’est pas ce cher Rob arpentant avec sa gueule de zombie vosgiens les files d’attente en quête de selfies qui va nous dire le contraire. Endzeit – Ever After est donc la caution film de zombies/infectés de cette année. Malheureusement les seules véritables originalités qui émanent de ce long-métrage proviennent de son origine, à savoir un film allemand réalisé par une femme. Si Carolina Hellsgard espère donner un cachet féministe à son entreprise, on ne peut pas vraiment dire que la pari soit réussi. Endzeit est en effet complètement plombé par son personnage principal terriblement idiot et à des choix scénaristiques tout aussi absurdes que le pâté lorrain qu’on peut obtenir à 2 euros par paiement CB à la boulangerie du coin. Le summum est atteint avec ce final neuneu sur fond de soleil levant. Pourtant le film n’est pas moche et prend bien soin de cultiver ce côté contemplatif offrant de très beaux paysages, ainsi que certains effets spéciaux plutôt élégants rappelant les infectés de The Last of us ou de The Last Girl. On comptera cela dit les séquences d’attaques de zombies sur les doigts d’une main amputée de quelques doigts et la plupart seront gâchées par des tics de mise en scène des plus ridicules et notamment des ralentis en pagailles. Endzeit, malgré son approche un tant soit peu originale pour le coup, n’arrive pas à aboutir à quelque chose de pertinent et risque donc de se noyer (à raison) dans les entrailles de Gérardmer .

Puppet Master : The Littlest Reich (Réalisé par Sonny Laguna et Tommy Wiklund, États-Unis, 2018)

Parmi les invités d’honneur de cette sélection figurait le légendaire Udo Kier. Acteur allemand ayant traîné ses yeux bleus pénétrant au travers d’une filmographie aussi vaste que diversifiée allant des blockbusters de Michael Bay aux films d’auteurs primés à Cannes en passant par certaines des plus grandes bizarreries que le septième art ait portées. Ponctué d’un hommage touchant de la part de Yann Gonzalez et d’un discours de feu de ce cher Udo Kier revenant notamment sur son expérience sur Spermula et finissant par boire du vin blanc dans la coupe de cristal utilisée comme prix d’honneur, la pré-séance de Puppet Master 13ème du nom a mis la salle dans un bel état d’excitation. Basé sur un script de S. Craig Zahler, le bourrin qui a remporté le Grand Prix en 2016 pour Bone Tomahawk, Puppet Master : The Littlest Reich est mis en scène par un duo de cinéastes suédois (ils sont absolument partout cette année). On ne va pas vous mentir, quand on lit le titre, on ne s’attend pas à du film d’auteur mais bien à de la série Z bien conne et bien gore. Force est de constater que Puppet Master : The Littlest Reich délivre toutes ses promesses. Sur un scénario des plus maigres, agrémentés d’une réalisation cache-misère et d’une interprétation tout aussi laborieuse, Puppet Master : The Littlest Reich est avant tout un festival de dégueulasserie. Un hôtel se voit pris d’assaut par des marionnettes nazies aux formes diverses allant d’un bébé Hitler à une machine de guerre disposant d’un lance-flamme. Forcément ces dernières vont s’en prendre dans un premier temps à tout ce qui n’avait pas sa place dans le monde d’Hitler à savoir les racisés, les juifs et les homosexuels. En résulte donc un enchaînement de mises à mort bien sanglantes, dont certaines se révèlent particulièrement inventives. Mention spéciale à la marionnette s’infiltrant dans le vagin d’une femme enceinte avant de lui perforer le ventre tout en sortant son fœtus. Nazis obligent, le film est accompagné d’un humour très noir et bas du front regorgeant là aussi de petite perle comme celle évoquant l’utilité de poupées nazies pour débusquer Anne Frank. Une bonne grosse potacherie en somme, dont on aurait plutôt vu la place lors de la nuit décalée. Visiblement le jury n’est pas vraiment de cet avis vu qu’il lui remet à la surprise générale le Grand Prix, comme quoi rencontrer le sosie de Jul avec 20 ans de plus à la Rhumerie n’est pas la chose la plus invraisemblable du festival.

The Witch Part 1 : The Subversion (Réalisé par Park Hoon-jung, Corée du Sud, 2018)

Aux côtés de la Suède, un autre pays a été beaucoup mis en avant sur cette 26ème édition du festival : la Corée du Sud. Le pays du matin calme a souvent eu les honneurs de Gérardmer. On se souvient du hold-up coréen de 2011 trustant avec Blood Island et J’ai rencontré le diable la quasi totalité du palmarès. Revoilà d’ailleurs, le scénariste de J’ai rencontré le diable, Park Hoon-jung venu présenter son nouveau film en tant que réalisateur. Même si le film ne repartira des Vosges qu’avec le prix du jury Syfy, The Witch délivre tout ce qu’on peut attendre d’un film coréen. Bien que le film nécessite une exposition un poil trop longue et se trouve également trop démonstratif lorsque qu’il s’agit de bien étaler les tenants et les aboutissants, Park Hoon-jung arrive à instaurer un univers des plus intéressants pouvant aisément se décliner au travers d’une franchise comme le suggère son titre. Alors qu’on était habitué au thriller de vengeance en provenance de la péninsule coréenne, Park Hoon-jung y saupoudre cette fois-ci une touche de fantastique avec sa galerie de personnages aux habiletés surhumaines. Pour toute personne connaissant la propension à l’excessif de J’ai rencontré le diable, on n’est absolument pas dérouté par le climax super-jouissif de The Witch, enchaînant des séquences d’action hallucinantes. Au final, The Witch Part 1 : The Subversion c’est un peu comme le Black Pearl, on sait à quoi s’attendre, on y va quand même et on y passe finalement un bon moment.

Lifechanger (Réalisé par Justin McConnell, Canada, 2018)

Que serait un festival de cinéma de genre sans sa purge dont on ignore encore comment cette dernière a pu être sélectionnée ? Cette année la palme du pire film revient sans conteste à Lifechanger du canadien Justin McConnell. Pourtant l’idée de base était intéressante, et dans les mains d’un cinéaste comme Cronenberg aurait pu donner lieu à de grands moments de Body Horror. Le film suit Drew, un personnage se voyant obliger de changer de corps pour survivre. Sauf que la façon dont McConnell va utilise son concept est tout bonnement désastreuse. Lifechanger au lieu de devenir un grand frisson avec son personnage drainant les corps de ses victimes pour en prendre la place, se transforme en quête éperdue de l’amour pur. Le sujet est traité avec une niaiserie absolue et est accompagné constamment par une voix off malickienne insupportable sur le sens de la vie. À côté de ça la mise en scène est au ras des pâquerettes, pas aidée il faut le dire par un monteur complètement manchot et un chef opérateur aux abonnés absents. On ressort du film avec encore plus de regret que lorsqu’on émerge du Caveau à 5h du matin.

The Dark (Réalisé par Justin P. Lange, Autriche, 2018)

Alors que la fatigue commençait à avoir raison de nous, The Dark a permis de clôturer notre escapade à cette 26ème édition du festival de Gérardmer. Pas la meilleure façon de terminer le séjour, mais un premier film qui s’en sort avec les honneurs. Avec son histoire retraçant la rencontre entre une jeune fille zombie et un garçon aux yeux crevés kidnappé par un pédophile, The Dark peut faire penser à l’histoire d’amitié de Morse, ancien Grand Prix. Malheureusement pour Justin P. Lange son film ne dégage pas la même aura. Pourtant un bon nombre de choses s’avèrent réussies. La première est dans l’atmosphère sombre du film et dans sa façon de filmer la forêt dans laquelle se déroule le long-métrage. On peut également saluer son traitement du personnage de Mina, jeune fille assassinée par son beau-père abusif qui lutte alors avec sa monstruosité apparente. De la même manière, beaucoup d’éléments ne fonctionnent pas. La plus problématique reste l’alchimie inexistante entre Mina et Alex, difficile donc pour Lange de créer une véritable émotion chez le spectateur. On se retrouve donc à assister passif au film, peinant à rentrer à l’intérieur et ce n’est pas le maquillage ultra-cheap de Mina qui va arranger les choses. On a vu des choses mieux faites au Grimoire. The Dark fait cependant preuve de bonne volonté, et montre une envie de proposer quelque chose de différent. C’est un peu pour ce genre de film qu’est fait Gérardmer, offrir des propositions qui dénotent même si elles ne vont pas forcément rencontrer leur public.

On aurait aimé également pouvoir se frotter aux zombies féodaux de Rampant, prendre part au voyage vers Mars de Aniara, être invité au repas de Noël qui tourne mal de Await Further Instructions, ou encore faire une partie d’Escape Game, mais un festival, surtout lorsqu’il est très condensé comme celui de Gérardmer est avant tout une question de choix. Voilà pourquoi, on a parfois délaissé la compétition pour faire des infidélités avec les rétros et des pépites hors-compétition. On en reparlera dans un autre article et on vous laisse avec le palmarès complet de cette 26ème édition.

Palmarès

  • Grand Prix : Puppet Master : The Littlest Reich
  • Prix du Jury : The Unthinkable et Aniara
  • Prix de la meilleure musique originale : Puppet Master : The Littlest Reich
  • Prix du jury de la critique : The Unthinkable
  • Prix du jury Syfy : The Witch Part 1 : The Subversion
  • Prix du jury jeunes : The Unthinkable
  • Prix du public : Puppet Master : The Littlest Reich
  • Grand Prix du court-métrage : Diversion

 

Dragons 3, l’épanouissement d’Harold

Presque dix années après avoir été amorcée, une trilogie parmi les plus marquantes du 21ème siècle se clôture enfin. Dragons marquait le passage à l’âge adulte d’Harold et narrait son amitié naissante avec un dragon mythique redouté de tous. Sa suite introduisait une figure maternelle complexe et questionnait une fois de plus les rapports entre l’homme et la nature. Ce dernier épisode, d’une beauté formelle étourdissante, réitère certains enjeux, mais enclenche surtout un processus d’émancipation conçu en miroir, impliquant tant le jeune leader des vikings que sa désormais célèbre Furie nocturne.

Au début de Dragons 3 : Le Monde caché, la communauté de Beurk vit une existence bien ordonnée : Harold est un jeune leader respecté, mais doutant de lui-même ; il file le parfait amour avec la ravissante Astrid et passe ses journées en compagnie de l’indéfectible Krokmou, une furie nocturne qu’il a depuis longtemps apprivoisée ; lui et ses compagnons se lancent occasionnellement dans des opérations périlleuses visant à libérer des dragons retenus en captivité par des chasseurs. La séquence d’ouverture du film nous montre ainsi, notamment à l’aide d’un plan-séquence spectaculaire, ces vaillants vikings intervenir sur un bateau de trappeurs. Mais bientôt, c’est à Grimmel le Grave, tueur de furies, que les héros de Dean DeBlois vont devoir se frotter. Celui-ci cherche à capturer Krokmou en l’appâtant à l’aide d’une femelle blanche baptisée Furie Éclair. Il peut compter à cette fin sur d’effrayants dragons cracheurs d’acide, pour lesquels il constitue un alpha autoritaire et irrévocable.

Ce qui frappe en premier lieu dans le dernier acte de cette trilogie de qualité – et très lucrative –, c’est la splendeur graphique déployée et le soin accordé aux détails. En usant d’un outil révolutionnaire appelé MoonRay, l’équipe technique du film parvient à multiplier les éléments et accessoires dans le cadre, à animer le feu comme jamais auparavant, à fondre des dizaines de milliers d’images numériques dans un seul plan, à faire cohabiter plus de 65 000 dragons autonomes, d’une pluralité déconcertante, au cours d’une seule séquence, dans le Monde caché de Caldera… La débauche de formes, de couleurs et de mouvements s’avère souvent confondante de beauté, voire de poésie. C’est une mécanique d’emprise qui s’exerce alors sur nos sens, non seulement lors de la découverte du Monde caché, mais aussi lorsque les deux furies s’éveillent l’une à l’autre, ou lorsque l’on explore, en préambule, Beurk et ses environs.

Toujours inspiré des livres de Cressida Cowell, Dragons 3 embrasse des thèmes bien plus profonds qu’il n’y paraît. Le déracinement, la quête d’un nouveau monde protecteur, le substrat culturel des civilisations, la construction d’une cohésion autour de valeurs communes – l’harmonie avec les dragons, par exemple – plus que par un habitat bien défini – le village ancestral des vikings –, la perte d’un être cher volant enfin de ses propres ailes – au sens propre comme au sens figuré –, le besoin d’émancipation, l’amour et l’épanouissement qu’il porte en son sein, la place de l’homme au sein de la nature et celle du mythe dans l’humanité, tout cela conduit le film, sans embûche, vers un dénouement à la symétrie parfaite, où Harold et sa Furie parviennent enfin à s’accomplir, personnellement et familialement. Le tout se fait partiellement sous l’égide de personnages féminins forts. Astrid permet par exemple à Harold de s’affirmer en tant qu’homme et chef, tandis que sa mère, héroïne du deuxième film, lui rappelle que l’espèce humaine restera à jamais une menace pour les dragons.

C’est une histoire amorcée il y a presque dix ans, et occupant une même équipe depuis tout ce temps, qui s’achève sous nos yeux révérencieux. Malgré un décalage de trois années dû au rachat des studios DreamWorks par le groupe de télécommunication Comcast et une refonte des grandes lignes du scénario – initialement, le méchant devait être une nouvelle fois Drago –, Dean DeBlois façonne une œuvre touchante, visuellement splendide et loin d’être dénuée d’épaisseur. Nous en retiendrons néanmoins un léger bémol : si les enjeux se révèlent passionnants, les éléments qui y président n’ont en revanche rien de surprenant, comme en attestent certains mimétismes avec le second épisode. Un grain de sable qui ne suffit heureusement pas à gripper la machine.

Bande-annonce : Dragons 3, Le Monde caché

Synopsis : Harold vit tranquillement parmi la communauté de Beurk, dont il est le leader. Il affronte occasionnellement les trappeurs et porte secours aux dragons en captivité. Parallèlement, il continue à vivre aux côtés d’Astrid, sa compagne, et de Furie nocturne, son indéfectible compagnon. Jusqu’au jour où Grimmel le Grave croise sa route et cherche à appâter son dragon à l’aide d’une femelle blanche…

Fiche technique : Dragons 3, Le Monde caché

Titre original : How To Train Your Dragon: The Hidden World
Réalisation : Dean DeBlois
Scénario : Dean DeBlois et Cressida Cowell
Musique : John Powell
Montage : Jabari Phillips
Société de production : DreamWorks Animation
Société de distribution : Universal Pictures
Durée : 1h34
Genre : Drame
Date de sortie : 6 février 2019

Note des lecteurs5 Notes
3.5

My Beautiful Boy, talent confirmé de Felix Van Groeningen pour les drames

3.5

Felix Van Groeningen réunit Timothée Chalamet et Steve Carell dans un duo père/fils des plus touchants dans My Beautiful Boy. Complémentaires et bourrés de talent, les deux acteurs offrent une nouvelle histoire sur la toxicomanie, fléau qui touche de plus en plus les américains, mais surtout sur la vie des proches durant cette descente aux enfers.

L’un a l’expérience de la caméra, l’autre a la fougue de la jeunesse et tous deux apportent leurs regards différents mais bienveillants sur la vie d’une famille dont le fils devient addict à la drogue. Steve Carell a rarement été aussi bon et bouleversant que lorsqu’il saisit son rôle à pleine main pour s’imprégner de l’amour paternel d’un père qui ne sait plus comment aider son fils. Cet amour d’un père totalement dévoué à la guérison de son fils a bien du briser plusieurs cœurs dans les salles de cinéma. L’acteur offre une telle émotion au spectateur que c’est littéralement lui qui porte le film sur ses épaules et qui réussit à maintenir en vie l’intrigue même lorsque le film se repose un peu. Timothée Chalamet le seconde avec un talent toujours aussi prometteur que celui qu’on avait déjà bien vu dans Call Me By Your Name, et se révèle aussi attachant que dans ce dernier d’ailleurs. Il joue le toxicomane avec une grande élégance, assez étonnante, qui lui colle toujours à la peau. Chalamet vole de plans en plans au fil de la défonce et de la musique qui résonne autant en lui qu’en nous.

Il faut attendre la fin pour que la musique prenne véritablement la place qu’elle mérite lors de ce que l’on pourrait croire un final majestueux. Parce que les images sont belles déjà, comme tout au long du film où l’esthétique est réellement travaillée dans chacun de ses détails et couleurs. Mais aussi parce que l’opéra fait ressortir et ressentir des choses folles au cinéma. Tout au long de l’oeuvre, le réalisateur cultive un certain classicisme dans sa manière de traiter le thème de la drogue, chose faite et refaite dans le septième art. De Requiem for a dream à Climax dernièrement, la musique psychédélique, les couleurs flashs et les néons à l’écran sont des choses bien déjà vues qui ne fonctionnent plus toujours malgré pourtant ces belles réussites. Felix Van Groeningen tombe dans le piège en reproduisant cette forme classique mais propose finalement de changer de cap en livrant des scènes qui proposent autre chose, et permettent enfin au spectateur de voir autrement. Bien sûr, l’évolution du personnage et de son parcours rentrent en compte tout comme l’intention du cinéaste dans ce qu’il veut montrer de l’état de Nic, mais les notes de piano et le style classique mêlé au ton plus urbain produisent un mélange parfois plus intéressant que ce que l’on a déjà vu des dizaines de fois.

My Beautiful Boy a peu de dialogues, ce qui les rend d’autant plus importants, surtout quand un père dit à son fils à quel point il l’aime. Mais ces absences de texte laissent des fois planer une ambiance en perte d’intensité. Pourtant, le montage est brillant et permet à chaque fois au film de retrouver son rythme qui semblait s’écrouler durant quelques scènes. Felix Van Groeningen est un artiste à part entière qui ne néglige aucun aspect de ses œuvres. De l’image au son en passant par une réécriture sobre, tout est appliqué. Inspiré par une histoire vraie et même deux livres, le réalisateur a eu de quoi documenter et préparer son film qui s’avère donc être une belle réussite malgré quelques défauts. My Beautiful Boy aura fait naître l’un des plus beaux duos du cinéma américain moderne. Alors que tout le monde prédisait déjà des nominations aux Oscars pour ce film, l’Académie semble avoir en tout cas bien oublié la belle prestation de Steve Carell.

My Beautiful Boy : Bande-Annonce

My Beautiful Boy : Fiche Technique

Réalisation : Felix Van Groeningen
Scénario : Luke Davies et Felix Van Groeningen, d’après les mémoires Beautiful Boy: A Father’s Journey Through His Son’s Addiction de David Sheff et Tweak: Growing Up on Methamphetamines de Nic Sheff
Interprétation : Steve Carell, Timothée Chalamet, Maura Tierney, Amy Ryan
Photographie : Ruben Impens
Montage : Nico Leunen
Producteurs : Dede Gardner, Jeremy Kleiner et Brad Pitt
Sociétés de production : Plan B Entertainment, New Regency Pictures
Sociétés de distribution : Metropolitan Filmexport (France)
Genre : drame biographique
Durée : 112 minutes
Dates de sortie : 6 février 2019
ETATS UNIS – 2018