Bodyguard : une perle télévisuelle qui n’est pas là pour en enfiler

Les anglais nous ont offert deux choses en 2018 : une bonne dose de rire avec leur non-prophétique hymne « It’s Coming Home » pendant la Coupe du Monde, et une série haletante sur Netflix. La différence ? Leur équipe de football n’a pas terminé sur le podium, tandis que Bodyguard est une des 3 meilleures productions de l’année.

Mini-série ayant fait un carton plein en Angleterre en août dernier avec le meilleur lancement d’une œuvre dramatique à la télévision britannique depuis plus d’une décennie, l’œuvre de Jed Mercurio, le créateur de Lines Of Duty, a même conquis 11 millions de british pour son épisode final. Il n’aura fallu attendre qu’un mois pour voir débarquer Bodyguard sur Netflix France, le 24 Octobre 2018. Mais pourquoi tant de succès autour de cette série ? First of all, let me introduce you the topic “ ma’am “.

David Budd, vétéran de guerre d’Afghanistan, est désormais policier au Metropolitan Police Service de Londres en tant qu’agent de protection. Le 1er Octobre, alors que ses enfants et lui ont rendu visite à la mère de l’ancien militaire, il déjoue un attentat à la bombe dans un train en direction de Londres. Son sang-froid et son professionnalisme seront remarqués dans les plus hautes instances du pays, et lui feront obtenir une promotion : celle de la garde rapprochée de Julia Montague, figure politique montante, et Secrétaire d’État à l’Intérieur. Seulement, son ultra-conservatisme et son protectionnisme vont à l’encontre de ses convictions personnelles. Blessé et traumatisé par une guerre qui n’a que pour responsables les personnes qu’il doit désormais protéger, il va se retrouver en première ligne d’une tourmente politique sous fond d’état d’urgence…

Alors on pourra dire ce que l’on veut à propos de nos amis les rosbeefs : qu’ils ne savent pas cuisiner, qu’ils sont mauvais au foot, qu’ils voient autant le soleil que Dracula devant Netflix tout un hiver. S’il y a bien un truc qu’on ne pourra leur enlever, c’est la qualité de leurs productions télévisuelles. De The Terror à Peaky Blinders en passant par Utopia, on frôle très souvent les chefs d’œuvre ! Et Bodyguard rentre dans ce cercle-là. Ce cercle à deux faces. Car tout est question de dualité dans cette série, d’ascenseur émotionnel et d’évolutions scénaristiques sinusoïdales. Finalement, à y regarder de plus près, Bodyguard est comme un électrocardiogramme, et pendant le visionnage, de battre mon cœur ne s’est plus arrêté. (D’ailleurs, je veux pas te faire peur mais ma critique contient des spoilers, alors si t’as pas vu la série, je te conseille de revenir dans 6 heures quand tu l’auras vue, bisous bisous)

Threats are coming ma’am

Et on commence avec le premier point fort de cette série : ses personnages. Le personnage principal, David Budd, est incarné par Richard Madden (aka Robb Stark dans Game Of Thrones mesdemoiselles). La complexité de Mr. Budd est approfondie et donne carte blanche à l’acteur pour nous dévoiler tout son talent, probablement un rôle tremplin après Game Of Thrones mettant fin à son personnage à l’épisode 3 de la saison 9 (les vrais savent). Tantôt professionnel, carré et sérieux dans sa fonction, il devient un homme plus torturé, instable et impulsif dans la vie privée.

Cette dualité est la première fondation de cette série. Cette fonction de garde rapprochée fait écho à son passé militaire, ses blessures, physiques ou mentales, et font par ailleurs de chaque scène d’action dans laquelle il est impliqué un soldat, un soldat discipliné, procédurier et limite infaillible. Par contre, sa vie privée, c’est Bagdad. 

Une vie de couple qui fond comme neige au soleil, un rattachement militaire fraternel avec un groupe de vétérans composé d’un ancien de son escouade Andy Apsted (joué par Tom Brooke que l’on peut retrouver notamment dans le très bon Preacher). Un milieu social fragile et instable qui sera la genèse de sa perte de repères. Une sorte de Frank Castle avec un costume cravate et un accent so british qu’il sent même le fish and chips.

Ce n’est qu’à partir du milieu de l’épisode 2, appelons-le moment Budd Down, que l’on découvre la réelle profondeur du personnage de David Budd, une fois “ cantonné au travail de bureau “ suite à la tentative d’attaque au camion-bélier dans l’école de ses enfants. C’est dans sa vie privée qu’il va chercher un repère, Andy Apsted. Mais ce dernier, par une action individuelle, fera tomber ses convictions. David Budd est en PLS comme Harry Kane après le coup de sifflet final en demi-finale.  

Son repère n’aura pas été sa femme. D’ailleurs, qu’en est-il de sa vie de couple ? Il semblerait que depuis, Mademoiselle fréquente quelqu’un. Alors, comme toute âme perdue, David va chercher du réconfort dans les bras d’une autre, normal direz-vous. Seulement, quand on passe sa vie au boulot, le choix des possibilités se réduit. Comme après avoir demandé “ A t-il un procès au cul ? “ à une partie de Qui-est-ce édition limitée ‘Présidents de la République Française’.

Et c’est dans les bras de celle qui doit protéger (en soit, plus il est près, plus elle est protégée, donc il ne fait que son travail) qu’il trouvera un échappatoire à sa vie privée. Alors, très honnêtement, à part une petite connexion scénaristique par la suite et parce qu’on avait pas vu les fesses de Richard Madden à la télévision britannique depuis Game Of Thrones, cette romance a été, selon moi, aussi utile que le H dans Hawaï.  

À moins que ce point d’orgue n’ait été l’apogée de l’évolution dans l’intimité de Julia Montague. Froide, austère et autoritaire à la manière d’une Margaret Thatcher des grands soirs, de par sa fonction et ses convictions politiques, la relation qu’elle entretient au fil des épisodes avec son garde du corps s’adoucit, tantôt de l’empathie, tantôt de l’entraide. C’est justement cette seconde dualité entre femme ferme sur le public et plus adoucie et femme emphatique dans le privé, qui crée l’attachement au personnage. Tout est finalement question de dualité entre les personnages, c’est à en devenir schizophrène cette série.

T’es tendu David, t’es tendu !

Le trailer de la série est vraiment trop américanisé. Sérieusement, les scènes d’action nous font imaginer que la moitié de cette série est basée sur de l’action, avec des bolides à la Fast & Furious, des snipers à la Shooter Tireur d’Élite et des bombes distribuées comme des capotes aux Solidays.

Alors oui, Bodyguard n’est pas venu pour enfiler des perles et il y a de l’action. Mais il se fait aussi un malin plaisir à jouer avec nos nerfs comme Gepetto le fait avec le corps de Pinocchio. L’introduction de 20 minutes est là pour le confirmer et la dernière fois que j’ai vu quelqu’un si bien scotché à quelque chose, c’était dans un reportage VICE.

20 minutes de tension où l’on découvre déjà les forces et faiblesses de David Budd, qui se retrouve en pleine préparation d’un attentat à la bombe dans un train qui ramène ses deux enfants à la maison. Son professionnalisme, son calme et sa rapidité d’action contre la détresse d’une jeune femme, Nadia, portant une ceinture d’explosifs …. 20 minutes haletantes qui m’ont rappelé celles qui ont suivi le but de Samuel Umtiti lors de la demi-finale de Coupe du Monde France – Belgique où j’étais pas bien du tout.

C’est justement ce dosage entre scènes de tension, d’action et de thriller qui offre à Bodyguard une sacrée gueule. Dans ces moments de tension, rien n’est “ too much “ : la musique est aussi calibrée qu’un chef d’orchestre sous adderall, les plans nous permettent de ressentir les émotions des personnages et l’on est happé par le dénouement qui approche comme un esturgeon à la ligne d’un pêcheur californien.

Et les deux épisodes suivants resteront dans la même dynamique. Cette attente, cette anticipation, cette suspicion que l’on éprouve dans ses moments de rush intenses nous accrochent. Que ce soit dans l’épisode 2 lors de l’attaque au camion-bélier ou dans l’épisode 3 lors de l’attentat à la bombe au St Matthew’s College, le climat instauré est très réussi et j’aurais pu avoir bu 6 pintes avant, que je me serais retenu d’aller pisser.  

Néanmoins, cette dernière attaque, qui sera fatale, embarquera la série vers un autre tournant : une version plus thriller, politique avec ses enjeux, ses manipulations. Bref, ça va mettre des tacles à la gorge sévères au sein du gouvernement anglais.  

Y a-t’il un terroriste dans le gouvernement ? 

Dans Bodyguard, il est aussi question de pouvoir, de jeu de chaises musicales, de tacles entre politiques, avec des personnages qui montent en gamme. La jalousie, les doutes et les suspicions vont bon train et montrent bien les coulisses d’un gouvernement. Et encore une fois question de dualité. Tout ce carcan est aussi instable en interne qu’en externe, avec l’état d’urgence et la menace terroriste qui est en place.

Même s’il est parfois difficile de savoir qui est à quel poste, tant les personnages secondaires sont nombreux, cela n’enlève en rien l’attirance que nous procure Bodyguard pour ce méli-mélo d’intérêts personnels et de doutes pour chaque personnage, mêlant habillement le genre thriller et policier. 

Alors oui, tout était parfait, ficelé comme des bonnes paupiettes de mon pays, ce fut un met excellent, mais malheureusement, la fin de repas n’était pas à mon goût. “ Oh Bodyguard, oh Bodyguard, pas ça, pas ça, pas ça Bodyguard. Oh non pas ça, pas aujourd’hui, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait ! “. Il y avait du Thierry Gilardi qui résonnait dans ma tête à la fin de cette saison.

Car après 5 épisodes et demi, la dernière demi-heure a voulu aller trop vite, en supprimant certains éléments, comme la fuite du personnage principal qui prend aussi facilement la poudre d’escampette que Macron ne consomme celle de perlimpinpin. Bien que les coupables ont été trouvés, certaines réponses sont un peu bâclées. Le personnage de Nadia est finalement réintroduit pour nous proposer un twist venu de l’espace. De femme victime lobotomisée, elle passe de l’alter-ego féminin d’Oussama Ben Laden. Allez savoir pourquoi, peut-être la dualité de trop.

En conclusion, une série très forte visuellement, avec des scènes de tension marquantes comme l’on aura pas vues à la télévision depuis longtemps, un Richard Madden qui s’offre un rôle référence et les anglais qui signent, encore une fois, une œuvre de qualité indéniable.

Bodyguard : Bande-annonce

Bodyguard : Fiche technique

Créateurs : Jed Mercurio
Réalisation : Thomas Vincent, John Strickland
Scénario : Jed Mercurio
Interprétation : Richard Madden (David Budd), Sophie Rundle (Vicky Budd), Vincent Franklin (Mike Travis), Ash Tandon (Deepak Sharma), Gina McKee (Anne Sampson), Keeley Hawes (Julia Montague), Pippa Haywood (Lorraine Craddock), Stuart Bowman (Stephen Hunter-Dunn)
Image : John Lee
Musique : Ruth Barrett, Ruskin Willamson
Montage : Andrew McClelland, Steve Singleton
Direction Artistique : Steve Wright, Henry Jaworski
Décors : Annalisa Andriani
Costumes : Charlie Knight
Production : Eric Coulter, Simon Heath, Elizabeth Kilgarriff, Jed Mercurio, Priscilla Parish, Tina Pawlik, Roderick Seligman
Société de Production : World Productions
Genre : Crime, Drame, Thriller
Format : 1h
Diffusion : BBC One, Netflix

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