Accueil Blog Page 372

The Good Lord Bird, Bly Manor, World Beyond, The Undoing… : Que valent ces séries ?

Ce mois d’octobre fut très riche en nouvelles séries. Forcément, Halloween approchant, nous avons droit au fantômes à Bly Manor et aux zombies de World Beyond, un nouveau spin off de Walking Dead. Mais nous croisons aussi une Américaine qui s’installe dans la capitale française (Emily in Paris), une joueuse d’échecs (The Queen’s Gambit), une thérapeute fortunée à New York (The Undoing) et un abolitionniste aux méthodes radicales (The Good Lord Bird).

Emily in Paris – à regarder comme une parodie

Emily in Paris a fait beaucoup de bruit… Un bruit qui s’apparente plus à une cacophonie indignée qu’à un concert d’éloges. Le pilote annonce la couleur – rose bonbon – d’une série qui nous laisse perplexes. C’est dans une capitale française digne d’une publicité pour parfum de luxe que débarque Emily, Américaine insupportable qui semble avoir traversé l’Atlantique uniquement pour éduquer les rustres de Français qui, en contrepartie, la traitent de plouc !

Emily, constamment armée de son sourire à toute épreuve passe tout l’épisode à passer outre le mépris des Français, malpolis, un brin xénophobes et clairement pervers (pour les hommes) ou peau de vache (pour les femmes) en étant toujours volontaire face à ce peuple de fainéants – pardon, flâneurs. Surprenant comme la capitale a été idéalisée et les Français caricaturés…

Deux solutions s’offrent au spectateur français. La première consiste purement et simplement à abandonner le visionnage d’un programme de très mauvaise qualité. Les plus hardis continueront mais en voyant Emily in Paris comme une parodie, sous peine de s’indigner toutes les trois minutes face à l’étalage de clichés sur les Français qui les attend. Ils pourront alors rire franchement de cette surenchère qui confirme le ridicule des créateurs du programme.

Le célèbre Darren Star est justement aux commandes (Sex and the City, Beverly Hills 90210). S’il n’est pas connu pour son réalisme, il avait au moins le mérite de créer des héroïnes attachantes à qui il arrivait des malheurs, et c’est ici l’autre problème majeur d’Emily in Paris : Emily est tout bonnement horripilante ! Le jeu de la fille de Phil Collins est catastrophique, donnant vie à un personnage rappelant une poupée vivante, sourire de folle greffée au visage en permanence, aplomb sonnant faux et rappelant vaguement une jeune scout sous euphorisant… A certains moments, Lily Collins semble sortie d’un jeu-télé dans Requiem for a Dream, c’est dire !

Comment alors ne pas regarder cela comme une parodie ?

1

Sarah Anthony

Pour en savoir encore plus, voir notre critique complète d’Emily in Paris

The Queen’s Gambit : les échecs à l’honneur

Des séries sur l’ascension d’un prodige du sport, il en existe beaucoup. Mais lorsque le concept est décliné aux échecs, le catalogue devient tout de suite plus restreint, voire inexistant. Adapté d’un livre publié en 1983, The Queen’s Gambit est la nouvelle mini-série de Scott Frank, qui avait déjà produit Godless pour Netflix et revient donc avec ce concept qui a tout pour faire fuir. Mais qui captive furieusement.

Confiée à un orphelinat dans le Kentucky des années 1950, Elizabeth Harmon n’a que huit ans lorsqu’elle découvre par hasard cette discipline qui va très vite la fasciner et pour laquelle elle se révèle être un véritable prodige. Mais tout en dévoilant cet incroyable talent, elle développe une addiction aux tranquillisants, alors fournis par l’État comme sédatifs pour les enfants. Progressivement et alors qu’elle grandit, la drogue va prendre le pas sur son obsession pour les échecs.

N’ayez pas peur ! Il n’est pas nécessaire de s’y connaître en échec pour comprendre cette série, diablement efficace dans son exposition et sa capacité à rendre chaque partie captivante, que l’on comprenne ou non les règles de la discipline. Toutefois si vous êtes amateur d’échecs, vous apprécierez le respect du jeu et la cohérence de ces séquences où les personnages s’affrontent dans des parties totalement réalistes. De plus, les créateurs sont conscients que cette thématique peut décourager le spectateur, et font donc tout pour garder votre attention. Ne serait-ce que pour sa mise en scène détaillée, ses sublimes décors ou bien sa manière de traiter de problématiques comme l’addiction ou le place des femmes dans cette Amérique de début de guerre froide, The Queen’s Gambit vaut le coup d’œil.

On notera en revanche de ce pilote un principal défaut : à force de vouloir rendre certaines scènes d’échec visuellement intéressantes et y maintenir un suspens, la série frôle un peu trop souvent l’épique et l’aspect fictif du récit ressort alors un peu trop. Probablement un mal pour un bien au vu du succès que rencontre la série depuis sa sortie.

https://www.youtube.com/watch?v=CDrieqwSdgI

4

Thomas Gallon

The Haunting of Bly Manor : Plus qu’une histoire de fantôme, une histoire d’amour

Après The Haunting of Hill House, la série d’horreur à succès sortie sur Netflix en 2018, Mike Flannagan, revient avec The Haunting of Bly Manor. Une nouvelle histoire de fantômes, adaptée très librement du célèbre roman d’Henry James, Le Tour d’écrou. L’histoire d’une jeune fille au pair, Dani, embauchée pour s’occuper de deux jeunes orphelins, Miles et Flora, au sein d’un sombre manoir reculé renfermant d’étranges secrets et des dangers.

De nouveau, le réalisateur parvient à faire plus qu’une simple histoire de fantômes. Au fur et à mesure des épisodes, il insuffle tensions et horreur au sein des différentes couches d’histoires, mélangeant les points de vues et les time-lines pour en faire un véritable drame générationnel. Les fantômes, omniprésents mais silencieux, ne sont qu’un prétexte au final pour parler d’émotions et d’amour. Ce qui fonctionne autant dans cette série, c’est aussi les différents points de vues présentés, notamment celui des fantômes eux-mêmes.

On retrouve donc un casting très diversifié, avec ses acteurs fétiches de Hill House: Oliver Jackson Cohen dans le rôle de Peter Quint, Carla Gugino comme narratrice;dans le rôle de Dani, Victoria Pedretti, notamment connue dans YOU; mais aussi des acteurs british à suivre, dont Rahul Kohli dans le rôle d’Owen et T’Nia Miller dans le rôle d’Hannah Grose.

The Haunting of Bly Manor est une série parfaite à visionner pour les amateurs d’histoire dramatiques mêlées d’horreur. Mike Flannagan parvient dans cette adaptation à moderniser ce conte célèbre et à le rendre d’autant plus porté sur l’émotion.

5

https://www.youtube.com/watch?v=tykS7QfTWMQ

Céline Lacroix

The Good Lord Bird : la ballade de John Brown

Cette fiction historique se base sur le roman éponyme écrit par James McBride et publié en 2013. Les créateurs de la mini-série, Ethan Hawke (qui y joue également le rôle principal) et Mark Richard, ont eu l’heureuse idée de conserver le ton décalé de la source littéraire. Le carton d’introduction donne le ton : « All of this is true. Most of it happened. » (Tout ce qui suit est vrai. La plupart des événements se sont réellement produits). The Good Lord Bird (le titre se réfère au nom d’un oiseau, a priori fictionnel) retrace en effet des faits authentiques, mais en les réimaginant très librement. Comme dans le roman, l’histoire est racontée (en voix off) par Henry « Onion » Shackleford, un jeune esclave noir arraché à sa condition servile par une bande d’abolitionnistes sous les ordres de John Brown. Le parti pris créatif, humoristique et décalé totalement assumé par la série est une double réussite : d’une part, il sied parfaitement au sujet et fait honneur au roman, et d’autre part il désamorce tout risque de se fondre trop sérieusement dans le très actuel débat sur le statut des Noirs aux États-Unis, en traitant du « péché originel » de cette question brûlante que constitue l’esclavage.

Si le personnage de John Brown n’a pas été représenté davantage au cinéma et à la télévision, on ne peut l’expliquer que par son héritage qui demeure controversé jusqu’à nos jours. Car si l’on en fait abstraction, voilà un homme qui n’a même pas besoin d’être fictionnalisé ! Fervent croyant – il récitait volontiers la Bible par cœur –, abolitionniste fanatique et terroriste sanguinaire, celui qui se prétendait investi par Dieu de la mission d’éradiquer l’esclavage rassembla sous ses ordres un petit groupe de radicaux partageant son idéal. Considéré comme un militant presque hystérique et à moitié fou aussi bien par ses partisans que par ses ennemis, Brown joua un rôle non négligeable dans la crise du « Bleeding Kansas » (là où démarre la série) en 1855-1856, tentant d’infléchir par la force le vote populaire sur la légalité ou non de l’esclavage dans cet Etat nouvellement créé. Sa vie prit brusquement fin peu après la célèbre attaque d’un arsenal militaire à Harpers Ferry (Virginie), dont le but était de lancer une insurrection émancipatrice des esclaves noirs. L’attaque réussit mais peu d’esclaves se joignirent à lui, et la bande de Brown fut tuée ou arrêtée peu après ; Brown lui-même fut jugé rapidement et pendu. La légende de cet individu volcanique, cocktail de puritanisme forcené et du caractère révolutionnaire américain, veut que son action ait été à l’origine directe de la guerre de Sécession (1861-1865) qui, comme on le sait, déboucha notamment sur la réalisation de son rêve, l’abolition de l’esclavage.

Ethan Hawke s’est investi à fond dans la série et a manifestement pris beaucoup de plaisir à incarner Brown. Le moins qu’on puisse dire est qu’il frappera les esprits ! Rarement le comédien s’était laissé aller à tant d’intensité, vociférant en bavant dans sa barbe hirsute, les yeux exorbités, mi-utopiste mi-dément vivant au jour le jour et obéissant aux seules injonctions du Seigneur. Il est suivi bon gré mal gré par une bande de marginaux dans sa quête sincère mais suicidaire. Dans ce premier épisode très prometteur, l’équilibre entre références historiques et prise de distance est parfaitement géré. Le fait que le jeune narrateur soit d’emblée pris pour une fille et doive dorénavant porter une robe place le curseur au bon endroit, et toutes les séquences suivantes sont à l’avenant. Dans son interprétation de John Brown, Hawke magnétise et, à l’instar de la cour des miracles qui lui sert de disciples, entraîne l’auditeur dans sa folle aventure bucolique faite de fusillades et de prières interminables. Ce qui nous manque ? Peut-être un peu d’émotion pour ajouter de la profondeur à l’ensemble. Gageons que les prochains épisodes ajouteront cet ingrédient supplémentaire à une fiction bigarrée et assez jubilatoire.

https://www.youtube.com/watch?v=H-Tm63y-S4s

4

Thierry Dossogne

The Walking Dead: World Beyond : ah bon, ça parle de zombies ?

Alors que nous fêtons, pratiquement jour pour jour, le dixième anniversaire de The Walking Dead (le premier épisode fut diffusé le 31 octobre 2010), le moins que l’on puisse dire est que la série horrifique n’a, aujourd’hui, plus grand-chose en commun avec ses débuts. Dans l’esprit de la chaîne AMC, l’usure inévitable de cette fiction tirée de la série de comics de Robert Kirkman (lequel, ironiquement, mit un terme à sa création avant que son adaptation filmée, qui n’en finit pas de rebondir, n’en fasse de même), pouvait être surmontée via un procédé simple : la diversification. En quelques années, la série est ainsi devenue une franchise tentaculaire. A l’image des zombies qui en sont (étaient ?) le sujet, la mort de la série originale annoncée pour l’année prochaine (11e saison) ne correspond qu’au début d’une myriade de résurrections sous d’autres formes. Spin-off Fear the Walking Dead (déjà lancé en 2015, il a récemment entamé sa sixième saison), quatre webisodes, talkshow Talking Dead commentant chaque épisode en direct après sa diffusion, et on en oublie sans doute. Alors que pas moins de trois long-métrages (!) sont déjà annoncés, qui vont suivre les aventures de Rick Grimes (Andrew Lincoln), Michonne (Danai Gurira) et Jadis/Anne (Pollyanna McIntosh) après le départ du premier au cours de la neuvième saison de la série originale, c’est donc un nouveau spin-off qui est lancé aujourd’hui, World Beyond, et cela en principe pour deux saisons. L’exploitation du filon paraît sans fin, puisqu’un autre spin-off, centré cette fois sur les personnages de Daryl Dixon (Norman Reedus) et Carol Peletier (Melissa McBride), devrait voit le jour en 2023, et le mois dernier AMC a annoncé le développement d’une série anthologique (avec une histoire et des personnages différents dans chaque épisode) … A ce train-là, nos petits-enfants entendront encore parler de The Walking Dead !

Comme son nom l’indique, l’intrigue de World Beyond se concentre sur la jeune génération qui, si elle a connu l’apocalypse zombie, a grandi en sécurité derrière des murailles (cela ne nous paraît pas vraiment logique, mais passons). Nous sommes dix ans après le cataclysme, les deux jeunes héroïnes Iris (Aaliyah Royale) et Hope Bennett (Alexa Mansour) vivent seules depuis que leur scientifique de père a rejoint une nébuleuse « république civique » afin de contribuer à la recherche d’un remède au mal qui a mis fin au monde tel qu’on le connaissait. Iris et Hope vivent dans une des trois colonies humaines qui se sont organisées aux Etats-Unis. Elles vivent une vie presque « normale ». Toutefois, des messages codés envoyés par leur père leur apprenant qu’il est en danger, elles décident de quitter la sécurité de la colonie pour tenter de le rejoindre, à pied, à New York, en compagnie de deux autres jeunes compagnons. Un duo d’adultes qui les ont prises en charge en l’absence du père partent sur leurs traces pour mettre fin à cette aventure suicidaire…

Ah, nostalgie, quand tu nous tiens ! Elles sont loin, les premières saisons de The Walking Dead, marquées par des moyens modestes mais aussi et surtout par la tension d’une vraie fiction de survie, sans parler des hectolitres d’hémoglobine d’une mise en scène gore parfois franchement choquante. Au fil des saisons, la série s’est de plus en plus éloignée de l’ambiance des débuts, et a fini par se muer en un autre projet, concentré sur le mal inhérent de l’humanité au détriment des zombies, qui dans les saisons 7 et 8 furent réduits au rang de figurants, alors que le casting « humain » devenait pléthorique (et caricatural). World Beyond est en quelque sorte l’aboutissement de cette évolution. On a parfaitement compris la finalité de ce nouveau spin-off : en choisissant comme protagonistes des adolescents et en épousant leur point de vue, les créateurs ambitionnent d’élargir le public de la série à cette catégorie d’âge. Les morts-vivants ne sont alors plus qu’un prétexte justifiant l’exploitation de la franchise, alors que ce qui nous est donné à voir est nettement plus proche de « l’horreur familiale » d’un Steven Spielberg que de Dernier train pour Busan. Si besoin en était, les jeunes personnages très stéréotypés (la rondelette première de classe qui décide d’enfreindre les règles pour prendre son destin en mains, sa rebelle de sœur difficile à canaliser, le nerd de service et l’introverti-rejeté-qui-va-se-révéler-dans-l’adversité) ne font que confirmer ce positionnement. Quant à l’absence de la notion de survie, elle est ici complètement intégrée dans la prémisse ! Comprenons-nous : ce pilote n’est pas un naufrage. La réputation acquise par la franchise lui permet de proposer au spectateur un casting talentueux, une mise en scène soignée et une production importante. De peur au ventre, par contre, il n’est plus question depuis longtemps. World Beyond ne fera pas rentrer au bercail les fans de la première heure, c’est une certitude.

2.5

https://www.youtube.com/watch?v=CBkLu4spsW4

Thierry Dossogne

The Undoing : sous le vernis

Attention, affaire à suivre de près ! Basés sur le roman You Should Have Known de Jean Hanff Korelitz (2014), les six épisodes de cette mini-série HBO ont pour héros Grace (Nicole Kidman) et Jonathan Fraser (Hugh Grant), un couple de New-Yorkais aisés (elle est psychothérapeute, lui est oncologue), apparemment très complices, et leur fils adolescent Henry (Noah Jupe). Grace fait partie d’un comité de mères d’élèves du lycée privé très huppé que fréquente son fils. A la veille d’une vente aux enchères qu’il organise pour l’école – destinée à financer les frais de scolarité d’élèves issus de milieux plus modestes –, le comité accueille en son sein une nouvelle mère, Elena Alves (l’actrice italienne Matilda De Angelis). Celle-ci ne fait manifestement pas partie du même monde que ces bourgeoises superficielles, et tant sa beauté érotique que son comportement étrange interpellent Grace. Lorsque Elena est retrouvée brutalement assassinée, le lendemain de ladite vente aux enchères, notre héroïne découvrira peu à peu la vie secrète qu’entretient son époux…

La réalisation de toute la série a été confiée aux bons soins de la Danoise Susanne Bier (After the Wedding, Revenge, The Night Manager) et, dès le pilote, on perçoit clairement sa « patte » européenne. Ainsi, contrairement aux habitudes américaines, l’épisode prend tout son temps pour poser l’intrigue et installer un climat. A la fin, le spectateur restera avec encore beaucoup de questions en suspens. Cette subtilité convient parfaitement pour produire une atmosphère très particulière où le doute, l’angoisse et le malaise fissurent lentement le vernis d’un monde aux apparences trompeuses. Les différences de classe sociale sont visiblement un thème majeur de The Undoing, Bier dévoilant progressivement le milieu dans lequel évolue le couple Fraser, fait d’intérieurs luxueux, d’apparence physique toujours impeccable, d’événements qui puent le fric… et d’une hypocrisie sous-jacente, presque inconsciente. D’après ce qu’on peut en déduire de ce pilote, la critique sociale se veut nuancée, jamais insistante. En outre, la manière dont ce monde sans aspérités et ces personnages trop parfaits révèlent leur fragilité en étant confrontés au moindre élément étranger et instable, est particulièrement intéressante. Ainsi, Elena, avec sa sexualité provocatrice et son regard triste, est comme un astre qui, en venant s’y écraser, va faire éclater l’écorce d’un univers qui se verra forcé d’affronter ses démons refoulés.

Les interprètes principaux, Nicole Kidman et Hugh Grant, sont excellents, la première étant parfaite pour ce rôle, avec sa sophistication naturelle et son physique… peu naturel, et le second semblant prendre un plaisir communicatif dans son incarnation du charmeur à l’humour typiquement britannique dont on va découvrir la face sombre. Signalons également la présence d’Édgar Ramírez (Carlos, The Bourne Ultimatum, Zero Dark Thirty) dans le rôle d’un des policiers enquêtant sur le meurtre.

Rarement un pilote n’aura-t-il révélé aussi peu, tout en suscitant autant l’envie de découvrir la suite !  Il s’en dégage un fumet délicatement toxique, une sensation de mer calme dont les flots s’apprêtent à se déchaîner…

4

Thierry Dossogne

 

 

La trilogie de Koker, d’Abbas Kiarostami, en un coffret DVD

Il est fascinant de voir d’affilée les trois films qui constituent ce que l’on dénomme de nos jours la Trilogie Koker. Le travail accompli par le cinéaste iranien Abbas Kiarostami est ici extraordinaire : les trois films sont unis par tout un réseau aussi bien thématique qu’esthétique et même narratif, ce qui est d’autant plus formidable que cette trilogie s’est improvisée au fil du temps.

En effet, lorsque Abbas Kiarostami arrive pour la première fois à Koker, petit village du Nord de l’Iran, en 1987 pour réaliser Où est la maison de mon ami ?, il n’avait aucune idée d’une quelconque trilogie. Le film raconte l’aventure d’un petit garçon, Ahmad, qui doit parcourir la campagne et le village voisin, Poshteh, à la recherche de son petit camarade Mohammad. En effet, par distraction, il a pris le cahier de son camarade et celui-ci risque d’être exclu de l’école s’il n’a pas fait ses devoirs. Avec un naturel désarmant, Kiarostami nous livre ici, entre autre, une fable profonde sur la notion de responsabilité individuelle.

En 1990, un terrible tremblement de terre dévaste le Nord de L’Iran. Immédiatement, Kiarostami se rend sur les lieux, à la recherche des enfants qui tenaient les rôles principaux de Où est la maison de mon ami ? Dans un des bonus, le fils du cinéaste, Ahmad Kiarostami, affirme que le cinéaste a été tellement bouleversé par ce qu’il a vu là-bas, que sa vie en a été changée : lui qui avait jusque là une vision plutôt sombre et pessimiste de l’existence, a repris cette confiance en son prochain que l’on retrouvera désormais dans sa filmographie. Et la vie continue, deuxième partie de cette trilogie, racontera le périple d’un cinéaste qui revient sur les lieux de tournage de son film.

Enfin, un incident survenu entre deux figurants lors du tournage de Et la vie continue inspirera Kiarostami pour faire Au travers des oliviers, film qui raconte… le tournage de Et la vie continue. Ainsi, les trois films s’imbriquent les uns dans les autres pour former une trilogie improvisée mais aux liens très ténus.

Le premier lien est, bien entendu, le décor. Les trois films sont tournés dans la même région, dans les mêmes lieux. Kiarostami en profite pour donner une unité esthétique à ses films en créant entre eux tout un système de références : les chemins en Z le long des montagnes, les arbres, un berceau avec un bébé qui pleure, etc.
Cette unité se retrouve aussi dans la façon de faire ses films. Ainsi, le cinéaste fait appel à des acteurs non-professionnels, des personnes habitants les lieux du tournage. De même, les dialogues sont souvent improvisés : le cinéaste met les comédiens dans les conditions nécessaires pour entretenir des conversations qui ne sont pas forcément prévues au scénario. Une approche qui pourrait faire penser à celle du néoréalisme.

Et justement, c’est autour de la notion de réalisme que se noue l’unité de la trilogie de Koker. En effet, dès le premier film, le réalisme apparent semble se fissurer. A travers les trajets du petit Ahmad, on entre progressivement dans un monde de réalisme magique. Le film se rapproche des contes, dans lesquels un héros pur et innocent doit affronter plusieurs épreuves avant de réussir sa quête. Le paysage se déploie comme un véritable labyrinthe : le protagoniste doit faire marche arrière, prendre d’autres routes, chercher des indices (comme ce pantalon qui sèche sur un fil), etc.

Et la vie continue et Au travers des oliviers choisissent plutôt une réflexion sur le rapport entre cinéma et réalité. Là aussi, voir les films à la suite donne le sentiment d’une vertigineuse mise en abyme. Kiarostami s’inspire de son propre voyage pour le mettre en scène et en faire un film, puis du tournage de celui-ci pour en faire un autre. Kiarostami pose frontalement la question de la mise en scène de la réalité : il suffit de voir comment le petit vieux reproche au cinéaste de l’avoir vieilli exagérément…
Tout cela se mêle pour faire de cette trilogie de Koker une date essentielle du cinéma contemporain et un tournant dans la filmographie d’Abbas Kiarostami.

Outre l’intérêt qui réside dans le fait de pouvoir savourer ces trois films à la suite, le coffret que nous proposent les éditions Potemkine et MK2 nous offre des bonus passionnants. Chaque film est accompagné d’un commentaire d’Alain Bergala, qui analyse l’oeuvre, sa structure, son importance dans la filmographie de Kiarostami, et en raconte aussi la genèse. Ces entretiens sont brefs (entre 22 et 26 minutes) mais denses.

En plus, nous avons un montage court mais instructif de séquences des trois films, montage qui permet de voir ce fameux réseau esthétique qui unit la trilogie de Koker. Enfin, le coffret nous permet aussi de voir un entretien avec l’un des fils du cinéaste, Ahmad Kiarostami, qui, à travers ces trois films, dessine un portrait sensible de son père.
L’ensemble constitue un coffret incontournable.

trilogie-koker-abbas-kiarostami-sortie-dvd
Potemkine, MK2

Caractéristiques des DVD
Couleurs
Format de l’image : 1.66
Format de l’écran : 16/9 compatible 4/3
Son Dolby Digital Dual Mono
Version originale
Sous-titres français
Durée : 80 minutes + 91 minutes + 100 minutes
Compléments de programme
Les films vus par Alain Bergala (23 à 26 minutes)
Répétition et variation dans La Trilogie de Koker (3 minutes)
Entretien avec Ahmad Kiarostami (15 minutes)

 

Où est la maison de mon ami ? Extrait

https://www.youtube.com/watch?v=Z1A29hS4JhQ

Quand Hollywood se regarde à travers une caméra

0

C’est un thème qu’on a l’habitude de décliner sous toutes ses formes à Hollywood : le cinéma, ses arcanes, ses à-côtés, ses stars, ses petites mains. C’est moins pour célébrer leur art que pour en identifier les déviances que les cinéastes décident de le mettre en abîme et d’en démystifier les parties prenantes. Retour sur quelques films américains porteurs d’un regard clinique, sarcastique ou désenchanté sur le septième art.

Du Dictateur de Charlie Chaplin (1940) au Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma (2019), une scène a été immortalisée à toutes les époques et sous tous les angles : celle du peintre scrutant son modèle pour en dresser fidèlement le portrait. Tout est soudainement suspendu, plus rien n’existe à part le sujet que l’artiste a sous les yeux et dont il cherche à reproduire les traits avec minutie. Cette posture, c’est aussi celle du réalisateur de cinéma qui, dans une mise en abîme souvent vertigineuse, choisit de porter son regard – c’est-à-dire sa caméra – sur son artisanat et l’industrie qui le supporte. Il le fait directement (dans un film sur le cinéma tel que Boulevard du crépuscule), indirectement (par exemple dans un film sur le théâtre ou la magie tel qu’Ève ou Le Prestige) ou métaphoriquement (comme dans Jurassic Park où le passage de John Hammond d’un cirque de puces à un parc de dinosaures renvoie en seconde intention à l’ascension hollywoodienne de Steven Spielberg). À force de traîner leurs guêtres dans les studios, les cinéastes en ont extrait de quoi façonner leurs films. Le vedettariat et ses névroses mégalomaniaques, les producteurs et leurs actes de prédation, les séries B et leurs économies de bouts de chandelle ont donné lieu à des centaines de films, cliniques, caustiques ou parodiques, certains figurant parmi les plus marquants de leur époque.

À tout seigneur, tout honneur. Entre Boulevard du crépuscule (1950) et Fedora (1978), il s’est écoulé presque trente années. L’âge d’or dont le premier semble signifier le déclin est relégué aux oubliettes par le Nouvel Hollywood, dont les représentants ne sont autres que les « barbus » décrits dans le second, dont l’art consisterait à « filmer dans la rue avec une petite caméra ». Billy Wilder est à la manœuvre dans les deux films et leur parenté ne s’arrête pas là. Norma Desmond, l’héroïne de Boulevard du crépuscule, vit dans l’ombre d’une gloire passée. « Je suis belle. C’est le cinéma qui est devenu un monstre. » Elle reçoit des courriers faussement enthousiastes envoyés par son majordome et se repasse volontiers ses vieux succès. Elle a même commencé à travailler sur un nouveau script avec un scénariste qui, loin de croire en elle, est cependant heureux de se voir confortablement installé dans son manoir. Boulevard du crépuscule raconte l’impossibilité de faire son deuil du vedettariat. C’est un refus de vieillir, d’être moins désiré, de disparaître qui irrigue le long métrage. Il en sera de même dans Fedora, avec cette star has been fermement cramponnée à la célébrité. Hollywood ne se signale pas seulement à la faveur de ses comédiennes sur le retour : dans Boulevard du crépuscule comme dans The Artist ou Chantons sous la pluie, on voit poindre le passage douloureux du muet au parlant, mais aussi un système implacable où les indésirables s’évanouissent par l’indifférence – on ne rappelle Norma que pour lui emprunter sa voiture ; dans Fedora, c’est le cinéma classique qui exécute son chant du cygne.

Ed Wood (1994) est un autre cas intéressant. Le film de Tim Burton se fixe tout entier sur celui qui est considéré comme le pire réalisateur de l’histoire. Au-delà du personnage et de sa caractérisation (un marginal typiquement burtonien), on découvre par son entremise les arrière-cuisines des séries B américaines. Le Hollywood des années 1950 est en effet friand de faiseurs capables de tourner des films à petit budget dans l’urgence, en vue d’un retour sur investissement rapide et rémunérateur. La relation privilégiée qu’entretiennent Edward Wood et Béla Lugosi apparaît par ailleurs comme une allusion directe à la fascination qu’exerçaient sur Tim Burton les comédiens Vincent Price et Christopher Lee. Si Ed Wood est une satire, elle est affectueuse et présidée par la passion que Tim Burton voue au cinéma horrifique artisanal. Dans ses entretiens avec Mark Salisbury, le réalisateur de Beetlejuice et Batman confie : « Rien ne pouvait détourner Ed Wood de son désir de raconter une histoire, ni les câbles dans le champ ni les décors fauchés. C’est une forme assez tordue d’intégrité. » Il y admet également que Plan 9 from outer space est un film spécial, avec lequel il a grandi et qu’il apprécie malgré ses immenses et indiscutables défauts. Ed Wood est donc à la fois une critique des productions prédatrices, une façon de mettre en images les propres passions de son metteur en scène et un hommage sincère et amusé au cinéma artisanal, dont la logique est poussée à son paroxysme par l’intermédiaire d’un personnage-cinéaste réel mais improbable.

Ève, sorti la même année que Boulevard du crépuscule, en partage certains partis pris. Joseph L. Mankiewicz se penche sur le monde du théâtre – et, par extension, sur le milieu cinématographique. Le film progresse selon un double mouvement : pendant qu’une star vieillissante de Broadway se met à douter à propos de son couple et de sa carrière, une jeune et manœuvrière arriviste se prend à rêver des feux de la rampe. Dans cette histoire, Margo Channing est l’alter ego de Norma Desmond. Sur le déclin, bientôt pathétique de jalousie, elle voit en Ève une rivale aux armes mieux fourbies. Le jeunisme, l’obsession de la scène et de la gloire, les cérémonies et récompenses sans joie : tout est passé à la moulinette du film noir, du cynisme et du désenchantement. Ève a un appétit insatiable de succès. Elle décrira les applaudissements du public comme « une vague d’amour qui submerge la rampe et vous enveloppe ». Joseph L. Mankiewicz ne manque évidemment pas de décocher plusieurs flèches à l’endroit du monde du spectacle (en ce, y compris le cinéma) : les spectateurs de Broadway sont décrits comme « des mordus des autographes » et « des animaux vivant en bande », on dira d’un lit couvert des manteaux de fourrure des stars qu’il « ressemble à un tas d’animaux morts » et l’intérêt que les comédiennes portent aux scénaristes y apparaîtra pour le moins intéressé.

Dans Barton Fink (1991), John Turturro campe un homme de lettres fraîchement auréolé de succès, salué par la critique et bientôt débauché par les studios Capitol Pictures pour scénariser un film portant sur le monde du catch. Il se voit cantonné dans une chambre d’hôtel miteuse et exiguë, où son travail est parasité par le bruit, l’abattement et l’ennui. Ne parvenant à se départir du syndrome de la page blanche, il se sent en outre prisonnier d’un contrat au nom duquel on l’astreint à renoncer à tout ce qui fait l’essence de sa prose. Son producteur, l’hystérique et prétentieux Jack Lipnick, bat en brèche et cherche à infléchir le scénario qu’il lui présente, quitte à le vider de sa substance pour n’en faire qu’une pâle caricature se résumant à « un orphelin », « une romance » et « un ennemi ». Les frères Coen ne se font pas prier pour portraiturer un milieu du cinéma aux prétentions artistiques basses et aux aspirations financières hautes. Leur Hollywood des années 1940 se voit exclusivement animé par l’absurde et guidé par le lucre. On y emploie des auteurs aux prétentions soci(ét)ales pour bricoler une bouillie insipide sur le catch. On y réduit toute exigence artistique à sa portion congrue. Le tout dans l’espoir déshonorant d’appâter un public le plus large possible. Comme le souligne très justement Julie Assouly, maître de conférences en Civilisation américaine, dans L’Amérique des frères Coen : les personnages de Barton Fink « […] sont des archétypes, dont le rôle est de pointer du doigt un système pyramidal absurde et insensé […] ».

David Cronenberg s’est lui aussi essayé à la mise en abîme. Son Maps to the Stars fait de Hollywood une industrie de la névrose. Une starlette vaniteuse d’à peine treize ans y est caractérisée par un cynisme n’ayant d’égal que son insensibilité. Les usines à rêves hollywoodiennes y produisent à la chaîne des parvenus, des hypocrites et des dépravés. D’aucuns carburent aux stupéfiants et aux antidépresseurs. D’autres voient leurs excréments se marchander clandestinement. La démence est plurielle, collective, inexpiable. On va jusqu’à fanfaronner lâchement à la mort tragique d’un gamin. La solution prônée par David Cronenberg se trouve à même la jaquette du film : mettre feu à ce microcosme délirant.

Des films qui se regardent le nombril, il en existe des centaines. Abel Ferrara, Roger Altman, Quentin Tarantino, David Lynch, Woody Allen, Christopher Nolan ou Alejandro González Iñárritu auraient tout aussi bien pu être cités ici. Tous ont, d’une manière ou d’une autre, évoqué le septième art, ses illusions, la voracité de ses producteurs, le quotidien de ses petites mains ou ses rapports parfois embarrassants avec le public. C’est la tentation du peintre : portraiturer le modèle qu’il a sous les yeux.

Bonus : quand le cinéma parle du cinéma

« C’est formidable le cinéma. On voit des filles avec des robes. Le cinéma arrive et on voit leur cul… » – Le Mépris

« Le reste du temps il ne se passe rien, comme dans les films français. » – Mr. Nobody

« Depuis toujours, je me suis demandé comment ça pouvait bien être de l’autre côté de l’écran. » – La Rose pourpre du Caire

« – À votre avis, qu’est-ce qui est indispensable pour qu’un film ait du succès ?
–  Le cul.
–  Non, mieux que ça. Une star.
–  Ah, c’est ça ! J’ai l’impression que vous me prenez pour David Selznick. Je fais pas dans la super production, je fais dans la merde.
– Oui, et cette merde, si une star est d’accord pour marcher dedans, ça devient un
autre produit.
– Ouais, une merde avec une star. » – Ed Wood

« Ils me font marrer dans leurs films policiers : les bagnoles démarrent au quart de tour et ils sont toujours garés dans le bon sens ! » – Les Vécés étaient fermés de l’intérieur

La Trilogie de la vie de Pier Paolo Pasolini : le triptyque délirant en DVD/Blu-Ray chez Carlotta

Les trois films composant l’officieuse « trilogie de la vie » de Pasolini, à savoir Le Décaméron, Les Contes de Canterbury et Les Mille et Unes Nuits, s’offrent une remasterisation bien méritée grâce à Carlotta Films. De quoi revoir d’un œil neuf ce triptyque subversif et déroutant. Coffret disponible depuis le 12 octobre.

Avant de réaliser son film le plus célèbre, l’insoutenable Salò ou les 120 jours de Sodome, et deux ans après le déjà dégoûtant Porcherie, Pasolini réalise au début des années 70 une trilogie dite « de la vie » annonçant la subversion du premier et reprenant l’exploration des pulsions humaines les plus immondes du second. Les trois films ont la particularité d’être composés de sketches, sortes de contes pour adultes à la lisière de l’érotisme se vautrant volontiers dans la grivoiserie. Le Décaméron (1971) et Les Contes de Canterbury (1972) sont des comédies bien grasses pour lesquelles il faudra faire le deuil de la subtilité. Les Mille et Unes Nuits (1974), plus à part, penche davantage du côté du drame romantique. À travers ces trois visions littéralement « fabuleuses » du monde, ce sont trois cultures qui sont explorées : la culture populaire italienne des récits de Boccace, la culture populaire anglaise de ceux de Chaucer, et la culture populaire arabe.

Ninetto Davoli fera figure de tête de proue de ces trois films, accompagné d’autres visages connus, comme celui de Franco Citti par exemple, que l’on pouvait déjà voir dès le premier film de Pasolini, Accattone. C’est d’ailleurs aux côtés de Ninetto Davoli, au détour de trois entretiens, que cette édition DVD/Blu-Ray nous présente la Trilogie de la Vie et les méthodes de travail de Pasolini. De quoi en apprendre plus sur ce qui entoure ces films si particuliers, à la fois au sein de la filmographie de Pasolini, et dans l’histoire du cinéma italien lui-même.

Le Décaméron adapte les contes paillards de Boccace. C’était un film impensable à l’époque en Italie, très vulgaire et plein de nudité crue. Les acteurs eux-mêmes étaient souvent dubitatifs face aux risques qu’une telle proposition pouvait engendrer, en plus d’être bousculés dans leurs habitudes cinématographiques. Le film propose effectivement une façon inédite de représenter les corps féminins comme masculins. Il incarne un cinéma « nouveau » qui fut autant acclamé à sa sortie que censuré et interdit car jugé pornographique par certains.

Les Contes de Canterbury raconte plusieurs histoires grivoises dans l’Angleterre médiévale, d’après Chaucer. Pasolini s’est inspiré de Charlie Chaplin pour créer le personnage de Ninetto Davoli (Perkin), sorte de Charlot à l’italienne plongé dans une Angleterre moyenâgeuse totalement anachronique avec son personnage. Pour l’anecdote, la fille de Chaplin joue d’ailleurs dans le film, et paraît-il qu’elle fut éblouie par la performance de Davoli qui lui rappelait son père. Pour le reste, Pasolini est allé puiser dans les entrailles du folklore anglais, dans ses pratiques, son quotidien, son état d’esprit, et dans ce que toutes ces choses ont de plus outrancier et repoussant.

Les Mille et Unes Nuits, enfin, est un emboîtement de récits reprenant l’ancienne anthologie de l’œuvre littéraire éponyme. Là aussi Pasolini tourne avec des gens qu’il trouve sur place lors du tournage, fasciné par leurs visages abîmés, l’aridité de leurs corps, l’authenticité de leur rapport naïf à la caméra. On sent que Pasolini aurait presque préféré faire un documentaire sur ces gens dont les regards racontent à eux seuls quelque chose. On trouvera sur ce disque 22 minutes de scènes coupées, mises bout à bout sans piste audio (puisque tout était post-sychronisé et redoublé après le tournage) mais avec un accompagnement musical. Un supplément pour les curieux et les fans, car sans grand intérêt narratif tant il est impossible de savoir où ces scènes étaient censées aller ou ce qu’elles devaient raconter.

Les trois films souffrent de leur rythme, parfois de leur mauvais goût (que d’autres apprécieront sans doute), du jeu des acteurs presque tous non professionnels, mais sont de vraies réussites esthétiques, notamment grâce aux décors, aux costumes et aux paysages naturels souvent magnifiques, surtout dans Les Mille et Unes Nuits. Ils valent parce qu’ils ont été les premiers films aussi osés et grivois mis en lumière à ce point, jusqu’à être récompensés à Cannes. Aujourd’hui, en dehors de cet intérêt historique, et de l’intérêt légitime pour tout ce que Pasolini a touché de son talent, les films ont assez mal vieilli sur tous les points. Sauf concernant l’esthétique, donc, que cette édition restaurée rend plus belle que jamais.

En effet, l’image de l’édition Blu-Ray est superbe : d’une netteté jamais vue pour ces films – souvent conservés ou distribués en piètre qualité –, tout en étant très granuleuse, donnant à la photographie des impuretés qui vont parfaitement avec l’atmosphère de ces histoires médiévales tout aussi « impures » moralement.

Chaque Blu-Ray est composé du film, d’un entretien avec Ninetto Davoli, « l’ami pasolinien » (d’une dizaine de minutes pour chaque film), d’un diaporama de photos et de bandes-annonces. Les suppléments sont donc assez limités, mais pas inintéressants pour les curieux et amateurs d’anecdotes.

Contenu de l’édition :

  • Le Décaméron (1971 – Couleurs – 111 minutes)
  • Les Contes de Canterbury (1972 – Couleurs – 111 minutes)
  • Les Mille et Unes Nuits (1974 – Couleurs – 130 minutes)
  • 3 entretiens avec l’acteur Ninetto Davoli
  • 2 scènes coupées (Les Mille et Unes Nuits)
  • 3 diaporamas de photos
  • 3 bandes-annonces originales

Fiche technique :

Image : 1080/23.98p – Encodage AVC – Format 1.85 – Couleurs
Audio : Italien, Anglais, Français – DTS-HD MA 1.0
Sous-titres : Français
Durée totale des films : 352 minutes

India Song, l’œuvre maîtresse de Marguerite Duras, en DVD chez Tamasa

Une chose est certaine : plusieurs décennies après la mort de Marguerite Duras, son œuvre, aussi bien littéraire que cinématographique, continue de diviser. Certains crient au génie novateur et révolutionnaire, d’autres à l’imposture soporifique.
En matière de cinéma, India Song pourrait parfaitement cristalliser cette fracture, tant le film paraît encore être un de ces OVNI du 7ème art.

C’est d’abord dans sa narration que India Song révèle toute sa modernité. Marguerite Duras y met en place un système narratif unique. Le scénario présente pas moins de quatre narrateurs. Ces narrateurs sont tous anonymes : on entend leur récit en voix off, mais on ne verra jamais leur visage, on ne les connaîtra jamais. Leurs récits s’entremêlent et dessinent le portrait sensuel et sensible d’une jeune femme dans l’Inde coloniale. Les quatre narrateurs parlent de façon autonome : les récits sont indépendants les uns des autres, mais aussi indépendants des images. Ils tournent autour de cette femme d’ambassadeur, et c’est leur seul point commun.

Tout est fait pour établir une distance entre le spectateur et ces récits. Les narrateurs parlent avec une voix monocorde, comme perdus dans leurs pensées. Les récits sont parfois hésitants : certains narrateurs ne se souviennent pas très bien, d’autres se contredisent. Des digressions s’installent par moments. De plus, on nous annonce très vite que la personne dont on parle est déjà morte et enterrée : la distance temporelle par rapports aux événements instaure une distance émotionnelle aussi.

Enfin, les discours sont aussi séparés des images, comme si le son et l’image étaient désynchronisés. Dans India Song, Marguerite Duras instaure un autre narrateur, celui qui nous montre les images, et qui est tout aussi indépendant que les autres. Le film cumule donc plusieurs récits simultanément. Cela procure une impression paradoxale : une grande profondeur dans le système narratif, allié à une certaine superficialité de ce qui est raconté, étant donné que, finalement, les récits aboutissent à la conclusion que l’on ne sait pas grand chose sur cette femme et que la sensualité reste un mystère. Tout est fait pour nous laisser à l’extérieur des personnages, pour briser l’illusion du narrateur omniscient qui saurait tout sur ses personnages.

La mise en images contribue, elle aussi, à nous placer à l’extérieur de l’action, à nous en tenir à distance. Les acteurs sont inexpressifs, leurs mouvements sont tout sauf naturels, les cadrages restent éloignés, les dialogues sont, au mieux, inaudibles, voire majoritairement inexistants. C’est sans doute là que India Song divise le plus les spectateurs, les choix visuels de Duras étant pour le moins radicaux.

Cela n’empêche pas la cinéaste-romancière de nous donner des plans absolument superbes. Elle sait magnifiquement bien implanter une ambiance de colonialisme décadent. Le décor humide, l’insistance sur ces moindres détails significatifs qui révèlent une personnalité par d’infimes touches, le rapport à la nature : la mise en scène est très travaillée.

Revoir India Song de nos jours permet aussi de retrouver deux comédiens importants, Michael Lonsdale, décédé tout récemment, et Delphine Seyrig. Ecouter les propos tenus dans le bonus permet de mieux appréhender la fascination de Duras pour l’actrice de L’Année dernière à Marienbad.

Ce complément de programme est un entretien croisé entre quatre personnes ayant participé au film : Bruno Nuytten, qui en a fait la photographie : Benoît Jacquot, qui était alors assistant réalisateur ; la scripte Geneviève Dufour et le producteur Stéphane Tchalgadjieff ; leurs propos sont entrecoupés d’images d’archives de Duras ou de Delphine Seyrig. Ensemble, ils évoquent un tournage très élaboré. Ainsi, Jacquot mentionne deux films qui s’unissent pour donner India Song : le « film des voix » et le « film des corps ». Les quatre intervenants décrivent ainsi par le détail les méthodes personnelles employées par Marguerite Duras lors du tournage.
Le tout est complété par un livret qui reprend des propos de Marguerite Duras elle-même sur le film et ses personnages.

india-song-marguerite-duras-michael-lonsdale-delphine-seyrig-sortie-dvd
Tamasa

Caractéristiques DVD :
Version restaurée 2K
Couleur
16/9 1,66
120 minutes
Compléments de programme :
Regard, 47 minutes
Bande annonce
Livret de 16 pages

India Song : bande annonce

Emily in Paris : que feraient les Français sans Emily ?

Emily in Paris… qui n’en a pas entendu parler ces dernières semaines ? Lily Collins campe cette Américaine débarquant à Paris, au service marketing d’une agence de publicité, qui devra tant bien que mal (et plutôt mal) s’adapter à l’art de vivre à la française…
En dix épisodes, Netflix et Darren Star nous donnent à voir le plus gros étalage de clichés sur les Français depuis longtemps. Et pourtant, force est de constater que ça marche, la série est regardée. Est-elle, pour autant, de qualité ? Rien n’est moins sûr… Ce programme qui laisse perplexe suscite un amoncellement de questions.
Attention, critique au vitriol d’un programme passé sous filtre Instagram.

L’effet pub de luxe 

L’esthétique choisie pour Emily in Paris est l’effet pub de luxe, Paris oblige. Sur fond de musiques françaises inconnues, improbables et donnant l’impression que personne ne sait chanter en France, la capitale a été lessivée, en même temps qu’elle a été débarrassée de ses SDF, et mêmes de ses badauds ! Le budget mode de la série a-t-il englouti celui de la figuration ? Où sont passés les Français et les touristes qui devraient accompagner Emily, déambulant dans des rues vides, fleuries et exemptes de tout graffiti et papier par terre ?
De même, les Parisiens auraient-ils découvert le secret de la téléportation ? Point de métro ni de voitures : trafic inexistant. Cela dit, si la capitale est vide, personne n’a besoin de se déplacer ! L’explication doit se trouver là.
La seule exception à cet effet pub de luxe dans la capitale : les crottes de chien, propices à moquer la France, ornent les rues, attendant sournoisement que l’escarpin de luxe d’Emily vienne s’y enfoncer…

Emily… ou Mary Sue ? 

Le personnage d’Emily aussi a été nettoyé aux effets mode et Instagram. A tel point qu’on se demande pourquoi elle ne s’appelle pas Mary Sue ? Une Mary Sue est en effet un personnage de fiction trop parfait, au point d’en être irréel et horripilant : la définition d’Emily. Physiquement, la jeune demoiselle est belle, mince, dotée d’une longue chevelure brune, épaisse et brillante, et d’un sourire à toute épreuve.
Toujours griffée de la tête au pied – alors qu’elle n’a pas les moyens de se payer des cours particuliers de Français, car la maîtrise de la langue du pays dans lequel on s’installe est manifestement accessoire –, Emily semble insensible aux douleurs aux pieds et aux jambes lourdes (elle arpente Paris juchée sur des talons de dix centimètres sans le moindre problème).
Il faut dire que tout est facile pour la jeune Américaine, femme de la situation : elle gagne vingt-mille followers avec trois photos sans originalité, est retweetée par Brigitte Macron avec un bon mot comme on en voit des milliers et tous les hommes de nationalité française succombent à son charme. En fait, Emily ne fait rien de spécial mais les résultats sont toujours fabuleux, tandis qu’on ne voit pas travailler les Français. Pire : chaque fois qu’ils ont une idée, celle-ci est ridicule, voire offensante et Emily vient sauver la situation. A se demander comment la boîte tournait avant son arrivée….
Ce non effort, ce non réalisme, cette chance multipliée par un million, pour certains élus dont Emily fait partie, sont-ils symptomatiques de notre société où seule la chance nous sort du lot ? Au détriment des efforts et du talent, so vingtième siècle ?
En outre, le personnage est très mal écrit et aussi mal joué par la fille de Phil Collins : sa candeur est insupportable, elle accepte tout sans rien dire. Les Américains, peuple pro armes sont finalement des anges de douceur et de condescendance : c’est à chaque fois Emily qui tente gaillardement de faire la paix avec les méchants Français, qui à plusieurs reprises, passent pour de véritables enfants, éduqués par Dame Amérique ! Une séquence particulière choque : Emily dit nonchalemment à ses collègues de travail de sexe masculin qu’elle prendra un moment pour les éduquer sur le harcèlement sexuel, comme s’il était admis en France. Les Américains auraient-ils oublié de quel pays vient le mouvement #MeToo et où se trouve Hollywood ?

Des Français haïs et secrètement jalousés 

Venons-en aux Français, dont la représentation dans cette série n’est qu’un énième témoignage de la haine admirative que nous vouent les Américains. Car ce réflexe basique n’est-il pas le propre de l’humain ? N’avons-nous pas tous détestés ceux que nous jalousions en secret ? Constat frappant qui surgit à l’esprit au visionnage d’Emily in Paris : la série a été écrite avec un besoin viscéral de cracher sur les Français, qualifiés sans vergogne de « méchants », de surcroît par un personnage de nationalité chinoise – donc de passage comme Emily – et dépeints comme des pervers aux mœurs légères et machistes, pour les hommes, des peaux de vaches, désagréables et périmées (en termes sexuels, s’entend) pour les femmes non-jeunes (la patronne Sylvie, la boulangère, la fleuriste, la concierge, que de subtilités !). Notons que quel que soit leur sexe, les Français sont fumeurs et fainéants, mais ils se cachent derrière le mot « flâneur ».
Les acteurs français surjouent dans la méchanceté et la bêtise, rabrouant Emily à longueur de journée et la traitant de plouc, à l’exception des idylliques Gabriel et Camille (jeunes, beaux et blancs).
Devant un tel étalage de clichés, on ne peut que se demander pourquoi ? Pourquoi Darren Star et sa clique ont-ils eu un tel besoin de ridiculiser tout un peuple, qui doit pourtant les intéresser, condition sine qua non du choix de créer cette série à Paris ?

La culture et la langue françaises comme objets de divertissement 

Et force est de constater que la culture française en prend aussi pour son grade : entre le baise-main, la bise à outrance, le fromage, le vin et la poêle à frire non lavée, l’art de vivre à la française semble être le terreau fertile pour une caricature d’un mode de vie qui semble si exotique à ces (rustres d’) Américains.
Rien n’a été écarté, les scénaristes ont récupéré sans tri les moindres différences entre les modes de vies américain et français pour en tirer des moqueries sans finesse : l’inversion mois-jour dans les dates, le coq au vin (qui sonne comme le mot anglais cock), le mot collège qui aux Etats-Unis désigne l’université… Du haut niveau !
De la même manière, ceux qui déplorent les anglicismes dans notre langue, s’étrangleraient en constatant que la langue de Molière est utilisée à tort et à travers comme moyen de se différencier pour Emily. Notre langue est apparement autant une moquerie qu’un moyen d’être à la mode, mais le comble reste tout de même que même les Français n’en connaissent apparemment pas les règles de prononciation. Car en effet, si l’on peut tolérer qu’Emily fasse des erreurs, comment expliquer que des Français prononcent « Vaja-jeune » un produit s’écrivant « Vaga-jeune » ?!

Un contexte français qui sert d’intrigue à un scénario vide

Finalement, dès lors qu’on creuse sous cette épaisse couche d’adoration pour l’art de vivre français et cette autre couche de haine pour ses créateurs, à savoir le peuple français, un constat se fait jour dans notre esprit de téléspectateur indigné : il ne se passe rien. Cette série est vide. On suit une Emily qui déambule, sourire aux lèvres vingt-quatre heures sur vingt-quatre, dans ses beaux vêtements, dans cette belle ville, mais l’intrigue est inexistante. Amour, travail, vie personnelle : rien n’a de saveur ou d’intérêt.
Pire, rien n’est crédible et n’accroche le spectateur.
Mais qu’est-il arrivé à Darren Star qui créait des situations percutantes ? Carrie dans Sex and the City écrivait des articles intéressants et connaissait des échecs, Liza et Kelsey (Younger) sont attachantes et essuient des revers, il en va de même dans The Carrie Diaries, etc. Pourquoi Emily in Paris est une série à ce point ratée ? Parce qu’il fallait critiquer les Français à tout prix ? Parce que Darren Star n’avait rien à dire et avait simplement envie de créer un programme à Paris ?

Au final, on regardera cette série pour rire franchement, en pianotant négligemment sur son téléphone pour passer le temps. Emily in Paris a tout de la parodie et finalement, pourquoi ne pas prendre ce programme comme un compliment ? Nous fascinons, outre-Atlantique…
Tombons dans le piège qui nous est tendu, sautons-y à pieds joints et disons-le franchement : Darren Star, Emily in Paris ne peuvent pas nous comprendre… Ce ne sont que des ploucs ! 

Emily in Paris : bande-annonce

Fiche technique :

Créateur : Darren Star
Casting : Lily Collins, Lucas Bravo, Philippine Leroy-Beaulieu
Diffusé par : Netflix
Sortie : 2 octobre 2020
Version originale : anglais
Pays : Etats-Unis
Genre : comédie romantique
Saison : 1
Episodes : 10
Durée moyenne : 26 minutes

Last Seduction, de John Dahl : la femme et les pantins

John Dahl s’est surtout fait connaître au début des années 90 pour la trilogie Kill me again (1990), Red rock west (1992) et Last Seduction (1995). Trois films noirs qui eurent pour vertu de dépoussiérer le genre, renouvelant codes, décors et personnages. Last Seduction revisite ainsi le personnage de la femme fatale : une garce mémorable, parfaitement incarnée par Linda Fiorentino. Brillamment dialogué, salé à point et accompagné d’une bande originale immersive, Last Seduction fait l’objet d’une réédition par Elephant Films dans un combo blu-ray + DVD et DVD collector.

De New-York à Pétaouchnok

Contrairement à ce que semble annoncer le premier plan du film, Manhattan s’éveillant sur quelques notes jazzy, la ville n’est pas le décor choisi par John Dahl pour son intrigue. Fuyant New-York avec 700 000 dollars confisqués au nez et à la barbe de son mari indélicat, Bridget Gregory a comme première intention de filer incognito sur Chicago. Mais l’option est risquée car prévisible. Pourquoi donc choisir la capitale de la pègre où son époux, fort marri, a toutes les chances de la retrouver alors qu’il y a tant de trous paumés où se planquer ? L’executive woman jette alors son dévolu sur Beston, une bourgade qui ne compte qu’un unique bar. L’un des clients, Mike, tombe sous le charme de cette citadine sexy en diable. A ses risques et périls.

Salacité et immoralité

Mari trompé, amant abusé, femme manipulatrice, John Dahl ne cache pas ses sources d’inspiration. Il y a l’ombre de Barbara Stanwick (Assurance sur la mort) et de Sharon Stone (Basic Instinct) derrière le personnage de Bridget. De fait, la rupture avec les codes du film noir ne tient pas tant au changement de décor, le jour plutôt que la nuit, le patelin plutôt que la cité, mais bien dans le traitement d’archétypes à contre-emploi. Ainsi, la figure emblématique du privé se trouve particulièrement ridiculisée. Humiliée même. Et plus généralement, les hommes prennent cher dans un scénario qui les leur coupe. Exit le mâle assuré et rassurant, les Mike Hamer et les Sam Spade. Ici c’est madame qui pilote. Et il vaut mieux accrocher sa ceinture ! Pour autant, le film se démarque moins par l’érotisme émanant de son personnage principal que du fait de son audacieuse immoralité.

Reine noire

Il faut dire que Bridget n’entend ni se laisser cogner (son mari l’a frappée, elle se tire avec tout le blé), ni se voir refuser à boire sous prétexte qu’elle n’a pas demandé comme il faut. « Il faut sucer pour boire un verre ou quoi ? » assène-t-elle au barman ahuri. Et lorsque ce coquelet en rut de Mike lui annonce, en guise de présentation, être monté comme un âne, la fille de vérifier illico le vrai du faux d’une telle affirmation. A cet égard, Last Seduction n’a pas volé sa réputation de film noir féministe. Aussi radicale qu’en soit la démonstration. Cela tient en grande partie à la personnalité de Linda Fiorentino. A John Dahl qui s’inquiétait de la réputation sulfureuse de l’actrice sur les plateaux, elle répliqua  : « Ecoute, tu me fais jouer une salope sexy, alors t’étonne pas si ça tourne mal ! » Laissant le réalisateur subjugué.

A découvrir.

Bande-annonce :

Fiche technique :

    • Titre : Last Seduction
    • Titre original : The Last Seduction
    • Réalisation : John Dahl
    • Scénario : Steve Barancik
    • Chef opérateur : Jeff Jur
    • Montage : Eric L. Beason
    • Musique : Joseph Vitarelli
    • Producteur : Jonathan Shestack
    • Production : ITC
    • Distribution : October Films . AFMD
    • Pays : Etats-Unis
    • Durée : 110 min.
    • Sortie : 26 octobre 1994 (USA) – 10 mai 1995 (France)

Contenu

  • Coffret combo Blu-Ray + DVD.
  • Interview de David Mikanowski à propos du film
  • Making-of
  • Scènes coupées
  • Fin alternative
  • Bande-annonce originale
  • Crédits
Note des lecteurs0 Note
4

Chantons sous la pluie et le cinéma parlant : Une immersion dans une révolution

0

Chantons sous la pluie est une production cinématographique qui peut se targuer d’être entrée au panthéon des films les plus importants du cinéma. Cinquième du top de l’American Film Institute, bien loin devant La chevauchée Fantastique de John Ford, Psychose d’Alfred Hitchcock ou encore Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, elle est d’ailleurs la seule comédie musicale du top.

Travail de Stanley Donen et de Gene Kelly, le film raconte l’histoire de Don Lockwood interprété par Kelly, un acteur de films muets à Hollywood, qui tombe amoureux de la jeune actrice débutante Kathy Selden, interprétée par Debbie Reynolds, et le changement brutal entre le cinéma muet et le parlant lors de la sortie du Chanteur de jazz d’Alan Crosland en 1927. Nous y porterons intérêt aujourd’hui pour tenter d’explorer sa thématique : l’apparition du parlant et le changement qu’il a imposé à cette industrie.

Nous nous demanderons donc : Comment Chantons sous la pluie dépeint-il le changement brutal apporté par le parlant dans l’industrie du film ?

Afin de répondre à cette question, nous essaierons de faire un état des lieux du film muet et des changements techniques qu’il a apportés notamment au son et au dialogue. Puis, nous expliquerons les changements drastiques qu’a subi le marché des acteurs, ce qui fait que certaines vedettes sont montées et que d’autres ont décliné.

« Quand on en a vu un, on les a tous vus »

Dans le film, le parlant est dépeint tour à tour comme un changement extraordinaire, mais aussi comme une menace pour les studios d’Hollywood de l’époque.

Le cinéma muet connaît un grand boom depuis son invention, jusqu’à-ce-que cela devienne industriel. En effet, durant une séquence du film, nous voyons Don Lockwood et Cosmo Brown (Donald O’Connor) traverser les plateaux de cinéma, attestant de la portée industrielle de ce divertissement: ici un western, là une tribu de cannibales. Pour appuyer le côté répétitif et redondant de l’industrie, Cosmo Brown essaye de deviner le synopsis du futur film de Lockwood et Lamont (interprété par Jean Hagen), et Don de répliquer : « Que veux-tu, il faut bien vivre… ». À ce moment-là, Don a l’air las de son travail d’acteur du cinéma muet. Mais il n’y a pas que lui qui en est las ; Kathy Selden, qui représente sans doute l’opinion d’une certaine audience, critique le cinéma par cette réplique que Cosmo lui-même répète : « Quand on en a vu un, on les a tous vus. »

Cosmo Brown, dans « Make’em laugh », chante que ce qui attire les foules, c’est l’humour et le comique. À plus grande échelle, le genre du muet recyclait juste une recette vue et revue pour garantir des rentrées d’argent conséquentes aux studios. Et cela, grâce aux court-métrages comiques, bien que ce ne soit pas le seul genre tourné. La preuve en est le succès des films de Charlie Chaplin par exemple. Effectivement, plus tard lors de l’avant-première du Duelliste chevaleresque, le film est comique malgré lui. Aujourd’hui, il serait qualifié mutatis mutandis de « nanar ». Le jeune public est « conquis » et le moque pour ses répliques, tandis que les plus âgés sont ulcérés par un tel « navet ».

Les difficultés liées au son

Lors du tournage du Duelliste chevaleresque muet, le directeur des studios Monumental débarque et interrompt celui-ci. Il ferme les studios. Mais le spectateur comprend que des modifications seront effectuées pour s’adapter au marché. Contrairement à ce que les producteurs d’Hollywood ont supposé, Le chanteur de jazz est un succès monumental et le public demande plus de parlant. Nous voyons donc les métiers du son apparaître, et les difficultés qui vont de pair.

Par exemple, comment réaliser la prise de son ? Le réalisateur travaille en collaboration avec un ingénieur du son. Dans Chantons sous la pluie, Lina Lamont perd patience puisqu’on lui demande de parler dans le micro, mais soit cela rend la scène étrange en la faisant parler à une plante, soit on capte les battements de son cœur, puisque le micro a été cousu dans sa robe. La prise de son étant pénible et compliquée, les bruitages sont parfois beaucoup trop amplifiés, par exemple le petit coup d’éventail sensé être raffiné mais qui sonne comme un coup de matraque.

Par contre, il est dommage que l’utilisation de la perche, pourtant attestée dès 1928, n’apparaisse pas dans le film. En effet, c’est sur le tournage du film Les mendiants de la vie, de William A. Wellman (réalisateur du célèbre Buffalo Bill), que la perche a été inventée. C’est le second film parlant connu après Le chanteur de jazz. Le réalisateur souhaitait faire un traveling avec les acteurs, mais l’ingénieur du son lui indiqua que cela n’était pas possible et que les acteurs ne pouvaient pas être en mouvement. Par conséquent, Wellman aurait installé un micro sur un manche à balais en demandant à ce que l’individu reste en dehors du plan, et ainsi la prise de son a pu être réalisée.

L’adaptation des dialogues…

La difficulté suivante est le scénario et les dialogues. Le duelliste chevaleresque pâtit d’une écriture pauvre. Les dialogues sont trop lourds, comme l’atteste l’une des répliques de Don : « Impérieuse princesse de la nuit ». Cette réplique devient comique à cause de la voix de Lina et de son charisme.

Ce problème peut avoir pour origine le fait qu’on adaptait des œuvres littéraires en muet. Nous pouvons supposer qu’on aurait gardé ce genre de dialogue par défaut pour ne pas dénaturer l’œuvre d’un auteur par exemple. Par ailleurs, les films muets avaient peu de dialogues, et seules les répliques servant l’histoire étaient écrites. Donc, il est intéressant de voir que les films parlants ont dû choisir un style plus adapté à ce que serait un dialogue conventionnel entre individus, et s’éloigner de l’aspect théâtral ou littéraire.

Lamont (malheureusement) parle : la création du doublage d’après Chantons sous la pluie

L’échec du dernier duo de Lockwood et Lamont est un prétexte à la création du doublage. Il est décidé de tourner des scènes supplémentaires transformant le Duelliste chevaleresque en comédie musicale. Toutes les scènes sont re-tournées pour correspondre au genre de la comédie musicale, avec un protagoniste principal qui débute à Broadway. En réalité, le cinéma parlant a beaucoup de liens avec Broadway, surtout à sa naissance.

Lamont est doublée par Kathy, au chant comme dans les dialogues. Nous assistons d’ailleurs à une scène qui montre une différence notable (pour ne pas dire évidente) dans le jeu de rôle des deux jeunes femmes. Kathy transmet plus d’émotion et de sincérité à l’expression pourtant parfaite de Lamont.

L’une des plus belles chansons de la production est sans doute « Would you? » qui est censée représenter l’amour de Don et de Kathy. Dans la séquence, nous voyons Kathy Selden l’interpréter et Lina Lamont en faire du playback pour la scène. Mais dans la réalité, c’est bien Jean Hagen, interprète de Lina Lamont, qui double au chant la jeune Debbie Reynolds sur cette chanson, pour avoir une voix plus mature et adulte (avec le concours de Betty Noyes) Voici donc comment Chantons sous la pluie joue avec les techniques du son dont il décrit l’apparition pour mieux nous charmer et nous perdre!

Les autres usages du doublage

Le doublage reste un procédé essentiel dans l’industrie cinématographique pour traduire et distribuer les films dans les langues natives des pays consommateurs. Ainsi, il permet un accès massif à une œuvre. Chantons sous la pluie a aussi montré que ce procédé servait au scénario et même à la perfection esthétique d’un film.

En tant que technique, il est un outil qui peut poser une ambiance, il exacerbe le côté comique de cette comédie musicale par exemple. Ici, Jean Hagen bénéficie en effet d’une voix des plus désagréables grâce à un mixage de voix dans la version originale.

Mais dans L’exorciste de William Friedkin par exemple, il donne de la crédibilité au démon Pazuzu qui s’exprime à travers la petite Regan. Ce n’est pas la voix de Linda Blair qui est modifiée. La jeune actrice est doublée par l’actrice Mercedes McCambridge. Pour rendre cette impression si étrange et maléfique, en plus des ajouts de bruits d’animaux effectués par l’ingénieur du son, elle aurait mangé des œufs crus, fumé et bu de l’alcool de manière importante. Le résultat n’en est que plus effrayant, donc l’effet de terreur recherché est atteint.

Donc, le doublage est aussi une des « révolutions » saluées par le film, et est traité comme une révolution technique ayant sauvé une production d’une noyade plus que certaine. C’est aussi un procédé ayant permis de compléter l’esthétique du film.

 

Des acteurs destinés à monter

L’invention du parlant demande aux nouveaux acteurs plus de compétences que la simple beauté physique. Si nous comparons Kathy Selden à Lina Lamont, cette jeune première a déjà plus de qualifications pour le cinéma parlant. Elle est une très bonne actrice, dont les bases sont le théâtre de Shakespeare, et une excellente chanteuse. Mais elle est aussi une bonne danseuse. Kathy représente une génération d’actrices bien plus formées, accomplies et polyvalentes. Nous pouvons citer Rita Hayworth ou Joséphine Baker qui avaient ces trois compétences par exemple. Dans la réalité, avec la naissance du parlant, beaucoup de comédiens issus de Broadway ont été demandés, puisqu’ils pouvaient parler, chanter et danser.

Parmi les acteurs principaux, Gene Kelly lui-même et Donald O’Connor sont tous les deux des danseurs accomplis. O’Connor a grandi dans une famille d’artistes de cirque et de vaudeville. C’est non seulement un danseur mais aussi un acrobate. Gene Kelly est non seulement un danseur accompli mais il a aussi fait ses armes à Broadway dans diverses comédies musicales avant de se faire connaître. Par ailleurs, se dépasser est aussi ce qui est demandé à ces futures étoiles. Kelly était fiévreux lors du tournage de la fameuse scène sous la pluie « Singin’ in the rain« . Debbie Reynolds, elle, a fini les pieds en sang après le tournage des scènes de « Good mornin’ « .

Il n’est donc pas mal placé de dire que l’exigence artistique lors de l’introduction du parlant s’est encore accrue. Et certains ne survivront pas à ce changement.

 

S’adapter ou disparaître

Il est certain que Lina Lamont tombera dans l’oubli après la fin du cinéma muet et, comme elle, beaucoup d’acteurs et d’actrices du genre ont dû soit s’adapter, soit abandonner. Bien que les mots de M. Simpson, le producteur des studios Monumental, soient justes à l’égard de ce nouveau type de cinéma: « vous ferez ce que vous faisiez, vous n’aurez qu’à ajouter un texte à dire », cela n’est pas si facile. Il faut oublier les grands gestes et le surjeu issus du muet, mais aussi les façons de faire du théâtre et adopter une posture, une diction et une élocution plus naturelles, c’est un tout nouveau monde qui a dû être inventé. Le muet avait aussi son langage et ses codes.

Pour éviter de saboter leur carrière, certains artistes ont attendu que les techniques du parlant soient maîtrisées avant de sauter le pas. Greta Garbo, elle, a eu encore plus de succès dans le cinéma parlant. La promotion de son premier rôle parlant dans Anna Christie, sorti en 1930, s’est d’ailleurs appuyée sur le slogan « Garbo talks ». Gloria Swanson a eu plus de mal. Après une carrière mémorable dans le muet, elle a dû se retirer en 1934, sa carrière déclinant, mais elle renoua avec le succès grâce à Sunset Boulevard en 1950. Elle y interprète Norma Desmond, une actrice du muet tombée dans l’oubli.

D’autres en feront les frais, telle Norma Talmage, grande star du muet. Il semble que le fait que le parlant soit nouveau et que les techniques du son (ni même la direction du film…) ne soient pas maîtrisés, aient participé à sa chute. En effet, en interprétant son personnage de la comtesse Du Barry dans son dernier projet, Du Barry, Woman of Passion, sorti en 1930, avec une voix désagréable et peu adaptée (tiens tiens, aurait-elle inspiré Lina Lamont ?), elle semble s’être tiré une balle dans le pied. Bien que sa performance ait été correcte, cela n’a pas suffi à sauver sa carrière et elle disparut des écrans bien vite après cela.

Conclusion

Chantons sous la pluie a résumé ce qu’est le cinéma et le parlant lors de sa scène finale. Kathy est derrière le rideau, interprétant à la place de Lina « Singin’ in the rain« . Kathy représente tous les procédés techniques qui sont utilisés pour faire d’un film ce qu’il est, sa version finale. Elle est la scène, le plateau, les lumières, la prise de son, le doublage, toutes les techniques requises. Lina est la version finale, le visuel et le son du film.

La levée de rideau finale est la métaphore de la révolution du parlant, en même temps géniale et brutale. Celle-ci a ébranlé toute une industrie qui ne s’attendait pas à un tel changement. Elle n’a pas été graduelle, au contraire, ce fut un bouleversement majeur et sans précédent. Les studios ont dû rapidement s’équiper et se remettre au travail pour répondre à la nouvelle demande du public.

Il ouvre la voie à ceux dont les bases sont plus solides comme les chanteurs, comédiens de théâtre ou de Broadway. Ce remodelage des compétences a creusé un sillon entre ces nouveaux acteurs qui arrivaient sur le marché et ceux qui n’arrivaient pas à s’adapter à la prise de parole. D’autres ont renforcé leur réputation de monstres du cinéma; à l’instar de Greta Garbo ou Gloria Swanson.

Mais qu’en est-il d’un film muet aujourd’hui, en 2020?  Serait-ce pure folie, gageure artistique ? Ou grâce aux avancées cinématographiques actuelles, pourrions-nous avoir une histoire se passant de la parole ?

Sources pour rédiger cet article

Singin’ in the rain, dossier pédagogique, Céline Guillemin – Chantons sous la pluie, transmettre le cinéma – Singin’ in the rain, wikipédia, Boom Operator, wikipédia – Norma Talmage, wikipédia – Greta Garbo, wikipédia – Gloria Swanson, wikipédia – Norma Talmage, Greta De Groat, Université de Stanford, – L’Exorciste sur TCM Cinéma : l’histoire rocambolesque autour de la voix du démon, Laurent Schenck, Allocine

Crédit image: imdb

Ordesa, un film interactif de Nicolas Pelloile-Oudart : construire un plan

Arte, éditeur et coproducteur, et Cinétévé Experience, coproducteur, ont annoncé la sortie de leur film interactif Ordesa sur mobile, tablette et Apple TV. (au prix de 3,49€) L’occasion de goûter une expérience cinéma toute en délicatesse.

Synopsis: Deux ans après son départ, Lise est de retour dans la maison familiale. Mais les retrouvailles avec son père vont rapidement être troublées par l’apparition d’une présence…
Au cœur de la forêt, dans une maison hantée par un drame, à vous de révéler les secrets du passé.

Rappel: Inclinez votre appareil pour vous déplacer dans l’image mais gare à vos mouvements leurs conséquences pourraient vous échapper.

Rock and roll

Le temps d’un téléchargement, la bande son de ce film hybride embarque dès les premières secondes le spectateur dans des tonalités monotones. Quelques violons blasés, de grandes nappes : à la lisière du western désabusé, Lise revient avec son sac rencontrer un père hirsute qu’on a déjà rencontré juste avant elle, après un petit tour en forêt. Elle, est notre première vraie rencontre. Un chemin de terre, une ambiance sonore très finement tissée, apaisante, et les premiers balancements de l’écran, lui aussi embarqué dans cette histoire.

Le smartphone au casting

C’est assez troublant les premières secondes, il faut en effet se sensibiliser au balancement pour dessiner des panoramiques, afin de laisser finement un zoom se dessiner, lui seul responsable de l’avancée de l’Histoire, cassant les lignes d’horizon pour enchaîner avec la scène suivante. Un peu gauche au début, le spectateur devient presque un démiurge, celui qui décide quand aller regarder un bosquet, un tas de feuille ou un tableau en noir et blanc dans cette grande demeure paumée dans les bois, qui n’aurait pas déplu à Maurice Pialat.

Le dessin des autres

Le dispositif maîtrisé, les balancements de l’écran se feront plus délicats, plus fluides : on se surprend à se contenter intérieurement d’un beau panoramique qu’on a mené en harmonie, accompagnant avec fluidité la marche d’un acteur. Au casting, ils sont d’ailleurs impeccables dans cet exercice si particulier, charismatiques, délicats, eux aussi dans leurs interprétations pour mieux baliser un récit littéralement porté à deux mains. On s’imprègne de cette histoire aussi bien écrite par Nicolas Peufaillit, au générique en tant que scénariste des revenants, que mise en scène, dans l’écrin idéal ouvrant plus grands les yeux avides de découverte. Dans cette grande maison vide, un fantôme, des souvenirs, des éclats de club des cinq et autres aventures nous connectant tout autant que la découverte à une éternelle enfance.

L’image de soi

Le film interactif est peut-être en gestation, en développement ou en test, tous ces mots cassant la rêverie fugace d’Ordesa, mais il lève de belles questions. Qu’est ce qu’un point de vue au cinéma, qui suis-je, derrière l’écran, et pourquoi ? Et puis, aussi, qu’ai-je gagné à porter mes panoramiques à bout de bras ? Rien. Et tout à la fois.

Bande annonce : Ordesa

https://www.youtube.com/watch?v=MW17nz8LMCk&feature=emb_logo

Fiche technique

Avec Melissa Guers Et Carlo Brandt.
Un Film Interactif De Nicolas Pelloille-Oudart,
Ecrit Avec Nicolas Peufaillit (Un Prophète, Les Revenants).
Produit Par Cinétévé Experience, Edité Et Coproduit Par Arte, Chaîne Tv Et Numérique Culturelle Européenne. Avec Le Soutien Du Cnc, Ciclic – Région Centre Val De Loire, Région Provence-Alpes-Côtes D’azur, Région Occitanie, La Ville De Paris, La Procirep, L’angoa, La Sacem.

 

Park, de Sofia Exarchou : une jeunesse perdue dans une Grèce en ruines

En suivant un groupe d’enfants et d’adolescents dans les ruines du village olympique d’Athènes, la cinéaste grecque Sofia Exarchou signe Park, un premier film fort et sensible, à découvrir chez Tamasa.

Les bâtiments sont abandonnés, délabrés, au milieu de nulle part, comme des vaisseaux échoués. Et au milieu, une bande de gosses, ados ou pré-ados, naufragés d’une société qui en a fait des laissés-pour-compte.
Les bâtiments sont ceux de l’ancien village olympique des JO d’Athènes, en 2004. Construits à l’encontre du bon sens, sans le moindre aménagement urbain, ce lieu semble hors du temps et hors de l’espace. Impossible de reconnaître Athènes là-dedans. D’ailleurs, la Grèce montrée dans ce film est bien éloignée de celle des cartes postales. La pluie et la grisaille dominent, et les seules ruines visibles sont celles de la société grecque contemporaine ; des gosses fouillent dans des poubelles, et les rares touristes rencontrés offrent quelques scènes glauques et sombres, et ne représentent aucune une chance pour les protagonistes de Park.

Le premier long métrage de la cinéaste grecque Sofia Exarchou est bien sombre, et en même temps plein d’énergie. L’énergie de ces enfants perdus, dont on ne verra presque jamais les parents (nous ne rencontrons que la mère de Dimitris, mais elle ne tente en aucun cas de sauver son fils), une énergie qui s’exprime en danses, courses, cris, sauts, parfois des bastons, mais qui se heurte surtout à ces bâtiments inertes, morts.

L’une des plus grandes réussites de Park est de nous proposer à la fois un film social, de nous faire suivre de véritables personnages, profonds et complexes, et en même temps d’offrir un symbole fort de la société grecque actuelle. le symbole, c’est celui d’un pays qui voyait en ces Jeux Olympiques un espoir de développement rare et qui, dix ans plus tard, retrouve cet espoir en ruines. Le parallèle est facile entre une jeunesse abandonnée par les adultes, et un peuple abandonné par ses dirigeants; ce parc olympique est le symbole de cette perte d’espoir, de ce naufrage social dans lequel le pays s’enfonce toujours plus.

Park va donc suivre certains des personnages qui hantent ces lieux, en particulier Dimitris et Anna, une ancienne athlète qui, suite à diverses fractures, a dû abandonner la pratique sportive. Le film fait alterner des scènes de groupes, chaotiques, bruyantes, et des scènes plus intimistes, contemplatives, instants suspendus et muets. La présence d’un groupe ne parvient pas à masquer la solitude qu’affrontent ces jeunes : la cinéaste nous en montre un qui passe sa vie au bord d’une piscine, un autre qui fouille dans des poubelles. Comme si la vie était suspendue.

Park est aussi un film très corporel. Sofia Exarchou insiste sur les corps de ses personnages, des corps qui dansent ou se battent, des corps qui font l’amour, etc. Des corps aussi meurtris, blessés, comme en témoignent les cicatrices d’Anna ou les mains écorchées de Dimitris.
La caméra insiste sur ces détails, mais sans jamais se faire impudique. Sofia Exarchou est au plus proche des protagonistes de son film, et sa mise en scène cherche l’empathie : sa volonté est évidemment de nous faire partager les émotions de ces gamins.

Ce sont donc bel et bien les personnages qui sont au centre du film. Il n’y a pas, à proprement parler, d’histoire racontée dans Park : le scénario est elliptique, enchaînant des scènes immersives à la rencontre des émotions. Cela donne des séquences souvent sombres, parfois violentes, mais aussi des moments plus lumineux.
Park est un premier film réussi qui nous montre un autre visage de la Grèce.

Côté compléments de programme, outre la bande annonce, nous avons un making of d’une vingtaine de minutes qui donne avant tout la parole aux interprètes. Loin des propos habituels de ce genre de documentaire, nous n’avons pas ici un récit du tournage à proprement parler. Les acteurs ici s’expriment sur leur personnage, souvent en voix off, sur fond d’images extraites du film ou du tournage.

Ce making of complète remarquablement le film, puisqu’il reste dans la même ambiance et permet d’approfondir la psychologie des protagonistes.
Le tout est complété par un livret d’une quinzaine de pages constitué d’un entretien avec la réalisatrice. Elle explique la genèse du film, le choix des acteurs essentiellement amateurs (le seul professionnel connu est l’acteur danois Thomas Bo Larsen, habitué des films de Thomas Vinterberg) et les différentes thématiques psychologiques, sociales et politiques.

Caractéristiques du DVD :
Format 16/9 – 1,85
Couleur
Son Dolby
Version originale grecque
Sous-titres français
Durée : 97 minutes
Compléments de programme :
Our life in the Park, making of (20 minutes)
Film annonce
Livret de 20 pages

Park : bande annonce

Rebecca : l’ombre du passé

Nouvelle adaptation filmique du roman de Daphne du Maurier, distribuée par Netflix, Rebecca de Ben Wheatley est marquée par deux fantômes. Si le récit a évidemment pour sujet la résurgence d’un « passé qui ne passe pas », en la personne d’une épouse décédée à laquelle il est manifestement impossible de se mesurer, le film lui-même est écrasé par le spectre d’une référence indépassable. Nous parlons évidemment du classique du même nom réalisé par Alfred Hitchcock en 1940. La comparaison était hélas inévitable et, même si ce cru 2020 déploie quelques arguments intéressants et n’est en rien honteux, la conclusion demeure claire : marcher dans les pas d’un géant n’est pas donné à tout le monde. 

Si le roman de Du Maurier est brillant, c’est sans doute avant tout parce que son personnage le plus important, celui qui donne son nom à l’œuvre… en est absent. Rebecca est en effet l’épouse en tout point parfaite d’un aristocrate britannique, Maximilian (« Maxim ») de Winter, tragiquement décédée dans un accident de bateau près d’un an avant les faits relatés. En vacances à Monte-Carlo, Maxim rencontre par hasard l’héroïne dont, ironiquement, nous ne connaîtrons jamais le nom. La jeune ingénue est l’assistante personnelle d’une aristocrate américaine, Mrs Van Hopper. Le coup de foudre mutuel est suivi d’une demande en mariage précipitée par le sort, et Maxim de ramener sa nouvelle épouse dans son gigantesque manoir des Cornouailles appelé Manderley, véritable personnage à part entière. L’armée de domestiques y est dirigée par Mrs Danvers, gouvernante acariâtre qui va progressivement trahir une obsession malsaine pour Rebecca. Alors que l’héroïne est de plus en plus écrasée par le souvenir d’une défunte trop sophistiquée pour elle, perdue dans une demeure trop vaste pour elle, la découverte de secrets inavouables va lui permettre d’échapper au passé qui s’apprêtait à l’engloutir…

On ne présente plus le chef-d’œuvre cinématographique qu’en fit Alfred Hitchcock en 1940, avec Joan Fontaine et Laurence Olivier. La source littéraire semblait faite pour être adaptée par le maître du suspense, qui la sublima par une mise en scène magistrale, une interprétation inoubliable et un crescendo subtil dans la tension dramatique. Le film fut, à juste titre, nommé pour 11 Oscars, et en remporta deux, Meilleure Photographie et Meilleur Film (la seule récompense de ce genre dans toute la carrière d’Hitchcock !). Concédons donc au Britannique Ben Wheatley, dont la filmographie ne compte encore aucun titre majeur, de ne pas avoir eu froid aux yeux en se lançant dans un remake périlleux par définition.

Une fois admis le fait qu’il s’agissait probablement d’une mission impossible, le mystère demeure néanmoins : qu’a entrepris Wheatley pour imposer sa patte et ne fut-ce que tenter de faire oublier le prestigieux prédécesseur ? A vrai dire, pas grand-chose. Le film est en couleur, d’accord. Appuyé sur une plasticité par moments séduisante (Manderley, les paysages des Cornouailles), le filon gothique du roman de Du Maurier a été creusé plus franchement que dans le film de 1940 – qui n’en était pas exempt, mais assez subtilement. Le personnage littéralement fantomatique de Rebecca est ici aperçu dans une poignée de scènes, tel un spectre que l’on pourchasse et qui hante les lieux et les souvenirs des hommes. Ces scènes de rêves fiévreux et de réalité brouillée de l’héroïne (cyniquement connue sous le seul nom de « seconde Mrs De Winter », comme si elle n’était qu’une pâle copie de Rebecca) sont à peu près la seule innovation proposée par Ben Wheatley. La vaste majorité des autres séquences sont une reproduction de celles mises en scène par Hitchcock il y a 80 ans. Pas évident d’affirmer son identité, dans ces conditions…

En outre, les quelques « retouches » que le cinéaste se permet par rapport à l’œuvre d’Hitchcock sont souvent à l’avantage de ce dernier. Ainsi, la froideur toute aristocratique de Maxim et sa différence d’âge avec sa nouvelle fiancée ont été remplacées ici par une passion plus charnelle (du moins, au début) dans un couple qui se ressemble beaucoup trop. La méchanceté de Mrs Van Hopper a également remplacé l’hypocrisie et la jalousie plus conformes au statut social du personnage et aux mœurs de l’époque, dans la version de 1940. La manière dont l’héroïne mûrit et se montre enfin à la hauteur dans la dernière partie du film, sa solidarité avec son époux affaibli, paraissent ici trop brusques pour être convaincantes. Last but not least, les comédiens ont logiquement du mal à faire oublier les illustres interprètes de l’œuvre d’Hitchcock. Dans le rôle de Maxim de Winter jadis tenu par Laurence Olivier, Armie Hammer (Call Me by Your Name) ne s’en sort pas mal dans le premier tiers, mais perd ensuite tout intérêt dès que le couple pénètre dans Manderley. Quant à Lily James (Baby Driver, Cendrillon), comment pourrait-elle effacer de notre mémoire la merveilleuse Joan Fontaine dans le rôle de la nouvelle épouse candide et impressionnable, constamment rabaissée en raison de son inexpérience et de ses origines modestes ? Finalement, il n’y a que Kristin Scott Thomas, avec son visage anguleux et son regard de mante religieuse, qui convainc dans le rôle de l’inquiétante Mrs Danvers (rôle tenu en 1940 par l’excellente Judith Anderson), vieille fille engluée dans un deuil permanent et pathologique de son ancienne maîtresse et unique amie. Et encore l’actrice pâtit-elle d’une vision du rôle qui lorgne un peu trop vers l’horrifique…

Alors, à qui s’adresse ce film ? La jeune génération n’ayant jamais vu le chef-d’œuvre d’Hitchcock ne sera certes pas choquée par la comparaison, mais cette Rebecca version 2020, très convenue et sage, a-t-elle réellement des arguments pour attirer ce public ? Quant aux autres spectateurs, elle leur donnera surtout envie de revoir ce sommet du septième art. Après tout, ce n’est déjà pas si mal.

Synopsis : Une jeune assistante naïve d’une aristocrate rencontre le richissime Maxim de Winter lors d’un séjour à Monte-Carlo. Le coup de foudre est mutuel et le couple se marie rapidement. Une fois de retour à Manderley, l’imposant manoir de la famille de Winter dans les Cornouailles, l’héroïne est toutefois écrasée par le souvenir de Rebecca, la première épouse de son mari, tragiquement décédée dans un accident de bateau un an plus tôt. Celle-ci semble survivre surtout dans l’esprit de la gouvernante, Mrs Danvers…

Rebecca – Bande-annonce

Rebecca – Fiche technique

Réalisateur : Ben Wheatley
Scénario : Jane Goldman, Joe Shrapnel, Anna Waterhouse
Interprétation : Lily James (Mrs de Winter), Armie Hammer (Maxim de Winter), Kristin Scott Thomas (Mrs Danvers), Ann Dowd (Mrs Van Hopper), Sam Riley (Jack Favell), Tom Goodman-Hill (Frank Crawley)
Photographie : Laurie Rose
Montage : Jonathan Amos
Musique : Clint Mansell
Producteurs : Tim Bevan, Eric Fellner, Nira Park
Maisons de production : Working Title Films
Distribution : Netflix
Durée : 121 min.
Genre : Thriller/Romance
Date de sortie :  21 octobre 2020 (Netflix)
Royaume-Uni – 2020

Note des lecteurs0 Note
3

Miss de Ruben Alves : féminin plurielles

Note des lecteurs1 Note
3.5

Miss est un film parfois déstabilisant tant il met à mal les idées reçues sur la féminité ou plutôt la manière de la vivre. Le concours de Miss France est au cœur des préoccupations d’Alex alors même qu’être femme n’est pas encore chez lui un désir totalement avoué, mais plutôt une façon d’être plus fort. Un regard à la croisée des identités porté par une très belle interprétation mais perdu sur le chemin balisé de la comédie à la française.

Une femme fantastique

Miss, c’est d’abord Alexandre Wetter, l’interprète d’Alex. Son visage est une petite poésie à lui tout seul où passent de nombreuses émotions et surtout la volonté de réaliser un rêve d’enfant. Il la formule devant sa famille bancale faite de bric et de broc et ils sont prêts à le suivre en Alexandra, même pour de mauvaises raisons.  Il y a dans sa manière de passer du masculin au féminin, une simplicité qui rend hommage à ce désir (ou devrait-on dire le besoin) d’être soi autrement que dans le corps assigné à la naissance. Il n’y a ni outrance, ni grande mascarade, un peu comme dans Une femme fantastique qui racontait un destin transgenre plutôt simple, quotidien, sans grandes envolées. Ni la femme fantastique, ni la miss ne sont des militantes. Leur chemin de femmes est aussi un chemin de vie, un désir d’être soi, même dans des milieux inattendus, souvent malheureusement relégués à la marge. C’est d’abord ce que montre Miss dans un univers fantaisiste qui entoure le personnage principal. Mais c’est en rencontrant un ami d’enfance qui a, lui, réalisé son rêve, qu’Alex se rend compte que le sien n’est pas « allé jusqu’au bout du sien propre ».

A la croisée des mondes

C’est alors que commence un autre chemin, car le rêve d’enfant d’Alex n’était pas tant d’être femme que d’être Miss France. A l’heure où les uns veulent être pompiers, les autres stars, lui n’avait qu’une volonté : être ce que son genre l’empêchait précisément d’être. Et déjà ce rêve-là lui était défendu par ses camarades, pas par ses parents. Alex a été élevé dans l’idée qu’il pouvait être qui il voulait, qu’il suffisait de le vouloir. Or, Alex le sait, ce n’est pas si simple, autour de lui gravitent des êtres qui en voulant être ce qu’ils désirent, ont échoué. Le voilà donc lancé cependant dans ce concours improbable où le féminin est au service exclusif du regard. Il faut paraître, représenter une certaine idée de la féminité, quitte à s’y perdre en chemin. Le film rend toutes ces personnalités attachantes et plus femmes que jamais alors même que notre regard sur ces concours est souvent négatif. Temple de la femme-objet, le show de TF1 ne laisse que peu de place pour « devenir quelqu’un ». C’est pourtant le rêve d’Alex. Celui qu’elle formule en passant les castings et qui la fait taper dans l’œil de celle qui décide un peu tout, mais que l’on tente de mettre sur la touche. Peu à peu, ces deux femmes vont se construire et se déconstruire en parallèle.

Être une femme de son époque

Alexandra se déguise (le mot paraît cependant insultant mais c’est bien ce qu’exige le concours, un déguisement), se transforme en femme sous l’œil des caméras sans jamais être démasquée comme homme. On se croirait du côté de Laure/Mickaël qui dans Tomboy faisait la transformation inverse. Qu’il est simple en apparence de changer d’identité sans dommage. Or, se cacher n’est pas une solution viable. Et puis, c’est quoi être une femme véritablement ? Aucune réponse n’est apportée puisque le film suggère avec beaucoup d’intelligence, que les réponses sont multiples. Preuve en est quand Alex marche dans la rue, perdue, et que la voix de Clara Luciani s’élève. La chanteuse interprète « Drôle d’époque », une chanson qui questionne, elle aussi, le regard porté sur le féminin « tantôt mère nourricière, tantôt putain vulgaire »… Comme si depuis La maman et la putain, rien n’avait changé. Et pourtant si, tout bouge dans nos représentations, avec cette voix et cette image d’une femme qui avance malgré tout, malgré les questions, la peur de ne jamais devenir quelqu’un…

Miss est un film parfois bouleversant et audacieux mais dont le propos se trouve malheureusement noyé dans le canevas de la comédie à la française. Ce canevas est trop prévisible et consensuel. Il aurait fallu pour le film opérer la même révolution qu’Alex opère dans sa vie. Dommage, l’idée était originale à travers une idée préconçue de la féminité que d’en faire éclore une, hors norme. Il y a pourtant un panache à la Almodovar quand Alex est sur scène, un truc à la Agrado dans Tout sur ma mère, un truc qui dit « je ne suis peut-être pas une femme, mais je suis plus fort en femme ». Telle Laure qui le temps d’un été a été un garçon comme les autres, un super grand-frère, Alex sera une voix et un corps regardés par des millions de gens qui disent à un autre homme combien son regard a tout faux. Rien que ça, c’est un beau et grand moment de cinéma.

Bande annonce : Miss

Fiche technique : Miss

Synopsis : Alex, petit garçon gracieux de 9 ans qui navigue joyeusement entre les genres, a un rêve : être un jour élu Miss France. 15 ans plus tard, Alex a perdu ses parents et sa confiance en lui et stagne dans une vie monotone. Une rencontre imprévue va réveiller ce rêve oublié. Alex décide alors de concourir à Miss France en cachant son identité de garçon. Beauté, excellence, camaraderie… Au gré des étapes d’un concours sans merci, aidé par une famille de cœur haute en couleurs, Alex va partir à la conquête du titre, de sa féminité et surtout, de lui-même. 

Réalisation : Ruben Alves
Interprètes : Alexandre Wetter, Pascale Arbillot, Isabelle Nanty,  Thuibault de Montalembert, Stéfi Celma, Quentin Faure, Moussa Mansaly, Hedi Bouchenafa, Baya Rehaz
Scénario : Ruben Alves, Elodie Namer
Photographie : Renaud Chassaing
Montage : Valérie Deseine
Sociétés de production : Chapka Films, Zazi Films, France 2 Cinéma, Marvelous Productions, Belga Productions
Distributeur : Warer Bros, France
Genre : Comédie
Durée : 107 minutes
Date de sortie : 21octobre 2020

France – 2020