The Terror : Quand l’espoir est enterré 6 pieds sous glace

Des rouflaquettes, un froid de canard et « quelque chose » qui donne la chair de poule à 129 marins, c’est The Terror, c’est la dernière mini-série AMC, et c’est glaçant !

Les mini-séries ont le vent en poupe en ce moment, et je me positionne à la proue de ma télé pour les visionner. Après la descente aux enfers que propose HBO avec The Night Of en 8 épisodes, l’histoire de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy couplé de science-fiction racontée dans 11.22.63 par Hulu ou encore l’adaptation du roman d’Agatha Christie And Then There Were None par la BBC One, les chaînes télévisées nous proposent de plus en plus de formats raccourcis, à consommer d’une traite comme un film de plusieurs heures pour les  » binge-watchers  » avertis (attention à ne pas gonfler suite à une hyperconsommation de pop-corn), ou épisodiquement pour celles et ceux qui préfèrent  » leur petit épisode du Dimanche soir avec son chat et sa Häagen-Dazs « . Et cela faisait déjà plusieurs mois que la production AMC me faisait du pied à coups de trailers mystérieux et un casting qui jouait clairement sur mon attrait pour le talent de certains acteurs britanniques.

Maintenant, ouvrez vos cahiers d’histoire à la page 1845. Cette année-là, la Royal Navy lance l’expédition Franklin, composée du HMS Erebus et du HMS Terror, deux navires britanniques à la pointe de la technologie, dans l’optique de partir à la découverte de l’Arctique et s’offrir un raccourci vers l’Asie en empruntant le passage du Nord-Ouest, dans l’archipel Canadien. L’instant culture continue. En 2007 est publié Terror, de Dan Simmons, qui récupère les faits de cette expédition en y ajoutant une dimension fantastique. Donc la série est une adaptation d’un bouquin qui s’est inspiré d’une histoire vraie pour en faire un livre fantastique, vous me suivez ?

N’ayant pas [encore] lu l’oeuvre littéraire, vous dire que l’adaptation est réussie serait totalement hypocrite de ma part, mais ne pas souligner la qualité de cette série le serait tout aussi.

American Money, British Qualität

Si vous êtes un converti aux productions outre-Atlantique, alors vous retrouverez avec plaisir un casting so british comme on les aime : on retrouvera notre leader des sauvageons, Mance Rayder de Game Of Thrones, interprété par Ciaran Hinds (Qui, visiblement, a un point commun avec Leonardo Di Caprio, celui de prendre un malin plaisir à jouer des rôles dans des températures à vous geler les sourcils), Edmure Tully de la même série joué par Tobias Menzies sous le rôle du capitaine James Fitzjames, le capitaine Francis Crozier sous les traits de Jared Harris, qui a notamment joué le roi Georges V dans la production Netflix The Crown, ou encore Paul Ready qui joue quant à lui le rôle de Henry Goodsir, un anatomiste (À croire que faire mumuse avec des cuillères dans Utopia lui aura offert une crédibilité en tant qu’expert du corps humain).

Que dire de son univers à part que c’est une merveille ? L’ambiance polaire dans laquelle nous sommes plongés est totalement convaincante, l’étalonnage vous donnera envie de regarder cette série sous 3 plaids en plein mois d’Août (avec votre Häagen-Dazs si vous le voulez), la photographie nous offre des plans de très grande qualité, avec des horizons infinis de glace pendant les mois d’ensoleillement, et une noirceur glaciale teintée d’aurores boréales pendant les très longs mois d’obscurité. AMC a sorti le chéquier et ça nous change des fonds verts de The Walking Dead. Il en est de même pour les scènes d’intérieur, que ce soit sur les bateaux ou lors des flash-backs, qui ne sont pas sans rappeler les décors d’une autre mini-série de grande qualité : Taboo.

Pour les amoureux du genre, vous trouverez cette ambiance quelque peu similaire à celle d’Alien, puisque Ridley Scott est aussi à la production (Qui s’est fait un petit kif perso avec une référence à la mythique scène de la mort de John Hurt dans le premier épisode), où la nature confine un groupe d’humains dans un huis-clos aussi oppressant physiquement que psychologiquement. À défaut d’Alien, où l’espoir reste de mise pour les (quelques) membres de l’équipage, il n’en est donné aucun au téléspectateur de la mini-série AMC. The Terror coupe court à tout suspens d’entrée de jeu en nous révélant dès la première scène le destin de l’équipage de l’Erebus et du Terror. Ainsi, les 10 épisodes ne deviennent alors plus que le récit héroïque et historique d’hommes livrés à eux-mêmes, en pâture à une nature impitoyable, et à une « chose » mystérieuse.  Attachez-vous à quelques personnages et priez donc pour qu’ils disparaissent en dernier, à croire que Georges R. R. Martin s’est incrusté en catimini dans l’équipe de scénaristes.

C’est inouï ces inuits

Serie-The-Terror-AMC-Saison-1-Critique-Johnny-Issaluk

« Venu des chamans, celui qui mange sur deux et quatre pattes, il est fait de muscles et de sortilèges », voilà comment nous est décrit, de manière poétique et mystique Tuunbaq dans les premiers instants de la série. Inspirée de la mythologie inuite et tout droit sortie de l’imaginaire de Simmons, il faudra un certain laps de temps afin de matérialiser, autant sur un aspect physique que conceptuel, cette entité  » d’esprit tueur « . Les quelques éléments épars de description que nous offrent les habitants de l’Alaska au fil des épisodes font travailler notre imagination et nous font entrer dans cette culture autochtone primitive, en implantant dans notre tête, à la manière d’Inception, cette idée que ce monstre né lors d’une guerre entre les dieux Inuits est la menace première pour l’équipage isolé du monde. Sa présence aux abords des deux navires est certes menaçante, et est un pilier indissociable de l’intrigue d’épouvante, mais un lien étrange est établi avec la population des Inuits Netsilik. Ce peuple, aussi appelé Netsilikmiut, est, au passage de quelques scènes, décrit comme en symbiose et respectueux de leur glacial environnement et offrant, avec notamment une scène haletante dans l’épisode 7. Les acteurs groenlandais (Nive Nielsen, Johnny Issaluk, …) subliment leur culture de par leurs rôles et on a presque envie de prendre une année sabbatique pour aller chez eux apprendre l’Inuktitut. (Jaikak siqiiruk, voilà, vous venez déjà d’apprendre à dire  » Remonte la fermeture éclair de ta veste. »)

Homo homini lupus est

La première menace pour la survie des marins ne serait-elle pas eux-mêmes ? L’idée d’être bloqué sur la banquise avec des températures qui feraient bégayer Évelyne Dhéliat n’enchanterait personne évidemment, encore moins les femmes des membres de l’équipage qui se prêtent à l’exercice et ne tiennent que deux minutes les pieds nus dans la neige. Les divergences de points de vue entre les figures autoritaires, le refus de l’autorité, la désobéissance et la mutinerie (bien que violemment réprimandée, notamment pour le sosie de Littlefinger, qui eut du mal à profiter du confort d’une chaise pendant un long moment), la folie pure, les actes de suicide, le cannibalisme, nous faisons face à une pléthore de situations où l’être humain vrille complètement. Une idylle d’expérience sociologique pour les scientifiques les plus sadiques, qui ajoute un caractère d’instabilité à un milieu déjà fragilisé, sublimé par la performance des acteurs. Une folie qui peut aisément se comprendre par la présence proche de Tuunbaq, mais aussi d’éléments consumant à petits feux le moral et l’espoir des troupes, comme la maladie (Le scorbut, une maladie due à une carence en Vitamine C, qui a longtemps été une problématique sanitaire majeure dans le milieu maritime), l’hypothermie ou  même la consommation de plomb (Cela peut s’avérer être étrange de prime abord mais le fait est véridique).

En résumé, The Terror est une série qui aime prendre son temps, comme les retraités au supermarché le lundi matin, donc si vous cherchez de l’action à tire-larigot, passez votre chemin et attendez le prochain Fast & Furious ou The Expendables. Malgré quelques lenteurs qui permettent de développer les personnages, l’ennui n’est pas au rendez-vous, d’autant plus qu’elles ne rendent les scènes de tension que plus prenantes, dans un univers très soigné et pouvant même être considéré comme un personnage à part entière. Les scénaristes n’ont pas hésité à prendre quelques risques, ce qui se ressent dans la dynamique, et c’est très agréable d’être surpris dans ce genre d’intrigue. Une mini-série de qualité donc, qui ne se précipite pas et donne lieu à des personnages complexes et intéressants, dans un milieu oppressant qui vous donnera envie de réserver vos prochaines vacances dans un igloo au Groenland (Privilégiez l’avion, évitez le bateau).

The Terror : Bande-annonce

The Terror : Fiche technique

Créateurs : Soo Hugh, David Kajganich
Réalisation : Tiem Mielants, Edward Berger, Sergio Mimica-Gezzan
Scénario : Andres Fischer-Centeno, David Kajganich, Josh Parkinson, Dan Simmons, Vinnie Wilhelm, Soo Hugh, Gina Welch
Intérprétation : Jared Harris (Francis Crozier), Tobias Menzies (James Fitzjames), Paul Ready (Harry Goodsir), Adam Nagaitis (Cornelius Hickey), Ian Hart (Thomas Blanky), Nive Nielsen (Lady Silence), Ciaran Hinds (John Franklin)
Image : Frank van den Eeden, Kolja Brandt, Florian Hoffmeister
Musique : Marcus Fjellström
Montage : Tim Murrell, Daniel Greenway, Anrew MacRitchie
Direction Artistique : Matthew Hywel-Davies, Géza Kerti, Attila Digi Kövari, Kriztina Szilagyi
Décors : Kevin Downey
Costumes : Annie Symons
Production : Soo Hugh, David Kajganich, Ridley Scott, Robyn-Alain Feldman
Société de Production : AMC, Scott Free Productions, Entertainment 360, EMJAG Productions
Genre : Épouvante – Thriller – Histoire – Drame
Format : 45 minutes (56 minutes pour l’épisode 9 et 54 pour le final)
Diffusion : Amazon Prime Video

Festival

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