Colère sur pellicule : Black Mamba, la lionne enragée de Kill Bill

En avril, LeMagduciné dresse le portrait de personnages qui ont marqué le cinéma en incarnant une émotion vive, à l’état brut. La chasse vengeresse à laquelle s’adonne Black Mamba dans Kill Bill illustre de façon frappante l’expression de la colère, dans une lutte sanguinaire et acharnée au corps à corps, poings dressés, sabres tirés.

Un regard de tueuse, la rage d’une lionne, le nom d’un serpent à la piqûre mortelle… La plus célèbre héroïne de Quentin Tarantino personnifie la colère par un plat qui se mange froid, ou plutôt saignant : un désir insatiable de vengeance. Celui-ci ne s’assouvit  qu’au terme d’une quête périlleuse, parfois suicidaire, exprimée dans une simple liste de noms. Une caste d’assassins à éliminer à tout prix, par tous les moyens nécessaires, au risque presque insignifiant de perdre la vie. Dans sa combinaison jaune tâchée de sang, armée de son seul sabre, Black Mamba déverse sa haine dans un déchaînement de violence.

L’histoire de Beatrix Kiddo, alias Black Mamba, reste encore gravée dans l’esprit du public. Une tueuse talentueuse, tombée enceinte, décide de raccrocher, de fuir pour protéger son enfant. Mais on ne saurait quitter impunément la dangereuse guilde des Vipères assassines, régie par ses propres lois. Lors d’une cérémonie de répétition, la nouvelle Beatrix, vêtue de sa robe de mariée et prête à s’amender de son passé, est massacrée dans l’église par son ancienne équipe, dirigée par l’impitoyable Bill. Ce dernier, non par pitié ni amour, mais par application d’un certain code d’honneur, laisse Black Mamba survivre dans un état léthargique. Alors que la Belle semble plongée dans un sommeil éternel, son futur époux, les témoins et les religieux gisent au sol dans une mare de sang. Comment se remettre d’un tel carnage ? Quel sens donner à son existence après un pareil traumatisme ? Une seule réponse : le désir de vengeance. Entièrement guidée par celui-ci, Black Mamba se lance dans une longue et méthodique chasse à l’homme. Le plan semble simple : se remettre d’attaque, obtenir un sabre de combat digne de ce nom et tuer un à un les membres des Vipères assassines, en terminant par le numéro un, Bill.

Black Mamba reste une héroïne assez atypique. Malgré son background de tueuse implacable, et le nombre impressionnant des victimes dues à sa vengeance foudroyante, elle parvient à susciter la compassion du spectateur. D’abord car elle souhaitait se ranger avant de devenir mère, afin d’éloigner son enfant de cet univers de haine et de violence. C’est donc la perspective de la maternité qui la conduit à se transformer, à renoncer à son sinistre mode de vie au profit d’un cadre plus sécurisé. Ce souci permet d’humaniser son personnage. Black Mamba n’est pas qu’une meurtrière, elle demeure avant tout une mère, prête à tous les sacrifices pour sauver son bébé. L’une des dernières scènes de Kill Bill : Volume 2 exprime parfaitement cette idée à travers les commentaires d’un documentaire animalier que regardent ensemble Beatrix et sa fille. Il y est raconté que la lionne ayant retrouvé son lionceau, le calme peut désormais revenir dans la savane. Cette phrase traduit en réalité toute la force et le sens des épreuves affrontées par Black Mamba. Ensuite, le sort atroce réservé à cette guerrière repentie, en voie de rédemption, peut lui-même justifier, aux yeux du public, la créance de sang réclamée par Beatrix. D’ailleurs Budd, tout comme Bill, admettent sans la moindre difficulté le « droit » de vengeance dont est titulaire Black Mamba.

La colère dominant Black Mamba laissera cependant place, à la fin de Kill Bill : Volume 2, aux larmes et au bonheur. La vérité éclate, les sentiments muent et se nuancent, même si la mort de Bill conserve son caractère inéluctable. La rage de Beatrix, qui lui aura permis non seulement de survivre, mais aussi de se venger, de rétablir un ordre de justice, et de récupérer sa fille de façon inattendue, disparaît dans un regard tendre rempli d’amour. Celui d’une mère satisfaite et apaisée.

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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