« No Zombies » : pour l’amour d’un frère

Olivier Peru, Benoît Dellac et Evgeniy Bornyakov publient aux éditions Soleil le premier tome d’une série prometteuse, No Zombies, intitulé « Le Livre de Joseph ».

L’univers mis en images par Olivier Peru, Benoît Dellac et Evgeniy Bornyakov ne surprendra personne. Citant textuellement George A. Romero, renvoyant inévitablement aux tableaux apocalyptiques dont se sont gavés les suiveurs de The Walking Dead depuis plus de dix ans, « Le Livre de Joseph » prend pour cadre une société en lambeaux, gangrénée par les zombies, où la survie a été érigée en impératif permanent et quasi exclusif. Une poignée d’individus poursuit toutefois un dessein plus altruiste : apporter un vaccin aux survivants pour leur permettre de résister à une éventuelle morsure mais aussi, quand cela est possible, de retrouver leurs proches.

Dans No Zombies, un mort-vivant peut ainsi reprendre apparence humaine. Il conserve toutefois généralement des souvenirs diffus de sa vie de mangeur de chair. « J’ai des flashs… des sensations horribles… » Ou : « On fait tous les mêmes cauchemars. » Ces réminiscences ont leur importance, puisqu’elles vont guider Joseph vers son frère aîné Art, transformé mais pas condamné. Leader du groupe cherchant à répandre le vaccin à travers l’Amérique, il mène ainsi une quête gardée secrète, censée lui permettre de sauver celui qui fut pour lui un père de substitution et un mentor. En attendant, force est de constater que « le virus a transformé le monde en parade d’Halloween » et ce, même si la perspective d’intégrer une cité futuriste donne un peu de baume au cœur de Joseph et ses amis.

En effet, dans la ville de New Olympus, créée par Dylon Tusk (coucou Elon Musk), des installations avant-gardistes permettent une autosuffisance énergétique laissant songer à un oasis en plein désert. Mais c’est sans compter sur la nature humaine, prompte à saccager égoïstement ce qui fait son assise. Comme dans The Walking Dead ou Le Territoire des morts, pour ne citer que ces deux exemples, les survivants se coalisent en groupes rivaux et s’affrontent jusqu’à la mort. Ainsi, entre les déplacements de meute et les arbres à zombies, au-delà des visions post-apocalyptiques parfaitement portraitisées, ce sont les destinées de plusieurs groupes humains qui vont présider à l’intérêt du « Livre de Joseph ». Vengeance, esprit de prédation et incommunicabilité, le tout sur fond d’exploitation des zombies, disséminés dans les tunnels souterrains de New Olympus, vont caractériser les porosités entre bandes rivales, et même coopérantes.

En dépit du genre très codifié dans lequel il s’inscrit, ce premier tome de No Zombies est prometteur. Choral, exploitant parfaitement la typologie de New Olympus, bien rythmé et généreux en rebondissements, l’album d’Olivier Peru, Benoît Dellac et Evgeniy Bornyakov s’appuie en sus sur des considérations filiales, mettant ainsi un peu d’humanité dans son univers post-apocalyptique. Le grand défi qui attend les auteurs consistera à surprendre un public déjà largement initié à un genre qui peine à se renouveler, malgré des œuvres singulières (mais lacunaires et assez rares) telles que Teddy (de Ludovic et Zoran Boukherma).

No Zombies : Le Livre de Joseph, Olivier Peru, Benoît Dellac et Evgeniy Bornyakov
Soleil, octobre 2021, 64 pages

Note des lecteurs1 Note
3.5

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Le vent dans les saules » : suspendre le temps

Sous la plume de Michel Plessix, l’univers pastoral imaginé par Kenneth Grahame retrouve une seconde jeunesse. Une fresque douce et mélancolique où l’amitié, la nature et les caprices composent une partition d’une rare délicatesse.

« Monet en quête de lumière » : la vie intime d’un génie pictural

Avec "Monet en quête de lumière", Aurélie Castex épouse un regard. À hauteur d’homme, au fil des saisons et des doutes, sa bande dessinée retrace l’itinéraire d’un peintre obsédé par l’insaisissable, jusqu’à faire de la lumière elle-même un sujet.

« Les Saiyans (Full Color, Tome 2) » : le moment où tout bascule

Ce deuxième volume de l'arc Saiyans concentre ce que Dragon Ball a de plus brutal et de plus sublime. C'est ici, peut-être, que la série devient grande.