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Outlander saison 3 : des retrouvailles qui virent au naufrage

La saison 2 d’Outlander s’achevait sur les adieux déchirants de Claire et Jamie, quelques minutes avant le tumulte de la bataille de Culloden, laissant le spectateur en plein suspense. Forcément, l’enjeu de la saison 3 reposait donc sur les retrouvailles tant attendues entre les deux amants, ce qui tenait les fans au supplice !

Synopsis : 16 avril 1746. Alors que la terrible bataille de Culloden éclate, Jamie se prépare à mourir en héros et renvoie Claire dans son époque, en 1948. Après des adieux déchirants, cette dernière, alors enceinte lui, retrouve à contrecœur son premier mari, Frank, avec qui elle s’installe à Boston. Problème : de son côté, Jamie a survécu à la bataille et n’est plus que l’ombre de lui-même, tandis que Claire s’étiole peu à peu dans un mariage qui ne lui convient plus, rongée par le poids du secret et l’amour qu’elle éprouve encore pour son highlander écossais… Les deux « star-crossed lovers » vont-ils se retrouver ? 

Une attente insoutenable

Si Outlander fait rêver grâce à ses paysages d’Ecosse magnifiques, son folklore dépaysant, sa musique celtique, son ambiance mystique et ses péripéties haletantes, la série brille avant tout par l’intensité de l’histoire d’amour qu’elle raconte, cette romance aussi passionnée que fusionnelle entre Claire, une infirmière anglaise du XXe siècle, et Jamie, un highlander écossais du XVIIIe. Ces deux amants, séparés par deux cents ans d’Histoire, vibrent au rythme des mésaventures et des obstacles que le destin sème sur leur route pour mettre leur relation à l’épreuve. Ce ressort outlander-saison-3-Claire-Briannascénaristique central, qui reprend le topos romanesque des « star-crossed lovers » (amants maudits par les étoiles), est évidemment la première source de suspense de la série ; il tient le spectateur en haleine en s’amusant à sans cesse séparer et réunir les deux héros, pris au piège des affres d’un amour aussi impossible que torturé. Alors que les premières saisons mettaient en travers de leur chemin un redoutable ennemi (le terrible Jack Randall), ici, c’est la bataille de Culloden qui force à nouveau Claire et Jamie à se désunir. Renvoyée dans son époque en 1948, dans les bras d’un mari qu’elle n’aime plus et enceinte de Jamie, Claire est au supplice et ne parvient pas à oublier l’homme qu’elle a laissé derrière elle, sur le champ de bataille. Dès lors, une question se pose : Jamie a-t-il survécu ? Et surtout, comment les deux amants vont-ils braver la fatalité pour se retrouver ?

A partir de cet instant, la série joue avec nos nerfs en misant sur l’attente, dans les 6 premiers épisodes de sa saison 3. On suit d’une part le retour de Claire dans son foyer, ses retrouvailles -froides- avec Frank, son accouchement, son déménagement à Boston. Perdue et le cœur brisée, elle tente de tourner la page et de recommencer une nouvelle vie ailleurs, loin de l’Ecosse et des souvenirs, même si sa fille Brianna lui rappelle tous les jours l’existence de Jamie. Rongée par le regret et l’incertitude, Claire va de l’avant et garde tant bien que mal son secret pendant près de 20 ans : en apparence, elle forme un couple sans histoire avec Frank, mène une existence respectable, et passe même son diplôme de chirurgien, à une époque où la médecine était encore un bastion réservé aux hommes blancs. A ce titre, la série renoue d’ailleurs avec son féminisme légendaire en montrant à nouveau que Claire s’impose dans un milieu régi par les hommes, schéma qui rappelle le combat qu’elle a dû mener à son arrivée dans l’Ecosse de 1743 pour se faire respecter par une tribu de mâles a priori rustres et misogynes. Le racisme et la différence sont donc des thématiques qui, malgré le changement de décor radical, restent chères à Outlander.

D’autre part, une question nous torture : qu’est-il advenu de Jamie ? Comme Claire, le doute nous tenaille ! La série ne tarde pas à lever le voile sur la question, en nous montrant un Jamie ensanglanté et blessé sur le champ de outlander-saison-3-Jamiebataille, jonché des cadavres de ses compatriotes. Sur lui gît la dépouille de son pire ennemi : Randall. La fin d’une ère. Mais Jamie n’est pas au bout de ses peines. Désormais seul face à un futur incertain, il est rapidement capturé par les Anglais qui voient en lui un traître à la Couronne, un agitateur et un révolutionnaire. Entre moult menaces d’exécution, des années d’exil où il vit reclus en ermite et une longue peine d’emprisonnement, cet homme dévasté par le chagrin souffre et lutte pour se reconstruire dans un monde qu’il considère hostile. A noter que le personnage, muré dans la tourmente, prend un tournant intéressant qui renforce le sentiment d’empathie chez le spectateur. Pour autant, la chance tourne lorsque Jamie se lie d’amitié avec un soldat britannique et retrouve du réconfort dans les bras d’une femme qui lui donnera un fils illégitime, bâtard dont il confiera la garde à un homme de confiance, avant de partir (encore et toujours) monter une affaire à Édimbourg, où il deviendra imprimeur sous le nom d’Alexander Malcolm. Là aussi, 20 ans se sont écoulés.

Des retrouvailles expédiées

S’il était intéressant de voir évoluer en parallèle Claire et Jamie, cet effet d’attente, qui s’étale sur la moitié de la saison, finit par atteindre ses limites. Avouons-le, 6 épisodes pour faire monter l’excitation des fans en vue des retrouvailles de Claire et Jamie, c’est une mise en bouche qui traîne un peu en longueur ! Quel ne fût donc pas notre bonheur lorsqu’enfin Claire, après des années de recherches à travers les archives de (quasiment) toute la planète, retrouve, avec l’aide de sa fille et de son ami historien, la trace de Jamie ! Ni une ni deux, elle repart traverser les pierres, fébrile comme au premier jour de leur rencontre, prête une nouvelle fois à plonger dans l’inconnu. Propulsée deux siècles en arrière, elle réapparaît chez Jamie après une séparation de vingt ans : un choc pour nos deux amants, qui ont du mal à se réapprivoiser. Si la frénésie du moment ravive notre passion pour la série et renoue brièvement avec le romanesque de la saison 1, il s’en faut peu pour que la magie de cet instant tant attendu retombe comme un vieux soufflé.

Car problème : lorsqu’une série repose presque intégralement sur un couple confronté à l’adversité de la séparation, que faire pour donner du rebond à l’action quand l’enjeu central disparaît ? Une fois réunis, Claire et Jamie retombent rapidement dans leur « routine », et risquent d’être ennuyeux, écueil dont Outlander avait visiblement peur, puisqu’à peine les deux époux ont-ils le temps de se retrouver, que les péripéties les plus rocambolesques viennent à nouveau perturber leur bonheur fragile. La série craignait-elle de se figer dans l’immobilisme ? Toujours est-il qu’il transparaît dès lors une volonté démesurée de divertir qui enlève tout cachet à la suite de la saison, embourbée dans un amas de sous-intrigues aussi ridicules que décevantes, qui trahissent la nature même d’Outlander.

Le naufrage

Exit l’atmosphère mystérieuse et brumeuse de l’Ecosse : dans cette seconde moitié de saison, Claire et Jamie, qui doivent faire face au kidnapping brutal de leur neveu par des marins portugais, s’embarquent pour un grand périple à bord d’un navire censé les emmener jusqu’aux Caraïbes… Commence alors une succession de rebondissements qui, au lieu de nous faire vibrer, lassent rapidement par leur caractère outrancier, artificiel mais surtout répétitif, avec la reproduction de motifs scénaristiques éculés. Pour n’en citer que quelques uns : chasse au trésor, outlander-saison-3-Claire-Jamieséquestration de Claire sur un navire ennemi, énième séparation du couple, épidémie de typhus, naufrage de Claire sur une île déserte, 150ème arrestation de Jamie, cérémonie tribale dans la jungle africaine, sacrifices humains, prophétie à dormir debout, commerce triangulaire, tempête déchaînée et 2ème naufrage… La série rompt avec sa tradition romanesque pour nous emmener dans un univers à la croisée des mondes entre Pirates des Caraïbes et Robinson Crusoé, tentant de dissimuler le vide narratif et l’absence d’enjeux profonds par de vaines péripéties qui finissent par avoir raison de notre patience.

Même les derniers épisodes, qui réunissent à nouveau Claire et Jamie et qui font resurgir des fantômes du passé (l’étrange et dangereuse Geillis) tout en essayant de raviver le faste des saisons précédentes avec notamment une scène de bal qui fait écho à la scène versaillaise de la saison 2, ne parviennent pas à faire oublier le fiasco de cette fin de saison, incontestablement ratée… Dommage de nous avoir fait patienter fébrilement pendant 6 épisodes pour au final nous noyer sous une avalanche de rebondissements qui bafouent en tous points le fondement identitaire d’Outlander. Avec une ouverture qui laisse présager une saison 4 sous de nouveaux auspices pour Claire et Jamie, échoués sur le continent américain (en Virginie), reste à espérer que l’intrigue reprenne une voie plus authentique, mais tout porte à croire que le show se dirige de plus en plus vers une série d’aventures. Un virage à 360° qui pourra laisser certains fans de la première heure sur le bas côté, même si Outlander peut éventuellement partir à la conquête d’un nouveau public.

Outlander saison 3 : Bande-annonce VO

Outlander : Fiche technique

Création : Ronald D. Moore, d’après les romans de Diana Gabaldon
Réalisation : Brendan Maher, Jennifer Getzinger, Norma Bailey, Jennifer Getzinger, David Moore,  Charlotte Brändström, Matthew B. Roberts
Interprétation : Caitriona Balfe (Claire Randall Fraser) ; Sam Heughan  (James « Jamie » Fraser) ; Tobias Menzies (Frank Randall) ; Sophie Skelton (Brianna « Bree » Randall Mackenzie Fraser) ; John Bell (Ian Murray Jr.) ; Richard Rankin (Roger Wakefield)…
Décors : Jon Gary Steele
Costumes : Terry Dresbach
Photographie : Michael Swan, Neville Kidd, Stephen McNutt
Montage : Michael O’Halloran, Liza Cardinale, Melissa Lawson Cheung
Musique : Bear McCreary
Genres : Drame, Romance, Fantasy, Aventure, Historique
Diffuseur : Starz (Etats-Unis), W Network (Canada), Netflix (France)
Format de la saison : 13 épisodes de 60 minutes
Dates de diffusion en France : 11 septembre 2017 – 11 décembre 2017

Etats-Unis / Royaume-Uni- 2017

Sortie DVD/Blu-Ray du documentaire Gimme Danger de Jarmusch sur les Stooges

Le 22 novembre dernier est sorti en DVD, Blu-Ray & VOD Gimme Danger, le documentaire de Jim Jarmusch sur les Stooges et son leader iconique, L’iguane, autrement dit Iggy Pop.

Synopsis : Apparu pour la première fois à Ann Arbor, Michigan, au cours d’une révolution contre-culturelle, le style de rock’n’roll puissant et agressif des Stooges a fait l’effet d’une bombe dans le paysage musical de la fin des années 60. Soufflant le public avec un mélange de rock, de blues, de R&B et de free jazz, le groupe au sein duquel débute Iggy Pop posa les fondations de ce que l’on appellerait plus tard le punk et le rock alternatif. Gimme Danger, le nouveau film de Jim Jarmusch, retrace l’épopée des Stooges, l’un des plus grands groupes de rock de tous les temps. Gimme Danger présente le contexte dans lequel les Stooges ont émergé musicalement, culturellement, politiquement, historiquement et retrace leurs aventures et mésaventures en montrant leurs inspirations et les raisons de leurs premiers défis commerciaux, jusqu’à leur arrivée au Panthéon du rock. 

Avec Gimme Danger, présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2016, Jim Jarmusch se met au défi de réaliser un documentaire sur des icônes du Rock’n’Roll américain que sont les Stooges et son leader Iggy Pop qui, du haut de ses 70 ans, continue de faire vivre le rock dans tous les festivals et autres salles de concert où il passe. Si le documentaire de Jim Jarmusch est parfois un peu décousu, il n’en est pas moins passionnant. Par sa complicité avec Iggy Pop, le réalisateur parvient à se procurer des images d’archives rares qui nous font rentrer dans l’intimité du groupe et de ses membres, entre folies de concerts avec sauts dans la foule, riffs de guitare fous et une part de vie privée. Gimme Danger peut être interprété comme une réelle fresque musicale où l’évolution du groupe et sa place de plus en plus imposante dans le monde du Rock’n’Roll américain voire mondiale sont finement représentés. Le côté précurseur du groupe est très intelligemment expliqué grâce aux comparatifs établis avec d’autres groupes tels que  Ramones, The White Stripes, Rage Against the Machine, Sex Pistols ou The Strokes. On lit dans le travail de ces différents groupes, qu’on ne présente plus aujourd’hui, toutes les influences héritées des Stooges.

Le principe du témoignage face caméra permet également aux spectateurs de reprendre leur souffle et amène un côté légèrement plus posé, tout comme les divers diaporamas de photos, certaines étant vraiment touchantes. Aussi, on ne se lasse pas d’entendre les plus gros hits du groupe tels que 1969 , Down on the street ou Little Doll. Iggy Pop et ses comparses sont des électrons libres, des chiens fous de la musique, et on ne peut se plaindre d’en découvrir davantage sur eux.

Caractéristiques techniques du DVD & Blu-Ray Gimme Danger

Bonus :
• Entretien avec Jim Jarmusch et Iggy Pop (édition FNAC) : 27 minutes
• Scènes coupées : 12 minutes – Editeur : LE PACTE

Gimme Danger : Bande-annonce

PIFFF 2017 : Une violence qui monte crescendo et grosse bébête en guise de conclusion

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Pour ses deux derniers jours, le PIFFF 2017 a décidé de sortir l’artillerie lourde avec des films à la violence de plus en plus acerbe. Les éclaboussures de sang abondent entre le film de genre français Revenge, la nouvelle origin story du célèbre Leatherface ou encore le massacre en entreprise de Mayhem. Mais l’événement le plus notable est sans aucun doute le retour d’un des monuments du Kaiju Eiga dans son pays natal, après plus de 10 ans d’absence, avec Shin Godzilla.

[Compétition] – Revenge

Réalisé par Coralie Fargeat (France, 2017)

On a beau le répéter encore et encore, mais le cinéma de genre en France est dans une position compliquée entraînant à la fois la fascination et la répulsion. Comme beaucoup de réalisateurs le disent,  arriver à faire produire un film de genre français est quasiment impossible sans aide extérieure, à savoir des soutiens de productions étrangères. Il faut donc saluer l’effort quand un long métrage de ce genre voit enfin le jour et après le succès de Grave l’an dernier dans les festivals et cette année au box-office cela pourrait promettre de meilleurs lendemains pour le film de genre français. Cela nous amène donc directement à Revenge, qui comme Grave fait coup double en nous offrant à la fois un film de genre français mais aussi en permettant de découvrir une jeune cinéaste et donc favoriser la représentation des femmes dans l’industrie cinématographique. L’histoire de Revenge suit la vengeance d’une jeune femme laissée pour morte après un viol dans une oeuvre ultra-violente sous forme de chasse à l’homme.

On sent que Coralie Fargeat veut toucher un large public avec son film, très américanisé dans son style et partiellement tourné en anglais, préférant la frénésie du divertissement au détriment de la force de son propos. En résulte un récit énergique et souvent jouissif dans sa violence décomplexée et vengeresse mais aussi relativement stupide dans l’enchaînement de ses péripéties. Allant beaucoup trop vite dans son déroulement, on passe de l’invraisemblable à l’incohérence dans des situations parfois proches du ridicule et qui suscitent souvent l’hilarité. Au lieu d’avoir l’œuvre mordante qu’on aurait espéré avoir, on a un divertissement flirtant avec le nanardesque jubilatoire mais assez vain au final. La réalisatrice réduit trop souvent son personnage principal à ses purs attraits physiques et n’en fait qu’une silhouette désincarnée ce qui rend difficile toute empathie envers elle et son calvaire tellement ce dernier est surréaliste et que Fargeat dédramatise trop souvent les situations. Pourtant Revenge a une réalisation solide et de bons acteurs mais se montre maladroit dans sa mise en scène qui plonge souvent dans l’excès et la gratuité pour se donner des effets de style. En résulte un film plaisant sur l’instant mais inconséquent et qui sera sans doute vite oublié.

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[Hors compétition] – Leatherface

Réalisé par Julien Maury et Alexandre Bustillo (États-Unis, 2017)

Il n’y a pas grand chose à dire sur ce Leatherface qui a été précédé d’un accueil glacial des plus justifiés. Peut-être aurions-nous pu être plus indulgent avec lui s’il s’était évertué à réinventer la mythologie de son personnage plutôt que de vouloir à tout prix s’imposer comme le préquel du chef d’oeuvre de Tobe Hooper, Massacre à la tronçonneuse. En voulant directement citer l’œuvre culte de Hooper, les deux réalisateurs français Julien Maury et Alexandre Bustillo se tirent eux-mêmes une balle dans le pied car ils se confrontent directement à la comparaison. Mais en voulant offrir une préquel à l’histoire du célèbre tueur, ils ouvrent la porte aux choix bancals qui viennent même dénaturer l’œuvre d’origine.

Leatherface n’a donc rien pour lui entre sa réalisation aux fraises, ses jumpscares systématiques et paresseux et une utilisation catastrophique de la court-focale pour accentuer sans imagination l’horreur des situations. On ne comptera pas aussi sur un scénario prévisible, qui n’apporte rien au mythe d’origine mais qui en plus nous gratifie de dialogues risibles récités par des acteurs qui donnent un nouveau sens au terme « surjeu ». Passez votre chemin et regardez plutôt le Massacre à la tronçonneuse de 1974.

https://www.youtube.com/watch?v=TCSZ3QJBfeY

[Hors compétition] – Mayhem

Réalisé par Joe Lynch (Etats-Unis, 2017)

Habitué des séries B sévèrement burnées, Joe Lynch ne change pas de style pour son nouveau film où il joue des codes du film de zombies pour les attribuer au huis-clos en forme de jeu de massacres. Extrêmement ludique sur sa forme où l’on suit un jeune avocat ambitieux bloqué sur son lieu de travail qui a été contaminé par un virus ; les infectés, désinhibés, s’adonnent à toute forme de débauches. Critique sur la déshumanisation et l’aspect impitoyable du monde du travail : on se retrouve plongé dans un récit caricatural mais assumant son second degré et sa satire. Mayhem devient cela dit très vite répétitif avec sa construction de jeu vidéo où les personnages montent les étages pour accéder aux prochains niveaux et où chaque niveau se clôture par un boss. Le tout devient vite redondant dans son enchaînement de scènes de bagarres mais cela se compense par l’énergie de l’ensemble.

Les personnages principaux ne sont pas très développés mais vite attachants grâce à la sympathie dégagée par les acteurs qui les incarnent. En ça, Steven Yeun s’en sort admirablement bien dans le rôle de ce golden boy en pleine rédemption et trouve enfin un rôle à sa mesure au cinéma. Mayhem est un divertissement des plus efficaces mais pas très fin mais il saura faire passer un bon moment le temps d’un dimanche soir pluvieux.

[Film de clôture] – Shin Godzilla

Réalisé par Hideaki Anno et Shinji Higuchi (Japon, 2016)

Shin Godzilla marque un événement d’envergure. Celui du retour du célèbre monstre de cinéma dans son pays natal après une absence de 13 ans. Il apparaît très vite comme une réponse au Godzilla de Gareth Edwards et à l’envie hollywoodienne de créer un univers partagé autour des kaiju du cinéma. Loin des récits habituels américains, ce Shin Godzilla préfère jouer la multiplicité des points de vue pour montrer l’effervescence et l’ampleur d’une situation de crise. Faisant directement référence au film d’origine, il replace son Godzilla dans un contexte post-Fukushima pour redonner toute la dimension symbolique à ce dernier. En résulte une oeuvre engagée et intelligente qui sait associer la profondeur de son propos à un spectacle visuel tonitruant et résolument moderne, avec une mise en scène ample et généreuse qui brille par la gestion de son rythme, notamment dans les arcanes de la chaîne de commandement derrière les situations de crises.

Mais Hideaki Anno et Shinji Higuchi maîtrisent aussi la mise en échelle pour rendre son statut totalement iconique à Godzilla qui n’a jamais été aussi imposant et immense. Ils signent une œuvre marquante et habile qu’on prend plaisir à découvrir sur grand écran, une occasion probablement unique offerte par le PIFFF et qui s’assure donc une clôture titanesque et mémorable avec ce très bon Shin Godzilla.

Le Palmarès :

Avec sa clôture, le PIFFF 2017 nous a dévoilé son palmarès où le public a gratifié Tigers Are Not Afraid de Issa Lopez de l’Oeil d’or des longs-métrages internationaux, un drame mexicain sur une bande d’orphelins devant faire face à la violence orchestrée par les gangs. Un film qui n’a pas convaincu l’auteur de ces lignes mais qui a su plaire au public mais aussi le jury qui lui a donné le prix Ciné Frisson + du meilleur film.

Pour les courts métrages c’est Spooked de Spook & Gloom qui repart avec le prix Ciné Frisson + du meilleur court-métrage français et une mention du jury tandis que le prix du jury et l’Oeil d’or du meilleur court-métrage français revient à Scaramouche Scaramouche d’Arthur Môlard. Et pour finir c’est le court-métrage espagnol RIP de Albert Pintó et Caye Casas qui repart avec l’œil d’or des courts-métrages internationaux.

Bienvenue à Suburbicon : Malaise de banlieue

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Malgré les espoirs que l’on place en lui, Georges Clooney ne cesse de décevoir. La faute à un début de carrière flamboyant que l’acteur/cinéaste a bien du mal à rattraper. Et ce n’est pas un coup de pouce des frères Coen qui sauvera Bienvenue à Suburbicon.

Quand nous parlons cinéma, nous aimons toujours évoquer les galères de tournage, les problèmes de productions et tout autre mur que doit traverser un cinéaste pour pouvoir sortir son film. Paroxysme de ce sadomasochisme créatif, nous aimons évoquer jusqu’à l’indigestion ces œuvres mortes nées, lancées sur de bons rails mais qui ne nous laisserons finalement que des images de tournages, des concepts abandonnés ou de vagues idées de scénario. Le public semble avoir facilement assimilé l’idée que la création d’un film s’apparente plutôt à un chemin de croix, et les documentaires sur des œuvres inachevées sortent régulièrement pour nous rappeler ces films que nous ne verrons jamais, tels le Dune de Jodorowsky ou le Superman de Tim Burton.
En revanche, nous oublions qu’il arrive parfois que les choses se passent plutôt bien. Bien accompagné, le cinéaste arrive au bout de la production avec ce qui semble être une version définitive du film qui met tout le monde d’accord. Équipe de production efficace ou conjonction favorable des astres, le mystère demeure. Et pourtant certains cinéastes sans éclat arrivent de temps en temps à sortir un film qui détonne dans une filmographie médiocre. C’est ainsi que Chuck Russell, réalisateur de nanars avérés (L’Élue, Le roi scorpion), nous offrit une adaptation tout a fait honorable de The Mask en 1994. Michael Bay surprit également son petit monde en 2013, en canalisant son style outrancier et vulgaire pour réaliser No Pain no Gain qui se hissa rapidement au rang des grandes comédies du XXIe siècle. Étonnant de la part d’un type qui est fissa reparti filmer ses robots géants.
George Clooney cinéaste semble de plus en plus s’apparenter à ce genre-là, profitant d’un coup de bol créatif opportun. Sorti en 2003, Confession d’un homme dangereux marque son entrée dans le monde des acteurs qui s’essayent à la réalisation. Attendu au tournant, ce premier galop en a surpris plus d’un. Un scénario brillant de Kaufmann, une interprétation habitée de Sam Rockwell et, surprise totale, une mise en scène à la fois élégante et pleines d’idées formelles. De quoi déjà fantasmer un Georges Clooney presque punk et anti-système. Malheureusement, à la suite de ce départ canon, l’auteur a vite montré ses limites en présentant des copies décevantes, allant du correct (Good Night and Good Luck) à l’anecdotique (Jeu de dupe, Les marches du pouvoir) en passant par le vraiment mauvais (Monuments Men). Au point que nous en sommes presque à remettre en cause la paternité de ce premier grand film tellement il ressemble au film d’un autre. Bienvenue à Suburbicon, d’après une idée des frères Coen, laissait espérer un retour de cet auteur inattendu que nous aurions aimé défendre, il n’en sera finalement rien au point que le film se place rapidement du côté des mauvais ersatz coenniens.

Nous sommes projetés dans l’ambiance carte postale des banlieues américaines des années 50. Costumes cravates et robes fleuries sont donc le quotidien de cette communauté parfaite entièrement dédiée à l’American Way of Life. Curieux choix de cadre, tant le trope aura été plus qu’essoré, quelque soit le genre (science-fiction, polars, comédie etc). Ainsi, et comme à son habitude, la tranquillité du jardin d’Eden sera rapidement perturbée. De nouveaux résidents noirs réveillent le fond de racisme crasseux qui dort en chacun des résidents blancs, tandis que leur voisins font face à des événements qui secouent un peu les fondations familiales. Seul lien entre ces deux éléments, les deux enfants s’envoient amicalement des balles de base-ball. Pendant ce temps-là, les parents noirs font face à une foule de plus en plus hostile, les parents blancs eux doivent gérer leurs instincts primaires. Un premier problème saute alors aux yeux : le film semble hésiter un moment entre le discours sur le racisme ordinaire et celui sur l’ambition dévorante des banlieusards blancs, pour finalement choisir le deuxième (et donc le moins intéressant).
La présence des Coen au scénario peut à ce titre faire sourire les amateurs. Tentant le tout pour le tout, la carte du mystère qui se révèle au fur et à mesure, Clooney rate sa cible et évente un peu trop vite les éléments de l’intrigue. Nous comprenons rapidement que le père (Matt Damon) cache quelque chose, que la belle sœur (Julianne Moore) est une écervelée intéressée et que les deux cambrioleurs n’ont pas tué la mère par hasard. Tout cela principalement parce que la plupart d’entre nous avons déjà vu Fargo, et que ce type de ressort narratif commence un peu à sentir le renfermé. En attendant, le lien avec la famille noire, qui habite pourtant juste à côté, reste encore à trouver.

Mais l’échec du film n’est pas à chercher du côté de ses maladresses narratives mais plutôt dans ses erreurs de tons. Nous avions l’espoir une comédie noire capable d’attaquer de front l’Amérique de Trump par son versant idyllique, nous obtenons un film bâtard incapable de prendre ses différentes pièces dans le bon sens. Il faut attendre l’arrivée d’un assureur un peu trop curieux (Oscar Isaac) pour sentir un bref sursaut dans une intrigue qui se veut nébuleuse mais qui progresse lentement. Sauf que là où nous attendions un verni qui se fissure lentement, nous assistons finalement à l’arrachage violent d’un masque grossier. Tout cela pour assister à un feux d’artifice gore au cynisme mal placé en guise de final. Ainsi, l’image comique de Matt Damon, chevauchant un vélo trop petit pour lui, vue dans la bande-annonce, se révèle finalement moins drôle, tant le personnage nous est devenu antipathique (comme la plupart des habitants de cette banlieue).
Dernière surprise d’un métrage qui tente désespérément de tromper son monde, le père n’est pas le héros du film. Ce rôle échoue finalement à son fils, spectateur trop passif des horreurs qui l’entourent. Mais adopter de façon aussi frontale le point de vue d’un enfant achève de planter le film. Complaisant dans sa représentation de la violence, Clooney oublie qu’à peine le quart des événements vécus par cette famille suffirait à traumatiser n’importe quel enfant à vie. Les cinéastes seraient-ils à ce point désabusés pour oublier qu’un acte violent reste un acte violent ? D’un point de vue adulte, il est tout à fait possible d’en rire. Par les yeux d’un enfant cela devient tout de suite plus compliqué, surtout quand l’absence totale de liens affectifs entre les membres de la famille n’est pas expliquée.

Avec Suburbicon s’envole finalement le dernier espoir de voir en George Clooney le cinéaste caustique qu’il se promettait d’être. Il est vrai que le film est violent, qu’il attaque frontalement une certaine image de l’Amérique. Mais son cynisme trop premier degré l’empêche d’être drôle, ce qui fait de Bienvenue à Suburbicon l’un des films les plus embarrassants de l’année.

Bienvenue à Suburbicon : Bande-annonce

Synopsis : Suburbicon est une paisible petite ville résidentielle aux maisons abordables et aux pelouses impeccablement entretenues, l’endroit parfait pour une vie de famille. Durant l’été 1959, tous les résidents semblent vivre leur rêve américain dans cette parcelle de paradis. Pourtant, sous cette apparente tranquillité, entre les murs de ces pavillons, se cache une réalité tout autre faite de mensonge, de trahison, de duperie et de violence… Bienvenue à Suburbicon.

Bienvenue à Suburbicon : Fiche Technique

Titre original : Suburbicon
Réalisation : George Clooney
Scénario : George Clooney, Grant Heslov, Ethan et Joel Coen
Acteurs principaux : Matt Damon, Julianne Moore, Oscar Isaac et Noah Jupe
Genres : Policier, Comédie
Date de sortie : 06 décembre 2017
Durée : 1h44min

USA – 2017

L’Odyssée du Hindenburg s’envole en Blu-ray & DVD aux éditions ESC

En cette froide fin d’année, L’Odyssée du Hindenburg revient en vidéo chez les éditions ESC. De retour en Blu-ray et DVD, le film catastrophe/historique de Robert Wise suit le dernier voyage du spectaculaire zeppelin Hindenburg tout en racontant les débuts en puissance du nazisme dans une Allemagne loin d’être unie derrière le führer.

Synopsis : En 1937, le célèbre zeppelin Hindenburg doit effectuer un vol transatlantique depuis l’Allemagne hitlérienne jusqu’aux États-Unis. Ayant vent d’une tentative d’attentat, les autorités envoient le colonel Ritter (George C. Scott) à son bord afin de veiller à la sécurité et démasquer les terroristes.

L’Odyssée du Hindenburg comme portrait d’une certaine Allemagne de 1937

Le cinéaste Robert Wise, réalisateur de grands films tels que Le Jour où la Terre s’arrêta, La Canonnière du Yang-Tsé ou encore La Mélodie du Bonheur, s’attache ici au récit du dernier voyage du Hindenburg. Le filmaker utilise le genre pour mieux capter la grande Histoire. Ici, Ritter, un général de l’armée de l’air allemande, anti-nazi, doit contrer un possible attentat au cœur du zeppelin. Il devra faire équipe avec un nazi convaincu, officier de la Gestapo. La bombe explosera et le zeppelin subira le sort qu’on lui connait.

Ci-dessous, un extrait des archives Pathé sur l’accident du Hindenburg.

Un texte à la fin du film rétablit l’absence de faits établis sur la réalité de l’accident : on ne connaît pas les véritables causes de la catastrophe. Les autorités nazis soupçonnent un possible attentat, tout en maintenant qu’il n’y a aucune forme de rébellion existante contre leur ordre. Wise met ainsi en place deux récits de genre, l’un policier/espionnage, l’autre, catastrophe. Avec Richard Levinson et William Link (les créateurs de Columbo) et Nelson Gidding à l’écriture, il réussit à créer un suspense dans une histoire dont la finalité nous est bien connue.

L’enquête permet au cinéaste de dresser le portrait d’une certaine Allemagne de 1937, notamment bourgeoise et aristocratique. Le brillant George C. Scott incarne un père, général au service d’un ordre qu’il déteste et d’un pays qu’il ne reconnaît plus. L’homme a perdu son fils unique à cause de la folie nazie. Il a aussi opéré en Espagne notamment sur le bombardement de Guernica. Il doit d’ailleurs recevoir une médaille pour cet « acte d’héroïsme » qui le dégoute – et le torture – au plus haut point. Officier de la première guerre mondiale ayant mal digéré le traité de Versailles, il n’a toutefois pas été séduit par Hitler et ses discours de gloire et de nouvelle apogée de la nation, emplis d’une haine de l’autre et de folies inacceptables pour Ritter. Sa femme veut quitter la nation, il ne peut déserter. Il envisage tout de même un départ loin de Berlin. L’officier croisera la route d’une aristocrate (interprétée par la formidable Anne Bancroft) qui a tout perdu : ses terres ont été saisies par l’état nazi pour des tests d’armement. Elle part retrouver aux États-Unis son plus grand amour, sa petite fille muette, en sureté loin de l’eugénisme nazi. Ritter aura aussi pour suspects deux artistes, l’un musicien, l’autre comique, anti-nazis qui iront jusqu’à créer un petit spectacle musical hilarant (le général sourira), excepté pour le capitaine du Hindenburg, national-socialiste convaincu. Espions au service des États-Unis, bourgeois juifs fuyant le nazisme et organisant le départ du reste de leur famille, publicitaire courant après les scoops… Le polar du Hindenburg dresse le portrait-robot d’individus victimes de l’Histoire. Ritter trouvera celui qui veut mettre à feu le zeppelin. « Je ne veux pas de morts » dit Boerth, l’un des « matelots » de l’aérostat. Ancien chef des jeunesses hitlériennes, Boerth a rapidement pris conscience de la folie dangereuse du führer et de son ordre. Et le Hindenburg, symbole important de la puissance nazie, doit être détruit pour montrer qu’il existe bien une résistance face à ce fascisme. Ritter, chargé par Goebbels de le protéger, soutiendra l’action de Boerth. Wise signe ainsi le portrait d’une Allemagne en crise, de ses bourgeois à ses militaires, en n’oubliant pas ses petites mains.

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Anne Bancroft et George C. Scott observent et surveillent certains faits et gestes.

La catastrophe constitue l’apogée de ce tableau. A partir de l’explosion, le cinéaste filme en noir et blanc, alterne plans sur ses personnages et images d’archives. Cependant, elle est mise en place dès le début du film, et elle gagnera d’ailleurs en tension lors de l’incident de la toile percée. L’introduction du long métrage, toute en archives, promeut les aérostats et les zeppelins. Ce moyen de transport serait le plus sûr au monde, et les images nous rappellent le point de vue des US sur le Hindenburg, à l’époque surnommé « l’orgueil de l’Allemagne ». L’introduction et la fin du film participent au film catastrophe tout en contribuant à la fresque historique de Wise.

Ainsi les récits de genre et l’Histoire sont intrinsèquement liés. Cette caractéristique essentielle du long métrage n’est pas le fruit d’un heureux hasard. Wise, cinéaste classique, perpétue ici l’une des plus grandes traditions du cinéma. D’un métrage qui aurait pu être un bête objet opportuniste surfant sur la tendance des films catastrophes des années 60-70, Robert Wise réussit à faire un objet filmique. Imparfait certes, L’Odyssée du Hindenburg est une œuvre passionnante, thrilling, cinématographiquement excitante, dont l’importance de la (re)découverte est d’autant plus forte à une époque où Wonder Woman fait de beaux discours sur l’humanité manipulée et touchée par la guerre – précisément la Première Guerre Mondiale – tout en dégommant sans scrupules les soldats allemands, bêtement représentés comme des nazis par Patti Jenkis et le tout Hollywood qui oublient que le monde et son histoire sont constitués par une infinités de nuances. Ainsi L’Odyssée du Hindenburg intègre de façon tout à fait organique l’œuvre du cinéaste, éternel remède à la bêtise ambiante de nos sombres jours.

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Le Hindenburg, orgueil de l’Allemagne nazie, s’envole pour un dernier voyage.

Premier Blu-ray pour un dernier voyage

L’édition proposée par les éditions ESC propose de redécouvrir le film dans un nouveau master haute définition. Pour la première fois en Blu-ray en France, L’Odyssée du Hindenburg arrive dans nos bacs dans sa version non tronquée (cf. Universal et l’édition DVD de 2008) avec une copie soignée. Propreté, stabilité de l’image et détails sont au rendez-vous. Le grain est préservé et la colorimétrie semble juste. Évidemment, certains effets spéciaux et trucages visuels sont alors davantage remarquables à l’écran. Le son a aussi bénéficié d’une remasterisation de qualité, même si certains dialogues tendent à une artificialité, comme s’ils avaient été postsynchronisés. Du côté des bonus, le contenu est plutôt léger : l’édition comporte une analyse pertinente du film par Olivier Père (directeur du cinéma d’Arte) – d’une durée de vingt-six minutes –, ainsi qu’une bande-annonce promotionnelle de la collection Hollywood Classics éditée par ESC.

Bande-Annonce – L’Odyssée du Hindenburg

CARACTÉRISTIQUES Blu-ray/DVD

Langues : Français, Anglais – Sous-titres : Français – Format image : 1.85 – 16/9 compatible 4/3 – Format audio : VF + VOST 2.0 – durée du film : 120 min

Bonus inédits :

« Un film catastrophe paradoxal », analyse du film par Olivier Père (Directeur du cinéma d’Arte)

Bande-annonce « Dans la même collection »

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L’Odyssée du Hindenburg

En Blu-ray : 19,99 €

En DVD : 16,99 €

Sortie le 28/11/17

PIFFF 2017 : Une jeunesse au centre de la tourmente avec Sicilian Ghost Story, Tragedy Girls & Bodied

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Pour son troisième jour de compétition, le PIFFF 2017 s’intéresse à une jeunesse dans la tourmente avec Sicilian Ghost Story, un drame italien inspiré d’un fait divers, Tragedy Girls, un slasher décomplexé autour de la fièvre des réseaux sociaux et le nouveau film Bodied de Joseph Kahn qui se plonge dans les battles de rap. Tout un programme qui nous gratifie aussi encore d’une belle restauration d’un classique de John Carpenter.

[Compétition] – Sicilian Ghost Story

Réalisé par Fabio Grassadonia et Antonio Piazza (Italie, 2017)

Le cinéma italien n’a pas le vent en poupe ces dernières années. Pour ainsi dire, il tombe de plus en plus dans l’oubli mais, parfois, certaines surprises apparaissent ici et là. Néanmoins, Sicilian Ghost Story a beau avoir un parti pris plus original que la moyenne des films italiens, il n’en reste pas moins une histoire très ancrée dans la mafia. Inspirés par un fait réel, Fabio Grassadonia et Antonio Piazza essayent d’apporter un peu de mysticisme à l’ensemble par leur point de vue quelque peu fantaisiste. Si de prime abord l’idée séduit, elle finit par lasser. Le récit en vient à tirer terriblement en longueur au point de susciter un véritable agacement. Les rares scènes d’émotions efficaces se perdent dans une mise en scène trop poseuse qui vire à certains moments à l’inertie la plus totale.

L’écriture avait pourtant une certaine finesse dans sa façon d’explorer un tel drame à travers le prisme de l’amour adolescent et le tout est de surcroît tenu par des jeunes acteurs plus que convaincants. Mais la démarche ne prend pas et le tout retombe au final comme un soufflé. Sicilian Ghost Story ne convainc donc pas malgré certains charmes plus qu’évidents.

[La séance culte] – Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin

Réalisé par John Carpenter (Etats-Unis, 1986)

Comme le veut la tradition du PIFFF chaque année ils nous propose de redécouvrir un film de John Carpenter sur grand écran. A l’occasion de la restauration des Aventures de Jack Burton, c’est donc ce classique de Carpenter qui bénéficie du public du PIFFF. Pur produit des années 80, le film à clairement vieilli mais n’a pas perdu de sa superbe, au contraire ce charme désuet renforce son statut culte pour un Carpenter qui a été, pendant très longtemps, injustement mésestimé. Car quand le maître de l’horreur signe un film qui détourne les codes de l’actionner, remplaçant le héros viril habituel en un crétin balourd, et qui assume son second degré jusqu’au bout, on allait forcément avoir une œuvre détonante. Et ce fut le cas, une œuvre singulière volontairement crétine mais visuellement virtuose dans ce melting-pot d’influences allant du film d’art martiaux aux westerns dans une comédie virevoltante et jouissive.

C’est drôle, inventif et iconique avec un Kurt Russell en très grande forme et une bande son exceptionnelle signée comme à son habitude par Carpenter lui-même. Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin est une oeuvre qui traverse superbement les années avec son mysticisme enivrant et un kitsch savoureux qui en font encore aujourd’hui un très bon Carpenter qu’il faut voir ou revoir sans modération.

[Compétition] – Tragedy Girls

Réalisé par Tyler MacIntyre (Etats-Unis, 2017)

Alors que l’année dernière il avait fait parlé de lui avec son bancal mais pas inintéressant Patchwork, Tyler MacIntyre revient avec Tragedy Girls pour détourner, non sans un humour grinçant, les codes du slasher. Alors que, dans ce genre de films, les filles sont les premières à se faire dégommer par les tueurs sanguinaires, ici ce sont les nanas qui jouent les faucheuses. Mais l’intelligence du scénario vient du fait de placer son récit dans la quête de popularité et de trouver sens à sa vie. Véritable satire sur la fièvre des réseaux sociaux qui pousse au narcissisme où la valeur de l’existence se résume par le nombre de followers, de like ou de retweet. Acerbe et cruel dans son portrait de cette jeunesse déphasée, le film se montre aussi incroyablement jouissif dans son jeu de massacres saupoudré de second degré et d’une ironie souvent savoureuse. On se surprend à aimer détester ces personnages souvent antipathiques mais ainsi MacIntyre signe une tragédie effrayante car immorale et sans lueur d’espoir.

Avec sa mise en scène soignée et bien pensée qui ne tombe pas dans les travers habituels des films sur les réseaux sociaux, Tragedy Girls possède une authenticité et une maîtrise qui lui apporte une certaine fraîcheur. Notamment dans sa manière de jouer avec le slasher qui donne droit à quelques scènes de meurtres plutôt inventives. Avec en plus une alchimie évidente entre Alexandra Shipp et Brianna Hildebrand qui sont toutes deux impeccables dans leurs rôles de sociopathes en puissances. Un bon film et, clairement, l’un des meilleurs de cette compétition du PIFFF !

La journée s’est clôturée sur Bodied, présenté en hors compétition. Le film de Joseph Kahn n’a laissé personne indifférent et a suscité des réactions dithyrambiques de la part du public qui salue sa forme audacieuse, inventive ainsi que son intensité. Même si des voix plus discrètes s’interrogent sur un film un poil longuet et un peu vain dans son abattage de battle de rap. Une chose ressort de tout ça, c’est que Bodied s’annonce comme une expérience à part qui mérite le coup d’œil.

Santa & Cie, une comédie tout feu tout flamme désordonnée d’Alain Chabat

Avec Santa & Cie, Alain Chabat prédisait son grand retour avec l’humour qui faisait son succès 25 ans auparavant, mais trop vite rattrapé par un rythme effréné et des clichés qui font tout valdinguer…

Synopsis : Rien ne va plus à l’approche du réveillon : les 92 000 lutins chargés de fabriquer les cadeaux des enfants tombent tous malades en même temps ! C’est un coup dur pour Santa (Claus), plus connu sous le nom de Père Noël… il n’a pas le choix : il doit se rendre d’urgence sur Terre avec ses rennes pour chercher un remède. À son arrivée, il devra trouver des alliés pour l’aider à sauver la magie de Noël.

Sauvons un peu de magie

Avec une bande-annonce prometteuse et des critiques presses positives, difficile de ne pas résister au charme d’Alain Chabat qui nous a fait tant rire dans Les Nuls avec qui il signe La Cité de la peur (culte), le Burger Quizz, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (culte), Avez-Vous Déjà Vu..?, RRRrrrr! (culte), mais ça c’était avant – avant son passage au potache et au commercial avec Sur les traces du Marsupilami ou sa rencontre avec Luc Besson qui lui demande d’être parrain de la troisième promotion à l’Ecole de la Cité. Ses rencontres sont souvent prolifiques et deviennent cultes donc. La bande à Jamel Debbouz, les Robins des bois… Sa voix est connue de tous depuis Shrek et ses participations sont toujours remarquées. Mais les mauvais choix sont monnaie courante et sa dernière réalisation, malgré une bonne dose de magie FX et l’apparition du Palmashow, en cumule nombre. A commencer par le scénario digne d’un Christmas movie en seconde partie d’après-midi avec le calibre des séries B de qualité comme Elfe ou Super Noël. Dès le départ, son personnage de Santa, débonnaire et gentiment ronchon ne semble pas comprendre que, pour guérir les lutins, en soigner un seul suffit à réveiller toute la fournée. Wanda, la sexy Mère Noël qu’Audrey Tautou incarne délicieusement, le lui avait pourtant précisé avant qu’il ne parte, sans déjà trop y croire.

On semble lister trop de fainéantises : comme par hasard sa carte s’envole, son traîneau dysfonctionne juste au dessus de Paris. Alors certes, le décalage est propice au sourire. Unsanta-et-cie-palmashow personnage inventé de toutes pièces se confronte à la réalité de notre monde (déjà vu mille fois) et sa joute avec Jean-Pierre Bacri en faux Père Noël nous décroche quelques zygomatiques. Toutefois, le désordre arrive rapidement comme un leitmotiv et il est nécessaire qu’il retourne toute une pharmacie pour être mis en garde à vue. Les intérieurs commissariat sombres bleutés stimulent le regard, mais le duo du Palmashow est bien fade et leur seule incursion humoristique consiste à feindre une préparation collective d’intervention pour… le repas de Noël ou insinuer une homosexualité. Dès l’arrivée du personnage de l’avocat joué par Pio Marmaï, et surtout son frère en petite frappe magicien, on assiste à une cohue incohérente. On est très vite amené dans l’intimité de sa famille, avec deux enfants qui jouent excellemment bien (deux révélations !) et une femme au foyer dépassée par les événements. Golshifteh Farahani, première actrice franco-iranienne à jouer dans un film américain avec Mensonges d’Etat en 2008, était habituée aux rôles dramatiques en tournant avec Garrel, Honoré ou Jarmusch. Elle change pour la première fois de registre avec le « monument français » (selon ses propres mots) Chabat. Malheureusement, par faute d’écriture plus que d’interprétation, son personnage n’est que prétexte, tout comme son mari qui ne fait que de beugler, ou bramer pour reprendre un vocabulaire plus adéquat. Après son frère qu’il ne fait que protéger, après Santa qui surgit en plein milieu de la nuit dans la chambre… L’arc narratif du frère voleur et profiteur n’ayant santa-et-cie-enfants-alain-chabatjamais écrit au Père Noël est plus que mal construit, il est inutile. Les événements s’enchaînent donc sans logique, de manière brouillonne et quasi bouffonne. A cause du rythme fourre-tout, les réparties comiques se noient dans un ersatz de film d’action, ou ont déjà été vues dans la bande-annonce. On n’a pas le temps de comprendre, comme par un souci de vitesse que Chabat confond avec précipitation, la subtilité des dialogues, à condition que toutefois il puisse y en avoir. On se rappellera de « La prison ? Oh ça va, c’est moi qui ai inventé le Monopoly, donne moi deux dés, je fais un double et je sors »… C’est à peu près tout, la blague du « cochon dinde » étant rapidement oubliée. « Houn Houn ? » (la petite essaie de répondre au renne), « Ah non, tu viens de dire veux-tu un yaourt à la fraise ? C’est con parce que maintenant il en veut un ». L’interpellation de la mère asiatique pour une photo est bien trouvée (le Père Noël est international et connait tout le monde), mais le dialogue pauvre. Fainéantise ? La fin de Santa & Cie aura le mérite de nous faire découvrir le nouveau tube de Sia qui, lui, est mémorable !

santa-et-cie-fx-famille-cadeauxAu fort accent nullesque (la scène du repas où Santa s’étonne de la violence à la télé – avec un cri de Wilhelm – fait écho au sketch « Histoire de la Télévision », la scène devant le cinéma du couple qui sort enfin – inutile – ne sert qu’à faire revivre La Cité de la peur le temps de quelques titres sans queue ni tête, si vous voyez Red is Dead! …), Santa & Cie se regarde avec la conscience des références cheap, le mordant en moins, la tendresse peut-être et quelques sourires en plus, mais ne convainc personne, si ce ne sont petits en mal d’aventure en carton. A demi-absurde par la confrontation réalité / fiction pas complètement assumée, le réalisateur acteur scénariste humoriste se repose sur ses acquis sans aucune prise de risque, au risque justement de sombrer dans un désordre bessonien le plus profond. Si les bonnes surprises sont à attraper telles des bulles de savon aussitôt éclatées, la mauvaise règne en maître. 

Santa & Cie : Bande-annonce

Santa & Cie : Fiche Technique

Réalisation et scénario : Alain Chabatsanta-et-cie-affiche
Interprétation : Alain Chabat (Santa), Audrey Tautou (Wanda), Golshifteh Farahani (Amélie), Pio Marmaï (Thomas), Bruno Sanches (Magnus et tous les lutins), Louise Chabat (Lutines), Simon Aouizerate (Mathis, le garçon), Tara Lugassy (Maëlle, la fillette), David Marsais (Inspecteur Olivier Le Guennec), Grégoire Ludig (Commissaire Stéphane Bertoli), Johann Dionnet (le frère de Thomas), Jean-Pierre Bacri (Le Père Noël en rouge et blanc) Thomas VDB (le dealer de bonne humeur)
Image : Antoine Sanier
Décors: Jean-Philippe Moreaux
Musique : Matthieu Gonet
Montage: Grégoire Sivan
Producteur(s): Sylvain Goldberg, Alain Goldman, Serge de Poucques, Nadia Khamlichi, Gilles Waterkeyn
Société de production : Légende, avec la participation de Gaumont, France 2, Nexus Factory (Belgique), Umedia (Belgique)
Distributeur : Gaumont
Durée : 95 minutes
Genre : comédie, christmas movie
Date de sortie : 06 décembre 2017

France – 2017

Les Gardiennes : la fresque humaniste de Xavier Beauvois

Sept ans après Des hommes et des dieux, Xavier Beauvois revient avec Les Gardiennes, une grande fresque humaniste. Il situe son intrigue en plein cœur de la Première Guerre mondiale et s’intéresse aux sorts des femmes qui attendaient le retour des soldats en travaillant la terre.

Des femmes et des soldats

Les Gardiennes est d’abord un fil de saisons qui défilent, d’attente, d’espoir, de désir. Ce n’est pas un film bavard, mais plutôt un film contemplatif, qui emprunte à l’esthétique d’un tableau comme Les glaneuseset s’intéresse aux corps, aux gestes et à leur répétition. Il y a quelque chose de purement sociologique, ethnographique dans cette description minutieuse des travaux des champs. La dureté est réelle, mais Beauvois décide de montrer non pas des femmes courbées, mais des femmes fortes, bien droites, qui travaillent sans relâche. D’ailleurs, c’est à une robuste apprentie qu’Hortense fait appel pour l’aider à la ferme, une femme aussi douée « pour les travaux fins que pour les travaux de force ». Elle saura donc aussi bien coudre que diriger les bêtes. C’est ainsi qu’elle débarque dans la vie de deux femmes qui attendent le retour des frères et d’un mari pour l’une, de ses fils pour l’autre. Entre elles, la douceur et la confiance s’installent d’abord. Francine fait peu à peu partie de famille, même si ça n’est jamais complètement, elle le découvrira bien assez tôt. C’est surtout elle qui intéresse le réalisateur : le visage très graphique de son interprète Iris Bry, son air buté, parfois illuminé par des troués de bonheur et sa petite voix, sa robustesse aussi. Aux côtés de Laura Smet, mystérieuse, froide et « fatale », et de Nathalie Baye, entre dureté et fragilité, elle ne démérite pas, malgré un jeu parfois un poil mécanique.

« L’honneur, c’est quoi ? »

Et puis il y a les hommes qui parfois reviennent du front en permission, mettent leur grain de sel dans les affaires que les femmes font pourtant tourner du mieux qu’elles peuvent en leur absence. Ils sont là avec leurs démons, l’impossibilité de faire face à ce qu’ils ont vécu. Beauvois les filme comme des animaux étranges, souvent trop étrangers au foyer qu’ils retrouvent, comme les pièces manquantes d’un puzzle qui ne viendraient pas tout à fait compléter celles déjà assemblées. Ils sont un peu trop frais et propres sur eux parfois, si bien qu’on n’a pas toujours l’impression véridique qu’ils reviennent du combat, mais c’est un détail. Car dans ce rythme lent, posé, doux et cette esthétique très naturaliste que présente Beauvois, il y a aussi beaucoup de beauté, d’humanité. Les femmes sont présentés comme mille facettes de l’être humain et de ses contractions. Les Gardiennes ne renonce donc pas à aller jusqu’à sonder la noirceur des âmes, même dans l’apparence quiétude du paysage, lui aussi omniprésent. Les saisons défilent et la neige revient toujours s’étaler dans toute sa blancheur, ignorant les souffrances de la terre, de la chair, des esprits. Francine s’affirme peu à peu, se découvre, s’enthousiasme, tombe de haut et devient un personnage à part entière, passionnant et touchant. Elle tente tant bien que mal de trouver sa place, donnant de la voix, du corps, de la vie dans tous les actes qu’elle pose. Et c’est avec respect et humilité que Xavier Beauvois filme une page d’histoire. Les Gardiennes n’est pas particulièrement féministe, bien qu’il mette à l’honneur des personnalités de femmes affirmées, endossant aussi bien des rôles assignés à la gent féminine que des travaux plus régulièrement assignés aux hommes, c’est un film humaniste avant tout. Les femmes y sont duelles, elles sont un ensemble en apparence solidaire, qui peut s’éparpiller à tout moment et dont la destinée est scellée par celle des hommes qui se battent et qui tombent au champ d’honneur. La paix revient avec ses espoirs de changement, mais c’est pourtant la vie qui est à reconstruire. Il y a dans l’attente que filme Xavier Beauvois, quelque chose de presque mystique, en tout cas c’est avec fluidité et grandeur qu’il pose sa caméra sur ces terres nourricières que la guerre n’a pas rendues complètement stériles. Au final, ce sont beauté et lumière qui de ce dégagent de cette œuvre délicate et sensible. On en ressort plus qu’apaisés. 

Bande-annonce : Les Gardiennes

Fiche Technique : Les Gardiennes

Réalisateur : Xavier Beauvois
Scénario : Xavier Beauvois, Frédérique Moreau, Marie-Julie Maille
Interprètes : Nathalie Baye, Laura Smet, Iris Bry, Olivier Rabourdin, Cyril Descours, Nicolas Giraud, Mathilde Viseux, Marie-Julie Maille, Mathilde Beauvois
Photographie : Caroline Champetier
Montage : Marie-Julie Maille
Costumes : Anaïs Romand
Producteurs : Sylvie Pialat, Benoît Quainon
Sociétés de production : Les Films du Worso, Pathé, France 3 Cinema
Distributeur : Pathé Distribution
Genre : drame
Date de sortie : 6 décembre 2017
Durée : 134 minutes

France – 2017

PIFFF 2017 : Un fantastique diffus au profit de l’horreur de la réalité

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Pour son deuxième jour, le PIFFF 2017 délaisse quelque peu le fantastique pour nous plonger dans une white trash comedy avec 68 Kill, un drame mexicain avec Tigers Are Not Afraid et nous lancer sur les traces d’un tueur au sein d’un Londres victorien avec Golem, le tueur de Londres.

[Compétition] – 68 Kill

Réalisé par Trent Haaga (Etats-Unis, 2017)

Trent Haaga s’est d’abord imposé comme un scénariste plutôt prometteur jusqu’à présent. Encore peu connu, il a pourtant développé un véritable amour pour les portraits au vitriol d’une Amérique déphasée et borderline. Après être passé pour la première fois derrière une caméra en 2011 avec Chop, le voilà de retour 6 ans après avec 68 Kill. Dans la droite lignée de son précédent travail, il signe une white trash comedy acerbe et particulièrement efficace. Drôle, impertinent et plaisant à suivre surtout grâce à sa réalisation impeccable, notamment sa photographie très léchée qui retranscrit à merveille l’univers crade et stylisé du « redneck movie », le film reste par contre très classique dans ce qu’il amène.

Le scénario est un peu léger même s’il est mené par l’excellent Matthew Gray Gubler qui compose ici un looser magnifique assez attachant. Il est par contre dommage que les personnages féminins n’aient pas bénéficié du même soin d’autant que l’ensemble tend vers un propos des plus misogynes. Ici les femmes sont représentées de manière très négative mais, dans son immoralité constante et sa façon de ne pas cautionner ses personnages, 68 Kill ne franchit jamais la ligne fatidique du sexisme. Même si sa façon de flirter avec risque indubitablement de faire grincer des dents.

[Compétition] – Tigers Are Not Afraid

Réalisé par Issa Lopez (Mexique, 2017)

On sent dans Tigers Are Not Afraid la volonté de s’imposer comme le nouveau Labyrinthe de Pan. Une volonté tellement évidente que cela va amoindrir le film d’Issa Lopez. Même utilisation du fantastique pour pallier l’horreur de la réalité, personnage principal similaire, etc. Autant d’éléments qui ne peuvent empêcher la comparaison et le long métrage de Lopez en pâtit sincèrement. Il n’a pas la même subtilité quant à l’utilisation du fantastique dans son récit et jamais il n’arrive à insinuer le doute dans l’esprit du spectateur même s’il s’y essaye maladroitement. Le problème ici vient du fait que le récit ménage plus le choc que l’émotion, ce qui implique que le film se perd entre ses péripéties qu’il ne développe pas assez et la dynamique entre le groupes d’enfants.

Pourtant ce n’est pas la faute des très bons jeunes acteurs ni de la réalisation percutante qui retransmet avec gravité la réalité qui régit un pays sous l’emprise des gangs et de la corruption. Mais plutôt d’un pathos beaucoup trop envahissant et d’une absence de subtilité évidente dans la symbolique de cette histoire. A trop chercher où il veut aller Tigers Are Not Afraid finit par n’aller nulle part et se perd dans l’inconsistance de sa démarche.

[Compétition] Golem, le tueur de Londres

Réalisé par Juan Carlos Medina (Royaume-Uni – 2016)

Pour son deuxième long métrage, Juan Carlos Medina signe un thriller d’époque maîtrisé et efficace même s’il ne révolutionne pas son genre. Pour autant, Golem, le tueur de Londres arrive à surprendre grâce à son habile gestion du suspense qui permet de créer le doute autour de l’identité du tueur alors que celle-ci est des plus évidentes. Mais dans sa manière d’élaborer son récit et de le rendre aussi dense, on arrive vraiment à se prendre au jeu même si le mystère prend souvent le pas sur des personnages assez peu développés au final. Notamment le personnage principal qui, malgré la présence classieuse de Bill Nighy (Indian Palace – suite royale, I, Frankenstein), n’arrive pas à s’imposer dans l’histoire.

Celle qui vole la vedette ici, c’est clairement Olivia Cooke (Bates Motel & prochainement The Quiet Ones) qui signe vraiment une performance nuancée et impressionnante dans sa manière de jongler entre les émotions. Elle crève l’écran. Le tout est encadré par une réalisation superbe, notamment dans l’impeccable reconstitution d’époque. Tout sent bon le savoir-faire et Golem, le tueur de Londres se donne les moyens de flatter la rétine de son spectateur en offrant un spectacle hautement divertissant alors qu’il aurait aisément pu basculer dans le simple téléfilm de luxe.

La journée s’est ensuite clôturée sur Jojo’s Bizarre Adventure Diamond Is Unbreakable Chapitre 1, le deuxième film de Takashi Miike à être hors compétition pour cette édition du PIFFF après The Blade of the Immortal. Une adaptation de manga qui a eu du mal à convaincre le public et a reçu un accueil des plus glacials.

Obsessions, un Julien Duvivier trois en un

Parmi la fournée de raretés rendues accessibles en cette fin d’année par le remarquable travail éditorial d’ESC Distributions, Obsessions (Flesh and Fantasy) n’est pas la moins atypique. Réalisé en 1943 par Julien Duvivier pendant sa deuxième  parenthèse américaine, Obsessions est un nouveau film à sketches du réalisateur, et constitue un exercice de style rappelant à notre bon souvenir le grand formaliste qu’il était.

Duvivier y raconte trois histoires empruntant chacune à des genres différents. La première suit une femme laide et acariâtre à la Nouvelle-Orléans, amoureuse ingrate d’un homme qui ne la voit pas et qui un soir se voit remettre par un mystérieux inconnu un masque qui transforme son visage. Le second (adapté d’une nouvelle d’Oscar Wilde) narre la déchéance d’un avocat sur le point de se marier et à qui tout réussit, jusqu’à ce qu’un médium lui annonce qu’il va prochainement se rendre coupable de meurtre. Enfin, le troisième segment est consacré à un funambule dont la vie se met à basculer dès lors que l’angoisse de tomber s’insinue en lui à travers des rêves récurrents. Le tout lié par une conversation entre deux hommes causant surnaturel, fatalité et autodétermination…

Sans nécessairement occuper une place dans le haut du panier de la filmographie pléthorique du réalisateur de Marie-Octobre, Obsessions constitue le parfait terrain de jeu pour Duvivier, qui laisse libre cours à ses élans formalistes. Particulièrement dans la seconde histoire, où le cinéaste emploie tous les outils à sa disposition pour faire partager au spectateur l’enfer psychologique dans lequel plonge le grand Edward G. Robinson, artisan de sa propre chute. Grand moment de mise en scène ultra expressive jouant de façon presque sadique avec son personnage principal, le segment s’impose comme le meilleur des trois. Peut-être parce que l’amertume cynique de son déroulement renvoie au propre pessimisme du réalisateur qui trouve dans l’issue de cette fable sur les prophéties autoréalisatrices de quoi apporter de l’eau à son moulin.

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Aime t-il le masque, où la personne cachée dessous ?

Résolument plus optimiste et bienveillant vis-à-vis de leurs personnages, les deux autres sketches réservent néanmoins leurs motifs de satisfaction. La première histoire notamment, qui parvient à nous faire croire à la transformation de l’héroïne à partir d’un argument fantastique pourtant minimaliste. Elle ne fait que revêtir un masque, pourtant le réalisateur parvient à nous faire croire au changement qui s’opère, plongeant dans une ambiance de conte païen dès lors que le film bascule dans la féérie. Surtout, il met en exergue la condition éminemment cinématographique du masque, qui cache moins qu’il ne révèle le visage du personnage dans le regard des autres. A l’instar de l’image filmique qui n’existe qu’à partir de ce que l’on y projette, le masque s’anime à partir de la personnalité de l’héroïne, auparavant enfouie sous le vernis de sa laideur. Les masques ne sont pas forcément ceux que l’on croit.

Plus convenue, la dernière histoire offre néanmoins une certaine démonstration de la maestria du réalisateur, qui manque de nous faire attraper le vertige au travers de quelques séquences extériorisant l’angoisse du héros pourtant en pleine action. On ne sait si Robert Zemeckis avait revu le film pour les besoins de son formidable The walk, mais force est de constater que le film du cinéaste de Forrest Gump a un précédent dans le filmage d’une discipline aussi anxiogène que méditative à l’écran.

A noter qu’Obsessions devait s’ouvrir sur un long segment durant lequel un tueur poursuivait une femme aveugle dans sa maison alors qu’une tempête de neige faisait rage au dehors. Malgré l’excellent accueil du sketch lors des previews, Universal décida de le couper, et engagera plus tard le réalisateur Réginald LebOrg pour tourner de nouvelles scènes afin d’en faire un long-métrage autonome. Le film sortira un an plus tard sous le titre Destiny, sans que Duvivier ne soit crédité au générique.

Vous l’aurez compris, Obsessions a tout de l’exercice de style pour son réalisateur, qui aborde davantage la chose sous l’angle du défi formel et moins par conviction pour son discours (en gros : « il n’y a de fatalité que celle que l’on s’impose »). Ce qui constitue une raison amplement suffisante de se ruer sur une édition nous rappelant à quel point le cinéma français fut un temps une terre de conteurs-aventuriers de l’image, pour lesquels le récit s’indexait sur les moyens présidant à son articulation visuelle.

DVD-Obsessions-film-duvivier-julien-ESC-Distributions-Flesh-and-FantasyOBSESSIONS (Flesh and Fantasy)
Un film américain de Julien Duvivier
Nouveau master restauré

Résumé : Un homme obsédé par un rêve, le raconte à un ami. Intéressé, ce dernier décide de lui lire trois histoires au caractère onirique similaire. Le premier, une jeune fille profite d’un bal masqué pour conquérir l’homme qu’elle aime. Dans le second, un homme devient assassin malgré lui et enfin, dans le dernier, un acrobate rêve qu’il tomberait à la vue d’une femme brune.

Obsessions fait partie des 5 films réalisés par Julien Duvivier aux USA, durant la seconde guerre mondiale. Ce film a été co-produit par l’acteur Charles Boyer et une partie des décors a été réalisée par l’autre acteur du film : Edward G. Robinson !

Avec Edward G. Robinson (Les dix Commandements, La Maison des étrangers (ECS distribution), Key Largo, Assurance sur la mort…), Charles Boyer (Hantise, Madame de, Fanny, Casbah (remake USA de : Pépé le Moko…) et Barbara Stanwyck (Assurance sur la mort, La grande vallée, l’homme de la rue…).
Scénario : Ernest Pascal, Samuel Hoffenstein, Ellis St Joseph.
Directeur de la photo : Stanley Cortez et Paul ivano
Musique : Alexandre Tansman

Réalisateur : Julien Duvivier (1896 – 1967) : Pepe le moko, La Belle équipe, Le petit monde de Don Camillo, Un carnet de bal, La fin du jour, La Bandera, L’imposteur, Pop bouille ….

Année de production : 1943 – noir et blanc – Langue : Anglais – Sous-titres : Français – Format image : 1.33 16/9 compatible 4/3 – Format audio : dolby digital mono 2.0
Durée du film : 94 mn

Bonus inédits :
. Analyse du film par Christophe Gans, réalisateur des films : « Le Pacte des loup », La belle et la bête » Silent hill »…. Et ancien directeur du magazine Starfix.
« A la lisière du fantastique », entretien avec Eric bonnefille auteur de « Julien Duvivier, mal aimant du cinéma français »

« Fenêtre sur cour » et « Les banlieusards » : même combat !

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A travers ces deux films « Fenêtre sur cour » et « Les banlieusards », qui possèdent un certain nombre de similitudes, comment les scénaristes parviennent-ils à rendre leurs personnages principaux aux pratiques douteuses attachants ?

Fenêtre sur cour (Alfred Hitchcock, 1954) et Les banlieusards (Joe Dante, 1989) sont deux films séparés par 35 ans mais qui ont malgré tout beaucoup de points communs, que ce soit leur sujet, leur localisation ou leur rapport à l’art. Et ce n’est pas un hasard si ces deux films possèdent des corrélations puisque Dana Olsen, le scénariste du film de Joe Dante est un grand admirateur du film d’Alfred Hitchcock, avouant même qu’il s’agit de l’un de ses films préférés et nommant le projet en hommage à ce dernier : Bay Window (Rear Window étant le titre américain de Fenêtre sur cour).

Mais au-delà de ses similitudes, il est intéressant de voir comment les deux scénaristes,  d’un côté John Michael Hayes pour Fenêtre sur cour et de l’autre Dana Olsen pour Les banlieusards, réussissent à rendre un personnage principal aux pratiques douteuses attachant aux yeux du spectateur.

Premièrement, pour chacun des deux principaux protagonistes, une excuse est trouvée pour qu’ils se trouvent prisonniers de chez eux. Pour le personnage de James Stewart dans Fenêtre sur cour, il s’agit d’une blessure, une jambe cassée. Et pour le personnage de Tom Hanks dans Les banlieusards, il  s’agit d’une semaine de vacances qu’il souhaite passer à son domicile. Avec ces deux situations initiales, les deux films deviennent des huit clos : l’un à l’échelle d’un appartement, l’autre à l’échelle d’un quartier qui confrontent les personnages à l’ennui.

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James Stewart et Grace Kelly dans Fenêtre sur cour

Deuxièmement, les deux scénaristes trouvent un moyen détourné pour que les personnages se mettent à espionner leurs voisins. Dans le cas de Fenêtre sur cour, le choix de faire du personnage de James Stewart un photographe n’est pas hasardeux. En utilisant son appareil photo pour regarder ses voisins, le personnage est dans le prolongement de sa profession et de sa passion. Cela permet en quelque sorte de légitimer ce qu’il fait. Ce qui n’aurait pas été le cas s’il n’était pas photographe et qu’il regardait ses voisins avec, par exemple, une paire de jumelles. Pour Les banlieusards, il en est de même. Ce sont les habitudes peu conventionnelles et les vacarmes causés par ses voisins la nuit dans leurs caves qui amène le personnage de Tom Hanks à espionner ces derniers.

Troisièmement, ils leur trouvent une justification de continuer. Il s’agit ici, dans les deux films, de la supposition par le personnage principal que l’un de ses voisins est un meurtrier, l’amenant à ne plus être un simple voyeur mais un enquêteur qui en observant ses voisins cherche des indices qui pourraient l’aider à sauver des vies.

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Tom Hanks (au centre), Bruce Dern (à gauche) et Rick Ducommun (à droite) dans Les banlieusards

Enfin, dernièrement, ils leurs trouvent un entourage. Les deux protagonistes ne sont pas solitaires, ce sont des personnages entourés, avec des amis ou une famille. Ils leurs donnent des relations sociales tout à fait conformes aux mœurs de la société et les amènent même à partager leur découverte avec leur entourage qui va plus ou moins les croire et/ou les aider.

En incorporant tous ces éléments dans le traitement de leurs personnages, John Michael Hayes et Dana Olsen créent des protagonistes qui malgré leur activité paraissent honnêtes et bienveillants, et auxquels les spectateurs peuvent se rattacher. Ils arrivent à légitimer une pratique, celle du voyeurisme et s’en amusent avec le spectateur en lui rappelant des situations qu’il a pu connaître ou en lui rappelant que lui-même, devant un film est un voyeur, observant des personnages qui n’ont pas conscience de l’être.

Fenêtre sur cour et Les banlieusards sont deux grands films dans deux domaines bien distincts, l’un étant un oppressant thriller et l’autre une hilarante comédie satirique. Ils n’ont pas perdus de leur actualité et méritent toujours d’être découverts ou redécouverts aujourd’hui.

La Planète des Vampires vous accueille (de force) en Blu-ray

Ce mercredi 6 décembre débarque dans un coffret limité La Planète des Vampires. Édité par La Rabbia, le film culte de Mario Bava nous revient avec une envoûtante copie 4K. Une œuvre certes imparfaite, mais une expérience cinématographique rare.

Synopsis : Les vaisseaux spatiaux Argos et Galliot s’approchent d’une planète inconnue dont provient un mystérieux signal. Soudain, l’Argos est pris dans une force d’attraction magnétique faisant perdre connaissance à tous les membres de l’équipage, à l’exception du commandant Mark qui parvient à effectuer les manœuvres nécessaires à l’atterrissage. Après que le vaisseau a touché le sol, Mark a cependant la surprise de voir ses compagnons saisis par une rage homicide, dont ils n’ont plus aucun souvenir une fois qu’ils sont revenus à leurs esprits. L’atmosphère extérieure s’avérant respirable, les astronautes se mettent en route pour rejoindre le Galliot qui s’est posé non loin, mais en arrivant, ils constatent que tous les membres de l’équipage se sont entretués. Les deux vaisseaux étant hors d’usage, les survivants se retrouvent donc coincés sur cette étrange planète, désormais convaincus qu’il s’y tapit une force invisible vouée à les mener à leur perte…

L’expérience de la création

La Planète des Vampires n’est pas le plus grand film de science-fiction, quand bien même Nicolas Winding Refn, associé à la remasterisation 4K du long métrage de Mario Bava, ne cesse de le déclarer, tout en dénonçant avec vigueur un plagiat de l’œuvre par Ridley Scott et Dan O’Bannon pour Alien. Le cinéaste danois entretient le concept dont il s’imprègne de plus en plus. Ce concept tient en la mise en lumière (publique) d’un égo important entiché de phrases provoc’ qui sont parfois loin d’être insensées. On retiendra, amusés, cette déclaration d’ouverture du documentaire Planète Bava présent dans les bonus de la galette Blu-ray : « Il faut abandonner tout espoir de normalité lorsqu’on pénètre dans le monde de Mario Bava. Parce ce qu’il représente tout ce que je suis. »

Passons sur les révélations du Saint Nicolas Winding Refn qui oublie de dire que le long métrage de 1965 est l’adaptation d’une nouvelle de science-fiction nommée Una notte di 21 ore (Une nuit de 21 heures) écrite en 1960 par Renato Pestriniero. La Planète des Vampires reprend avec fidélité son intrigue de science-fiction dont on retrouvera les motifs à de très nombreuses reprises dans l’histoire du genre : la possession du corps par des esprits aliens a été mise en scène dans Star Trek : on peut penser au Retour sur soi-même (Return to Tomorrow, saison 2, épisode 20, 1968) ou encore à L’Importun (Turnabout Intruder, saison 3, épisode 24, 1969) ; et Alien bien sûr, qui porte consciemment l’héritage du film de Bava d’ailleurs revendiqué par Scott et O’Bannon. On peut même remonter plus loin dans le temps et supposer que la nouvelle ait elle-même été influencée par It ! Terror from beyond space d’Edward L. Cahn, qui est aussi la deuxième source d’inspiration d’Alien. Réalisé en 1958, le métrage suit la deuxième expédition marsienne chargée de retrouver les membres du premier voyage. Ces derniers ont bien atterri sur le sol rouge, mais ne donnent plus signes de vie. Le seul survivant retrouvé est suspecté d’avoir assassiné ses comparses, mais la vérité est toute autre : une créature résidente de la planète est à l’origine de ces morts. Sans émotions, elle va éliminer un à un les membres de la deuxième expédition lors de son retour vers la Terre. Et on note bien d’autres influences qui ont pu inspirer l’auteur de la nouvelle comme les scénaristes du film :

« Bien sûr, Bava et ses scénaristes s’étaient eux-mêmes largement inspirés des classiques de la SF américaine des années 50. La possession de l’enveloppe corporelle des humains par des extraterrestres rappelle Invaders From Mars (1953) de William Cameron Menzies ou L’Invasion des profanateurs de sépultures (1956) de Don Siegel, tandis que la situation de huis-clos évoque La Chose d’un autre monde (1951) de Howard Hawks. On pense aussi très fort à Planète Interdite (1956) de Fred McLeod Wilcox, pour l’arrivée sur un astre habité par une puissance psychique immatérielle. »

                                             – La Planète des Aliens ?, Livret de l’édition

La Planète des Vampires n’est donc pas une histoire de S-F qui brille par son originalité, ni un film réussi sous tous les aspects : la force de l’œuvre n’est pas dans son scénario qui fait beaucoup tourner en rond ses personnages, ni dans l’interprétation pauvre de ces derniers servie par un casting sans envie ni passion. En effet, les acteurs pensaient tourner dans une série Z. Mais allons-au delà des costumes kitsch des spationautes, passons sur les quelques effets spéciaux déjà désuets à l’époque, et oublions notre impossibilité à croire en certains décors débordant de cache-misère. Le long métrage de Mario Bava un succès, mais en quoi l’est-il ?

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Mais à quoi pense Barry Sullivan (à droite) ? Rêve-t-il de son glorieux passé de star américaine alors que son collègue espagnol, Angel Aranda (à gauche), interprète comme il peut un personnage préoccupé ?

Plus tard, dans le même document bonus, arrive le sage et raisonné discours du cinéaste et cinéphile Christophe Gans. L’érudit explique ainsi :

« Les gens qui pensent que le cinéma, effectivement, c’est une question d’acteurs, de dialogue, de scénario, évidemment le film ne leur est pas destiné. Il est destiné à d’autres personnes qui s’intéressent beaucoup plus à ce qu’on peut appeler l’acte créatif, dans ce qu’il a parfois de plus spontané, et même de plus pauvre. (…) Bava est seul maître à bord : le film n’existe qu’à travers sa compétence technique et son acte créatif. (…) C’est de la série B à l’os (…) et Bava est l’homme, le seul derrière la réussite de La Planète des Vampires. »

Tout est dit. Regarder La Planète des Vampires, c’est vivre l’expérience de l’acte créatif. Ou comment un seul homme a œuvré sur tous les fronts – des effets spéciaux aux décors en passant par la photographie – pour réaliser son film. Le réalisateur, qui est aussi l’un des cinq co-scénaristes de l’œuvre, est un cinéaste entièrement voué à son métrage. Comme le rappelle le livret fourni dans l’édition, « on sait également que Bava a été amené à terminer seul, en utilisant sa science des trucages optiques, des films dont les réalisateurs avaient déserté le plateau ou s’étaient avérés incapables de boucler le tournage dans les délais impartis, comme La Bataille de Marathon de Jacques Tourneur, ou Les Vampires et Caltiki Le Monstre Immortel, tous deux de Riccardo Freda ». Ainsi le maestro use de toute son imagination pour donner de la matière à son fragile scénario. Il voit aussi en ce projet l’opportunité de travailler la science-fiction, genre qui l’a toujours passionné. Le cinéaste livre ainsi un film qui s’avèrera être matriciel pour la science-fiction et l’épouvante moderne. On peut noter, entre autres, l’arrivée des résidents assassins via la forme de brouillard qu’on retrouvera chez Carpenter et son Fog ; la découverte d’un vaisseau alien contenant les squelettes de ses spationautes extraterrestres géants ainsi qu’un pilote resté sur son siège qu’on retrouvera dans Alien. Mario Bava use de la couleur, de la lumière, de la fumée et de ses trucs et astuces pour créer à lui seul – ou presque, notons la formidable composition musicale – un univers de science-fiction. Le cinéaste créé même un trip dans tous les sens du terme : La Planète des Vampires est un voyage sur une autre planète ; une aventure visuelle hallucinée ; un parcours qui va vous aspirer et vous faire expérimenter une forme de songe…

Remasterisation majestueuse pour une édition solide

Après été célébré au Cannes Classics de 2016 en séance spéciale puis avoir connu une ressortie au cinéma la même année par BAC Films/La Rabbia, La Planète des Vampires nous envoute enfin en vidéo. Le master 4K du film est formidable. Couleurs, lumières, détails et nuances… Le long métrage de Mario Bava, remasterisé par Italian International Film, n’aura jamais été aussi beau. Bien sûr, l’image est si précise que l’on remarque que la couche du sol du vaisseau tend à s’en détacher. Les fils « invisibles » tenant les portes des tombes se révèlent et certains effets spéciaux vous amuseront davantage qu’ils vous exciteront. Le son a bénéficié du même soin. On pourrait toutefois regretter l’absence de la piste américaine du film. N’oublions pas que le personnage principal, le Capitaine Mark Markary, est interprété par l’acteur américain Barry Sullivan, star de nombreux films noirs des années 40’ et 50’. Et disons-le, le doublage italien – soit la « version (dite) originale » – de l’acteur est loin d’être convaincant quand bien même on sait à quel point Sullivan n’était pas du tout convaincu par ce qu’il faisait, jusqu’à ce qu’il fût agréablement surpris, impressionné même, par les images du film.

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Couleurs, lumières, trucages visuels… Voici l’une des grandes images de ‘La Planète des Vampires’.

Du côté des bonus, comptez sur le livret très intéressant fourni dans l’édition pour combler un manque de contenu – notamment informatif – sur la galette Blu-ray. Hormis l’intéressant documentaire d’une trentaine de minutes déjà cité plus haut, Planète Bava, et la version super 8 (et allemande) du film de seize minutes, vous ne trouverez que les bandes-annonces d’époque américaines et allemandes ainsi que celle pour sa nouvelle sortie au cinéma en 2016. Bref, de quoi regretter à nouveau l’absence de la piste sonore américaine du long métrage. Heureusement, le livret est là. Ce dernier revient sur Mario Bava, sa carrière, son parcours atypique lié à celui de son père – auquel il viendra plus tard rattacher son propre fils – et bien sûr sur le développement de La Planète des Vampires. De plus, le livret comprend un retour sur le rapport du film au genre de la science-fiction. Enfin, il contient aussi un intéressant entretien avec Lamberto Bava, fils du cinéaste.

Bande-Annonce – La Planète des Vampires

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

Langues : Français / Italien – Sous-Titres : Français – Son : Mono – Image : 16/9 – 1.85 – Couleur – Durée : 1h26

BONUS

– PLANETE BAVA Un documentaire de Yves Montmayeur (37mn)

avec Nicolas Winding Refn, Christophe Gans, Lamberto Lava, Fulvio Lucisano, Sergio Stivaletti, Gabriele Mayer, Luigi Cozzi

– LA PLANÈTE DES VAMPIRES en super 8 (version allemande) (16mn)

– Film-annonce US – Film-annonce allemand – Film-annonce ressortie 2016

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