La saison 2 d’Outlander s’achevait sur les adieux déchirants de Claire et Jamie, quelques minutes avant le tumulte de la bataille de Culloden, laissant le spectateur en plein suspense. Forcément, l’enjeu de la saison 3 reposait donc sur les retrouvailles tant attendues entre les deux amants, ce qui tenait les fans au supplice !
Synopsis : 16 avril 1746. Alors que la terrible bataille de Culloden éclate, Jamie se prépare à mourir en héros et renvoie Claire dans son époque, en 1948. Après des adieux déchirants, cette dernière, alors enceinte lui, retrouve à contrecœur son premier mari, Frank, avec qui elle s’installe à Boston. Problème : de son côté, Jamie a survécu à la bataille et n’est plus que l’ombre de lui-même, tandis que Claire s’étiole peu à peu dans un mariage qui ne lui convient plus, rongée par le poids du secret et l’amour qu’elle éprouve encore pour son highlander écossais… Les deux « star-crossed lovers » vont-ils se retrouver ?
Une attente insoutenable
Si Outlander fait rêver grâce à ses paysages d’Ecosse magnifiques, son folklore dépaysant, sa musique celtique, son ambiance mystique et ses péripéties haletantes, la série brille avant tout par l’intensité de l’histoire d’amour qu’elle raconte, cette romance aussi passionnée que fusionnelle entre Claire, une infirmière anglaise du XXe siècle, et Jamie, un highlander écossais du XVIIIe. Ces deux amants, séparés par deux cents ans d’Histoire, vibrent au rythme des mésaventures et des obstacles que le destin sème sur leur route pour mettre leur relation à l’épreuve. Ce ressort
scénaristique central, qui reprend le topos romanesque des « star-crossed lovers » (amants maudits par les étoiles), est évidemment la première source de suspense de la série ; il tient le spectateur en haleine en s’amusant à sans cesse séparer et réunir les deux héros, pris au piège des affres d’un amour aussi impossible que torturé. Alors que les premières saisons mettaient en travers de leur chemin un redoutable ennemi (le terrible Jack Randall), ici, c’est la bataille de Culloden qui force à nouveau Claire et Jamie à se désunir. Renvoyée dans son époque en 1948, dans les bras d’un mari qu’elle n’aime plus et enceinte de Jamie, Claire est au supplice et ne parvient pas à oublier l’homme qu’elle a laissé derrière elle, sur le champ de bataille. Dès lors, une question se pose : Jamie a-t-il survécu ? Et surtout, comment les deux amants vont-ils braver la fatalité pour se retrouver ?
A partir de cet instant, la série joue avec nos nerfs en misant sur l’attente, dans les 6 premiers épisodes de sa saison 3. On suit d’une part le retour de Claire dans son foyer, ses retrouvailles -froides- avec Frank, son accouchement, son déménagement à Boston. Perdue et le cœur brisée, elle tente de tourner la page et de recommencer une nouvelle vie ailleurs, loin de l’Ecosse et des souvenirs, même si sa fille Brianna lui rappelle tous les jours l’existence de Jamie. Rongée par le regret et l’incertitude, Claire va de l’avant et garde tant bien que mal son secret pendant près de 20 ans : en apparence, elle forme un couple sans histoire avec Frank, mène une existence respectable, et passe même son diplôme de chirurgien, à une époque où la médecine était encore un bastion réservé aux hommes blancs. A ce titre, la série renoue d’ailleurs avec son féminisme légendaire en montrant à nouveau que Claire s’impose dans un milieu régi par les hommes, schéma qui rappelle le combat qu’elle a dû mener à son arrivée dans l’Ecosse de 1743 pour se faire respecter par une tribu de mâles a priori rustres et misogynes. Le racisme et la différence sont donc des thématiques qui, malgré le changement de décor radical, restent chères à Outlander.
D’autre part, une question nous torture : qu’est-il advenu de Jamie ? Comme Claire, le doute nous tenaille ! La série ne tarde pas à lever le voile sur la question, en nous montrant un Jamie ensanglanté et blessé sur le champ de
bataille, jonché des cadavres de ses compatriotes. Sur lui gît la dépouille de son pire ennemi : Randall. La fin d’une ère. Mais Jamie n’est pas au bout de ses peines. Désormais seul face à un futur incertain, il est rapidement capturé par les Anglais qui voient en lui un traître à la Couronne, un agitateur et un révolutionnaire. Entre moult menaces d’exécution, des années d’exil où il vit reclus en ermite et une longue peine d’emprisonnement, cet homme dévasté par le chagrin souffre et lutte pour se reconstruire dans un monde qu’il considère hostile. A noter que le personnage, muré dans la tourmente, prend un tournant intéressant qui renforce le sentiment d’empathie chez le spectateur. Pour autant, la chance tourne lorsque Jamie se lie d’amitié avec un soldat britannique et retrouve du réconfort dans les bras d’une femme qui lui donnera un fils illégitime, bâtard dont il confiera la garde à un homme de confiance, avant de partir (encore et toujours) monter une affaire à Édimbourg, où il deviendra imprimeur sous le nom d’Alexander Malcolm. Là aussi, 20 ans se sont écoulés.
Des retrouvailles expédiées
S’il était intéressant de voir évoluer en parallèle Claire et Jamie, cet effet d’attente, qui s’étale sur la moitié de la saison, finit par atteindre ses limites. Avouons-le, 6 épisodes pour faire monter l’excitation des fans en vue des retrouvailles de Claire et Jamie, c’est une mise en bouche qui traîne un peu en longueur ! Quel ne fût donc pas notre bonheur lorsqu’enfin Claire, après des années de recherches à travers les archives de (quasiment) toute la planète, retrouve, avec l’aide de sa fille et de son ami historien, la trace de Jamie ! Ni une ni deux, elle repart traverser les pierres, fébrile comme au premier jour de leur rencontre, prête une nouvelle fois à plonger dans l’inconnu. Propulsée deux siècles en arrière, elle réapparaît chez Jamie après une séparation de vingt ans : un choc pour nos deux amants, qui ont du mal à se réapprivoiser. Si la frénésie du moment ravive notre passion pour la série et renoue brièvement avec le romanesque de la saison 1, il s’en faut peu pour que la magie de cet instant tant attendu retombe comme un vieux soufflé.
Car problème : lorsqu’une série repose presque intégralement sur un couple confronté à l’adversité de la séparation, que faire pour donner du rebond à l’action quand l’enjeu central disparaît ? Une fois réunis, Claire et Jamie retombent rapidement dans leur « routine », et risquent d’être ennuyeux, écueil dont Outlander avait visiblement peur, puisqu’à peine les deux époux ont-ils le temps de se retrouver, que les péripéties les plus rocambolesques viennent à nouveau perturber leur bonheur fragile. La série craignait-elle de se figer dans l’immobilisme ? Toujours est-il qu’il transparaît dès lors une volonté démesurée de divertir qui enlève tout cachet à la suite de la saison, embourbée dans un amas de sous-intrigues aussi ridicules que décevantes, qui trahissent la nature même d’Outlander.
Le naufrage
Exit l’atmosphère mystérieuse et brumeuse de l’Ecosse : dans cette seconde moitié de saison, Claire et Jamie, qui doivent faire face au kidnapping brutal de leur neveu par des marins portugais, s’embarquent pour un grand périple à bord d’un navire censé les emmener jusqu’aux Caraïbes… Commence alors une succession de rebondissements qui, au lieu de nous faire vibrer, lassent rapidement par leur caractère outrancier, artificiel mais surtout répétitif, avec la reproduction de motifs scénaristiques éculés. Pour n’en citer que quelques uns : chasse au trésor,
séquestration de Claire sur un navire ennemi, énième séparation du couple, épidémie de typhus, naufrage de Claire sur une île déserte, 150ème arrestation de Jamie, cérémonie tribale dans la jungle africaine, sacrifices humains, prophétie à dormir debout, commerce triangulaire, tempête déchaînée et 2ème naufrage… La série rompt avec sa tradition romanesque pour nous emmener dans un univers à la croisée des mondes entre Pirates des Caraïbes et Robinson Crusoé, tentant de dissimuler le vide narratif et l’absence d’enjeux profonds par de vaines péripéties qui finissent par avoir raison de notre patience.
Même les derniers épisodes, qui réunissent à nouveau Claire et Jamie et qui font resurgir des fantômes du passé (l’étrange et dangereuse Geillis) tout en essayant de raviver le faste des saisons précédentes avec notamment une scène de bal qui fait écho à la scène versaillaise de la saison 2, ne parviennent pas à faire oublier le fiasco de cette fin de saison, incontestablement ratée… Dommage de nous avoir fait patienter fébrilement pendant 6 épisodes pour au final nous noyer sous une avalanche de rebondissements qui bafouent en tous points le fondement identitaire d’Outlander. Avec une ouverture qui laisse présager une saison 4 sous de nouveaux auspices pour Claire et Jamie, échoués sur le continent américain (en Virginie), reste à espérer que l’intrigue reprenne une voie plus authentique, mais tout porte à croire que le show se dirige de plus en plus vers une série d’aventures. Un virage à 360° qui pourra laisser certains fans de la première heure sur le bas côté, même si Outlander peut éventuellement partir à la conquête d’un nouveau public.
Outlander saison 3 : Bande-annonce VO
Outlander : Fiche technique
Création : Ronald D. Moore, d’après les romans de Diana Gabaldon
Réalisation : Brendan Maher, Jennifer Getzinger, Norma Bailey, Jennifer Getzinger, David Moore, Charlotte Brändström, Matthew B. Roberts
Interprétation : Caitriona Balfe (Claire Randall Fraser) ; Sam Heughan (James « Jamie » Fraser) ; Tobias Menzies (Frank Randall) ; Sophie Skelton (Brianna « Bree » Randall Mackenzie Fraser) ; John Bell (Ian Murray Jr.) ; Richard Rankin (Roger Wakefield)…
Décors : Jon Gary Steele
Costumes : Terry Dresbach
Photographie : Michael Swan, Neville Kidd, Stephen McNutt
Montage : Michael O’Halloran, Liza Cardinale, Melissa Lawson Cheung
Musique : Bear McCreary
Genres : Drame, Romance, Fantasy, Aventure, Historique
Diffuseur : Starz (Etats-Unis), W Network (Canada), Netflix (France)
Format de la saison : 13 épisodes de 60 minutes
Dates de diffusion en France : 11 septembre 2017 – 11 décembre 2017
Etats-Unis / Royaume-Uni- 2017





personnage inventé de toutes pièces se confronte à la réalité de notre monde (déjà vu mille fois) et sa joute avec Jean-Pierre Bacri en faux Père Noël nous décroche quelques zygomatiques. Toutefois, le désordre arrive rapidement comme un leitmotiv et il est nécessaire qu’il retourne toute une pharmacie pour être mis en garde à vue. Les intérieurs commissariat sombres bleutés stimulent le regard, mais le duo du Palmashow est bien fade et leur seule incursion humoristique consiste à feindre une préparation collective d’intervention pour… le repas de Noël ou insinuer une homosexualité. Dès l’arrivée du personnage de l’avocat joué par Pio Marmaï, et surtout son frère en petite frappe magicien, on assiste à une cohue incohérente. On est très vite amené dans l’intimité de sa famille, avec deux enfants qui jouent excellemment bien (deux révélations !) et une femme au foyer dépassée par les événements. Golshifteh Farahani, première actrice franco-iranienne à jouer dans un film américain avec Mensonges d’Etat en 2008, était habituée aux rôles dramatiques en tournant avec Garrel, Honoré ou Jarmusch. Elle change pour la première fois de registre avec le « monument français » (selon ses propres mots) Chabat. Malheureusement, par faute d’écriture plus que d’interprétation, son personnage n’est que prétexte, tout comme son mari qui ne fait que de beugler, ou bramer pour reprendre un vocabulaire plus adéquat. Après son frère qu’il ne fait que protéger, après Santa qui surgit en plein milieu de la nuit dans la chambre… L’arc narratif du frère voleur et profiteur n’ayant
jamais écrit au Père Noël est plus que mal construit, il est inutile. Les événements s’enchaînent donc sans logique, de manière brouillonne et quasi bouffonne. A cause du rythme fourre-tout, les réparties comiques se noient dans un ersatz de film d’action, ou ont déjà été vues dans la bande-annonce. On n’a pas le temps de comprendre, comme par un souci de vitesse que Chabat confond avec précipitation, la subtilité des dialogues, à condition que toutefois il puisse y en avoir. On se rappellera de « La prison ? Oh ça va, c’est moi qui ai inventé le Monopoly, donne moi deux dés, je fais un double et je sors »… C’est à peu près tout, la blague du « cochon dinde » étant rapidement oubliée. « Houn Houn ? » (la petite essaie de répondre au renne), « Ah non, tu viens de dire veux-tu un yaourt à la fraise ? C’est con parce que maintenant il en veut un ». L’interpellation de la mère asiatique pour une photo est bien trouvée (le Père Noël est international et connait tout le monde), mais le dialogue pauvre. Fainéantise ? La fin de Santa & Cie aura le mérite de nous faire découvrir le
Au fort accent nullesque (la scène du repas où Santa s’étonne de la violence à la télé – avec un cri de Wilhelm – fait écho au sketch « Histoire de la Télévision », la scène devant le cinéma du couple qui sort enfin – inutile – ne sert qu’à faire revivre La Cité de la peur le temps de quelques titres sans queue ni tête, si vous voyez Red is Dead! …), Santa & Cie se regarde avec la conscience des références cheap, le mordant en moins, la tendresse peut-être et quelques sourires en plus, mais ne convainc personne, si ce ne sont petits en mal d’aventure en carton. A demi-absurde par la confrontation réalité / fiction pas complètement assumée, le réalisateur acteur scénariste humoriste se repose sur ses acquis sans aucune prise de risque, au risque justement de sombrer dans un désordre bessonien le plus profond. Si les bonnes surprises sont à attraper telles des bulles de savon aussitôt éclatées, la mauvaise règne en maître. 
Les Gardiennes est d’abord un fil de saisons qui défilent, d’attente, d’espoir, de désir. Ce n’est pas un film bavard, mais plutôt un film contemplatif, qui emprunte à l’esthétique d’un tableau comme
Et puis il y a les hommes qui parfois reviennent du front en permission, mettent leur grain de sel dans les affaires que les femmes font pourtant tourner du mieux qu’elles peuvent en leur absence. Ils sont là avec leurs démons, l’impossibilité de faire face à ce qu’ils ont vécu. Beauvois les filme comme des animaux étranges, souvent trop étrangers au foyer qu’ils retrouvent, comme les pièces manquantes d’un puzzle qui ne viendraient pas tout à fait compléter celles déjà assemblées. Ils sont un peu trop frais et propres sur eux parfois, si bien qu’on n’a pas toujours l’impression véridique qu’ils reviennent du combat, mais c’est un détail. Car dans ce rythme lent, posé, doux et cette esthétique très naturaliste que présente Beauvois, il y a aussi beaucoup de beauté, d’humanité. Les femmes sont présentés comme mille facettes de l’être humain et de ses contractions. Les Gardiennes ne renonce donc pas à aller jusqu’à sonder la noirceur des âmes, même dans l’apparence quiétude du paysage, lui aussi omniprésent. Les saisons défilent et la neige revient toujours s’étaler dans toute sa blancheur, ignorant les souffrances de la terre, de la chair, des esprits. Francine s’affirme peu à peu, se découvre, s’enthousiasme, tombe de haut et devient un personnage à part entière, passionnant et touchant. Elle tente tant bien que mal de trouver sa place, donnant de la voix, du corps, de la vie dans tous les actes qu’elle pose. Et c’est avec respect et humilité que Xavier Beauvois filme une page d’histoire. Les Gardiennes n’est pas particulièrement féministe, bien qu’il mette à l’honneur des personnalités de femmes affirmées, endossant aussi bien des rôles assignés à la gent féminine que des travaux plus régulièrement assignés aux hommes, c’est un film humaniste avant tout. Les femmes y sont duelles, elles sont un ensemble en apparence solidaire, qui peut s’éparpiller à tout moment et dont la destinée est scellée par celle des hommes qui se battent et qui tombent au champ d’honneur. La paix revient avec ses espoirs de changement, mais c’est pourtant la vie qui est à reconstruire. Il y a dans l’attente que filme Xavier Beauvois, quelque chose de presque mystique, en tout cas c’est avec fluidité et grandeur qu’il pose sa caméra sur ces terres nourricières que la guerre n’a pas rendues complètement stériles. Au final, ce sont beauté et lumière qui de ce dégagent de cette œuvre délicate et sensible. On en ressort plus qu’apaisés.






