Mi-décembre 1989, quelques jours avant la chute du mur du Berlin, retour sur les péripéties d’espions traquant agent double et liste secrète. En bref, Atomic Blonde sort en Blu-ray chez Universal. Au programme : une espionne bcbg défilant dans un récit hasardeux.
Synopsis : 1989 – Quelques semaines avant la chute du bloc URSS. L’agent Lorraine Broughton est une des meilleures espionnes du service de renseignement britannique, le MI-6. Envoyée seule à Berlin pour récupérer un dossier de la plus haute importance, elle s’associe à David Percival, le chef de station locale ; dans cette ville au climat très instable, commence alors un jeu d’espions des plus meurtriers…
Charlize Theron et sa garde-robe défilent à Berlin
Charlize Theron interprète Lorraine Broughton. Cette dernière, censée être l’une des meilleures espionnes des services secrets britanniques, ne cesse d’être repérée. En effet, sa couverture était déjà démasquée lors de son arrivée, et peut-être même avant. Lorraine n’est pas contente, elle s’en plaint beaucoup. Il faut dire que se faire passer pour une avocate avec un look de mannequin sent bon le paradoxe. Lorraine arrive avec une petite valisette et un sac à l’aéroport. Elle a fait expédier ses autres bagages à l’hôtel. Une importante garde robe bon chic bon genre l’attend dans sa chambre. Charlize Theron répétait peut-être sans cesse aux producteurs qu’elle rencontrait : « Marre du désert et des vroum vroum de George ! ». Ainsi notre Atomic Blonde s’habille, se déshabille, ou joue l’entre deux d’une petite tenue chic. Des neons bleux, des néons violets, des néons partout et pour tout, une musique pop’n’cult de Nina Haggen et Charlize défile sous prétexte d’espionner on-ne-sait-qui dans on-ne-sait-quel-lieu pour on-ne-sait-quelles-obscures-raisons.
Le script du scénariste de 300 est un beau bordel. Et encore, celui qu’on voit à l’écran. Le récit du film tente, via une forme déconstruite (non linéaire), de faire passer des vessies pour des lanternes. Atomic Blonde est narrativement chaotique, pas pour sa non linéarité (le monde du cinéma n’a pas attendu ce long métrage pour travailler cette construction et la faire briller), mais pour son manque de rigueur. Ce dernier sera flagrant lors du jeu de révélations finales qui mettront en exergue la fausse complexité d’un récit pourtant très simple.
Charlize Theron a une garde robe préparée pour toutes les occasions. Notez ici l’influence de l’une des tenues et postures de Michelle Pfeiffer dans ‘Scarface’ de Brian de Palma.
Le réalisateur David Leitch fait de son mieux pour mettre en place son jeu d’espionnages, de faux-semblants, de trahisons, et de bagarre. Mais les limites de son spectacle sont rapidement exposées par ses contradictions : on remarquera la mise en place de la psychologie de comptoir de son héroïne qu’il essaye de rendre cool ; cela tout en réalisant une esthétique léchée créant un espace de modélisme pour Charlize Theron ; la même actrice devra toutefois participer à sa tentative de (sur)naturalisme des combats (on retiendra son plan séquence comme une danse plutôt qu’une bataille). Hélas, le jeu génial de James McAvoy n’éclairera pas davantage le long métrage de Leitch. Quant au placement du récit de genre dans un contexte historique complexe par l’usage (trop) important de la Pop Culture, cela expose les directions ambivalentes de Berlin, ville tranchée en deux, bien des décennies plus tôt. Toutefois, le Pop participe davantage à la « coolitude » des personnages et de l’ambiance classy-fighty, ainsi qu’à la facilité de capturer l’attention nostalgique du spectateur, plutôt qu’à une véritable réflexion sur la grande Histoire qui traverse le film.
Atomic Blu-ray
L’édition proposée par Universal est soignée : image et son formidables concernant le film ; et nombreuses featurettes promotionnelles/making-of. Notons que la version française n’est pas en HD. Édité en DTS 5.1, le son de la VF reste toutefois correct.
Audio : Anglais, Allemand DTS:X Master Audio, Français, Italien DTS Digital Surround 5.1, Anglais Dolby Digital 2.0
Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Néerlandais, Français, Allemand et Italien
CARACTERISTIQUES TECHNIQUES DU Blu-ray 4K + Digital
Image : 2.40:1 – 16/9 Widescreen / Durée : 1h54
Audio : Anglais DTS:X Master Audio, Portugausi, Français (européen et canadien), Espagnol DTS Digital Surround 5.1
Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Portugais, Néerlandais, Français (européen et canadien) et Espagnol
Bonus DVD, Blu-ray + Digital, Blu-ray 4K + Digital : Scènes coupées – Versions longues / Bienvenue à Berlin / Les blondes ont plus de cran / Le maître de l’espionnage / Anatomie d’une scène de combat / Histoire en mouvement : l’agent Broughton / Histoire en mouvement : la poursuite
A peine échaudé par le flop du Ghostbuster de 2016, Sony en remet une couche en produisant Jumanji : Bienvenue dans la Jungle. Mais il-y-a Dwayne Johnson dans le film! Qu’est ce qui pourrait mal tourner?
Alors suite ? Remake ? Reboot ? À la fois tout et rien de cela. Ce nouveau Jumanji n’entre même pas dans la nouvelle catégorie des legasequels, où les nouveaux personnages marchent sur les traces de leurs ainés tout en les rencontrant (type Le réveil de la force ou La vengeance de Salazar). Au final, le film aurait pu s’appeler Bienvenue dans la jungle, sans être obligé de se greffer arbitrairement sur Jumanji. Il aurait pu lui rendre hommage, comme à d’autres films d’aventures jeunesses, sans pour autant se bloquer dans une mythologie dont il semble se contrefoutre (le nom d’Alan Parish est prononcé une fois dans le film). Mais voilà, l’heure est à la nostalgie commerciale, et malgré les échecs que cette stratégie peut engendrer (souvenons nous de l’accueil réservé à Ghostbusters version 2016), les studios semblent toujours sûr de tenir un filon juteux. Nous verrons si cela paye, mais vu la qualité du bousin, nous pouvons émettre quelques doutes, car même s’il ne rentre dans aucunes des catégories susnommées, le film ne sort pas de nul part.
Hasard du calendrier, si le film était sorti en janvier, tout le monde s’en foutrait. Mais il est sorti en décembre et donc tombe à pic pour faire le bilan d’une année blockbuster particulièrement pauvre en inventions visuelles et audaces scénaristiques. Jumanji : Bienvenue dans la Jungle aurait pu être le genre de long-métrage prompt à finir rapidement dans les bacs à 10 euro de la FNAC qu’un acheteur non averti prendrai juste pour compléter son offre de 5 DVD pour 30. Mais tel le Statham du riche, Dwayne Johnson nous a offert pas moins de trois films avec sa tronche sur l’affiche (Fast & Furious 8, Baywatch et celui-ci), une telle générosité ne peut laisser indifférent. Ainsi, ce n’est que justice de faire de lui le symbole de cette année 2017.
Un jeu inoffensif
Alors oui, Dwayne Johnson est cool et a l’air super sympa. Mais il faut admettre que sa filmographie, à base de musculature prise au second degré, commence un peu à tourner en rond. Même son superbe lever de sourcil ne surprend plus personne. Et cet énième long-métrage action/aventure à sa gloire n’offre rien de nouveau à ce niveau- là. Si l’argument body swap du film aurait pu nous laisser le doute quand à une éventuelle prise de risque, nos ardeurs (minimes avouons-le) sont vites refroidies. Passé l’introduction qui nous présente un quatuor d’ados cliché sorti d’un mauvais remake de Breakfast club, les stars censées les représenter dans le jeu semblent oublier rapidement leur rôle pour revenir dans leur zones de confort. Johnson fait du Johnson, Kevin Hart fait du Kevin Hart, Karen Gillian fait des high kick et Jack Black force sur les aiguës. Nous pouvons toujours essayer de creuser vers une critiques acide des représentations normées dans le jeu vidéo, mais le film est tellement inoffensif que le gag le plus discursif est la présence de Nick Jonas dans le rôle d’un mec ringard des années 90. Quelle dérision !
Ne sortant jamais des sentiers battus, ce Jumanji 2.0 finit par embarrasser avec ses appels du pied insistants dirigés vers la génération youtube. Problème : le quatuors de quinquagénaires chargé du scénario n’a, au pire, jamais touché une manette, au mieux, pas encore admis que la génération 16 bits a presque vingt ans dans la tronche. Et vu la qualité du scénario, essayer de leur expliquer qu’un jeu vidéo n’est pas qu’une histoire de niveaux à passer, d’ items à ramasser ou encore de PNJ limités en interactions, ressemble à une bataille déjà perdue d’avance. Ils auraient pu jouer sur le principe de mort/résurrection qu’avait si bien utilisé Doug Liman dans Edge of Tomorrow pour offrir au réalisateur l’occasion d’un montage ludique. Les scénaristes auraient pu profiter du point de départ pour doubler l’histoire avec une autre intrigue où les avatars prendraient le corps des joueurs dans le monde réel (et ainsi éviter de sacrifier facilement un casting de jeunes premiers auxquels on a pas le temps de s’attacher). Plus simple encore, équilibrer les compétences de chacun des personnages aurait permis d’ offrir au moins un vrai film d’aventure qui lorgnerait plus du côté d’Indiana Jones que de Flynn Carson.
Excès de confiance
Mais les scénaristes ont ce nouveau truc imparable pour nous faire plaisir : l’humour méta. Passage obligé de toute comédie américaine récente, les films doivent maintenant être self-conscious. Donc nous regarder droit dans les yeux toute la séance et nous bombarder de clins d’œil pour nous faire comprendre qu’ils savent très bien que ce qu’ils font est débile. Mais puisque c’est fait exprès, c’est forcément drôle ! Comme c’est pratique. Plus besoin aujourd’hui d’essayer de rendre l’impossible vraisemblable, puisque de toute façon même les personnages ne croient plus ce qu’ils vivent. La post-modernité est enfin poussé à son seuil maximal de rentabilité… Chouette !
Sauf que ce qui était autrefois une marque de respect envers le spectateur plus vraiment dupe commence de plus en plus à ressembler à de la paresse créative. Inutile de créer un univers cohérent, puisque d’entrée de jeu on nous annonce qu’il est factice. Pourquoi développer des personnages quand ceux-ci n’ont d’autre intérêt que d’être des caricatures ? Pourquoi expliquer certains point d’intrigues puisque les fans combleront les trous eux-mêmes avec leur imagination (oui Star Wars 8 je te met dans le même panier) ? Au final, pourquoi écrire un scénario, puisqu’il suffit de mettre bout à bout des péripéties sans queue ni tête tout en insistant sur le « second degré » ? À l’ère de la spoilerophobie, où le scénario est tellement vénéré que la moindre révélation ternirait son éclat, voire une telle paresse intellectuelle à l’œuvre relève du paradoxe vertigineux.
Mais quand les effets numériques n’impressionnent plus personne et que les réalisateurs baissent les bras face à des producteurs de moins en moins sûrs d’eux, il ne reste que l’histoire pour divertir. Sauf que même les scénaristes se contentent de signer à huit ou douze mains des intrigues bancales pour encaisser leur chèques et comblent leur lacunes par un second degré prétentieux. Voilà l’état du blockbuster en 2017 et voici ce qu’est Jumanji : Bienvenue dans la jungle. Le filon du combo action/humour/méta s’est trouvé bien vite épuisé, et avec les possibilités vendues par les acteurs du numériques depuis des années, il serait peut-être intéressant de passer à autre chose. Pour que le cinéma ne reste pas cet espace cynique qu’il est devenu, mais redevienne une porte vers tout les possibles et tout les imaginaires. Nos enfants aussi ont le droit d’avoir leur machine à rêve. Question de santé artistique : dites non au cynisme!
Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Bande-annonce
Synopsis : Le destin de quatre lycéens en retenue bascule lorsqu’ils sont aspirés dans le monde de Jumanji. Après avoir découvert une vieille console contenant un jeu vidéo dont ils n’avaient jamais entendu parler, les quatre jeunes se retrouvent mystérieusement propulsés au cœur de la jungle de Jumanji, dans le corps de leurs avatars. Ils vont rapidement découvrir que l’on ne joue pas à Jumanji, c’est le jeu qui joue avec vous… Pour revenir dans le monde réel, il va leur falloir affronter les pires dangers et triompher de l’ultime aventure. Sinon, ils resteront à jamais prisonniers de Jumanji…
Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Fiche technique
Titre original : Jumanji : Welcome to the Jungle
Réalisation : Jake Kasdan
Scénario : Zach Helm, Chris McKenna, Jeff Pinkner, Scott Rosenberg et Erik Sommers, d’après Jumanji de Chris Van Allsburg
Direction artistique : Steve Cooper
Décors : Owen Paterson
Costumes : Laura Jean Shannon
Photographie : Gyula Pados
Montage : Steve Edwards
Musique : Henry Jackman
Production : Ted Field, William Teitler, Matthew Tolmach et Mike Weber
Coproduction : Hiram Garcia
Production déléguée : Lauren Selig
Sociétés de production : Matt Tolmach Productions, Radar Pictures, Seven Bucks Productions et Sony Pictures Entertainment
Sociétés de distribution : Columbia Pictures (États-Unis), Sony Pictures Releasing France (France)
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm
Genre : fantastique, aventure
Durée : 119 minutes
Dates de sortie : France : 20 décembre 2017 – États-Unis : 22 décembre 2017
Avec un film presque entièrement à hauteur d’enfants dans un décor à la Disneyland qui ressemble plus à un cauchemar qu’à un conte de fée, Sean Baker fait de The Florida Project une œuvre percutante où règne l’envie d’en découdre avec la vie.
Une petite fille fantastique
Présenté cette année à Cannes (à la Quinzaine des réalisateurs), The Florida Project décrit l’envers du rêve américain. L’intrigue se déroule en effet dans un immeuble coloré, à l’ombre de Disney, où tentent de grandir des jeunes filles en fleurs et leurs camarades masculins. Cet enfer sur terre (on y voit brûler des maisons abandonnées, repères de camés) ressemble à un vaste terrain de jeu pour des enfants paumés à la tête desquels sévit Mooney, 6 ans. Cette petite gamine au caractère bien trempé est portée par la gouaille impressionnante de la toute jeune Brooklynn Prince. Pas de princesse ici, mais une mère dépassée et immature qui distille pourtant de l’amour en pagaille. C’est un gardien tendre et attendrissant (Willem Dafoe) qui veille sur tout ce petit monde, comme il peut. Il est un peu gauche, un peu impressionné par Mooney et ses « 400 coups », par la mère aussi et ses erreurs. L’ambiance est donc aussi guimauve en apparence que le lieu plutôt glauque (car gangrené par le manque d’argent) est masqué sous des couches de peintures colorées, car les touristes atterrissent non loin de là. Au jeu de la débrouille, Mooney s’en sort brillamment réussissant toujours à se faire payer une glace pour trois (elle et ses deux copains) par un pigeon de passage.
« La beauté, on dit qu’elle est dans l’œil de celui qui regarde »
Le film adopte donc le rythme de Mooney, son insolence, son intelligence, sa désinvolture, mais sans rien épargner du monde des adultes. La caméra de Sean Baker ne lésine jamais sur les plans larges et colorés, ni le montage sur la répétition du quotidien de Mooney et sa mère dans cet hôtel où elles sont en transition depuis bien trop longtemps. Si la fougue de Mooney est attendrissante, celle d’Harley, la mère, passe pour de l’irresponsabilité. On en perd son âme d’enfant. Car tout le film joue sur le contraste entre l’enfance et les responsabilités, entre la magie Disney et la crasse ambiante. Les rênes sont lâchés et Sean Baker ne se refuse rien, pas même la retenue, quitte parfois à se noyer dans le pathos. Cependant, la prestation des formidables acteurs, le destin écrasé et solitaire de ces personnages vaut bien la peine que tous les éclats du monde leurs soient rendus au cinéma. Déjà, les héroïnes de Tangerines étaient énervées et indépendantes, et ce n’est pas Mooney qui crachera sur ce désir d’envol, même les ailes coupées en plein décollage.
The Florida Project : Bande annonce
The Florida Project : Fiche technique
Synopsis : Mooney a 6 ans et un sacré caractère. Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney World, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents. Ses incartades ne semblent pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère. En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien.
Réalisateur : Sean Baker
Scénario : Sean Baker, Chris Bergoch
Interprètes : Willem Dafoe, BriaVinaite, Landry Jones, Brooklynn Prince, Valeria Cotto, Christopher Rivera, Macon Blair, Aiden Malick
Photographie : Alexis Zabe
Montage : Sean Baker
Producteurs : Sean Baker, Chris Bergoch, Alex Saks, Kevin Chinoy, Francesca Silvestri, Shih-Ching Tsou
Société(s) de Production : Cre Films, June Pictures
Distribution : Le Pacte
Genre : Comédie dramatique Date de sortie : 20 décembre 2017
Ce mercredi 13 décembre est sorti un coffret consacré à Preston Sturges. Edité chez Wild Side, l’objet contient trois Blu-ray, six DVD et un livre grand format. Son objectif : vous faire (re)découvrir le cinéaste Preston Sturges qui était, dans les années 40, le « King of Comedy » !
Preston Sturges, un grand cinéaste méconnu en France
Avec la sortie de ce coffret, Wild Side invite à redécouvrir un cinéaste conséquent, Preston Sturges. Premier des scénaristes d’Hollywood à avoir accès à la réalisation de ses propres scripts, Sturges permet ainsi à toute une vague de screenwriters de devenir des cinéastes auteurs (dans le contexte américain du terme, l’auteur est scénariste et réalisateur) : Orson Welles, Billy Wilder et tant d’autres. Il est aussi, avec Orson Welles, le cinéaste le plus prolifique de l’époque. Et pourtant, comme le note Marc Cerisuelo, professeur d’esthétique du cinéma et biographe du filmmaker, Orson Welles est davantage connu et célébré en France que Sturges. Lorsque la Seconde Guerre Mondiale prend fin, plusieurs années de cinéma américain débarquent dans l’Hexagone et sont découvertes. Bazin remarquera l’oeuvre de Preston Sturges qui délaisse la screwball comedy des années 30 pour revenir vers des formes et motifs burlesques. Toutefois, Welles traverse ici les mémoires du cinéma tandis que le « King of Comedy » est rapidement oublié. Après des mésententes avec des producteurs et quelques échecs dans la deuxième moitié des années 40, Sturges est écarté du milieu hollywoodien, tandis que Welles poursuit sa prestigieuse carrière parfois troublée par des échecs commerciaux et/ou critiques dans les pays anglosaxons. De plus, le réalisateur de Citizen Kane est soutenu par la critique française (des Cahiers du Cinéma), notamment par (son créateur), André Bazin. Plus tard, le roi de la comédie écrit deux films vers la moitié des années 50 dont un qu’il réalise, Les Carnets du Major Thompson, échec qui marquera la fin de la carrière du cinéaste qui sera progressivement oublié en France.
La (re)découverte de ces films s’avère être une bouffée d’air frais. Entre contes moraux/philosophiques, burlesque des corps et des mots et drame démarrant avec des figures archétypales de plus en plus complexes et donc humaines, les (grands) films de Preston Sturges constituent une subtile et conséquente peinture de l’Amérique « de Papa ». Un riche portrait qui en influencera bien d’autres, de La Mort aux Trousses d’Hitchcock aux frères Coen et leur O’Brother Where Are Thou, dont le titre est directement tiré des Voyages de Sulllivan de Sturges.
Extrait – Les Voyages de Sullivan (Sullivan’s Travels, 1941)
Une célébration prestigieuse : quelques mots sur le coffret
Le coffret édité par Wild Side constitue une belle et consistante introduction dans le cinéma de Preston Sturges. Chacun des six films est accompagné d’une présentation individuelle duspécialiste Marc Cerisuelo. Le coffret contient un riche entretien avec le théoricien. Entrevue d’une durée de trente minutes qu’on aurait appréciée bien plus longue. La découverte est aussi enrichie par un livre exclusif d’un peu plus de 180 pages « rassemblant à la fois un texte inédit de Philippe Garnier (ainsi que des textes sur chacun des films), la biographie de Preston Sturges signée Marc Cerisuelo et un album photo dédié à chacun des films, tiré d’archives rares ». Concernant l’édition des films, on alterne entre des remasterisations de grande et très bonne facture (sur quatre films), et de moyenne/basse qualité (concernant deux métrages). Pour plus de détails, vous êtes invités à lire le test précis de retro-hd.com. Wild Side présente ainsi un coffret très réussi dans l’ensemble, qui fait honneur à l’initiative de l’éditeur de faire (re)découvrir des oeuvres et cinéastes loin d’occuper les nombreux et différents espaces de médiations d’aujourd’hui. Toutefois, le prix de lancement de 119,99 euros pour un coffret six films (3 Blu-ray + 6 DVD) + bonus + livre pourrait en rebuter certains.
Extrait – Héros d’occasion (Hail the Conquering Hero, 1944)
Synopsis et caractéristiques vidéo des six films
Le Gros Lot (Christman in July, 1940), avec Dick Powell, Ellen Drew et Raymond Walburn : en participant à un concours de slogans, le jovial Jimmy MacDonald ne sait pas encore que sa vie est sur le point de basculer. Contre toute attente, il remporte le gros lot, soit les 25 000 dollars promis au vainqueur. Généreux et altruiste, celui-ci décide de couvrir de cadeaux sa fiancée Betty ainsi que tout son entourage. Hélas, Jimmy est loin de s’imaginer qu’il est victime d’une mauvaise blague et que cette fortune n’est qu’éphémère… Durée : 1h04 en DVD – 1h07 en Blu-ray.
Les Voyages de Sullivan (Sullivan’s Travels, 1941), avec Joel McCrea et Veronica Lake : John L. Sullivan, riche et brillant metteur en scène d’Hollywood, en a assez du ton léger de ses films. Il souhaite à présent mettre en lumière la face cachée de l’Amérique, à savoir la misère qui touche une grande partie de la population. Pour mener à bien ce projet, celui-ci décide d’adopter les codes ainsi que le mode de vie d’un vagabond. Durant don périple, il fait la rencontre d’une jolie jeune femme qui l’accompagnera et lui prodiguera de judicieux conseils. Malheureusement pour Sullivan, la dure réalité va le frapper de plein fouet, lui faisant vivre une expérience plus difficile qu’il ne l’imaginait. Durée : 1h28 en DVD – 1h31 en Blu-ray.
Un cœur pris au piège (The Lady Eve, 1941), avec Barbara Stanwyck et Henry Fonda : Charles Pike, riche héritier, revient d’un long voyage en Amazonie. Sur le bateau le ramenant à New-York, il croise la belle et mystérieuse Jean Harrington, fille d’un riche magnat de l’industrie pétrolière. Dès le premier regard, un jeu de séduction s’installe et le jeune homme, très vite charmé, ne s’aperçoit pas que la jolie demoiselle est sur le point de lui jouer de bien mauvais tours… Ironie du sort, Jean se retrouve bientôt prise à son propre jeu mais l’aventurière n’a pas encore abattu sa dernière carte… Durée : 1h30 en DVD – 1h34 en Blu-ray.
Extrait – Madame et ses flirts (The Palm Beach Story, 1942)
Madame et ses flirts (The Palm Beach Story, 1942), avec Claudette Colbert et Joel McCrea : Gerry et Tom Jeffers s’aiment passionnément, malheureusement leur situation financière est critique. Préoccupée par ses difficultés pécuniaires et voulant aider son mari, inventeur, à trouver les fonds nécessaires pour lancer son dernier projet, Gerry décide de le quitter par amour. Elle est bien déterminée à rejoindre Palm Beach afin d’y rencontrer un homme riche qui pourra rembourser toutes ses dettes et résoudre les problèmes d’argent du couple. Tom, ne comprenant pas l’attitude de sa femme, se lance à sa poursuite. Durée : 1h26 en DVD – 1h28 en Blu-ray.
Héros d’occasion (Hail the Conquering Hero, 1944), avec Eddie Bracken, Ella Raines : fils d’un soldat émérite disparu au combat, Woodrow Truesmith n’ose dire à sa mère qu’il a été réformé. Lorsque celui-ci fait la connaissance de véritables marines, le jeune homme se voit contraint de revenir dans sa bourgade natale. Accueilli en véritable héros de guerre, partagé entre la culpabilité et la volonté de ne pas décevoir ses proches, il se retrouve prisonnier de ses propres mensonges, tous plus farfelus les uns que les autres. Jusqu’au jour où les villageois exhortent le jeune homme à se présenter aux élections municipales. Durée : 1h38 en DVD – 1h41 en Blu-ray.
Infidèlement vôtre (Unfaithfully yours, 1948), avec Rex Harrison et Linda Darnell : Sir Alfred Carter, chef d’orchestre dont la renommée n’est plus à faire, est éperdument amoureux de sa femme. Lorsqu’un détective lui apprend que celle-ci l’a trompé avec son secrétaire, le monde s’écroule sous ses pieds. Ébranlé par la nouvelle mais stimulé par son désir de vengeance, le maestro imagine alors en plein concert trois façons différentes de laver cet affront, transcendé par la musique de Rossini, Wagner et Tchaïkovski… ! Une fois la représentation terminée, il ne lui reste plus qu’à passer à l’acte… Durée : 1h40 en DVD – 1h45 en Blu-ray.
Caractéristiques techniques DVD : Master restauré – Format image : 1.33 (1.66 pour Indidèlement vôtre), 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Anglais DTS. 2.0 & Dolby Digitial Mono – Sous-titres : Français
Caractéristiques techniques Blu-ray : Master restauré – Format image : 1.33 (1.66 pour Indidèlement vôtre) – Résolution film : 1080 24p – Format son : Anglais DTS Master Audio Mono – Sous-titres : Français
6 films majeurs, à la fois en DVD (6 disques, incluant les compléments) et en Blu-ray (3 disques – 2 films/disque)
COMPLÉMENTS :
– Entretien avec Marc Cerisuelo, auteur du livre Preston Sturges ou le Génie de l’Amérique (30′)
– Présentations individuelles des 6 films par Marc Cerisuelo
+ Livre exclusif grand format (24x30cm à l’italienne) de 188 pages, rassemblant à la fois un texte inédit de Philippe Garnier (ainsi que des textes sur chacun des films), la biographie de Preston Sturges signée Marc Cerisuelo et un album photo dédié à chacun des films, tiré d’archives rares.
Prix public indicatif : 119,99 Euros le Coffret 3 Blu-ray + 6 DVD + Livre
Portés par le souffle LGBT, les BL dramas asiatiques s’offrent une échappée belle dont la romance Addicted Heroin est l’un des exemples les plus séduisants. Une web-série gay chinoise écrite par Chai Jidan et qui, malgré la censure, reste l’une des mieux notées sur la toile !
Ces dix dernières années, les dramas asiatiques BL (comprendre Boys Love) connaissent un foisonnement sous l’impulsion de la tendance LGBT, des romans gays ou des mangas Yaoi. Parmi ces séries très inégales et manquant souvent de subtilité, Addicted Heroin sort du lot. Malgré des moyens modestes, ce drama chinois est de ceux qui parviennent à émouvoir et à faire sourire, avec pudeur et finesse, sans tomber dans le grotesque comme le douteux HIStory : Obsessed ou la décevante adaptation Wait for Me at Udagawachou.
La recette est toute simple et l’histoire n’a rien de très original : une romance adolescente entre deux garçons que tout sépare mais que le destin va irrémédiablement réunir… Bai Luo Yin est issu d’un milieu très modeste et vit seul avec son père depuis le divorce de ses parents. De son côté, Gu Hai est le fils d’un riche militaire veuf et autoritaire. Quand le père de Gu Hai se remarie avec la mère de Luo Yin, les deux garçons refusent d’intégrer cette nouvelle « famille » et se retrouvent par hasard dans la même école. Commence alors un jeu du chat et de la souris, entre taquinerie et séduction ; on aurait vite fait de tomber dans le cliché !
Pour autant, Addicted Heroin tire son épingle du jeu en misant sur la sobriété du cadre, de l’histoire et surtout sur la fraîcheur de son duo d’acteurs. Leur interprétation est impeccable, leurs minois transmettent les émotions avec justesse et l’alchimie s’installe entre eux rapidement. Quant aux décors, certes très sommaires, ils ajoutent au réalisme et touchent par leur simplicité. Là où bon nombre de dramas pèchent par un excès de jeu et un humour pesant, la série ravit par son ton léger et ses échanges naturels. Seul bémol : des scènes en huis clos insipides durant lesquelles les étudiants restent en classe à ne rien faire – on a beau savoir qu’en Chine, comme au Japon, les élèves ont des temps d’études en autonomie, ces passages lourds et inutiles sont assez déroutants.
En Chine, les fictions BL ont gagné légion de jeunes adeptes ces dernières années, en particulier chez les jeunes femmes. La littérature, les jeux vidéo et les animés qui traitent de l’amour au masculin abondent dans la sphère Web. Mais fin janvier 2016, Addicted Heroin est censurée et bannie des principaux sites de vidéo en streaming, l’état désapprouvant le sujet (l’homosexualité) et le titre de la série (Heroin ou plutôt 上瘾, combinaison ingénieuse des prénoms des deux héros en caractères chinois). Dans un sondage du Comité pour le bien-être de la jeunesse de la ville de Chengdu, 93% des 20.000 répondants refusaient cette censure. Chai Jidan avait alors assuré que le tournage de la deuxième saison ne serait pas affecté. Celui-ci devait avoir lieu en mai 2016…
Et pourtant, la série ne contient aucun caractère choquant. Tout n’est que suggéré avec retenue et sensibilité, avec toute cette délicatesse et cette tendresse qui se dégage des deux personnages. Humblement mais sûrement, Addicted Heroin parvient à se hisser à la hauteur des BL dramas les plus appréciés comme le très beau Seven Days (tiré du manga éponyme).
Dans un pays qui classait encore officiellement l’homosexualité comme une maladie mentale jusqu’en 2001 et, ce, malgré la dépénalisation en 1997, sortir du placard reste aujourd’hui un combat et de telles créations forcent le respect. A noter que l’homosexualité est toujours désignée comme un « désordre psychologique » dans de nombreux manuels universitaires récents de psychologie et que les unions homosexuelles sont, évidemment interdites.
Pour les plus curieux ou pour les adeptes, vous trouverez ces séries LGBT asiatiques classées par pays d’origine sur Kchatjjigae.com.
Addicted Heroin : Bande-annonce
Addicted Heroin : Fiche technique
Synopsis : Bai Luo Yin vit, dans des conditions très vétustes, avec son père divorcé. Gu Hai évolue dans une sphère aisée auprès de son veuf de père. Mais quand ce dernier épouse la mère de Luo Yin, les chemins des deux jeunes hommes vont étrangement se croiser…
Titres alternatifs : 上瘾 (Heroin) / 上癮网络剧 (Shang Yin Wang Luo Ju)
D’après le roman Are You Addicted ? de Chai Jidan
Réalisation : Ding Wei
Scénario : Chai Jidan
Casting : Xu Weizhou, Huang Jingyu, Lin Feng Song, Chen Wen, Song Tao, Wang Dong, Zhou Yu Tong
Musique : Chai Jidan, Xu Weizhou
Genre : Romance, Comédie
Diffusion : 29 Janvier 2016 au 23 Février 2016
Chaîne de retransmission : Original network iQiyi ; Huace Film & TV (Youtube)
Production location(s) : Pékin
Nombre d’épisodes : 15
Durée moyenne : 22 minutes par épisode.
Avec toute la noblesse qui le caractérise, Harry Dean Stanton fait sa dernière apparition au cinéma avec Lucky. Touchant du doigt cette douce Amérique périphérique et multiculturelle, John Carroll Lynch accouche d’un amer récit initiatique, funèbre mais caressé par une humilité et une ironie souriante.
C’est drôle mais triste à la fois. Se dire que c’est la dernière fois qu’on le verra sur un écran de cinéma, que ce sont les derniers dialogues que Harry Dean Stanton laissera transparaître de son vivant. Le destin voulut que ce dernier acte de bravoure cinématographique soit Lucky : un film qui était fait pour lui, tellement il ressemble à l’acteur qu’il était. Dans cette Amérique désertique, un vieil homme passe ses journées à voir des amis au bar d’à côté tout en jouant aux mots croisés dans son restaurant habituel. 23 ans plus tard, on croirait revoir Travis : celui de Paris Texas. Mais cette fois ci, au lieu de courir après l’absence, de crier dans le vide à la recherche de l’être aimé, il semble fatigué par les regrets, émoussé par la douleur intérieure et son amertume a été remplacé par la peur.
Dans Lucky, il y a beaucoup de Jim Jarmusch : ce cadre rustique mais très américain, ce rythme lancinant, cette mise en scène du quotidien, cette starification des choses simples, ce décorum naturaliste mais aussi véritablement burlesque. Côté burlesque qui apparaît beaucoup dans les relations entre les différents personnages comme l’atteste Howard, l’ami de Lucky, qui est déboussolé par le perte de sa tortue terrestre. Lucky est une œuvre qui respire beaucoup cette atmosphère « americana » : il est devenu un vieux de la vieille, un cowboy qui a rendu les armes, qui fume ses dernières cigarettes et qui n’a plus que quelques rêveries pour ne plus suffoquer. Car derrière le calme qu’il incarne, sa gentillesse et sa posture de pilier de bars mélancoliques, Lucky vit un quotidien assez morne, où les ramifications de l’agitation semble bien derrière lui, dans un passé qu’il semble exclure de sa mémoire.
A l’image de Paterson de Jim Jarmusch, John Carroll Lynch fait parler le geste du quotidien, le rituel de la journée, la victoire de la rencontre, que ça soit la petite gymnastique du matin au cocktail identique de soir en soir. La rythmique du film est diluée dans cette volonté perpétuelle de mettre le présent dans un contexte bien spécifique, de magnifier un dialogue aussi lunaire que philosophique. Malgré cette rengaine sur le temps qui passe, cette émotion que porte le personnage à cette idée que nous serons tous consumés à un moment donné de l’histoire, que nous sommes un grain de sable dans un désert qui dissimule bien des secrets, Lucky ne transpire pas la nostalgie grabataire mais au contraire, devient la célébration de l’osmose d’un groupe, d’une communauté américaine aussi paisible qu’anxieuse.
Lucky n’est pas une vitrine cinéphile qui existe juste pour voir David Lynch et Harry Dean Stanton taper la discussion à l’écran et amuser la galerie ; le film n’est pas un film testimonial visant à filmer une relique du cinéma sous toutes ses coutures. John Carroll Lynch donne une aura noble à son œuvre, écrase toute ambition opportuniste pour se donner corps et âmes à un acteur qui fait de même pour le cinéaste. C’est alors que se dessine un beau de portrait, simple mais passionnant dans son questionnement sur le temps qui passe et la falaise vers laquelle nous fonçons tous plus ou moins : la mort. Sauf qu’au lieu d’être un tire larmes qui puise sa passion dans le lacrymal, Lucky garde cette pertinence, ou même cette impertinence pour glorifier la vie, dans cette envie de continuer à sourire devant l’inévitable. A quoi bon respecter les règles, quand on peut les contourner avec plaisir et l’approbation de tous ses proches. Harry Dean Stanton est un visage marquant du cinéma et sort par la grande porte. Merci à lui.
Lucky : bande-annonce
https://www.youtube.com/watch?v=zsr_VHbQbSI
Lucky : Fiche technique
Titre original : Lucky
Réalisation :John Carroll Lynch
Scénario : Logan Sparks
Photographie : Tim Suhrsted
Montage : Slobodan Cajic
Sociétés de production : Magnolia Pictures
Société de distribution : KMBO
Pays d’origine : États-Unis
Genre : drame
Durée : 88 minutes
Passant devant et derrière la caméra, Kenneth Branagh signe cette nouvelle adaptation du roman d’Agatha Christie. Mais malgré quelques qualités, Le crime de l’Orient-Express souffre de l’Ego de son auteur, plus intéressé par la figure d’Hercule Poirot que par l’enquête qui l’a rendu célèbre.
Synopsis : Le célèbre détective belge Hercule Poirot prend l’Orient-Express pour rentrer à Londres. Mais alors que le train se retrouve bloqué par la neige, Samuel Ratchett, un riche américain, est assassiné. À la demande de son ami M. Bouc, directeur de la ligne, Poirot se met à enquêter pour découvrir le meurtrier parmi les passagers.
« Ce n’est pas naturel que cinq ou six suspects soient sur place lorsque B est assassiné et que tous aient un motif pour tuer B ». Ces mots prononcés par Ariadne Oliver, auto-caricature assumée d’Agatha Christie qui accompagne parfois Hercule Poirot, résument assez bien le problème de toute adaptation de l’auteure britannique. Elle même avait un certain recul sur son œuvre, teinté d’une certaine auto-dérision, élément que beaucoup d’interprétation de ses livres semblent laisser de côté. Le crime de l’Orient-Express version Kenneth Branagh a du mal à se défaire de cette première incongruité. Pourtant, et plus particulièrement dans le cas d’un long métrage de cinéma, le plus important avant de mettre en scène un meurtre est d’installer un semblant de vraisemblance. Après une introduction classique (mais un peu longue) qui nous présente cet Hercule Poirot nouvelle génération, plus fantasque que ses prédécesseurs Peter Ustinov et David Suchet (pour les plus connus), nous entrons dans le vif du sujet. Les passagers embarquent, se croisent et s’ignorent. L’un deux semble paranoïaque, il sera assassiné au moment où une avalanche bloque le luxueux train au milieu des montagnes. Les éléments sont enfin en place, l’enquête peut donc commencer… Et pourtant, elle ne passionne pas plus que cela.
L’incapacité du film à nous embarquer ne vient cependant pas de sa mise en scène ampoulée. Nous serions presque heureux de dire que pour une fois, Kenneth Branagh s’est un peu calmé sur les cadrages outranciers. Il reste bien sûr quelques effets numériques un peu baveux et quelques plans-citations hyper travaillés complètement gratuits (pourquoi cette évocation grossière et gratuite de la Cène de De Vinci ?) mais dans sa globalité, Le crime de l’Orient-Express n’est pas si désagréable à regarder. Il y a par-ci par-là quelques jolis cadrages, et on ne saurait reprocher à Branagh d’essayer de dynamiser l’espace réduit du train par des plongées frontales ou quelques flashbacks en noir et blanc. Même la musique de Patrick Doyle renforce parfois certains moments. La scène de meurtre, par exemple, tout en distorsion d’effets (images en noir et blanc, violence du montage et musique douce), est plutôt réussie. Bref, cette nouvelle version du roman a ses instants de grâce de temps en temps.
Mais paradoxalement, pour un amoureux des lettres comme l’acteur/réalisateur, le principal défaut du film vient de l’adaptation même du texte. Si le nom d’Agatha Christie est connu dans le monde entier, le dénouement de ses romans les plus célèbres l’est tout autant. Que ce soit Les Dix Petits Nègres, Le meurtre de Roger Ackroyd ou Le Crime de l’Orient-Express, même certains qui n’ont jamais lu les livres ont une petite idée du twist final qui leur donne cette saveur particulière. Adapter la reine du crime au cinéma ou à la télévision est un exercice d’équilibriste, demandant un juste dosage entre respect de l’œuvre et entorses pour essayer de surprendre. Exercice que réussit, par exemple, très bien la série Les petits meurtres d’Agatha Christie sur France 2. Mais dans ce cas précis, si le film se permet de modifier gentiment quelques personnages, l’intrigue suit à peu près le même déroulement et au final, surprend très peu.
Le seul véritable écart que se permet le réalisateur se concentre sur le personnage de Poirot lui même. Tordant le cou aux principes Kracaueriens qui veut que l’enquêteur n’ait pas d’autre vie que celle de chasser le crime, Branagh s’offre le rôle d’un Hercule Poirot aussi fantasque qu’introspectif. Bien décidé à monter qu’il en a une plus grosse que David Suchet, l’acteur/ réalisateur se met dans tous les plans du film, invente une peine de cœur, brode autour d’une éventuelle maniaquerie du personnage, et lui ajoute une petite touche de lassitude face à la dépravation du monde. Si nous allions sur un terrain psychanalytique, nous pourrions affirmer que rarement un film n’avait aussi bien théorisé l’Ego de son auteur. Avec cette nouvelle adaptation, Kenneth Branagh s’offre un écrin à la taille de son délire. La moustache n’est plus amusante, elle est monstrueuse, et malgré le travail remarquable effectué sur les décors et les costumes, nous ne pouvons voir que cette pilosité faciale qui dévore le cadre. Toujours un peu trop sûr de lui, l’acteur semble même convaincu de pouvoir jouer l’accent belge sans problème, ajoutant des mots français placés de façon aléatoire dans ses phrases, prononcés eux avec un accent anglais trop marqué. Un sommet d’ironie involontaire est atteint lorsque le détective se permet de reprocher à un autre personnage de mal imiter l’accent allemand. Quel pied pour le spectateur francophone !
Mais malgré tout, nous finissons par apprécier ce nouveau Hercule Poirot qui arrive à être amusant par moment, sans tomber dans l’excentricité extrême qui vampirisait les adaptations de Sherlock Holmes ces dernières années. Mais à trop vouloir moderniser son détective belge, le réalisateur oublie qu’il a un autre film à faire, intitulé Le crime de l’Orient-Express. Car pendant que Poirot se lustre la moustache en regardant la photo de son aimée, il reste un crime à résoudre et des suspects à confondre.
C’est tout particulièrement sur ce point que l’adaptation pèche. À trop vouloir montrer son Poirot, Branagh oublie de développer les autres personnages. Depuis le Nine de Rob Marshall, nous n’avions jamais vu un casting aussi luxueux laissé ainsi sur le bord du quai. Malgré leur carrière respectable, Judi Dench, Derek Jacobi, Willem Dafoe, Michelle Pfeiffer et Penélope Cruz n’ont pas grand chose à jouer. Au rayon moins connu, Manuel Garcia-Rulfo et Sergei Polunin sont plus dans la figuration, le premier n’ayant qu’une scène d’interrogatoire, le second nous gratifiant d’un « high-kick » retourné totalement hors de propos en guise d’introduction. Au final, trois seulement tirent leur épingle du jeu. Josh Gad arrive à donner un peu d’épaisseur à son personnage, Daisy Riley se révèle plus à l’aise dans le genre costumé que dans le space-opéra et surprise, Johnny Depp, plus en retrait qu’à son habitude, est finalement un salopard crédible. L’ancienne idole des ados semble avoir trouvé une porte de sortie à son statut d’icône glamour, préférant maintenant se jeter sur des rôles de pourriture absolue (après Black Mass et Les Animaux Fantastiques). Pensait-il offrir une catharsis à ses nouveaux détracteurs, après ses déboires avec la justice, en endossant le rôle de celui qui se fait charcuter (par des femmes notamment) ? Nous ne le saurons peut-être jamais, mais le geste ne manque pas de force et prend une résonance particulière.
Toujours est-il qu’avec une telle distribution, nous aurions aimé assister à une enquête plus passionnante. Quelque chose de l’ordre d’un voyage dans les méandres de l’esprit humain. Nous aurions aimé en savoir plus sur les motivations personnelles de chacun, sur ce qui les pousse vraiment à mettre de côté leur sens moral pour se prêter à des actes ignobles. Malheureusement, les fils rouges qui connectent les suspects restent grossiers, et l’explication finale déçoit. Les motivations du crime originel semblent un peu faible et les volte-faces des personnages deviennent artificielles. En tant que spectateur, nous en arrivons même à nous sentir idiots de ne pas connaître ce colonel Armstrong dont tout le monde parle. Nous en revenons donc à cette citation de l’auteur, et nous demandons comment est-ce possible que tous soient connectés au même événement antérieur.
C’était pourtant le rôle de Branagh de nous donner suffisamment d’éléments pour ressentir de l’empathie pour ces personnages, afin de mieux appréhender les dilemmes moraux qui secouent la figure, habituellement monolithique, du détective. Mais c’est plutôt l’indifférence qui nous étreint devant ce rassemblement méticuleux d’indices (un kimono rouge, une brosse a pipe etc.). Le Crime de l’Orient-Express aurait pu être une nouvelle adaptation épique et majestueuse du classique d’Agatha Christie, mais il ne ressemble qu’à une péripétie dans les aventures de ce nouveau Hercule Poirot.
Le crime de l’Orient-Express: Bande-annonce
Fiche Technique : Le crime de l’Orient-Express
Titre original : Murder on the Orient Express
Réalisation : Kenneth Branagh
Scénario : Michael Green, d’après Le Crime de l’Orient-Express d’Agatha Christie
Direction artistique : Dominic Masters
Décors : Jim Clay
Costumes : Alexandra Byrne
Photographie : Haris Zambarloukos (en)
Montage : Mick Audsley
Musique : Patrick Doyle
Production : Kenneth Branagh, Mark Gordon, Judy Hofflund, Simon Kinberg, Michael Schaefer (en), Ridley Scott, Aditya Sood
Production déléguée : James Prichard et Hilary Strong
Sociétés de production : Genre Films (en), Scott Free Productions et The Mark Gordon Company
Société de distribution : 20th Century Fox
Budget : 55 millions de dollars
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : policier
Durée : 114 minutes
A rebours du Réveil de la Force tourné vers la nostalgie du passé, Star Wars épisode VIII regarde vers l’avenir. Les derniers Jedi marque ainsi la fin définitive d’une génération et l’essor d’une nouvelle, désormais prête à prendre ses propres responsabilités. Le pari était risqué et audacieux, mais permet de donner une pleine ampleur aux personnages principaux.
Avertissement : cet article expose les événements qui se sont déroulés dans l’épisode VIII.
La complexité de la transmission générationnelle au centre des enjeux
La trame générale de Star Wars VIII n’a certes rien de très original. Alors que les membres de la Résistance tentent d’échapper au Premier Ordre, Rey cherche à convaincre Luke de renoncer à sa retraite et de l’initier à la formation des Jedi. L’histoire est bien sûr riche en rebondissements, mais sert surtout à aborder le thème de la transmission à travers le personnage de Luke. Deux questions se posent pour l’ancien maître Jedi.
Tout d’abord, faut-il ou non transmettre, en prenant le risque de faire renaître l’obscurité ? Bien que le célèbre Yoda le lui ait expressément demandé dans l’épisode VI, Luke vit désormais seul sur une planète éloignée. La cause de son isolement et de son refus d’enseigner, ambiguë dans l’épisode VII, est clairement révélée dans Star Wars VIII. Non seulement Luke a échoué à maintenir Kylo Ren dans la lumière, mais on apprend qu’il est aussi directement à l’origine du « monstre » qu’est devenu son neveu. En effet, la tentation de tuer son padawan par pure peur du côté obscur qui grandissait en lui a précipité le basculement de Kylo Ren. Ce sont donc les craintes et les angoisses existentielles de Luke qui ont constitué le déclencheur tragique de la renaissance du côté obscur. Pourquoi alors continuer à transmettre à des apprentis dont la puissance l’effraie au point de l’inciter au meurtre ? Le maître Jedi, rongé par son erreur, se montre logiquement tout aussi terrorisé lorsqu’il découvre la force brutale de Rey.
starwars-8
Ainsi, pour Luke, l’ordre Jedi qu’il représente, parfois trop confiant, trop arrogant, ne permet plus de sauvegarder l’équilibre de la Force, mais favorise au contraire le chaos. Fort symbole de sa volonté d’en finir avec l’héritage des Jedi, Luke brûlera avec l’aide de Yoda, dans une scène étonnamment comique, les livres anciens des Jedi conservés dans le temple comme de véritables reliques. Cependant, face à la détermination de Rey, à la mort de son ami Han Solo, et surtout en réponse à l’appel de sa sœur Leia, Luke se laisse finalement fléchir.
Ensuite, que faut-il transmettre ? C’est ici que la sagesse de maître Yoda fait œuvre de leçon de vie. Les héros peuvent échouer et l’échec, plus que toute autre chose, y compris le savoir, doit être transmis. Cette vérité acquise, si Luke sait qu’il est impossible de ramener Kylo Ren, il retrouvera partiellement sa foi en les Jedi, en finissant par désigner Rey comme l’une d’entre eux. Pourtant, Rey n’apprendra de Luke que des rudiments sur la nature de la Force. Pas de code des Jedi, ni même de valeurs morales spécifiques ayant mené l’Ordre à sa perte. Tout ceci devant disparaître, ou être refondé, il reviendra donc à Rey de trouver elle-même sa propre voie.
Le changement générationnel au cœur d’un épisode charnière
Au delà de la transmission, Star Wars VIII fait progressivement place entière à la jeune génération, alors que celle de la trilogie originale disparaît ou s’efface. La disparition inattendue et touchante de Luke, avec le passage de relais à Rey en qualité de dernière Jedi, en reste la preuve principale mais est loin d’être la seule.
La princesse Leia, calme et réfléchie, qui s’opposait à l’impulsif pilote Poe, finit par demander aux membres de la Résistance de suivre celui-ci. Poe Dameron deviendra-t-il le prochain chef des Rebelles ? On pourrait l’envisager, d’autant plus que le décès de Carrie Fischer interroge sur la présence du personnage de Leia dans l’épisode IX.
Kylo Ren s’émancipe également de son ancien maître, Snoke, pour devenir le nouveau Suprême leader du Premier Ordre. Il renoue alors pleinement avec les désirs de son modèle Dark Vador, en proposant à Rey de créer ensemble un Ordre à leur image, comme Anakin l’avait fait lors de l’épisode III à Padmé. En plus, de même que son grand-père, il assassinera le seigneur noir qui le manipule, mais avec une différence de taille. Pour Kylo Ren, il ne s’agit pas de sauver quelqu’un mais de prendre le pouvoir. Toutefois, le personnage (remarquablement interprété par Adam Driver) est rendu plus humain, moins manichéen, depuis que l’on connaît la vérité sur le geste malheureux de Luke. Ben Solo s’est alors senti trahi, ce qui nourrit sa haine, y compris contre lui même. Révulsé par les Jedi, il cherche une autre voie auprès de Snoke, avant de se rendre compte qu’il est manipulé et de prendre la place du Leader Suprême.
En outre, le développement de la relation entre Kylo Ren et Rey est plutôt intéressant. Bien que cette dernière ait refusé de se joindre à lui, les deux personnages sont étroitement connectés et leur maîtrise de la Force s’équilibre parfaitement, au point de séparer un sabre laser en deux parties égales. On attend donc impatiemment de voir l’évolution de leur lien dans l’épisode IX…
Mentionnons finalement le rôle joué par Finn et Rose, nouveau duo amoureux, dans la stratégie comme dans le combat permettant aux résistants d’échapper au Premier Ordre. Dans Star Wars VIII, la jeunesse prend donc la relève. Elle est forte, déterminée, pleine de rêves et d’ambitions, et nous promet d’assurer une fin de trilogie particulièrement épique.
Un spectacle visuel étourdissant et novateur, enrichi d’une bonne dose d’humour
Les derniers Jedi tient parfaitement ses promesses en termes de réalisation, de mise en scène et d’esthétique visuelle. En outre, sa durée temporelle resserrée, totalement inédite, parvient à instaurer une atmosphère d’urgence tendue avec un certain suspense.
De plus, contrairement à ce qu’on pouvait craindre, le récit ne constitue pas un Empire contre Attaque bis, à l’image du Réveil de la Force, trop similaire à un Nouvel espoir. Star Wars 8 parvient parfaitement à trouver son propre chemin, sans tomber dans des facilités scénaristiques. On pouvait s’attendre par exemple à ce que Ben Solo bascule du côté clair, mais le réalisateur a choisi une voie bien opposée, moins prévisible et plutôt bien pensée. Quant à la révélation des parents de Rey, simples ferrailleurs anonymes, non dotés de pouvoir spécifique, elle rejoint la mythologie de Dark Vador et fait de Rey une élue de la Force. Rian Johnson ne s’est donc pas engouffré tête baissée dans la brèche ouverte par pléthore de théories plus ou moins plausibles. Cette solution simple est finalement la plus cohérente et satisfaisante.
Rian Johnson recourt davantage à l’humour que J.J. Abrams. Ainsi, les « laveuses » de la planète d’Achth-To, les Porg, Chewbacca, et bien sûr le très débrouillard droïde BB-8 savent toujours nous faire sourire, même au beau milieu de l’action. Cependant, la première scène d’entraînement entre Luke et Rey en fait peut-être un peu trop…
Les créatures, notamment les Porg, drôles et adorables, et les magnifiques chiens de glace, sont très réussies. La planète « casino » fournit également un univers assez riche, coupé entre des joueurs nantis et des serviteurs soutenant secrètement la Résistance.
Mais le plus impressionnant dans la saga demeure les scènes de bataille. Sur ce point, on ne peut qu’être admiratif de ce Star Wars VIII qui nous propose, en deux heures trente, tous les types de combat que l’on apprécie : qu’il s’agisse de l’incontournable sabre laser ou des somptueux ballets aériens introductifs au dessus des cuirassés du Premier Ordre. On retient également une surprenante séquence dans laquelle la Résistance fait front contre un canon laser au moyen d’engins de fortune, laissant derrière eux un sillon de sel rouge.
Des faiblesses narratives affaiblissant « la Force » du récit
Malgré son lot bienvenu de surprises et ses scènes d’actions impressionnantes, Star Wars 8 reste un peu décevant sur quelques points narratifs.
Il est en premier lieu regrettable que certains personnages secondaires méritant des développements plus approfondis disparaissent trop soudainement. Snoke, un méchant au fort potentiel tout à fait intrigant dans l’épisode 7, est ainsi réduit dans le film à deux courtes scènes avant d’être tué « à distance » par son apprenti. On aurait pu espérer, en effet, un peu plus d’informations à son égard, ou au moins, un affrontement digne de ce nom avec Kylo Ren et Rey. La capitaine Phasma, commandante des stormstroopers, est tout autant délaissée et vite éliminée. Dommage qu’une confrontation un peu plus intense avec Finn n’ait pas été exploitée.
En second lieu, le début d’une histoire d’amour entre Rose et Finn ne paraît pas trop crédible. Depuis l’épisode 7, Finn s’est surtout attaché à Rey, et c’est d’ailleurs à sa protection qu’il pense en priorité tout au long des Derniers Jedi. Cette relation n’apporte en outre pas grand chose d’utile au récit.
En définitive, si Les Derniers Jedi est bien une suite au Réveil de la Force, les partis pris de Rian Johnson ne s’inscrivent pas dans la continuité de l’approche de J. J. Abrams. Fini la nostalgie du passé, les emprunts à la trilogie originale, le « fan service », le mythe sacré d’un ordre Jedi perdu et idéalisé. Place à la novation, à l’avenir, à la génération suivante, déterminée et indépendante, qui devra, sans maîtres, sans codes, et sans limites, trouver sa propre place dans les étoiles.
Star Wars, Les derniers Jedi – Bande Annonce
Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi – Fiche Technique
Titre original : Star Wars: Episode VIII – The Last Jedi
Réalisation : Rian Johnson
Scénario : Rian Johnson, d’après les personnages et l’univers créés par George Lucas
Direction artistique : Andrew Bennett, Neal Callow, Todd Cherniawsky, John Dexter, Jason Knox-Johnston et Oli van der Vijver
Décors : Rick Heinrichs
Costumes : Michael Kaplan
Photographie : Steve Yedlin
Son : Matthew Wood
Montage : Bob Ducsay
Musique : John Williams
Production : Kathleen Kennedy, Ram Bergman
Coproduction : Pippa Anderson
Production déléguée : J. J. Abrams, Jason McGatlin et Tom Karnowski
Sociétés de production : Walt Disney Studios Motion Pictures, Lucasfilm, Bad Robot Productions
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm – 2,35:1
Genre : science-fiction, space opera, action
Durée : 152 minutes
En attendant en 2018 la 5e et ultime saison, revenons sur les précédentes saisons de You’re the worst, formidable série qui a su s’affranchir des codes de la romcom traditionnelle.
Synopsis :Jimmy, jeune écrivain et Gretchen, responsable des relations publiques d’un rappeur stupide, vont tenter de vivre une histoire d’amour… Tous les deux ayant un comportement auto-destructeur, la tâche va être compliquée…
Diffusée sur FFX, You’re the worst n’a rien à voir avec les comédies romantiques habituelles, et cela, notamment par son ton « trash ». Et pourtant, depuis quatre excellentes saisons, on se passionne devant l’histoire d’amour autant évidente que compliquée de Gretchen et Jimmy. La 5e saison, qui débarquera en 2018, conclura la série. Peut-on espérer un « happy end » pour ce couple aussi énervant qu’attachant ?
A l’image des personnages principaux qui jouent sans cesse les blasés, You’re the worst refuse de rejouer les éternels codes de la comédie romantique. Jimmy (Chris Geere) n’a rien du prince charmant, Gretchen (Aya Cash) n’est pas niaise. Il s’agit au départ d’une relation basée purement sur le sexe. On détecte alors comme une sorte de mise en abyme par rapport à l’état d’esprit des personnages. En effet, la série se présente comme une anti-comédie romantique par son ton « trash » et ses personnages torturés. Pourtant, par cette envie de s’affranchir des codes de la romcom, You’re the worst renouvelle à sa façon ce genre si méprisé. On assiste finalement véritablement à la naissance des sentiments de ces handicapés de l’amour et même de la société. Justement, la force de cette sitcom est son arrière-plan social qui explique certainement pourquoi les personnages (et pas uniquement Jimmy et Gretchen) ont si peur d’aimer et de s’engager.
L’amour est quelque chose de compliqué. La série met bien en avant les différentes étapes et autres possibilités, aussi bien positives que négatives autour : la naissance des sentiments, l’évolution du couple avec ses hauts et ses bas, l’image de l’amour dans la société (le couple tenu par la sœur mariée de Lindsay est une représentation de ce que la société pourrait éventuellement attendre) et même la séparation. Ces thèmes, tous reliés entre eux, sont donc traités avec une réelle pertinence. Les enjeux ont beau être dramatiques et bien plus profonds qu’on ne pourrait le penser (et la série est même parfois touchante), le ton est toujours léger. Il faut évidemment être sensible à un humour pas toujours très fin et supporter des personnages qu’on pourrait détester dans la vie, mais l’ensemble est souvent très drôle, notamment grâce à des répliques piquantes, des personnages hauts en couleur ou encore des situations croustillantes.
Si la série est souvent drôle en traitant des divers thèmes autour de l’amour et du couple, elle surprend encore plus par les différents types de sujets qui y sont abordés : notamment la dépression (au cœur de la saison 2) ou les états de stress post-traumatiques suite à la guerre d’Irak (mis en avant via le personnage d’Edgar).
Plus globalement, même si on nous présente des personnages hauts en couleur, Stephen Falk pointe du doigt une société plus triste qu’elle en a l’air. Gretchen, Jimmy et les autres se cachent derrière leurs caractères festifs (différentes grosses fêtes, ayant lieu au fil des épisodes, se terminent toujours dans le chaos) pour pouvoir cacher leurs blessures et la peur de ne pas être à la hauteur par rapport à ce que la société attend d’eux. Ils préfèrent même afficher leur marginalité pour mieux affronter leurs différences même si paradoxalement ils aimeraient parfois être mieux intégrés dans les codes sociétaux.
Stephen Falk a alors pris beaucoup de risques qu’on ne voit pas tant que ça à la télévision, surtout dans le cadre d’une romcom – même si You’re the worst revendique sa version « anti ». Il n’hésite pas à déconstruire les différents mythes autour du couple pour mieux le reconstruire. Sa série est à l’image des personnages (tous interprétés par une impeccable distribution encore trop méconnue) : le chaos peut nous mettre au plus bas mais il est également libérateur pour pouvoir mieux se reconstruire et retrouver sa place. Le pire peut aussi laisser place au meilleur.
You’re the Worst : bande-annonce
You’re the Worst : fiche technique
Créée par Stephen Falk
Casting : Aya Cash, Chris Geere, Desmin Borges, Kether Donohue…
Genre : Comédie
Format : 22 mn
Premier épisode : 17 juillet 2014
Chaîne d’origine : FX / FFX
Les cinéphiles passionnés par la science-fiction, la japanimation et les univers cyberpunk comme Akira ou les récents Ghost in the Shell et Blade Runner 2049 peuvent se réjouir. EuropaCorp a l’intention d’adapter le jeu vidéo futuriste Ruiner en série télévisée.
Selon des informations de Deadline Hollywood, EuropaCorp à l’intention d’acquérir les droits d’exploitation pour la télévision de Ruiner, un jeu d’action, en vue du dessus, dans un univers cyberpunk. Ce titre, développé par le studio polonais Reikon Games et édité par Devolver Digital, est sorti en septembre 2017 sur Pc, Mac, Xbox One et PS4. D’après des précisions de Deadline Hollywood, EuropaCorp serait donc sur le point de sceller un accord avec les ayants-droit. La société de Luc Besson serait alors en mesure d’obtenir la licence d’exploitation pour la télévision du jeu Ruiner. Dmitri M. Johnson, le PDG de DJ2 Entertainment, à l’origine de la découverte du jeu, occupera la fonction de producteur exécutif sur la future série, aux côtés de Luc Besson.
L’intrigue de Ruiner plonge les joueurs dans un monde où une multinationale, sans foi ni loi, récolte les émotions des plus démunis pour les vendre aux riches. Le héros est équipé d’un implant neuronal et devra faire usage de ses compétences pour survivre dans un univers hostile. Il va devoir libérer son frère des griffes de la multinationale et lutter contre des hordes d’ennemis terrifiants et des tueurs à gages futuristes.
DJ2 Entertainment a déjà vendu des droits de jeux vidéo pour les besoins d’adaptations pour différents studios comme la Paramount (Sonic the Hedgehog), Hulu (Life Is Strange), the Russo Brothers Studio (Little Nightmares), Gold Circle (We Happy Few) ou bien encore Original Film (Sleeping Dogs). Après l’aventure Valerian, EuropaCorp pourrait donc s’attaquer à une nouvelle adaptation ambitieuse avec le projet de série télévisée, basée sur le jeu vidéo Ruiner.
Manichéisme bien établi, apprentissage expédié, thématiques survolées… Star Wars Les derniers Jedi reste dans la continuité de son prédécesseur et limite ainsi toute prise de risque. Le département marketing peut souffler, il y’aura bien des porgs sous le sapin.
Synopsis: Suite des aventures des gentils Rey, Finn et Poe contre les méchants Kylo, Hux et Snoke. Tout le monde court partout, et à la fin un vaisseau explose. Bref, c’est un Star Wars nouvelle génération.
Il n’y a pas si longtemps, dans notre galaxie, la sortie d’un nouveau Star Wars était un événement. Un truc un peu fou qui bousculait les foules. D’une certaine manière, nous étions toujours étonnés d’en voir un nouveau sortir. Les deux premières trilogies avaient, entre chaque épisode, presque 3 ans d’écart. De quoi créer une attente et, surtout, prendre le temps d’amener de nouveaux enjeux, de nouveaux personnages, bref, chaque nouvel épisode était comme une pierre bien placée sur un édifice mastoc. Et que l’on aime ou pas, chacun avait au moins la décence de proposer un arc narratif propre, des enjeux prévus pour tenir en haleine le temps qu’il faudra etc. Bon ou mauvais, les Star Wars de George Lucas avaient la décence d’être des films, et on les applaudissait pour ça.
Pas vraiment d’applaudissements entendus à cette première séance… La joie de remettre la tête dans les étoiles qui nous avait pris en 2015 à la sortie du Réveil de la force a laissé place à une sorte de méfiance. C’est un peu le nouvel espoir de la critique, ce public souvent méprisé (à tort) semble, en partie, avoir mal digéré la blague de J.J Abrams. D’où sortait ce nouveau Star Wars qui ressemblait un peu trop au premier ? Où était passé l’artisan passionné, qui avait redonné du peps à Star Trek et Mission Impossible, dans ce produit formaté et consommable ? Il aura fallu un Rogue One providentiel pour redonner un peu d’éclat à cette saga qui n’avait même plus la décence de cacher sa fonction de catalogue de Noël de luxe. Certes, les figurines de BB-8 se sont sûrement très bien vendues, mais il semble que quelque chose se soit brisé dans le cœur des fans. Et on ne pouvait même pas accuser les critiques d’avoir sciemment terni la réputation du film.
Mais il serait évidemment stupide d’annoncer un flop. Les derniers Jedi fera-t-il péter le box office ? La question est indéniablement idiote. Évidemment que oui, puisque l’arsenal marketing de Disney nous farcit la tête avec le retour de Luke Skywalker, tout en maintenant son public dans une peur constante du spoiler. Si vous voulez savoir la suite, vous devez voir le film, même si vous n’en avez pas spécialement envie. « Mais comment ne pas avoir envie de voir Star Wars ? » se demandent certains, alors que les nouveaux jouets sont déjà disponibles avant la sortie du film. Donc oui le film va marcher. Non pas parce qu’il le mérite, mais parce qu’il le doit. Il est prévu, calibré, annoncé pour ça. Et plus que n’importe quel film de super-héros, l’échec d’un Star Wars serait l’équivalent d’un Armageddon financier pour l’industrie hollywoodienne.
Tels les clients fidèles d’une banque, nous sommes cette armée de consommateurs conciliants qui renflouent les caisses du cinéma pop-corn. Disney devrait nous en remercier, puisque grâce à nous, le studio pourra mettre la Fox sous le sapin, mais comment ? Peut-être en nous offrant un film digne de nos attentes. Ce serait là un geste décent. Mais, haha, Disney et la décence ne partagent que trois lettres. Il savent qu’ils nous tiennent par les astéroïdes avec leur univers putageek. Pourquoi s’embêter à faire un grand film quand on peut se contenter de vendre l’idée. Il restera toujours quelques gogos du fond qui n’ont toujours pas compris comment marchait une campagne marketing pour discuter dessus, inventer des théories foireuses et écrire des pages wikipédia.
De quoi parlions nous déjà ? Oui, Les Derniers Jedi. Voici donc la promesse non tenue de l’extension d’un univers déjà bien pesant dans l’imaginaire collectif. Nous étions restés avec ce sale goût dans la bouche devant un épisode introductif gavé de fan service, allant jusqu’à intégrer l’idée même d’idolâtrie dans sa propre diégèse. Kylo Ren n’était pas le nouveau Dark Vador, il était un fan qui voulait l’être. Rey n’était pas non plus la nouvelle Skywalker, mais elle voulait l’être. Cet élément avait laissé le public circonspect. Nous reprenons donc directement à la suite du précédent, avec le texte défilant culte qui… Nous rappelle ce qu’il s’est passé dans l’épisode précédent. Notez bien ce détail, le texte culte ne sert plus à remettre en contexte après une ellipse entre les deux épisodes (comme il était d’usage), mais à nous rappeler ce qu’il s’est passé deux minutes avant dans cette galaxie très lointaine. Disney ne serait quand même pas en train de nous prendre pour des buses par hasard ?
Mais non ! Le studio a écouté les critiques des fans ! Dès le début Luke Skywalker n’est plus un modèle à suivre, mais un vieux pépé ronchon qui se la joue Dark Knight et Kylo Ren explose son masque de radiateur. Prend ça dans ta face vieux monde à l’agonie ! Maintenant on attend la vraie aventure, avec de vrais enjeux dramatiques et des personnages construits sur des bases solides. Ce qui est manifestement encore trop demander.
Le plus hallucinant dans cette histoire c’est de voir que ceux qui se revendiquent de l’héritage de George Lucas semblent tout à fait incapables de comprendre sa démarche créatrice. Celle-ci peut donc se résumer en deux points : premièrement, aucun des films ne doit se ressembler, chacun doit avoir un ton, une vibration, un souffle qui lui est propre. Deuxièmement, le second épisode d’une trilogie doit toujours être plus sombre et retourner les enjeux précédents. A ce titre, là où La guerre des étoiles était une aventure sympathique et bon enfant, L’empire contre-attaque puait la charogne. Luke Skywalker ouvrait le bide de sa monture pour se réchauffer dans ses entrailles, Han Solo était trahi par son ami et se faisait torturer, Dark Vador tranchait la main de son fils. Les choses sérieuses commençaient à prendre forme. C’était la guerre, la vraie, et ça craignait un peu pour nos héros.Dans cet épisode VIII, présenté en promo comme « L’empire contre-attaque de la nouvelle trilogie » nous sommes restés à Disneyland. Les méchants restent très méchants, les gentils très gentils. Là où Lucas aimait citer Kurosawa, Rian Johnson préfère nous gaver de péripéties à la manière d’un tapis roulant qui nous distribue des sushis dégueulasses. Au bout de 2h30, autant dire qu’on a les dents du fond qui baignent. Les vieux personnages viennent faire coucou, les nouveaux nous gavent avec leur combat intérieur déjà vu avant, et d’autres têtes inédites font leur apparition. Essayons donc de nous intéresser à Rose, intérêt amoureux un peu sorti de nulle part mais toujours plus amusante qu’un Benicio Del Toro qui semble jalouser à Samuel L. Jackson son record d’apparitions dans les franchises les plus lucratives. Qui sait, peut-être qu’on le verra dans le prochain Jurassic World faire un caméo avec Matt Damon.
Vous aurez peut-être remarqué que nous avons un peu de mal à parler du film en lui-même. Deux raisons à cela. Déjà, la peur panique du spoiler empêche vraiment d’aller au fond des choses. Est-ce que l’on peut même se permettre de dire qu’aucune révélation du film n’est au niveau du « Je suis ton père » ? Même pas sûr. Deuxièmement, c’est tout simplement qu’il n’y a rien à dire vraiment. Après, on peut être certains que d’ici trois jours nous serons gavés de romans dérivés et livres explicatifs qui nous en mettront plein la vue avec leurs analyses brillantes et leur biographie chiadée de personnages secondaires dont tout le monde se cogne. Cela laissera à Kathleen Kennedy l’impression d’avoir inventé quelque chose, on ne sait pas encore quoi, mais si elle est heureuse comme ça…
Mais nous digressons encore. Parlons donc des Derniers Jedi et de la promesse de Rian Johnson d’offrir à l’univers Star Wars une vision d’auteur. Nous pourrions le traîner dans la boue et le finir à coup de botte, mais comme il était tellement mignon quand il est passé à Quotidien et que Looper n’était pas si mauvais, restons courtois. Contentons nous de lui offrir un petit sourire encourageant devant ses effets de styles niveau première année en école de cinéma. Mais oui Rian ils sont rigolos tes raccords thématiques, oui on a compris que chaque fois qu’un personnage en évoquait un autre, ce dernier apparaîtrait dans le plan suivant. Et oui oui, ton champ/contre-champ entre deux personnages qui se parlent à distance est mignon aussi.
Ce que l’on a du mal à comprendre en revanche c’est l’intrigue concentrée sur une journée. Comment imaginer une évolution de personnages correcte, quand leur voyage spirituel dure à peine une vingtaine d’heures ? Sans parler des enjeux réduits qui servent juste de prétexte à faire péter la machine à CGI tout en se débarrassant de quelques nouveaux personnages un peu encombrants. L’entraînement de Rey est rapidement évacué, et même si son maître lui dit que la Force, ce n’est pas que pour soulever des cailloux, et bien mine de rien ça aide quand même. En vérité la seule chose que l’on pourrait sauver de ce Star Wars : Les derniers Jedi, est la présence de Mark Hamill, qui se la joue plus Joker que Luke Skywalker. L’homme brisé vendu par la promotion passe plus de temps à remettre en question le film lui-même, en pointant (involontairement ?) ce qui ne va pas dans cette écriture à la chaîne. Effectivement la Force ne devrait pas être simplement un super pouvoir, et oui nous pouvons affirmer que les Jedi ont en général péché par arrogance et fait pire que mieux. Donc effectivement passer à autre chose pourrait être une bonne idée. Mais Disney aime les rebelles surtout quand ils la ferment.
Donc même si Luke Skywalker lui-même dit que les Jedi ne servent à rien et même si Rogue One juste avant essayait de nous dire que des types sans grands pouvoirs pouvaient faire de grandes choses, le studio préfère quand même les sabres laser, parce que ça se vend mieux. Ainsi tout personnage qui n’a pas la chance de naître avec la Force sera donc inutile à l’intrigue globale. Même la bataille finale tant attendue sera parasitée par un duel. Le sabre laser était un des éléments cool de la saga, il est devenu sa raison d’être.
Tel un épisode de série, Star Wars : les derniers Jedi se consomme et, si l’on apprécie ce genre de choses, admettre que le film est un bon Star Wars ne fait pas de lui un grand film. Mais de toute façon la machine est relancée pour une trilogie de plus, fort peu subtilement annoncée ici. L’histoire devient un éternel recommencement. Mais qui sait, sur douze films, peut être que le treizième va nous étonner…
Star wars Les derniers Jedi Bande-annonce
Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi : Fiche Technique
Titre original : Star Wars: Episode VIII – The Last Jedi
Réalisation : Rian Johnson
Scénario : Rian Johnson, d’après les personnages et l’univers créés par George Lucas
Direction artistique : Andrew Bennett, Neal Callow, Todd Cherniawsky, John Dexter, Jason Knox-Johnston et Oli van der Vijver
Décors : Rick Heinrichs
Costumes : Michael Kaplan
Photographie : Steve Yedlin
Son : Matthew Wood
Montage : Bob Ducsay
Musique : John Williams
Production : Kathleen Kennedy, Ram Bergman
Coproduction : Pippa Anderson
Production déléguée : J. J. Abrams, Jason McGatlin et Tom Karnowski
Sociétés de production : Walt Disney Studios Motion Pictures, Lucasfilm, Bad Robot Productions
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm – 2,35:1
Genre : science-fiction, space opera
Durée : 152 minutes
Avant de réussir à s’exporter à l’étranger et devenir l’un des cinéaste les plus esthètes de son époque, le réalisateur Nicolas Winding Refn réalisait encore des films dans son Danemark natal. D’abord Pusher, pur odyssée gangstériste, puis Bleeder, beau télescopage dans un Copenhague interlope de deux histoires faites d’amour et de violence où perçaient déjà le lumineux Mads Mikkelsen et celle qui deviendra sa femme, Liv Corfixen.
Copenhague, 1999. Léo et Louise vivent en couple dans un appartement insalubre. Découvrant que Louise est enceinte, Léo perd peu à peu le sens de la réalité et, effrayé par la responsabilité de sa nouvelle vie, sombre dans une spirale de violence. Au même moment, son ami Lenny, cinéphile introverti travaillant dans un vidéo-club, tombe fou amoureux d’une jeune vendeuse et ne sait comment le lui dire…
Un drame brut
Et dire qu’on a failli le rater celui-là. Privé de sortie en France (le studio de production ayant fait faillite) jusqu’à ce que le réalisateur en rachète les droits, Bleeder a pourtant tout l’air de l’oeuvre ultime pour quiconque s’estime fan du cinéaste danois. Car, bien qu’étant seulement son deuxième film, Bleeder arrive à incarner en à peine 90 minutes, le manifeste de son style. Immiscion de la violence et de l’amour, goût pour les personnages terrassés par la fatalité, références nombreuses et variées : tout l’apanage du danois se retrouve ainsi mélangé dans cette histoire d’amour où les sentiments, aussi exacerbés soient-ils, sont amplifiés, démultipliés mais aussi inarrêtables. Comme dans ce titre, Bleeder, qui renvoie à l’hémophilie, mais dans un sens plus général, à cette impossibilité de contenir, de garder tout ça enfoui. Il faut que ça sorte dit ainsi le réalisateur. Que ça soit la colère de Kim Bodnia, en truand qui s’inquiète de la paternité ; l’amour de Mads Mikkelsen qu’il ne sait communiquer à celle qui lui fait chavirer le coeur, ou même l’amour que témoigne NWR en personne à sa ville Copenhague qu’encore une fois, il magnifie via l’usage du quotidien, entre un banal restaurant ou le vidéoclub grimé en quasi sanctuaire de Mikkelsen.
Des bonus pleins de simplicité
Quand l’on sait le processus créatif entourant son oeuvre (et ce d’autant plus depuis le brillant documentaire « My Life Directed By NWR»), on ne peut qu’être curieux de savoir comment cette oeuvre directement inspirée de Chungking Express (ndlr : film de Wong Kar-Wai) a vu le jour. Hélas, on devra se contenter d’un entretien entre NWR et son acteur fétiche Mads Mikkelsen. Mais quel entretien ! D’une durée plutôt rare de 47 minutes, il permet au duo, non sans une réelle camaraderie, de revenir sur le projet, de s’amuser sur les galères du tournages, de revenir sur la fascination de NWR pour son actrice Liv Corfixen (qui deviendra par la suite sa femme), etc… Une rencontre originale, amusante qui a le chic de changer par rapport aux ressorts promotionnels classiques et qui transpire surtout la simplicité et l’amitié entre les deux danois les plus connus de la profession (après Lars Von Trier).
Digibook COMBO Blu-ray/ DVD Livret 40 pages 24,99€
CARACTERISTIQUES TECHNIQUES • LANGUE : Danois • SON : D.D & DTS HD Master audio 5.1 • SOUS-TITRES : Français • IMAGE : 16/9 – 2.39 – Couleur • DURÉE : 1h34 BONUS : BLEEDERS” entretien avec Nicolas Winding Refn et Mads Mikkelsen (47mn)