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Larguées, une comédie d’Eloïse Lang remarquée à l’Alpe d’Huez, mais embourbée et mal fagotée

La créatrice de Connasse, Eloïse Lang, réunit son héroïne préférée, Camille Cottin avec une autre humoriste, Camille Chamoux et l’indétrônable Miou-Miou dans Larguées, une comédie féminine et familiale grotesque et brouillonne.

Après une version danoise en 2014, All Inclusive de Hella Joof, puis suédoise en 2017 de Karin Fahlen, Larguées reprend donc quasi traits pour traits (ça évite de trop réfléchir par soi-même) les situations absurdes de la même comédie. Malgré des intentions louables de vouloir « sauver » une mère dépressive lors d’un séjour en famille sur l’île de la Réunion, la comédie « portée » par un trio féminin se voulant détonant enchaîne drôleries et vulgarité pour terminer sa course hors du circuit. L’accident était loin d’être prévisible. Des réparties cocasses et bien ponctuées, un terrain certes plus cliché tu meurs, mais le gage de réussite était pourtant annoncé avec trois bonnes actrices, un décor somptueux et la tendresse des meilleurs feel good movies.

larguees-panorama-altitude-film-castingEntre Les Bronzés et Little Miss Sunshine sur le papier, Larguées s’avère être, comme son nom l’indique, un naufrage par ses mauvais choix de réalisation et surtout scénaristiques. Le premier mauvais choix fut d’enfermer Miou-Miou, la mère soixantenaire dans un mutisme grossier et incompréhensible. La relayant lors de la première moitié du film vers les bancs des seconds rôles, aux côtés de son nouvel « amour » au charisme d’un téléfilm made in TF1, l’accent en moins, la réalisatrice/scénariste fait l’erreur d’enfermer ses personnages principaux dans des bulles stéréotypées à des fins comiques. On frôlait déjà un certain ridicule dans le film de Noémie Saglio, Telle Mère, telle fille, avec Cottin, pondérée, et Binoche, post-adolescente. Ici, les écueils sont répétés jusqu’au soulignement. Chamoux joue le versant sage et rangé, mère de famille ordonnée. Cottin, irresponsable, aux allures rockeuses de lendemain de soirée. On le montre dès les premières minutes comme par facilité, quand la minette libérée et décomplexée sort de boîte à midi pour retrouver sa soeur et sa mère à l’aéroport. Tandis que de l’autre, par antinomie et manichéisme vain, est une mère qui étiquette tous les plats du frigo en minaudant comme la parfaite mère poule face à un mari lourdé en slip au petit déjeuner. Entre les deux, Miou-Miou assise avec sa valise. On apprend très vite que le père garde contact avec la plus « dévergondée », peu étonnant puisqu’ils se ressemblent, et lui annonce dans l’avion (à quelques jours de l’anniversaire de leur mère) qu’il attend un enfant. L’approche quasi-bouffonne s’apparente à une mauvaise parodie de Molière. Faire rire par excès semble donc être le leitmotiv qui va suivre. Le personnel du camping tout droit sorti d’un spin off des Bronzés toujours composé du coatch sportif aux allures de Michel Blanc moustachu, du barman, entre le charme (somme toute plat) d’un Thierry Lhermite (il porte le même prénom cependant !), la coupe de Clavier, l’accent flamand en plus, de l’hôtesse qui n’a que la couleur de cheveux de Marie Anne Chazel tandis que le danseur arabo-africain veut faire du Murphy, mais est moins empoté que Jack Black. Il ne manque plus que Josiane Balasko et, heureusement, car déjà qu’on s’y perd dans le club Camping Paradis où les seuls autres touristes sont joués par un garçon ouvert d’esprit et plus mature que son âge et son père dépressif en professeur de philo. Les personnages semblent donc se soutenir comme des cartes ou des quilles, les unes autres, à des fins narratifs et comiques, comme pour rebondir face à un reproche ou une insulte, plus qu’ils ne dialogues réellement entre eux. Le passage en ellipses sur la plage durant lequel Camille cherche le parfait homme à présenter à sa mère frôle le ridicule toujours par excès : le tatoué, le couple homosexuel, efféminé et misogyne…

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Elle ne trouve même pas d’autres clichés. Mais la sauce prend par moment, lorsque les deux sœurs s’unissent pour courir sauver leur mère. Cela ne rime un peu à rien et l’errance en pleine mer, après avoir débattu de la mort face à un petit garçon qui à perdu sa mère (de très mauvais goût), a le même effet qu’un coup d’épée dans l’eau. Pourquoi les personnages braillent-ils autant ? Eloise Lang les transforment de ce fait en pantins d’un vaudeville ensoleillé. Lorsque la mère refuse de sortir et que les deux sont obligées de trépigner comme des enfants de 4 ans pour la faire changer d’avis… Il y avait d’autres moyens de parvenir à ses fins, non ?

Les mauvais choix foisonnent et s’enchaînent dans des bulles sensibles qui ne trouvent aucun écho et finissent par retomber comme des blancs en neige. Le concept du deuil, la confrontation à la perte de l’être cher au sein du duo père/fils est joliment bien trouvé, mais ne dessert ni les motivations de Cottin, ni ceux de la mère pourtant esseulée (elle ne parlera à aucun des deux). Et allons savoir pourquoi : Chamoux reste fixée sur la fin de vie du nouvel Apollon de sa mère ! La balance est en constante oscillation, comme frénétiquement, entre nécessité de parler de la mort et même besoin pressant de s’en relever. Le concept du couple n’est malheureusement jamais creusé, tout juste suggéré à trois différentes reprises. Le flamant et la mère dans leur coin, papillonnant. Chamoux et son mariage heureux, en apparence… Car sans crier gare, elle s’essaie à draguer pour se décoincer, mais mettre le pied à l’entrejambe d’un parfait inconnu (en deuil qui plus est) ou s’essuyer la langue sur les lèvres de manière vulgaire et surtout maladroite est une fois de plus une b(m)ondieuserie bannissable. Puis Cottin et ce père en deuil qui ne se courtisent jamais, mais dont le rapprochement est étrangement attendu sans jamais arriver… D’autres moments de vide viennent ponctuer cette impression de non sens. L’épisode « Pretty Woman » où les filles tentent de trouver une robe à leur mère. Les spectacles de danse du personnel. Le pique-nique lors d’une excursion où l’on apprend que l’hôtesse Lily et Thierry sont frère et soeur.chamoux-drague-scimeca-largues-film

Mais le film n’est pas sans intérêt pour autant, ce qui en est extrêmement étonnant. L’écart et les conflits en exercice nous sont familiers. Camille Cottin qui tire son épingle du jeu est pétillante. Elle mérite son prix d’interprétation féminine au dernier festival d’Alpe d’Huez. Tout ne retombe pas à plat et les paysages cartes postales ainsi que certains dialogues relativement piquants nous font tenir sur la courte durée.

Avec Larguées, on ne perd que très peu de son temps, finalement. Si le rire est parfois poussif par certains spectateurs badauds en mal de comédie, le soupir est souvent de mise. Miou Miou est relayée au second plan alors qu’elle incarne pourtant l’enjeu principal : la « déridation » d’une femme elle aussi endeuillée. Comment trouver une seconde jeunesse ? Profiter de la vie ? Délester certains poids du passé ? Le film n’apporte pas vraiment de réponses. Il n’en a pas la prétention. Il est une tentative, grossièrement maladroite de ce que le bonheur pourrait être : des vacances en famille dignement vécues comme un road trip sous ecsta. That’s not life !

Larguées : Bande-annonce

Larguées : Fiche Technique

Scénario et réalisation : Éloïse Lang
D’après le film All Inclusive d’ Hella Joof
Musique : Fred Avril
Producteurs : Stéphanie Carreras et Philippe Pujo
Directeur de la photographie : Antoine Monod
1er assistant réalisateur : Bastien Blum
Scripte : Bérangère Saint-Bezar
Montage : Valérie Deseine
Son : Stéphane Bucher, Serge Rouquairol, Marc Doisne
Décors : Philippe Chiffre
Sociétés de production : Pathé, Estrella Productions, France 3 cinéma, Les Films Chaocorp, CN7 Productions
Société de distribution : Pathé
Durée : 92 min.
Genre : comédie
Dates de sortie : 20 janvier 2018 (Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez) ; 18 avril 2018 (sortie nationale)

Avengers: Infinity War, une réunion qui s’en sort avec les honneurs

Le Marvel Cinematic Universe amorce la conclusion du premier chapitre de son histoire avec cette troisième aventure des Avengers. Une réunion plus pessimiste et apocalyptique qu’à l’accoutumée qui véhicule un sentiment bienvenue d’achèvement où, au-delà de l’efficacité de son divertissement, elle donne enfin corps à ses enjeux et présente son grand méchant.

Synopsis : Alors que les Avengers et leurs alliés ont continué de protéger le monde face à des menaces bien trop grandes pour être combattues par un héros seul, un nouveau danger est venu de l’espace : Thanos. Despote craint dans tout l’univers, Thanos a pour objectif de recueillir les six Pierres d’Infinité, des artefacts parmi les plus puissants de l’univers, et de les utiliser afin d’imposer sa volonté sur toute la réalité. Tous les combats que les Avengers ont menés culminent dans cette bataille, qui décidera du destin de la Terre et du reste de l’univers, et qui impliquera tous les héros déjà connus, dont les Gardiens de la Galaxie.

Voilà maintenant 10 ans que le MCU fait son chemin sur grand écran, étant même la principale attraction du divertissement actuel. Où son principe d’univers partagé à souvent été copié mais n’a jamais su être égalé. Pour ça, il faut reconnaître l’efficacité de Kevin Feige en tant que producteur, lui qui a su donner une consistance et une direction claire. Ce que le MCU a perdu en indépendance cinématographique, il l’a gagné en cohérence. Alors qu’il ne fait aucun doute que cet univers continuera son chemin après la fin de la phase 3, il est aussi évident que l’histoire des Avengers telle qu’on la connait aujourd’hui arrive à sa conclusion. L’ensemble a besoin d’un coup de frais et Avengers: Infinity War vient amorcer ce final en dévoilant le grand méchant Thanos, teasé dès le premier Avengers, et qui se présente à nous avec une radicalité bienvenue.

Avengers-Infinity-War-Chris-HemsworthIci le scénario ne sera pas le maître mot du film. Devant à la fois présenter le principal antagoniste tout en amenant les enjeux et offrant une action soutenue, Infinity War va faire le choix de mettre de côté beaucoup de ses héros. Même si beaucoup sont bien présents à l’écran, ils ne sont là que pour servir de chair à canon et ne connaissent aucune évolution en dehors de l’action. Ce qui donne l’étrange sensation d’avoir un film désincarné de ses héros et qui, malgré quelques passages d’iconisations bien sentis, peine à les mettre en valeur. Seul Gamora, Thor et dans une moindre mesure Doctor Strange ont un vrai arc émotionnel. Mais Infinity War à la bonne idée d’éclater les Avengers en plusieurs petits groupes à travers différents lieux, ce qui permet une narration claire et donne un peu de quoi respirer aux personnages. On reste loin de l’aspect brouillon d’Age of Ultron. Le rythme se montre plus soutenu, l’humour présent n’est pourtant jamais envahissant face à l’ampleur des enjeux et le film mise souvent sur une gravité pesante qui fait plaisir à voir. Surtout que le véritable personnage principal est ici l’antagoniste Thanos.

Avengers-Infinity-War-Josh-BrolinSi il y a une chose que Avengers: Infinity War ne pouvait pas rater, c’est bien son méchant. Après nous l’avoir teasé de façon plus ou moins réussie pendant près de 10 ans, il se devait d’être à la hauteur de nos attentes. Il les dépasse allègrement. Bien plus nuancé et imposant qu’on pouvait l’espérer, il offre ses lettres de noblesses au film en lui apportant de vraies fulgurances. Ses motivations ne sont pas dénuées de fondements, il s’avère mue par un nihilisme complexe et se montre plus humain que prévu. C’est à travers lui qu’Infinity War brille le plus, même si la radicalité de ses actions est probablement davantage de la poudre aux yeux qu’autre chose, car oui il y a des morts mais peu apparaissent vraiment comme définitives. Il faudra donc voir le quatrième Avengers pour juger de l’impact du personnage. Néanmoins il nous conduit ici à une conclusion audacieuse, qui booste l’impatience de voir la suite, et montre une vraie maîtrise du style d’écriture des comics de la part des scénaristes. Un style qui risque de perturber un peu les non-initiés, cet Avengers étant probablement le plus « comics » de tous les films du MCU, et la transposition de ces codes sur grand écran se trouve être plus réussie qu’on aurait pu se l’imaginer.

Avengers-Infinity-War-Benedict-Cumberbatch-Mark-Ruffalo-Robert-Downey-JrMais cette transposition a pour contrecoup de faire perdre toute indépendance cinématographique à Infinity War. Ce dernier apparaît plus dense et ambitieux que jamais sauf qu’il a pour défaut de ne pas pouvoir tenir debout sans ce qui l’a précédé et ce qui viendra après. Par cela, Infinity War répondra à des questions que le spectateur ne se posait sans doute même plus et fait mine d’une cohérence impressionnante. Dommage que cela desserve les personnages plus effacés que jamais, quand certains ne passent tout simplement pas pour des bouffons comme ce pauvre Hulk dont on ne sait plus quoi faire. D’autant que le casting s’avère en demi-teinte, entre les anciens clairement fatigués avec en tête un Robert Downey Jr. qui est en pilotage automatique, et les nouveaux plus inspirés qui assurent le spectacle comme Benedict Cumberbatch clairement à l’aise avec son personnage. Mais celui qui vole la vedette ici, c’est Josh Brolin qui donne une intensité et une profondeur insoupçonnée à Thanos dans une très belle performance. Surtout que les frères Russo semblent vraiment inspirés quand il s’agit de mettre le personnage en action et dévoilent une connaissance maîtrisée des comics. Dans l’action, il use toujours au mieux des personnages et de leurs capacités dans des séquences au déroulé souvent inventif. Toutefois, cela est un peu retenu par une réalisation à la photographie terne et des effets spéciaux qui connaissent des ratés et surtout un sens de la mise en scène quasiment absent. Beaucoup de choses se passent à l’écran mais les frères Russo peinent à accompagner cette frénésie par le mouvement de la mise en scène, restent donc des séquences spectaculaires mais vite statiques, répétitives et juste fonctionnelles.

Sans être le gros morceau épique qui mettra tout le monde d’accord, Avengers: Infinity War reste un divertissement efficace qui s’en sort avec les honneurs. On sent que les frères Russo perdent l’inspiration de film en film et qu’ils ne sont pas des metteurs en scène assez forts pour créer le frisson qu’un tel film devrait procurer mais ils connaissent suffisamment l’univers pour en tirer de bonnes choses. Même si les héros paraissent ici effacés ou fatigués, on peut compter sur Thanos pour vraiment élever le film et lui donner un supplément d’âme bienvenue. Imparfait sur bien des points, où une qualité apporte souvent un défaut, Avengers: Infinity War reste un joli tour de force car la réussite d’un tel rassemblement n’était pas chose aisée. Surtout qu’il réussit ses objectifs à savoir : ne pas rater son méchant, nous divertir, nous surprendre et éviter la lassitude tout en parvenant à nous rendre impatients de voir ce qu’offrira la prochaine aventure des Avengers. Sur ces points, Infinity War fait carton plein.

Avengers: Infinity War : Bande-annonce

Avengers: Infinity War : Fiche technique

Réalisation : Anthony et Joe Russo
Scénario : Christopher Markus et Stephen McFeely, d’après les personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby
Casting : Robert Downey Jr., Chris Hemsworth, Mark Ruffalo, Chris Evans, Scarlett Johansson, Benedict Cumberbatch, Josh Brolin, Tom Holland, Zoe Saldana, Chadwick Boseman, Chris Pratt, Paul Bettany, Elizabeth Olsen,…
Décors : Charles Wood
Costumes : Judianna Makovsky
Photographie : Trent Opaloch
Montage :  Jeffrey Ford et Matthew Schmidt
Musique : Alan Silvestri
Producteurs : Kevin Feige
Production : Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Studios Distribution
Durée : 149 minutes
Genre : super-héros
Dates de sortie : 25 avril 2018

Etats-Unis – 2018

Rétro : Dawson’s Creek déjà 20 ans ! Culte ou has-been ?

Après Buffy contre les vampires qui fêtait aussi ses 20 ans l’année dernière, 2018 marque l’événement sériel et le magazine Entertainment Weekly n’avait pas manqué de souligner l’anniversaire en réunissant tout le casting de Dawson’s Creek. La création de Kevin Williamson (Vampire Diaries, Following, Scream) a su marquer toute une génération, si ce n’est deux. Retour sur une série culte qui passe aux yeux de beaucoup comme ringarde.

Diffusé du 10 janvier 1999 (un an auparavant sur The WB) au 8 novembre 2003 sur TF1, puis rediffusé les dimanches après-midi – c’est comme ça que les moins de 30 ans l’ont connu -, ce teen drama décrit en 6 saisons, l’évolution de 4 adolescents et leurs péripéties amoureuses ou existentielles du lycée jusqu’à la vie active. Au travers des portraits méticuleux d’une jeunesse américaine, mais universelle, Dawson’s Creek a su brasser une multitude de thématiques telles que l’adultère, la mort d’un proche, l’ambition et surtout le sentiment amoureux. Car il s’agit d’amour essentiellement, tout en réconfortant le spectateur dans un idéal inatteignable. Il s’agit de la vente d’un rêve américain pour des adolescents – la génération X, née entre 1980 et 1990 – en quête d’identité, et en cela la série n’est guère un précurseur. Elle a même plutôt assez mal vieilli face à la multitude des séries disponibles depuis sur le marché.

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Une fable initiatique…

Cela commence somme toute de la façon la plus banale. Un trio adolescent, où le jeune héros ambitieux et sans doute talentueux, tombe amoureux de la nouvelle voisine, une New Yorkaise pulpeuse que ses parents ont mise à la porte. La meilleure amie de ce jeune héros aux principes naïfs mais intègres est secrètement attirée par lui, et le meilleur ami un peu loufoque apparaît comme la cinquième roue du carrosse. Le protagoniste couche avec sa prof de vingt ans son aînée et a des mauvaises notes, mais son grand frère (premier d’une plus grande fratrie) policier ne manque jamais de lui faire la morale et de le remettre dans le droit chemin. Le cadre est idyllique, un étang qui sépare Dawson de Joey, une immense maison entourée de bois et de verdure, une campagne luxuriante dans une petite ville portuaire du Massachusetts, un lycée américain comme tant d’autres, mais des rues magnifiques à deux pas de l’océan. L’intrigue n’a rien de grandiloquent et pousse à la simplicité. On pourrait même s’étonner de jurer que ça pourrait arriver à n’importe qui. Un jeune homme créatif (on le soupçonne, car sa vision de la réalisation est éclipsée par son obsession pour Spielberg) et résolu, entouré de parents bienveillants et toujours de bons conseils au moindre doute existentiel. Une vieille voisine chrétienne et pratiquante, « plus agréable tu meurs ». Des voisins sympathiques, un ponton vers un étang gigantesque, plein de couchers de soleil et surtout des histoires d’amours comme on aimerait qu’il nous en arrive à 15 ans. On se prend au jeu, surtout lorsqu’on est un garçon sentimental, cinéphile vivant entre quatre champs et un étang, et abreuvé aux séries. Ce dernier point est élémentaire, car il faut comprendre en quoi Dawson’s creek entre dans le top 5 des meilleurs teen dramas de ces 2 dernières décennies, malgré l’écart criant entre le monde décrit et la réalité bien morne que nous vivons.

 "dawson pleure"
Joey le quitte pour Pacey

Qu’est-ce qu’un bon produit ? Un bon film ? Une bonne série ? Un bon teen drama ? Lorsque ledit produit atteint son coeur de cible c’est une chose, mais ça ne fait pas des Marseillais à Caracas, une tv réalité à défendre, juste beaucoup d’attardés devant leurs postes qui pensent se réconforter en s’abrutissant. Comment expliquer, sans des audiences exceptionnelles, que la série ait perduré autant et marqué à ce point les esprits et surtout ironiquement aujourd’hui. Plus rares sont les fervents défenseurs de Dawson, face aux nombreux détracteurs qui ont fait du simple nom de la série un synonyme de « mièvre et trompeur ». Et pourtant, elle gardera son statut de série culte, au même titre que Friends en sitcom ou X-Files en science-fiction, Alias en espionnage, Buffy contre les vampires en fantasy horreur, etc.

Toute bonne série qui marque les esprits pourra se résumer facilement en saisons pour les fans par les conflits en jeu, les résolutions en cours ou les événements caractéristiques. La saison 1 de Dawson’s creek, en guise de prélude, introduit toutes les cartes des intrigues à venir : le mariage des parents de Dawson par la question de l’adultère, la réconciliation entre Jen et sa grand-mère par la mort de son grand-père, Pacey et sa difficulté à être pris au sérieux, Joey sans figure parentale autre que sa soeur et le mari de celle-ci, les premières réussites sans jamais vraiment montrer les premiers échecs ou en les lissant au maximum. La deuxième saison introduit Andie et son frère Jack qui vont finir par devenir des personnages principaux par la suite au cours de la 2ème année du lycée (Sophomore Year). Ne commencez pas à comparer avec nous les Français, les pièces géométriques ne s’encastreront pas dans les trous. Il y a oui, en effet, une part de récit initiatique à décrypter, à prendre avec du recul, comme dans tout bon teen drama (Voici un lien pour mieux comprendre les deux parcours scolaires qui en réalité ont juste en décalage d’un an, car ils ne considèrent pas l’année de naissance, mais l’âge au 1er septembre dans leur système de classification). L’introduction du personnage d’Abby Morgan confrontera Jen à ses démons antérieurs et poussera tout le monde à bout. Au terme de cette deuxième saison, les tenants et les aboutissants des arcs relationnels sont d’une étonnante richesse. Il faudra beaucoup d’épreuves pour Abigail et Mitch afin de sauver leur mariage, après la prise de conscience de l’attraction entre Joey et Dawson, l’introduction d’Andie et Jack va modifier le nouveau groupe définitivement. Et déjà les personnages secondaires sont tout autant denses et d’une justesse infinie. On a presque jamais autant aimé les personnages secondaires jusqu’à présent (1999). Et c’est d’ailleurs le point fort de Dawson’s Creek, il n’y a qu’à voir la longue liste des guest qui sont apparus dans d’autres séries par la suite (Modern Family, Glee, Supernatural, This is us, NCIS, Once Upon a Time, Buffy, Roswell, The CameleonOne Tree Hills*, Veep…). Toutes ces imbrications, apparitions, ont consolidé autant d’arcs narratifs qui ont permis à la série d’évoluer en s’améliorant, malgré une perte significative d’intérêt de la part des fans en début de saison 3. Peut-on l’expliquer par le départ du showrunner Kevin Williamson qui quitte le navire et son bébé ? Le scénariste et producteur Greg Berlanti a repris les commandes et a eu la brillante idée d’introduire à ce moment précis Pacey dans l’équation amoureuse, et qui a fini par devenir le dilemme et l’arc majeur. Rapide digression, mais la sensibilité des deux showrunners alors homosexuels peut-elle être également une explication sur la foisonnante diversité des intrigues et des conflits, névroses psychologiques en exergue ? Être vu comme le vilain petit canard (Pacey et sa famille), la reconstruction dans une famille recomposée sans parents (Joey et sa soeur, son père en prison, sa mère décédée trop tôt), la construction identitaire et les addictions (Jack et Andie), le racisme (la fille du proviseur Green), le fantasme (la liaison avec Tamara la professeure plus âgée ; Eve, la blonde bombe qui débarque ; Ethan, le beau gosse populaire peut-être gay…), la transmission (le petit Buzz que Pacey prend sous son aile, la fille Harley du professeur Hetson dans la dernière saison), les rancoeurs, l’ambition…

Le danger scénaristique est d’aller trop loin, répéter des arcs aux allures un peu soap, comme des liaisons dangereuses ou nocives, interdites (prof/élève) ou alambiquées. On en vient à ce que tout le monde couche avec tout le monde. Les scénaristes (presque une quarantaine) en ont même eu conscience et font jouer Pacey et Jen dans ce sens, voir où l’absurdité peut aller dans le 03×07 « Escape from Witch Island« . Cet épisode est d’ailleurs une sorte un clin d’oeil à Blair Witch et se joue des codes de l’horreur. A l’image du 01×11 « The Scare » avec les codes du slasher qui a dû être un régal pour le créateur de Scream d’appeler Vendredi 13 de Craven et la date de superstition. Autre genre savamment reconstruit, le detective movie du 02×11 « Sex, she wrote » durant lequel Abby et Chris tentent de démasquer en huis clos l’auteur d’une lettre qui décrit des ébats eus la veille : les duo suspects sont Dawson et Jen, Joey et Jack, Pacey et Andie.

dawson-s-creek-cast-saison-3Kevin Williamson a, par ailleurs, eu le génie d’écrire avec toute l’autodérision nécessaire les opus d’épouvante avant de glisser dans sa série des clins d’oeil cinématographiques nombreux ainsi que des sous-textes et commentaires dits par le personnage principal sur l’écriture ou la réalisation, qui sont en fait des commentaires sur la série elle-même. L’idée originale est basée sur sa propre enfance, ce qui en fait une œuvre d’autant plus sincère et vraie, malgré le caractère éloigné de la réalité. En effet, les ajustements (hétérosexualiser le personnage principal par exemple, ou l’invention de la ville Capeside – le tournage ayant lieu à Wilmington en Caroline du Nord pour sa verdure foisonnante et Cape Cod dans le Massachusetts pour l’aspect portuaire) sont devenus des superficialités regrettables et pourtant nécessaires d’un point de vue de la production (toucher le plus grand nombre, parler du sexe, de la mort, de sujets potentiellement polémiques ou choquants). La série Dawson’s creek finit donc par être en constante oscillation entre excès mélodramatique ou idéal vain et profonde réflexion. Ne faut-il pas éteindre son cerveau cartésien, arrêter de tout rationaliser pour apprécier une oeuvre qui sort un tant soit peu de l’ordinaire ? Charmed par exemple qui avec le temps a fini par devenir totalement kitsch et pourtant sera dépoussiérée avec un prequel, ou bien n’importe quel film d’horreur dont on a tous fini par se moquer ? La saison 4 est transitoire, elle permet à Dawson d’entrer dans la vie de jeune adulte – il sort avec la plus grande soeur de Pacey – et d’introduire une autre transmission de génération avec le vieux voisin aigri et malade Arthur Brooks. C’est au terme de cette saison que le personnage d’Andie disparaîtra en désintox pour revenir en guest à la dernière saison, 2 années suivantes. Jen et Jack se rapprochent jusqu’à aider Dawson et Joey à revenir dans les bras l’un de l’autre et ce pour la dernière fois (attention spoiler !) Bon, sur le moment, on y croit c’est magique, mais avec du recul, est-ce bien crédible qu’un triangle amoureux tourne autant ? Oui, non, oui, non, oui, non ? Laissons le débat qui n’a absolument plus aucune actualité là où il est (des années en arrière) malgré le caractère éternel de cette série qui a bercé plusieurs adolescences. Et pour répondre à la question par expérience : oui, ce va-et-vient incessant et malsain est possible, mais peut-être pas avec autant d’histoires amoureuses en jeu.

Les deux dernières saisons semblent être les plus abouties. Le nouveau personnage d’Audrey, colocataire de Joey, jouée tout en charme et nature par Busy Philipps y est pour beaucoup. Grams et sa petite fille Jen déménagent à Boston, ainsi que Jack dans une fraternité étudiante. Pacey, revenant d’un tour du monde en bateau, est plus mature, prêt à conquérir le monde de la cuisine avant celui de la finance, et Joey flirte avec son professeur de lettres et son collègue barman dans le bar où elle travaille. Elle en a fait du chemin pourtant : serveuse à temps partiel dans le petit restaurant en bord de mer où travaillait sa soeur Bessie, puis dans le Yacht Club beaucoup plus huppé aux côtés de l’exécrable Drue Valentine et finalement dans ce bar rock avec Eddie. Heureusement qu’elle se passionne pour les lettres et finira écrivain. Dis comme ça, on est pas bien loin de Plus Belle La Vie. Mais tous ont fait du chemin, beaucoup de chemin, en particulier Jen qui restera dans le coeur de tous les fans, le personnage le plus apprécié, car celui qui a le plus évolué avec Pacey. D’une certaine renaissance dans les bras de Dawson après la débauche new yorkaise, elle reste populaire au grand coeur, tombant amoureuse d’un footballeur un peu paumé, la « fille à pédé » toujours portée vers autrui quitte à animer une émission de radio et se faire prendre dans les filets d’un nymphomane, la petite fille exemplaire, qui enfin aurait un parfait jules à présenter, mais rattrapée par la maladie. Son personnage est quasi irréprochable, aux traits de poupée, Michelle William a su apporter beaucoup de candeur essentiel à un personnage pourtant en rupture dans ce monde lustré par des couchers de soleil et une morale bon enfant, aux valeurs traditionnelles américaines post-Bush. Elle fera vaciller l’équilibre nauséeux tout en le redressant dans le droit chemin de la remise en question. On finira plus à en vouloir à Joey, la parfaite intello, de ne pas savoir ce qu’elle veut plutôt que Jen qui trace sa route rédemptrice et transforme tout ce qu’elle touche en quelque chose de bon et profondément aimant et aimable. Pacey est la tête de Turc jamais pris au sérieux, le dernier d’une grande famille un peu bourrue et peu cultivée dont il devra se démarquer en commençant par l’humour. Il cache une énorme fragilité émotionnelle qui fera chavirer le coeur de Joey par la suite. Habile de ses mains, pédagogue, un père idéal même à l’âge du bac. Son exil maritime est l’occasion de remettre les pendules à l’heure et d’essuyer tous ses échecs passés pour se tourner vers la cuisine et gravir les échelons jusqu’à la bourse, accompagné toujours des plus belles femmes. Dawson est l’éternel adolescent romantique, perdu entre ses rêves, ses aspirations et le cadre idyllique dans lequel il a été bercé, confronté à l’univers rude d’Hollywood pour passer de stagiaire à premier assistant en se liant d’amitié avec un cinéaste un peu comme lui, underground.dawsons-creek-jack-jen-grams-dawson

Personnage tête à claque à faire des phrases à rallonges, confronté à la perte de son père un peu trop tôt, il profite de plaisirs affectifs qui lui font acquérir une certaine maturité sur le plan émotionnel sans vraiment sembler le mériter (Jen/ Joey/ Eve/ Nikkie Green / encore Joey / Gretchen / Natacha / encore Joey…). 5 années pour tomber amoureux. Il y a une certaine extravagance notoire qui ne dérange personne ici ? En jouant avec beaucoup trop de sévérité, le personnage de Dawson pourtant exalté, est devenu le moins apprécié et pourtant un direct alter ego. Le mien directement. Le schéma de la voisine/meilleure amie (qui aurait pu traverser en barque, j’en avais une !), une campagne isolante beaucoup moins luxuriante, en rien portuaire, mais plus champêtre, le meilleur ami azimuté, beaucoup moins pris au sérieux et qui pourtant a de plus folles histoires amoureuses que les miennes, la passion du cinéma obsédante, la vénération pour un seul cinéaste (pas Spielberg, mais Hitchcock), des personnages secondaires devenus principaux avec des croisements affectifs sur le quator principal qui en fait était un quintet jusqu’à la fin du collège. Un nouveau groupe d’amis composés d’anciens, le retour du meilleur ami qui a bien évolué, à présent père de famille, des sentiments trop souvent univoques, jusqu’à l’épanouissement dans une nouvelle ville pour des études de cinéma, l’homosexualité, la perte du père, l’adoration pour un nouveau membre dans la famille (une nièce et non une petite sœur)… Bref, à quoi bon se raccrocher à ce cadre qui ne mérite pas la comparaison, mais qui par les espoirs, les intrigues mises en place, pimentait ma vie un peu trop morne à mes yeux. En étant ressorti d’autant plus frustré, névrosé, déstabilisé, Dawson’s Creek s’avère dans ce sens, un exemple à absolument éviter pour ne pas finir déprimé et, pourtant, incontournable pour prendre conscience du cheminement, des obstacles. Nul besoin de vanter les mérites du roman d’apprentissage, qui pourtant peut paraître fastidieux et ennuyeux. Résultat, on finit par se comparer et souvent négativement. Entre ce qui se passe sur le petit écran et dans notre propre famille, entourage, puis entre le nous-même d’avant et du temps présent, nous-même et les autres. Comment expliquer que l’on finit toujours déçu ? La psychanalyse dans tout œuvre impliquant un récit structuré est de notoriété publique. Les petites filles apprécient autant les films Disney pour se prendre en princesse et rêver. Veuillez excuser la digression genrée un peu poussive mais directement compréhensible. Le problème est qu’ici Disney a pris de sévères rides et n’est plus d’actualité, la dimension du conte n’est pourtant pas si éloignée, si ce n’est en costumes et décors. Alors c’est plaisant, amusant de voir tout le casting avec 15 ans de plus en 2018. La nostalgie parle d’elle-même et s’impose à nous, mais une part de définitif, « page tournée » conclut l’impression et presque avec soulagement. Comment élucider l’agréable et l’amertume pour faire de ce culte teen drama une rémission discursive, aujourd’hui source de railleries par les plus pragmatiques ?

La série a des sérieux atouts, notamment la multitude de personnages secondaires venant consolider les failles liées à l’excès soap des croisements amoureux des trois premières saisons. Elle s’est malgré tout détachée de ce qu’on pouvait lui reprocher, trop mélo, pour en faire les portraits de complexes, plus affectifs que réellement existentiels. Et, pour la première fois de toute l’histoire du petit écran, l’héroïne était l’intello de service, nerd, la brune – qui aurait pu être myope et boutonneuse si le cliché aurait été poussé jusqu’à l’excès – que les scénaristes ont pris le temps d’érotiser. La série pose de très justes questions lors d’intrigues plus ou moins correctement amenées « où vais-je? » et surtout « où accepte-je d’aller et à quelle condition ? » Il faut savoir qu’initialement Kevin Williamson était parti pour composer sur ce qu’est initialement une âme sœur…

*Et apparue juste après, avec New Port Beach, ces deux séries apparaissent relativement comme des déclinaisons soap avant de réellement s’identifier comme des family/teen drama plus de « luxe ».

Analyse du thème concluant

On doit la tonalité si particulière qui distinguera à jamais Dawson’s Creek de tous les autres teen drama, à Adam Fields, qui a su recréer l’exotisme sauvage de la ville fictive en ajoutant aux notes de piano, une flûte traversière et une guitare sèche. Transformant le lieu en un havre de paix, entre le lointain des îles paradisiaques et la proximité d’un feu de cheminée, Adam Fields a su modeler le souvenir comme un rassurant voyage au coeur de nous-même, à la fois cliché apaisant et lancinante berceuse pernicieuse. La résonance de cet instrument à vent a par ailleurs des vertus relaxantes non négligeables. Entre le caractère primaire de nos origines (Native American Flute), à la croisée des mondes amérindiens et l’acoustique de la guitare grattée, les quelques notes entremêlées font de la boucle mélodique, une feuille tombant au vent par un chaud début d’automne.

Dawson’s Creek : Tous les génériques

Le thème du générique joué par Paula Cole (initialement ce devait être « Hands in my Pocket«  d’Alanis Morissette) entrelace sentiments chaleureux de fin de vacances estivales à l’intimité d’une couette tout en passant par l’entrain d’une jeunesse tout sourire et plein d’espoir. Les premières notes au piano symbolisent l’aube, le levée du soleil. La batterie ensuite poursuit la balade pop rock sur ce rayon de soleil jusqu’à l’apogée du refrain qui vogue sur les remous d’une eau s’étendant à perte de vue. Si l’on fait attention aux paroles, on se perd dans les méandres de mélo mièvres d’une mère qui attend son mari perdu en guerre, puis l’affirmation ou l’excuse pour ne pas sombrer dans la négativité.

Le deuxième thème du générique de Dawson’s creek pour diffusion DVD (à des fins purement économiques) embrasse des spirales plus entraînantes. La rythmique est différente, mais épouse les mêmes valeurs et véhiculent les même messages adolescents. « Je suis romantique, la tête dans les nuages, je deviens fous par amour, enivré par les couchers de soleil… »

BONUS

Pour approfondir la curiosité, voici l’intégral d’une émission (entièrement en VO) dédiée à la jeunesse sur E4 consacrée aux coulisses du tournage (à l’époque c’était entre la saison 3 et 4 pas encore diffusée) de la série.

Mais surtout l’interview exclusif de Kevin Williamson (bon c’est le père de la série, mais il l’a quand même abandonnée dans ses 4 dernières années donc il n’est pas le plus légitime pour avoir la parole, mais tout de même), 20 ans après pour The Hollywood Reporter. Il imagine toujours Dawson, Joey et Pacey, meilleurs amis à s’envoyer des messages plus qu’à se voir. Impossible, nous n’imaginons pas Dawson reprendre contact comme si de rien n’était avec Pacey ! Joey et Pacey ont construit une famille qu’ils tentent maladroitement de porter vers le haut, malgré tous les obstacles de couple. Dawson a finalement atteint son rêve. Ce n’est pas un Spielberg, mais il est monté très très haut sans pour autant être heureux. Il se bat toujours autant pour trouver l’amour…

Dawson’s Creek : Fiche Technique

Créateur : Kevin Williamson
Scénario : Joss Whedon
Interprétation : James Van Der Beek (Dawson Leery), Michelle Williams (Jennifer Lindley), Joshua Jackson (Pacey Witter), Katie Holmes (Joséphine « Joey » Potter), Mary-Margaret Humes (Gail Leery), John Wesley Shipp (Mitch Leery), Mary Beth Peil (Evelyn « Grams » Ryan), Nina Repeta (Bessie Potter), Kerr Smith (Jack Macphee), Meredith Monroe (Andie Macphee), Busy Philipps (Audrey Liddell)…
Musique : « I Don’t Want to Wait » de Paula Cole (U.S.) / « Run Like Mad » by Jann Arden (DVD and Puerto Rico Releases) …
Producteurs : Tom Kapinos, Greg Prange, Paul Stupin, Greg Berlanti (showrunner depuis 2000), Kevin Williamson (1998-99)
Société de production : Columbia TriStar Television, Outerbanks Entertainment, Sony Pictures Television
Diffusion : The WB
Genre : Teen drama
Format : 22 épisodes de 45 minutes. 128 épisodes

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La dernière est un fan-made, bien que la curiosité nous ait tous poussée à regarder sur internet si c’était bel et bien vrai

Séries Mania 2018 – Panorama International : Kiss Me First & The Counted

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La section Panorama International de Séries Mania Lille met l’accent sur des séries du monde entier. A la différence de la compétition officielle, celles-ci ont déjà commencé leur diffusion dans leur pays d’origine. Ce deuxième jour nous a permis de découvrir Kiss Me First et The counted, deux séries de S.F., en provenance de Grande Bretagne et de Russie.

Kiss me first  : Ready Player One à la sauce Skins

Une série anglaise de Bryan Elsley diffusée sur Channel 4 et Netlix, avec Tallulah Haddon, Simona Brown et Matthew Beard

 

Synopsis : Leila trouve refuge dans un jeu de réalité virtuelle. Elle y rencontre une communauté secrète de joueurs dont fait partie Tess, qui la séduit par son assurance. Très vite, Leila doute de la bienveillance de ses nouveaux amis.

Attendu comme le retour du créateur de Skins aux affaires adolescentes, Kiss me First voudrait proposer un regard neuf sur la réalité virtuelle et la quête de l’identité. Ajoutons à cela qu’une bonne moitié de la série est produite en animation 3D (pour représenter le monde virtuel). Forcément avec tous ces éléments, difficile d’éviter la comparaison avec le méta-blockbuster de Steven Spielberg sorti il y a à peine un mois.

Bryan Elsley pense alors avoir trouvé la parade : il refais Skins. L’intrigue ne tourne pas autour de références geek empilées les unes sur les autres, mais se concentre sur de jeunes adultes qui cherchent un but à leur existence morose, en se réfugiant dans un jeu vidéo High-Tech. Si le début présente ce que l’on peut attendre d’un tel divertissement (du combat), nous faisons rapidement connaissance avec un groupe secret qui cherche de nouvelles sensations. Les personnages « piratent » le jeu pour ressentir la douleur (mais sans conséquences) et récréer une sorte de communauté aux émotions réelles. La réalité virtuelle est donc une nouvelle drogue pour cette génération déphasée.

Peu inspiré par son propre thème, le scénariste n’hésite pas à piocher dans un vaste répertoire de tropes propre au séries britanniques : La drogue, la musique pop, la collocation bancale, le colloc un peu moche mais rigolo, la misère sociale, la nudité crue… Bref, d’un côté comme de l’autre, le créateur semble assez peu emballé et ne propose rien de plus qu’un patchwork mal cousu.

Pendant les deux premiers épisodes de Kiss Me First, il est donc dommage de constater que Bryan Elsley ne semble pas voir dans le jeu vidéo autre chose qu’un simple prétexte. Sa méconnaissance du média apparaît même comme une évidence. Les joueurs et leurs avatars ont le même visage et la charte graphique de l’univers virtuel manque terriblement de fantaisie. Ce qui l’intéresse, ce sont les relations entre les personnages, particulièrement entre l’héroïne et celui que l’on devine être le leader de ce culte sado-maso 3.0. Un postulat qui n’est pas sans rappeler le film Chatroom de Hideo Nakata (2010). Comme si la série essayait de surfer sur la vague Black Mirror sans vraiment savoir dans quoi elle s’engageait.

The counted  : Entre Stalker et Le prisonnier

Une série russe d’Inna Orkina diffusée sur Start.Ru, avec Maria Mashkova, Diana Pozharshkaya, Daniil Vorobyev

Synopsis : Deux épidémiologistes sont envoyés dans une région reculée de la Russie, où une étrange infection a subitement provoqué la mort de plusieurs personnes. À leur arrivée, ils découvrent une réalité encore plus invraisemblable que celle qu’ils imaginaient.

Il est plutôt rare de pouvoir poser ses yeux sur une production étrangère autre que britannique ou américaine. Aussi, rien que la provenance de The counted attise la curiosité. Ajoutons à cela un postulat assez mystérieux, et l’on peut espérer tomber sur une série de S.F. d’un genre nouveau.

Malheureusement, le premier épisode est assez poussif, dévoilant les personnages principaux, mais bien peu quant à leur mission ou leur motivation. Trois scientifiques partent enquêter sur un virus, dont une femme qui ne se laisse pas faire, son ex petit ami brillant mais cynique et un jeune stagiaire. Les acteurs sont plutôt bons et l’aura poisseuse de cette région reculée qu’est la Carélie fait sont petit effet. Mais la série ne semble pas trop savoir où se diriger dans cette premières heure, abusant même parfois d’ellipses grossières et de quelques facilités d’écritures.

Il faut donc attendre le deuxième épisode pour comprendre vraiment les enjeux et la menace qui pèsent sur les personnages. Et curieusement, l’intrigue semble opérer un virage à 180° en passant d’une histoire de virus à la description d’une communauté surnaturelle, vivant dans une zone hors du temps dont il semble impossible de s’échapper.

On pense à Stalker (avec les zones interdites), mais aussi au Prisonnier (série anglaise des années 60 qui présente un village dont on ne peut s’échapper). Et aussi à nombre de séries américaine de S.F. moderne, car au-delà de la langue, tout (du générique esthétique aux mouvements de caméra) rappelle la forme HBO. Pour une première rencontre avec la télévision russe, nous aurions pu espérer un peu plus de particularité culturelle, qui arriverons peut-être dans les quatorze épisodes restants.

Marlowe enquête sur La Pièce maudite en DVD chez les éditions Rimini

Depuis le 3 avril 2018 est disponible en DVD La Pièce maudite (The Brasher Doubloon), deuxième adaptation du roman La grande fenêtre de Raymond Chandler. Réalisé en 1947 par le méconnu et talentueux John Brahm, le long métrage nous plonge avec le détective Philip Marlowe au coeur d’une affaire tordue.

Synopsis : Le détective privé Philip Marlowe est contacté par la richissime Mme Murdock : elle lui demande de retrouver une pièce d’or ancienne, qui pourrait valoir plus de 10 000 dollars. A peine a-t-il accepté l’affaire qu’il reçoit la visite d’un gangster lui ordonnant de renoncer à son enquête. Pour Marlowe, les problèmes ne font que commencer.

« Règle numéro un du détective privé :

toujours encaisser le chèque avant que le client ne change d’avis. »

– George Montgomery / Philip Marlowe –

On doit à John Brahm de brillants films noirs teintés de gothique et d’expressionnismes : Jack L’Éventreur, Hangover Square, entre autres. La découverte de La Pièce maudite était alors par quelques attentes et notamment un questionnement : qu’allait donc faire Brahm du matériau de Chandler ? Dès le début, un élément semble manquer : le temps. L’intrigue s’installe très vite, trop vite même, à tel point que l’humanité des films de Brahm disparaît derrière une mécanique narrative sur-efficace. Peut-être est-ce lié au scénario ? Après tout, on doit les scripts des deux films cités ci-dessus à un seul et même scénariste, Barré Lyndon. On sait aussi que Brahm a réalisé de nombreux films « adaptés de ». Romans, pièce de théâtre, le réalisateur a retravaillé cinématographiquement un certain nombre d’œuvres, en compagnie de scénaristes qu’il retrouvait parfois sur plusieurs de ses films : Barré Lyndon, Crane Wilbur ; ou d’auteurs importants : James Agee. Arrêtons de supposer et revenons sur le premier constat : l’intrigue va trop vite.

Le fonctionnement mécanique de la narration du film tend à en abstraire tout le charme du mystère. Qui a commis ces meurtres ? Oh, encore un mort ! Mais qui sont ces gens qui semblent aussi mêlés à cette affaire de plus en plus complexe ? Quel est l’objet du crime ? Autant de questions qui laissent place à une certaine passivité du spectateur face au déroulement de l’action. On note pourtant de nombreux efforts du côté de la réalisation pour mettre en place un soupçon d’étrange et une ambiance de polar noir. Jeux d’ombres et de lumières ; demeure si étrangement angoissante qu’on semble transporté ailleurs qu’à Pasadena ; hôtel miteux dans lequel le soleil ne semble pouvoir dépasser le seuil des fenêtres… Brahm a clairement apporté son savoir faire sur ce film. Mais cet apport semble limité dès lors qu’on fait face à des dialogues débités de façon si rapide qu’on a l’impression que la bobine a tourné à quatrième vitesse lors de la numérisation du film. Mention spéciale au premier dialogue entre Marlowe et Mme Murdock. Les mots sont débités par des acteurs convaincants mais ne dépassant jamais la fonction et la psychologie restrainte caractérisant chacun d’entre eux dès leurs premières apparitions. Ainsi on peut dire du film qu’il ne dépasse jamais le stade de l’illustration, malgré les efforts du réalisateur.

Idem du côté de cette édition DVD qui ne se contente que de la présence du film en langue originale avec des sous-titres français. L’absence de bonus audiovisuels n’est pas compensée par quelque livret que ce soit. Notons enfin que la version du film présentée est correcte sans être transcendante, du fait que le long métrage n’est pas édité dans une version remasterisée HD.

Bande-annonce – La Pièce maudite

https://www.youtube.com/watch?v=3nRa5xzOeYM

La Pièce maudite / The Brasher Doubloon

Un film réalisé par John Brahm en 1947

Édité en DVD chez les éditions Rimini

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Prix indicatif public : 14,99 €

Séries Mania 2018 : Cérémonie d’Ouverture, Village du festival & Brian Cox

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Coup d’envoi du festival Séries Mania Lille avec en avant-première Succession, résumé d’une déambulation un peu aléatoire entre le Tripostal (ou se tiennent quelque animations) et la cérémonie d’ouverture.

Ce qu’il faut voir au Village du festival

Installé au Tripostal, juste à côté de la gare, le Village festival se veut le centre névralgique des animations de ce « Festival International Séries Mania Lille Haut de France » (que l’on appellera FISMILHF pour faire plus court….ou juste Séries Mania). Dans l’ordre d’apparition sur deux étages nous avons donc : des agents de sécurités à l’entrée (parfois accompagnés de chasseurs d’autographes), une billetterie, un bar/restaurant, une boutique vendant des livres sur les séries et des coffrets DVD exceptionnellement au même prix que d’habitude (ainsi qu’un « tote bag » pas très beau à sept euros cinquante). Quelques rencontres et concerts sont attendus dans cet espace, ainsi que plusieurs soirées (parce que apparemment, le Nord, c’est surtout les soirées). Ensuite, nous avons quelques reproductions de pièces emblématiques de vos séries préférées. L’endroit idéal pour se faire prendre en photo avec des amis dans des décors de Stranger Things, Le bureau des légendes ou Orange is the new black avec ses amis (tout seul vous risquez d’avoir l’air un peu bête).

S’ensuit l’espace radio, où vous pouvez vous installer sur des bancs pour écouter des gens parler de séries. Vous pouvez aussi passer votre chemin pour continuer vers l’exposition d’affiche des séries FX (American Horror Story, Legion etc.) avec sa petite partie « interdite au moins de 12 ans » (mais que l’on peut trouver sur google sans problème) qui précède en toute logique l’espace enfant où des animations sont proposées pour donner aux plus jeunes le goût de l’écriture de scénario ou les bases du montage (on a l’air un peu cynique comme ça, mais franchement c’est une bonne idée et les enfants ont l’air content). Puis à l’étage, quelques projections de format court, un escape game sur le thème de Walking Dead (que l’on a pas encore pu tester), deux expo photos (sur Twin Peaks – encore – et sur les lieux de tournages qui existent dans la vraie vie). Et enfin, des bornes de réalités virtuelles, qui vous permettront enfin de mettre la main sur cette technologie miracle qui a récemment fait de Steven Spielberg un cinéaste moyen. Ce n’est que notre avis personnel, mais la qualité de l’image ne nous a pas paru optimale, ce qui casse un peu l’immersion.

On y retournera sûrement à ce « village », en espérant que les animations varient un peu. Sinon, pour les fans hardcore, il est possible d’aller dans le centre commercial en face pour se faire prendre en photo sur une réplique officielle du Trône de fer.

Cérémonie d’ouverture

C’est donc sur les coups de 19h16 pétantes que les hostilités commencent. Un peu plus loin, à l’auditorium du Nouveau Siècle, un tapis rouge, presque comme celui de Cannes, est installé où Martine Aubry, Miss France 2018, Isabelle Adjani (entre autres) et une petite averse qui fait plaisir, ont fait leur apparition. Tandis que repassait la sous-préfète, nous entrons dans le lieu des festivités et prenons place dans un auditorium moins confortable qu’il n’en a l’air. Ce qui est dommage pour une soirée censée durer trois heures (à la louche). On attend que le tapis rouge se termine en regardant l’arrivée du Jury sur grand écran et c’est à 20h30 que commence enfin la cérémonie d’ouverture.
Petit spectacle de danse contemporaine pas désagréable (mais dont on cherche encore le rapport avec le reste) et entrée en scène d’Alexandra Sublet, maîtresse de cérémonie. La présentation ayant duré a peu près 30 minutes, difficile de faire un best of des meilleures blagues. Mais au moins, l’ambiance n’était pas trop morose. Ensuite vient la présentation du Jury, présidé par Chris Brancato (Narcos) et composé de Maria Feldman (False Flag), Clovis Cornilliac (Chefs) et Pierre Lemaitre (Au revoir là haut).


Tenant bien son rôle, Chris Brancato réjouit la salle avec un discours sincère louant la qualité des séries internationales et l’influence qu’elles commencent à avoir sur la production U.S et la culture américaine, tout en notant avec beaucoup d’auto-dérision que « les mots « culture » et « américaine » doivent sonner comme un oxymore à nos oreilles ». Il conclut son discours par cette idée que les séries sont comme « les histoires que l’on se racontait au coin du feu ». Un moment de partage.
Le festival Séries Mania peut donc débuter.

Avant première de Succession (HBO)

Présentée par le showrunner Jesse Armstrong (collaborateur de Armando Ianucci sur The thick of it et In the Loop) et les comédien.e.s Brian Cox et Hiam Abbass, nous découvrons donc en avant première mondiale cette nouveauté HBO.
Imaginez l’oncle Picsou à la tête d’un empire du divertissement (type Disney), sentant sa fin arriver mais refusant de céder son entreprise à ses enfants gâtés, interprété par Brian Cox, dans une histoire écrite par un adepte du langage fleuri. Vous aurez alors une vague idée de l’ambiance de Succession, soit un soap opéra classique, finement interprété par des acteurs impliqués (nous retrouvons également Kieran Culkin dans le même type de rôle ironique qu’il tenait dans Scott Pilgrim et Matthew Macfayden). Quelques répliques font mouches (« j’espère avoir trouvé un homme qui ne laisse pas des traces de coke sur l’Ipad des enfants ») et certaines situations grotesques sortent du lot (une mascotte de parc d’attraction qui vomit par les yeux). Mais à moins d’être un fan inconditionnel de Brian Cox (qui livre une interprétation parfaite) ou d’être accroc à ces univers de nantis qui se tirent la bourre en famille, ces premiers épisodes peinent à éveiller autre chose qu’un intérêt distant. En particulier à cause d’un rythme un peu bancal (le lot de tous les pilotes), une réalisation qui abuse un peu des zooms (pour donner un effet de réel) et ces sièges inconfortables qui commencent à nous scier les lombaires. Et il faut dire que les histoires de rachats d’entreprises présentées comme un sport de combats, depuis Dallas, on connait un peu.

 

Pierre Lapin : le héros culte de Beatrix Potter enfin au cinéma

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Pierre Lapin, le personnage culte de la littérature enfantine, créé par Beatrix Potter, est la star de ce long-métrage mêlant scènes de prises de vue réelles et animation.

Synopsis : Pierre Lapin croyait s’être débarrassé de son pire ennemi, M. McGregor. Mais un de ses descendants, Thomas McGregor, un Londonien qui se réfugie à la campagne, va alors bouleverser ses plans… Comment voler les légumes du potager ? Comment détruire l’homme qui s’intéresse à la charmante voisine Bea, la grande protectrice des animaux ?

La star de la littérature enfantine, Beatrix Potter, avait publié le conte The Tale of Peter Rabbit en 1902, qui rencontra à sa sortie un immense succès dans les librairies. Il avait déjà été au cœur de plusieurs adaptations destinées pour la télévision. Pierre Lapin représente alors officiellement sa première adaptation cinématographique. Alors qu’on pouvait craindre le pire, l’ensemble est plutôt sympathique malgré quelques évidents défauts.

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L’esprit de Beatrix Potter, précurseur de la « fantasy animalière » n’est jamais bien loin dans cette adaptation pourtant plus moderne. L’équipe du film a travaillé avec une filiale de Penguin Random House, à l’origine des premières publications de Pierre Lapin. Certaines scènes ont aussi été tournées dans le Lake District, une région aux paysages sublimes où l’écrivaine a vécu et qui a considérablement influencé ses œuvres. La mise en abyme même avec l’auteure elle-même, interprétée par une pétillante Rose Byrne (Sunshine), est plutôt intéressante. On retrouve ce qui aurait poussé Potter à créer ses œuvres littéraires tout comme on s’amuse à détourner par moments son talent pour le dessin. En parlant de dessin, la scène de flashbacks inspirée des dessins en aquarelle de Potter est une des bonnes surprises de ce long-métrage. Surtout, le rapport entre les humains et les animaux n’est jamais édulcoré. Pour toutes ces raisons évoquées, le film mérite d’être vu en partie pour les efforts à retrouver l’âme des textes de Potter.

Pierre Lapin gagne aussi quelques points concernant l’exposition des personnages. Ainsi, le personnage principal est de plus en plus antipathique au fur et à mesure qu’on avance dans le récit alors que le « méchant » de l’histoire, interprété par un charismatique Domnhall Gleeson (Brooklyn) devient attachant. C’est une bonne chose de présenter un schéma narratif peu habituel dans le cadre d’un film adressé à un très jeune public. Concernant cette relation entre l’animal et Thomas McGregor, qui a le mérite de faire naître quelques gags plutôt sympathiques, le film évite donc un certain manichéisme. Cela dit, il ne faut pas se leurrer : si le film a le mérite de ne pas prendre les enfants pour des débiles comme le font trop de longs-métrages grand public, il reste avant tout destiné pour eux, surtout en ce qui concerne l’humour. Les adultes pourront surtout se raccrocher à la lecture éventuellement plus adulte, présente avant tout originellement dans les œuvres de Beatrix Potter, et non au film en lui-même.

pierre-lapin-peter-rabbit-will-gluck-rose-byrne-james-corden-film-critiqueSi les paysages naturels sont magnifiés, les scènes d’animation sont en revanche rarement convaincantes. Les animateurs ont beau avoir tout fait pour humaniser les animaux en leur attribuant des mouvements expressifs, le rendu reste assez laid, ne se fondant pas toujours bien avec l’arrière-fond réel. Cela est particulièrement dommage pour le travail de doublage, le casting vocal original (James Corden, Daisy Ridley…) correspondant plutôt bien aux expressions des animaux. Pour ne rien arranger, les acteurs (et en particulier leurs regards) ne sont pas toujours en cohésion avec ces animations de synthèse. De plus, les chansons sont tout simplement insupportables. Entre le délire de fan de pop et le panneau publicitaire, on a l’impression qu’elles déboulent dans nos oreilles au moindre prétexte, en ayant aucun rapport direct avec les scènes.

Pierre Lapin est certainement un film oubliable mais qui n’a rien de honteux et fera certainement plaisir aux enfants. Peut-être un peu moins aux grands.

Pierre Lapin : Bande Annonce

Pierre Lapin : Fiche Technique

Réalisation : Will Gluck
Scénario : Will Gluck et Rob Lieber
Interprètes : Domhnall Gleeson, Rose Byrne, Sam Neill, Marianne Jean-Baptiste…
Voix originales : James Corden, Daisy Ridley, Margot Robbie, Elizabeth Debicki, Sia…
Voix françaises : Philippe Lacheau, Julien Arruti, Elodie Fontan…
Producteur : Will Gluck et Zareh Nalbandian
Société de production : Olive Bridge Entertainment, Animal Logic Entertainment
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Durée : 90 mn
Genre : Comédie familiale
Date de sortie : 4 avril 2018

Royaume-Uni, Australie, Etats-Unis  – 2018

Séries Mania (off) : La série au rang des Beaux-Arts ?

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En parallèle du festival Séries Mania 2018, le Palais des Beaux-Arts de Lille (ville où déménage le festival cette année) propose un parcours thématique qui voudrait nous faire réfléchir aux liens entre Histoire de l’Art et petit écran. Idée surprenante car difficile d’imaginer deux univers plus éloignés que ces deux là. Opération de communication un peu gonflée ou véritable réconciliation entre amateurs de toiles et fanatiques des soirées canapés ? Nous sommes quand même allés y jeter un œil, avant le véritable début des festivités le 27 avril.

Pour ceux qui ne seraient pas familiers de cette institution qu’est le Palais des Beaux-Arts de Lille, précisons deux ou trois choses. Depuis quelques années déjà, le musée, qui dispose d’une formidable collection allant de l’Antiquité aux périodes contemporaines, propose entre deux expositions thématiques classiques, un « open museum ». Le concept est assez simple : faire entrer dans ce lieu imposant une personnalité un peu éloignée de ce monde, afin de dynamiter l’image élitiste qui colle un peu trop aux musées nationaux. Partant du constat malheureux que les nouveaux publics se raréfient pour ce genre de sorties culturelles, les commissaires d’expositions tentent donc de ramener un public neuf, en laissant carte blanche à l’invité du moment. Il ne s’agit pas d’une salle d’exposition dédiée, mais bien de petites incongruités glissées ça et là au milieux des œuvres, invitant le visiteur à déambuler, suivre des pistes nouvelles, et découvrir (et parfois redécouvrir) toutes sortes de choses. La troisième édition (2016) laissait Zep, le papa de Titeuf, glisser des parodies d’œuvres célèbres (dont une superbe reprise du Concert dans l’œuf de Jérôme Bosch) avec son style particulier et la quatrième invitait le cuisinier Alain Passard (2017) à nous éveiller les papilles. Nous pourrions craindre à chaque fois une tentative forcée du musée de faire « jeune », mais force est d’admettre que les invités se prêtent au jeu avec gourmandise, et l’on prend plaisir à chaque fois à suivre un nouveau jeu de piste.

Pour cette cinquième édition, changement de modalités. Le festival Séries Mania oblige, ce n’est pas une personnalité qui est conviée, mais un imaginaire. Celui de la génération « binge watching ». Disposés entre les toiles de maîtres, des écrans diffusent des extraits de séries plus ou moins récentes, que des cartels tentent de mettre en lien avec les œuvres alentours. L’argument est assez simple (mais efficace) : les deux univers ne seraient pas aussi opaques, et les scénaristes piochent souvent leurs influences dans cette histoire culturelle commune. Sont ainsi convoqués, au milieux de Donatello, Bosch, Goya et Véronèse, les univers de Lost, The Handmaid’s Tale, Twin Peaks et quelques autres. Même le carton d’audience français de l’année 65, Belphegor, trouve une petite place à l’entrée de la galerie des arts antiques, afin de nous rappeler l’aura de mystère qui englobe ces lieux d’expositions. Là encore, nous aurions pu craindre un effet gadget et une tentative désespérée de séduire un « autre public », mais par sa disposition inclusive et pédagogique, le charme opère.

Au rang des idées les plus clinquantes, cette tentative de reproduction de la Red Room de Twin Peaks arrive en tête, et fera peut-être sourire les amateurs de Lynch. Quelques rideaux rouges pour masquer les portes, des tapis zébrés noir et blanc, des reproductions en plâtre des Vénus de Milo et Médicis, et un écran diffusant l’extrait en question, histoire de savoir de quoi on parle. Amusant, mais tout ceci à un peu des airs de décoration pour une soirée d’anniversaire un peu cheap. Non loin de là, le Retable de Saint-Georges (1480-1490 env.) est accompagné d’un extrait de Game of Thrones, où ce vil gredin de Jaimie Lannister tente d’embrocher le dragon de Daenerys. Au delà du motif récurent, rien de bien palpitant ne ressort de ce lien. Mais on peut comprendre que proposer une exposition sur les séries en faisant l’impasse sur ce phénomène mondial semblait impossible. Toujours au rang des choix un peu malheureux, l’extrait de la série Médicis : Les maîtres de Florence fait un peu tâche à côté du marbre en relief de Donatello représentant le Festin d’Hérode (1435). Le seul lien étant l’artiste comme personnage dans une série clinquante qui enchaîne les poncifs et les approximations historiques.

L’étage, qui expose les collections modernes et contemporaines, est de ce fait mieux servi. Et l’on commence à se réjouir de voir les connections faites entre la lumière sombre de The Handmaid’s Tales et quelques peintures flamandes. Amusante également cette référence au triptyque du Jugement Dernier de Jérome Bosch, caché dans un épisode des Simpsons ou encore cette Maja desnuda de Francisco de Goya (1800) qui apparaît en arrière plan d’une scène de Deadwood. Des connexions intéressantes commencent à se faire, et certaines analyses de la place de l’art dans la série Empire (et donc le rapport au luxe) ou la découverte d’un Rothko dans les bureaux de Mad Men, et les réactions divergentes des personnages, ouvrent de nouvelles perspectives. Nous découvrons alors des scénaristes plus subtils et consciencieux que ce que l’on imaginait. Très belle surprise par exemple cet extrait de la série pour ado The 100, qui nous montre un homme peindre une terre fantasmée, mis en lien avec les paysages idéalisés de la peintures française du XVIIe. Vertige, quand tu nous tiens…

Parmi ces extraits, il est toujours bon de séparer le grain de l’ivraie. Toujours au rang des « phénomènes » impossibles a éviter, l’extrait de Sex and the City montrant une caricature de Marina Abramović (artiste adepte de la performance physique) semble un peu hors de propos, et le joli passage de Docteur Who qui propulse Vincent Van Gogh au quai d’Orsay n’est pas analysé en dehors de l’hagiographie de rigueur. Idem pour les passages de P’tit Quiquin (mis en relation avec les paysages du nord de Comte-Lepic) et d’Hannibal, seulement rapproché de la nature morte, bien que les citations picturales ne manquent pas dans la série. Mais dans tous les cas, cet « Open Museum » rempli pleinement sa mission, qui est d’ouvrir nos perspectives. Repenser nos images à l’aune de celles de nos ancêtres, n’est-elle pas finalement la mission première d’un musée ? Ici les admirateurs du petit écran redécouvrent leurs séries préférées sous un nouveau jour, et les amateurs d’arts trouvent parmi ces scénaristes divers des atomes crochus. Les raccourcis sont parfois un peu faciles, à cause de l’absence des œuvres citées directement (évidement que Le Parlement de Londres de Monet n’allait pas se déplacer à Lille pour une simple référence dans Empire), mais au moins l’idée d’un pont se fait dans notre esprit. Un pont que l’on se ferait un plaisir de traverser dans les deux sens.

Bonus :

Au détour de notre déambulation, nous sommes tombés sur l’installation de quelques costumes de la série Versailles (Canal +), exposés pour la durée du festival. Nous en avons profité pour poser quelques questions à Véronique Biron, assistante costumière de Madeline Fontaine sur la série, venue aider à disposer les habits portés à l’écran par Louis XVI et sa cour.

Véronique Biron nous indique que le choix artistique de la créatrice des costumes, Madeline Fontaine ( récompensé BAFTA pour le film « Jackie » entre autre) a été de traiter les personnages par code couleur: Or pour le roi, rouge et or pour la reine Marie-Thérese, argent pour Monsieur, bleu pour la Palatine et dans les bruns pour Maintenon à qui nous devions ramener un côté austère au personnage (exemple des costumes exposés au Palais des beaux arts). Le choix des producteurs était d’orienter l’artistique vers une ambiance contemporaine dans un environnement historique.
Les costumes ont donc étés travaillés dans les ateliers Parr les modélistes et couturières, avec des formes et volumes respectant l’époque Louis XIV, mais les matières étaient plus modernes. Il a donc fallu trouver le juste milieu entre réalité historique et choix artistique sans oublier l’esthétique souhaité par la production.

L’idée est donc de trouver un juste milieu entre respect de la réalité historique et les attentes esthétiques du public. Au vu des modèles exposés, c’est plutôt réussi.

La saison 4 de Bosch : L’Envol de l’Ange

En adaptant L’Envol de l’Ange, cette saison 4 de Bosch s’inscrit dans la droite lignée des précédentes tout en permettant de mieux approfondir le personnage principal.

Synopsis : Trois mois après la fin de la saison précédente. Howard Elias, un riche avocat très médiatique, spécialisé dans les affaires de défense des droits civils, est sur le point de commencer un procès intenté contre la ville de Los Angeles : des policiers du LAPD sont accusés d’avoir torturé un suspect noir dans une affaire de kidnapping. Mais l’avocat est abattu à bout portant dans un funiculaire, l’Angels Flight.

Cette quatrième saison de la série Bosch possède les mêmes qualités que les précédentes. D’abord, une enquête qui mise sur le réalisme. C’est une des qualités principales des romans de Connelly (en l’occurrence, pour cette saison, L’Envol de l’Ange, Angels Flight en anglais, le surnom du funiculaire où a eu lieu le crime), qui sont ici, une fois de plus, très bien adaptés : déroulement de l’enquête, lien entre le chef de la police, le maire et le procureur, rôle des médias et des associations, la saison évite tout sensationnalisme excessif pour privilégier une plongée dans le quotidien du travail de la police.

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C’est justement ce réalisme qui donne plus de poids aux critiques qui sont émises, en particulier concernant le système judiciaire américain. La justice est décrite comme un spectacle pouvant générer des accords parfois juteux. Une fois de plus, ce n’est pas la vérité qui est recherchée, mais son apparence. Voilà bien pourquoi Bosch détonne dans ce monde, lui qui s’accroche à découvrir la vérité à tout prix et qui ne lâche rien ni personne tant qu’il n’a pas atteint son but. La veuve de la victime, Millie Elias, ne s’y trompe pas lorsqu’elle dit qu’elle ne peut avoir confiance qu’en lui.

C’est d’ailleurs la première fois depuis le début de la série que Bosch apparaît en position de supériorité. Lui qui, dès la première saison, était décrit comme un flic violent, colérique, attaqué de nombreuses fois en justice pour voies de faits, le voilà placé en situation de confiance. C’est à lui que cette enquête plus que délicate a été confiée par le chef Irving. Avec lui, c’est la certitude que le coupable sera traqué, même s’il est flic.

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Car c’est bien là le point important de la saison. La victime, Howard Elias, est un avocat très populaire, réputé pour défendre les droits civils, et en particulier ceux des minorités. Il est détesté par de nombreux policiers, qui ne cachent pas leur joie de le voir mort. La situation sociale va vite être tendue, des associations communautaires noires manifestant en permanence devant le commissariat. Elles ne croient pas à une enquête impartiale et restent convaincues que la police va étouffer l’affaire, surtout s’il s’avère que le coupable est bel et bien un flic.

Dans ce contexte, le découpage des épisodes a son importance. En effet, cette saison 4 de Bosch reprend le principe développé dans la série danoise The Killing : un épisode = un jour d’enquête. Loin d’être un simple artifice narratif, ce découpage fait que la saison défile comme un compte à rebours vers le moment qui s’annonce comme étant un pic de tension : une manifestation qui pourrait dégénérer en émeutes, comme celles qui ont suivi le passage à tabac de Rodney King en 1992.

La volonté de réalisme entraîne une nécessaire lenteur du rythme. L’avantage, c’est que cette lenteur n’est jamais synonyme d’ennui. On assiste, petit à petit, à toute la réflexion de Bosch, on voit presque les idées se mettre en place, on le suit pendant qu’il remonte les pistes. Ainsi, lorsque des retournements de situation se profilent, ils n’apparaissent pas comme de vulgaires twists cousus de fil blanc mais ils montrent, au contraire, la grande finesse d’écriture du scénario.

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Cette saison 4 s’inscrit d’emblée dans la droite lignée de la précédente. Ainsi, la scène d’ouverture reprend le fil rouge de la série, à savoir l’enquête officieuse de Bosch pour découvrir le meurtrier de sa mère. L’inspecteur va aussi passer pas mal de temps avec sa fille Maddie, et une intrigue secondaire traitera de l’ex-femme de Bosch, Eleanore Wish (interprétée par Sarah Clarke, que l’on avait vue dans les trois premières saisons de 24 heures Chrono), recrutée par le FBI.

De fait, la saison approfondira l’aspect familial de la vie de Bosch. On le verra, de nombreuses fois, se confier sur son enfance, son passé, ses liens avec sa mère, mais aussi avec son ex-femme. Ici, Bosch n’est plus uniquement un policier, mais aussi un père : de nombreuses scènes le montrent en train de discuter avec sa fille.

D’ailleurs, l’enquête principale de la saison va beaucoup empiéter sur la vie privée du policier. Il va même aller jusqu’à recevoir chez lui le suspect numéro 1, pour une discussion nocturne riche d’enseignements.

Il y a un autre policier dont nous suivrons la vie privée, c’est le co-équipier de Bosch, J. Edgar, que nous avions laissé mal en point à la fin de la saison précédente. Nous allons donc voir les incidences de la dangereuse carrière de flic sur la vie familiale chaotique du personnage.

En bref, Eric Overmyer et Michael Connelly nous offrent, une nouvelle fois, une saison riche et dense. Petit à petit, dans la discrétion, Bosch se fait une place dans le paysage des séries policières.

Bosch, Saison 4 : bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=GMcaRTwsx8M

Bosch, Saison 4 : fiche technique

Créateur : Eric Overmyer
Réalisation : Aaron Lipstadt, Ernest R. Dickerson, Tim Hunter…
Scénario : Michael Connelly, Eric Overmyer, John Mankiewicz…
Interprétation : Titus Welliver (Harry Bosch), Jamie Hector (Jerry Edgar), Sarah Clarke (Eleanor Wish), Madison Lintz (Maddie), Amy Aquino (Grace Billets), Lance Reddick (Irvin Irving)
Photographie : Patrick Cady, Michael McDonough
Montage : Steven Cohen, Kevin Casey
Musique : Jesse Voccia
Production : Mark Douglas, Michael Connelly, Titus Welliver
Sociétés de production : Hieronymus Pictures, Fabrik Entertainment, Amazon Studios
Société de distribution : Amazon Instant Video
Genre : policier
Durée : 10X50 minutes

Etats-Unis- 2018

Mai 68, La Belle Ouvrage, de Jean-Luc Magneron

Le 25 avril sur grand écran et le 2 mai en DVD chez Rimini Editions : voilà deux moyens de voir le documentaire de Jean-Luc Magneron Mai 68, la Belle Ouvrage, en version longue et copie restaurée.

Il convient de commencer en précisant ce que Mai 68, la Belle Ouvrage n’est pas : le film de Jean-Luc Magneron n’est pas un documentaire qui raconterait la chronologie des événements parisiens de ce fameux mois de mai. Le film étant tourné dans la foulée des manifestations et de leur répression, le cinéaste n’a sans doute pas estimé utile de rappeler les faits : lorsque la première version a été diffusée, à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 1969, les événements racontés avaient moins d’un an. Mai 68, La Belle Ouvrage se veut avant tout un recueil de témoignages sur les faits.

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Un recueil parfaitement orienté politiquement d’ailleurs, ne nous leurrons pas. Le premier titre, Répression, en dit long sur le projet de Jean-Luc Magneron : dénoncer les violences policières lors de la répression des manifestations étudiantes de Mai 68. Le film se présente comme une succession de témoignages, tournés en plans fixes, entrecoupés, de temps à autres, d’images d’archives sur les événements. Des images qui présentent les répressions comme des actes de guerre : voitures brûlées, charges des CRS, grenades lancées contre les étudiants, barricades, etc.

Plus que les images, c’est donc visiblement les paroles qui sont importantes dans ce documentaire. Le film commence par le fameux entretien avec le Général de Gaulle qui vante l’attitude de la police et qualifie les événements « d’anarchie universitaire ». L’action du gouvernement aurait, selon lui, « limité les blessures ». Les témoignages choisis par Magneron auront pour but de démontrer les mensonges de cette intervention présidentielle.

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Parmi les témoins, nous trouverons des étudiants, bien entendu, mais aussi des journalistes, des médecins et même un simple passant. Le cinéaste insiste pour obtenir des témoignages précis de faits que les personnes interrogées ont vus de leurs propres yeux ou dont elles ont été victimes : ici, pas de « on-dit », pas de rumeurs, pas de « il paraît que », mais des faits vérifiés et qui, bien souvent, se recoupent.

D’abord, le premier témoin, un journaliste, plante le décor : les étudiants sont pacifiques, ils s’installent sans violence. Il y a, selon lui, une joyeuse « atmosphère de kermesse » : « ça commençait très très bien », affirme-t-il un peu plus tard. Un autre témoin précise même qu’au début, les CRS sont « abasourdis » par la volonté des jeunes. Puis, ce sont finalement les forces de l’ordre qui lancent l’assaut.

Un assaut toujours qualifié de dissymétrique : on nous parle souvent de groupes de 4 ou 5 policiers qui matraquent un étudiant à terre. Et pas que des étudiants d’ailleurs : nous assistons au témoignage d’un simple passant qui a été agressé également, sans la moindre raison, par les CRS (ce qui est confirmé par d’autres témoins).

Autre aspect qui fait l’objet de témoignages concordants : les comités d’accueil dans les commissariats. Les étudiants arrêtés sont obligés de passer devant un groupe de forces de l’ordre (CRS, policiers, gardes mobiles) qui, à tour de rôle, les tabassent à coups de matraque ou de pied dans les parties génitales. Plusieurs témoins parlent aussi de femmes violées.

Les témoignages les plus intéressants sont ceux d’étudiants en médecine. L’un d’eux, Bernard Pons (sans lien avec le ministre de Jacques Chirac), détaille les blessures subies par les victimes qui arrivent aux urgences : des coups entraînant des fractures du crâne, des yeux crevés (ce qui est le cas du dernier témoin interrogé dans le documentaire), mais aussi des problèmes respiratoires liés aux gaz employés par les CRS.

Encore plus intéressant est le témoignage de cet interne en psychiatrie, qui analyse le comportement des policiers : « il y avait tout un jeu qui se faisait autour de la violence. Défoulement, désinhibition de l’agressivité des CRS. »

Globalement, les témoignages sont tous édifiants et passionnants, sauf celui de Julien Besançon, journaliste qui essaie de rester impartial et de renvoyer dos à dos policiers et étudiants. Il est aussi le seul à ne pas témoigner directement de ce qu’il a vu, et le seul à ne pas être dans l’indignation.

Car c’est bel et bien le sentiment qui se dégage de l’ensemble : une indignation, et une urgence à recueillir ces témoignages. Magneron est visiblement animé par la volonté de démonter les propos du général de Gaulle un à un : non, il n’y a pas de « pègre étudiante » ni de « commandos organisés ». On sent qu’un soin tout particulier est pris dans le choix des mots, du vocabulaire employé.

Finalement, le seul vrai reproche que l’on pourrait faire à Mai 68, la Belle Ouvrage (et encore, ce n’est pas vraiment un reproche, puisque la chose était sans doute impossible) : ne pas avoir interrogé quelques policiers, qui auraient pu éventuellement nous dire si l’usage de la force était une obéissance aux ordres hiérarchiques ou si, comme l’indique l’interne en psychiatrie, il s’agit d’un défoulement de violence incontrôlable.

S’il ne fallait retenir qu’une image de ce riche et passionnant documentaire, ce serait celle de cet étudiant insultant un CRS qui n’est autre que son père. Finalement, tout Mai 68 est présent dans cette image, dans cet affrontement inter-générationnel. Commencer par un Général de Gaulle vieillissant, à quelques mois seulement de sa démission, est un symbole très fort. Face à lui, le documentaire ne cesse de nous montrer une jeunesse vivante, inventive, motivée, engagée.

Inédit en salles et en DVD, présenté dans une très belle copie restaurée et en durée longue (2 heures), ce film paraît vite indispensable non pas pour raconter les événements, mais pour nous les faire vivre, nous immerger auprès des étudiants, et pour dénoncer des méthodes policières indignes.

Mai 68, La Belle Ouvrage : bande-annonce

Mai 68, La Belle Ouvrage : fiche technique

Réalisateur : Jean-Luc Magneron
Date de sortie : mai 1969
Genre : documentaire politique
Durée : 117 minutes
Date de reprise, copie longue restaurée : 25 avril 2018
Date de sortie du DVD : 2 mai 2018

France – 1969

Irma la Douce arrête le tapin en DVD et Blu-ray chez les éditions Rimini

Ce mardi 24 avril sort en DVD et Blu-ray dans une nouvelle version remastérisée Irma la Douce. Mis en boîte aux éditions Rimini, le film réalisé en 1963 par le grand Billy Wilder suit Irma « la douce », jeune prostituée française qui, grâce au complot de son amoureux ex-policier, va pouvoir arrêter le tapin.

Synopsis : À Paris, pour sortir de la rue celle qu’il aime, Irma, Nestor, ancien gardien de la paix, n’hésite pas à se déguiser en un certain lord X, gentleman anglais. Ce bon gentleman donne mille francs par semaine à la belle pour jouer au double solitaire avec elle. De quiproquo en quiproquo, lord X et Nestor ne feront plus qu’un pour la plus grande joie d’Irma la très douce…

Au-delà de la carte postale colorée

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Irma la Douce surprend. Déjà visuellement, puisque Wilder filme en couleur (ce qui est plutôt rare car le cinéaste n’aimait pas ça), et quelles couleurs : les tomates n’ont jamais été aussi rouges, les choux aussi verts… Le quartier des Halles relié à la rue où se situe la majorité de l’action est vivace dans ses couleurs et dans leurs mouvements : les viandes sont portées ; les prostituées se vendent à travers de petites actions ou infimes déplacements ; un jet d’eau nettoie la rue chaque matin noyant deux cœurs dessinés au rouge à lèvres sans jamais réussir à noyer la couleur… La reconstitution de Paris de Wilder est digne d’une carte postale picturale. Mais, comme introduit plus haut, la carte postale est en mouvement. Et elle expose des scènes parisiennes que la capitale n’a pas dû apprécier voir à l’écran à l’époque : un réseau de prostitution dans lequel tout le monde semble s’être creusé une place, des flics aux macs, en passant par l’hôtel Casanova et les clients. Wilder présente ainsi une machine économique portée par « l’autre beauté parisienne » cachée derrière la capitale-carte postale que l’on connaît.

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Nestor Patou (Jack Lemmon) débarque aux Halles et dans cette rue d’à côté où les trottoirs sont occupées par des prostituées. Naïf, il commence toutefois à douter…

Le cinéaste oppose à ce cynique tableau le consciencieux Nestor Patou, interprété par le brillant Jack Lemmon. Le bonhomme, avant d’être affecté aux Halles, gardait la paix dans un parc dominé par les enfants. Au début de sa nouvelle affectation, Nestor va voir son monde de bien, de mal et de « petit agneau tout blanc » perturbé par ce qu’il va découvrir : le réseau de prostitution bien connu par la police qui y a même une bonne place ; lors de la rafle des prostituées, il se retrouve coincé avec elles, découvrant l’humanité de ses filles loin d’être mauvaises, et aussi son propre désir pour ces corps qui se vendent au gré du client ; il perd son travail le même jour à cause d’un malentendu et devenir le mec/mac d’Irma (formidable Shirley MacLaine) après une folle bagarre. Problème : Irma veut travailler davantage pour rendre son homme heureux, riche, et bien habillé, mais Nestor, amoureux, la veut pour lui tout seul.

Ainsi, d’une carte postale aux couleurs explicites, Wilder nous plonge tel Nestor dans une réalité parisienne toute en nuances dans laquelle le dilemme amoureux devra résister et faire face avec inventivité et bravoure. La dernière partie du film semble embrasser la fiction délurée et irréaliste – pour ne pas dire cartoonesque –, ne pourrait-on interpréter ce changement comme une réponse du cinéma à cette bien plus obscure réalité ? Que ce soit avec passion et une certaine drôlerie ironique dans Certains l’aiment chaud ; lors d’une prise de conscience digne d’un acte de foi dans La Garçonnière ; ou encore avec un soupçon de nostalgie romanesque et amoureuse dans La Vie privée de Sherlock Holmes ; Wilder répond au cynisme et à la noirceur du réel en utilisant finalement la machine cinématographique pour mettre en image une utopie humaniste capable de faire face à tous les maux du monde.

Enfin le long métrage fait son retour vidéo dans une version soignée. Si le début du film est perturbé par une instabilité importante de l’image, la remasterisation est, sur l’ensemble, réussie : les couleurs sont vives avec un contraste nuancé ; et les images sont détaillées avec un léger grain préservé et malgré la présence d’un peu de poussière. Le film est accompagné d’intéressants bonus dont un livret exclusif écrit par Marc Toullec.

Bande-annonce – Irma la Douce

COMPLÉMENTS DES ÉDITIONS DVD & Blu-ray

– Conversation entre les journalistes Mathieu Macheret (Le Monde) et Frédéric Mercier (Transfuge)
– Interview de Laurent Valière (France Culture) à propos de la comédie musicale originale
– Les décors d’Irma la Douce revisités par Didier Naert, peintre architecte.

+ Un livret écrit par Marc Toullec

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Prix de l’édition DVD : 14,99 €

Prix de l’édition Blu-ray : 19,99 €

Le Don Quichotte de Terry Gilliam sera-t-il maudit au Festival de Cannes ?

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La projection en clôture du Festival de Cannes de L’homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam pourrait être menacée. Le producteur de cette œuvre cinémato-graphique, Paulo Branco, est en conflit depuis des mois avec l’ancien membre des Monty Python.

La malédiction semble toujours planer sur le projet cinématographique qui tient tant au cinéaste Terry Gilliam depuis de nombreuses années, L’homme qui tua Don Quichotte. Le film doit sortir dans les salles obscures dans l’Hexagone le samedi 19 mai. Cette date correspond à la projection du long-métrage dans le cadre de la dernière journée du 71e Festival de Cannes, selon son distributeur Océans Films Distribution.

Un nouveau rebondissement judiciaire pourrait contraindre les plans pour la projection du film. Terry Gilliam serait en conflit avec le producteur Paulo Branco. L’avocat de ce dernier  (son propre fils), Maître Juan Branco, n’exclut pas d’entamer de nouvelles démarches « dans les jours qui viennent ». Paulo Branco est opposé à la projection du film à Cannes , selon son avocat.

C’est une tentative de passage en force dont Thierry Frémaux (le délégué général du festival) se rend complice. On va se retrouver avec une séance de clôture qui risque d’être annulée.

Le film n’avait pas encore de visa d’exploitation, selon les données du Centre national du cinéma (CNC). Ce défaut ne serait pas un frein pour la projection dans le cadre d’un festival.

Le long-métrage réunit les acteurs Adam Driver, Jonathan Pryce, Stellan Skarsgard, Olga Kurylenko, Joana Ribeiro, Rossy de Palma ou bien encore Sergi Lopez.

Le principal problème concerne les droits de L’homme qui tua Don Quichotte. Ils sont au cœur d’un contentieux juridique entre Terry Gilliam et Paulo Branco. Le producteur portugais aux 300 films lui a acheté en avril 2016 ses droits d’auteur-réalisateur, via sa société Alfama Films basée en France. La cour d’appel de Paris rendra sa décision le 15 juin, après avoir examiné l’affaire début avril.

« Les producteurs et les distributeurs rappellent que le contrat qui a lié M. Gilliam et M. Branco a été résilié », selon le président d’Océans Films Distribution, Philippe Aigle, distributeur du film en France, qui se félicitait que le film soit projeté à Cannes.

La suite du contentieux entre Terry Gilliam et Paulo Branco pourrait donc perturber le bon déroulé de l’édition 2018 du Festival de Cannes. La cour d’appel de Paris va sceller le destin du film et l’avenir cannois de Don Quichotte dans les prochains jours.

Cet épisode judiciaire vient prolonger la « malédiction » et la « poisse » qui frappent depuis 18 ans L’homme qui tua Don Quichotte. En 2000, Terry Gilliam avait dû abandonner le tournage de sa libre adaptation de l’ouvrage de Cervantès, en raison notamment des problèmes de dos de l’acteur Jean Rochefort et de pluies torrentielles. Ce fiasco a fait l’objet d’un documentaire Lost in La Mancha (2002).

Vidéo de l’AFP sur le conflit judiciaire entre Paulo Branco et Terry Gilliam :

Bande-annonce de L’homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam :