Séries Mania (off) : La série au rang des Beaux-Arts ?

En parallèle du festival Séries Mania 2018, le Palais des Beaux-Arts de Lille (ville où déménage le festival cette année) propose un parcours thématique qui voudrait nous faire réfléchir aux liens entre Histoire de l’Art et petit écran. Idée surprenante car difficile d’imaginer deux univers plus éloignés que ces deux là. Opération de communication un peu gonflée ou véritable réconciliation entre amateurs de toiles et fanatiques des soirées canapés ? Nous sommes quand même allés y jeter un œil, avant le véritable début des festivités le 27 avril.

Pour ceux qui ne seraient pas familiers de cette institution qu’est le Palais des Beaux-Arts de Lille, précisons deux ou trois choses. Depuis quelques années déjà, le musée, qui dispose d’une formidable collection allant de l’Antiquité aux périodes contemporaines, propose entre deux expositions thématiques classiques, un « open museum ». Le concept est assez simple : faire entrer dans ce lieu imposant une personnalité un peu éloignée de ce monde, afin de dynamiter l’image élitiste qui colle un peu trop aux musées nationaux. Partant du constat malheureux que les nouveaux publics se raréfient pour ce genre de sorties culturelles, les commissaires d’expositions tentent donc de ramener un public neuf, en laissant carte blanche à l’invité du moment. Il ne s’agit pas d’une salle d’exposition dédiée, mais bien de petites incongruités glissées ça et là au milieux des œuvres, invitant le visiteur à déambuler, suivre des pistes nouvelles, et découvrir (et parfois redécouvrir) toutes sortes de choses. La troisième édition (2016) laissait Zep, le papa de Titeuf, glisser des parodies d’œuvres célèbres (dont une superbe reprise du Concert dans l’œuf de Jérôme Bosch) avec son style particulier et la quatrième invitait le cuisinier Alain Passard (2017) à nous éveiller les papilles. Nous pourrions craindre à chaque fois une tentative forcée du musée de faire « jeune », mais force est d’admettre que les invités se prêtent au jeu avec gourmandise, et l’on prend plaisir à chaque fois à suivre un nouveau jeu de piste.

Pour cette cinquième édition, changement de modalités. Le festival Séries Mania oblige, ce n’est pas une personnalité qui est conviée, mais un imaginaire. Celui de la génération « binge watching ». Disposés entre les toiles de maîtres, des écrans diffusent des extraits de séries plus ou moins récentes, que des cartels tentent de mettre en lien avec les œuvres alentours. L’argument est assez simple (mais efficace) : les deux univers ne seraient pas aussi opaques, et les scénaristes piochent souvent leurs influences dans cette histoire culturelle commune. Sont ainsi convoqués, au milieux de Donatello, Bosch, Goya et Véronèse, les univers de Lost, The Handmaid’s Tale, Twin Peaks et quelques autres. Même le carton d’audience français de l’année 65, Belphegor, trouve une petite place à l’entrée de la galerie des arts antiques, afin de nous rappeler l’aura de mystère qui englobe ces lieux d’expositions. Là encore, nous aurions pu craindre un effet gadget et une tentative désespérée de séduire un « autre public », mais par sa disposition inclusive et pédagogique, le charme opère.

Au rang des idées les plus clinquantes, cette tentative de reproduction de la Red Room de Twin Peaks arrive en tête, et fera peut-être sourire les amateurs de Lynch. Quelques rideaux rouges pour masquer les portes, des tapis zébrés noir et blanc, des reproductions en plâtre des Vénus de Milo et Médicis, et un écran diffusant l’extrait en question, histoire de savoir de quoi on parle. Amusant, mais tout ceci à un peu des airs de décoration pour une soirée d’anniversaire un peu cheap. Non loin de là, le Retable de Saint-Georges (1480-1490 env.) est accompagné d’un extrait de Game of Thrones, où ce vil gredin de Jaimie Lannister tente d’embrocher le dragon de Daenerys. Au delà du motif récurent, rien de bien palpitant ne ressort de ce lien. Mais on peut comprendre que proposer une exposition sur les séries en faisant l’impasse sur ce phénomène mondial semblait impossible. Toujours au rang des choix un peu malheureux, l’extrait de la série Médicis : Les maîtres de Florence fait un peu tâche à côté du marbre en relief de Donatello représentant le Festin d’Hérode (1435). Le seul lien étant l’artiste comme personnage dans une série clinquante qui enchaîne les poncifs et les approximations historiques.

L’étage, qui expose les collections modernes et contemporaines, est de ce fait mieux servi. Et l’on commence à se réjouir de voir les connections faites entre la lumière sombre de The Handmaid’s Tales et quelques peintures flamandes. Amusante également cette référence au triptyque du Jugement Dernier de Jérome Bosch, caché dans un épisode des Simpsons ou encore cette Maja desnuda de Francisco de Goya (1800) qui apparaît en arrière plan d’une scène de Deadwood. Des connexions intéressantes commencent à se faire, et certaines analyses de la place de l’art dans la série Empire (et donc le rapport au luxe) ou la découverte d’un Rothko dans les bureaux de Mad Men, et les réactions divergentes des personnages, ouvrent de nouvelles perspectives. Nous découvrons alors des scénaristes plus subtils et consciencieux que ce que l’on imaginait. Très belle surprise par exemple cet extrait de la série pour ado The 100, qui nous montre un homme peindre une terre fantasmée, mis en lien avec les paysages idéalisés de la peintures française du XVIIe. Vertige, quand tu nous tiens…

Parmi ces extraits, il est toujours bon de séparer le grain de l’ivraie. Toujours au rang des « phénomènes » impossibles a éviter, l’extrait de Sex and the City montrant une caricature de Marina Abramović (artiste adepte de la performance physique) semble un peu hors de propos, et le joli passage de Docteur Who qui propulse Vincent Van Gogh au quai d’Orsay n’est pas analysé en dehors de l’hagiographie de rigueur. Idem pour les passages de P’tit Quiquin (mis en relation avec les paysages du nord de Comte-Lepic) et d’Hannibal, seulement rapproché de la nature morte, bien que les citations picturales ne manquent pas dans la série. Mais dans tous les cas, cet « Open Museum » rempli pleinement sa mission, qui est d’ouvrir nos perspectives. Repenser nos images à l’aune de celles de nos ancêtres, n’est-elle pas finalement la mission première d’un musée ? Ici les admirateurs du petit écran redécouvrent leurs séries préférées sous un nouveau jour, et les amateurs d’arts trouvent parmi ces scénaristes divers des atomes crochus. Les raccourcis sont parfois un peu faciles, à cause de l’absence des œuvres citées directement (évidement que Le Parlement de Londres de Monet n’allait pas se déplacer à Lille pour une simple référence dans Empire), mais au moins l’idée d’un pont se fait dans notre esprit. Un pont que l’on se ferait un plaisir de traverser dans les deux sens.

Bonus :

Au détour de notre déambulation, nous sommes tombés sur l’installation de quelques costumes de la série Versailles (Canal +), exposés pour la durée du festival. Nous en avons profité pour poser quelques questions à Véronique Biron, assistante costumière de Madeline Fontaine sur la série, venue aider à disposer les habits portés à l’écran par Louis XVI et sa cour.

Véronique Biron nous indique que le choix artistique de la créatrice des costumes, Madeline Fontaine ( récompensé BAFTA pour le film « Jackie » entre autre) a été de traiter les personnages par code couleur: Or pour le roi, rouge et or pour la reine Marie-Thérese, argent pour Monsieur, bleu pour la Palatine et dans les bruns pour Maintenon à qui nous devions ramener un côté austère au personnage (exemple des costumes exposés au Palais des beaux arts). Le choix des producteurs était d’orienter l’artistique vers une ambiance contemporaine dans un environnement historique.
Les costumes ont donc étés travaillés dans les ateliers Parr les modélistes et couturières, avec des formes et volumes respectant l’époque Louis XIV, mais les matières étaient plus modernes. Il a donc fallu trouver le juste milieu entre réalité historique et choix artistique sans oublier l’esthétique souhaité par la production.

L’idée est donc de trouver un juste milieu entre respect de la réalité historique et les attentes esthétiques du public. Au vu des modèles exposés, c’est plutôt réussi.

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« L’Odyssée » de Christopher Nolan, un spectaculaire voyage intérieur

On l'attendait depuis trois ans ! "L'Odyssée" débarque cette semaine sur nos écrans. Une épopée mythologique sensationnelle qui redore enfin le blason du péplum. Délaissant le pouvoir des dieux au profit des tourments d'un homme, Ulysse, incarné par Matt Damon, Christopher Nolan représente le retour à Ithaque comme un labyrinthe mental inextricable.

The Last Viking : une bande à part

"The Last Viking" suit deux frères, Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas, dans une forêt danoise où un magot enterré cache surtout de vieux souvenirs. Anders Thomas Jensen y mélange polar et comédie tendre, entre fausse reformation des Beatles et vraie thérapie de groupe.

La chaleur : l’adolescence en mode atone ou l’art de filmer le vide

Faut-il filmer l'ennui pour le faire exister ? Stéphane Demoustier avec son dernier opus "La chaleur" en fait le pari, avec une délicatesse certaine, mais au risque d’engluer son spectateur dans la torpeur même de son héros.

« Vaiana, la légende du bout du monde » n’est pas le pire remake, mais c’est de loin le plus inutile

"Vaiana, La légende du bout du monde" (2026), remake live-action de Disney, déçoit sur toute la ligne. Animation ratée, prestations fades de Dwayne Johnson et Catherine Laga'aia, effets visuels décevants malgré un budget de 250 millions de dollars... un naufrage face à l'excellent film original.

L’Espèce explosive : Alexis Manenti électrise le film braque de Sarah Arnold

Avec "L’Espèce explosive", Sarah Arnold dynamite les codes de la comédie rurale. Un film déglingué, détonant et drôle, tendre et imprévisible, porté par un Alexis Manenti éblouissant de chaos. Un cinéma vigoureux et téméraire !
Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.