Narcos saison 2, une série de Chris Brancato : Critique

On avait découvert à travers la première saison de Narcos, un Pablo Escobar puissant, à la tête d’une fortune immense et prospère. Père et frère du peuple, homme respecté aussi bien de ses amis que des ses ennemis, rien ne semblait présager la défaite, si ce n’est le caractère auto-destructeur du narco-trafiquant.

Synopsis : Au début des années 80, l’agent Steve Murphy, de la DEA (la brigade des stups américaine), est envoyé en Colombie pour tenter d’enrayer le trafic de cocaïne qui se déverse aux Etats-Unis. Là, il va être confronté à Pablo Escobar, le plus important des trafiquants.

Jeux de pouvoir

Les choses se précisent dans cette Saison 2 qui sonne le glas, annonçant la chute d’un empire et de son empereur. Le pouvoir change de main et Pablo Escobar scelle lui-même les barreaux de sa cage dorée, entraînant avec lui alliés, femme et enfants. Après avoir assisté à la montée au pouvoir d’un homme sans failles, voilà que l’on contemple sa déchéance jusqu’à une mort lente et douloureuse.

Dans cette nouvelle partie, suite directe de la Saison 1, Pablo se fait de nouveaux ennemis. Il avait déjà les autorités américaines et colombiennes à ses trousses, voilà qu’il s’attire maintenant les foudres vengeresses d’anciens camarades, ainsi que celles du Cartel de Cali, bien décidé à destituer le roi pour prendre sa place. De nouveaux personnages sont introduits et la guerre reprend de plus belle.

Mais les choses ne sont jamais simples. Pablo n’a pas dit son dernier mot et les conséquences de cette chasse à l’homme seront terribles. Le truand le plus recherché de Colombie livre plusieurs facettes de sa personnalité jusque là inconnues ou seulement effleurées, qui en plus de l’écriture, passent par la transformation physique du personnage. Narco-trafiquant, meurtrier, homme politique, dans cette saison, c’est l’humain qui est mis à l’honneur. L’homme derrière l’empire, le mari, le père, l’homme blessé, meurtri, désespéré.

Le spectateur entre progressivement dans l’intimité de Pablo Escobar et de celle de sa famille. Tata, la jolie femme de Pablo dont on avait pu faire la connaissance dans la première saison, prend davantage d’importance et de place dans la série. Un rôle que l’actrice campe à merveille, entre dévotion absolue envers son tendre époux et crainte. La peur de perdre l’autre est très forte et l’intrigue réside principalement dans cette question : jusqu’où est-on capable d’aller pour ceux qu’on aime ?

Le thème de la confiance est particulièrement présent dans cette nouvelle saison, aussi bien du côté de la famille Escobar que dans le duo Murphy / Peña.

Starsky et Hutch, c’est fini ?

L’histoire de la traque de Pablo Escobar est racontée du point de vue de l’agent Steve Murphy, personnage principal de la série. Pour rappel, il était envoyé au début de la première saison en Colombie par la DEA, pour mettre un terme au marché de la cocaïne. Sur place, il faisait équipe avec l’agent Peña et le duo était finalement devenu inséparable. Tant, que les personnages étaient devenus indissociables et l’agent Peña suivait Murphy comme son ombre. 

Certainement conscients du charisme de l’interprète de Oberyn Martell dans la Saison 4 de Game Of Trones, Pedro Pascal, et de l’intérêt des spectateurs pour son personnage, les scénaristes ont décidé de faire de Javier Peña, un protagoniste fard de la deuxième saison. Ce dernier délaisse peu à peu son partenaire pour exister par lui-même et nous offrir une performance à la hauteur de nos attentes. Au programme, manigances et remises en question.

Murphy se retrouve quand à lui confronté à quelques situations épineuses qui nous font tantôt rire, tantôt verser une petite larme. Il faut dire que nos deux héros en bavent et que l’on a déjà eu une saison entière pour s’y attacher. Et puis, depuis le temps qu’ils pourchassent Escobar, on aimerait bien qu’ils y parviennent tout de même.

Une série multi-faces

Vous l’avez certainement compris, si vous avez envie de rire, Narcos n’est définitivement pas une série pour vous. En revanche, en plus d’être un réussite sur le plan cinématographique et scénaristique, elle est un formidable puits de culture. Historiquement parlant bien entendu, mais également sur le plan politique, sociologique et culturel.

En plus de parler espagnol, les personnages se déplacent de quartiers en quartiers, passant de la ville à la campagne, offrant un aperçu du paysage colombien dans ce qu’il a de plus beau et de plus terrible. De la richesse la plus colossale à la pauvreté la plus misérable, la série nous plonge au coeur d’une mixité environnementale et sociale.

Narcos ne se résume pas à de la violence, des attentats et des exécutions. Oui, il y en a, mais rien n’est jamais gratuit. Tout ce que la série nous montre sert à la compréhension des situations et des personnages. Elle ne se veut jamais manichéenne et le prouve en dénonçant à la fois les travers des trafiquants, certes, mais également du gouvernement et des autorités, de la société toute entière. Rien n’est tout blanc ou tout noir. Le plus loyal des hommes peut se révéler lâche, ou au contraire, celui qui paraissait l’être se montrera brave dans ses derniers instants. Même les actes de Pablo Escobar les plus effroyables et amoraux, sont en réalité le fruit de convictions qu’il croit justes.

Opération marketing

Comment parvenir à rendre une série palpitante quand le spectateur s’attend déjà plus ou moins à la fin ? Réponse : en faire son fond de commerce bien sûr.

Oui, Pablo Escobar meurt, c’est la vérité et la série ne nous fera pas gober le contraire. D’ailleurs, ce n’est pas son intention. La série raconte les faits tels qu’ils se sont plus ou moins produits, archives à l’appui. Comme nous avions déjà pu le remarquer dans la première saison, la fiction est ponctuée d’apparitions de personnages historiques. Un procédé qui aurait pu enlever à l’œuvre tout crédibilité mais qui au contraire lui en donne. On croit à ce que l’on voit, parce qu’on a la preuve en images que les événements que l’on nous raconte se sont bel et bien déroulés, ce qui les rend encore plus terrifiants.

Mais alors, si on sait à l’avance comment l’histoire va se terminer, à quoi bon regarder jusqu’au bout ? Déjà, parce que la série est incroyablement bien filmée, mise en scène et interprétée. Ensuite, parce que la production a eu l’idée brillante d’en faire son point fort, une stratégie marketing qui passe notamment par les affiches publicitaires de la série, sur lesquelles on peut lire « Pablo Escobar 1949-1993 » ou encore « The hunt for Pablo is on » « La chasse contre Pablo est lancée ».

Peu de séries parient sur le biopic. Certaines le font bien, comme Borgia ou Les Tudors, mais peu d’entre elles sont aussi jouissives et scandaleuses. Narcos a pris un virage à 180° et rien ne semble plus pouvoir arrêter ce phénomène qui rafle tout sur son passage, dont deux nominations aux Golden Globes 2016 pour la Meilleure série télévisée dramatique et le Meilleur acteur dans une série télévisée dramatique pour Wagner Moura, l’interprète émérite de Pablo Escobar. 

Narcos est une série explosive, dans tous les sens du terme, à côté de laquelle il serait fort dommage de passer et presque impossible tant elle fait du bruit. Cette deuxième saison conclut parfaitement la première dans une homogénéité assez rare pour être soulignée.

Après deux saisons formidablement menées sur tous les plans et face au succès incontesté de ce petit bijou, la production rempile pour une troisième, dont la sortie est prévue pour l’année prochaine. Une excellente motivation pour travailler un peu son espagnol et parfaire sa culture politique, historique et cinématographique. Rien que ça. Face à tant de jolies promesses (tenues qui plus est), on ne peut que s’incliner et dire!

Narcos : Fiche technique

Création : Chris Brancato, Eric Newman et Carlo Bernard
Réalisation : Andrés Baiz, Joseph Kubota Wladyka, Gerardo Naranjo, José Padilha, Batan Silva
Scénario : T.J Brady, Steve Lightfoot, Curtis Gwinn
Interprétation : Wagner Moura (Pablo Escobar), Boyd Holbrook (Steve Murphy), Pedro Pascal (Javier Peña), Raul Mendez (Cesar Gaviria), Maurice Compte (Carrillo), Paulina Gaitan (Tata Escobar), Diego Catano (La Quica), Bruno Bichir (Fernando Duque), Alberto Ammann (Pacho Herrera), Cristina Umaña (Judy Moncada), Joanna Christie (Connie Murphy), Damian Alcazar (Gilberto Orejuela)
Martina Garcia (Maritza) Photographie : Mauricio Vidal, Lula Carvalho, Adrian Teijido
Décors : Camila Arocha
Montage : Leo Trombetta, Matthew Colonna, Luis Carballar, Victor Du Bois
Musique : Pedro Bromfman (chanson du générique : Tuyo, de Rodrigo Amarante)
Production : Chris Brancato, Eric Newman, Doug Miro et José Padilha
Sociétés de production : Gaumont International Productions
Distribution : Netflix
Genre : thriller, drame, biopic
Nombre d’épisodes de la saison 2 : 10
Durée d’un épisode : 50 minutes

Sortie : 2 septembre 2016

Auteur : Yael Calvo

 

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