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Le Grand Jeu ou la main gagnante d’Aaron Sorkin disponible en DVD/Blu-Ray le 3 Mai !

Considéré comme l’un des scénaristes les plus doués de son temps (The Social Network, Steve Jobs), Aaron Sorkin a enfin eu le courage de transposer en personne l’un de ses travaux sur grand écran. En résulte Le Grand Jeu, virée dans le milieu underground des tournois de poker illégaux, de la mafia et des gros billets dans lequel irradie de charisme une Jessica Chastain impériale. 

États-Unis. 2004. La jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Dirty Sexy Money

Les Etats-Unis ont toujours aimé les anti-héros, cette race de personnages délibérément en marge de la société, accomplissant quantité de méfaits leur permettant de monter l’échelle sociale avant de finalement retomber dans la disgrâce tout aussi rapidement. Ce n’est donc pas un hasard si le très recommandable Aaron Sorkin a décidé pour son nouveau projet d’envergure, de s’emparer de l’histoire de Molly Bloom. Car cette ex-figure montante du ski alpin qui au détour d’un accident et d’une opportunité, va se muer en organisatrice d’un tournoi de poker 5 étoiles, est typiquement une anti-héroïne, et c’est là toute la richesse et l’intérêt du sujet, une femme. Dans une industrie gangrenée par le sexisme, qu’il est en effet plaisant de voir un personnage de femme, clairement lassée par le diktat masculin qui l’entoure et qui va réussir, audace et malice aidant, à imposer ses règles dans un milieu où elle est assurément bien la seule. Cela donne au projet un relent éminemment féministe, ce qui est d’ailleurs prouvé par le fait que ça soit Jessica Chastain, féministe convaincue et engagée qui donne de sa personne pour camper cette reine de la magouille. Mais le principal atout du film réside bien dans la gestion de son scénario par Aaron Sorkin. Chaque mot, chaque inflexion, chaque rythmique sont ainsi soulignés (parfois trop) par le néo-réalisateur qui à défaut de vraiment imposer un style (puisque proche de Danny Boyle et David Fincher) sait en tout cas méchamment intéresser sur un sujet plus que verbeux. 

Mauvaise main

Vu le portrait résolument cinématographique de Molly Bloom dépeint dans Le Grand Jeu, on aurait aimé en savoir plus sur elle. Sur qui elle a été. Sur son point de vue sur l’histoire. Patatras, on sera un peu pris de court car les bonus s’avèrent hélas peu fournis. En atteste la simple présence d’interviews, de quelques featurettes et d’extraits de tournage. On pourra toujours se reporter sur le livre écrit par Molly Bloom, d’ailleurs à l’origine du film, ou à diverses vidéos Youtube. 

DVD : 

Langues : Français, Anglais

Sous-Titres : Francais, Sourds & Malentendants

Son : D.D5.1 et audio description

Images : 16/9- 2.39 – Couleur

Durée : 134 minutes + compléments

Bonus : Interviews, Featurettes, Extraits de Tournage, Bande-Annonce

Blu-Ray :

Langues : Français, Anglais

Sous-Titres : Français, Sourds & Malentendants 

Son : DTSHD 5.1 et audio description 

Images : 16/9 – 2.39 – Couleur

Durée : 140 minutes + suppléments 

Bonus : Interviews, Featurettes, Extraits de Tournage, Bande-Annonce

 

Bande-annonce : Le Grand Jeu 

Un Homme Intègre, le pamphlet enragé de Mohammad Rasoulof en DVD/Blu-Ray le 2 Mai

Passé par la prestigieuse section « Un Certain Regard » du Festival de Cannes 2017, Un Homme Intègre, peut s’appréhender, à l’instar de beaucoup de productions contemporaines iraniennes, comme une réponse par son réalisateur au climat morose régnant sur le pays. Dès lors, difficile de rester insensible à cette proposition de cinéma sincère et questionnant avec acuité la corruption du régime iranien et le destin des petites gens y faisant face. 

Iran. De nos jours. Reza, installé en pleine nature avec sa femme et son fils, mène une vie retirée et se consacre à l’élevage de poissons d’eau douce. Une compagnie privée qui a des visées sur son terrain est prête à tout pour le contraindre à vendre. Mais peut-on lutter contre la corruption sans se salir les mains ?

Une relecture contemporaine de David et Goliath  

Il est toujours délicat de voir des cinéastes bridés dans leur métier et notamment quand leur travail entend détailler les travers de leurs propre pays. C’est malheureusement le cas de Mohammad Rasoulof, ici, qui avec Un Homme Intègre s’est vu retirer son passeport et a longtemps risqué l’emprisonnement pour « activités contre la sécurité nationale » et « propagande contre le régime iranien ». Il faut dire que son film, passé à Cannes, n’est pas anodin dans sa manière de traiter du régime iranien, qu’il n’hésite pas à qualifier de mafieux, en proie à la corruption, lié à des compagnies privées, banques ou fonctionnaires. Mais là ou demeure la surprise du film, c’est bien  dans sa manière d’éviter tout didactisme ou démonstration excessive de son sujet. En attestent les nombreuses ellipses, très travaillées qui donnent au film un cachet artistique qui permet de d’inscrire dans une veine divertissante assez inespérée vu la gravité du sujet. Par ailleurs, on pourra noter le soin apporté aux personnages, eux-mêmes pétris d’idéaux et d’une valeur morale ferme qui les empêchent à tout instant de sombrer eux-mêmes dans la corruption qu’ils combattent. Ça n’a l’air de rien mais ça a le mérite de donner au film une atmosphère inédite, poétique et presque universelle, de voir un combat de David et Goliath contemporain dans lequel le David est un quidam devant littéralement affronter une montagne sans s’adonner aux manœuvres illégales de son ennemi. 

Des bonus pas si intègres 

Vu la proposition relativement engagée que représente Un Homme Intègre, on ne peut que ronger son frein face à l’absence totale de bonus du film. En effet, on aurait aimé savoir d’où est venue l’origine d’un tel projet, les déboires juridiques que son réalisateur a vécus, l’impact que le film a pu avoir sur le public iranien. Malheureusement, on devra se contenter d’une galette DVD et Blu-Ray certes résolument moderne mais qui ne peut occulter l’absence de background de cet élégant projet qui mérite largement le coup d’œil. 

Caractéristiques techniques DVD/Blu-Ray :

DVD : 

Format 2.39 – 16/9 – Couleur – Durée : 113 min

Audio : Persan 5.1 DD – Sous-Titres : Français 

Blu-Ray :

1080P / Format 2.39 / Couleur / Durée : 113 min

Audio : Persan 5.1 DTSHD / Master Audio / Sous-Titres : Français

 

Un Homme Intègre : Bande-annonce

Psychokinesis : le film de super-héros coréen débarque sur Netflix

Après avoir signé le formidable Dernier train pour Busan, le réalisateur Yeon Sang-ho est de retour avec Psychokinesis, un film de super-héros fait à la sauce coréenne, sorti en France directement sur Netflix.

Synopsis : Seok-hyeon, un gardien de sécurité, se découvre soudainement des pouvoirs pscyhokinésiques qui vont lui permettre d’aider sa fille Ru-mi dont il n’avait plus de nouvelles. Ru-mi rencontre effectivement de grandes difficultés face à la mafia qui veut s’emparer du quartier où se situe son restaurant de poulet frit…

psychokinesis-yeon-sang-ho-netflix-film-critique.jpgAprès le sensationnel film de zombies Dernier train pour Busan (présenté à Cannes en 2016 en hors compétition), on attendait de pied ferme le prochain projet de son réalisateur Yeon Sang-ho (son deuxième long-métrage en prises de vue réelles si on veut être plus précis). Hélas, ses fans  français n’auront pas la chance de découvrir cette nouveauté dans les salles de cinéma. En effet, Psychokinesis rejoint cette longue file de films (récemment Annihilation, Le Roi de la Polka…), directement disponibles sur Netflix. Sans forcément approuver ces méthodes, après l’avoir découvert via la plateforme, on comprend certainement mieux pourquoi le film a trouvé des difficultés à être distribué en France.

Psychokinesis est, sur le papier, un film un peu trop barré pour le public français. On pourrait presque parler de film de super-héros coréen version « cheap » et comique cohabitant par moments avec le drame social et politique. Bref, ça change des gros blockbusters à succès comme le dernier Avengers par exemple, même si le film n’hésite pas à faire quelques clins d’oeil à quelques grandes figures issues des comics américains. Le mélange des tons, pourtant habituel dans le cinéma coréen actuel, pourra en surprendre plus d’un. Un film barré et non conventionnel n’est déjà pas si évident à vendre pour un public peu habitué à certains codes. La tâche se complique encore plus quand le film en question qui se veut original est en réalité décevant. Rien que les effets spéciaux sont ratés. On a bien conscience que ce film n’a pas bénéficié du même budget qu’une grosse production Marvel mais on ne peut pas s’empêcher de trouver les CGI terriblement laids. Et sans dire qu’elle est mauvaise (n’exagérons rien), la mise en scène n’est pas non plus très inspirée. On se demande où est passée l’inventivité du réalisateur, si présente dans Dernier train pour Busan.

psychokinesis-yeon-Sang-ho-critique-netflix-film.jpgLe traitement des différents thèmes (critique contre la corruption qui sévit sévèrement en Corée, police incapable d’être au service des honnêtes citoyens, combat des commerçants et plus globalement des classes sociales « inférieures » pour se faire respecter etc.) n’a également rien de bien fou même s’il n’y a rien de honteux également de ce côté-là. Lorsqu’on connaît un peu le cinéma coréen de ces quinze bonnes dernières années, qui recycle ces fameux thèmes (et nous sommes en droit de nous demander si on n’en a pas fait le tour), le film ne se détache pas particulièrement de ses prédécesseurs. Concernant la relation père-fille, Yeon Sang-ho avait clairement fait mieux dans Dernier train pour Busan où il avait même su nous tirer quelques larmes. Or, dans Psychokinesis, cette relation a du mal à nous intéresser, Ru-mi n’étant pas non plus très attachante (contrairement à son père, incarné par un Ryoo Seung-ryong très convaincant).

Heureusement, Psychokinesis se défend bien sur d’autres points. Tout d’abord, même si l’humour n’est pas très fin, il reste tout de même suffisamment efficace, surtout lorsqu’il s’approche de la parodie. Puis, les combats, assez kitsch par moments, sont plutôt plaisants même s’ils sont parfois gâchés par la laideur des effets spéciaux (non, on ne s’en remet pas). Enfin, la fin est plutôt étonnante et permet au réalisateur de renforcer son discours pourtant vu et déjà vu et à l’origine un poil manichéen.

Psychokinesis veut être une belle proposition de cinéma jouant sur les formes pour mieux appuyer son propos à la fois social, politique et intime. Hélas, si on peut louer la démarche, ce long-métrage pourtant indéniablement sympathique, souffre de plusieurs gros défauts, et surtout reste un peu trop anecdotique pour susciter l’intérêt.

Psychokinesis : Bande-annonce

Psychokinesis : Fiche Technique

Réalisation et scénario : Yeon Sang-ho
Casting : Ryu Seung-Ryong, Shim Eun-Kyung, Jeong Yu-mi…
Sociétés de production : Redpeter Film
Société de distribution : Next Entertainment World
Durée : 1h40
Genre : comédie fantastique
Date de sortie (Netflix) : 25 avril 2018

Corée du Sud – 2018

Séries Mania 2018 – Formats Courts : DOXA et Fucking Adelaide

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Retour à la sélection Formats Courts de Séries Mania 2018, avec la présentation de la nouvelle production de Studio 4, DOXA, qui plonge dans le monde des statistiques, et Fucking Adelaide, chronique familiale délirante venue d’Australie.

DOXA : Amour, gloire et statistique

Une série française d’Alexandre Pierrin avec Sébastien Chassagne, Aude Gogny-Goubert, Romain Vissol et Jina Djemba   

Synopsis: Chargé d’étude en institut de sondage, Arthur est un génie des statistiques qui vaporise la grisaille de son quotidien dans les paradis artificiels. Un jour, il inverse par erreur les résultats d’un sondage et personne ne s’en aperçoit. Pire, ses conclusions se vérifient. Prenant conscience du pouvoir qu’il a entre les mains, Arthur va commencer à en jouer.

Donne-t-on trop de crédit aux statistiques et aux instituts de sondage ? C’est la question que voudrait nous poser DOXA en suivant les aventures d’Arthur, expert chez Iflop, qui stagne dans sa vie et se réfugie dans les chiffres de la vie quotidienne. Blasé par les techniques de manipulation d’opinion qu’il met régulièrement en place, Arthur doit également jongler avec un ami d’enfance anarchiste qui squatte son canapé, une patronne castratrice, une famille qui ne comprend pas ce qu’il fait et une vie amoureuse inexistante.

Certaines idées fonctionnent bien, comme ces moments où le personnage cite des statistiques précises sur des événements anodins, ou lorsqu’il fait un power point pour résumer sa vie de couple passée. L’ensemble se regarde sans déplaisir (même si voir une web série projetée sur un écran de cinéma a quelque chose d’étrange).

Toutefois nous sommes obligés  de noter que rien ne ressemble plus à une production web française qu’une autre production web française. La bande à Descraques est passée par là et il semble difficile pour n’importe quel autre créateur de faire des propositions nouvelles. On a la même ambiance d’intérieur (avec les lieux centraux du canapé et du bureau), le même humour « corporate » développé dans Les Opérateurs ou La théorie des Balls, et bien sûr le montage ultra-cut sur des plans fixes. D’autant que ce sont une fois de plus les mêmes visages qui tournent, soit la bande du Golden Moustache (Justine LePotier, Nicholas Berno, Aude Gogny-Goubert), renforçant l’impression d’un petit monde fonctionnant en circuit fermé. Ce n’est pas contre DOXA, ni contre les comédiens, mais au bout d’un moment on aimerait bien voir de nouveaux visages.

Fucking Adelaide : un degré de séparation

Une série australienne de Sophie Hyde avec Kate Box, Tilda Cobham-Hervey, Brendan MacLean, Geoff Morrell, Audrey Mason-Hyde, Beau Travis Williams et Pamela Rabe

Synopsis: Une famille se retrouve à l’occasion de la mise en vente de leur maison d’enfance. Leur harmonie précaire vole en éclats lorsqu’ils sont tous contraints d’affronter un passé qu’ils auraient préféré cacher sous le tapis. Alternant les points de vue, cette comédie dramatique raconte à quel point il est à la fois beau et terrible de rentrer au bercail.

A cause d’un planning chargé, nous n’avons pu voir qu’un épisode sur les trois projetés. Mais quel épisode ! D’entrée de jeu, avec ce gamin qui tente un karaoké, encouragé par sa sœur, pour oublier les cris de son père dans la pièce adjacente, nous sommes mis dans l’ambiance. « Je suis sûr que tu as beaucoup de talent » dit la grande sœur. Un cut, et nous retrouvons ce petit garçon devenu grand, faisant un concert minable dans un bar. Jeté à la rue par son ex petit ami, n’ayant plus rien, il est obligé de repartir dans la petite ville d’Adélaïde, où tout le monde se connaît.

Sophie Hyde maîtrise clairement les rupture de tons, passant du drame à la comédie pure de façon imperceptible. Dès ces premières minutes, tous les personnages de cette famille déglinguée sont facilement identifiables et attachants. L’ironie est toujours présente, mais l’émotion aussi.

L’Australie serait-elle le nouveau bastion de la création web ? On aurait envie d’y croire. En tout cas, on veut absolument voir la suite de Fucking Adelaide.

Séries Mania 2018 : The Chi et Fenix

Terre d’accueil des propositions sérielles en tout genre, la 71e édition de Seriesmania affirme chaque jour sa volonté de faire rimer singularité avec diversité. La preuve avec The Chi et Fenix, deux séries que tout oppose sinon une envie commune de défendre leur identité dès leurs premières minutes.

The Chi, Chicago Hope

Créée par Lena Waithe, scénariste-productrice-actrice que l’on a pu voir notamment dans Master of none ou plus récemment dans Ready Player one de Steven Spielberg, The Chi renvoie à ces films « de quartiers » tels que Martin Scorsese ou Spike Lee ont pu en réaliser. Chronique chorale qui se propose de lier plusieurs destins à la(dé)faveur d’une série d’événements malheureux dans la banlieue réputée terrible de Chicago, The Chi s’affilie aux réalisateurs pré-cités par la justesse du regard porté par ses instigateurs. Désireux de tourner le dos aux images d’Epinal sensationnalistes sans se montrer complaisant avec la réalité dépeinte, la série découle d’une volonté manifeste de restituer un quotidien au point de vue de ses habitants. The Chi parvient à concrétiser partiellement sa note d’intention, notamment au travers d’une galerie de personnages attachants qui essaient chacun de tenir la violence ambiante à l’écart de leur vie. Pourtant, ce sont des meurtres qui vont faire entrer en contact des trajectoires altérées par la tragédie, cristallisant ainsi le sort d’une communauté de destins soumises à l’arbitraire le plus morbide.

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You’are talking to me ?!

Il y a du David Simon dans cette tentative de matérialiser les liens holistiques qui unissent les individus ainsi que les codes et mœurs tacites qui régissent les modes de vie. Cependant, plus proche du naturalisme dramatisé à la Paul Haggis que de l’anthropologisme existentiel du créateur de The Wire, The Chi souffre d’une tendance à enchaîner ses gammes dans la précipitation, au point de forcer la main aux événements, un peu à l’instar du second. Une sensation sans doute relayée par la boulette des projectionnistes, qui ont inversé l’ordre des épisodes projetés. Pas idéal pour l’immersion, même si certaines approximations de caractérisation et d’écriture semble confirmer néanmoins que la série cherche encore sa musicalité dans la polyphonie ambiante. Le tout emporte néanmoins l’adhésion grâce à ses personnages incarnés par une troupe d’acteurs formidables (dont Jason Mitchell, Easy-E dans Straight Outta Compton). A suivre donc, la série de Showtime étant d’ores et déjà renouvelée pour une deuxième saison.

Fenix, mobil-home et ecstasy

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Une réunion de chantier pas comme les autres

Nettement plus maniérée, la série hollandaise Fenix s’intéresse également au parcours d’une communauté particulière. En l’occurrence une communauté de vendeurs d’ecstasy dans la campagne battave près de la frontière belge, dont le quotidien bascule dès les premières images de l’épisode pilote projeté pendant le festival. Avec son ambiance tirant volontiers vers l’abstraction nocturne, la place accordée aux non-dits ou ses scénettes énigmatiques, la série de Shariff Korver et Marco Van Geffen affirme sa volonté d’appartenir à une nouvelle génération de shows. Celle qui refuse l’ancienne ligne de démarcation cinéma/télévision et refuse d’entretenir des complexes esthétiques vis-à-vis de son aîné du grand-écran. Mais si on ne peut que saluer le soin accordé à la mise en scène, on est beaucoup plus circonspect sur l’efficacité dramatique de l’ensemble. On éprouve ainsi quelques difficultés à percevoir un vrai point de vue au-delà de sa coquetterie formelle, ou un personnage suffisamment fort pour accrocher le point de vue. A plus forte raison que le dénouement de l’épisode rebat les cartes de façon pour le moins radicale. A voir si et comment cette série qui semble, à l’instar de True Detective , pensée comme un film de plusieurs épisodes ajuste sa note d’intention par rapport aux propriétés du médium. En ayant à l’esprit que même dans le chef-d’œuvre réalisé par Cary Fukuyama, c’était bien les personnages solides qui drivaient le récit.

Séries Mania 2018 : 9-1-1, Brad Falchuk et Ryan Murphy appellent au secours

Découverte au festival Séries Mania (Nord / Hauts de France) de 9-1-1, la nouvelle série du duo derrière Nip/Tuck et American Horror Story, Brad Falchuk et Ryan Murphy, accompagnés par Tim Minear, qui suit les premiers secours de Los Angeles dans leurs urgences professionnelles et quotidiennes. Attention, mélodrame et sensationnalisme à gogo…

Synopsis : Le quotidien sous haute tension des policiers, ambulanciers, pompiers et standardistes du numéro d’appel d’urgence américain, qui se retrouvent dans les situations les plus choquantes, terrifiantes et haletantes. Ces intervenants de toutes les urgences tentent de trouver l’équilibre entre les vies à sauver et les tourments de leur propre existence.

« 911, quelle est votre urgence ? » – « Aidez-moi ! Il y a du mélo partout ! »

Dans la salle où étaient projetés les deux premiers épisodes du show, il y avait de tous les publics. Notamment des spectateurs lambda, ne cherchant pas la petite bête, et surtout, des regards prêts à tout apprécier (particulièrement quand l’événement est gratuit, « malin le lynx »). Et ils ont ri, été émus, touchés d’effroi par les situations, toujours au moment attendu. Cela, parce-que 9-1-1 est une machine bien huilée, une production qui sait très bien quel public elle va toucher. A partir d’un simple sujet – un objet du quotidien même -, Ryan Murphy, Brad Falchuk et Tim Minear créent un feuilleton noyé dans le mélodrame et le sensationnalisme. Angela Bassett interprète un personnage tout aussi subtil que son jeu, Athena Grant, une policière qui intervient sur les accidents et autres lieux où l’urgence convoque pompiers, flics, etcetera. Athena a un problème, son couple bat de l’aile, on apprend dans l’épisode un que son mari est gay ; dans l’épisode deux qu’elle le savait déjà mais qu’elle voulait une famille. Le pompier Bobby Nash vient de perdre dans le premier épisode une personne à sauver. La malheureuse s’est jetée du haut d’un bâtiment. Torturé par la « jumper », il va à l’église, comme chaque semaine, où il demande pardon pour ses pêchés. Nash est un ex-junkie, alcoolique, qui usait de bien des substances pour oublier les tracas collatéraux de son travail. On a aussi Abby Clark, l’une des permanentes au standard du 911. A elle aussi sa vie est un feuilleton. Interprétée par Connie Britton, la femme célibataire partage son temps entre son travail et sa mère souffrante d’Alzheimer qu’elle a installée chez elle. Mais qui sait, peut-être qu’elle pourra, grâce à la nouvelle aide au foyer, avoir une vie sentimentale un peu plus remplie. Et peut-être que cela aura lieu avec le jeune et impétueux Evan Buckley. Mais Evan a aussi ses problèmes. Éternel séducteur, il prend conscience d’être possiblement un sex-addict, et surtout, il va devoir faire face au trauma d’un sauvetage difficile qui l’emmènera chez une psy avec laquelle il couchera au final. Et ça n’est pas fini, la bande de « joyeux lurons » est complétée par deux autres personnages dont l’éternel personnage humoristique apportant un comic relief permettant de ne pas se noyer complètement dans ce nœud de mélodrames…

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Des héros torturés au cœur de l’urgence : ainsi les sirènes font souvent « pimpon » et les véhicules foncent sur les routes presque désertes de la Los Angeles de 9-1-1

Du côté du sensationnalisme, les créateurs ont fait fort. Les pompiers ne vont pas sauver des personnes touchées par des crises cardiaques ou d’autres soucis du quotidien. Non, « on veut du spectacle ! » ont dû se dire les créatifs du show, eh bien vous en avez. Et notez que les spectateurs lambda étaient au rendez-vous. « Oh », « non ! », « AH ! »…Dans les interventions des deux épisodes, on a des cas de suicides avec sauts d’une importante hauteur ; un rollercoaster qui fonctionne mal et envoie voler l’un de ses passagers puis laisse les autres la tête en bas, sauf un, qui était très effrayé à l’idée de monter dans l’attraction, et qui se retrouve à tenir à bout de bras le rabattement protecteur des deux sièges ; un bébé prématuré abandonné dans les tuyaux de sanitaires mais qui est bien vivant, ainsi la question est : résistera-t-il aux multiples chasses d’eau usée qui risquent de le noyer d’une seconde à l’autre ? On aura aussi un cambriolage d’une maison dans laquelle se trouve seule une petite fille toute mignonne qui venait à peine d’y emménager avec sa famille. Mais le sensationnalisme atteint un niveau véritablement pervers à la fin du second épisode. Le personnage d’Angela Bassett rentre chez elle et hèle sa fille, la même qui ne parlait plus beaucoup à ses parents depuis le coming out du père et qui, à un certain moment, n’avait plus trop envie d’aller en cours. Elle avance vers la porte de la chambre de l’adolescente, l’ouvre et découvre paniquée qu’elle a consommé une quantité dangereuse de médicaments. Elle prend la gamine dans ses bras et tout à coup… Le générique de fin de l’épisode défile. Bref, on devra attendre l’épisode trois pour savoir si la gamine va survivre ou non. Quand le suspense est perverti au point d’en faire ressortir un sensationnalisme malhonnête (pour ne pas dire « dégueulasse ») et pourtant, ô combien efficace sur bon nombre de spectateurs présents dans la salle… Hélas.

Bande-Annonce – 9-1-1, une série de Brad Falchuk, Ryan Murphy et Tim Minear

E.-U. 2018 – épisodes 1 et 2 vostf coul. 2×42min (série 13×42min)

Créateurs et scénaristes : Ryan Murphy, Brad Falchuk, Tim Minear / réalisateurs : Bradley Buecker (ép.1), Gwyneth Horder-Payton (ép.2) / avec : Angela Bassett, Peter Krause, Oliver Stark, Aisha Hinds, Kenneth Choi, Rockmond Dunbar, Connie Britton / producteurs : 20th Century Fox en association avec Ryan Murphy Television et Brad Falchuk Teley- Vision / vendeur international : 20th Century Fox Television / diffuseur E.-U. : Fox / diffuseur France : Groupe M6

Séries Mania 2018 : Rencontre avec Carlton Cuse (Lost, Bates Motel)

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Malgré un planning chargé, nous ne pouvions refuser l’occasion de rencontrer le scénariste Carlton Cuse, architecte du phénomène Lost, créateur de la série Bates Motel, et des nouvelles aventures de Jack Ryan, qui sortiront; prochainement. Retour sur une carrière foisonnante, en toute sincérité.

La rencontre eut lieu ce lundi à l’UGC ciné-cité de Lille, animée par Olivier Joyard (Les Inrockuptibles). Ouvert, détendu et sympathique, le réalisateur s’est livré à nous deux heures durant, évoquant sa carrière, les œuvres marquantes de sa vie et son avenir dans le monde de la télévision. Entrecoupée d’extraits, la discussion fut intéressante, même si l’on est pas particulièrement fan des œuvres du monsieur.

« Les scénaristes de Lost faisaient sonner une cloche dès que je faisais une référence à Narnia. »

D’entrée de jeu, Carlton Cuse évoque son enfance et sa première rencontre avec le storytelling. Avec beaucoup de plaisir, il admet que la saga du Monde de Narnia, écrite par C.S Lewis, fut probablement sa première rencontre avec l’art de raconter des histoires. Selon ses dires, c’est véritablement cette œuvre matricielle de la fantasy qui a « activé son imagination ». Et cette obsession le suit toujours, à tel point que les scénaristes de Lost, un peu agacés, faisaient sonner la « Narnia’s bell » (cloche Narnia) à chaque fois que Cuse évoquait son livre favori. Un référence étonnante pour quelqu’un qui ne s’est pas particulièrement exercé à l’heroic fantasy au court de sa longue carrière.

Mais la littérature ne fut pas sa seule influence, et c’est véritablement la télévision qui stimulera son imagination. Enfant d’un couple divorcé à neuf ans, avec deux parents qui travaillent, sa seule activité sera de regarder le petit écran. Il dévore tout ce qui passe sur les ondes : La quatrième dimension, Bonanza, The riffle men, Star Trek… Une expérience solitaire, mais comme il le dit lui même : « I just love watching T.V ».

Pourtant le jeune Carlton ne se destinait pas à l’écriture, bien qu’il en ait pris le goût à l’école. Il choisit d’abord de s’orienter dans le domaine médical, mais menace de s’évanouir après un premier passage au bloc. Étudiant à Harvard, il décide de se réorienter et obtient un diplôme en Histoire. C’est néanmoins dans cette prestigieuse université qu’a lieu sa première rencontre avec le monde du cinéma, quand les studios proposent sur le campus une projection test du film Airplaine ! (Y’a t’il un pilote dans l’avion des frères ZAZ sorti en 1980). La vision du film provoque un déclic chez le jeune Carlton, et il réfléchit sérieusement à se lancer.

« I felt like I can do this ! »

Il décide de partir pour Los Angeles et se donne deux ans pour percer. Il commence comme « reader » chez un producteur. Il passe ses journées à lire des scénarios, afin de les résumer sur des mémos, à l’attention des décideurs qui n’ont pas le temps de les lire. Il lit donc tout ce qui passe entre les mains des studios, apprend à résumer, à aller au plus court. Cette expérience lui évoque la règle des dix milles heures énoncée par l’auteur Malcolm Gladwell, selon laquelle à force de travailler une compétence régulièrement, on ne peut que finir par y exceller. Dix milles heures étant le palier du succès. Carlton Cuse a donc passé ses dix milles heures à lire les scénarios des autres, à les analyser, voir même à les critiquer. « C’était une expérience très utile » et à force de lire et relire « j’ai fini par sentir que je pouvais le faire ».

Il commence par assister Laurence « Larry » Kasdan, un collègue qui voit également ses scénarios être refusés, jusqu’à ce que ce dernier co-écrive L’Empire contre-attaque. De son côté, Cuse travaille sur quelques épisodes de la série Crime Story produite par Michael Mann pour NBC, mais aussi sur « un christmas special pour NBC autour d’un rockeur chrétien… » dont il se souvient amusé, mais refuse de parler plus longuement. Il prête également (mais modestement) mains forte à Jeffrey Boam sur Indiana Jones et la dernière croisade et L’arme fatale 2.

En 1993 sort The Adventure of Brisco County Jr. , avec Bruce Campell (Evil Dead) dans le rôle principal. Une parodie de western (avec une influence assumée d’Indiana Jones). Avec une certaine nostalgie, un extrait nous est montré, où nous (re) découvrons l’appétit du scénariste pour la comédie.

L’idée était de faire une série d’aventure pleine de rebondissements, mais portée par un humour enfantin (« goofy humour »). « We wanted to have fun with the ideal of western » ajoute le créateur. Rappelons que la série sort deux décennies déjà après la vague des westerns spaghetti qui ont redéfini totalement le genre. Brisco County en revanche proposait « des personnages merveilleux, de l’aventure, une vengeance… mais aussi de la naïveté […] c’était une série très amusante ». Celle-ci fut également tournée dans l’un des derniers décors de western des studios Warner, qui fut détruit peut de temps après. Pour Carlton Cuse, « c’était presque comme la fin d’une ère ».

Le scénariste tient à rappeler que la série fut diffusée juste avant l’arrivée de X-Files sur les ondes (qui redéfinira le paysage télévisuel U.S) et qu’il avait très peu d’expérience comme showrunner. Il l’admet lui même : « Je ne savais pas vraiment ce que je faisais ». Cet premier entraînement à la tête d’une série fut tout de même couronné d’un succès critique encourageant, malheureusement le public ne suivit pas, et Brisco County fut annulée au bout de vingt sept épisodes.

« Television was the right place for my talent »

Lorsqu’on lui demande la différence entre un showrunner et un réalisateur de cinéma, Cuse explique que le showrunner est surement ce qui s’en rapproche le plus pour la télévision. Néanmoins, il faut ajouter à cela la partie « business ». « Un jour vous travaillez sur le montage, le lendemain sur le marketing, puis sur l’écriture… vous devez penser à beaucoup de choses en même temps ». D’autant plus qu’à l’époque, les principales chaînes (le câble n’avait pas encore la place qu’il a aujourd’hui) ne pensaient qu’en terme de quantité. Il n’y avait que quatre networks qui ne cherchaient qu’à remplir les grilles de programmes.

Le plus gros changement de ces dernières années, selon lui, est l’attention portée à la qualité. Certaine chaînes n’hésitent plus à produire des séries plus courtes, mais plus ambitieuses en termes de narration ou de réalisation. Cuse profite de cet aparté pour rendre hommage à l’un de ses mentors, John Sacret, showrunner de China Beach (ABC, 1988-1991) ainsi qu’a Steven Brocho (N.Y.P.D Blue, diffusée sur ABC de 1993 à 2005), qui serait l’inventeur des « multiples storylines ».

Si au départ Carlton Cuse pensait devenir cinéaste, il s’est finalement rendu compte que la télévision était « l’endroit parfait pour développer son talent ».

« Dead after twelve episodes… »

Son premier succès public arrive en 1996 avec Nash Bridges, qu’il conçoit comme une combinaison d’éléments de cop show et d’histoires intimistes. Il voyait la série comme une œuvre très nihiliste, mais l’implication de l’acteur principal Don Johnson en décida autrement. « Don Johnson à rendu la série plus fun. C’est un type très drôle en vérité ». La série dura six saisons, et c’est au cours de la dernière que Cuse rencontra un jeune scénariste appelé Damon Lindelof. « Quand je lisais ses scripts je me disais que ce gars était vraiment doué ».

Plus tard, alors que Cuse est sous contrat avec un autre studio, le jeune gars doué lui envoie le scénario de Lost. Lindelof est très inexpérimenté et lui demande de l’aide pour produire cette nouvelle série. Cuse tombe amoureux du script et demande à son agent de rompre son contrat avec l’autre studio pour rejoindre le navire. Personne ne croyait au projet, et tout le monde disait que Lost ne tiendrait pas douze épisodes. Mais grâce à un coup de pouce inespéré d’un producteur qui savait qu’il se ferait licencier, le duo obtient la modique somme de douze millions de dollars pour produire le pilote.

« On voulait faire la série que l’on aurait voulu voir, et douze épisodes auraient été bien, car nous nous sentions tellement libres ». A la différence de Nash Bridges qui était très traditionnelle, Cuse et Lindelof veulent exploiter à fond leur liberté artistique. A une époque où il n’y avait pas de science-fiction sur les grands networks et où le feuilleton était encore un concept (une histoire qui suit tout les épisodes au lieu d’une histoire par épisode), tout le monde voit déjà les deux scénaristes se crasher aussi bien que leur avion.

« Les producteurs de télévision veulent toujours que tout soit explicable, qu’il n’y ait aucune ambiguïté. Hors j’aime beaucoup les films d’Antonioni, de Fellini et le cinéma européen. Ces cinéastes qui font sciemment des films confus. Je voulais me rebeller contre ce besoin d’explication et de clarté. Et en vérité, tout ces éléments qui auraient dû nous faire échouer furent finalement ceux qui firent de Lost un succès. » Effectivement, la série devient rapidement un phénomène, et les multiples questions s’enchaînent, tandis que les réponses se font attendre : « On ne s’attendait pas à un tel succès, et au bout d’un moment, écrire de nouveaux épisodes, c’était comme pousser le bouton dans le bunker. On ne savait pas nous même ce qui allait arriver. »

« The ending that we wanted »

Le scénariste affirme que lui et Lindelof ont écrit la fin qu’ils voulaient. Si les producteurs les poussaient à répondre à toutes les questions laissées en suspens, ils ont finalement fait le choix de l’ambiguïté. Jusqu’au bout, Carlton Cuse aura tenu tête à la dictature de l’explication. « Ces gens ne sont pas perdus sur une île, mais dans leur vie. La vie ne vous donne jamais d’explication, donc nous avons préféré une fin émotionnelle plutôt qu’une explication. On avait un peu peur de la réception par les fans, mais il y avait tellement de questions, et aucune manière de donner toutes les réponses. En vérité, le sujet de la série était la liberté de création ». Une fois le final diffusé, Carlton Cuse fut incapable de produire quoi que ce soit pendant six mois.

« I love storytelling ».

Il revient en 2013 avec un projet très risqué, Bates Motel, prequel du culte Psychose d’Alfred Hitchcock. Tout à fait conscient des risques, il admet que ce qui l’intéressait dans cette histoire était l’idée d’un prequel contemporain. Donc de reprendre les éléments du personnage de Norman Bates, mais en l’inscrivant dans notre époque. Au début, l’idée était de raconter comment Norma (la mère) étouffe son fils et le pousse à la folie. Puis finalement, Cuse a trouvé plus intéressant d’inverser ce rapport. Norma aime désespérément son fils, mais lui a une part d’ombre. Leur maison hors du temps s’oppose au monde moderne, tout comme leur relation fusionnelle apparaît comme inacceptable aujourd’hui.

Le showrunner semble prendre un certain plaisir à jouer avec les personnages d’Hichcock, et raconte même une anecdote que n’aurait pas renié le maître du suspens : « Pour cette scène où Norma et Norman jettent un corps, on a dû faire des tests avec le faux cadavre pour savoir comment le lester afin qu’il coule à pic. Le réalisateur voulait absolument un plan où l’on voit ce corps couler sous l’eau. Nous avons donc testé le mannequin entre nous… au moment où une équipe de kayak passait à côté. Nous étions sans l’équipe technique, sans caméra… ils nous ont regardé bizarrement ».

En simultané, Carlton Cuse à également travaillé sur d’autres séries comme le remake américain des Revenants ou l’adaptation de The Strain. « Je ne prévois pas, les propositions arrivent comme ça… et j’aime tellement raconter des histoires ». Mais pour l’instant, il se concentre sur la nouvelle adaptation de Jack Ryan, d’après les romans de Tom Clancy prévue pour le 31 août sur Amazon. Ce ne sera pas une adaptation d’un des livres, mais une histoire originale développée sur huit épisodes d’une heure. L’équipe a tourné à Montréal, Paris et au Maroc, tout en faisant appel à un casting international.

Après la présentation de deux extraits exclusifs (que nous ne pouvons vous diffuser), le créateur commente : « Ce que j’aime chez Jack Ryan, c’est que c’est un vrai héros, comme les personnages d’Harrison Ford. Ce n’est pas un anti-héros cynique comme Jack Bauer ou Carrie Mathison (Homeland). Il respecte la loi comme une religion […] Nous avons également écrit un certain nombre de personnages musulmans positifs. Nous tenions à cette idée que le terrorisme est l’affaire d’un individu, pas d’une culture. Nous essayons de faire en sorte que la série soit la moins exclusive possible ». A nous de juger le 31 août.

*Les vidéos présentes dans cet article sont en V.O non sous titrées.

Séries Mania 2018 – Compétition Officielle : Mystery Road

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Présentée en compétition officielle, la série Mystery Road, produite par David Jowsey et Greer Simpkin, est un spin-off du film du même nom (et sa suite Goldstone) réalisé par Ivan Sen. Une sorte de True Detective dans l’outback australien, qui marque surtout par sa photographie sublime.

Mystery Road : Welcome to the Outback

Une série australienne de David Jowsey et Greer Simpkin, avec Aaron Pedersen et Judy Davis

Synopsis: Avec l’aide de l’inspectrice Emma James, l’inspecteur Jay Swan est chargé d’enquêter sur la mystérieuse disparition de deux jeunes hommes dans une ferme du désert australien. Mais à mesure que l’enquête avance, des mystères irrésolus du passé refont surface, bouleversant le calme de la communauté locale.

Sorte de Clint Eastwood de l’outback, Jay Swan (Aaron Pedersen) est un détective mutique et solitaire, envoyé en renfort dans une petite ville reculée du désert australien. Malgré son instinct qui ne le trompe jamais, la collaboration avec la cheffe de la police locale (Judy Davis), ne se fait pas sans accroc. Alors que lui préfère foncer dans le tas et n’hésite pas à poser les questions qui fâchent, sa coéquipière de fortune préfère une démarche plus empathique et subtile, car elle est une figure locale importante dans cette petite ville où tout le monde se connaît. Rapidement, l’enquête les amène à révéler les secrets les plus dérangeants de cette communauté apparemment sans histoire.

Voulu par ses créateurs comme un « outback noir » (sorte de film noir typiquement australien se déroulant dans l’outback), Mystery Road propose tout ce que l’on peut attendre de ce genre de série : des flics avec un lourd passé, des secrets cachés derrière les portes, des sous-intrigues glauques, et une enquête qui piétine. L’enquête suit son cours comme dans tout néo-noir qui se respecte, et l’on comprend très vite que la disparition de deux jeunes gens risque bien de se rattacher à une réalité beaucoup plus large. Quelques éléments comiques tentent de détendre l’atmosphère, mais nous ne somme clairement pas venus en Australie pour rigoler. La seule différence viendra du paysage, qui donne à l’ensemble une texture aride.

Ce dernier point a son importance, car Mystery Road est peut être la première série vue durant ce festival qui témoigne d’un vrai travail de photographie. Impossible de le nier, certains plans sont d’un beauté renversante et montrent un vrai savoir-faire technique, tout en ajoutant une touche d’étrangeté dans cet univers. Là où, pour d’autres séries, nous ressentions l’aspect « étiré » de l’image, afin de remplir la totalité de l’écran, ici nous avons vraiment l’impression d’être devant un film pensé pour le cinéma. Les paysages sont sublimes et ressortent dans toute leur grandeur. Pour une fois, on ne se sent pas floué quand les créateurs nous promettent un voyage en Australie. Le dépaysement est total, et l’on ressent le gigantisme de cette partie du pays qui fait « la moitié de la taille de l’Europe » (selon le producteur).

Mystery Road est donc surtout un voyage dans les terres désolées de ce « mini-continent ». Car au delà des ces (très) belles images, l’intrigue passionne peu et l’interprétation n’est pas toujours parfaite, particulièrement le héros qui force un peu trop le côté bourru (ce qui semble étonnant pour un acteur qui reprend le rôle pour la troisième fois). Selon les créateurs, l’objectif était de jouer avec les éléments du western et du film noir. Pour l’instant nous restons dans les sentiers du genre et sur notre faim. Mais comme d’habitude, il reste encore des épisodes à découvrir, et donc encore plus de paysages. Peut être que le voyage en vaudra la peine.

La réalisatrice Rachel Perkins et le scénariste Michaeley O’Brian (à droite) présentant la série.

Rainer Werner Fassbinder consacré au cinéma et en Blu-ray par Carlotta Films

Avril et mai 2018 voient l’actualité cinématographique française à nouveau marquée par Rainer Werner Fassbinder. En effet, l’auteur, acteur, metteur en scène et cinéaste est revenu sur nos grands et petits écrans grâce à l’éditeur-distributeur Carlotta Films. Retour sur cette importante ressortie cinéma et vidéo.

Rainer Werner Fassbinder est décédé en 1982 à l’âge de 37 ans. Malgré ce jeune âge, on lui doit pas moins d’une cinquantaine de films (métrages télévisuels y compris), sans compter le nombre de pièces qu’il a écrites et mises en scènes, et la quantité de rôles qu’il a pu interpréter dans ses films et d’autres. « Je dormirai quand je serai mort » déclarait l’infatigable bonhomme. Trente-six après son décès, ce génie créatif n’a pas perdu de sa vitalité et de son énergie grâce à la conservation et surtout à la (re)transmission de son œuvre – notamment cinématographique – par des rétrospectives en salles et à la télévision ; des expositions ; ou encore des cours de cinéma.

En parallèle à la rétrospective à la Cinémathèque française ayant lieu du 11 avril au 16 mai 2018, Carlotta Films, soutenu par la Rainer Werner Fassbinder Foundation et Studio Canal, a lancé une autre rétrospective de l’œuvre de l’auteur. En deux parties, la rétro est à la fois cinématographique et vidéo. Rendez-vous en salles à partir du 18 avril puis du 2 mai pour retrouver sur grand écran les sept premiers films puis les sept autres de l’événement Fassbinder conçu par Carlotta. Quant à la sortie vidéo, le 18 avril est aussi sorti dans les bacs deux coffrets contenant 7 et 8 films de Fassbinder et quantité de bonus. Du tout en couleur Lola, une femme allemande, deuxième volet de sa trilogie allemande présente dans le deuxième coffret, à ses essais plus intimistes tels que les brillant Les larmes amères de Petra von Kant et Prenez garde à la sainte putain, la (re)découverte proposée ici est riche, et l’est davantage grâce à la pléthore de bonus qui complètent chacun des coffrets (voir descriptif au-dessous).

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« Je ne pense pas qu’il existe un autre réalisateur au monde qui fasse comme cela : je ne regarde jamais mes motifs avant le tournage. Pour moi, c’est très stimulant d’avoir quelque chose qui ne soit pas planifié à l’avance… À l’instant où j’entre dans une pièce et où je vois la scène que je me suis imaginée, les plans m’apparaissent eux aussi, et justement, dans un espace nouveau, il y a de nouvelles choses pour moi, plus stimulantes que dans les espaces que je connaissais déjà auparavant. »

– Rainer Werner Fassbinder, in, H.G. Pflaum et R. W. Fassbinder, Das bisschen Realität, das ich brauche, Hanser Verlag, Munich, 1976, p. 45 –

Créateur marqué par le théâtre, l’improvisation, et une incorruptible volonté de liberté, Fassbinder tord et fait rencontrer les genres. Drames, comédie, polar… En ressort une œuvre sur l’humain, être sentimental appartenant à une société que n’hésite pas à dénoncer le cinéaste et ses personnages quand ils ne la subissent pas jusqu’à en perdre toute force d’espérance. À ce propos, on peut citer Olivier Père qui a écrit sur son blog d’Arte : « toujours il parle de l’humain, des relations humaines, des conflits entre les groupes et les individus, du rejet, des catastrophes. » L’œuvre de Fassbinder est aussi celle d’un allemand de la RFA (République Fédérale Allemande fondée en 1949), qui n’hésite pas à balancer sur la corruption de son état, à ironiser sur son protocole pour faire face au passé nazi de l’Allemagne ; et à remuer les consciences conservatrices en donnant de l’image à des personnages homosexuels, prostitués, drogués, ou juste des types jurant à tout va, homme comme femme.

Politique, psychologique, dramatique, expérimental, polymorphe, l’œuvre de Fassbinder n’appartient toutefois qu’à lui : « Fassbinder montre dans ses travaux aussi disparates qu’en soient les thèmes, le style et la qualité, une « patte » très personnelle, inimitable, à l’écart de toutes les modes » (Le Cinéma en République Fédérale d’Allemagne, Hans Günther Pflaum et Hans Helmut Prinzler, éditions INTER NATIONES,  Bonn, 1994, p. 28).

Le Blow Up d’Arte dédié à R. W. Fassbinder, une autre façon de redécouvrir le maître

La richesse de la rétrospective R. W. Fassbinder de Carlotta ne s’arrête pas là. L’éditeur présente aussi en salles et en Blu-ray/DVD Huit heures ne font pas un jour, série télévisée de Fassbinder inédite en France. La mini-série de cinq épisodes est disponible au cinéma et sur le petit écran depuis le 25 avril. À noter que vous pourrez aussi la découvrir gratuitement à Lille ce mardi 1ermai à l’occasion du festival Séries Mania.

Concernant la restauration des films, opérée en grande partie par la Rainer Werner Fassbinder Foundation, puis par Studio Canal, il y a peu à redire du côté de l’image et du son. Les films et la série ont bénéficié d’une restauration méticuleuse, notamment du côté de la R. W. F. Foundation qui a opéré une remasterisation 4K des films entre 2013 et 2015. Comme le note Stéphane Beauchet sur DVDClassik.comseuls Martha (dans le premier coffret) et Le Secret de Veronika Voss (dans le second ; restauration signée Studio Canal) dénotent avec l’ensemble des films restaurés sur les deux coffrets. Malgré tout, les films sont toutefois présentés dans de très belles copies même si on se permettra d’attendre leur ultime restauration. Concernant L’Allemagne en automne, vous noterez sur le descriptif du coffret « extrait ». Carlotta a hélas décidé de ne présenter que la partie dirigée par Fassbinder. Dommage, on aurait apprécier découvrir ce morceau Fassbinderien placé aux côtés des autres réalisés par les autres jeunes cinéastes du nouveau cinéma allemand, plutôt que de découvrir un morceau extirpé d’un ensemble quand bien même celui-ci pourrait se voir de façon indépendante.

Bande-Annonce – R. W. Fassbinder L’événement

 

COFFRET R. W. FASSBINDER VOL. 1

– Les films en Blu-ray : rainer-werner-fassbinder-volume-1-visuel-du-coffret-collector-carlotta-films

* Br 1 : L’amour est plus froid que la mort(1969 – N&B – 89mn) + Le Bouc(1969 – N&B – 89 mn)

* Br 2 : Prenez garde à la sainte putain(1970 – Couleurs – 104mn) + Le marchand des quatre saisons(1971 – Couleurs – 88mn)

* Br 3 : Les larmes amères de Petra von Kant(1972 – Couleurs – 124mn) + Martha (1973 – Couleurs – 117 mn)

* Br 4 : Tous les autres s’appellent Ali(1973 – Couleurs – 93 mn)

– Les suppléments en DVD :

* Michael Ballhaus à propos de Martha(20mn)

* R. W. Fassbinder, 1977 deux entretiens avec le cinéaste (29mn)

* Life, love & Celluloïdun documentaire de Juliane Lorenz (1998 – Couleurs – 90mn)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

4 BD + 1 DVD – Masters Haute Définition – 1080/23.98p – Encodage AVC – Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-titres Français – Formats 1.33, 1.37 et 1.66 respectés – Couleurs et Noir & Blanc – Durée Totale des Films : 704 mn

Prix de vente public conseillé : 50.16€

COFFRET R. W. FASSBINDER VOL. 2

–  Les films en Blu-ray :rainer-werner-fassbinder-volume-2-visuel-du-coffret-collector-carlotta-films

* Br 1 : Effi Briest (1974 – N&B – 141 mn) + Le Droit du plus fort (1974 – Couleurs – 124 mn)

* Br 2 : Roulette chinoise (1976 – Couleurs – 86 mn) + L’Année des treize lunes (1978 – Couleurs – 125 mn)

* Br 3 : Le Mariage de Maria Braun (1978 – Couleurs – 121mn + L’Allemagne en automne (EXTRAIT) (1977 – Couleurs – 33mn)

* Br 4 : Lola, une femme allemande (1981 – Couleurs – 115mn) + Le Secret de Veronika Voss (1981 – N&B – 104mn)

– Les suppléments en DVD :

* La « trilogie allemande », une analyse de Marielle Silhouette, Nicole Brenez et Cédric Anger (42mn)

* Hanna, une femme allemande : souvenirs de Hanna Schygulla (19mn)

* La maison Fassbinder, une analyse de Patrick Straumann (21 mn)

* Lola, les feux d’artifice : une analyse de Caroline Champetier (15 mn)

* La montée du mensonge : une analyse de Jean Douchet (23 mn)

* Fassbinder Frauen : un essai de Nicolas Ripoche (25 mn)

* Fassbinder Politik : un entretien avec Heike Hurst (27 mn)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

4 BD + 1 DVD – Masters Haute Définition – 1080/23.98p – Encodage AVC – Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-titres Français – Formats 1.37, 1.66 et 1.78 respectés – Couleurs et Noir & Blanc – Durée Totale des Films : 849 mn

Prix de vente public conseillé : 50.16€

INCLUS AUX COFFRETS VOL. 1 ET 2

Un livret de 12 pages issu du catalogue de la rétrospective Rainer Werner Fassbinder à la Cinémathèque française

HUIT HEURES NE FONT PAS UN JOUR – DISPONIBLE EN COFFRETS COLLECTORS 3 BLU-RAY ET 3 DVD huit-heures-ne-font-pas-un-jour-affiche-de-la-serie-signee-rainer-werner-fassbinder-carlotta-films

– Br 1 / DVD 1 – épisode 1 : Jochen et Marion (102mn) – épisode 2 : Grand-Mère et Gregor (100mn)

– Br 2 / DVD 2 – épisode 3 : Franz et Ernst (93 mn) – épisode 4 : Harald et Monika (90mn)

– Br 3 / DVD 3 – épisode 5 : Irmgard et Rolf (90mn) – Supplément : Huit heures ne font pas un jour, une série qui fit parler dans les chaumières (40mn)

Inclus un livret exclusif de 36 pages

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

3 BD – Master Haute Définition – 1080/50i – Encodage AVC – Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-Titres Français – Format 1.37 respecté – Couleurs – Durée Totale des Épisodes : 475mn

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

3 DVD – Nouveau Master Restauré – PAL – Encodage Mpeg-2 – Version Originale Dolby Digital 1.0 – Sous-Titres Français – Format 1.37 respecté – 4/3 – Couleurs – Durée Totale des Épisodes : 475 mn

Prix de vente public conseillé : 35.10€

Séries Mania 2018 – Compétition Officielle : Les femmes à l’honneur

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Découvertes en compétition officielle, trois séries se proposent de mettre en avant des personnages féminins forts qui luttent au quotidien contre les galères de la vie. Entre la rétro American Woman, la cynique An ordinary woman (venue de Russie) et la nouvelle création de Abi Morgan, The split, il va pourtant bien falloir choisir.

American Woman : Retro Desperate Housewives

Une série américaine de John Riggi diffusée sur Paramount Network avec Alicia Silverstone, Mena Suvari, Jennifer Bartels, Makenna James, Lia McHugh

Synopsis : American Woman raconte l’histoire de Bonnie Nolan, une mère de famille peu conventionnelle qui se bat pour élever ses deux filles après avoir quitté son mari, pendant la deuxième vague féministe des années 70 à Los Angeles. Bonnie doit compter sur l’aide de ses deux meilleures amies, Kathleen et Diana, avec qui elle découvre sa propre indépendance.

Cette nouvelle comédie portée par Alicia Silverstone (que l’on avait un peu perdue de vue) n’échappe pas à la comparaison avec la série culte Desperates Housewives. Même mélange curieux entre comédie et mélo, mêmes relations tendues entre hommes et femmes et retour en force d’un langage cru que l’on considère trop souvent comme la chasse gardée des personnages masculins. Ajoutons à cela que American Woman prend également place dans l’univers de la haute bourgeoisie américaine, et vous faites rapidement les connexions s’imposent.

Toutefois, John Riggi arrive à s’écarter du modèle involontaire par deux angles d’attaque : le contexte rétro des années soixante-dix, avec en arrière-plan la seconde vague féministe américaine, et l’absence d’intrigues rocambolesques empruntées au polar (dont la série de Marc Cherry abusait un peu). Les épisodes courts de 30 minutes ne racontent que la prise d’indépendance de ces trois femmes, dont une « trophy wife » qui n’a jamais travaillé de sa vie mais a quand même choisi de mettre son mari dominateur à la porte.

Rien de bien nouveau donc dans cette nouvelle production. Néanmoins, les répliques cinglantes, les touches d’humour et quelques personnages séduisent. On se laisse porter par les aventures de cette mère au foyer perdue, découvrant la joie des factures à payer, des comptes à gérer, et le sexisme du monde du travail. Même le jeu un peu exagéré d’Alicia Silverstone finit par porter ses fruits, lorsque l’on comprend sa situation schizophrénique : obligée de faire bonne figure, sourire figé sur le visage quand tout le monde semble vouloir sa mort sociale. Le décalage temporel ajoute même un léger vertige quand on se rend compte que la situations n’a pas tant évolué aujourd’hui.

American Woman n’évite pas quelques écueils et tombe parfois dans la caricature (le patron ouvertement sexiste, l’acteur gay qui cache son homosexualité…) mais reste porté par une énergie communicative et une bande sonore d’époque qui fait toujours son petit effet.

 

 

An ordinary woman : Maman, fleuriste et maquerelle

Une série russe de Valery Fedorovich et Evgeny Nikishov diffusée sur TV3 Channel, avec Anna Mikhalkova, Evgeny Grishkovetz, Alexandra Bortich, Maria Andreeva et Aglaya Tarasova

seriesmania-2018-series-competition-officielle-An-ordinary-woman

Synopsis : Marina a 39 ans. Fleuriste en façade, maquerelle en secret, elle jongle habilement entre ses filles et ses deux activités mais le fragile équilibre semble menacé lorsqu’elle reçoit un appel téléphonique à propos de l’une de ses escorts.

Nous vous avions fait part de notre déception à la vision de The counted, tant les occasions de poser nos yeux sur les productions télé russes sont rares. On retente le coup avec An ordinary woman, qui éveillait notre curiosité par son sujet hors norme. Une mère de famille qui attend son troisième enfant partage sa vie entre sa boutique de fleur… et son réseau de prostitution.

Derrière la bonne mère de famille un peu replète, vivant dans un HLM, se cache une véritable femme d’affaire qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. A la fois chronique familiale, critique sociale et comédie noire, An ordinary woman a tous les éléments en main pour devenir un classique.

Et pourtant difficile de cacher notre légère déception devant le premier épisode. Si quelques scènes fonctionnent bien et que tous les acteurs sonnent justes, l’ensemble souffre d’un rythme bancal. La série devient prenante quand on découvre l’architecture de ce réseau particulier, mais un peu ennuyeuse quand on s’intéresse à la famille. Certains clichés semblent également difficiles à éviter, comme le mari qui trompe sa femme, ou la petite fille en quête constante d’attention. Peut-être aurait-il fallu voir d’autres épisodes pour se faire une idée plus précise du ton de la série. Mais avec juste le pilote, difficile d’être complètement séduit, même si l’on reste intrigué.

The Split : Avocates sur mesure

Une série anglaise d’Abi Morgan diffusée sur BBC One, avec Nicola Walker, Deborah Findlay, Annabel Scholey, Fiona Button, Meera Syal, Stephen Mangan, Barry Atsma, Anthony Head et Rudi Dharmalingham

Synopsis: The Split explore le mariage moderne à travers le prisme des Defoes, une famille de femmes avocates londoniennes spécialisées dans les cas de divorce, qui doivent faire face au retour de leur père après trente ans d’absence. 

Comme pour nous rassurer sur le féminisme de The Split, il nous est souvent rappelé que Abi Morgan est celle qui se cache derrière le scénario de La Dame de fer. Ce film un peu oublié qui racontait l’ascension et la chute de Margaret Thatcher. C’était effectivement l’histoire d’une femme forte qui s’élève dans un monde masculin. Mais c’était aussi un film politiquement douteux (ne traitant l’histoire que par ses belles images), qui flirtait parfois avec le nanar hagiographique. Mais après tout, pourquoi pas…

Néanmoins, vendre un talent sur un film qui en manquait cruellement est un peu dangereux, et à la vision de ce premier épisode, l’on en vient à se demander par quel miracle Abi Morgan a t-elle réussi à se faufiler en compétition officielle. Le premier épisode d’une heure parait en durer le triple, et l’intrigue familiale (encore) surpasse tout le reste par le désintérêt total qu’elle suscite.

Une famille d’avocates qui, évidemment, seront amenées à s’affronter au cours de différentes affaires de divorces mettant en jeu des couples de banquiers, de célébrités… ou n’importe qui avec un compte en banque à plus de dix chiffres. Elles sont belles, riches, élégantes, paradant dans de beaux tailleurs que sûrement très peu de téléspectateurs pourront s’acheter. Mais elles ont des problèmes elles aussi. Leur mère les a élevées toute seule car leur père est parti, et les cas de divorces qu’elles enchaînent les rendent soupçonneuses quant à la solidité de leur propre couple.

Passons donc sur le « féminisme » vu uniquement par le prisme de la vie de couple hétérosexuel et attardons nous sur l’autre problème : The Split est la définition de la série clinquante. Dans la plus pure tradition des soap familiaux, les personnages étalent un certaine richesse à l’écran qui frôle parfois l’indécence. Et cachez ce pauvre que je ne saurais voir.

Mais peut-on avoir de l’empathie pour ces couples qui se déchirent quand, l’intérêt financier dépasse de cinq chiffres le salaire moyen du téléspectateur ? A une époque où le capitalisme et l’accumulation des richesses sont de plus en plus critiqués, une telle production laisse pantois devant son défilé de talons et de cravates qui prend son sujet à bras le corps, sans ironie ni distance aucune.

Oui, ce sont des femmes indépendantes ; oui, elles gèrent leur carrière et leur famille plutôt bien… Mais à part ça, Abi Morgan n’a pas grand chose à raconter, et semble toujours penser que mettre un personnage féminin au premier plan fait automatiquement une œuvre féministe.

Séries Mania 2018 – Formats Courts : Oslo Zoo et Rabih TV

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La section « Format Court » de Séries Mania 2018 propose une sélection d’œuvres courtes (surtout pour le web) qui compensent leurs moyens réduits par une certaine liberté artistique. Cette séance nous aura permis de découvrir Oslo Zoo (Norvège) sur un universitaire uberisé et Rabih TV (Liban), sorte de C’est arrivé près de chez vous venu du Moyen-Orient.

Oslo Zoo : Anthropologue à moteur

Une série norvégienne d’Oyvind Holtmon diffusée sur NRK, avec Amir Asgharnejad, Eline Grødal et Henrik Fladseth

Synopsis : Amir, 30 ans, vit avec Charlotte qui commence à se lasser d’avoir à lui prêter de l’argent tandis qu’il lutte pour trouver un travail épanouissant malgré tous ses diplômes. Pour sauver leur couple, il prétend avoir trouvé un poste prestigieux à l’université, alors qu’il essaye désespérément de gagner de l’argent en tant que chauffeur Uber. 

Venue tout droit de Norvège, Oslo Zoo est, selon son créateur, très inspirée par les séries Master of None et Atlanta. Il est vrai que le héros, Amir, partage la même pilosité faciale que ces nouveaux personnages vaguement paumés des sitcoms d’auteur récentes. On y retrouve également ce regard décalé avec le réel qui rend les situations les plus inconfortables comiques.

Durant six épisodes de quinze minutes, Amir tente de joindre les deux bouts en conduisant diverses personnes au travers de la capitale norvégienne, tout en mentant à sa copine qui croit qu’il a enfin obtenu le travail de ses rêves à l’université. Les rencontres les plus farfelues s’enchaînent (une clientèle différente par épisode). Un enterrement de jeune fille foireux et un père et sa fille en conflits sont ceux que nous avons pu découvrir.

Dans la veine typique de l’humour scandinave froid (dont la récente palme d’Or The Square est l’un des représentants), les situations s’enchaînent avec un sens du timing comique assez efficace et une finesse d’écriture qui fait plaisir à voir (certains moments répondent directement à une réplique lancée plus tôt dans un contexte différent). Par exemple une ancienne connaissance passera le premier épisode à s’excuser d’avoir loupé l’enterrement du personnage, alors que celui-ci est bien vivant en face de lui. Les coutures craquent mais n’explosent jamais vraiment, laissant toujours le malaise en suspens.

On reprochera juste à la série de ne pas vraiment prendre acte de la fonction d’anthropologue du personnage principal (celui-ci ne cesse de répéter qu’il a un diplôme de sociologie). Amir subit les frasques de ses clients plus qu’il ne les analyse. Il en résulte des épisodes qui peinent parfois à se focaliser sur un sujet (la vie du héros ou l’absurdité du client). Comme son personnage, Oslo Zoo tente de joindre les deux bouts, avec quelques difficultés. Reste tout de même une écriture comique fine, donc au final une bonne surprise.

Rabih TV : C’est arrivé près de chez eux

Une série libnaise de Mohammed A. Berro diffusée sur LBC, avec Said Serhan, Mohamad Safa, Nour Maghoot, Nicolas Cardahi

Synopsis : À bord d’une BMW noire, Rabih et son équipe de tournage documentent la violence dans les rues de Beyrouth. Filmer pour dénoncer ou pour assouvir ses propres pulsions malsaines ? Celui qui tient la caméra a le pouvoir et, plus vite qu’ils ne le croient, les prétendus justiciers vont dépasser les limites de leur propre moralité.

Osons le dire, Rabih TV est probablement la première « claque » de ce festival. En tout cas la première série (toutes catégories confondues) qui semble vouloir véritablement sortir des sentiers battus. Le postulat, exposé dès le premier épisode, n’est pas sans rappeler le film culte C’est arrivé près de chez vous : pour le tournage d’un documentaire voulant dénoncer la violence des quartiers chauds de Beyrouth, un réalisateur et son équipe n’hésitent pas a créer de toute pièce un véritable tueur en série.

Mais la comparaison s’arrête finalement là. Dans C’est arrivé… le personnage de Benoît Poelvoorde dominait la caméra et entraînait une équipe de tournage un peu naïve dans son univers. Ici, on ne sait pas trop qui pousse l’autre. Le fameux Rabih a déjà des pulsions violentes, mais son ami réalisateur semble vouloir l’emmener plus loin. Les autres membres n’hésitent pas non plus à faire des suggestions sur la meilleure façon de tuer. Là réside l’ambiguïté : dans l’origine de la violence. Les autres personnages que croisera l’équipe ne seront pas des anges non plus, et l’on en vient à espérer qu’ils se fassent trucider à leur tour. L’effet de réel produit par les caméra épaule, les perches dans le champs, et les apartés de l’équipe auto-satisfaite en rajoute une couche dans le malaise.

Violente, cynique et profondément ironique, Rabih TV est la représentation de l’œuvre coup de poing qui ne peut laisser indifférent. Une série qui porte un regard cru sur la violence de son pays… mais aussi celle du monde entier, avec une imagerie punk et une philosophie nihiliste. Notre seul regret étant la provenance lointaine qui rend incertaine la diffusion de la suite chez nous.

Séries Mania 2018 – Compétition française : Maman a tort

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Présentée par l’équipe dans le cadre de la compétition française, la nouvelle production policière de France 2, Maman a tort, ne sort pas trop des sentiers battus dans le développement de son intrigue mais fonctionne grâce à son casting parfait et son ambiance qui oscille entre thriller, comédie et fantastique.

Synopsis: Quand Malone, du haut de ses trois ans et demi affirme que sa maman n’est pas sa maman, Vasile, psychologue scolaire le croit ; mais il doit agir vite et trouver de l’aide ; celle de Marianne, commandant de police au SRPJ du Havre, par exemple. Mais doit-on croire la parole d’un enfant, lorsqu’on est flic, la tête occupée par l’enquête d’un casse sanglant, avec un butin de plusieurs millions d’euros dans la nature ?

Derrière ce titre qui pourrait être celui d’une comédie vaudevillesque ou d’une sitcom se cache en réalité une enquête aux multiples ramifications. Maman a tort prend pour décor la ville du Havre (Normandie) et, à partir d’un postulat simple (un enfant de quatre ans affirme que ses parents ne sont pas les vrais), développe une galerie de personnages finement écrits. Policiers, psychologue, parents en détresse et même gangster tournent autour de ce bambin un peu étrange, et comme on s’y attend dans ce genre de production, la vérité n’est évidement pas ce qu’elle semble être au premier abord.

Le pilote réussit même le tour de force d’intriguer sans trop en révéler. Au cours de cette première heure, on se demande vraiment si l’on regarde une enquête policière, un récit familial à résonance sociale… ou même une histoire de fantômes. De ce foisonnement de possibilités, Maman a tort en tire sa principale force. On s’étonne même de ne pas se sentir perdu au milieu de ces personnages qui ont tendance à se multiplier, amenant chacun une part d’ombre ou de lumière qui donne à l’ensemble une richesse étonnante, pour une production française.

Dommage que le deuxième épisode commence à éventer toutes les pistes un peu trop rapidement. On comprend très vite le lien entre les deux enquêtes supposément sans rapport, et le twist final nous donne l’impression d’avoir déjà découvert le pot au roses. Pour une enquête censée tenir en haleine le public sur plusieurs semaines, c’est un peu risqué. Mais peut-être qu’il s’agit encore d’une fausse piste, comme il est d’usage dans ce type de polar.

Néanmoins, Maman a tort témoigne tout de même d’une évolution dans ce genre de productions. Non pas qu’elle révolutionne quelque chose, mais elle cumule autant de défauts des anciennes productions estivales (comme Dolmen) que d’améliorations bienvenues de ces dernières années. En première place, l’interprétation est un quasi sans faute. En tête, ce personnage de commandant de police brillante mais un peu excentrique incarnée par Anne Charrier. Qu’elle s’énerve contre ses hommes, prenne un verre avec sa copine ou cherche un coup d’un soir, le personnage sonne toujours juste et penche plus du côté de Nicholson dans Chinatown (partageant avec lui un pansement ridicule sur le nez) que Lily Rush dans Cold Case. Une enquêtrice qui dégage finalement une chaleur et une humanité plutôt rares dans le registre du thriller.

Cette dernière doit tenir un département où chacun y va de sa petite excentricité. Un collègue blasé malheureux en amour (Pascal Elbé très bien), un beau gosse un peu idiot mais papa poule et un jeune stagiaire brillant mais trop sûr de lui. Principal prétexte aux moments comiques, on s’attache assez rapidement à cette fine équipe qui fait ce qu’elle peut pour boucler les affaires les plus complexes avec les moyens du bord. Et celle qui les occupe en ce moment est particulièrement retorse. De l’autre côté, l’amour que les parents portent au jeune Malone (qui n’est peut-être pas leur enfant) parait sincère, mais il se dégage d’eux quelque chose de troublant. Les accusations de l’enfant ne paraissent pas si fantaisistes, tout cela grâce au jeu des acteurs. Restent les deux gangsters, pour l’instant pas trop développés, et le psychologue qui, malheureusement, cumule un peu trop de qualités (intelligent, jeune, beau gosse, altruiste, motard, doué au pieu…) pour être totalement crédible.

Chacun joue un double jeu, ou révèle des facettes inattendues, et la série passe avec une aisance formidable entre suspens, action (une poursuite plutôt bien exécutée), comédie et onirisme. Et le plaisir avec lequel François Velle filme la ville du Havre (et son architecture particulière) compensent finalement les quelques défauts propres à ce genre de production comme un générique un peu kitsch, des choix musicaux parfois douteux et des effets numériques pas toujours réussis. Mais une qualité d’écriture pareille est suffisamment rare pour être notée, et quand elle échappe au cahier des charges des productions télévisées (comme l’obligatoire scène de sexe du premier épisode), Maman a tort peut parfois faire preuve d’une vraie originalité.

L’équipe du film présente lors de cette première mondiale.

France 2018
Episodes 1 et 2 vf coul. 2×52min (série 6×52min)

Scénario : Véronique Lecharpy D’après l’œuvre de Michel Bussi
Réalisateur : François Velle
Compositeur : Armand Amar
Avec : Anne Charrier, Pascal Elbé, Sophie Quinton, Camille Lou, Gil Alma, Samuel Theis
Producteurs : MFP, France Télévisions, Pictanovo
Distribution : France Télévisions Distribution
Diffusion : France 2